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Charles IV, le Bel

Charles IV, dit le Bel. est un roi de France, le plus jeune des fils de Philippe IV le Bel, né en 1294 ) à Clermont en Beauvaisis, mort le 1er février 1328. Il occupa le trône de France après la mort de Philippe V le Long, dans les premiers mois de l'année 1322. A son avènement, il trouvait le royaume provisoirement en paix et put consacrer son activité à des réformes intérieures. Vers la fin de son règne seulement, des difficultés extérieures viendront arrêter son travail d'organisation. A peine monté sur le trône, il obtient, du pape Jean XXII, l'annulation de son mariage avec Blanche de Bourgogne, accusée d'avoir pris part aux débauches de la tour de Nesle; quelques mois plus tard, il contractait une nouvelle union avec Marie de Luxembourg (21 septembre 1322). Après la mort de celle-ci (février 1324), il épousa Jeanne d'Evreux (juillet 1324). Sa seconde femme n'avait eu qu'un fils, Louis, né et mort en 1324; la dernière devait ne lui donner que des filles. 

Continuant la politique séculaire des Capétiens, il sut inspirer aux seigneurs féodaux et à ses officiers le respect de l'autorité royale. Un seigneur gascon, le comte Jourdain de l'Isle, s'était fait un nom par ses crimes, et se croyait, dans son château fort, assuré de l'impunité. Charles IV s'y rendit et le comte eut beau se faire accompagner « d'une pompeuse foule de comtes, de barons et de gentilshommes d'Aquitaine qui soutenaient son parti » (Chron. du contin. de Nangis), il n'en fut pas moins condamné et pendu. Le même supplice attendait le prévôt de Paris, qui avait fait pendre un pauvre homme innocent à la place d'un riche coupable. 

Pour se rappeler au souvenir des provinces récemment acquises et éloignées de la capitale, Charles IV, en 1324, alla faire un voyage dans le Languedoc. Ce fut l'occasion de fêtes brillantes, et les jeux floraux prirent, dans cette circonstance, un éclat qui a tait rapporter leur origine à cette époque. Charles IV, par une ordonnance rendue l'année même de son avènement, décidait que tous les domaines aliénés feraient retour à la couronne, et que les propriétaires seraient tenus à la restitution du domaine aliéné et des revenus qu'ils auraient pu en tirer. Dans l'ordre administratif, il s'occupa surtout des finances, fortement compromises sous ses prédécesseurs. L'appel fait aux financiers italiens, aux lombards, odieux au peuple pour leurs exactions, n'avait fait qu'aggraver le mal. 

Charles IV ordonna que toutes les charges, garde des sceaux, greffes, geôles, accordées auparavant à titre gratuit, seraient retirées aux titulaires; puis il fit de nouveau mettre en vente ces offices et les donna à ferme. Il importe de remarquer que Charles IV se montra préoccupé constamment du soin de faire rentrer dans le Trésor royal le plus d'argent possible. En cela, il imitait ses prédécesseurs et cédait comme eux à la nécessité de chercher, pour le pouvoir royal, un accroissement de forces dans une augmentation de ses richesses. D'autre part, il fallait songer à payer une administration de jour en jour plus compliquée et plus nombreuse. De tout temps, les Capétiens avaient altéré les monnaies, Charles IV agit de même. Il annonça, au début de son règne, une refonte générale et publia une série d'ordonnances ou de mandements désastreux pour le commerce et l'industrie : tantôt le roi ordonne qu'un impôt sera levé sur toutes les marchandises exportées, tantôt il fait peser une taxe sur toutes celles qui entrent à Paris

D'ailleurs, Charles IV ressemble encore aux rois de sa dynastie par sa facilité à profiter de tous les prétextes pour imaginer de nouveaux impôts. En 1323, on apprend que l'Arménie est aux mains des Turcs, et déjà l'on parle d'une croisade. Charles IV se met à la disposition du pape et lui demande l'autorisation de lever sur le clergé une dime qui sera employée à payer les frais de la guerre sainte. La permission accordée, Charles le Bel, comme son aïeul Philippe-Auguste, lève la dime et ne part pas. Enfin, les financiers italiens, que Philippe le Bel avait attirés en France et qui s'y étaient enrichis aux dépens du peuple, furent chassés de France et leurs biens confisqués.

La police générale du royaume et l'administration judiciaire furent aussi l'objet de son attention. Il ordonna que les lépreux seraient enfermés, qu'il leur serait interdit de quêter eux-mêmes, mais qu'ils recevraient des soins dans les hospices et à l'Hôtel-Dieu.

Par un mandement de 1322, il décrète que les gens du parlement seront payés de leurs gages sur les amendes une telle mesure était avantageuse pour le trésor royal, nais déplorable en soi, puisque les magistrats ne pouvaient rendre des arrêts équitables, étant intéressés à condamner. Charles IV fut mieux inspiré, quand il édicta, en 1324, une ordonnance portant que les frais des procès seraient payés par la partie qui succomberait. Enfin, en 1325, il nommait des commissaires pour étudier la réforme du Châtelet de Paris.

Le mouvement communal n'était pas encore arrêté. Quelques villes continuaient à demander des privilèges, et le roi en accorda à Carcassonne (1322), à Bourges et à Dun-le-Roi, qui étaient exemptés du droit de mainmorte (1322), à Saint-Quentin qui recouvra, la même année, ses droits de commune; à Montauban, à Senlis, qui reprenait aussi possession des privilèges enlevés par la suppression de ses lettres de commune. En 1323, des avantages de même nature furent accordés à Saint-Omer, à Orchies, et en 1324 à Fleurance. Mais, d'un autre côté, la commune de Laon était supprimée en 1322; un an auparavant, la ville de Montferrand, en Auvergne, avait été unie inséparablement an domaine de la couronne. En 1326, deux lettres rattachaient aussi à la couronne Vendres et Servian. Enfin, en 1327, le roi prenait sous sa « protection et sauvegarde» la ville de Verdun.

Les affaires extérieures occupent dans le règne, si court d'ailleurs, de Charles IV, une place bien moins importante que l'administration intérieure. En 1323, il dut intervenir dans la guerre de succession engagée entre Louis de Crécy et Robert de Cassel, le premier petit-fils, le second frère de Robert III, comte de Flandre; il fit triompher Louis de Crécy. Peu de temps après, il aida le nouveau comte à soumettre ses sujets révoltés. 

En Allemagne, Charles le Bel songe à tirer profit de la querelle des deux prétendants à la couronne impériale, rêvant peut-être de les supplanter tous les deux, avec, l'appui de la papauté. Si Charles IV eut vraiment ce projet ambitieux, il ne put le réaliser; ce fut Louis de Bavière qui devint empereur d'Allemagne. Mais le nouveau souverain ne tarda pas à se brouiller avec Jean XXII, qui l'excommunia. Charles IV de nouveau se rapproche du pape, nourrissant le dessein  d'enlever l'Italie à Louis de Bavière. Là encore Charles IV échoua. La haine des Allemands contre le pouvoir pontifical était trop forte pour qu'il parvint à former un parti contraire à l'empereur. Du moins, les rapports entre le pontife et le roi de France furent toujours excellents. 

Nous connaissons le projet d'intervention de Charles IV en faveur des chrétiens d'Orient. En 1326, le pape avait besoin d'argent pour soutenir la guerre contre les Gibelins; il s'adressa à Charles IV et celui-ci lui accorda un subside considérable, prélevé sur les bénéfices ecclésiastiques; il est vrai qu'en retour Jean XXII lui accordait, pendant deux ans, la dîme sur le clergé.

A la même époque, se placent les démêlés de Charles le Bel et d'Edouard II, roi d'Angleterre (1324-1327). Le premier suscitait à son beau-frère le plus d'embarras possible, en soutenant les révoltes des barons anglais. Cette intervention du roi de France dans les affaires d'Angleterre donna lieu à quelques hostilités; un traité de paix vint y mettre fin. Charles IV gardait l'Agenais. Mais l'accord fut bientôt rompu. Edouard II ayant refusé de se rendre au sacre de son suzerain, Charles IV le déclara rebelle et envoya dans la Guyenne, contre les troupes anglaises, son oncle, le comte de Valois. La guerre traînait en longueur et menaçait de s'éterniser, quand on apprit l'arrivée en France d'Isabelle, reine d'Angleterre, et soeur de Charles IV. Elle venait traiter avec, son frère contre son mari. On sait qu'à son retour, elle devait réussir à faire détrôner, emprisonner, puis mettre à mort le roi, son époux. 

N'ayant pas d'enfant mâle, il laissait aux Etats généraux le soin de disposer de son héritage et de se prononcer entre Philippe de Valois, son cousin, et Edouard III d'Angleterre, son neveu. Son règne ne fut pas inutile. Il avait agrandi le domaine royal de quelques villes et du riche pays de l'Agenais. Par ses travaux administratifs, il avait continué cette consolidation méthodique du pouvoir royal, qui avait été l'oeuvre des derniers Capétiens directs, et que devaient compromettre l'imprévoyance et la faiblesse des derniers Valois. (R. Bernard).

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Dictionnaire biographique
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