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Charles IX

Charles IX est un roi de France, cinquième enfant (3e fils) de Henri II et de Catherine de Médicis, né à Saint-Germain-en-Laye le 27 juin 1550, mort à Vincennes le 30 mai 1574. Il porta d'abord le titre de duc d'Orléans. La mort de son frère aîné François II (5 novembre 1560) le fit monter sur le trône à l'àge de dix ans et demi. Comme l'époque de la majorité du jeune roi n'était pas éloignée, il n'y eut point de régence officiellement constituée. La reine mère conserva la tutelle et la garde de son fils, et exerça les pouvoirs de régente, sans en avoir toutefois le titre, ainsi qu'on l'a souvent dit par erreur. Elle associa au gouvernement le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qui aurait pu prétendre à la régence. Ce dernier reçut la promesse d'être nommé lieutenant général du royaume, titre qui lui fut régulièrement octroyé quelques mois plus tard (27 mars 1561). Catherine de Médicis évita ainsi, par ce partage plus apparent que réel de l'autorité suprême, une opposition qui pouvait devenir redoutable. Elle eut en partage l'administration des finances et des choses tant ecclésiastiques que séculières « le tout toutes fois soubz le nom du roy »; le roi de Navarre eut la charge des gens de guerre et des villes frontières, se contentant, suivant le mot de Pasquier, de l'ombre du pouvoir.

On n'a pas à raconter à cette place les différents événements qui signalèrent le début du règne, encore moins à exposer la politique pleine d'alternatives et de brusques revirements qui fut alors suivie. La part personnelle du jeune roi dans le gouvernement fut, on le comprend, tout à fait nulle durant les premières années. Il avait pour gouverneur le prince de La Roche-sur-Yon, dont la fonction était toute nominale, et Philibert de Marcilly, sire de Cypierre. Ce dernier exerçait une influence des plus actives sur le jeune prince qu'il accompagnait partout. Ancien favori du roi Henri II, élégant de manières, réputé pour son adresse dans les exercices du corps, il ne s'attacha guère qu'à développer les mêmes qualités chez son élève. Il secondait ainsi les vues de Catherine, désireuse de retarder à tout prix la formation intellectuelle et morale de son fils. Charles IX, abandonné à ses penchants et à ses fantaisies, prit dès lors le goût des exercices violents et des distractions étranges. Les dons brillants, les qualités aimables dont il semblait doué s'évanouirent rapidement. Son précepteur, le célèbre helléniste Jacques Amyot, tenta cependant de donner une direction plus noble à son éducation. Ses efforts restèrent sans résultat. Les tristes calculs de la reine mère firent avorter les heureuses espérances qu'avait fait concevoir « l'enfant admirable ». La santé du jeune roi, qui n'avait jamais été très robuste, se ressentit bientôt des excès auxquels on le laissait se livrer impunément, et cet état maladif contribua encore à rendre son caractère à la fois plus faible et plus fantasque.

A la suite de la paix d'Amboise (19 mars 1563) et de la reprise du Havre aux Anglais (juillet 1563), Catherine, pour couper court aux réclamations de Condé, touchant la lieutenance générale du royaume, fit proclamer la majorité du roi, qui venait d'entrer dans sa quatorzième année. La déclaration fut faite dans un lit de justice tenu au parlement de Rouen (17 août 1563). Naturellement, cet événement ne changea en rien la situation politique toujours très tendue. L'intervention du roi ne fut ni plus active, ni plus efficace. Sans volonté propre, entièrement soumis à sa mère, il n'agissait dans toutes les circonstances que sur l'impulsion de cette dernière. Catherine rédigea à son usage une sorte d'instruction générale où apparaissent clairement les préoccupations auxquelles elle obéissait pour tout ce qui avait trait à son éducation. Elle entreprit, peu après, avec lui (fin de janvier 1564) un long voyage à travers les différentes provinces du royaume, voyage qui fut surtout marqué par des fêtes et des divertissements. Après un séjour de deux mois à Fontainebleau, le roi visita successivement la Champagne, la Lorraine, la Bourgogne, Lyon, puis le Dauphin, où d'importants édits titrent promulgués. Des mesures vexatoires furent également prises, à la même époque, contre les protestants (juillet 1564). La cour se rendit ensuite dans le Midi. Elle passa l'hiver à Carcassonne. Un lit de justice eut lieu à Toulouse en février 1565, puis la cour gagna Bayonne. C'est dans cette dernière ville qu'eut lieu, au milieu de fêtes magnifiques, la célèbre entrevue de Catherine avec sa fille, la reine d'Espagne, qu'accompagnait le duc d'Albe (juin 1565). Des négociations diplomatiques furent entamées à cette occasion, entre le conseiller de Philippe II et la reine mère, dans le but d'amener cette dernière à préparer par tous les moyens l'extinction des protestants français  (Les Guerres de religion).. Heureusement, les négociations n'aboutirent pas, mais elles n'en produisirent pas moins des changements fâcheux dans la direction de la politique générale.

La cour se dirigea ensuite vers le centre de la France et se fixa pour quelque temps à Moulins (janvier 1566), où fut rendue la grande ordonnance de ce nom, rédigée par le chancelier l'Hôpital, réforme équitable, s'il en fut, qui témoigne d'un loyal et sérieux effort dans le sens de la justice et du progrès. La réconciliation des Guise avec les Chatillon, et des divers partis de la cour entre eux, contribua à donner aux catholiques l'unité d'action qui leur manquait. Charles lX, qui, avec l'âge, commençait à jouer un rôle moins passif, se montrait de plus en plus défavorablement disposé contre les huguenots. Il repoussa les propositions des princes protestants d'Allemagne (1567) et refusa d'intervenir en faveur des protestants des Pays-Bas. En septembre 1567, les calvinistes, effrayés, à juste titre, des préparatifs dirigés contre eux et désireux de prévenir leurs ennemis, recommencèrent les hostilités. Charles IX et sa mère faillirent être surpris à Monceaux, et durent gagner précipitamment Meaux, où les rejoignirent de nombreuses troupes catholiques. La cour gagna ensuite Paris, que Condé et Coligny, à la tête des forces protestantes, essayèrent de bloquer. Mais la bataille de Saint-Denis (10 novembre) leur causa un échec sensible. Cependant le Midi se soulevait et la guerre menaçait de prendre de plus grandes proportions, quand la paix fut signée à Longjumeau (23 février 1568). Au grand mécontentement des catholiques, l'édit d'Amboise fut rétabli. L'inexécution du traité, l'attitude agressive des catholiques, les sanglants événements des Pays-Bas, tout concourut à ne faire de cette paix qu'une simple trêve. Les protestants se soulevèrent en masse, et du mois d'octobre au mois de mars 1569 eurent lieu de nombreux engagements. Ce fut assurément la plus rude et la plus acharnée des guerres de religion. Charles IX, jaloux des succès militaires de son frère à Jarnac et à Moncontour, alla en personne diriger les travaux du siège de Saint-Jean-d'Angély. L'indécision des catholiques et le manque d'unité de leurs opérations contribuèrent à sauver les protestants. Le génie militaire de Coligny fit le reste. La marche fameuse qu'il accomplit vers le Nord décida la cour à conclure la paix de Saint-Germain (8 août 1570), par laquelle le libre exercice de leur religion était accordé aux réformés. A ce moment décisif commence le véritable rôle personnel de Charles IX. C'est aussi l'époque de son mariage avec Elisabeth d'Autriche, fille de Maximilien II. L'union fut célébrée à Mézières au milieu de fêtes magnifiques. Charles IX fit aux délégations protestantes qui furent envoyées vers lui l'accueil le plus favorable, pendant que, d'autre part, les projets de mariage de Marguerite avec le roi de Navarre, et du duc d'Anjou avec la reine Elisabeth, semblaient constituer des garanties sérieuses pour la cause calviniste. Sur ces entrefaites, Coligny fit sa rentrée à la cour au milieu d'une apparente allégresse. Il reprit toutes ses dignités et devint en peu de temps l'objet de la faveur la plus marquée. C'est alors que l'amiral développa les magnifiques projets qu'il formait pour le relèvement du royaume. Charles IX sembla un moment comprendre la portée de ses plans. Coligny lui demandait de tendre la main aux réformes des Pays-Bas, de s'allier avec l'Angleterre, avec les princes protestants d'Allemagne, voire même avec les Turcs, et de s'appuyer sur cette union pour tenir tête à Philippe II et à la ligue dont ce dernier était le chef.

Il y eut un commencement d'exécution. Un traité fut conclu avec Elisabeth, pendant que Schomberg allait négocier avec les princes protestants. Montmorency fit semblant d'approuver ces projets; la reine hésitait, dissimulant ses secrètes visées. Les tentatives continuelles que l'amiral faisait auprès du roi allaient peut-être aboutir quand Catherine jeta le masque. Pendant ce temps, les catholiques agissaient énergiquement. Le mariage de Henri de Navarre, célébré sans dispense le 18 août 1572, acheva de les exaspérer. Les chaires retentissaient dans les églises d'appels aux armes, de provocations au massacre. Le 21 août au soir, un conciliabule secret fut tenu entre les chefs catholiques. La tentative d'assassinat qu'ils dirigèrent contre Coligny échoua. Tous sentaient que l'instant décisif approchait. Le 24 au soir, dans un nouveau conseil, l'égorgement général des protestants fut résolu. Nous n'avons pas à raconter ici les péripéties de ce crime à jamais exécrable (Le massacre de la Saint-Barthélémy). Le roi, affolé par son entourage, céda, montrant dès lors un cynisme effrayant qui frise la folie. Faut-il croire qu'il n'y avait eu jusque-là qu'une longue et savante dissimulation de sa part? C'est là une hypothèse gui semble aujourd'hui devoir être écartée. La responsabilité de ce monstrueux attentat retombe sur Catherine, Guise, le duc d'Anjou et les autres inspirateurs, beaucoup plus que sur Charles IX. Le crime commis, le roi changea plusieurs fois de langage et d'attitude. Mais peu après, le cynisme des premiers moments fit place à un extrême abattement. Sa santé s'affaiblit et une incurable tristesse s'empara de lui. Ce fut dans ces dispositions qu'il prit part au siège de La Rochelle (mars 1573). Un revirement ne tarda pas à s'opérer dans la politique. Il y eut des tentatives faites en vue d'un rapprochement avec les protestants. Mais le roi se désintéressait chaque jour davantage de la marche des affaires. Son frère avait été élu roi de Pologne le 3 mai 1573 et Catherine gouvernait presque seule. Charles IX s'adonnait avec frénésie aux exercices les plus violents, pour écarter les hallucinations qui le tourmentaient. Il écrivit, à ce moment, un Traité de la chasse royale (1625, in-8, réimprimé par Henri Chevreul, 1859, in-8) qui présente un certain intérêt. C'est à tort qu'on a prétendu que les causes de sa mort étaient restées mytérieuses. 

II avait eu de sa femme Elisabeth d'Autriche une fille, qui mourut en bas âge. Il laissa, de Marie Touchet, un fils, Charles, duc d'Angoulême. Ce fut son frère, Henri III, qui lui succéda sur le trône.

L'oeuvre de perversion commencée, dès les premières années, avait complètement changé une nature qui n'était pas sans charme ni sans finesse. Les vers gracieux qu'il composa sont là pour l'attester. C'est son éducation qui fit de Charles IX un esprit détraqué et sans mesure. II fut, comme l'a dit Michelet, une énigme pour tous et pour lui-même, un divorce vivant. II eut cependant des éclairs de bon sens et de droiture. (A. Lefranc).

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Dictionnaire biographique
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