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Histoire de l'Europe

 
L'histoire de l'Allemagne
La Germanie
[Les populations germaniques]

L'Allemagne au Moyen-Age
[Le Saint-Empire romain germanique]

L'Allemagne aux XVIe, XVIIe et XVIIIe s.
L'Allemagne au XIXe siècle
[La Guerre de 1870]

L'Allemagne au XXe siècle
[La Première Guerre mondiale]
[La Seconde Guerre mondiale]

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Longtemps connue sous le nom de Germanie, cette vaste contrée qu'est l'Allemagne fut, après l'invasion des Barbares, partagée entre une foule de peuples indépendants (Alamans, Francs, Saxons, Slaves, Avars, etc.), jusqu'au moment où Charlemagne les soumit et les incorpora vers l'an 800 à son empire. 

Le Moyen âge allemand.
En les plaçant ainsi sous un seul gouvernement les peuples de la Germanie, Charlemagne fondait l'Allemagne. Le traité de Verdun, par lequel les fils de Louis le Débonnaire divisèrent entre eux, l'an 843, les États de leur père, sépara l'Allemagne de la France. Louis, surnommé le Germanique, eut en partage l'Allemagne proprement dite jusqu'au Rhin, et, sur le Rhin, Mayence, Spire et Worms. L'autorité du, souverain de ce nouvel État était fortement limitée pat le régime féodal, qui imprima à la constitution de l'empire germanique un principe de division dont le caractère national et diverses circonstances particulières favorisèrent le développement. Au premier rang des causes qui ont empêché l'Allemagne d'arriver à l'unité politique, il faut placer les changements de dynastie, les expéditions en Italie et les luttes avec le Saint-Siège. L'établissement des grands-duchés, sous les faibles descendants de Charlemagne, préserva le pays des invasions étrangères et maintint l'ordre; mais il fut aussi une puissante cause d'affaiblissement pour le pouvoir souverain. 

A l'extinction de la famille carolingienne en Allemagne, en 911, la monarchie devint élective; mais les souverains se servirent souvent de leur autorité pour faire élire leur héritier. Le choix des princes, sur le refus d'Othon, duc de Saxe et de Thuringe, appela au trône, en 912, Conrad de Franconie. La maison de Saxe y parvint avec son successeur, Henri Ier l'Oiseleur, dont le fils, Othon le Grand, rétablit en 962 l'empire de Charlemagne, vacant depuis 924. Portée précédemment par des rois de France, d'Allemagne et d'Italie, la couronne impériale, conférée par le pape, ne fut plus donnée qu'aux souverains de l'Allemagne. A la maison de Saxe succéda celle de Franconie par l'élection de Conrad II, dit le Salique. Cette famille occupa le trône pendant un siècle, 1024-1125. Les bases de sa grandeur furent posées par Conrad II, qui réunit la Bourgogne à l'Allemagne, et força le duc de Pologne à se reconnaître son vassal. Henri III le Noir diminua la puissance des grands vassaux. Il s'en prit à la constitution de l'Église en décrétant qu'aucun pape ne serait élu sans le consentement de l'empereur. Il prépara ainsi la querelle du sacerdoce et de l'empire. Mais Grégoire VII, dans la résistance qu'il opposa aux prétentions de Henri IV, et dans sa lutte pour l'affranchissement du Saint-Siège, unit la cause, de la liberté de l'Église à celle de l'indépendance des princes allemands, et acheva de rendre la dignité impériale élective. 

Henri IV fut détrôné par son propre fils Henri V le Jeune, qui s'arrogea aussi le droit d'investiture, et finit par y renoncer en 1122. La paix fut rétablie entre l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel. L'avènement à l'empire de la maison de Hohenstaufen, en 1138, fut le commencement de la lutte sanglante des Guelfes et des Gibelins. Frédéric Barberousse, un des plus grands souverains de l'Allemagne, éleva la puissance impériale à un très haut degré. Henri VI le Cruel, fils de Frédéric, s'empara du royaume de Naples et de Sicile, et s'y fit détester par ses cruautés. Il travailla à rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille; mais le Saint-Siège s'opposa à ce projet. Frédéric ll, dont le grand pape Innocent III avait été le tuteur, entra en lutte avec le Saint-Siège, et agit en souverain absolu dans toute l'Italie. Il était déjà excommunié lorsque le pape Innocent IV, qu'il avait contraint de sortir d'Italie, l'excommunia de nouveau dans le concile oecuménique de Lyon, et le déclara déchu du trône en 1245. La victoire demeura au Saint-Siège contre la maison de Hohenstaufen. 

A la mort de Conrad IV, dernier souverain allemand de cette famille, commença pour l'Allemagne une époque d'anarchie, appelée Interrègne, 1254-1273, durant laquelle il n'y eut plus de droit que le droit du plus fort, Faustrecht, le droit du poing, comme l'appellent les Allemands. Rodolphe de Habsbourg, élu empereur en 1275, porta sur le trône la piété unie au courage, rétablit l'autorité et fonda la grandeur de sa maison. Après le court règne d'Adolphe de Nassau (1292), Albert, fils de Rodolphe, fut élu (1298); la couronne passa ensuite à  Henri VII, de la maison de Luxembourg (1308). Il acheva de consolider l'ordre en Allemagne et donna la Bohème à sa maison. Mais il fit sans succès une expédition en Italie, et mourut en 1313 au delà des Alpes, que ses prédécesseurs n'avaient plus franchies depuis Conrad IV. Louis IV de Bavière et Frédéric le Bel, fils d'Albert, se disputèrent la couronne (1313-1322); Louis, vainqueur, combattit à la fois le pape et le roi de France; il fut couronné empereur en 1328, mais ne put vaincre Charles de Luxembourg, roi de Bohème, que le pape lui opposait. Après la mort de Louis (1347), Gautier de Schwartzbourg fut élu (1348), puis Charles IV de Luxembourg reçut la couronne. Par la Bulle d'Or, qui devint la constitution fondamentale de l'empire, Charles IV de Luxembourg régla la procédure des élections à l'Empire (1356); comme empereur, il laissa le champ libre aux princes, mais il annexa à ses États particuliers la Moravie, la Lusace et le Brandebourg.

L'Allemagne n'avait plus de vie collective, pas d'armée, pas de finances, pas de justice; la guerre était partout. L'Allemagne grandissait cependant, toujours au détriment des Slaves, par les progrès de la marche de Brandebourg, et par les conquêtes de l'ordre Teutonique entre la Vistule et le Niémen. C'est sur les frontières disputées de l'Est que se formaient les États qui devaient dominer l'Allemagne, l'Autriche et la Prusse.

Le règne de Wenceslas, fils de Charles IV (1378), marque les progrès de l'anarchie; en 1400, on lui oppose Robert, comte palatin, qui meurt en 1410; puis Josse de Moravie. Sigismond, frère de Wenceslas, est élu (1410); son expédition en Italie a eu moins d'importance que les querelles religieuses (guerre des Hussites, concile de Constance, schisme d'Occident), qui ont rempli son règne. A sa mort s'éteignit la maison de Luxembourg. Son gendre, Albert d'Autriche, fut élu; et la maison d'Autriche allait garder, presque sans interruption jusqu'en 1806, la couronne, encore élective en droit. C'est un des faits les plus considérables de l'histoire du monde occidental; si faibles qu'aient pu être les Habsbourg en tant qu'empereurs, ils dominaient l'Allemagne, et d'heureuses circonstances allaient ajouter à leurs territoires une grande partie de l'Europe : la Hongrie, la Bohème, l'Espagne, les Pays-Bas, la Franche-Comté, puis une partie de l'Italie, et enfin de l'Amérique.

Frédéric III (1440) s'occupe surtout de ses États héréditaires; il réussit à faire élire de son vivant roi des Romains, c'est-à-dire héritier présomptif de l'Empire, son fils Maximilien. Celui-ci (1493) voit voter par les diètes de Worms (1495), d'Augsbourg (1500), de Cologne (1512), les actes constitutifs de l'organisation fédérative de l'Empire, consécration de la situation de fait; la Chambre impériale, la régence d'Empire, la division en cercles. Ces institutions, qui eussent donné un centre à l'émiettement de l'Allemagne, demeurèrent vaines.

La Renaissance et les Temps modernes.
La Réforme troubla profondément l'Allemagne, au moment même où celle-ci avait à résister à l'invasion ottomane, déjà victorieuse en Hongrie(1526). Si puissant que fût Charles-Quint (1519), il ne pouvait soutenir à la fois toutes ses entreprises. La Réforme trouva dans l'Allemagne un terrain plus favorable à son expansion que tout autre, parce que l'autorité du souverain ne pouvait lui opposer la même résistance qu'en Espagne et en France. Charles-Quint, après une longue lutte, dut, en 1555, reconnaître la conversion de la majorité des princes laïques, et la sécularisation d'une partie des principautés ecclésiastiques au profit soit de leurs prélats convertis, soit de leurs voisins ambitieux. En même temps, l'expansion germanique cessait vers le Nord et vers l'Est; ce n'étaient pas seulement les Turcs qui menaçaient l'Autriche; la Pologne prenait l'offensive; la formation des États scandinaves refoulait les progrès des Allemands, et leur marine supplantait celle de la Hanse, dont la découverte de l'Amérique acheva la ruine.

Le XVIe siècle, où la Maison d'Autriche paraissait pouvoir aspirer à la monarchie universelle, fut en réalité une époque de recul et d'anarchie pour l'Allemagne. Le partage des domaines de la maison de Habsbourg, après l'abdication de Charles-Quint (1556), laisse subsister entre les deux branches les liens d'une politique commune. Les entreprises de la monarchie espagnole contribuèrent ainsi à attirer la guerre en Allemagne, aussi bien que la lutte entre le protestantisme envahissant et la réaction catholique. L'Allemagne, pendant deux siècles, fut, avec l'Italie, le champ clos des grandes guerres européennes Ferdinand Ier (1556), Maximilien II (1564), Rodolphe Il (1576), Mathias (1612), n'ont guère marqué. Mais Ferdinand II (1619) avait de grands desseins : il poursuivait à la fois la restauration de l'autorité impériale et celle du catholicisme. La guerre de Trente Ans (1618), parut d'abord tourner au profit de l'empereur; l'édit de Restitution (1629) consacrait le succès de la réaction catholique. L'intervention de la Suède, soutenue par les subsides de la France, puis celle de la France même, changèrent le cours des événements. Gustave-Adolphe fut tué à Lutzen (1632). Richelieu fit entrer en campagne les troupes françaises; après une série de victoires, il était réservé à Mazarin de diriger les négociations françaises au Congrès de Westphalie (tenu simultanément à Munster et à Osnabruck). Les traités de Westphalie (1648) arrêtèrent les hostilités, mais l'Allemagne sortait de cette épreuve couverte de ruines, après avoir souffert tous les maux qu'une guerre peut entraîner.

Les traités de Westphalie consacraient l'anarchie politique de l'Allemagne. L'autorité de l'empereur était définitivement annulée; la souveraineté territoriale (landerhoheit) était reconnue aux princes, qui étaient, chez eux, maîtres absolus au point que le principe de la religion d'État était posé : cujus regio, ejus religio. L'équilibre était établi entre un « corps catholique » et un « corps évangélique ». Un grand nombre de seigneuries d'ordre inférieur étaient réunies aux domaines de princes plus puissants : ainsi se continuait le travail de concentration qui devait amener l'Allemagne au point où elle en sera au temps de Bismarck, où quelques rares principautés représenteront seules les milliers de principautés existant autrefois. Des sécularisations de territoires ecclésiastiques achevaient de donner à l'oeuvre du Congrès le caractère d'un partage entre les princes les plus importants et les plus avides.

L'anarchie ainsi constituée était garantie par les hautes puissances contractantes, «-protectrices des libertés germaniques ». Les princes étrangers avaient d'ailleurs place officiellement en Allemagne, ce qui leur assurait un droit permanent d'intervention. Les rois du Danemark et de Suède faisaient partie de la Diète, en qualité de seigneurs de principautés allemandes. Le roi de France ne s'était pas fait donner ce droit en annexant l'Alsace, mais Mazarin organisa la Ligue du Rhin entre les princes qui désiraient s'appuyer sur la France contre la Maison d'Autriche; le roi de France fut le protecteur de cette Ligue (1658).

Dans ces conditions, l'Allemagne devait rester le théâtre des grandes guerres entre les Maisons de France et d'Autriche, pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle. Il n'y a plus d'histoire collective de l'Empire. Ferdinand III (1637), Léopold (1658), Joseph Ier (1705), Charles VI (1711-1740), furent les chefs de la Maison d'Autriche, n'ayant en Allemagne d'autre pouvoir, quoique empereurs, que celui que leur assuraient leurs possessions propres. La Diète, devenue perpétuelle en 1613, était un corps sans autorité, conduisant avec une solennelle lenteur des délibérations sans résultat. L'«-armée des cercles », et les autres institutions impériales sont annihilées, sinon ridicules. Pendant près d'un siècle, on ne peut citer comme intéressant l'Allemagne d'une manière générale que la cession de Strasbourg (1697) et de la Lorraine (1766) à la France, et la création d'un neuvième électorat au profit du duc de Hanovre (1708). L'accession de l'électeur de Saxe au trône de Pologne (1697) et de l'électeur de Hanovre au trône d'Angleterre (1782) achèvent de donner une sorte de caractère international à l'Allemagne, de plus en plus entraînée dans des affaires qui lui sont étrangères.

Le fait capital de l'histoire de l'Allemagne, durant ce siècle (1648-1740), fut l'accroissement continu de l'électorat de Brandebourg, ou plutôt de la Prusse. L'électeur de Brandebourg devint roi de Prusse en 1700; et la Prusse existait avec son organisme essentiel à l'avènement de Frédéric II. Depuis lors, jusqu'en 1866, l'histoire de l'Allemagne peut se concentrer dans l'histoire de la rivalité de la Prusse et de l'Autriche. La France joue son rôle, presque toujours maladroitement, dans les diverses phases de cette lutte; à chaque moment décisif, c'est elle qui hâte les progrès de la Prusse. Frédéric II fit de son royaume une des grandes puissances européennes; il laissa la couronne impériale a la Maison d'Autriche, ou plutôt à la Maison de Lorraine, à laquelle Marie-Thérèse, fille de Charles VI, et mariée à François de Lorraine, l'apporta après le règne éphémère de Charles VII, électeur de Bavière (1740-1745), mais, quand Joseph Ier (1765-1790) voulut annexer la Bavière, la Prusse l'en empêcha, à la tête d'une ligue de princes allemands (1785). Tout accroissement en Allemagne était donc interdit à l'Autriche; il lui restait la marche vers l'Est, qu'elle avait entreprise dès la fin du XVIIe siècle en repoussant les Turcs arrivés devant Vienne et en leur reprenant la Hongrie, marche dont le traité de Passarovitz (1718) a marqué la pointe la plus avancée, et qu'avait arrêtée le traité de Belgrade (1739), mais qui n'a cessé d'être un des objectifs de l'Autriche, hésitante entre deux destinées.

Le temps de l'unité allemande.
A la fin du XVIIIe siècle, l'Allemagne était une fédération de deux grands États, de deux États moyens (Bavière et Saxe), de grandes principautés, laïques ou ecclésiastiques (ayant de 150 000 à 800 000 habitants), de petites principautés, de 51 villes libres et d'une multitude de seigneuries : en tout 1800 États, dont 350 seulement avaient une étendue appréciable, et dont une centaine ont véritablement une histoire. La Révolution française transforma ce chaos. D'une part, elle éveilla en Allemagne les idées nationales, et, d'autre part, par les nombreux remaniements territoriaux dont elle fut la cause, elle ramena à quelques unités le nombre des principautés.

La paix de Lunéville (1801) céda la rive gauche du Rhin à la France; à titre de compensation, la Prusse et les autres États importants qui étaient dépossédés de leurs territoires de la rive gauche dépouillèrent les princes, seigneurs et villes libres de la rive gauche. La Bavière et le Wurtemberg reçurent le titre de « royaumes » (1805); Bade s'agrandit; ces États et plusieurs autres s'unirent en une Confédération du Rhin, placée sous la protection de l'empereur des Français (Napoléon I), et destinée à fournir à la France un point d'appui contre la Prusse et l'Autriche. François II, qui avait pris en 1804 le titre d'« empereur d'Autriche », renonça au Saint-Empire romain germanique, qui avait vécu mille ans. 

L'Autriche, toujours vaincue, ne disparut pas, et la Prusse  démembrée, se régénéra, tandis que la Pologne, ne ressuscita pas, malgré la création du grand-duché de Varsovie. Ainsi l'unité de l'Allemagne s'était développée sous l'influence des idées révolutionnaires et sous l'inspiration des penseurs allemands; les invasions napoléoniennes en avaient hâté le progrès, et les réorganisateurs de la Prusse avaient paru incarner l'idée nationale victorieuse en 1813-1814. La Confédération germanique, organisée par le Congrès de Vienne, ne comprenait que 39 membres, dont deux très grands (Autriche et Prusse) et 10 plus ou moins considérables; elle n'avait pas de vie propre. La lutte était inévitable entre la Prusse et l'Autriche, et les autres princes ne pouvaient former le noyau d'une troisième Allemagne. La Prusse, qui paraissait plus libérale et plus allemande que sa rivale, était divisée en tronçons; mais la séparation même de ces tronçons (on lui avait donné les provinces Rhénanes) était un stimulant pour des agrandissements qui la transformeraient un jour en un tout compact.

L'Autriche devenait de moins en moins allemande, cherchant sa destinée en Italie ou en Orient, pendant que les nationalités soumises à l'empereur prenaient conscience de leurs diversités culturelles. Fixons seulement quelques dates, à titre de points de repère : l'agitation libérale (1817-1819), la concession de constitutions à quelques États (1830), l'institution du Zollverein (1828), les menaces de guerre en 1840 qui excitèrent profondément les esprits contre la France, les révolutions de 1848, le Parlement de Francfort qui vota une Constitution unitaire, mais ne put aboutir à un résultat pratique, le triomphe de la réaction en Autriche et en Prusse, les timides tentatives de la Prusse pour créer une nouvelle organisation de l'Allemagne (parlement d'Erfurt, 1850), son humiliation devant l'Autriche, la restauration de la Diète de Francfort (1851); puis, les années suivantes, les progrès de l'influence de la Prusse, l'arrivée de Bismarck au pouvoir (1862), la guerre des Duchés (1864), le débat qui s'en suivit entre la Prusse et l'Autriche, la guerre de 1866. L'Autriche fut exclue de la Confédération germanique, que la Prusse put réorganiser à sa guise; c'était un résultat dû à de longs efforts dont la politique audacieuse de Bismarck et les erreurs de Napoléon III avaient hâté l'accomplissement.

Les années Bismarck.
Les circonstances ne permettaient cependant pas d'achever l'unité. La Prusse, après avoir annexé le Hanovre, la Hesse électoral, le Nassau, Francfort, le Slesvig-Holstein, se contenta de réunir dans la Confédération de l'Allemagne du Nord les États situés au Nord du Main; elle y fit entrer ses territoires non allemands, La nouvelle Confédération était sous sa souveraineté en fait, et un Reichstag commun, élu au suffrage universel donnait à son autorité la solide base du sentiment national. Des conventions militaires secrètes l'unirent aussitôt aux États du Sud, mais une union plus complète aurait rencontré de grands obstacles si l'affaire de Luxembourg (1867), puis la politique de Napoléon Ill, lors de l'arrivée d'un Hohenzollern au trône d'Espagne (1870), n'avaient précipité le mouvement national; les États du Sud prirent part, sans hésiter, à la guerre franco-allemande; les victoires de 1870-1871 achevèrent l'exaltation du sentiment patriotique et unitaire, et l'empire fut proclamé à Versailles, le 18 janvier 1871. Le 10 mai, la paix de Francfort cédait à l'Allemagne l'Alsace-Lorraine, « terre d'Empire ».

L'unité était achevée, mais l'ère des difficultés commençait. Bismarck, chancelier de l'empire, développa l'industrie du pays et son commerce, encouragea la recherche scientifique, mais il s'usa dans sa lutte contre l'Église catholique, qui a dans le sein du Reichstag un parti puissant, le Centre (Kulturkampf, 1872-1886), contre le socialisme et contre le parlementarisme. Sa politique extérieure hors d'Europe se caractérise, à partir de 1883, par l'acquisition de colonies en Afrique (Sud-Ouest africain, Togo), en Extrême-Orient et dans le Pacifique. En Europe, la politique extérieure de Bismarck eut pour fondement l'idée de conserver les conquêtes acquises, par un système d'alliances exclusif de la France. Après avoir opéré, dès 1871, un rapprochement avec l'Autriche, il prit comme base de sa politique l'alliance des trois empereurs (1872-1873), mais, après la crise orientale (La Question d'Orient) dans laquelle il avait contribué à réduire les avantages obtenus par la Russie (Congrès de Berlin, 1878), il dut renoncer à d'autres combinaisons. L'alliance de 1879 avec l'Autriche (« Duplice ») eut comme suite la « Triple alliance » ou « Triplice » (Allemagne, Autriche, Italie), le fait fondamental de la politique internationale de 1871 et la Première Guerre mondiale

Depuis lors, les relations de la Russie et de l'Allemagne passèrent par des alternatives diverses, sans revenir jamais à l'intimité; l'entente franco-russe, depuis les fêtes de Cronstadt (1891), montra qu'il existait en Europe un autre groupe de Puissances; chacun des deux groupes manifestant, d'ailleurs, la prétention de ne vouloir que la paix, mais la paix armée. Ce régime d'armement à outrance, résultat de la paix de Francfort, devait peser lourdement sur l'Europe.

Le Kaiser et la première Guerre mondiale.
Après le règne éphémère de Frédéric III (mars-juin 1888), qui avait éveillé des espérances libérales, l'avènement de Guillaume II, le Kaiser (du latin Caesar), donna tout d'abord des craintes qui, dans un premier temps, ne se sont pas réalisées. La politique extérieure de l'Allemagne ne se modifia pas dans ses lignes générales; elle prit plutôt pendant un certain temps, malgré quelques manifestations bruyantes, une allure plus pacifique et plus loyale. La chute de Bismarck (mars 1890) remit la réalité du pouvoir entre les mains de l'empereur lui-même, dont la personnalité ne cessa plus de se manifester fréquemment, reléguant au second plan celles des chanceliers : Caprivi (1890), Hohenlohe (1895). Comme l'était Bismarck, le Kaiser est partisan d'une «-politique mondiale », mais lui ira au-delà des simples provocations. 

Le 28 juin 1914, un attentat à Sarajevo, coûte la vie au prince-héritier d'Autriche, l'archiduc François-Ferdinand. L'Autriche déclare alors la guerre à la Serbie. l'Allemagne se range aussitôt aux côtés de l'Autriche et lance un ultimatum à la Russie, alliée de la Serbie, qui commence à mobiliser ses troupes, et à la France, liée elle-même à la Russie par une autre alliance. Refusant de rester neutre, la France déclare la guerre à l'Allemagne, le 3 août. La Belgique, refusant de laisser passer l'armée allemande est aussitôt envahie. Le même jour l'Angleterre, demandant le respect de la neutralité belge déclare à son tour la guerre à l'Allemagne. Le 6 août, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie, puis, le 11 et le 12 août, la France et l'Angleterre, respectivement, déclarent la guerre à l'Autriche-Hongrie. Ainsi commence la Première Guerre mondiale, qui durera quatre ans, impliquera aussi les États-Unis à partir de 1917, et se soldera par un carnage (au moins une dizaine de millions de morts, 21 millions de blessés). L'Allemagne aux abois doit signer à Rethondes l'armistice du 11 novembre 1918 et Guillaume II partir en exil. 

Le Traité de Versailles.
Le 28 juin 1919 est signé à Versailles un traité de paix, dont l'un des aspects concernera le nouveau tracé des frontières en Europe. L'Allemagne se trouve de plus amputée d'une partie de son territoire  (68 000 km² , soit 8 millions d'habitants) et il lui est interdit de s'unir avec l'Autriche; l'Alsace et la Lorraine reviennent à la France; des parcelles de son territoire sont attribués à la Belgique; les provinces polonaises (Silésie) occupées depuis plus d'un siècle retourne à une Pologne renaissante; la Prusse orientale est coupée en deux par un passage laissé à la Pologne pour lui donner accès à la mer; Dantzig, bien que dans la zone douanière polonaise, a le statut de ville libre et est administrée par la SDN; le Slesvig du Nord revient au Danemark.

L'Allemagne perd en outre toutes ses colonies, que la SDN place sous administration de divers pays : les plus grandes parties du Cameroun et du Togo sont rattachés à l'empire colonial français, le reste revenant à l'empire britannique, qui s'agrandit également des possessions allemandes en Afrique orientale. Le Sud-Ouest africain (Namibie) est placé entre les mains de l'Afrique du Sud, et le Rwanda-Urundi entre celles de la Belgique; les îles allemandes du Pacifique reviennent soit au Japon (îles du Pacifique Nord), soit à l'Australie (Nouvelle-Guinée) ou à la Nouvelle-Zélande (Samoa). 

Enfin, des réparations au titre des dommages de guerre sont également demandées à l'Allemagne (le montant sera précisé plus tard); le traité prévoit aussi que le pays verra sa capacité militaire fortement amoindrie, et une partie de son territoire (Sarre, Rhénanie) démilitarisée et occupée temporairement par les Alliés.

L'Allemagne de 1919 à 1945.
La disparition de l'Empire allemand laisse la place dès 1918 à une démocratie parlementaire (deux assemblées : le Reichsrat formé des délégués des länder (= «-pays» ), et le Reichstag, formé de députés élus au suffrage universel), fédéraliste (17 länder), dont la constitution est ratifiée en août 1919. C'est la République de Weimar, prise en main dès le départ par deux sociaux-démocrates, Ebert, qui devient chancelier, et un de ses ministres, Scheidemann. 

La République de Weimar.
L'histoire de la fragile République de Weimar peut se diviser en quatre périodes :

1°) La première période est marquée par le chaos qui suit la guerre et le mécontentement que suscitent dans la population les conditions imposées par le Traité de Versailles. De nombreux troubles éclatent : irritation contre la Prusse, velléités séparatistes dans les États du Sud, projets de groupements nouveaux, de républiques régionales (la république de Rhénanie du Dr Dorten), progrès du bolchévisme et congrès des soviets allemands à Berlin; résistance du gouvernement provisoire et coup d'Etat des socialistes majoritaires Ebert, Scheidemann et Noske (5 décembre 1918), qui se rapprochent des partis bourgeois et rompent avec les indépendants; ceux-ci se liguent avec les communistes extrêmes, Spartakistes et bolchéviks, et tentent par deux fois de s'emparer du pouvoir : sanglantes émeutes en décembre 1918 et janvier 1919, les deux partis se servent de mitrailleuses, d'autos-canons, de tanks et même d'avions de bombardement, - destructions et pillages; victoire du gouvernement qui ne veut ou ne peut empêcher le meurtre des deux révolutionnaires Liebknecht et Rosa Luxembourg.

Le 19 janvier ont lieu les élections pour l'Assemblée nationale dans un calme relatif, les bureaux de vote étant gardés par 80.000 soldats, et les résultats sont favorables au gouvernement; mais, tandis que l'Assemblée se réunit à Weimar le 6 février et confirme Ebert dans ses fonctions de président du Reich, des insurrections communistes éclatent en même temps à Brême, Hambourg, Leipzig, Brunswick, Dusseldorf, etc.; dans le Sud, l'assassinat du dictateur socialiste bavarois Kurt Eisner le 20 février provoque à Munich, à Augsbourg, à Nuremberg, une révolution ouvertement bolchéviste (la république des soviets fut proclamée), suivie d'une épouvantable anarchie. Les Bavarois se battaient entre eux et n'obéissaient ni au gouvernement du Reich ni à l'Assemblée de Weimar qui ne communiquait plus que difficilement avec le reste de l'Allemagne. A Berlin, grève générale et troisième insurrection des Spartakistes, dont le ministre de la guerre Noske ne vint à bout qu'après une lutte furieuse et sans merci. L'opinion, à l'étranger, était tout à fait pessimiste. 

«La Russie a été réduite en morceaux, disait le 3 mars Lloyd George, je regrette de constater que l'Allemagne paraît marcher vers le même état de choses.» 
La réalité fut moins tragique. Noske, qui disposait de forces considérables, intimida les communistes, supprima partout les soviets, mit en état de siège « l'État libre de Saxe-», et marcha à la fin d'avril sur Munich où le gouvernement légal fut rétabli, à la grande satisfaction des habitants. 

Lorsque Ebert, qui était resté à Weimar, rentra à Berlin, le danger d'une révolution avait disparu. L'Assemblée, dont les socialistes majoritaires alliés au centre catholique formaient la majorité, choisit comme président Fehrenbach, ancien président du Reichstag. La constitution qu'elle vota était très démocratique; le président du Reich Ehert et le chef du ministère responsable Scheidemann étaient socialistes, mais Erzberger était toujours secrétaire d'État, le comte de Brockdorf-Rantzau ministre des affaires étrangères, les fonctionnaires du régime impérial étaient maintenus il leurs postes, Hindenburg conservait son commandement « pour assurer la démobilisation-». 

2°) En 1923, l'Allemagne sombre dans une crise monétaire grave (hyper-inflation). Son économie s'effondre et elle se voit dans l'impossibilité de payer à la France les réparations prévues par le Traité de Versailles. La France et la Belgique occupent alors la Rhur, où elles resteront jusqu'en 1925. Tout cela ne fait qu'attiser les mécontentements, favoriser les agissements des extrémistes et précipiter l'ascension d'Hitler. Déjà en 1923, Adolf Hitler, à la tête du parti National-Socialiste (Nazi) avait tenté un putsch à Munich. Il est emprisonné, mais rédige, l'année suivante, dans sa cellule Mein Kampf ( = Mon Combat), où se trouve inscrit son programme pour les années à venir. 

3°) Ebert meurt en 1925, après avoir rétabli la situation économique, notamment grâce à l'aide américaine (plan Dawes). Le maréchal Hindenburg, qui avait été le chef d'état-major de l'armée entre 1916 et 1918, devient président du Reich, mais en dépit de l'apparence de rétablissement de l'Allemagne, malgré aussi la normalisation des relations avec les autres pays d'Europe (signature à Locarno en 1925 d'un pacte de non-agression avec la France, par exemple), et même l'adhésion  de l'Allemagne à la Société des nations (SDN) en 1926, le feu des prochaines catastrophes couve déjà. La formation de milices paramilitaires commence ainsi à annoncer un climat de guerre civile : financé par l'industrie lourde, Hugenberg, ancien directeur des usines Krupp dirige une puissante milice appelée les Casques d'acier, les communistes fondent les Combattants du Front Rouge, et Hitler, qu'on a libéré, crée les Sections d'Assaut (SA), puis les Sections de Sécurité (SS). 

4°) La dépression mondiale qui frappe l'Allemagne dès 1929 précipite la chute de la République de Weimar. Le chômage qui explose, les anciennes rancoeurs nées de la défaite de 1918et que que Hitler sait mettre à vif, la violence habilement instillée par ses groupes paramilitaires, tout cela contribue à la foudroyante ascension du parti nazi. Ce qui n'était qu'un petit groupuscule raciste et nationaliste quelques années plus tôt, devient une des forces du Reichstag lors des élections du 1930, avec 107 députés (18% des voix). Au présidentielles de 1932, Hitler obtient 36% des suffrages. Pas assez pour prendre la place de Hindenburg, reconduit dans ses fonctions, mais au parlement c'est désormais sur 230 députés que le parti nazi peut s'appuyer. Il reste à Hitler une dernière étape à franchir avant de prendre le pouvoir : s'assurer du soutien des grands industriels de la Rhur (Krupp, Thyssen, Kirdorf, etc.). Il les rencontre le 27 janvier 1933 pour leur exposer son programme. Le 30 janvier, Hidenburg fait de Adolf Hitler le chancelier du Reich.

Le régime hitlérien.
Les élections de mars 1933 donnent au parti hitlérien un majorité relative au Parlement (43,9% des suffrages). Cela suffit pour que Hitler puisse s'attribuer les pleins pouvoirs. A la mort de Hindenburg, en août 1934, Hitler enterre aussi la République de Weimar, et inaugure le IIIe Reich (le Ier Reich aurait été, selon les nazis, le Saint empire germanique et le IIe Reich, l'empire de Bismark et de Guillaume II), entreprenant de nazifier le pays. Après avoir réduit l'opposition interne (la Nuit des longs couteaux, en juin, l'avait débarrassé des SA), il installe un régime de répression placé sous la botte des SS et de la Gestapo, la police secrète. Les communistes sont emprisonnés ou assassinés, toutes les voix d'opposition sont étouffées par les Nazis, en même temps que leurs obsessions antisémites leurs font adopter, en 1935, des lois racistes (les Lois de Nuremberg privent les Juifs de la citoyenneté, après que deux ans plus tôt on leur ait interdit les emplois dans l'administration) et organiser des pogroms (Nuit de cristal, 1938). Les persécutions contre les Juifs n'en finissent plus. Des milliers d'entre eux seront mis à mort sans jugement ou emmenés dans des camps de concentration. En s'appuyant sur des doctrines eugénistes, les Nazis commencent aussi à tuer les handicapés et les malades mentaux. 70 000 personnes auraient ainsi été assassinées..

Hitler rompt aussi avec l'effort de normalisation internationale entrepris par la République de Weimar. Dès 1933, l'Allemagne quitte la SDN, et surtout les principales clauses du traité de Versailles sont dénoncées. En 1935, le service militaire obligatoire est rétabli; la Rhénanie est remilitarisée en 1936; ses troupes interviennent également  dans la guerre d'Espagne, aux côtés des troupes italiennes de Mussolini, pour soutenir le camp franquiste (bombardement de Guernica par la légion Condor, en avril 1937); en 1938, après une première tentative, quatre ans plus tôt; qui avait échoué, il réunit l'Autriche à l'Allemagne (Anschluss). La région des Sudètes (Tchécoslovaquie) est annexée quelques mois plus tard, puis en septembre 1939, la Pologne est envahie.  La France et la Grande-Bretagne, liées à ce pays par un pacte, entrent alors en guerre. C'est le début de la Seconde Guerre mondiale, qui fera 50 à 60 millions de morts à travers la planète.

En 1941, les troupes allemandes occupent la majeure partie de l'Europe jusqu'à Moscou. C'est le moment choisi par le régime pour mettre en route ce qu'il appellera avec cynisme la « solution finale ». Il s'agit d'exterminer tous les Juifs et tous les représentants de ce que les Nazis désignent comme des « races inférieures » , ce qui comprend notamment les tsiganes, autre grandes victimes des crimes du régime hitlérien. Toute une infrastructure est mise en place pour mener cette politique. Une vaste razzia est lancée dans tous les pays occupés, avec des succès divers. Au Danemark, envahi en 1940, le roi Christian X, en signe de protestation et de dégoût, arbore l'étoile jaune dont les Nazis imposaient le port au Juifs; en France, au contraire, le régime de Vichy collabore avec zèle, devançant même la demande des Allemands en conduisant les enfants en déportation. En 1945, à la fin de la guerre, il apparaîtra que plus de six millions de Juifs, 260 000 Tsiganes, des dizaines de milliers de Slaves et autres persécutés auront ainsi été déportés dans des camps d'extermination (Auschwitz-Birkenau, Belzec, Chelmno (Kulmhof), Lublin (Majdanek), Treblinka), et assassinés dans des chambres à gaz.

Le 8 mai 1945, l'Allemagne finit par capituler. Hitler s'est suicidé à Berlin quelques jours plus tôt (30 avril), avec quelques autres dignitaires de son régime et responsables des camps d'extermination. La plupart des autres hauts responsables seront jugés par un tribunal international qui se réunit bientôt à Nuremberg, où apparaissent de nouvelles notions de droit : le crime contre la paix, le crime de guerre et le crime contre l'humanité. Beaucoup seront condamnés à mort l'année suivante et pendus, comme le maréchal Goering. Mais d'autres avaient pu prendre la fuite; certains seront retrouvés et capturés au cours des années suivantes, d'autres pas.

Les deux Allemagnes.
Avant même l'acte de capitulation, le 2 août 1945, les pays alliés dont les troupes avaient  participé à libérer l'Allemagne du nazisme, s'étaient entendus à Potsdam pour diviser le pays en quatre zones. L'une revint au Royaume-Uni, une autre aux États-Unis, une troisième à la France de De Gaulle, et la dernière, à l'Est, à l'URSS. Berlin, enclavée dans la partie orientale, fut également partagée en zones d'occupation entre les Soviétiques et les Alliés occidentaux. Très rapidement, la Guerre froide qui allait opposer pendant plusieurs décennies les alliées des États-Unis à ceux de l'Union soviétique, conduisit à une séparation de fait de l'Allemagne en deux parties. Ainsi, en juin 1947, les Soviétiques refusèrent-ils pour la zone qu'ils occupent le plan Marshall, proposé par les États-Unis pour la reconstruction du pays; leur blocus de Berlin, en 1948, ne fera ensuite que consacrer la coupure, dont les deux blocs prirent acte par la création, en 1949, de deux nouveaux États  : à l'Ouest, le 23 mai, la République fédérale d'Allemagne (RFA), à l'Est, le 7 octobre, la République Démocratique d'Allemagne (RDA). La partie occidentale de Berlin, enclavée en RDA, restant rattachée à la RFA. Un mur construit à partir du 13 août 1961 par l'Allemagne de l'Est isolera de façon étanche Berlin-Ouest du reste du pays.

La République fédérale allemande (RFA).
La République fédérale allemande, qui établit sa capitale à Bonn, s'est vite trouvée inféodée aux États-Unis, qui lui faisaient bénéficier à la fois de son aide financière et de sa protection militaire. Cependant, Konrad Adenauer, le premier chancelier de RFA, qui fut aussi l'un des fondateurs du parti démocrate-chrétien (CDU), craignant d'être pris en tenaille dans la logique des deux blocs, s'emploie à intégrer l'Allemagne dans le tissu économique européen, en la faisant adhérer dès 1951 à la Communauté européenne du Charbon et de l'acier (CECA), puis en 1957, par le Traité de Rome, à la Communauté économique européenne (CEE). Le Traité franco-allemand de 1963 complétera, cette fois sur le plan politique, cette volonté d'ancrage européen, tout en installant une collaboration durable entre la France et l'Allemagne dans le processus de construction européenne. Adenhauer, âgé de 87 ans, se retire la même année et laisse la place, à son ancien ministre de l'économie, Ludwig Erhard qui poursuit activement la politique de relèvement économique du pays. En 1966, lui succède comme chancelier Kurt Kiesinger. Mais celui-ci ne pouvant s'appuyer au Reichstag sur une majorité suffisante est contraint de former ce qu'on appelle en Allemagne un «-gouvernement de grande coalition », qui réunit des ministres de droite et de gauche (chrétiens-démocrates de la CDU-CSU, sociaux-démocrates du SPD, libéraux du FDP).

En 1969, le social-démocrate Willy Brandt devient chancelier de l'Allemagne fédérale avec l'appoint des suffrages libéraux. Sa politique de coexistence pacifique avec l'Allemagne de l'Est (appelée Ostpolitik), qui mènera à la reconnaître officiellement en 1972, lui vaut le Prix Nobel de la paix dès 1971. Mais après qu'un de ses proches collaborateurs ait été accusé d'espionnage au profit de la RDA, Willy Brandt est contraint à la démission en 1974. Helmut Schmidt, un autre social-démocrate, le remplace. Celui-ci, qui partage avec le président français Valéry Giscard d'Estaing les même convictions européennes, accentue à la fois le rapprochement des deux pays et la construction européenne que symbolise la création,  le 13 mars 1979, du Système monétaire européen (SME), première étape du processus qui a mené à la création de l'euro. L'Allemagne d'Helmut Schmidt est par ailleurs marquée la montée du terrorisme d'extrême-gauche (celui de la Fraction armée rouge, en particulier) et par les deux chocs pétroliers des années 1970, qui induisent une crise économique et la montée du chômage.

En 1982, les sociaux-démocrates du SPD perdent le pouvoir au profit de la CDU, qui revient avec à sa tête le chancelier Helmut Kohl. Sa politique d'intégration européenne prolonge celle de son prédécesseur, s'appuyant cette fois avec les relations privilégiées qu'il entretient avec le nouveau président français, François Mitterrand. Mais l'Allemagne des années 1980 va surtout être marquée par le retour des préoccupations est-européennes. Au cours de la première moitié de la décennie, l'installation par les Américains et les Russes de nouveaux missiles en Europe et l'initiative de défense stratégique (programme de « Guerre des étoiles ») lancée par le président des États-Unis, Ronald Reagan, ont relancé les tensions. Au contraire, la seconde moitié de la décennie se signale par les efforts de l'Allemagne fédérale en direction de la RDA (aides financières, accords sur le rapatriement des prisonniers politiques, et même sur des transferts relativement importants de populations qui souhaitent quitter l'Allemagne de l'Est). Ce mouvement, qui trahit l'affaiblissement que connaît alors la RDA, se conclura, en 1989, par la chute du mur de Berlin, puis, l'année suivante, par la réunification des deux Allemagnes.

La République démocratique allemande (RDA).
La République démocratique allemande, qui garde Berlin pour capitale, est devenue, sous la direction de Walter Ulbricht et du SED (le parti d'obédience communiste), un satellite de l'URSS, conservant un semblant de pluralisme politique (parti de la CDU démocrate-chrétien, LDPD libéral, etc.), mais adoptant à la fois son système économique centralisé et son gouvernement totalitaire et policier. Franchement stalinien jusqu'en 1953, le régime s'assouplit quelque peu ensuite, et la santé de l'économie s'améliore sensiblement à partir du début des années 1960. Après la crise suscitée par la construction du mur de Berlin en 1961, destinée à juguler l'émigration vers l'Ouest, l'acceptation par Erich Honecker, successeur d'Ulbricht à partir de 1971, de la politique de rapprochement initiée par Willy Brandt, marque le début d'une période de détente que favorise l'Union soviétique. La RDA, en même temps qu'à la RFA, font leur entrée à l'ONU en septembre 1973. La fin des années 1970 seront cependant marquée par un retour des tensions avec l'Ouest. Au début des années 1980, les oppositions (intellectuels, pacifistes, églises) commencent à se faire entendre à l'intérieur même du pays. Les transformations inaugurées, à partir de 1987, en URSS (perestroïka), détournent l'intérêt du grand frère soviétique de ce mouvement, qui va pouvoir se poursuivre jusqu'à l'écroulement du régime. Ce dernier ne cherchera même pas à s'opposer au mouvement spontané de la foule qui prend d'assaut le mur de Berlin, le soir du 9 novembre 1989. Le chef de la CDU, Lothar de Maizière, porté au pouvoir par les élections de mars 1990, s'entendra ensuite avec le gouvernement d'Helmut Kohl pour que la réunification se réalise rapidement.

L'Allemagne réunifiée.
La réunification de l'Allemagne, essentiellement conduite par Helmut Kohl, a été rendue officielle le 3 octobre 1990. Après, la réunification monétaire, effective dès le mois juillet précédent, il s'est agi, avant tout d'une absorption de l'Allemagne de l'Est par la République fédérale, qui s'est ainsi accrue de nouveaux länder. Les institutions de la nouvelle Allemagne sont restées celles de l'ancienne RFA, seule la capitale est revenue de Bonn, après un vote du Bundestag en juin 1991. En pratique le transfert des différentes administrations a pris plusieurs années et Berlin n'est redevenue le siège du gouvernement fédéral en 1999. Le temps pour Berlin de devenir une des villes les plus vivantes et attractives d'Europe. Dans l'intervalle, la politique de l'Allemagne s'est déployée selon deux axes : à l'intérieur, il s'est agit d'assimiler concrètement les länder de l'Est, en les faisant passer d'une économie planifiée à une économie de marché, et en comblant dans tous les domaines le fossé qui s'était creusé en quarante ans entre les cultures de l'Est et de l'Ouest. A l'extérieur, il s'est agit de rassurer les autres pays d'une part sur l'ancrage à l'Ouest de l'Allemagne et d'autre part sur les craintes que pouvaient susciter pour les Européens une Allemagne désormais capable de redevenir puissante politiquement, sinon militairement, et émancipée des contraintes auxquelles l'avaient soumise la Guerre froide et de la tutelle que maintenaient toujours sur elle, dans une certaine mesure, les Alliés.

Helmut Kohl est réélu chancelier en 1994, année de la mort de Honecker. Son nouveau mandat marque un pas de plus dans l'émancipation de l'Allemagne. La même année un tabou tombe : la Bundeswehr, l'armée allemande, obtient de la cour constitutionnelle fédérale le droit d'intervenir à l'étranger, dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unis. Mais la réunification, bien que réussie politiquement, coûte cher à l'Ouest, et ses standards de vie auxquels aspiraient les Allemands de l'Est tardent à s'installer chez eux où tout au contraire le chômage explose. Pour cette double raison, Kohl et la CDU perdent le pouvoir en 1998. A la suite d'un scandale sur le financement illégal de la CDU, le réunificateur de l'Allemagne, début 2000, se retirera de la vie politique, et son parti sera désormais dirigé par Angela Merkel, qui a vécu jusqu'en 1990 en RDA.

Les élections de 1998 ont été gagnées par une coalition  du SPD et des Verts. Le social-démocrate Gerhard Schroeder (Schröder), devient chancelier. Schroeder poursuit la politique européenne de ses prédécesseurs. Il donne aussi corps à la nouvelle politique extérieure de l'Allemagne en envoyant, en 1999, des troupes, pour la première fois depuis le second conflit mondial, dans une opération étrangère : en Yougoslavie, sous l'égide de l'ONU. A l'intérieur, cependant, il hérite du climat de morosité générale qu'on suscité les difficultés économiques et sociales nées de la réunification et est réélu de justesse, en septembre 2002,  ne conservant la chancellerie que grâce à son alliance avec les Verts. Ce second mandat donnera l'occasion à l'Allemagne d'un nouveau pas dans l'affirmation de son autonomie sur la scène internationale, quand Shroeder refuse de suivre les États-Unis dans la guerre d'Irak en 2003. De quoi lui donner aussi un regain de popularité, qui n'empêchera pas, au demeurant les difficultés électorales de se multiplier. Une lourde défaite du SPD en mai 2005 lors d'élections régionales (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) décide Schroeder à provoquer des élections fédérales anticipées.  Celles-ci ont lieu en septembre 2005. Les résultats en seront très serrés : bien que sortie victorieuse du scrutin, la CDU se trouve contrainte, comme cela avait déjà été le cas en 1966, a former un gouvernement de grande coalition avec le SPD. Angela Merkel devient chancelière le 22 novembre 2005. Après une nouvelle victoire de son parti en septembre 2009, Merkel a été réélue le mois suivant (28 octobre), pour quatre ans, par le Bundestag, et doit gouverner, cette fois, en coalition avec les Libéraux du FDP.



Günther Weisenborn, Une Allemagne contre Hitler, Editions du Félin, rééd. 2007. - Les images des grand-messes hitlériennes, les mises en scène grandioses du nazisme ont fait oublier les visages des Allemands qui ont refusé de sacrifier leur honneur aux rêves d'un Reich de mille ans. Le livre de Günther Weisenborn, minutieux compte rendu des résistances allemandes, témoigne de leur combat. Moins nombreux qu'en France, écrasés par un règne de terreur absolu, des hommes et des femmes de tous les âges se sont levés contre la folle entreprise de leur dirigeants. Simples soldats et officiers, ouvriers et écrivains, prêtres et pasteurs, ils furent des dizaines de milliers à refuser la désastreuse dictature. C'est aussi grâce à leur sacrifice qu'une autre Allemagne a pu renaître à la démocratie dans le concert des nations européennes. (couv.).

Bruno Lieser, Les années Schroeder, Ellipses Marketing, 2006. - Incontestablement, le passage du Chancelier Gerhard Schröder aux affaires aura transformé la RFA de façon durable. Entre 1998 et 2005, ses deux gouvernements ont marqué l'avènement d'une "République de Berlin" plus sûre d'elle-même et moins modeste sur le plan international. La coalition rouge-verte, constellation politique jusque-là inédite en Allemagne, a fait subir au pays des mutations profondes, et accompagné la nécessaire et difficile adaptation du "modèle rhénan" aux réalités du XXIe siècle. (couv.).

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