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Les Guerres de religion 
1562-1598
Aperçu
La Saint-Barthélémy
La Ligue L'Edit de Nantes
D'une manière générale, on donne le nom de Guerres de religion aux guerres civiles qui out eu lieu en France, à la suite de la Réforme du XVIe siècle, entre catholiques et protestants. Elles ont duré en réalité, avec des interruptions, depuis le tumulte d'Amboise (2 mars 1560) jusqu'à l'édit d'Alès (27 juin 1629). Mais on réserve généralement ce nom aux huit guerres, coupées par des édits de pacification, qui vont du massacre de Vassy (1er mars 1562) à l'édit de Nantes (13 avril 1598). Elles eurent pour causes : 
1° l'échec des tentatives faites par les protestants (notamment au colloque de Poissy) pour conquérir pacifiquement et par les voies légales la liberté de conscience; cet échec livre le parti aux violents; à la période de la soumission et du martyre va succéder celle de la révolte;

2° l'entrée dans l'Eglise réformée d'un élément aristocratique, c.-à-d. turbulent et belliqueux;

3° la mainmise des princes lorrains sur la royauté sous François II, qui a pour effet de grouper autour des princes du sang (Bourbons) l'opposition à la fois politique et confessionnelle, huguenots de religion et huguenots d'Etat. 

La politique de bascule de Catherine de Médicis fait croire à chacun des deux partis qu'il a pour lui le roi, prisonnier du parti adverse; de 1568 à 1572, le chef réformé Coligny est le conseiller de Charles IX, et il espère substituer à la guerre civile une guerre nationale contre l'Espagne; à partir de 1589, le parti huguenot est l'allié du parti royaliste. Les passions féodales donnent parfois à la lutte le caractère d'un mouvement fédéraliste, tantôt du côté huguenot (Union protestante), tantôt du côté catholique (Ligue); les passions populaires lui donnent un caractère révolutionnaire (les Seize).

Les armées, formées surtout à l'origine de nobles qui fournissent le service d'ost à leurs seigneurs, se lassent vite des longues campagnes, fraternisent entre deux batailles; signent des traités toujours violés. L'indiscipline se répand malgré les efforts des chefs, Coligny, Montmorency; cantonnées sur le pays, mal payées, mal nourries, les troupes pillent indistinctement ami ou ennemi et prennent goût à « la picorée ». Peu à peu les haines deviennent féroces. La Saint-Barthélemy ne supprime pas l'un des deux adversaires, mais rend la lutte inexpiable; la cruauté est terrible dans les deux partis (Montluc, des Adrets). Quelques belles figures (Coligny, L'Hospital, La Noue, Henri IV) consolent de ces horreurs. 

La stratégie et la tactique sont enfantines. Les armées ne s'éclairent pas, elles se rencontrent par hasard, elles engagent l'action sans plan préconçu; les vraies batailles n'apparaissent qu'à la fin, entre le duc de Parme et Henri IV. Les deux partis font appel aux soldats étrangers, reîtres, Suisses, etc., même aux gouvernements étrangers. Les huguenots voulaient faire occuper temporairement le Havre par Elisabeth (mais non le lui céder). Les Guises et la Ligue ont essayé de donner la France à Philippe Il, pour écarter du trône le Béarnais, allié de l'Angleterre

Au point de vue économique et social, les Guerres de religion ont diminué la population, ruiné l'agriculture, l'industrie, le commerce (restauration sous Henri IV); elles, ont rendu la noblesse plus incapable que jamais d'une action politique sérieuse, avide de désordre et de batailles (Louis XIII et la Fronde); elles ont donné à la bourgeoisie le désir de l'ordre sous un pouvoir fort. La puissance royale a été non seulement attaquée, mais discutée; toutes les idées politiques ont été examinées dans des livres ou des pamphlets; un parti est né, tiers-parti ou des politiques, pour mettre fin aux excès des deux autres. L'affaiblissement momentané de la France sera, grâce à ce parti, de courte durée. 

Plus politiques au fond que religieuses, ces guerres n'en ont pas moins eu un résultat religieux immense : c'est vraiment le pistolet au poing que les Français ont conquis la liberté de conscience. D'édit de tolérance en édit de tolérance, ils en arrivent à établir, à la fin du XVIe siècle, un régime d'égalité religieuse dont personne en Europe n'avait encore même l'idée. (H. Hauser).

Les causes des Guerres de religion

Formation du parti calviniste.
En 1562, trois ans à peine après la signature du traité de Cateau-Cambrésis, la France entrait dans une nouvelle période de guerres, les plus atroces de toutes, des guerres civiles. Ces guerres eurent pour cause les passions religieuses, les haines entre protestants et catholiques. Elles devaient durer plus de trente ans, jusqu'en 1593.

Le calvinisme s'était rapidement propagé en France sous le règne d'Henri Il. Bientôt ce ne furent plus seulement d'humbles artisans ou des bourgeois paisibles, mais des gentilshommes et des grands seigneurs qui embrassèrent la nouvelle doctrine. Avant la mort d'Henri II, deux princes du sang, Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret, et son frère le prince de Condé étaient déjà protestants, ou, comme on disait « Huguenots ». Il en était de même des ChâtilIons, d'Andelot et son frère l'amiral de Coligny, neveux du connétable duc de Montmorency, le plus puissant seigneur du royaume. L'adhésion des nobles à la Réforme fut d'importance capitale. Les nobles firent du parti calviniste un parti politique et militaire, déterminé à défendre sa foi par les armes. De là les Guerres de religion.

François II.
Au moment même où, pour prévenir des troubles intérieurs, un souverain énergique eût été plus que jamais nécessaire, la mort soudaine d'Henri Il faisait roi un enfant de moins de seize ans, François II (1559-1560). François II marié à la reine d'Écosse, Marie Stuart, se laissa entièrement diriger par les oncles de sa femme, François de Guise et Charles, cardinal de Lorraine. Les Guises, catholiques fougueux, redoublèrent de rigueur dans les poursuites contre les protestants. Ceux-ci complotèrent alors d'enlever le roi au château d'Amboise pour le soustraire à l'influence des Guises; un gentilhomme inconnu, la Renaudie, fut le chef nominal du complot dont le chef secret était le prince de Condé. Mais la « conjuration d'Amboise » fut découverte : surpris dans les forêts voisines, les conjurés furent noyés, décapités, pendus jusqu'aux merlons du château (mars 1560). Condé lui-même, arrêté et condamné à mort pour haute trahison, ne fut sauvé que par la mort du jeune roi qu'une brusque maladie emporta en quinze jours (5 décembre 1560).

Charles IX et Catherine de Médicis. 
Du coup la domination des Guises se trouva ruinée. Comme le nouveau roi Charles IX, second fils d'Henri II, était un enfant de dix ans, le pouvoir revint à la reine mère,  Catherine de Médicis, rusée et sans scrupules, et par-dessus tout avide du pouvoir dont elle avait été jusque-là écartée.

Pour s'assurer la possession du pouvoir, elle essaya d'abord de la politique de bascule, et contre les Guises elle se procura l'appui des Bourbons en graciant le prince de Condé. Elle crut même possible de réconcilier les partis et d'établir un régime de tolérance selon les très nobles conseils du chancelier Michel de l'Hôpital

« Qu'y a-t-il besoin, disait celui-ci, de tant de bûchers et de tortures? C'est avec les armes de la charité qu'il faut aller à tel combat. Le couteau vaut peu contre l'esprit. » 
Dans ce but fut réuni à Poissy un « colloque » d'évêques et de pasteurs (1561). Les calvinistes y eurent pour principal représentant un ami de Calvin, Théodore de Bèze; les catholiques, le cardinal de Lorraine. L'irréductible opposition des croyances sur le point fondamental de l'Eucharistie rendit toute réconciliation impossible. Catherine de Médicis fit néanmoins promulguer l'édit de janvier 1562 par lequel elle accordait aux protestants le droit de célébrer publiquement leur culte dans les faubourgs des villes et dans les campagnes.

Massacre de Vassy.
Cette politique n'avait aucune chance de succès. L'idée de tolérance était étrangère, hostile même à presque tous, calvinistes et catholiques. Partout éclataient des rixes sanglantes. Dans le Midi, là où ils avaient la majorité, les calvinistes chassaient des églises les catholiques : ils en tuèrent une trentaine dans la cathédrale de Montpellier (20 octobre 1561). Un mois après l'édit de janvier, le ler mars 1562, le duc de Guise passant à Vassy, les gens de son escorte cherchèrent querelle à des calvinistes qui célébraient le culte dans une grange. D'où une bagarre qui finit en massacre : il y eut plus de cent calvinistes tués et blessés. Le massacre de Vassy déchaîna les haines et marqua le début de cette explosion de fureur qu'allaient être les Guerres de religion.

Le huit guerres

On compte huit Guerres de religion : quatre sous Charles IX (de 1562 à 1574), — trois sous Henri III (1574-1589) et une sous Henri III et sous Henri IV (1589-1593).

Les caractères des Guerres de religion.
Les guerres de religion, plus particulièrement les premières, eurent un caractère de sauvagerie atroce. Cette sauvagerie tint sans doute à la violence des passions religieuses, mais aussi au peu de valeur que l'on attachait alors à la vie humaine. Par exemple, à la même époque, en 1595, les Espagnols ayant occupé Doullens sans combat y égorgèrent plus de quatre mille personnes : « Qu'y faire? disait un de leurs officiers; s'il y en avait moins eu, on en aurait moins tué-».

Calvinistes et Catholiques étaient sans pitié. Un chef calviniste, le baron des Adrets, que Coligny appelait « la bête furieuse », terrorisa le Dauphiné. S'étant emparé de Montbrison, il força les hommes de la garnison à se jeter du haut d'une tour sur les piques de ses soldats. En 1569, Coligny lui-même fit égorger de sang-froid deux cent soixante paysans catholiques dans une salle du château de la Chapelle-Faucher dans le Périgord. A Nîmes, en 1567, quatre-vingts catholiques étaient massacrés dans la cour de l'évêché; morts et mourants furent précipités dans un puits qu'on acheva de combler avec de la terre. La fureur des Calvinistes s'exerçait particulièrement sur les prêtres, dont beaucoup furent atrocement torturés.

Les Protestants s'en prenaient aux monuments plus encore qu'aux hommes. Ils saccageaient les églises, profanaient les tombes, brisaient les crucifix, les statues; la plupart des mutilations qu'ont subies en France les cathédrales et qu'on attribue en général à la Révolution datent des Guerres de religion. Ces actes de vandalisme exaspéraient les Catholiques plus encore que les attentats contre les personnes.

Les Catholiques ne se montraient pas moins féroces. Montluc, un vaillant soldat des guerres d'Italie, fut dans la Guyenne un autre baron des Adrets. Il marchait toujours accompagné d'un bourreau et déclarait lui-même qu'on pouvait connaître aux pendus accrochés aux arbres le chemin par où il avait passé. Un jour il fit jeter des Calvinistes dans un puits jusqu'à ce qu'il fût plein jusqu'au bord. Et puis, ce furent les Catholiques qui furent organisateurs du massacre de la Saint-Barthélémy, l'horreur qui a surpassé toutes les autres.

De part et d'autre, on appela l'étranger à l'aide, soit que l'on demandât des secours aux rouverains, reine d'Angleterre, roi d'Espagne, princes d'Allemagne, soit qu'on louât des mercenaires italiens, suisses, allemands, reîtres et lansquenets, à qui la religion était indifférente et qui, levés pour l'un des partis, passaient au besoin, moyennant solde plus haute, au service de l'adversaire. A la bataille d'Ivry, la cavalerie de l'armée catholique était pour moitié composée de chevau-légers flamands, italiens, albanais, de carabiniers espagnols, de lanciers wallons et allemands.

Les effectifs mis en ligne furent considérables pour le temps et ce furent alors de grandes batailles que les journées de Dreux (1562) ou d'Ivry (1590) où l'on vit aux prises 29 000 et 28 000 combattants. Les guerres traînèrent cependant parce qu'aucun des adversaires ne pouvait prendre un avantage décisif. Les Calvinistes, une minorité, étaient hors d'état de triompher de la masse catholique. Les Catholiques ne pouvaient en finir avec les Calvinistes parce que ceux-ci étaient dispersés par toute la France et que si la région du sud-ouest et du sud, l'ancienne Aquitaine, depuis la Vienne jusqu'aux Pyrénées, était, avec le Languedoc, le principal foyer de leur résistance, on les trouvait aussi bien en Auvergne, en Bourgogne, dans le Nivernais : il n'y avait pas un centre vital où un seul coup frappé pût les abattre. De là le décousu, et par suite l'absence d'intérêt des opérations, jusqu'à la dernière guerre où Henri IV poursuit un objectif bien défini, la prise de Paris, sa capitale.

Les quatre premières guerres.
La première guerre.
La première guerre, provoquée par le massacre de Vassy, dura un an environ (1562-1563). Les deux partis firent appel à l'étranger. Ce funeste exemple devait être imité au cours des guerres suivantes; en sorte que la France se trouva, à la fin, transformée en un champ de bataille européen, comme l'avait été l'Italie au début du XVe siècle, comme devait l'être l'Allemagne au siècle suivant. Catherine demanda des secours au roi d'Espagne, Philippe Il. Le prince de Condé et l'amiral de Coligny, chefs des Calvinistes, en demandèrent à la reine d'Angleterre, Elisabeth Ire. Celle-ci fournit de l'argent et des troupes; mais elle se fit livrer en échange le port du Havre, récemment créé par François Ier.

La guerre fut marquée par la bataille indécise de Dreux et par le siège d'Orléans. Sous les murs de cette ville le duc François de Guise fut assassiné d'un coup de pistolet par un fanatique protestant, Poltrot de Méré. Son fils, Henri de Guise, fit remonter la responsabilité du crime jusqu'à Coligny qui, dans une lettre, avait commis la faute de se féliciter de la mort du La guerre se termina par l'édit d'Amboise, moins libéral que l'édit de Janvier, mais qui valut cependant à la France quatre années de paix. Les Protestants et les Catholiques réconciliés allèrent reprendre Le Havre aux Anglais.

Deuxième et troisième guerres.
La deuxième guerre (1567-1568) et la troisième (1568-1570) n'en furent qu'une en réalité, longue de trois ans. Le vieux connétable de Montmorency, chef de l'armée catholique, fut tué au combat de Saint-Denis près Paris. La paix rétablie en 1568 fut presque aussitôt rompue et une troisième guerre commença.

Les Protestants furent défaits par le frère de Charles IX, Henri, duc d'Anjou, à Jarnac, puis à Moncontour. A Jarnac, le prince de Condé, blessé, fut assassiné comme il venait de se rendre. Mais Coligny, tenace, reforma une armée et reprit l'avantage. Lasse de cette guerre sans résultats, Catherine signa un nouvel édit de pacification, l'édit de Saint-Germain, analogue à l'édit d'Amboise et accorda aux Protestants quatre places de sûreté où ils purent mettre garnison (1570).

Quatrième guerre.
La paix de Saint-Germain dura deux ans. La réconciliation entre Protestants et Catholiques semblait complète. Coligny avait été nommé membre du Conseil du Roi; il avait pris une grande influence sur l'esprit de Charles IX. Catherine, jalouse de cette influence, essaya de le faire assassiner; la tentative ayant échoué, elle provoqua un massacre général des Calvinistes, à Paris, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy
 

Le massacre de la Saint-Barthélémy

Début 1572, la réconciliation paraissait se faire entre les deux partis. Comme pour l'achever, on prépara le mariage de la sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, avec le jeune roi Henri de Navarre, devenu par la mort du prince de Condé le chef des Calvinistes. Les gentilshommes protestants revinrent en grand nombre à la cour. Charles IX avait appelé à son conseil l'amiral de Coligny, réputé pour sa grande expérience de la guerre et de la politique et pour la noblesse de son caractère; bientôt nul ne fut plus écouté du roi qui le nommait « son père ».

Cette faveur de Coligny devait être fatale aux protestants. Catherine de Médicis, dont l'influence diminuait, crut que le pouvoir allait lui échapper. Elle s'entendit avec le duc Henri de Guise pour se débarrasser de Coligny par un meurtre. Le coup manqua : Coligny ne fut que blessé et le roi furieux jura de le venger «-d'une horrible façon ». Il fit aussitôt commencer une enquête sur l'attentat (22 août 1572).

De plus en plus inquiète pour elle-même, Catherine projeta alors, de concert avec Guise, un massacre général des chefs protestants. Elle alla trouver le roi, qui était de caractère faible et irritable. Elle l'affola en lui faisant croire que les huguenots s'armaient, qu'ils complotaient contre sa vie, qu'il y allait du salut public si on ne faisait périr tous les chefs. Après une longue résistance, le roi finit par s'écrier : 

« Tuez-les, mais tuez-les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher! » 
C'était le soir du 23 août. On prit aussitôt les mesures nécessaires : le massacre devait avoir lieu dans la matinée du dimanche 24 août, jour de la Saint-Barthélemy.

L'égorgement commença avant l'aube. Guise se précipita au logis de Coligny. Un de ses domestiques, un Allemand nommé Besme et trois Suisses entrèrent dans la chambre du blessé : 

« Es-tu bien l'amiral? demanda Besme. — C'est moi. » 
Besme lui plongea une épée dans le ventre. En bas, le duc de Guise, qui pensait venger l'assassinat de son père, criait :
« Besme, as-tu achevé? — C'est fait. »
Et, par la fenêtre,le corps de Coligny était jeté sur le pavé. Le jour se levait. Le duc se pencha sur le cadavre, examina la face, puis il le poussa du pied et partit poursuivre les assassinats. Au Louvre, Henri de Navarre, beau-frère du roi, était sommé de choisir entre la mort ou la messe : il abjura. C'est le seul qu'on épargna. Les escaliers, les salles, les antichambres du palais étaient, ensanglantés. On ne devait tuer que les chefs : mais bientôt la populace se joignit aux soldats et le massacre devint général. Les huguenots, surpris, étaient tirés hors des maisons, jetés par les fenêtres, poignardés ou arquebusés. Avant midi il y avait deux mille morts; on pillait et on volait en même temps qu'on égorgeait. Vainement le roi épouvanté voulut, dit-on, essayer d'arrêter ces horreurs, le massacre dura jusqu'au mardi 26.

L'exemple de Paris fut imité dans un grand nombre de villes. Le nombre total des victimes fut d'environ 8000. Cependant quelques gouverneurs royaux refusèrent d'exécuter les ordres venus de Paris et parvinrent à empêcher les massacres.

Ce crime abominable ne procura aux Catholiques aucun avantage. Privés de leurs chefs, mais nullement découragés, les Calvinistes dans les provinces prirent les armes. Pour mieux se défendre ils s'organisèrent fortement, et formèrent l'Union calviniste, divisée en gouvernements dont chacun eut son chef de guerre et son conseil, chargé d'administrer et de lever les impôts. Ainsi les protestants constituaient au milieu du royaume une sorte de république fédérative, et, comme devait dire plus tard Richelieu, un État dans l'État. Ils se défendirent si bien dans La Rochelle, devenue leur grande place forte et comme leur capitale, que Charles IX dut leur accorder la paix et la liberté de conscience (1573).

Le roi mourut à l'âge de vingt-quatre ans, en 1574, ne laissant qu'une fille, exclue de la succession par la loi Salique.

Les cinquième, sixième et septième guerres.
Cinquième guerre.
La couronne passa au troisième fils d'Henri II, Henri, duc d'Anjou, l'enfant préféré de Catherine de Médicis. Henri III était alors en Pologne où il avait été élu roi l'année précédente. Mais aussitôt qu'il connut la mort de Charles IX il s'enfuit secrètement de Cracovie pour rentrer en France. C'était un prince de vingt-trois ans, intelligent, mais fourbe comme sa mère, sans énergie. Ses dépenses folles, l'insolence de ses favoris, les « mignons » le rendirent vite impopulaire.

A cette époque, la situation de la France et les guerres devinrent plus compliquées encore que sous Charles IX. Cette complexité des événements tient notamment aux causes suivantes :

• D'abord les Calvinistes avaient achevé de se grouper et de s'organiser pour faire face au péril : l'Union calviniste constituait au milieu du royaume une véritable république, ayant ses finances, son armée, son gouvernement et dont le chef fut le jeune roi de Navarre Henri de Bourbon, successeur d'Antoine de Bourbon, mort en 1562.

• En second lieu, les Catholiques se divisèrent en deux partis. Les uns, parmi lesquels allait bientôt recruter la Ligue, effayés par les progrès des Calvinistes, restèrent fanatisés et partisans d'un guerre à outrance contre les Protestants; les autres, révoltés par les massacres, effrayés des ruines dont les guerres civiles couvraient le royaume, voulaient le retour à la politique de Michel de L'Hôpital, un régime de tolérance et de liberté religieuse : ils formèrent le parti des Malcontents ou des Politiques à la tête duquel se plaça le dernier frère de Henri III, François duc d'Alençon. 

Les Huguenots recommencèrent la guerre dès 1574; ils avaient cette fois pour alliés les Malcontents. Avec 30 000 hommes, les Huguenots et les Malcontents marchèrent sur Paris et forcèrent Henri III à signer à Etigny, près de Sens, l'acte improprement appelé l'édit de Beaulieu (1576), qui leur accordait des avantages considérables. Les Protestants eurent la liberté du culte dans toute la France, sauf à Paris, sauf à Paris, huit places fortes où ils tiendraient seuls garnison, dites places de sûreté, enfin des tribunaux particuliers. Le roi de Navarre et son cousin le prince de Condé recevaient en outre chacun le gouvernement d'une province. Jamais pareils avantages n'avaient été concédés aux Protestants.

La Ligue.
Quand on connut l'édit de Beaulieu, les plus extrémistes des Catholiques considérèrent que le roi trahissait les intérêts du royaume et de leur religion, c'est-à-dire au final leurs intérêts. De toutes parts, des associations se formèrent « pour restaurer le saint service de Dieu et l'obéissance à Sa Majesté ». Puis elles se groupèrent en une association générale, qu'on appela la Ligue (1576). Le chef de la Ligue semblait devoir être le plus populaire des chefs catholiques, le duc Henri de Guise, surnommé le Balafré à la suite d'une blessure au visage reçue dans la guerre précédente au combat de Dormans. Il fut le héros des Catholiques intransigeants, l'espérance des Ligueurs et spécialement des Ligueurs de Paris, qui soupçonnaient Henri III de pactiser secrètement avec les Calvinistes. Mais Henri III essaya de se substituer à lui : il reconnut l'organisation nouvelle et s'en proclama le chef.

La France se trouva ainsi divisée en trois partis, Calvinistes, Politiques, Ligueurs, au milieu desquels le roi fut sans pouvoir. Les Ligueurs juraient bien de garder au roi l'obéissance qui lui était due. Mais ils juraient aussi « de restituer aux provinces du royaume les droits, franchises et libertés anciennes ». Autant qu'un parti religieux, les ligueurs formaient donc un parti politique qui visait à limiter le pouvoir royal, à ruiner l'absolutisme. Ils avaient leur organisation militaire, leurs chefs élus auxquels ils juraient obéissance passive. Comme les Calvinistes, ils tendaient à constituer un État dans l'État.

Dans le même temps, les Etats Généraux, convoqués à Blois (1576), proclamèrent qu'il ne devait y avoir qu'une seule religion dans le royaume et demandèrent que le roi «-ôtât tout exercice public et privé ». 

Sixième et septième guerres. 
Poussé par la Ligue, Henri III reprit sans enthousiasme la lutte contre les Protestants. Ceux-ci avaient de nouveau pour chef Henri de Navarre qui s'était enfui de la Cour en 1576 et était revenu au Calvinisme. Il y eut une sixième guerre (1576-1577), puis une septième guerre (1579-1580) sans résultats. Les Protestants finirent par accepter une paix qui restreignait un peu les avantages concédés à Beaulieu, mais qui leur laissait un grand nombre de places de sûreté.

Extension de la Ligue.
La France eut alors quatre années de paix. Mais en 1584 la mort du duc d'Alençon ralluma toutes les passions, celles des Calvinistes, qui pensaient être sur le point de triompher puisque la couronne était destinée à leur chef Henri de Navarre; celles des Catholiques, qui ne voulaient à aucun prix d'un roi non seulement hérétique, mais relaps, puisque Henri IV avait, après la Saint-Barthélemy, pratiqué le catholicisme pendant quelque temps. 

La Ligue prit alors une immense extension; le peuple des villes, fanatisé par les moines, y entra en masse. Henri de Guise la réorganisa et la dirigea. A l'héritier protestant il opposa un héritier catholique, l'oncle d'Henri de Navarre. le vieux cardinal de Bourbon. En fait, Guise rêvait de la couronne pour lui-même, et des placards étaient répandus dans le peuple où, remontant au Xe siècle et à la disparition de la dynastie carolingienne, on qualifiait les rois Capétiens d'usurpateurs, et l'on rappelait la parenté lointaine des ducs de Lorraine, par conséquent d'Henri de Guise, avec Charlemagne. Guise négociait en même temps et concluait une alliance secrète avec le puissant roi d'Espagne Philippe II. La Ligue obtint du pape qu'il déclarât Henri de Navarre incapable d'accéder au trône de France. Enfin elle contraignit le roi à prononcer (juillet 1585) l'interdiction du culte calviniste et l'expulsion des pasteurs.

La huitième guerre.
Début de la huitième guerre.
Ce fut le signal de la huitième et dernière guerre elle devait durer près de dix ans. Depuis la guerre de Cent ans, la France n'avait pas traversé pareilles épreuves : son unité, son indépendance, sa dynastie nationale coururent alors les plus grands dangers. Dans cette guerre, l'intervention de l'étranger se fit de plus en plus active. Le roi d'Espagne Philippe Il fournit de l'argent, puis des troupes aux Ligueurs. Elisabeth d'Angleterre, le roi de Danemark, l'électeur Palatin secoururent Henri de Navarre et les Calvinistes.

Journée des barricades.
Tandis qu'un favori du roi, l'un des « mignons », le duc de Joyeuse, se faisait écraser à Coutras (20 octobre 1587) — la première bataille rangée que gagna le roi de Navarre — Henri de Guise remporta deux légers succès en Champagne. On les transforma en éclatantes victoires et la popularité du Balafré, « le nouveau Machabée », « le pilier de l'Église », devint immense à Paris.

Les Ligueurs y étaient tous-puissants et beaucoup songeaient à déposer Henri III. Le roi, sentant le péril, interdit au duc de venir à Paris. Mais secrètement appelé par ses partisans, Guise passa outre à la défense royale. Le peuple le reçut comme un sauveur. Le roi ayant alors fait entrer un régiment suisse dans la ville, les Parisiens prirent les armes, barricadèrent les rues, enveloppèrent les Suisses, en tuèrent une soixantaine et poussèrent leurs barricades jusqu'à la porte du Louvre (12 mai 1588). Le roi parvint à s'échapper, mais il dut reconnaître au duc de Guise le titre de lieutenant général du royaume, qui en faisait un vice-roi. 

Assassinat du duc de Guise.
Aux États Généraux que le besoin d'argent du roi avait obligé de convoquer à Blois (1588), Henri de Guise parut le vrai souverain. Sa soeur, Mme de Montpensier, montrait à tout venant, disait-on, les ciseaux qui serviraient à tonsurer Henri III au jour de sa déposition et de son internement dans un monastère. Le roi ayant osé dire aux Etats qu'il ne pouvait plus permettre l'existence de Ligues formées et agissant en dehors de lui, le duc de Guise le força à supprimer ce passage quand le discours fut imprimé. Le roi se jugea perdu. Mais le 23 décembre, vers huit heures du matin, au château de Blois, le Conseil royal étant en séance, Henri III, demeuré dans son cabinet, y fit mander le duc de Guise. Comme le duc traversait la chambre du roi, huit gentilshommes de la garde des « Quarante-Cinq » s'effacèrent pour le laisser passer, puis se jetant sur lui, ils le poignardèrent. Son frère, le cardinal de Lorraine, fut tué le lendemain.

Assassinat d'Henri III.
« A présent je suis roi », écrivait Henri III aussitôt après l'assassinat. Le lendemain, 24 décembre au soir, Paris était en pleine insurrection. La Ligue y prit alors un caractère tout nouveau. Elle avait été jusque-là surtout une association de nobles et de riches bourgeois ; elle devint une association démocratique, et le petit peuple en fut l'élément essentiel. Les Ligueurs mirent à leur tête un comité composé des représentants élus des seize quartiers de la ville, et qui fut vite célèbre sous le nom de Conseil des Seize. Les Seize s'organisèrent en gouvernement révolutionnaire. Ils jurèrent de venger le duc de Guise et proclamèrent la déchéance de Henri III, « parjure, assassin, meurtrier, sacrilège, fauteur d'hérésie, simoniaque, magicien, dissipateur du trésor public, ennemi de la patrie ». Ils firent commencer son procès par le Parlement, pour assassinat. Puis ils reconnurent pour roi le cardinal Charles de Bourbon, et comme il était prisonnier d'Henri III, ils nommèrent lieutenant général du royaume le dernier frère d'Henri de Guise, le duc de Mayenne. 

Il ne restait d'autre parti à Henri III que de se réconcilier avec Henri de Navarre. La réconciliation faite, les deux rois marchèrent sur Paris. A la fin de juillet 1589, la place était bloquée. Le 1er août au matin, un jeune moine fanatique, Jacques Clément, venu de Paris, obtenait d'être introduit auprès de Henri III, sous prétexte de lui apporter des nouvelles de la ville assiégée, et lui plantait un couteau dans le ventre. Avant de mourir Henri III reconnut Henri de Bourbon, roi de Navarre, pour son légitime héritier. 

Henri IV et la Ligue.
Avec Henri III s'éteignait la famille des Valois. La couronne revenait  à Henri de Navarre, chef de la famille des Bourbons, qui descendaient en ligne directe de saint Louis. Henri de Navarre prit le nom de Henri IV.

Le nouveau roi avait à conquérir presque tout son royaume. « Plutôt mourir de mille morts que d'obéir à un roi huguenot! » tel fut le cri général quand on apprit la mort d'Henri III. La Ligue était soutenue par le roi d'Espagne Philippe Il, qui lui fournissait soldats et argent. Henri IV fut abandonné également par une partie des Calvinistes parce qu'il avait solennellement déclaré vouloir maintenir et conserver la religion catholique, et confier à des Catholiques le gouvernement des villes qu'il prendrait.
Mais cet habile politique n'était pas homme à désespérer. A force d'énergie, de patience, de souplesse et de modération, il allait finir par triompher de toutes les difficultés.

Arques et Ivry.
Au lendemain de la mort d'Henri III, son armée étant réduite de moitié par les défections, Henri IV dut lever le siège de Paris. Mais au lieu de se retirer vers le sud où se trouvaient les principales forces des Calvinistes, il voulut rester dans la région de la Seine, à portée de Paris. Toutes ses opérations, pendant près de quatre ans, eurent pour objet de s'emparer de cette ville dont la possession lui paraissait essentielle, parce qu'elle était la capitale du royaume et la citadelle principale de ses adversaires.

Poursuivi par le duc de Mayenne en Normandie, Henri le battit à Arques (1589), et tenta aussitôt sur Paris un coup de main qui échoua. L'année suivante il remporta à Ivry près d'Évreux une nouvelle victoire, plus éclatante encore; dans une charge furieuse, il perça les lignes de Mayenne, lui mit hors de combat plus de 3000 hommes et lui en prit 4000. 

« Si vous perdez vos cornettes, mes compagnons, avait-il dit avant la charge, ralliez-vous à mon panache blanc : vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur. »
Ce succès permit à Henri IV de venir bloquer Paris. Il pensait prendre la ville par la faim, ses troupes étant trop peu nombreuses pour tenter de l'enlever de vive force. Mais, fanatisée par les prédications des moines qui processionnaient, casque en tête et cuirasse au dos, la population tint quatre mois, ayant un mois de vivres (mars-septembre 1594). Une armée espagnole de secours eut le temps de venir des Pays-Bas. Henri IV de nouveau dut se retirer en Normandie (septembre 1590).

Abjuration d'Henri IV.
Les événements traînèrent ensuite jusqu'à 1593. A cette date Mayenne et les ligueurs convoquèrent les États Généraux à Paris pour élire un roi, car le cardinal de Bourbon était mort en 1590. Le roi d'Espagne Philippe II, qui avait déjà réussi à faire entrer à Paris une garnison espagnole, essaya de faire proclamer reine de France sa fille Isabelle, petite-fille d'Henri II par sa mère. Mais le sentiment national se réveilla chez une partie des Ligueurs à la pensée que la France pourrait passer par le mariage d'Isabelle sous la domination d'un prince étranger. Sauf une poignée de fanatiques, les Ligueurs hésitèrent. Les Etats remirent à plus tard l'élection d'un roi.  C'était l'occasion que guettait Henri IV : le 25 juillet 1593, il abjura solennellement entre les mains de l'archevêque de Bourges dans la basilique de Saint-Denis.

L'abjuration décida tout. Elle ruina les espérances de Philippe II et amena la désorganisation de la Ligue. Le pays, qui n'aspirait plus qu'à la paix, accueillit la nouvelle avec joie. Une grande partie du royaume reconnut immédiatement le roi converti, et Henri IV, plutôt que de continuer une guerre ruineuse, préféra acheter la soumission du reste. Il lui en coûta plus de vingt millions de livres. Le gouverneur de Paris, moyennant le titre de maréchal et deux cent mille écus, lui livra la ville (1594); Henri IV y entra sans coup férir.

Guerre avec l'Espagne.
Tandis que Henri IV achetait son royaume, Philippe II, qui jusqu'alors n'avait paru combattre en France que comme l'auxiliaire des Ligueurs, poursuivit la lutte pour son propre compte. Henri IV lui déclara la guerre, en sorte que les Guerres de religion aboutirent à une reprise de la lutte des maisons de France et d'Autriche. Cette guerre, qui dura trois ans, mit pour théâtres principaux la Bourgogne, que les Espagnols attaquaient par la Franche-Comté, puis la Picardie. L'épisode le plus célèbre est le combat de Fontaine-Française, où la bravoure folle de Henri IV, qui chargea un contre cinq, décida de la victoire. La guerre se termina en 1598 par la paix de Vervins (2 mai), simple réédition du traité de Cateau-Cambrésis.

L'Edit de Nantes.
En même temps qu'il signait la paix avec l'étranger, Henri IV voulut assurer définitivement la paix intérieure du royaume en réglant enfin la question religieuse. C'était la question la plus difficile. L'Union calviniste s'était séparée d'Henri IV après son abjuration et se tenait à l'écart dans une réserve hostile : ce n'est qu'après de longues et pénibles négociations que le roi parvint à lui faire accepter l'édit de Nantes (1598) promulgué moins d'un mois avant la signature de la paix de Vervins, le 13 avril.

L'édit garantissait aux Protestants la liberté de conscience dans tout le royaume; la liberté de culte partout où il était établi avant 1597 et dans deux localités par bailliage; l'égalité absolue avec les Catholiques et l'accès à tous les emplois; la création dans les Parlements de chambres mi-parties, c'est-à-dire composées de juges catholiques et calvinistes. En outre l'édit reconnaissait aux Protestants le droit de se réunir en synodes pour délibérer sur leurs intérêts. Ils devaient pendant plusieurs années conserver une centaine de places fortes comme places de sûreté.

Importance de l'Edit de Nantes.
Un historien a dit de l'Édit de Nantes « qu'il méritait de faire date dans l'histoire du monde » parce qu'il inaugurait l'ère de la tolérance. Pour bien en comprendre la valeur, il faut se rappeler quelle était la situation religieuse dans tous les autres États de l'Europe à la date même où l'Édit était promulgué. Partout, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, les sujets étaient contraints, sous peine de bannissement, quand ce n'était pas sous peine de mort, de pratiquer la religion de leur souverain, catholique ou protestant. 

La France la première adopta le régime de la liberté religieuse. A vrai dire elle l'adopta non pas spontanément, par véritable respect des droits de la conscience, mais contrainte par la sagesse et la prévoyance d'Henri IV. L'Édit de Nantes, si juste et si heureux dans ses parties essentielles, fut mal accueilli et difficilement accepté par les catholiques.

Le roi dut menacer pour obtenir des Parlements l'enregistrement de l'édit. 

« Je vois bien, disait-il aux députés du Parlement de Toulouse, que vous avez encore de l'espagnol dans le ventre! » 
Le pacte entre Catholiques et Protestants, fondé sur un simple rapport de forces, resta fragile, et finira par être rompu par Louis XIV, qui révoquera l'Édit de Nantes en 1695.

La France après les Guerres de religion

Aussitôt après l'Édit de Nantes et le traité de Vervins, Henri IV entreprit l'oeuvre de réorganisation de la France et de restauration de l'autorité royale. De fait, c'est tout un pays qui était à reconstruire.
« Qui aurait dormi quarante ans penserait voir non la France, mais un cadavre de la France. » 
Ces paroles, écrites par le jurisconsulte Pasquier au lendemain des Guerres de religion, n'avaient rien d'exagéré. Le pays avait été horriblement dévasté par un demi-siècle de guerres civiles. Au dire d'Henri IV, « les fermes et quasi tous les villages étaient inhabités et déserts ». Les paysans cessaient même de labourer : affamés, ils se soulevaient. Les routes étaient effondrées, les ponts coupés. Dans les villes toute industrie et tout commerce avait péri, les mendiants pullulaient, les malades et les invalides encombraient les hôpitaux. La dette du royaume était immense; les ressources fournies par les impôts suffisaient à peine pour payer les créanciers : il ne restait rien pour les dépenses indispensables du gouvernement. Selon le mot d'Henri IV, la France « avait besoin de reprendre haleine ».

Aux ruines matérielles s'ajoutaient les ruines politiques. De l'autorité absolue de François Ier et d'Henri II, il ne restait à peu près rien, et l'unité même de la France était mise en péril. Dans leurs provinces, les gouverneurs se comportaient en souverains, levant des troupes, établissant et percevant des impôts, rendant la justice et visant à transformer leurs charges révocables en charges héréditaires. C'était comme une nouvelle féodalité qui se reformait. Les Parlements, qui avaient presque tous été ligueurs, avaient pris des habitudes d'indépendance et d'opposition à la royauté. Les villes avaient chassé les officiers royaux et recommencé à s'administrer librement et à élire leur municipalité. Alors que cinquante ans auparavant nul ne songeait à contester l'autorité absolue des rois, plusieurs livres avaient paru au temps de la Ligue dans lesquels il était écrit que la nation est supérieure au roi, qu'elle peut le déposer s'il est un tyran ou s'il est hérétique, et même qu'on a le droit de le tuer. Des écrivains vantaient le crime de Jacques Clément, le meurtrier d'Henri III, « comme un acte héroïque et tout à fait divin ». 

La tâche était donc immense. Henri IV groupa autour de lui des hommes de tous les partis, huguenots comme Sully et Olivier de Serres ; catholiques comme le cardinal d'Ossat; ligueurs comme le président Jeannin.  Sans rien brusquer et tout en prodiguant les bonnes paroles, le roi reprit peu à peu toutes les concessions faites aux uns et aux autres, et rétablit dans tout le royaume son autorité absolue. Les États Généraux, qui avaient été réunis à plusieurs reprises pendant les Guerres de religion et qu'Henri IV lui-même avait promis de réunir, ne furent jamais convoqués. Exclus du Conseil, où se traitaient les affaires du gouvernement, les princes du sang et les grands seigneurs durent se contenter de charges de Cour purement honorifiques. A ceux qui étaient gouverneurs de provinces, il fut rappelé que leurs fonctions étaient militaires et qu'ils ne devaient « se mesler du fait des finances, non plus que du fait de la justice ». Quant aux libertés des villes, Henri IV n'en tint aucun compte et les restreignit à sa guise.

Un exemple terrible montra aux plus grands que le temps des désordres était passé. Le maréchal de Biron, gouverneur de Bourgogne, vieux compagnon de guerre d'Henri IV, se laissa entraîner, par ambition, à comploter d'abord avec le duc de Savoie, puis avec le roi d'Espagne. Henri IV pardonna la première fois. « Moyennant qu'il ne me cache rien, disait-il encore au second complot, je lui pardonne de bon coeur. » Biron ne voulut rien avouer. Il fut condamné à mort et décapité (1602).

L'agriculture, l'industrie, le commerce furent remis sur pied. Henri IV mena au politique extérieure prudente et relativement paisible. Mais celui qui avait promulgué l'édit de nNantes n'en avait pas fini pour autant avec ses anciens ennemis. La fièvre de la Ligue n'était pas encore complètement tombée. Les plus fanatiques ne pardonnaient pas au roi d'avoir été huguenot et de tolérer les Huguenots dans le royaume. Leur irritation grandit quand en 1610, ils apprirent qu'Henri IV, allié aux protestants allemands, se préparait à faire la guerre à l'Espagne et à l'Autriche. On disait même dans le peuple qu'il voulait faire la guerre au pape.

Ces bruits achevèrent de déranger l'esprit d'un halluciné nommé Ravaillac. Il vint à Paris pour tuer le roi. Henri IV devait partir le 16 mai pour aller prendre le commandement de ses troupes. Le 14 mai, dans l'après-midi, il sortit en carrosse pour rendre visite à Sully. Rue de la Ferronnerie, le carrosse fut arrêté par une charrette de foin qui barrait le passage. Ravaillac, qui suivait depuis le Louvre, s'approcha et frappa rapidement le roi de deux coups de couteau. Le second coup atteignit le coeur. Le roi murmura : « Ce n'est rien »; le sang lui emplit la bouche; il était mort.

La guerre impopulaire, la lourdeur des impôts, les préventions religieuses, tout fut oublié; on ne voulut plus se rappeler que les bienfaits de douze années de paix, l'ordre rétabli en tous lieux, et la France relevée de ses ruines. (A. Malet).

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