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Les
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| Ferry (Jules
François Camille), homme d'État français né
à Saint-Dié le 5 avril 1832, mort en 1893. Avant de devenir
à la fois l'apôtre de la laïcité et le promoteur
des guerres coloniales, Jules Ferry fut reçu licencié en
droit dès 1851, puis il se fit inscrire comme avocat au barreau
de Paris Impliqué quelques mois plus tard
dans le procès des treize, il entra l'année suivante à
la rédaction du Temps et y mena campagne très énergiquement
contre la politique extérieure et intérieure de l'Empire.
Sa retentissante brochure sur les Comptes fantastiques d'Haussmann
(critique très vive et très pénétrante des
procédés irréguliers d'administration qu'employait
depuis longtemps le préfet de la Seine) et son article sur les Grandes
Manoeuvres électorales, qui valut au journal l'Electeur
une condamnation à 10 000 F d'amende, le rendirent très populaire
(1868). Aussi, lors des élections générales de 1869,
sa candidature législative, posée de nouveau à Paris Élu député, dans la
sixième circonscription de cette ville, au second tour de scrutin,
par 15 729 voix contre 43 944 données à Cochin,
il alla siéger sur les bancs de l'opposition républicaine
au Corps législatif, dont il demanda vainement la dissolution, combattit
de toutes ses forces le ministère Ollivier, s'efforça d'empêcher
la déclaration de guerre à la Prusse Jules Ferry fit preuve dans cet emploi
de beaucoup d'activité, contribua puissamment par son sang-froid
et son énergie, lors de l'échauffourée du 31 octobre,
à délivrer le gouvernement, que l'émeute tenait prisonnier
à l'Hôtel de Ville A Versailles, il s'associa pendant les
derniers mois de 1874 à tous les votes importants du parti républicain
et fit au mois de mars 1872 devant la commission d'enquête, sur l'insurrection
du 18 mars, une déposition qui lui valut de la part de la presse
réactionnaire les plus violentes accusations. Envoyé le 15
mai suivant comme ministre plénipotentiaire en Grèce, il
s'y occupa surtout d'aplanir le différend survenu entre le gouvernement
hellénique d'une part, la France et l'Italie de l'autre, au sujet
des mines du Laurium. Il y était encore lorsque Thiers
tut renversé par la coalition monarchique et bonapartiste du 24
mail 1873. Il donna aussitôt sa démission et revint prendre
sa place dans l'Assemblée, où il lutta constamment et de
toutes ses forces contre le gouvernement dit de combat, contribua pour
sa part à la chute de de Broglie (16 mai 1874), au vote des lois
constitutionnelles (février 1875) et prononça de nombreux
discours, dont quelques-uns, notamment ceux qu'il fit contre la loi sur
l'enseignement supérieur, pour le scrutin de liste, sur la collation
des grades universitaires et les jésuites L'influence de Jules Ferry, qui était en 1875 président de la gauche républicaine, grandissait chaque jour. Aussi, après la dissolution de l'Assemblée, tint-il une place considérable dans la Chambre des députés, où il fut envoyé par les électeurs de Saint-Dié (20 février 1876) et où une nouvelle gauche républicaine le désigna encore pour son chef. A partir de cette époque, il s'écarta de plus en plus du parti radical. Mais il n'en mena pas moins une campagne très vigoureuse contre la faction cléricale, dont il avait déjà maintes fois signalé les empiétements dans l'État sous l'ordre moral. C'est ainsi qu'après avoir prononcé un énergique discours contre les facultés catholiques et les jurys mixtes d'examen, il combattit de toutes ses forces la politique inaugurée le 16 mai 1877 par le maréchal de Mac-Mahon, fit partie du groupe des 363 et contribua pour une bonne part au triomphe de la cause républicaine lors des élections générales du 14 octobre suivant. Réélu député à cette époque par le collège de Saint-Dié, il vota dans la nouvelle Chambre l'enquête demandée sur les agissements du ministère de Broglie, combattit le cabinet extra-parlementaire présidé par le général de Rochebouet (novembre 1877) et soutint en 1878 le ministère Dufaure, mais en s'efforçant de le pousser en avant. Après les élections sénatoriales du 5 janvier 1879, il somma le gouvernement, par l'ordre du jour du 20 janvier, d'orienter sa politique vers la gauche et notamment d'épurer le personnel administratif et judiciaire dans un sens nettement républicain. On sait que le maréchal de Mac-Mahon aima mieux se retirer que de céder au voeu des Chambres. La République eut enfin (30 janvier 1879) un président républicain dans la personne de Grévy, qui, tout aussitôt, forma le cabinet Waddington (4 février), où Jules Ferry obtint le portefeuille de l'instruction publique et des beaux-arts. Le nouveau ministre présenta dès le mois de mars suivant deux projets de loi d'une grande importance : l'un était relatif à la réorganisation du conseil supérieur de l'instruction publique et des conseils académiques, d'où il éliminait tout élément ecclésiastique. Le second, qui eut beaucoup plus de retentissement, restituait à l'État le monopole de la collation des grades universitaires, supprimait les jurys mixtes, obligeait les élèves des établissements libres d'enseignement supérieur à prendre leurs inscriptions dans les facultés de l'État et enlevait le droit d'enseigner ou de diriger un établissement d'instruction à tout membre d'une congrégation religieuse non autorisée. Cette dernière clause, contenue dans l'article 7 du projet, valut à Jules Ferry un déchaînement de fureurs monarchiques et cléricales qui ne l'empêcha pas d'obtenir gain de cause à la Chambre des députés (16 juin-9 juillet), mais qui intimida une partie de la majorité républicaine du Sénat. Jules Simon se posa ouvertement en adversaire de l'article 7. Le ministre ne céda pas. Maintenu en fonctions dans le cabinet Freycinet (28 décembre 1879), il vit l'article en question repoussé par la Chambre haute; mais il y suppléa par les décrets du 29 mars 1880 qui, au nom des lois existantes, prescrivaient la dissolution des congrégations non autorisées. En même temps, il présentait de nouveaux projets de loi établissant l'obligation et la gratuité de l'instruction primaire, au sujet de laquelle il accepta bientôt le principe de la laïcité absolue. Une agitation factice fomentée par le parti de l'Église à cette occasion amena le président du conseil à reculer et à se dérober aux conséquences des décrets. Freycinet s'étant retiré (23 septembre 1880), Jules Ferry lui succéda, sans quitter le ministère de l'instruction publique, fit exécuter les décrets (octobre-novembre) et pendant quelques mois au moins obtint qu'ils fussent respectés. Jules Ferry était alors à
l'apogée de sa popularité. Mais haï par le parti clérical,
suspecté par le parti radical qu'il contrecarrait chaque jour davantage
et parfois avec une certaine raideur, il n'allait pas tarder à la
perdre par suite de l'opposition que lui valut sa politique étrangère.
Préoccupé d'augmenter à bref délai, dans de
larges proportions, la puissance coloniale de la France, il se jeta coup
sur coup dans diverses entreprises qui surprirent le pays et finirent même,
à tort ou à raison, par l'alarmer. Ce fut d'abord l'expédition
de Tunisie Les élections générales du 21 août 1881 n'en furent pas moins très favorables au gouvernement républicain. Mais à la rentrée des Chambres le ministère n'obtint en faveur de sa politique qu'un ordre du jour assez équivoque et Jules Ferry crut devoir donner sa démission (10 novembre). Gambetta, qui lui succéda comme président du conseil, ne resta au pouvoir que deux mois et demi. Dès le 30 janvier 1882, un nouveau cabinet était constitué. Freycinet en prenait la direction et Jules Ferry rentrait au ministère de l'instruction publique. Grâce à lui, la loi prescrivant la gratuité, l'obligation et la laïcité de l'instruction primaire (la plus précieuse conquête de la troisième République) fut enfin votée. Il travaillait encore à affranchir l'Université des derniers liens qui la rattachaient à l'Église et à restreindre l'influence du clergé dans l'enseignement, quand les complications causées par les événements d'Égypte amenèrent la chute de Freycinet, qu'il dut suivre dans sa retraite (29 juillet 1882). Mais il ne devait pas tarder à reparaître aux affaires. Les troubles qui suivirent la mort prématurée de Gambetta (31 décembre 1882) et la réputation de fermeté qu'il avait acquise lui valurent d'être rappelé au gouvernement le 21 février 1883 comme président du conseil. Il reprit le portefeuille de l'instruction publique, qu'il échangea au mois de novembre suivant contre celui des affaires étrangères. Son énergique attitude vis-à-vis
des princes, qui recommençaient à s'agiter, le succès
d'une grande opération financière (conversion du 5 % en 4,5%)
qu'il fit voter en 1883, l'épuration de la magistrature, qu'il accomplit
là même année par la suspension de l'inamovibilité,
parurent un moment consolider son crédit. Une majorité compacte
se groupait autour de lui dans le Parlement. Mais la politique coloniale
allait cette fois lui être fatale. L'expédition du Tonkin
(août 1883), qui, après quelques mécomptes, amena en
somme assez rapidement l'occupation de ce pays, n'eût fait qu'accroître
son autorité, si l'hostilité de la Chine, qu'il s'efforça
longtemps de dissimuler ou de représenter comme un facteur négligeable,
n'eût bientôt donné à cette guerre un caractère
alarmant pour une nation qui, comme la France, voulait réserver
toutes ses forces pour l'éventualité d'une lutte décisive
contre l'Allemagne ( Le guet-apens de Bac-lé (juin 1884) l'obligea d'entreprendre contre le Céleste-Empire des opérations navales et militaires qui eurent pour principal objectif l'île de Formose (Taïwan) et qui ne réussirent pas parfaitement. On disait que Jules Ferry ne faisait, en sommé, que le jeu de Bismarck. On lui reprochait, dans le temps où une partie des troupes françaises était employée dans l'extrême Orient, de tenter une nouvelle aventure à Madagascar, ou, par suite des menées de l'Angleterre, les droits que s'y arrogeait la France étaient méconnus. Les interpellations sur la politique extérieure se multipliaient dans les deux Chambres et devenaient de plus en plus vives. Des imputations injurieuses étaient lancées contre l'honorabilité du ministre. Les querelles motivées par la politique intérieure aigrissaient encore ces débats. Un parti nombreux demandait la révision de la constitution. Les réformes de détail auxquelles aboutit le tumultueux congrès de Versailles, en août 1884, furent loin de le satisfaire. Mais, en somme, tout s'effaça bientôt devant les préoccupations motivées par la politique étrangère. On accusait ouvertement le ministère
de complaisances coupables pour l'Allemagne La nouvelle de l'échec de Lang-son
et de la retraite précipitée des troupes françaises
qui avaient un moment occupé cette ville, causa dans toute la France
et surtout à Paris Les esprits ne tardèrent pas à
se calmer. Jules Ferry ne fut pas mis en accusation. Il alla voyager quelque
temps en Italie, parvint à se faire réélire, au scrutin
de liste, par le département des Vosges (4 octobre 1885), mais ne
put jouer dans la nouvelle Chambre qu'un rôle fort effacé,
tant sa personne et sa politique étaient discréditées.
Il n'en conservait pas moins une grande influence sur le parti dit opportuniste.
Il en usa pour démasquer et combattre de toutes ses forces le général
Boulanger qui le provoqua bruyamment, en août 1887, pour l'avoir
appelé en public « un Saint-Arnaud de café-concert
». Quelques mois plus tard, Grévy ayant dû démissionner,
à la suite des affaires Wilson, on put croire un moment que Jules
Ferry allait être appelé par le Congrès à la
présidence de la République (3 décembre). Mais l'opposition
du parti radical et l'attitude hostile de Paris Son impopularité s'accrut encore
à mesure que grandissait l'incroyable crédit du général
Boulanger. Lors des élections générales du 14 octobre
1889, il ne parvint même pas à obtenir des électeurs
de Saint-Dié, sa ville natale, le renouvellement de son mandat.
Mais il a reparu depuis sur la scène politique, le département
des Vosges l'ayant, en janvier 1891, envoyé au Sénat. Il
a pris, en 1891 et 1892, une part importante aux travaux de cette assemblée
comme président de la commission d'enquête sur l'Algérie |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.