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Histoire de l'Europe > La France > Le XVIIe siècle
La Fronde
1648-1653
On a donné le nom de Fronde à la période de troubles qui ont agité la France pendant la minorité de Louis XIV, d'août 1648 jusqu'en 1653. Ce nom vient de ce que les factieux avaient été comparés à des enfants qui jouent à la fronde. La Fronde, dirigée plus encore contre Mazarin que contre la royauté, commença par une lutte entre la cour et le parlement : ce fut la Fronde du parlement; elle se compliqua par les cabales d'une noblesse remuante et par la guerre civile : ce fut la Fronde des princes. 

La Fronde parlementaire.
Les embarras financiers furent la source première du conflit. Les dépenses des guerres avaient épuisé le Trésor, et les prodigalités de Mazarin n'étaient pas faites pour réparer le mal. Les impôts étaient devenus de plus en plus onéreux, grâce au génie fiscal du contrôleur général d'Emery. Le mécontentement éclatait de toutes parts; le parlement prenait parti pour le peuple autant peut-être pour conserver ses prérogatives que dans l'intérêt de la justice. La régente n'obtint de lui l'enregistrement de nouveaux édits bureaux qu'en y menant le jeune roi tenir un lit de justice, le 15 janvier 1648, mais le parlement fit des remontrances; cependant la régente allégua que les nécessités de l'Etat la contraignaient à faire exécuter les édits, et le parlement n'insista pas davantage. Mazarin espérait le ramener en le prenant par l'intérêt. Un édit du 13 mars accorda le renouvellement pour neuf ans du droit annuel de la paulette aux quatre cours souveraines, parlement, chambre des comptes, cour des aides et grand conseil, à charge par les trois dernières compagnies d'abandonner quatre années de leurs gages. 

L'exception faite en faveur du parlement ne produisit pas l'effet attendu. Les cours atteintes protestèrent et le parlement n'hésita pas à se joindre à elles; le 13 mai, il rendait, toutes chambres réunies, un arrêt d'union ordonnant la jonction du parlement avec les trois autres cours souveraines de Paris afin de travailler à réformer l'Etat. La cour s'inquiéta de cette coalition, et une déclaration royale du 18 mai révoqua le droit annuel. Le parlement se trouvait atteint; il maintint l'arrêt d'union. La reine fit défense de l'exécuter et, comme il y eut néanmoins des tentatives de réunion, elle fit arrêter quelques conseillers; le 10 juin, elle fit rendre, par le conseil d'Etat, un arrêt qui cassait celui du parlement et défendait l'union, à peine de désobéissance. 

L'avocat général Omer Talon chercha à empêcher la collision en recourant à des faux-fuyants, mais le premier président, Mathieu Molé, montra plus de fermeté, et le parti de la résistance l'emporta. Le parlement, ayant délibéré sur l'arrêt du conseil, ordonna, le 15 juin, à la majorité de 97 voix contre 66, l'exécution de l'arrêt d'union. C'était, de la part du parlement, se mettre ouvertement en lutte contre l'autorité royale. Un second arrêt du conseil cassa celui du parlement. Le parlement, mandé le lendemain au Palais-Royal, s'y rendit à pied, et, pendant le trajet, la foule le suppliait de défendre la cause du peuple. Enhardi par ces manifestations, le parlement repoussa les propositions de conciliation que le duc d'Orléans lui avait transmises. Le 26 juin, un arrêt du parlement décida qu'on ferait valoir auprès de la reine la légalité de la réunion; le premier président conduisit lui-même la députation au Palais-Royal. La cour céda.

Le 30 juin, la conférence, comprenant trente et un députés des chambres souveraines, s'ouvrit à la chambre Saint-Louis. Elle rédigea vingt-sept propositions dont l'une des plus importantes était que les impôts ne pourraient être légalement perçus que s'ils avaient été discutés et enregistrés par le parlement; elle demandait aussi des garanties en faveur de la liberté individuelle, et la révocation des intendants des provinces. Le parlement, qui examinait les propositions au fur et à mesure que ses délégués les lui rapportaient de la chambre Saint-Louis, décréta de suite la révocation des intendants et ordonna d'informer au sujet de l'administration du Trésor. La cour, émue de cette décision, obtint, par l'intermédiaire du duc d'Orléans, qu'une conférence se réunirait chez celui-ci entre les représentants des compagnies, le cardinal et les ministres. Les résultats en furent notamment la destitution du surintendant d'Emery, la révocation des intendants par la reine dans le ressort du parlement de Paris (11 juillet), une déclaration ordonnant la création d'une chambre de justice pour la recherche des malversations financières (13 juillet), enfin une déclaration du 14 juillet portant qu'à l'avenir aucun impôt ne serait levé sinon par des édits dûment vérifiés. 

La cour faisait concession sur concession; elle finit même par accorder la suppression de tous les intendants, sauf ceux des provinces de Bourgogne, de Languedoc et de Provence. Mais, pressée d'en finir, la cour fit enregistrer dans un lit de justice les déclarations présentées au parlement (31 juillet) ; la déclaration royale fut froidement accueillie et l'avocat général Omer Talon exprima, en termes vigoureux, la prétention du parlement d'exercer une juridiction politique. Le chancelier annonça ensuite le rétablissement, pour toutes les compagnies, du droit annuel, pour neuf années, sans conditions; en même temps, ordre était donné à la conférence de se séparer. Néanmoins, dès le lendemain, la mise en délibération de la déclaration royale était demandée.

Un conseiller de la grand-chambre, Broussel, vieillard plein d'obstination qui s'était fait aimer du peuple par l'esprit de résistance qu'il opposait à la cour, proposa de commettre deux conseillers pour examiner la déclaration du roi et de remettre en délibération celles des propositions de la chambre Saint-Louis qui n'avaient pas été visées par cette déclaration. La cour perdit patience et, profitant du prestige que la victoire de Lens remportée par Condé venait de donner à la royauté, elle fit arrêter, le 26 août 1648, pendant le Te Deum chanté à cette occasion, Broussel et ceux des conseillers qui s'étaient le plus compromis, Novion-Blancmesnil et Charton. L'arrestation du magistrat que le peuple considérait comme son protecteur suscita une émeute et rapidement Paris se couvrit de barricades. Le maréchal de La Meilleraie fut chargé de châtier les mutins.

A ce moment, intervint un personnage plein de vanité et d'ambition, intrigant et d'un esprit turbulent, Paul de Gondi, coadjuteur de l'archevêque de Paris. Il chercha à se poser en médiateur entre la cour et le peuple, mais la reine, prévenue déjà contre lui, l'accueillit assez mal; Mazarin mit à profit son zèle pour le charger de promettre au peuple la liberté de Broussel, si l'ordre était rétabli. Lorsqu'il revint annoncer à la reine le résultat favorable de sa mission, celle-ci n'eut que des railleries à lui jeter à la figure. Le coadjuteur furieux se fit chef de parti. Broussel cependant n'avait pas été remis en liberté. Le parlement se rendit en corps au Palais-Royal pour demander « Messieurs les absents ». En revenant, les membres du parlement qui ne rapportaient pas la promesse de la mise en liberté de Broussel furent à leur tour insultés par la foule, et le premier président Molé eut quelque peine à tenir tête à l'émeute.

La régente céda enfin, mais le peuple ne posa les armes que lorsque Broussel rentra à Paris, le 28 août, aux acclamations de la foule. Les difficultés n'étaient pas finies avec le parlement qui reprit ses délibérations au point ou elles en étaient restées. Alors la reine laissa Paris avec le roi et s'installa à Rueil, puis elle fit arrêter deux anciens ministres, Châteauneuf et Chavigny, accusés d'avoir excité le parlement. Celui-ci envoya des députés porter des remontrances à la reine qui ne cacha pas son ressentiment et proféra même des paroles de menace. Le parlement rendit un arrêt, le 23 septembre, par lequel il déclarait qu'il serait pourvu à la sûreté de la ville et que le bourgeois se tiendrait en armes pour la sûreté publique. Malgré cette sorte de déclaration de guerre, la cour qui s'était transportée à Saint-Germain sollicita le parlement, par l'intermédiaire du duc d'Orléans et du prince de Condé, d'y envoyer des députés pour tenter une conférence; le triomphe du parlement fut complet, et la plupart des propositions de la chambre Saint-Louis devinrent des articles de loi par l'ordonnance du 22 octobre vérifiée par le parlement le 24. Ce fut l'acte le plus important de la Fronde parlementaire; cette ordonnance réglait l'administration financière et judiciaire du royaume.

La vieille Fronde de nobles.
Mais Mazarin n'attendait qu'une occasion d'abattre les frondeurs et de faire révoquer cette ordonnance qui restreignait les droits du Trésor. Il fallait s'assurer un chef d'armée; le prince de Condé lui paraissait le seul capable de jouer ce rôle, mais sa conduite avait été suspecte. Le coadjuteur, qui était l'âme du complot, avait déjà essayé de son côté à gagner Condé à sa cause. Il recrutait des partisans parmi les seigneurs mécontents et remuants; de ce nombre furent le prince de Conti, frère de Condé, le prince d'Elbeuf, les ducs de Beaufort et de Bouillon; M. de Marsillac (plus tard duc de La Rochefoucauld), le duc de Longueville et enfin la duchesse de Longueville, soeur de Condé, avide de jouer un rôle actif. Gondi faisait répandre partout des pamphlets auxquels on donnait le nom de « mazarinades ». Condé s'était pourtant décidé à soutenir l'autorité royale; alors la cour sortit de Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 et se retira à Saint-Germain. Le 7, la reine enjoignait au parlement de se transporter à Montargis. Celui-ci, après une démarche inutile auprès de la reine, déclara Mazarin perturbateur du repos public, organisa la résistance et mit le prince de Conti à la tête des forces de la ville. 

En même temps, il agissait auprès des autres parlements pour les inviter à faire cause commune avec lui. Les parlements d'Aix et de Rouen s'associèrent à celui de Paris. La noblesse de Normandie s'unit au parlement contre la cour. En Provence, des bourgeois en vinrent aux mains avec les soldats du comte d'Alès, gouverneur pour le roi. En Poitou, le duc de La Trémoille, beau-frère du duc de Bouillon, leva 6000 hommes pour les amener au secours de Paris. Cependant Condé s'était rapproché de Paris pour le bloquer. A la suite d'une défaite sanglante éprouvée parles frondeurs à Charenton, la reine tenta l'envoi d'un héraut au parlement (12 février); sur la proposition de Broussel, on refusa de le recevoir. Le 28 février, la citadelle de Brie-Comte-Robert tomba au pouvoir de l'armée royale. Mais Paris était réduit à la misère et mal organisé pour résister; on avait compté sur l'appui de Turenne que ses soldats allemands abandonnèrent; d'autre part, le duc de Longueville était cerné dans Rouen par le duc d'Harcourt. 

Quoique diverses villes de province fussent encore plus ou moins ouvertement pour la Fronde, Poitiers, Tours, Angers, Le Mans, Reims, Péronne, Mézières, le parlement comprit qu'il ne pouvait aller plus avant dans sa résistance et décida, le 28 février, d'entrer en conférence avec la cour. La réunion s'ouvrit à Rueil le 4 mars; au nombre des députés du Parlement étaient Mathieu Molé et le président de Mesures. La cour émit d'abord des prétentions rigoureuses qu'elle dut ensuite rabaisser; de leur côté les généraux de la Fronde avaient tous leurs exigences personnelles. Cependant le parlement parvint à traiter le 11 mars et la déclaration royale fut publiée à Paris le 2 avril. Elle accordait une amnistie générale, remettait chacun dans ses biens et honneurs et n'exigeait du parlement ni qu'il vint enregistrer la déclaration à Saint-Germain, ni qu'il cessât ses assemblées; on fixait à un maximum de 24 millions de livres la somme qui pourrait être empruntée en deux ans.

Ainsi finit la première période de la Fronde; mais la paix de Rueil ne supprimait pas les difficultés financières, et la guerre avec l'Espagne continuait. De plus, la Provence et la Guyenne étaient toujours agitées. La cour rentra à Paris le 18 août. Ce fut alors une période de revirements intéressés et d'intrigues. Condé subissant surtout l'influence de sa soeur qui maintenant se rapprochait de lui, cherchait à faire largement payer ses services; Mazarin redoutait son influence, et ne savait pas le ménager. Le refus d'une faveur promise par Mazarin pour le duc de Longueville fut l'occasion d'une rupture entre le prince et le cardinal; Mazarin céda plus tard et dut même s'engager à ne pas disposer des places les plus importantes sans le consentement du prince. Une telle réconciliation ne pouvait être de longue durée. Un coup de pistolet ayant été tiré sur le carrosse du prince, il en accusa les frondeurs, qu'il avait mécontentés et qui commençaient à avoir des liens avec la cour. Ils furent mis en jugement devant le parlement; Condé se montra plein de hauteur. Mazarin et la reine se décidèrent à faire un coup d'autorité. Après s'être assurée par l'intermédiaire de Gondi du concours des frondeurs, la reine fit arrêter, le 18 janvier 1650, Condé, Conti et Longueville, qui furent conduits à Vincennes. Le 22 janvier, les chefs de la Fronde étaient acquittés. Gondi et Beaufort allèrent se réconcilier avec la cour.

La Nouvelle Fronde.
La vieille Fronde abdiquait; il se formait une nouvelle Fronde avec Condé et ses partisans, le prince de Marsillac, le duc de Bouillon, le maréchal de Turenne lui-même. Ce dernier, aidé par la duchesse de Longueville, traita le 20 avril à Stenay avec les Espagnols. Les frondeurs agitaient la province. Dans le Bourbonnais, un lieutenant de Condé fit le siège d'Ainay qui lui ouvrit ses portes. Dans son gouvernement du Poitou, La Rochefoucauld levait des troupes et de l'argent. Dans le Bordelais, la tyrannie de son gouverneur, le duc d'Epernon, souleva tout le pays. La Normandie également soulevée put être, ainsi que Bordeaux, facilement pacifiée, mais il n'en fut pas de même dans le Nord; cependant le maréchal Du Plessis réussit à prendre Rethel, malgré Turenne qui accourait au secours de la ville, et il le battit quelques jours après (15 décembre 1650). Mazarin croyait s'être assuré les frondeurs par des faveurs, mais le coadjuteur, qui avait espéré le chapeau et se l'était vu refuser, rapprocha le duc d'Orléans et les princes, et complota si bien qu'il rallia les anciens frondeurs aux nouveaux. L'opposition contre le cardinal allait grossissant et elle demanda la délivrance des princes. Le parlement lui-même adressa à la reine des remontrances en ce sens le 20 janvier 1651.

Le duc d'Orléans, puis le parlement, demandèrent l'éloignement de Mazarin. Celui-ci se décida à quitter Paris le 6 février. La reine ayant accordé la liberté aux princes, Mazarin courut la leur donner lui-même. Ils furent rétablis dans tous leurs droits, et Mazarin, n'ayant plus qu'à suivre le chemin de l'exil, se retira à Bruhl, près de Cologne. Mais Condé n'était jamais satisfait; la reine, irritée de ses prétentions et de son peu de courtoisie, fit secrètement venir le coadjuteur (juin 1651) et s'engagea à le présenter à Rome pour le chapeau s'il lui promettait son concours; elle parvint ensuite a gagner quelques autres frondeurs et à s'assurer définitivement l'alliance de la vieille Fronde contre Condé. Celui-ci, de son côté, songeant à sa défense, s'était tourné vers les Espagnols ; mais, craignant d'être arrêté, il laissa Paris dans la nuit du 5 au 6 juillet et se retira à Saint-Maur. Après des séances orageuses du parlement dans lesquelles Condé, revenu à Paris, chercha à se justifier des accusations portées contre lui, Anne d'Autriche reconnut son innocence et confirma le bannissement de Mazarin. Cette étonnante déclaration fut lue le 7 septembre, dans la séance même où fut proclamée la majorité du roi. Mais Condé ne se fiait pas à la reine; il gagna Chantilly et de là son gouvernement de Guyenne. Il décida d'entrer en guerre; Turenne refusa de se joindre à lui.

Condé avait voulu prendre Paris entre deux armées, l'une formée à Stenay et venant de la Champagne, l'autre à Bordeaux et venant de la Guyenne. Il eut bientôt pour alliés le duc de La Rochefoucauld et le prince de Tarente, de la maison de La Trémoille, qui soulevèrent une partie du Poitou, le duc de Richelieu en Anjou et le gouverneur de La Rochelle, du Daugnon. Le duc de La Force et le seigneur de Bourdeilles promirent de soulever le Périgord. Enfin Condé envoya Lenet à Madrid pour demander à l'Espagne son concours effectif. Anne d'Autriche se transporta rapidement à Bourges avec le roi et quelques troupes, et la ville ouvrit ses portes; de là, la cour s'avança jusqu'à Poitiers. Condé voulant établir une ligne de défense sur la Charente, essaya d'occuper Cognac. Le comte d'Harcourt délivra cette ville qu'assiégeaient La Rochefoucauld et le prince de Tarente (novembre 1651), puis, soutenu par les habitants de La Rochelle, il en chassa les troupes du comte du Daugnon (24 novembre); il occupa ensuite Tonnay-Charente, et força Condé à se replier derrière le fleuve. En même temps, dans la Champagne, le lieutenant de Condé, Tavannes, était repoussé par le maréchal de La Ferté. La reine avait envoyé au Parlement une déclaration de lèse-majesté contre les princes. L'assemblée ne l'enregistra que le 4 décembre, ayant attendu l'issue d'une négociation tentée par le duc d'Orléans avec Condé. Mais la reine avait aussi autorisé Mazarin à revenir, et le 24 décembre, il rentrait en France; le parlement, sans s'unir aux princes, rendit contre lui un arrêt par lequel il mit sa tête à prix et décida que ses biens et sa bibliothèque seraient vendus aux enchères, chargeant le duc d'Orléans d'exécuter ces mesures. Mazarin rejoignit la cour à Poitiers le 30 janvier 1652. Le coadjuteur essaya de former un tiers parti et ne put réussir; le chapeau de cardinal le consola de son insuccès. Le duc d'Orléans s'allia avec Condé.

Harcourt resta en Guyenne pour tenir tête à Condé, et la cour se rendit à Saumur sous la protection de Turenne qui venait, avec le duc de Bouillon, d'offrir ses services au roi. Après que le maréchal d'Hocquincourt se fût rendu maître d'Angers défendu par le duc de Rohan-Chabot (7 mars), la cour se rendit à Tours, et de là à Blois. Mazarin fit partager le commandement de l'armée royale entre Hocquincourt et Turenne, afin d'opposer le premier aux troupes du duc d'Orléans, conduites par Beaufort, et le second à celles de Condé conduites par le duc de Nemours. Mlle de Montpensier, fille du duc d'Orléans, ayant pu pénétrer dans Orléans, s'y fit acclamer. Cependant Turenne repoussait sur le pont de Jargeau une attaque de Beaufort et s'emparait de Gien. Tout à coup, Condé quitta la Guyenne et arriva à l'armée de la Loire. Hocquincourt était à Bléneau et Turenne à Briare; le premier fut culbuté le 7 avril, et Turenne ne dut qu'à une habile manoeuvre de ne pas être entièrement écrasé à Bléneau (11 avril). Le jeune roi, qui était à Gien, fut à l'abri d'un coup de main. Condé se replia sur Châtillon-sur-Loing et n'essaya pas de pousser davantage l'armée royale; il courut à Paris, espérant l'entraîner dans son parti ainsi que les cours souveraines. Celles-ci le reçurent avec des paroles sévères, décidèrent que le roi serait supplié de revenir à Paris, et renouvelèrent leurs arrêts contre Mazarin. Après avoir surpris et défait devant Etampes Tavannes et Vallon, pendant une revue passée par Mademoiselle (4 mai), Turenne se rapprocha de Paris; il occupa Saint-Denis (7 mai) que Condé lui disputa, mais qui fut repris ensuite. Le duc de Lorraine étant intervenu avec un corps de troupes, Turenne n'eut pas de peine à l'écarter, A ce moment, Condé sortit de Paris dans la crainte d'être pris entre l'armée de Turenne arrivant de Villeneuve-Saint-Georges et celle du maréchal de La Ferté, revenant de Picardie, où elle avait fermé le passage à l'archiduc. Condé se replia sur le faubourg Saint-Antoine où Turenne le mit en déroute. Mlle de Montpensier obtint de son père l'ordre d'ouvrir les portes de la ville pour sauver les débris de l'armée du prince, et du haut de la Bastille, elle fit tirer le canon sur l'armée du roi (2 juillet).

L'assemblée de l'Hôtel de Ville, composée des cours et des notables, refusa de s'unir aux rebelles contre le roi; ce fut le signal d'un massacre et le feu fut mis à l'Hôtel de Ville. Les princes essayèrent vainement de réunir le Parlement; ils constituèrent un conseil de gouvernement, avec le duc d'Orléans comme lieutenant général. Mazarin fit transférer le parlement à Pontoise, et, dans l'espoir que sa retraite faciliterait la pacification, il se retira de nouveau. Une réaction se produisit en faveur du parti royaliste. La majorité du parlement, restée à Paris, décida, tout en protestant contre la translation à Pontoise, d'envoyer des députés au roi. La paix fut retardée par le retour du duc de Lorraine qui put rejoindre Condé; Turenne dut les tenir en échec pendant un mois à Villeneuve-Saint-Georges. Paris réclamait de plus en plus vivement le retour du roi; Condé, malade, se retira. Le roi fit son entrée à Paris le 21 octobre 1652; dès le lendemain, le parlement fut convoqué au Louvre, moins douze de ses membres qui avaient reçu l'ordre de s'éloigner de Paris. On lui fit enregistrer deux déclarations, l'une interdisant aux magistrats de s'occuper des affaires d'Etat ou de finances, l'autre de s'intéresser dans les affaires des princes et des grands et de recevoir d'eux des pensions ou gratifications. Gaston d'Orléans reçut l'ordre de quitter Paris et se retira à Blois; sa fille fut exilée à Saint-Fargeau. Le cardinal de Retz fut arrêté le 19 décembre 1652 et enfermé à Vincennes. Mazarin rentra à Paris le 3 février 1653. La Fronde continuait néanmoins à Bordeaux. Le prince de Conti et la duchesse de Longueville s'étaient alliés avec les Espagnols et avec le peuple. Une faction, l'Ormée, régnait toujours dans la cité et s'était installée dans l'hôtel de ville, ayant à sa tête l'avocat Villars et le boucher Duretète. Cependant l'armée royale du duc de Candale, appuyée par l'escadre de l'amiral duc de Vendôme, s'avançait victorieusement vers Bordeaux. Le prince de Conti et la duchesse de Longueville se soumirent et Bordeaux ouvrit ses portes. La dernière ville qui essaya de résister fut Périgueux

La Fronde était terminée. Marquée au début par un effort du parlement vers la liberté politique, elle n'avait plus été qu'une lutte d'ambitions personnelles et qu'une suite compliquée de rivalités et d'intrigues; ceux qui ont joué un rôle dans cette révolution en sont sortis rapetissés plutôt que grandis. La Fronde a manqué son but et atteint ceux mêmes qui l'avaient dirigée; la défaite de ce parti a contribué à amener la monarchie absolue de Louis XIV et a plutôt empêché un retour à la féodalité que préparé pour l'avenir l'avènement d'un régime parlementaire. (G. Regelsperger).

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