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L'histoire de la Prusse
Aperçu Le Moyen Âge Les XVIIe et XVIIIe siècles Le XIXe siècle
La première mention historique de la contrée appelée plus tard la Prusse est celle vers 320 av. J.-C. du géographe marseillais Pythéas qui, sur l'Aestuarium Oceani Mentononion qu'on identifie avec le Frische Haff, signale le peuple des Guttones (Guqwnes). On a proposé de les identifier avec des Goths; d'autres les regardent comme une population lituanienne. Tacite décrit sous le nom d'Aestui les populations riveraines de la Baltique, disant que leur langue est analogue à celle des Bretons et leurs moeurs voisines de celles des Suèves, c'étaient de meilleurs agriculteurs que les autres Germains; la grande richesse locale était l'ambre qui, depuis une antiquité reculée, a créé des relations commerciales entre la région prussienne, la Méditerranée et l'Asie. Les habitants ne jouent aucun rôle historique connu durant les dix premiers siècles de l'ère chrétienne. On signale vers 500 une ambassade qui fit hommage d'ambre au grand roi des Ostrogoths, Théodoric. Peu à peu le nom d'Aestes fut reculé et appliqué seulement aux populations plus orientales de langue finnoise qui l'ont conservé ( Estonie). Les habitants de la zone littorale (Koures, Lettes, Semigalles, Sameites, Prussiens) paraissent avoir été, dans une certaine mesure, composés d'éléments finnois et lituaniens, ces derniers dominant chez les plus occidentaux, les Pruzzes ou Prussiens, établis entre le Niémen et la Vistule, la mer Baltique et la Narev. Ils se répartissaient en onze cantons : Kulm et Poméranie, le long de la Vistule; Pogésanie, Warmie, Natange, au Sud du Frische Half; Samland, Nadrauen, Schalauen, vers le Kurische Haff; Barten, Sudauen, Galinden, dans l'intérieur. La langue prussienne, éteinte au XVIIe siècle, était un dialecte lituanien. Les Prussiens étaient un peuple de cultivateurs, vivant dans des villages ouverts et dans des fermes, au milieu de leurs champs et de leurs pâturages. Ils étaient libres et égaux, avec une organisation patriarcale, sous la direction des Anciens de chaque clan familial, pratiquaient le mariage par achat. Chaque canton avait un chef de guerre, prince héréditaire, et un chef religieux, juge suprême. Leur culte s'adressait aux forces naturelles; leurs autels de pierre s'abritaient dans les forêts, au bord des sources ou des lacs.

Le Moyen âge.
Longtemps les Prussiens résistèrent à la propagande chrétienne des Germains, puis des Slaves. Les Polonais étaient trop divisés et anarchiques pour les soumettre et s'assurer ainsi l'accès de la mer. Ce fut chez les Prussiens qu'Adalbert de Prague vint chercher le martyre; il fut immolé le 23 avril 997 pour avoir pénétré dans le bois sacré de Romova; son corps, racheté par le prince polonais Boleslav, fut déposé à Gnesen, où l'on vénère encore « l'apôtre des Polonais ». Son souvenir sera évoqué plus tard pour prêcher la croisade contre les païens de la Baltique. Les marais de la Vistule, les forêts qui couvraient le dédale des lacs du plateau prussien furent longtemps une barrière infranchissable. Mais, à la suite des commerçants qui s'implantaient en Poméranie, puis sur les rivales de Prusse, de Livonie, les guerriers et les missionnaires allemands tournèrent leur effort de ce côté. Après l'échec des premières croisades et l'arrêt résultant de la mésintelligence entre l'empereur et le pape, ils eurent l'idée de s'attaquer à des païens plus voisins. Albert d'Apeldern, chanoine de Brême, fonde l'ordre des Porte-Glaives sur le modèle de celui des Templiers; Innocent III le régularise (1202), et la nouvelle milice religieuse conquiert la Livonie, l'Estonie, la Courlande.

Le moine cistercien Christian, du couvent d'Oliva, près de Gdansk (Dantzig), tente un effort analogue sur la Prusse. Les Polonais l'avaient entamée en soumettant le district de Kulm. Avec l'appui du duc Conrad de Mazovie qui y commandait, et du pape Innocent III, Christian commence sa prédication (1209). En 1211, il retourne à Rome annoncer ses premiers succès; en 1215, il y conduit les deux chefs prussiens de Lausonie et Loebau et reçoit le titre d'évêque de Prusse. Le pape espérait fonder sur les rives de la Baltique l'État ecclésiastique vainement espéré en Palestine (Les Croisades) qui lui fournirait un point d'appui durable; il soutient Christian contre les supérieurs de son couvent et le duc Conrad, qui voulait asservir les Prussiens convertis; l'évêque se fait reconnaître par les chefs locaux la suzeraineté territoriale. Pour agrandir sa principauté, il fait prêcher la croisade; le pape Honorius III accorde aux croisés les mêmes faveurs que s'ils allaient en Terre Sainte. Il donne à Christian pleins pouvoirs pour diviser la Prusse en diocèses, y instituer des évêques (5 mai 1218). Enfin le duc de Silésie conduit une croisade avec le concours des ducs de Poméranie. Mais les Prussiens repoussent l'assaut; ils enlèvent Dantzig, saccagent Oliva et supplicient les moines, dévastent la Mazovie, incendiant églises et monastères; seule Kulm résiste (1224). Christian essaie alors de fonder un ordre de chevalerie religieux et, à Dobrin, sur la Drewenz, crée sur le modèle des Porte-Glaives, les chevaliers du Christ. Mais ils succombent dans la lutte contre les Prussiens, et c'est alors que Christian et Conrad de Mazovie s'adressent à l'ordre déjà existant des chevaliers Teutoniques, qu'ils appellent à la conquête de la Prusse.

Les Chevaliers teutoniques, sous leur grand maître Hermann de Salza (1230), entamèrent la conquête de ces contrées; elle ne fut achevée qu'en 1283. Forcé en 1290 de quitter la Terre-Sainte, l'Ordre finit par établir son siège principal et sa grande maîtrise en Prusse, à Marienbourg (1309). Sous sa domination, la Prusse prospéra quel que temps. Mais dans la suite l'Ordre fut affaibli par des guerres perpétuelles avec la Lituanie, la Pologne, la Brandebourg; puis le faste, les rapines et les cruautés des chevaliers exaspérèrent le pays contre eux, et il en résulta, sous le grand maître Louis d'Erlischhausen, une insurrection terrible (1454) : la noblesse et les villes coalisées, secouant le joug de l'Ordre, se placèrent sous la protection de la Pologne. La paix de Thorn (1466) mit fin à la guerre, en faisant de la Prusse deux parts : l'une, à l'Ouest (Prusse royale), devint partie du royaume de Pologne; l'autre, à l'Est (Prusse teutonique), restait à l'Ordre, mais sous la suzeraineté polonaise. Afin d'échapper à ce joug, l'Ordre choisit pour grand maître en 1511 le margrave Albert de Brandebourg. Celui-ci conclut avec le roi Sigismond de Pologne la paix de Cracovie, 1525, en vertu de laquelle il convertit la Prusse en un duché séculier, qu'il garda comme fief de la Pologne et qu'il rendit héréditaire dans sa propre famille. Albert-Frédéric (ou Albert II), son fils, lui succéda; mais, ce prince étant tombé dans un état d'imbécillité en 1573, ses États furent administrés par Jean-George, puis par Joachim-Frédéric et par Jean-Sigismond, ses parents. Ce dernier fut investi du duché en 1618, à la mort d'Albert II, et, ayant fait épouser une des filles d'Albert par son fils, il fixa dans la ligne à laquelle il appartenait la couronne ducale de Prusse. Depuis cette époque, la Prusse est restée à la maison électorale de Brandebourg, d'abord comme fief polonais et plus tard comme possession indépendante.

Les XVIIe et XVIIIe siècles.
Lorsque le margrave électeur de Brandebourg, Frédéric III, obtint de l'empereur Léopold Ier le titre de roi de Prusse, sous le nom de Frédéric Ier, le nouveau royaume, formé de la réunion du duché de Prusse et du Brandebourg, possédait en outre l'archevêché sécularisé de Magdebourg, et les évêchés également sécularisés de Halberstadt, de Minden et de Camin. Frédéric Ier ajouta à ces possessions le comté de Tecklenbourg et la principauté suisse de Neufchâtel. Son fils, Frédéric-Guillaume Ier, y ajouta le duché de Gueldre, Stettin et la Poméranie comprise entre l'Oder et la Peene. Ce prince économe amassa un trésor et disciplina une armée qui fournirent à son fils, Frédéric Il, les moyens d'élever la Prusse au rang des puissances du premier ordre. Elle acquit sous le règne de ce grand capitaine la Silésie, la Frise orientale, le comté de Mansfeld, plusieurs principautés en Franconie, et la Prusse royale par le premier partage de la Prusse, en 1772.

Le créateur de la grandeur politique et matérielle de la Prusse y introduisit aussi l'esprit de Lumières, qui ajouta encore au rayonnement du pays. Il rompit cependant  l'unité et l'équilibre de l'Allemagne en constituant la monarchie prussienne rivale de la puissance impériale. Frédéric-Guillaume Il signala son règne par des erreurs qui affaiblirent la Prusse et par des prodigalités qui l'endettèrent. Il réunit à sa couronne les principautés d'Anspach et de Bayreuth, et la Grande-Pologne par le deuxième partage de la Pologne. Il céda à la République française, par le traité de Bâle en 1795, les possessions de la Prusse sur la rive gauche du Rhin, et reçut les évêchés de Wurzbourg et de Bamberg. Il promulgua en 1794 un code, Preussischer Landrecht

Frédéric-Guillaume III, fils de Frédéric-Guillaume II releva la Prusse de sa ruine financière, se maintint en paix avec la France, et obtint en 1805 la partie orientale de l'évêché de Munster, les principautés de Hildesheim, Paderborn, Eichsfeld, Erfurt avec son territoire, Untergleichen, Treffurt, Dorla, les villes libres de Goslar, Muhlhausen et Nordhausen, et plusieurs abbayes. Mais il voulut opposer une confédération du nord de l'Allemagne à la Confédération du Rhin, et provoqua une guerre avec la France. Défait à léna et à Auerstaedt en 1806, et à Eylau et à Friedland en 1807, il perdit la moitié de son royaume à la paix de Tilsit

Le XIXe siècle.
Le désastre était complet, et cependant, la Prusse devait, sept ans plus tard, sortir régénérée de cette crise. Elle dut son relèvement à l'excès même de ses malheurs, aux réformes sociales et militaires de Stein et de Hardenberg, qui abolirent le servage, simplifièrent le régime des corporations, améliorèrent l'administration, reconstituèrent l'armée par la création de troupes de réserve; elle le dut surtout à l'élan de nationalisme dont les grands écrivains donnèrent le signal : Schiller, Fichte, Schleiermacher, entraînant par leur exemple la jeunesse des universités. En 1812, à la suite des désastres de Napoléon en Russie, la Prusse faisait nettement défection et prenait la tête de la coalition contre la France. Ses armées parurent à Leipzig, et Blücher fut le vainqueur de Waterloo. Au congrès de Vienne, l'unité territoriale de la Prusse était à nouveau réalisée, et le royaume, perdant du côté de l'Est, quelques terres slaves, acquérait une partie de la Saxe et le noyau de la province du Rhin. L'administration était reconstituée, un Zollverein en 1834, avec les Etats de l'Allemagne, et les Eglises protestantes unifiées sous la direction du pouvoir temporel (1823). Le tort de la monarchie prussienne, à ce moment, fut de se laisser gagner à la politique de réaction de la Sainte-Alliance. Bien que Frédéric-Guillaume IV (1810-1861), ait accusé des intentions plus libérales que son prédécesseur, il refusa dans un premier temps de promulguer une constitution. A la suite d'une sanglante insurrection à Berlin en 1848, il autorisa l'élection d'une assemblée constituante, qui manifesta des dispositions révolutionnaires, et qu'il fut obligé de dissoudre en décembre suivant. Il promulgua finalement en même temps une constitution, qui fut révisée et définitivement adoptée en 1850. Cette constitution, successivement modifiée en 1851, 1852, 1853, 1854, 1855 et 1857, établissait deux chambres, la chambre des Seigneurs et la chambre des Députés. 

A partir de 1848 la Prusse a disputé à l'Autriche, dans toutes les circonstances, la prépondérance en Allemagne. Pendant la lutte de la France et de l'Angleterre contre la Russie, en 1854 et 1855, la Prusse inclina du côté de l'empereur Nicolas, qui avait épousé la soeur du roi Frédéric-Guillaume IV, sans oser toutefois se prononcer contre les puissances occidentales. Atteint d'une maladie qui le rendait incapable de diriger les affaires, Frédéric-Guillaume IV confia, en 1857, l'exercice de l'autorité royale à son frère, le prince de Prusse, qui lui succéda, après sa mort en 1861, sous le nom de Guillaume Ier. Le nouveau roi échappa à Bade, cette même année, à un attentat dirigé contre sa vie par un étudiant appelé Becker. Le rêve de l'unité allemande parut avoir inspiré la pensée de cet acte. La Prusse, stipulant au nom du Zollverein, conclut, en 1862, avec la France un traité de commerce, auquel plusieurs autres Etats de l'Allemagne ont ensuite adhéré. D'accord avec la diète germanique et, avec l'Autriche, la Prusse força, dans cette même année 1862, l'électeur de la Hesse-Cassel, par la pression militaire qu'elle exerça sur lui, de rétablir dans son électorat la constitution de 1851. Un désaccord; qui s'aggrava en 1863 et 1864, éclata en 1862 entre la couronne et la chambre des Députés, où dominaient les idées révolutionnaires, professées par la majorité, protestante. Les frais d'entretien de l'armée furent le prétexte dont on se servit pour accuser le roi de vouloir imposer au pays des charges inutiles. Le roi lutta avec fermeté pour le maintien de l'autorité royale. Les chambres ayant été closes en 1862, la même opposition se reproduisit à leur ouverture en janvier 1863, et le roi refusa de recevoir l'adresse votée par la chambre des Députés. 

Sur le conseil de Bismark, ministre des affaires étrangères et président du ministère, le roi prononça, en septembre 1863, la dissolution de cette chambre; mais la majorité demeura à l'opposition démocratique dans les élections qui eurent lieu à la fin de 1865. Après l'ouverture de la session, en janvier 1864, le roi la prorogea avant le vote du budget, et supprima la liberté de la presse par une ordonnance. Voyant avec un sentiment de jalousie la prépondérance reprise en Allemagne par l'Autriche, le roi de Prusse avait refusé obstinément, en 1865, sa participation à un congrès des souverains allemands assemblés à Francfort, sur l'invitation de l'empereur François-Joseph. La Prusse subit, depuis le règne de Frédéric Il, l'influence russe, et la connivence entre elle et la Russie, pour la répression du soulèvement polonais, se manifesta clairement dans cette même année 1865. Dans le différend entre la Confédération germanique et le Danemark, la Prusse s'entendit avec l'Autriche pour contraindre par les armes le Danemark à donner satisfaction à la Confédération. D'accord au point de vue militaire, les deux puissances se séparaient sensiblement sur la solution ultérieure à donner à la question. 

L'Autriche n'était pas sans inquiétude sur les desseins ambitieux de la Prusse, qui s'est constamment montrée disposée à tirer avantage, au profit de son agrandissement, de la guerre commencée au début de l'année 1864. Les Danois furent forcés, malgré une énergique résistance, de reculer devant les troupes de l'Autriche et de la Prusse. Le Holstein, le Schleswig et une partie du Jutland furent envahis. La diplomatie intervint alors, une conférence s'assembla à Londres, et une suspension d'armes fut prononcée. Finalement, par des préliminaires de paix conclus à Vienne, le 1er août 1864, le roi de Danemark renonça à tous ses droits sur les duchés de Schleswig-Holstein et Lauenbourg en faveur du roi de Prusse et de l'empereur d'Autriche. Deux nouvelles guerres furent encore nécessaires à Bismarck d'accomplir ses desseins : guerre austro-prussienne en 1866, puis guerre franco-allemande (1870). Le 18 janvier 1871, à Versailles, le roi de Prusse était proclamé chef héréditaire de l'empire allemand.

L'histoire ultérieure de la Prusse se confond avec celle de l'Allemagne, à laquelle le royaume avait transmis son organisme militaire avec tous ses biens immobiliers et
mobiliers. Toutefois, la constitution prussienne demeura moins libérale que celle de l'empire, en particulier pour l'élection de la chambre basse. Le Kulturkampf, conflit avec l'Eglise catholique, malgré ses conséquences dans l'Allemagne entière, fut surtout un fait prussien. Bismarck était à la fois chancelier de l'empire et premier ministre de Prusse; mais ces fonctions ont été séparées en 1892 lorsque Caprivi, demeurant chancelier, céda la présidence du ministère prussien au comte Eulenburg. Le prince de Hohenlohe-Schillingfürst les réunit de nouveau en ses mains en octobre 1894. Néanmoins et quoique on puisse, signaler un certain particularisme prussien, d'année en année l'unification législative et administrative de l'Allemagne progressa au détriment des distinctions d'un Etat à l'autre. En Prusse, les faits les plus marquants furent ceux qui concernaient la gestion financière, signalée par la grande réforme des impôts directs opérée par Miquel (1890-1892). Jusqu'à la disparition de l'Empire allemand au lendemain de la Première Guerre mondiale, ce fut le personnel prussien qui dirigea l'empire et l'organisa conformément à sa tradition centraliste. (NLI / A19 ).

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