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Clovis

Clovis ler, roi des Francs, né vers 466, mort en 511, fils de Childéric (Moyen âge, Mérovingiens). Il avait quinze ans à la mort de son père (481), il lui succéda comme chef du royaume qui avait Tournai pour centre, tandis que d'autres rois francs régnaient sur des pays voisins, comme Ragnachaire à Cambrai, Chararich à Thérouanne. 

En 486, il attaqua Syagrius, fils d'Egidius, maître de la milice, qui était mort en 464. Sans titre officiel accordé par l'empire, Syagrius s'était constitué comme le représentant de l'élément romain en Gaule; tandis que les Burgondes dominaient dans la vallée du Rhône et les Wisigoths dans le sud de la Gaule, il avait constitué une sorte d'État dont il serait difficile de fixer avec certitude les frontières, et dont le centre était Soissons; les contemporains lui donnaient le nom de roi des Romains. 
Allié avec Ragnachar, Clovis battit Syagrius qui se réfugia à Toulouse auprès du roi des Wisigoths, Alaric; Clovis exigea qu'il lui fût livré et le fit mettre à mort. Une anecdote célèbre montre Clovis après la victoire partageant le butin avec ses soldats et tuant un guerrier qui refusait de lui laisser prendre un vase sacré réclamé par Remi, évêque de Reims

Dans les années qui suivent, Clovis étend son royaume jusqu'à la Seine, puis jusqu'à la Loire; des vies de saints mentionnent les sièges de Paris et de Nantes; les soldats romains qui se trouvaient encore en Gaule acceptèrent son autorité. La conquête n'eut pas d'ailleurs un caractère violent et brutal; Clovis ne déposséda pas les anciens propriétaires et il n'est question non plus d'aucun partage des terres entre les Francs et les Gallo-Romains : les terres du fisc lui suffirent pour assurer des biens à ses guerriers; du reste, ils ne se fixèrent qu'en petit nombre dans les pays qui venaient d'être conquis. Les Gallo-Romains conservèrent l'usage des lois romaines et Clovis, loin de les mépriser ou de les écarter, prit parmi eux des conseillers, des fonctionnaires. D'autres circonstances achevèrent de lui concilier la faveur des anciennes populations. Gondebaud, roi des Burgondes, Alaric, roi des Wisigoths, étaient ariens, et par suite étaient mal vus des évêques catholiques dont l'influence était toute-puissante sur les Gallo-Romains. 

Clovis demanda en mariage à Gondebaud sa nièce Clotilde, catholique et fille de Chilpéric que Gondebaud avait fait assassiner. On possède sur ce mariage, qui dut avoir lieu vers 493, des récits légendaires où on a reconnu avec raison la trace d'anciens chants germaniques. Clotilde voulut convertir Clovis au catholicisme ; le roi franc consentit à faire baptiser le premier enfant qu'il eut de Clotilde, Ingoner ; celui-ci étant mort, Clovis y vit une vengeance de ses dieux, cependant il laissa encore baptiser son second fils, Chlodomer, qui vécut. Les guerres qu'il eut à soutenir contre des peuples germaniques achevèrent de décider sa conversion.
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Clovis.
Clovis Ier (ca. 466 - 511).

En 491, il combattit les Thuringiens établis sur la rive droite du Rhin; en 496, il lutta contre les Alamans qui avaient envahi la Gaule. Dans cette bataille, qu'on a souvent placée sans raisons suffisantes à Tolbiac (Zülpich), comme les Francs cédaient, Clovis aurait invoqué le dieu de Clotilde et lui aurait promis de se convertir s'il était victorieux. Le roi des Alamans fut tué et son peuple se soumit à Clovis. Cependant une partie des Alamans se réfugièrent sur les terres de Théodoric, roi des Ostrogoths, qui écrivit à Clovis pour le prier de ne pas les poursuivre. Au retour de cette guerre, Clovis aurait reçu les enseignements de saint Remi, évêque de Reims, appelé par Clotilde. 

Le baptême eut lieu le jour de Noël 496, à Reims, en grande pompe. On sait les paroles que Grégoire de Tours place dans la bouche de Remi s'adressant à Clovis :

« Courbe la tête, Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » 
La soeur de Clovis, Alboflède, et 3000 Francs reçurent le baptême en même temps que le roi. Cet événement fit grand bruit. On a souvent cité la lettre que le pape Anastase aurait écrite à Clovis pour le féliciter : des recherches des historiens ont montré qu'elle est peut-être l'oeuvre d'un faussaire du XVIIIe siècle, l'oratorien Jérôme Viguier; mais une lettre authentique de saint Avit (Avitus), évêque de Vienne, le personnage le plus considérable de l'église de Gaule à cette époque par sa science et son influence, montre quelle était la portée de la conversion de Clovis. 

S'adressant au roi franc, il le félicite longuement, il lui déclare que l'Église s'intéresse à ses succès et que chaque bataille qu'il livre est une victoire pour elle. Avitus, évêque dans le royaume arien de Burgondie, montrait par là que désormais tous les évêques de la Gaule soumis à des rois ariens étaient de coeur avec Clovis. Aussi, dès 500 Clovis attaque la Burgondie où deux frères qui régnaient ensemble, Gondebaud et Godegisel, étaient alors en lutte. Godegisel avait secrètement fait appel à Clovis; vaincu près de Dijon, Gondebaud se réfugia à Avignon. Il y fut assiégé, mais il traita avec Clovis, se vengea de Godegisel et devint seul roi de Burgondie. 

Quelques années plus tard éclata la guerre contre les Wisigoths (507). Le puissant Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie, cherchait à exercer une sorte d'hégémonie sur tous les rois barbares; il avait marié sa fille Theudigotha au jeune roi des Wisigoths, Alaric; il avait épousé une soeur de Clovis, Audoflède; il chercha vainement à empêcher cette guerre, à intimider Clovis. Clovis et Alaric eurent une entrevue dans une île de la Loire, près d'Amboise, mais l'entente était impossible : beaucoup de Gallo-Romains sujets d'Alaric aspiraient à devenir les sujets de Clovis, le roi catholique; celui-ci fit appel aux mêmes sentiments quand il déclara à ses guerriers qu'il ne pouvait se résigner à voir des ariens maîtres d'une partie de la Gaule. 

Accompagné de son fils aîné Thierri, de Chloderich, fils du roi des Francs Ripuaires, allié avec Gondebaud, il traversa la Loire, la Vienne et arriva à Poitiers. Il avait donné les ordres les plus sévères pour obliger ses guerriers à respecter les biens des églises et des monastères et il tua de sa main un soldat qui, aux environs de Tours, s'était emparé du foin d'un paysan; d'ailleurs, des récits du VIe siècle le montrent guidé miraculeusement par Dieu dans sa marche.

La bataille eut lieu à Vouillé; Clovis tua lui-même Alaric II dont le fils, Amalaric, se réfugia en Espagne. Il envoya son fils Thierri par le territoire d'Albi et de Rodez en Auvergne pour soumettre le pays, lui-même passa l'hiver de 507-508 à Bordeaux, puis s'empara de Toulouse, d'Angoulême et retourna vers le Nord. A Tours, il fit de riches offrandes à saint Martin, puis se rendit à Paris qu'il choisit alors comme capitale. Cependant Théodoric venait au secours des Wisigoths contre les Francs et les Burgondes alliés. Dans la seconde moitié de l'année 508, son armée pénétra en Provence sous le commandement des généraux Ibbas et Tulun : les Francs furent vaincus dans une bataille au sud de la Durance; Arles, qui avait été assiégée par les Francs et les Burgondes, fut délivrée, Orange, Avignon, Narbonne furent, prises; en 509, une nouvelle expédition ostrogothique en Gaule fut dirigée par Mammo. 

La guerre cessa en 510, sans qu'on ait preuve qu'un traité ait été conclu entre Clovis et Théodoric; Clovis conserva la majeure partie du royaume wisigothique au Sud de la Loire; Théodoric resta maître de la Provence et de la Narbonaise, à l'exception de Toulouse, comme tuteur du jeune Amalaric dont il défendit les droits contre Gésalic, bâtard d'Alaric, qui avait essayé de s'emparer de la royauté et s'était allié à Clovis. Dans le Nord de la Gaule, Clovis, par des ruses et des massacres que Grégoire de Tours a racontés en détail, parvint à s'emparer des royaumes francs qui existaient à côté du sien : Sigebert le boîteux, roi des Ripuaires, fut assassiné par des émissaires de son fils Chloderich que Clovis avait poussé à ce crime; Clovis se débarrassa ensuite du parricide et se fit proclamer roi par les Ripuaires. 
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Baptême de Clovis.
Le Baptême de Clovis.
Peinture murale de Joseph Blanc (XIXe s.).

Il marcha contre un autre roi franc, Chararic, et, après l'avoir d'abord fait, tondre et ordonner prêtre ainsi que son fils, il les fit mettre ensuite à mort. Contre Ragnachaire, qui régnait à Cambrai, et son frère Richar, il fomenta une insurrection et, lorsqu'on les lui amena prisonniers, les tua de sa main; leur frère, Rignomir, fut par son ordre mis à mort au Mans. Tous ces chefs francs étaient les parents de Clovis, qui ne recula devant aucun crime pour s'assurer la domination de tous les Francs

Violent et cruel, Clovis semble cependant avoir gouverné avec habileté, bien qu'on ne puisse tracer un tableau complet de son administration. Par ses victoires, il inspira confiance aux Francs et put ainsi développer et fortifier l'autorité royale. Il établit dans les villes des comtes ou grafs chargés de l'administration et de la justice dans le territoire environnant ou pagus. Il paraît avoir traité avec une adroite douceur les anciennes populations et s'être préoccupé de se faire accepter d'elles. 

En 508, après la guerre wisigothique, comme il était à Tours, il reçut de l'empereur Anastase la nomination de consul, il se montra au peuple vêtu de la tunique de pourpre et de la chlamyde et « à partir de ce jour il fut appelé consul et auguste ». Il ne s'agit ici que d'un titre honorifique, mais, sans discuter en détail la valeur précise des termes qu'emploie Grégoire de Tours à ce sujet, ce fait, dont on ne peut suspecter l'authenticité, donnait à l'autorité de Clovis un caractère légitime aux yeux des Gallo-Romains, il devenait comme le délégué de l'empereur en Gaule. 

Ce fut surtout grâce à sa conduite avec l'Église que Clovis put étendre si facilement son pouvoir sur la Gaule. Même avant sa conversion, on le voit en rapports avec saint Remi, sainte Geneviève; dans la suite on trouve auprès de lui saint Vaast, tandis qu'il est en relations avec les évêques catholiques des royaumes ariens. Il construit et dote des églises, comme celles des Saints-Apôtres, de Sainte-Geneviève, il fait des offrandes au sanctuaire le plus populaire de la Gaule, Saint-Martin de Tours. Déjà, il est vrai, il intervient dans l'organisation de l'Église et dans les élections épiscopales. En 511, il convoque à Orléans un synode auquel assistent trente-deux évêques, il leur propose des mesures, et les canons de ce synode lui sont soumis. 
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Clovis et Clotilde.
Clovis et Clotilde.
(Statues placées autrefois au portail
de l'église Notre-Dame de Corbeil; XIIe siècle).

Clovis prit-il part à la rédaction de la loi salique? Beaucoup d'auteurs, Eichorn, Pardessus, Fustel de Coulanges, Schröder, Sybel, Brunner, Dahn, ont placé la rédaction la plus ancienne que nous en possédions, le Pactus antiquior, sous le règne de Clovis, les uns avant, les autres après sa conversion. S'il fallait en croire un prologue, qui n'a été, il est vrai, rédigé qu'au VIe siècle, et dont l'autorité peut être contestée, la loi salique daterait de l'époque où les Francs étaient encore païens mais, lorsque « l'éclatant et beau Clovis » eut reçu le baptême, la loi fut amendée par le « proconsul Clovis », Childebert et Clotaire

L'histoire de Clovis contient d'ailleurs encore plus d'un point douteux; divers travaux ont prouvé que l'ordre des événements tel que le suit Grégoire de Tours dans l'histoire de ce règne et les dates même qu'il indique prêtent à des critiques; celles qui ont été données dans cet article ne doivent pas toujours être considérées comme certaines, mais seulement comme probables ou possibles. Le caractère même de Clovis est mal connu, car les récits que nous possédons sur lui sont de date postérieure. Clovis mourut en 511, dans la seconde moitié de l'année, et fut enferré dans la basilique des Saints-Apôtres. Il laissait quatre fils : Thierry qu'il avait eu d'une concubine, antérieurement à son mariage avec Clotilde, Clodomir, Childebert et Clotaire, et une fille, Clotilde, qui épousa Amalaric, roi des Wisigoths. (C. Bayet).

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