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Charles Martel,
prince des Francs, fils de Pépin
d'Héristal et de sa concubine Alpaïde ou Chalpaïde,
né probablement vers 688 ou 689, mort le 22 octobre 741. Le surnom
de Tudites ou de Martel ne lui est donné qu'à partir de la
seconde moitié du IXe siècle
(Waitz, Forsch. z. D. G., III, p. 141) ( Moyen
Age ).
Après la mort de Pépin, en décembre. 714, sa veuve
Plectrude avait à sauvegarder les intérêts de ses petits-fils;
se défiant de Charles Martel, elle le prit en haine; d'après
un témoignage, d'ailleurs fort peu sûr, elle l'aurait fait
emprisonner pendant quatre mois à Aix-la-Chapelle .
Les événements l'affranchirent de la surveillance jalouse
de Plectrude. Les Neustriens, saisissant
l'occasion de s'affranchir de la prépondérance austrasienne,
s'étaient soulevés contre le jeune Theodoald à qui
son grand-père Pépin avait attribué, malgré
son bas âge, la mairie du palais; après avoir nommé
maire un des leurs, Raganfred, ils avaient remporté une première
victoire dans la forêt de Cuise et, alliés avec le duc des
Frisons,
Ratbod, ils avaient ravagé l'Austrasie jusqu'à la Meuse (715).
Ce fut alors que Charles se met à la tête des guerriers austrasiens
: battu près de Cologne
par Ratbod en mars 716, il fut vainqueur des Neustriens à Amblève,
près de Malmédy. L'année suivante, après avoir
vainement proposé la paix à la condition qu'on lui reconnût
la suprématie que Pépin avait exercée sur les divers
États mérovingiens ,
il triompha encore des Neustriens à Vincy dans le pays de Cambrai
(21 mars), et les poursuivit jusqu'à Paris .
A son retour à Cologne, il força Plectrude à lui abandonner
les trésors de Pépin et nomma Clotaire
IV roi.
Les Neustriens
eurent recours à
Eudes, duc d'Aquitaine ;
ils furent encore défaits à Soissons (719), Eudes s'enfuit
vers la Loire avec le roi de Neustrie,
Chilpéric,
et ses trésors, qu'il livra ensuite à Charles par un traité
(720). Charles reconnut Chilpéric roi (Clotaire
IV était déjà mort l'année précédente),
puis, la même année, Thierry IV,
un enfant de sept ans, mais il devint le véritable maître
de la Gaule mérovingienne. Plus tard, en 724, une dernière
tentative de Raganfred fut réprimée par Charles, qui laissa
à son ancien adversaire le comté d'Anjou ,
mais exigea qu'il lui livrât son fils comme otage. Il put alors tourner
ses efforts du côté de la Germanie soulevée contre
les Francs. Déjà, en 718, il avait dirigé une expédition
contre les Saxons; il en fit de nouvelles en 720, 721, 724, 738 ; en 725,
il intervint en Bavière et assura la possession du pays à
celui des membres de la famille des Agilolfings qu'il protégeait,
Hubert; en 724, il ravagea la Frise .
En 738, les Saxons sont soumis à un tribut et livrent des otages.
Cependant, il comprit que la guerre ne suffirait point pour établir
d'une façon durable la domination franque au delà du Rhin
et il voulut fortifier l'oeuvre de la conquête par l'oeuvre de la
conversion religieuse. Il encourage, protège activement les missionnaires
irlandais qui entreprennent l'évangélisation de la Germanie .
En 723, il prend sous sa protection Boniface, l'apôtre de la Germanie,
que le pape Grégoire II lui a recommandé; Boniface déclare
dans une lettre qu'il n'aurait pu, sans l'aide de Charles, mener à
bien son oeuvre. Ainsi le christianisme
se répandit dans la Hesse ,
la Frise ,
la Thuringe .
Cependant le sud de la Gaule était
ouvert aux Sarrasins d'Espagne; Eudes,
duc d'Aquitaine ,
maître des pays au Sud de la Loire, avait essayé de les défendre,
il avait été vainqueur en 721, mais, en 725, les Sarrasins
avaient conquis Carcassonne ,
la Septimanie jusqu'à Nîmes ,
et, remontant le bassin du Rhône, pillé Autun
même. Eudes traita avec les Sarrasins. Charles alors se déclara
contre lui, et, en 731, conduisit deux expéditions au delà
de la Loire, dont l'une jusqu'en Wasconie. L'année suivante, les
Sarrasins commandés par Abderrahman envahirent
de nouveau le sud-ouest de la Gaule, pillèrent Bordeaux, incendièrent
l'église de Saint-Hilaire, à Poitiers; d'après une
version contemporaine, ils marchaient sur Tours et la célèbre
basilique
de Saint-Martin qui s'y trouvait, lorsque Charles Martel, appelé
par Eudes, les arrêta par la célèbre victoire de Poitiers,
le 25 octobre 732. Elle eut lieu dans les environs de Poitiers, d'après
certains témoignages, à l'endroit appelé maintenant
Cenon (près de Châtellerault ),
au confluent du Clain et de la Vienne. Abderrahman fut tué. Un chroniqueur
espagnol contemporain célèbre la haute taille, la main de
fer des guerriers austrasiens
qui formaient comme un mur impénétrable à l'ennemi.
La lutte fut interrompue par la nuit, les Sarrasins en profitèrent
pour battre en retraite. Cette victoire eut un grand retentissement; des
légendes se formèrent bientôt autour de cet événement
et Eudes même écrivait au pape Grégoire II que trois
cent soixante-quinze mille Sarrasins avaient succombé. Chiffre évidemment
exagéré.
A la suite de la bataille de Poitiers ,
Charles put mieux établir son autorité en Burgundie, il confia
son autorité à des leudes fidèles à ses intérêts
et capables d'assurer la défense (733). L'année suivante,
il dompta un soulèvement des Frisons,
tua leur duc Bobo et renversa les idoles de ce peuple redevenu païen.
Après la mort d'Eudes (735 ou 736), il entreprit
de soumettre le midi de la France, occupa Bordeaux, Blaye
et toute cette région; cependant il accorda à un des fils
d'Eudes, Hunald, le duché d'Aquitaine ,
à condition que celui-ci lui jurerait fidélité (736):
Dans le bassin du Rhône, les Sarrasins s'étaient emparés
d'Arles
en 735; en 738, d'accord avec un rebelle, le duc Maurontus, ils avaient
occupé Avignon ;
Charles envoya contre eux une armée commandée par son beau-frère
Childebrand,
puis la rejoignit et rentra dans Avignon. Une importante victoire fut gagnée
près de Narbonne ,
sur les bords de la Berre; Charles parcourut victorieusement toute la Gothie,
détruisit les murs de Nîmes ,
où le feu fut mis à l'amphithéâtre, Agde ,
Béziers
(737). Malgré tant de défaites, les Sarrasins reprirent encore
l'offensive en 739, rentrèrent à Arles et dévastèrent
le pays. Charles obtint alors le concours du roi des Lombards,
Liutprand,
et cet événement décida l'ennemi à la retraite;
il pénétra dans la Provence jusqu'à Marseille et soumit
ce pays (739), où des comtes, jaloux de leur indépendance
locale, n'avaient pas hésité à s'allier plus d'une
fois avec, les Sarrasins contre lui.
Cependant la Septimanie ne fut entièrement
enlevée aux Sarrasins que sous
Pépin. Ce fut vers cette époque, alors qu'il était
parvenu à l'apogée de son pouvoir, que le pape Grégoire
III invoqua son appui contre les Lombards;
il lui envoya une ambassade avec des présents, les clefs du tombeau
de saint Pierre, et lui proposa, d'après un chroniqueur contemporain,
« le consulat romain » ou patriciat. Charles renvoya une ambassade
au pape, mais ne s'engagea pas dans une lutte avec les Lombards qui étaient
venus à son aide contre les Sarrasins. Malgré la protection
qu'il accorda à Boniface, malgré ses relations avec Grégoire
III, Charles fut mal vu de l'Église franque : on lui reprocha de
disposer des abbayes
et des biens ecclésiastiques en faveur des guerriers, des fidèles
qu'il voulait récompenser, de déposer des évêques
de sa propre autorité sans l'avis de synodes (ainsi Rigobert, archevêque
de Reims, son parrain, Eucharius d'Orléans ),
de donner à une seule personne plusieurs évêchés
(ainsi Paris ,
Rouen, Bayeux ,
les abbayes de Fontenelle et de Jumièges à son neveu Hugues,
Trèves
et Reims à Milo). En 739, il fit juger Wido, abbé de Saint-Vast,
accusé d'avoir conspiré contre lui. En 737,
Thierry
IV, le roi mérovingien
sous le nom duquel il agissait, étant mort, Charles ne le remplaça
pas, mais cependant il ne prit pas la dignité royale et continua
à gouverner avec le titre de maire du palais.
En 741, il partagea le royaume franc entre
ses deux fils, Carloman et Pépin
: Carloman reçut l'Austrasie ,
l'Alamanie et la Thuringe ;
Pépin, la Neustrie ,
la Burgundie et la Provence .
La Bavière
et l'Aquitaine
devaient rester sous l'administration de leurs ducs nationaux. La même
année, il remania ce partage pour donner un lot à Grifo,
fils de Swanehilde ou Sonihilde, il lui accorda quelques parcelles de l'Austrasie,
de la Neustrie, de la Burgundie. Atteint de la fièvre, il mourut
à Quiersy-sur-Oise ,
le 21 octobre et fut enseveli à Paris ,
dans la basilique
de Saint-Denis .
Par l'énergie de sa politique, il avait réuni les parties
divisées et rivales du royaume franc et fondé la puissance
de la dynastie carolingienne .
Il avait eu deux fils, Carloman et Pépin, de sa première
femme Chrotude, un autre, Grifo (Grifon), de la Bavaroise Swanehilde. D'autres
qui sont mentionnés, Jérôme, Remedius, qui devint archevêque
de Rouen, peut-être Bernard, qui fut le père de Wala et d'Adalhard,
étaient sans doute des bâtards.
(C. Bayet). |
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