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L'histoire des États de l'Église
Généralités* Histoire de l'Église romaine* Les Etats de l'Église
La souveraineté temporelle des papes ne remonte pas à une époque précise, et leur domaine territorial ne s'est formé que très lentement. La prétendue donation de Constantin, inventée à la fin du VIIIe siècle par le prêtre espagnol Isidore Mercator, déjà contestée au commencement du XIIe par les bénédictins de la Sabine, et démontrée fausse vers le milieu du XVe par Laurent Valla, n'est plus soutenue depuis longtemps par personne, même parmi les auteurs ecclésiastiques. Les donations de Pépin le Bref et de Charlemagne, qui ne sont établies par aucun titre authentique, pourraient, au mieux, avoir été de simples concessions verbales. Si les rois francs gratifièrent les papes d'une autorité temporelle qui fut généralement reconnue, ils ne leur attribuèrent pas une véritable souveraineté. Celle-ci fut le résultat d'un long travail d'influence et d'usurpation qui occupa tout le Moyen âge. C'est seulement à l'ouverture des temps modernes qu'on voit le souverain pontife exercer son autorité au même titre que les souverains laïques et qu'on trouve les États de l'Église constitués.
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La fausse donation de Constantin

Tandis que la papauté se débat péniblement au milieu des difficultés que lui crée sa souveraineté temporelle, elle en fabrique les titres : ayant le fait, elle veut procurer le droit. Elle le tire de la prétendue donation que l'empereur Constantin aurait fait au pape Sylvestre et dont voici le sens.

Quatre jours après son baptême, Constantin, « empereur de la terre, gouvernant le peuple universel répandu sur l'univers », a résolu de donner un privilège à l'église de la ville de Rome où « le principat des évêques et la tête de la religion chrétienne ont été établis par l'empereur du ciel ».

Il concède au pape la puissance et les honneurs impériaux, son palais de Latran, son diadème, le bonnet phrygien, le superhuméral, la chlamyde de pourpre, la tunique écarlate et tous les vêtements impériaux, le sceptre impérial, tous les insignes et ornements, toute la pompe de la sublimité impériale.

Il prend sur sa propre tête, pour la donner à Sylvestre sa couronne d'or pur et de pierres précieuses. Il veut que la cour pontificale ait des chambellans, des portiers, des gardes et tous les offices qui rehaussent la puissance impériale. 

Quant au clergé de la ville, il brillera de la même glires que le « sénat amplissime » : les prêtres romains porteront sandale blanche, comme les sénateurs, et leurs chevaux couverture blanche. Le clergé des provinces sera paré des mêmes dignités que la milice des officiers impériaux. 

Constantin ne se contente pas d'assurer au chef et aux membres de l'Église des honneurs égaux à ceux du chef et des membres de l'Empire. Il déclare que le siège du bienheureux Pierre « doit être élevé au-dessus du trône terrestre ». Pour témoigner sa révérence envers l'apôtre, il a tenu la bride du cheval de Sylvestre et fait l'office d'écuyer pontifical. Dans le partage du pouvoir, il s'est réservé le moindre lot, car l'autorité spirituelle du pape s'étend sur tout l'univers, et l'empereur lui a cédé la moitié du monde temporel : 

« Nous lui avons donné, avec notre palais, la ville de Rome et les lieux et cités de l'Italie et de l'Occident ». 
Les documents faux sont, précieux. Ils nous apprennent. mieux que les faits, des intentions qui éclairent parfois toute l'histoire.

Quel chemin l'Église a parcouru, de l'Évangile à la Fausse Donation!

Il est remarquable qu'au moment où il affichait de si hautes prétentions le pape ne pût même être maître à Rome. L'Empire auquel il prétend sur l'Italie et l'Occident, il ne pourra que le concéder au roi des Francs.

Moyen âge. 
Le titre de pape ( = père) n'impliquait d'abord aucune supériorité : il était commun à tous les évêques, voire à tous les prêtres. Mais, capitale de l'Empire, la ville de Rome devait assurer une certaine prééminence à l'évêque dont elle était le siège, lors même qu'il n'eût pas été considéré comme le successeur de saint Pierre, qui, d'après une tradition au moins douteuse, serait venu à Rome et y aurait subi le martyre, et dont on admettait la primauté entre les apôtres. En 381, l'empereur Gratien donna à l'évêque de Rome le droit de juger les différends survenus entre les autres évêques; la même année, le concile de Constantinople reconnut implicitement la suprématie de celui qu'on appelait le patriarche d'Occident : elle fut admise aussi par le concile de Chalcédoine. Les invasions des barbares, favorables à l'accroissement de l'autorité morale de l'épiscopat, grandirent particulièrement celle des pontifes de Rome. Élus par les fidèles comme par le clergé, ils devinrent naturellement les défenseurs du peuple dans ces temps de confusion. Le pape Léon Ier, envoyé par l'empereur Valentinien III auprès d'Attila qui menaçait Rome, parvint à l'éloigner par la promesse d'un tribut (452). 

Après la disparition des empereurs d'Occident (476), les papes servirent d'intermédiaires entre la population et les rois barbares revêtus par les empereurs d'Orient de dignités romaines. Quand Justinien eut rattaché de nouveau l'Italie à l'Empire (554), enrichis par les vastes possessions qu'ils devaient à la piété des fidèles, ils prirent, sous les patrices ou exarques byzantins, une importance encore plus considérable. Le siège de l'exarchat ayant été transféré à Ravenne au moment de la conquête lombarde (568), le prestige du pape éclipsa bientôt celui du duc impérial qui régissait Rome avec le territoire s'étendant de Viterbe à Terracine et de Narni à la mer. C'est ce que l'on appela plus tard le Patrimoine de saint Pierre. Grégoire Ier, dit le Grand (590-604), qui fut le véritable organisateur de l'Église romaine, traitait directement avec les Lombards. L'édit iconoclaste de l'empereur Léon l'Isaurien (726), repoussé par le pape Grégoire II, fut l'occasion de la révolte qui détacha de l'empire la plupart des dernières provinces italiennes. Rome fit revivre ses anciennes institutions républicaines et décerna au pape le titre de Père de la République romaine.

Menacés sans cesse par les Lombards, les papes recherchèrent l'appui des Francs. Pépin le Bref, sacré roi des Francs par Étienne II et institué par lui patrice de Rome, dignité déjà offerte par Grégoire III à Charles Martel, passa deux fois les Alpes pour réprimer les tentatives des rois lombards. Usant de son droit de conquête, il abandonna au saint-siège apostolique et à la république romaine vingt-deux cités de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole, mais en conservant comme patrice la principauté politique (756). De nouvelles entreprises des Lombards amenèrent en Italie-Charlemagne, qui mit fin à leur domination, joignit à son titre de roi des Francs celui de roi des Lombards, et, revêtu aussi par le pape Adrien Ier de la dignité de patrice, renouvela l'abandon fait par son père au saint siège, sans renoncer non plus à ses droits de souveraineté (774). Ravenne et Rome figuraient au nombre de ses villes métropolitaines : il examinait et confirmait l'élection des papes. En 781, il fit sacrer son second fils, Pépin, roi d'Italie. Enfin, le jour de Noël de l'an 800, dans la basilique de Saint-Pierre, le pape Léon III couronna Charlemagne empereur des Romains. Le nouvel empereur d'Occident, tout en augmentant l'autorité du chef de l'ÉgIise, garda le gouvernement réel de la chrétienté.

La puissance temporelle des papes, mal définie, ne résista pas à l'anarchie qui entraîna la dissolution de l'empire carolingien. Leur élection, à partir d'Adrien II (867), fut réservée au clergé : le peuple, qui ne faisait plus que l'agréer, ne montra plus le même dévouement. L'archevêque de Milan, rival du pontife romain, s'arrogeait le droit de conférer la couronne d'Italie. L'archevêque de Ravenne, méconnaissant les fameuses donations, prétendait jouir en Romagne du même pouvoir que le pape à Rome. Les seigneurs italiens, dans leurs guerres incessantes, agrandissaient leurs possessions, aux dépens de celles de l'Église. Au siège même de la papauté, les barons romains se disputaient violemment la prépondérance. Le saint-siège devint la proie des factions. Le pape Étienne VI (896), qui fit exhumer le pape Formose pour lui faire son procès, périt lui-même étranglé dans un cachot. Des femmes, les deux Théodora et Marosie, disposèrent à leur gré du pontificat (903-931).

En 962, la restauration de l'Empire au profit d'Othon le Grand, roi de Germanie, que le pape Jean XII avait appelé contre Bérenger II, roi d'Italie, fit passer le saint-siège et l'Italie presque entière sous la domination allemande. Rome essaya vainement de faire revivre la république : le consul Crescentius paya de sa vie cette tentative (998). Le moine Hildebrand (le futur Grégoire VII), tout-puissant à la cour pontificale dès 1049, entreprit d'abord la réforme ecclésiastique pour affranchir ensuite l'Église de sa sujétion à l'Empire. Entre-temps, les chefs normands de l'Italie méridionale consentaient à tenir leurs possessions comme des fiefs de saint Pierre; ils aidaient le pape à s'emparer de Bénévent, que l'empereur Henri III voulut bien échanger contre quelques domaines ou redevances au delà des Alpes (1053). En 1059, Nicolas Il décida que le pape serait élu par les cardinaux, c.-à.-d. par les titulaires des évêchés suburbicaires et des paroisses principales de Rome, et que le clergé inférieur donnerait seulement son approbation comme le peuple.

Élu pape en 1073 sous le nom de Grégoire VII, Hildebrand poursuivit sa réforme, anathématisa les prêtres mariés et les simoniaques, interdit à tout laïque de donner l'investiture de biens ou de dignités ecclésiastiques, et à tout clerc de la recevoir d'un laïque. C'était abolir le droit de confirmer l'élection des papes exercé jusque-là par l'empereur, confirmation que Grégoire VII avait pourtant demandée pour lui-même. La querelle des investitures fut le signal de la lutte entre le sacerdoce et l'Empire. Le pape, au nom de l'autorité spirituelle, s'érigea en juge souverain des puissances temporelles. L'humiliation de l'empereur Henri IV à Canossa porta le pouvoir du saint-siège à son apogée (1077). Mais, malgré l'appui de la comtesse Mathilde, maîtresse de l'Italie centrale, Grégoire VII, combattu par les seigneurs voisins et par ses propres sujets, assiégé dans Rome par l'empereur, sauvé par les Normands pour devenir leur proie, mourut en exil à Salerne, victime de son rêve de théocratie (1085). La donation que la comtesse Mathilde avait faite au saint-siège de tous ses États n'eut aucun effet à sa mort (1115). Les transactions qui mirent fin à l'affaire des investitures et à celle de l'héritage de Mathilde ne profitèrent au fond qu'aux villes italiennes, qui à la faveur de ces querelles féodales, purent conquérir leurs libertés. Arnaud de Brescia porta la révolution jusque dans l'enceinte de Rome. 

La république romaine, rétablie en 1141, ne fut étouffée que par les Allemands de Frédéric Barberousse, qui, après le supplice d'Arnaud, reçut la couronne impériale (1155). Le pape Alexandre lII enleva au pontificat toute trace de son origine populaire en supprimant l'intervention du clergé inférieur et des fidèles dans l'élection des papes (1159). La lutte recommença bientôt entre le saint siège et l'Empire, mais dominée, cette fois, par des vues politiques plutôt que religieuses. Alexandre III se proclama le protecteur de la Ligue lombarde contre Frédéric Barberousse (1168-1177). Innocent III (1198) reprit les traditions théocratiques de Grégoire VII. Il employa les armes spirituelles pour s'imposer en maître aux royaumes, s'immisça en Allemagne dans les querelles de succession à l'Empire, se déclara d'abord en faveur des Guelfes, recouvra avec leur appui une partie des domaines du saint-siège, puis releva la fortune des Gibelins, et mourut en laissant la chrétienté livrée aux plus grandes agitations (1216), La lutte continua avec violence entre son successeur Grégoire IX et l'empereur Frédéric II. L'extinction de la maison de Souabe amena enfin la chute de la domination allemande (1254).

La papauté avait usé ses forces à vouloir établir sa suprématie. Urbain IV crut la raffermir en l'appuyant de nouveau sur l'étranger. La maison d'Anjou, appelée par lui à Naples et en Sicile (1263), consomma au contraire l'affaiblissement du saint-siège. Grégoire X, l'organisateur des conclaves, reçut en France le Comtat-Venaissin (1274), mais Boniface VIII eut à subir les outrages de Philippe le Bel. En 1305, le roi de France fit élire pape l'archevêque de Bordeaux, qui fut Clément V. Celui-ci fixa son séjour à Avignon (1309), que Clément VI acheta plus tard à Jeanne de Naples (1348). Sept papes légitimes y résidèrent, tous Français. Rome, abandonnée par les papes, tomba dans l'anarchie. Le tribun Nicola Rienzi tenta vainement de la relever en lui restituant les vieilles formes du gouvernement républicain sous le nom de Bon-Etat (1347-1354). Urbain V fit une courte apparition à Rome (1368). Grégoire XI vint seulement y mourir (1378). Sa mort amena le grand schisme d'Occident. Rome eut son pape et Avignon le sien. La supériorité des conciles généraux sur les papes, proclamée par les conciles de Constance et de Bâle, facilita le rétablissement de l'unité, effectué en 1449 par Nicolas V au profit de Rome. La nouvelle tentative républicaine de Porcari n'aboutit qu'au supplice de son auteur (1453).

Temps modernes. 
L'ascendant des papes, si grand pendant certaines périodes du Moyen âge, alors que leur puissance temporelle était encore précaire, ne fit que s'amoindrir dans les temps modernes, quand leur principauté politique fut définitivement assise. Le souverain pontife, toujours Italien à partir du XVIe siècle, sembla perdre de son caractère universel en devenant le chef d'un État qui avait ses intérêts particuliers. Les États de l'Église se composaient alors du Patrimoine de saint Pierre, d'une partie du duché de Spolète, des Marches et de la Romagne, et des dépendances de Bénévent et d'Avignon. Avec Sixte IV (1471) commencent le népotisme et la préoccupation presque exclusive des intérêts temporels. Alexandre VI avait acheté les suffrages des cardinaux (1492) : puissamment secondé par son fils César Borgia, qui détruisit les seigneuries indépendantes de la Romagne, il s'agrandit par la conquête, l'intrigue et la terreur. Jules II (1503), qui réunit Pérouse et Bologne à ses États, joua un rôle considérable dans la politique européenne. Léon X (1513) s'empara du duché d'Urbin, de Pesaro, de Sinigaglia, s'unit à Charles-Quint contre François Ier, mais s'illustra surtout comme protecteur des lettres et des arts. 

Par la vente des indulgences, Léon X donna lieu au mouvement de la Réforme, qui finit par détacher de l'Église romaine une partie de l'Europe. Le Hollandais-Adrien VI (1522), ancien précepteur de Charles-Quint, fut le dernier pape étranger, Clément VII (1523) se tourna contre Charles-Quint, vit Rome assiégée et pillée par les bandes du connétable de Bourbon (1527), dut consentir à la restauration du pouvoir impérial en Italie, et couronna Charles-Quint à Bologne (1529). Sous la domination espagnole, les questions religieuses reprirent le dessus pour quelque temps. Paul III (1534), effrayé des progrès de la Réforme, s'efforça de relever la papauté spirituelle, approuva l'institution de l'ordre des jésuites (1540), et réunit le concile de Trente (1545), qui, à travers diverses péripéties, se prolongea sous ses successeurs jusqu'en 1563. Grégoire XIII (1572) approuva la Saint-Barthélemy et soutint les princes ennemis du protestantisme. Il réveilla les anciennes factions dans ses États par les mesures violentes qu'il prit pour se procurer de l'argent. C'est à lui qu'on doit la réforme grégorienne du calendrier (1582). Sixte-Quint (1585), plus soucieux de ses devoirs envers ses sujets, prit à tâche de réprimer le brigandage et d'améliorer l'administration. Clément VIII (1592) réunit Ferrare aux domaines du saint-siège (1598). Urbain VIII (1623) compléta la formation du territoire pontifical en prenant définitivement possession du duché d'Urbin (1633).

Les États de l'Église, à peine complétés, étaient déjà dans des conditions bien inférieures à celles des autres États italiens. Rome, centre du catholicisme, avait sans doute la pompe du culte, l'éclat de ses souvenirs et de ses monuments; Bologne, plus rapprochée des États modernes, devait un certain lustre à sa vieille université; Ancône conservait quelque commerce avec l'Orient, mais les autres villes étaient ruinées, les campagnes négligées, les populations écrasées d'impôts, la dette du trésor papal considérable, et l'ignorance, la misère, l'insécurité devenaient générales. Depuis lors, la décadence ne s'arrêta plus. Dans l'ordre temporel, la papauté dut, sous Alexandre VII, faire humblement amende honorable à Louis XIV (1664), et, sous lnnocent XI, subir un nouvel affront du roi très chrétien (1687). Dans l'ordre spirituel, elle fut occupée pendant près d'un siècle de l'interminable affaire du jansénisme. Vint ensuite celle des jésuites, dont Clément XIV, cédant aux instances des puissances catholiques, se décida à prononcer la suppression (1773). Pie VI (1775), qui avait eu déjà à lutter, sur le terrain spirituel, contre les empiétements du ministre Tanucci à Naples, de l'empereur Joseph Il dans les États autrichiens, du grand-duc Léopold Ier, en Toscane, se trouva enfin aux prises avec la Révolution française (1789).

La confiscation des biens ecclésiastiques, la constitution civile du clergé, l'occupation d'Avignon et du Comtat-Venaissin (1791), déterminèrent le pape à se joindre aux ennemis de la France. Les États de l'Église, travaillés par les idées nouvelles, s'agitèrent à l'approche des armées françaises. Les légations de Bologne, de Ferrare et de Ravenne, qui s'en étaient détachées en 1796 furent cédées par le pape, obligé de souscrire au traite de Tolentino, et réunies à la République cisalpine (1797). La République romaine, établie en 1798, fut de courte durée. Pie VII (1800), qui conclut le concordat avec Bonaparte (1801), et le sacra empereur (1804), ne tarda pas à se brouiller avec lui. En 1806, il perdit Bénévent et Porto Corvo; en 1808, les provinces des Marches, rattachées au royaume d'Italie; en 1809, le reste du territoire pontifical, converti en départements français. Rome fut déclarée la seconde ville de l'Empire.

Exilé à Savone, Pie VII rentra à Rome après la chute de Napoléon (1814). Le congrès de Vienne lui rendit tous ses États, moins la partie du Ferrarais située sur la rive gauche du Pô, que l'Autriche s'attribua avec le droit d'entretenir des garnisons à Ferrare et à Comacchio. Le pouvoir temporel des papes, restauré dans toute son intégrité, s'exerça dans des conditions encore plus déplorables qu'auparavant. Le cardinal Consalvi, secrétaire d'État, eut grand-peine à modérer la réaction. Léon XII (1823) la déchaîna. Le sanfédisme, secte austro-papaline, se livra impunément à d'abominables excès. Le Carbonarisme, société secrète libérale, s'exaspéra de son côté. Les confiscations, les incarcérations, les supplices étaient les seuls moyens de gouvernement. Sous Pie VIII (1829), le mal ne fit qu'empirer. Les conspirations devinrent permanentes. Le saint-siège ne se soutenait qu'en s'inféodant à l'Autriche. A l'avènement de Grégoire XVI (1831), la révolution éclata à Bologne, dans les Romagnes, dans les Marches et dans l'Ombrie. Elle fut étouffée par l'Autriche. En vain la France essaya de faire contrepoids à l'Autriche en occupant Ancône (1832). Quand les deux puissances évacuèrent le territoire pontifical (1838), Ia situation morale et matérielle était toujours la même. En 1843 et 1844, il y eut dans les Romagnes des mouvements après lesquels le pape sévit plus que jamais. On sait quelles espérances fit naître l'exaltation de Pie IX (1846), et comment elles furent déçues.

Après les événements de 1848 et la chute de la République romaine de 1849, en dépit des promesses du pape restauré et protégé par Louis Bonaparte, rien ne fut changé au régime. C'est à propos de la situation politique des États de l'Église que la question italienne fut posée officiellement au congrès de Paris (1856). En 1859, l'alliance franco-sarde et la défaite de l'Autriche à Magenta eurent pour conséquence l'affranchissement de Bolognet et des Romagnes. 

Le mouvement gagna les Marches. Il atteignait l'Ombrie, quand les gardes suisses du pape l'arrêtèrent à Pérouse par d'horribles massacres (20 et 21 juin). Le 22 mars 1860, Bologne et les Romagnes, après un vote populaire presque unanime, furent annexées au royaume de Victor-Emmanuel. La même année (4 novembre), les Marches et l'Ombrie, soulevées lors de la campagne de Castelfidardo, votaient aussi leur annexion. Rome, évacuée par les troupes françaises après la convention du 15 septembre 1864, les vit revenir pour protéger le pape contre l'expédition garibaldienne qui échoua à Mentana (3 novembre 1867). Les garnisons laissées par le gouvernement impérial à Civittavecchia, à Viterbe, et sur quelques autres points, ayant été rappelées en France au début de la guerre avec la Prusse, les troupes italiennes passèrent la frontière pontificale et entrèrent à Rome après une courte canonnade, le 20 septembre 1870. Le 2 octobre, les populations votèrent leur annexion, au royaume d'Italie, dont la capitale fut transférée à Rome au commencement de 1871. Ainsi finit la souveraineté temporelle des papes, du moins telle qu'on l'avait connue depuis près de mille ans. Elle ne renaîtra, sous une forme nouvelle, qu'à partir du 11 février 1929, à la suite des accords de Latran, conclus entre le Saint-Siège (représenté par le pape Pie XI) et l'Italie (représentée par Mussolini), mais cette fois, en ne s'appuyant plus que sur un État pontifical indépendant, mais réduit à la simple cité du Vatican : 44 hectares enclavées dans Rome (plus quelques annexes, tel le palais d'été du Pape, à Castelgandolfo). (Félix Henneguy).



Peter Godman (trad. Cécile Deniard), Hitler et le Vatican, Librairie Académique Perrin, 2010.
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On a longtemps reproché à l'Eglise catholique son attitude face au nazisme. Pie XII, surnommé par ses adversaires le "pape de Hitler", n'aurait pas encouragé les catholiques à se rebeller, tout comme une partie des prélats, obsédés par leur haine du communisme. Jusqu'à présent, ces accusations ne se basaient sur aucune preuve concrète. Or, en février 2003, le Vatican a enfin ouvert ses archives sur la période nazie. Peter Godman a été l'un des premiers historiens à explorer ce nouveau fonds et ses révélations sont troublantes, parfois surprenantes. A la suite du rapprochement entre Mussolini et Hitler, Pie XII a choisi de reléguer la morale derrière la diplomatie. Alors que l'écho des horribles persécutions pratiquées par les nazis commence à retentir au Vatican, la voix du Saint-Siège reste faible. Après la guerre, alors qu'il n'est plus possible de nier l'évidence des crimes nazis, Pie XII n'aura qu'une seule explication à offrir : "Dieu tout-puissant a Ses raisons. C'est Lui qui a souhaité ce qui est arrivé." Par l'abondance et l'originalité de ses sources, Hitler et le Vatican se pose comme une étude majeure, une oeuvre palpitante sur les secrets les mieux gardés du Saint-Siège. (couv.).
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