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Napoléon Ier
Napoléon Bonaparte
Aperçu

Origines, enfance et jeunesse
Campagne d'Italie
Expédition d'Égypte

Le Consulat

L'empire, la Grande Armée

Campagnes de 1805, 1806, 1807
Les affaires d'Espagne
La Campagne de 1809
Le mariage autrichien

L'Empire à son apogée
Le Régime totalitaire

« Les grands travaux »

La Campagne de Russie
La Campagne d'Allemagne
La Campagne de France
Les Cent-Jours
Sainte-Hélène

Appréciation générale

Carte de l'Empire 1811

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Napoléon (Bonaparte ou Napoleone Buonaparte). - Général, puis chef du gouvernement français sous les dénominations successives de premier consul et d'empereur, roi d'Italie, etc., né à Ajaccio, dans l'île de Corse,  le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène (Atlantique Sud), le 5 mai 1821, fils de Charles Bonaparte, issu d'une famille noble mais peu fortunée de Toscane, et de Letizia (ou Laetitia) Ramolino. 

Origines, enfance et jeunesse.
Par la protection du comte de Marbeuf gouverneur militaire de la Corse, il entra en 1779 à l'école de Brienne, d'où en 1784 il passa à l'École militaire de Paris; il fut nommé dès 1785 sous-lieutenant du 4e régiment d'artillerie et employé en Corse. Proscrit en 1792 par Pascal Paoli, alors maître du pays et allié des Anglais, il vécut assez longtemps à Nice, puis à Marseille, avec sa mère et ses soeurs, dans une gêne extrême. Il fut fait capitaine le 6 février 1792. C'est dans ce grade qu'il servit au siège de Lyon en 1793 sous les ordres du général Kellermann. Il fut ensuite chargé par le général Carteaux de réduire les Marseillais fédéralistes, mission dans laquelle il réussit. Nommé la même année adjudant général au siège de Toulon, ville qui était alors au pouvoir des Anglais, il décida la reddition de la place en emportant le fort de l'Eguillette (Aiguillette), et fut aussitôt récompensé par le grade de général de brigade. 

En mai 1794, une expédition fut dirigée sur la Corse, qui avait secoué le joug français. Napoléon Bonaparte en eut le commandement; mais il échoua dans ses tentatives pour reprendre Ajaccio sur les insurgés soutenus par les Anglais, et fut obligé de revenir à l'armée sur le Var. Chargé la même année de commander l'artillerie de l'armée d'Italie, il avait déjà obtenu de brillants succès lorsqu'il fut suspendu comme suspect, après le 9 thermidor, à cause de ses rapports avec les terroristes Robespierre le jeune et  Ricord. Détenu un instant, puis mandé à Paris, il finit par être rayé des listes d'activité. Sans ressources en cet instant, il songeait à passer en Turquie pour organiser l'artillerie du sultan, lorsque Pontécoulant l'attacha aux bureaux de la guerre. L'insurrection parisienne du 13 vendémiaire (5 octobre 1795) contre la Convention changea sa situation : choisi pour second par Barras, il réduisit les insurgés en les mitraillant devant St-Roch. Il obtint en récompense le grade de général de division, avec le commandement ou chef de l'armée de l'intérieur. 

Campagne d'Italie.
L'année suivante, Napoléon Bonaparte épousa Joséphine, veuve du vicomte de Beauharnais. Au même moment il recevait, sur la désignation de Carnot, le commandement en chef de l'armée d'Italie, alors battue désorganisée et sans argent (2 mars 1796). En un an il mit en pleine déroute ou détruisit 5 armées, chacune plus forte que la sienne, à savoir l'armée piémontaise à Mondovi (les 12, 15 et 22 avril 1796), et 4 armées autrichiennes : celle de Beaulieu à Cairo Montenotte, Millesimo, Dego et au pont de Lodi (10 mai); celle de Wurmser à Castiglione (5 août), Roveredo, Bassano; celle d'Alvinzi à Arcole (17 novembre), à Rivoli et sous Mantoue (les 14 et 15 janvier 1797), que rendit Wurmser; enfin celle du prince Charles, qu'il poursuivit en Allemagne et sur la route de Vienne jusqu'à Léoben, où fut signé un armistice (29 avril 1797). Le roi de Sardaigne, le pape, les ducs de Parme, de Modène, de Toscane, avaient déjà signé ou imploraient la paix; l'empereur d'Autriche la demanda aussi, et, par le traité de Campo-Formio (17 octobre 1797), il céda à la France, en échange des États de Venise, qu'il avait occupés chemin faisant, les Pays-Bas autrichiens, avec toute la rive gauche du Rhin, et le Milanais, qui devint alors la république Cisalpine. De si prodigieux succès excitèrent l'enthousiasme public pour le jeune général.

Expédition d'Égypte.
Mais cet enthousiasme même et quelques efforts qu'il fit dès cette époque pour s'emparer du pouvoir effrayèrent le Directoire. Après avoir proposé à Napoléon Bonaparte le commandement d'une flotte destinée à l'invasion de l'Angleterre, on accepta, pour l'éloigner, l'offre qu'il avait faite de diriger en Égypte une expédition qui, après avoir conquis ce pays, le coloniserait et en ferait un point d'appui pour attaquer les Anglais en Inde. Parti de Paris le 3 mai 1798, Bonaparte arriva le 9 à Toulon, où il trouva réunies les troupes destinées à l'embarquement, les transports nécessaires, et la force maritime qui devait protéger le convoi. Ils mirent à la voile le 19 mai. L'amiral Brueys déjoua la surveillance de Nelson, et l'expédition commença bien (prise de Malte, 9-10 juin; d'Alexandrie, 2 juillet; victoires des Pyramides et prise du Caire, entre le 21 et le 23 juillet). Mais Nelson détruisit la flotte française dans la rade d'Aboukir (2 août). 

Pendant que Napoléon Bonaparte, prisonnier dans sa conquête, affecte de l'étendre vers le sud et de l'organiser, les Turcs interviennent en Syrie et dans le Delta du Nil. Malgré le victoire du mont Thabor (16 avril 1799), il est repoussé de Saint-Jean-d'Acre, mais il bat les Turcs à Aboukir (25 juillet).  Informé à ce moment des désastres français en Italie, peut-être aussi appelé par des ouvertures qui lui auraient été faites avant l'expédition pour le placer à la tête d'un complot contre le Directoire, Bonaparte prit la résolution de rentrer en France et laissa son armée à Kléber. Après avoir échappé  aux croisières anglaises, il parut inopinément à Paris à la fin de 1799, sans avoir subi de quarantaine. 

Le Consulat.
Le Directoire était tombé dans le discrédit, les factions n'avaient aucun chef capable : Napoléon Bonaparte devint bientôt le centre d'un parti puissant. Aidé des directeurs Sieyès et Roger-Ducos, de son frère Lucien Bonaparte, président du conseil des Cinq-Cents, du général Leclerc, et encouragé par les hommes les plus considérables de l'époque, il renversa le Directoire à la fameuse journée du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), se fit nommer 1er consul pour 10 ans et se donna pour collègues deux hommes prêts à le seconder, Cambacérès et Lebrun. Il se remit aussitôt à la tête de l'armée d'Italie : le passage des Alpes (1800), la victoire de Marengo (14 juin), et les succès que, grâce à ces débuts décisifs, remportèrent ensuite ses lieutenants, rendirent aux armes françaises la supériorité en Italie, tandis que Moreau, du côté du Rhin, gagnait la bataille de Hohenlinden. Le traité de Lunéville avec l'Autriche (1801), et bientôt celui d'Amiens avec l'Angleterre (1802), terminèrent cette seconde guerre.
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Napoléon Bonaparte (Napoléon I)
Napoléon Bonaparte, en empereur des Français.

Napoléon Bonaparte profita de la paix pour fermer les plaies de l'intérieur : il mit un terme aux réactions des partis, pacifia la Vendée, rappela les émigrés, rouvrit les églises, conclut avec le pape un nouveau concordat, réorganisa tous les services, créa l'ordre de la Légion d'honneur, institua la banque de France, rouvrit le grand-livre de la dette publique, enfin fit rédiger le Code civil ( = Code Napoléon), rétablit l'esclavage dans les Antilles. Dans le même temps il déjouait les complots de tous genres formés contre lui, échappait à l'explosion de la Machine infernale et profitait même de ces attentats pour augmenter son pouvoir. Le Sénat, qui déjà l'avait nommé consul à vie en 1802, le proclama empereur en 1804; il fut sacré en cette qualité, sous le nom de Napoléon, par le pape Pie Vll. venu à Paris tout exprès pour cette cérémonie (2 décembre); un an plus tard, il érigea la république Cisalpine en royaume et se fit couronner roi d'Italieà Milan

L'empire, la Grande Armée; Campagnes de 1805, 1806, 1807
Cependant, dès la fin de 1803 l'Angleterre avait recommencé les hostilités; l'Autriche, la Russie, les Deux-Siciles, en firent autant en 1805. Pendant que Napoléon méditait une descente en Angleterre, il eut la douleur de voir les flottes combinées de la France et de l'Espagne anéanties par Nelson à Trafalgar; mais sur terre il compensa cet échec par une suite de victoires éclatantes : maître d'Ulm et de Vienne même, il acheva d'écraser les Austro-Russes, à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805): Cette campagne fut terminée par la paix de Presbourg (25-26 décembre 1805), qui ajoutait au royaume d'Italie les États de Venise, créait les royaumes de Wurtemberg et de Bavière en faveur de princes alliés de Napoléon, et donnait le grand-duché de Berg à Joachim Murat, son beau-frère. Le 27 décembre, le roi des Deux-Siciles, Ferdinand IV, dépouillé du royaume de Naples (1806), fut remplacé par Joseph Bonaparte et alla régner en Sicile.  Le 17 janvier de 1806, Napoléon marie le fils de sa femme Joséphine, Eugène de Beauharnais, avec la princesse Amélie, fille du nouveau roi de Bavière, l'adopte pour son fils, et le nomme vice-roi d'Italie. Le 5 juin, il crée un trône en Hollande pour y placer son frère Louis Bonaparte. Le 1er juillet, il signe à Paris, avec les souverains allemands du second ordre, un traité qui les sépare de l'empire germanique, et les réunit sous la dénomination de Confédération du Rhin : 14 princes y accédèrent; l'empire d'Allemagne cessa. Napoléon, sous le titre de Protecteur, fut officiellement reconnu président perpétuel de cette agglomération de princes, qui tous devaient prendre part à ses guerres, et l'appeler à leur secours en cas d'attaque.
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Satue de Napoléon, à Rouen.
Statue de Napoléon à Cheval (Rouen). Photo : © Serge Jodra, 2009.

Cette création si importante, l'occupation du Hanovre, enlevé dès 1803 aux Anglais par la France, les subsides fournis par l'Angleterre, les promesses des Russes déterminèrent la Prusse à tenter une contre-confédération, puis à prendre ouvertement les armes contre la France. Napoléon détruisit cette quatrième coalition par ses deux campagnes de 1806 et 1807, l'une en Allemagne, l'autre en Pologne : les victoires d'Auerstaedt et d'Iéna, suivies de l'occupation de Berlin, signalèrent la première; les sanglantes batailles d'Eylau, de Friedland (auj. Prawdinsk) la deuxième. Elles furent suivies de la paix de Tilsit (8 juillet 1807). C'est là, sur un bateau, au milieu du Niémen, que l'empereur de Russie et le roi de Prusse se présentent devant le soldat couronné qui les a vaincus, et qui, deux ans auparavant, avait reçu l'empereur d'Allemagne dans la même attitude à son bivouac d'Austerlitz. Le Traité qui fut signé termina la guerre, et en ôtant à la monarchie prussienne la moitié de ses provinces, créa pour Jérôme Bonaparte le royaume de Westphalie, érigea la Saxe en royaume et fit de la Prusse polonaise le grand-duché de Varsovie, qui fut conféré au roi de Saxe. Des articles secrets autorisaient la Russie à s'emparer de la Finlande, la France à s'adjuger l'Espagne, et équivalaient au fond au partage de l'Europe, moins l'Angleterre et la Turquie. Le tsar Alexandre promit aussi de favoriser le Blocus continental, système imaginé par Napoléon pour porter le coup mortel à l'Angleterre en lui fermant tous les ports de l'Europe (décret de Berlin du 21 novembre 1806). Bientôt la Toscane est occupée (1806), le Portugal envahi (1807), Flessingue réuni à l'Empire. 

Les institutions de l'Empire; Le Régime totalitaire; « Les grands travaux ».
Napoléon signalait presque toujours la fin d'une campagne par l'abolition de quelques-unes des institutions libérales qu'il n'avait pas osé détruire à son avènement à l'empire. C'est ainsi qu'il avait supprimé le Tribunat le 19 août 1807. Le 2 février 1808, il créa un gouvernement général des départements formés de l'ancien Piémont, etc., pour en investir son beau-frère Camille Borghèse. Le 1er mars, un sénatus-consulte donna une noblesse à la monarchie impériale, et rétablit les majorats supprimés par l'assemblée constituante en 1790 avec tous les titres, armoiries et insignes de la féodalité. En même temps, il renouvelait la face de la capitale et ouvrait la première exposition de l'industrie.

Les affaires d'Espagne.
A la faveur du traité de Fontainebleau, qui permettait aux troupes françaises de traverser la Péninsule ibérique pour aller combattre le Portugal, allié de l'Angleterre, Murat et 80 000 hommes s'étaient introduits en Espagne, et avaient été témoins des haines et des discordes de la famille royale : Charles IV et ses fils, attirés à Bayonne, prennent pour arbitre Napoléon, qui leur arrache une double abdication; les retient prisonniers et donne le trône à son frère Joseph Bonaparte, qu'il appelle de Naples. Mais l'Espagne résiste énergiquement : la défaite et la capitulation de Dupont à Baylen, celle de Junot à Sintra, commencent les revers français. Bien que Napoléon, par sa présence (décembre 1808), rétablisse un moment les affaires, et malgré les efforts de Soult, de Masséna, de Suchet, l'Espagne, aidée de l'Angleterre, couverte de guérillas, animée par ses juntes et ses moines, lutte opiniâtrement, et, bien que cent fois vaincue, dévore en cinq ans (1808-1813) plus de 400 000 hommes, Français, Allemands, Italiens et Polonais. 

La Campagne de 1809.
Profitant de l'affaiblissement produit par tant de pertes et de l'impopularité causée en Europe par la guerre d'Espagne, l'Angleterre suscite en 1809 contre Napoléon une cinquième coalition, dans laquelle l'Autriche prend la principale part. L'Empereur n'a plus d'allié que la Russie; néanmoins il gagne les batailles d'Abensberg, d'Eckmühl, de Ratisbonne, bombarde Vienne, la prend de nouveau et occupe l'île de Lobau; il obtient à Essling un avantage chèrement payé et remporte la victoire décisive de Wagram, le 5 juillet. Cette victoire, qui amène l'armistice de Znaym, en Moravie (11 juillet 1809), met la monarchie autrichienne à la disposition du vainqueur. Soit modération, soit prévoyance, celui-ci n'abuse pas de sa fortune, et la paix est signée le 14 octobre à Vienne. Pendant la suspension d'armes qui précède ce dernier traité avec l'Autriche, la France est gouvernée du château de Schoenbrunn, où Napoléon avait établi son quartier-général. Ce n'est pas la première fois qu'il affectait de dater ses décrets sur l'administration intérieure de son empire des résidences royales des monarques auxquels il faisait la guerre. 

Le mariage autrichien.
Napoléon, au lieu d'annuler la monarchie autrichienne (en la divisant en plusieurs petits États), il se contente de lui prendre les provinces illyriennes, et, croyant se l'attacher par un mariage, il se sépare par le divorce de Joséphine de Beauharnais pour épouser une archiduchesse d'Autriche, Marie-Louise. Cette alliance fut célébrée à St-Cloud le 1er avril 1810. Dès ce moment, Fouché, Bernadotte et plusieurs autres tendent à s'isoler de lui; à la même époque, le pape Pie VII, qu'il a dépouillé de ses États, l'excommunie, et les violences dont ce pontife devient l'objet ne font que susciter de nouvelles difficultés; enfin le système continental ruine le commerce et produit un malaise universel. 

La Campagne de Russie.
Malgré cet état de choses, Napoléon ne craint pas de mécontenter ses plus sûrs alliés par de continuels envahissements, force son propre frère Louis Bonaparte, roi de Hollande, à abdiquer pour n'être pas le spoliateur de son peuple. Le Valais est également envahi la même année; les villes anséatiques perdent leur indépendance en 1811, et le titre de roi de Rome, donné par Napoléon à son fils, annonce combien son union avec la fille de François II (François Ier d'Autriche) a exalté son ambition. Cependant un concile français trompe, par sa résistance, les vues du dominateur qui l'a convoqué pour réunir dans ses mains les deux puissances spirituelles et temporelles. En 1812, la Russie, cédant aux conseils du gouvernement anglais, se dispose à reprendre les armes; Napoléon veut la prévenir : il resserre son alliance avec la Prusse et l'Autriche, et s'engage dans une offensive formidable contre la Russie, sans même s'être assuré l'appui de la Turquie et de la Suède. C'est donc lui qui déclare le premier la guerre à l'empereur Alexandre, en prétextant le rétablissement du royaume de Pologne. A la tête de 450000 hommes, il passe le Niémen, s'empare de Vilna (Vilnius), Vitebsk et Smolensk, poursuivant l'ennemi sans l'atteindre; il rencontre enfin Koutousov à Borodino. La bataille de la Moskova lui livre Moscou, l'ancienne capitale de l'empire moscovite; il y entre le 11 septembre pour la voir bientôt consumé par un incendie allumé par ses propres habitants. Au bout d'un mois et plus passé à attendre de St-Pétersbourg des ouvertures de paix, le froid oblige Napoléon de battre en retraite, à partir du  17 octobre. Harcelée par des troupes innombrables, privée de tout, l'armée française reste presque tout entière ensevelie dans les neiges, ou périt dans les eaux de la Bérézina

La Campagne d'Allemagne.
Pendant ce temps, la conspiration de Malet à Paris révélait de graves dangers à l'intérieur. Le 3 décembre Napoléon remit le commandement des déplorables débris de son armée, naguère menaçante, au roi de Naples Murat, et le 18 il arrive à Paris, où il se fait féliciter par toutes les autorités. En un clin d'oeil et comme par enchantement, il s'y créa de nouvelles ressources; il ouvrit la campagne d'Allemagne par de beaux succès, fut vainqueur à Lutzen (2 mai 1813), à Bautzen (les 20 et 21 mai), à Wurschen; mais la Prusse, alliée douteuse en 1812, était avec les Russes en 1813 : la Suède, qui avait porté au trône Bernadotte, imita cet exemple; l'Autriche elle-même, après l'inutile congrès de Prague, prit parti contre Napoléon, et, malgré la victoire de Dresde, cet exemple fut, après les échecs de Vandamme à Kulm, de Ney à Dennevitz, suivi par la Bavière, le Wurtemberg et les Saxons, que leur vieux roi essaya en vain de retenir dans l'alliance française. La désastreuse bataille de Leipzig (18 et 19 octobre), dite Bataille des Nations, refoula Napoléon sur le territoire de la France, qui fut partout envahi. 

La Campagne de France.
Dans une dernière campagne, Napoléon tint encore pour quelque temps la fortune en suspens : de brillants succès à St-Dizier, à Brienne, amenèrent le congrès de Châtillon; mais il rejeta les propositions des alliés qui voulaient réduire la France aux limites de 1792. Forcé de continuer la lutte, il gagna encore les victoires de Champaubert, de Montmirail de Château-Thierry, de Vauchamp, de Montereau, de Méry; il voulait tourner et envelopper les ennemis pris entre la capitale et lui; mais, Paris ayant ouvert ses portes après deux jours de combat, et Marmont ayant donné le signal de la défection, le Sénat proclama la déchéance de Napoléon et les vainqueurs déclarèrent qu'ils rétablissaient les Bourbons (31 mars 1814). Napoléon abdiqua à Fontainebleau (11 avril); après avoir essayé en vain, semble-t-il, de mettre fin à sa vie par le poison, il fit à sa garde les adieux les plus touchants (20 avril), et se rendit, avec une troupe dévouée, à l'île d'Elbe, qui lui avait été donnée en souveraineté. En s'y rendant, il eut à courir quelques dangers pour sa vie au milieu des populations fanatisées du midi; il n'y resta que quelques mois : les erreurs de la Restauration rendaient son retour envisageable.

Les Cent-Jours.
Le 1er mars 1815 il reparut en France et en vingt jours Napoléon parvint de Cannes à Paris sans trouver de résistance. En peu de temps le gouvernement impérial est reconnu presque sans opposition sur tous les points du royaume; mais à peine relevé, ce gouvernement, à quelques mesures et mouvement militaire près, reste comme frappé de paralysie, et Napoléon, considérant les dispositions que manifestent les nombreux partisans de la doctrine politique dite libéralisme, ne voit qu'un danger pressant là où la nouvelle révolution pouvait seule puiser des forces. Il se refuse aux concessions que ce parti demande, et le 21 avril il publie l'acte additionnel aux constitutions de l'empire, espèce de charte nouvelle qui consacre le régime impérial de 1812, et tous les abus que l'on avait reprochés à la monarchie de 1788. Cet acte excite l'indignation, et dès lors l'opinion n'est plus divisée qu'en deux partis; celui de la royauté sous les Bourbons et celui de la révolution sans dictateur. Dans le même temps, la coalition qui l'avait détrôné se renoua. Et, quoique mal secondé par le parti républicain, Napoléon, se voyant entouré de troupes braves et enthousiasmées, prit l'offensive : il battit les Prussiens à Ligny le 16 juin; mais, trahi par Bourmont, privé par un fatal malentendu des renforts que devait lui amener Grouchy, il fut vaincu le 18 par Wellington et Blücher à Waterloo en Belgique. Après ce désastre Napoléon rentra en France, et s'enferma à l'Elysée-Bourbon, où il abdiqua en faveur de son fils, qui devait prendre le nom de Napoléon II (22 juin 1816); ce nouveau règne avait duré Cent-jours.

Sainte-Hélène.
Napoléon se rendit alors de lui-même au port de Rochefort sur le navire anglais le Bellerophon, comptant que l'Angleterre lui accorderait une généreuse hospitalité. Mais le cabinet anglais, abusant de sa confiance, le déclara prisonnier, et se fit charger par les Alliés de le transporter à Sainte-Hélène. Napoléon arriva dans cette île, accompagné d'un petit nombre de fidèles, Bertrand, Montholon, Gourgaud, Las-Cases. Retiré dans la modeste résidence, de Longwood, il s'occupa de rédiger ses Mémoires et ses Campagnes; mais pendant les cinq années qu'il y vécut encore. Il fut sans cesse abreuvé de dégoûts et d'humiliations par le gouverneur anglais, sir Hudson Lowe. Il mourut le 5 mai 1821, dans sa 52e année, et fut enterré à Sainte-Hélène. Ses restes, ramenés en Franceen 1840, reposent maintenant sous le dôme des Invalides, à Paris. (Bouillet).



En bibliothèque - Ouvrages de Napoléon Bonaparte : I. Lettre de M. Buonaparte à M. Matteo Buttufuoco, député de Corse à l'assemblée nationale, 1790, in-8, réimpr. dans le n° 5 ci-après. - Il. Le souper de Beaucaire, Mignon, 1793, in-8 (anonyme), réimpr. dans le n° 5 ci-après. - III. Collection générale et complète des lettres, proclamations, discours, mesages, etc., classés suivant l'ordre des temps, avec des notes, par Ch.-Auguste Fischer, Leipzig, 1808 et 1813, 9 vol. in-B. - IV. Correspond. inédite, officielle et confident. (publiée d'après les copies authentiques recueillies et rassemblées par Napoléon lui-même), 1818, 1810, 7 vol. in-8. Ce recueil mérite toute confiance. - V. Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Paris, Panckoucke, 1821 et 1822, 5 vol. in-8. Quelques vol. de la précéd. collect. font partie de celle-ci. - VI. Mém. pour servir à l'hist. de France en 1815, avec le plan de la bataille de Mont-St-Jean, Paris 1820, in-8. -VII. Manuscrit de l'île d'Elbe; des Bourbons en 1813, publié par le comte *** (écrit par le comte de Montholon, et publ. par M. O'Meara), Londres, 1818, in-8. L'édit. de Bruxelles porte à tort sur le frontispice le nom de M. le comte Bertrand. On sait aujourd'hui que M. Bertrand, officier et parent de M. le comte Siméon, est auteur du Manuscrit venu de Ste-Hélène d'une manière inconnue, 1817, in-8. -VIII. Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, écrits à Ste-Hélène par les générations qui ont partagé sa captivité, et publ. sur les manuscrits, entièrement corrigés de la main de Napoléon, par le général Gourgaud et le comte de Montholon, Paris, 1822-25, 8 vol. in-8.

Les ouvrages anciens sur Napoléon Bonaparte sont : I. Quelques notices sur les premières années de Bonaparte, recueillies en anglais par un de ses condisciples, mises en français par le citoyen B. (Bourgoing), Paris, 1797, in-8. - Il. Mémoire pour servir à l'histoire de France sous le gouvernement de Napoléon Bonaparte, etc., par Salgues, 1814-25, 4 vol. in-8. - III. Mémoire pour servir à l'hist. de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815, par M. Fleury de Chaboulon, 1820, 2 vol. in-8. - IV. Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste-Hélène, avec des notes de Regnault-Warin, 1822, 10 vol. in-S. - V. Napoléon en exil, ou l'Écho de Ste-Hélène, ouvrage contenant les opinions et les réflexions de Napoléon sur les événements les plus importants de sa vie, recueillie par Barry E. O'Meara, trad. de l'anglais, Paris, 1825, 2 vol. in-8. Les édit. anglaises sont complètes. - VI. Mémorial de Ste-Hélène, par M. le comte de Las Cases, Paris, 1823, 8 vol. in-8 et in-12, réimpr. en 1825. -VII. Mémoires du docteur Antomarchi, ou les derniers moments de Napoléon, 1825, 2 vol. in-8. -VIlI. Vie polit. et militaire de Napoléon, par Arnault, Paris, 1822-26, 2 vol. in-fol. - IX. Histoire de Napoléon Bonaparte, offrant le tableau complet des premières opérations militaires, politiques, etc., par S.-F. H. (Henry). - X. Galerie militaire de Napoléon Bonaparte, gravée au trait par Normand père et fils, in-fol., 40 livraisons. - XI. Histoire de Napoléon, par M. de Norvins, Paris, 1827, 4 vol. in-8. Cet ouvrage a été édité en un beau vol. in-8, orné de 100 vignettes sur acier, par Raffet, et s'est vendu à 20 000 ex. - XII. Victoires et conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792 à 1815, par le génér. Bauvais et autres, 1817-24, 28 vol. in-8. - Mémoire sur la guerre en Allemagne, par le général Pelet, 1824-26, 4 vol. in-8. - XIV. Histoire de Napoléon et de la grande armée pendant l'année 1812, par M. le général comte de Ségur, 1825, 2 vol. in-8. - XV. Napoléon et la grande armée en Russie, ou Examen critique de l'ouvrage de M. le comte Ph. de Ségur par le général Gourgaud, 1825, in-8. - XVI. Histoire métallique de Napoléon, Londres et Paris, 1819, in-4. -XVII. Les quatre concordats, suivis de considérat. sur le gouverneur. de l'Église en général, et sur l'Église de France en particulier, partie Pradt, 1818-20, 4 vol. in-8. - XVIII. Précis des conteslations qui ont eu lieu entre le St-Siège et Napoléon Bonaparte, par Schoell, Paris, 1819, 9 vol. in-8.

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Dictionnaire biographique
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