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La
généalogie carolingienne
La généalogie
des Carolingiens, comme celle de toutes les familles royales, est fort
obscure. Il est difficile de remonter au delà de saint Arnoul, évêque
de Metz
en 614,
et de Pépin de Landen, maire du palais
d'Austrasie
sous Clotaire II, Dagobert
ler,
et Sigebert Il, non par défaut de renseignements,
mais parce qu'il semble impossible de déterminer la part de vérité
qui se trouve dans les généalogies composées au
IXe siècle,
après le rétablissement de l'Empire, et dont le but visible
est de rattacher la nouvelle dynastie, d'une part à celle des Mérovingiens
et d'autre part aux dignitaires de l'administration romaine en Gaule .
C'est ainsi qu'elles font descendre saint Arnoul d'un certain Tonantius
Ferreolus, de famille sénatoriale, qui vivait au Ve
siècle et était gendre du
préfet des Gaules, Afranius Syagrius. Le petit-fils de ce personnage,
Ansbert, aïeul de saint Arnoul, aurait épousé Blithilde,
fille de Clotaire Il et soeur du roi Dagobert.
Pour nous en tenir
aux données historiques, nous nous contenterons de constater que
la famille des Carolingiens était originaire d'Austrasie ,
qu'elle paraît avoir été riche d'immenses domaines,
et qu'elle avait un caractère ecclésiastique très
accusé. Saint Arnoul, né, d'après une tradition du
IXe
siècle, au Castrum de Layo, localité
qu'on identifie avec Lay-Saint-Christophe (Meurthe-et-Moselle), appartenait
à l'aristocratie austrasienne qui gouvernait le pays. Après
le triomphe du parti austrasien sous le règne de Clotaire
Il, il devint évêque de Metz
(614)
et administra le royaume avec le maire du palais Pépin
de Landen. Arnoul et Pépin avaient été l'âme
de la conjuration qui avait fait périr Brunehaut
et sa descendance, placé sur la tête du roi de Neustrie ,
Clotaire Il, les couronnes des trois royaumes francs, mis la Bourgogne
sous l'administration du maire austrasien Warnachaire, et élevé
Pépin à la dignité de maire du palais d'Austrasie.
Des deux fils de saint Arnoul, l'un, saint Cloud, fut duc de l'Austrasie
mosellane et plus tard pourvu, comme l'avait été son père,
de l'évêché de Metz (656);
l'autre, Anchis ou Ansegise; épousa l'une
des filles de Pépin de Landen, Begge, et de cette alliance naquit
Pépin
d'Héristal.
A la mort de Pépin
de Landen, survenue en 639, son fils Grimoald lui avait succédé
dans les fonctions de maire du palais du roi Sigebert
II; il gouverna l'Austrasie
sous le nom de ce prince qui mourut en 656. La puissance du maire du palais
paraissait alors si bien établie qu'il crut pouvoir écarter
le fils du roi mort, un enfant de quatre ans, et placer sur le trône
son propre fils Childebert. La tentative était prématurée,
les grands se soulevèrent, demandèrent l'appui du roi de
Neustrie ,
lui offrirent le trône d'Austrasie pour son fils et chassèrent
les usurpateurs qui ne tardèrent pas à périr en prison.
Dès lors,
le fils d'Ansegise et de Begge, Pépin
d'Héristal, était le seul descendant mâle de Pépin
de Landen; il recueillit l'immense fortune territoriale laissée
par Grimoald et son fils, et la réunit à celle qu'il tenait
de son aïeul saint Arnoul. Un autre petit-fils de saint Arnoul, Martin,
fils de l'évêque de Metz ,
saint Cloud, s'allia à lui pour venger Grimoald. L'occasion s'offrit,
s'ils ne la firent pas naître, en 679.
Le fils de Sigebert II, Dagobert
Il, écarté du trône par Grimoald, rappelé
en 674
par les grands d'Austrasie ,
périt assassiné le 23 décembre
679.
Pépin et Martin sont accusés par plusieurs chroniqueurs d'avoir
trempé dans le meurtre. Dans tous les cas, ils en profitèrent,
car à partir de ce moment ils devinrent les véritables maîtres
dans le duché d'Austrasie. Ils eurent aussitôt à soutenir
une lutte contre la Neustrie
et son maire Ehroin.
Le duc Martin, qui
s'était enfermé dans la ville de Laon ,
périt assassiné (680);
Pépin continua seul à lutter contre les maires de Neustrie
et remporta en 687
la victoire décisive de Testry. Le roi de Neustrie, Thierry
III, fut à la merci du maire austrasien
qui, loin de le détrôner, le fit reconnaître en Austrasie,
et sous son nom gouverna toute la monarchie franque en prenant le titre
de dux et princeps Francorum. Ce n'est pas ici qu'il convient de
dire comment il réussit à pacifier le royaume, à l'agrandir
par ses expéditions et à acquérir le prestige d'un
grand chef militaire. A sa mort cependant (714),
son oeuvre était encore bien précaire. La lutte entre la
Neustrie et I'Austrasie était à peine assoupie, les conquêtes
au delà du Rhin étaient perdues, et, dans la Gaule même,
l'Aquitaine ,
la Vasconie, la Provence et la Bourgogne ne reconnaissaient plus guère
le pouvoir des Francs. La discorde allait s'étendre à la
famille même du vainqueur. Deux de ses fils, Drogon et Grimoald,
qui avaient été maires des palais de Bourgogne et de Neustrie,
l'avaient précédé dans la tombe. Sa veuve, Plectrude
d'Aquitaine, entreprit de donner pour successeur à Pépin
son petit-fils, encore enfant, Théodoald, fils de Grimoald. Elle
échoua dans sa tentative de l'imposer aux Neustriens et ceux-ci
la poursuivirent jusqu'en Austrasie. Ce fut alors qu'un troisième
fils de Pépin fit son apparition; quoique l'aîné, il
avait été tenu à l'écart, sinon emprisonné,
comme fils d'une concubine.
Charles
Martel, salué par les Austrasiens
comme le vrai successeur de Pépin, bat les Neustriens
près de Malmédy (716),
puis à Vincy (717),
donne
à l'Austrasie un roi mérovingien en la personne de
Clotaire
IV, et enfin assure son autorité par une nouvelle victoire contre
les Neustriens et les Aquitains
réunis à Soissons. Ce n'est pas ici le lieu de raconter sa
vie ni d'expliquer comment il agrandit le royaume, assura son autorité
et contrecarra une invasion des Sarrasins.
Fort de son prestige militaire, après la mort du roi
Thierry
IV en 737,
il négligea de le remplacer par un Mérovingien
et sans prendre cependant le titre de roi, il gouverna seul l'empire des
Francs. En mourant, il avait partagé le royaume entre ses deux fils
Carloman
et Pépin; un troisième, Grifon,
fils d'une captive allemande ,
n'avait reçu que quelques possessions éparses dans les royaumes
de ses frères. Mécontent de son lot, il se souleva à
quatre reprises et, toujours vaincu, périt dans une dernière
tentative en 751.
Maîtres de la Gaule, les deux frères jugèrent cependant
opportun de faire ou de laisser encore couronner un roi. En 742,
un Mérovingien obscur et douteux fut tiré d'un couvent et
placé sur le trône, sous le nom de Childéric
III. Les deux frères combattirent ensemble ou séparément
avec succès les Aquitains, les Saxons, les Souabes ,
les Bavarois .
En
747,
Carloman, d'accord avec son fils Drogon, prit la résolution de se
retirer du monde, et partit effectivement pour l'Italie
où il devint abbé du Mont-Cassin .
Pépin, seul maître du royaume, en acheva la conquête
et la pacification et, en 750,
il se sentit assez fort pour prendre la couronne sans même attendre
la fin du Mérovingien qui la portait. Le pape Zacharie, consulté
par ses ambassadeurs, répondit qu'il valait mieux que ce fut celui
qui exerçait le souverain pouvoir qui prit le titre de roi; le 1er
mars
752,
le roi Pépin reçut l'onction des évêques rassemblés
à Soissons.
Charlemagne
et son héritage
Bien des causes avaient
amené la révolution qui fut alors consommée. Depuis
longtemps, par suite de l'épuisement de l'ancienne dynastie
mérovingienne, le pouvoir effectif avait passé aux maires
du palais : cette charge avait été exercée en Austrasie
par les chefs d'une famille aristocratique du pays aussi influente que
puissante, forte de l'appui du clergé, et dont les membres avaient
su acquérir le double prestige de guerriers et de politiques. Dès
le milieu du VIIe
siècle, l'un d'eux s'était
cru assez tort pour placer la couronne sur la tête de son fils; mais
cette tentative faite avant que la Neustrie
fût vaincue avait avorté. Depuis lors, l'Austrasie avait triomphé
de la Neustrie, les chefs de la maison des Pépins avaient réuni
sous un même sceptre les royaumes francs, l'un d'eux avait sauvé
la chrétienté de l'invasion des païens. La Gaule ne
connaissait plus d'autres chefs; ils avaient depuis longtemps gouverné,
rendu la justice, administré en leur propre nom; eux seuls pouvaient
donner à l'Église romaine l'appui dont elle avait besoin;
aussi le pape s'était-il empressé de sanctionner une usurpation
depuis longtemps accomplie en fait. Pépin, avant de mourir, le 24
septembre 768,
avait, suivant la tradition mérovingienne, partagé le royaume
entre ses deux fils, Carloman et Charlemagne;
mais la mort de Carloman, après trois ans de règne, rendit
l'unité à la monarchie franque que son frère devait
transformer en reconstituant, avec l'appui de la papauté, l'ancien
empire d'Occident. Avec Charlemagne, l'Europe retrouva un moment l'unité
que l'empire romain lui avait donnée; mais c'était là
une oeuvre factice. Déjà, de son vivant, il avait prévu
lui-même le démembrement de son empire et, pour prévenir
les dissensions que la division de ses États pourrait faire naître
après sa mort, il en avait réglé lui-même le
partage (806).
Un seul des fils légitimes de l'empereur, Louis, qui gouvernait
l'Aquitaine
depuis 781,
lui survécut. L'aîné, Charles, était mort en
811;
le second, Pépin, en 810.
Le fils naturel de ce dernier, Bernard, fut pourvu des États de
son père par Charlemagne en 812;
révolté contre Louis le Pieux
en 817,
après l'assemblée d'Aix, il fut vaincu, condamné à
perdre la vue et mourut des suites du supplice le 17 avril 818,
laissant un fils, Pépin, qui, en dédommagement du royaume
d'Italie
confisqué, reçut de l'empereur des possessions dans le nord
de la Gaule et fut la tige des comtes de Vermandois et de Valois.
Le
partage de l'Empire carolingien. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.
Louis
le Pieux recueillit donc avec le titre d'empereur la totalité
de l'héritage paternel (814),
mais, dès 817,
à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle ,
il partagea à son tour ses États entre les trois fils, Lothaire,
Pépin et Louis, que lui avait donnés la reine Ermengarde.
Il avait cru assurer l'unité de l'empire en stipulant que les deux
puînés, Pépin et Louis, demeureraient soumis à
l'aîné, Lothaire ler, qu'il
associait à l'empire. C'était là une vaine illusion.
La naissance d'un quatrième fils, qui fut Charles
le Chauve, né de la deuxième femme de Louis le Pieux,
Judith,
en 823,
donna lieu, dès 829,
à un remaniement du partage au détriment de ses frères
et particulièrement de Lothaire. Ceux-ci se révoltèrent
et deux fois l'empereur Louis fut déposé (830
et 833),
puis rétabli en 834
avec l'appui de Pépin et de Louis
le Germanique. Un nouveau partage en 835
attribua l'Aquitaine
à Pépin, la Bavière à Louis et l'Allemagne
à Charles. Quant à Lothaire naguère associé
à l'empire, il était disgracié, exilé, mais
on lui laissait l'Italie .
Des remaniements subséquents (837
et 838)
agrandirent le royaume de Charles; puis Pépin d'Aquitaine étant
mort le 13 décembre 838,
ses deux fils, Pépin et Charles, furent privés par l'empereur
de l'héritage paternel; Pépin, l'un d'eux, réussit
toutefois à s'y établir à la mort de l'empereur (840).
Le deuxième, Charles, enfermé à Corbie
après
818,
devint plus tard archevêque de Mayence
et mourut en 863.
En même temps, Louis le Germanique, mécontent, se soulevait
et était bientôt soumis; mais cette révolte eut pour
résultat de faire rappeler Lothaire. L'héritage de Charlemagne
fut alors partagé entre Lothaire et Charles (Diète de Worms ,
mai 839).
L'empire
démembré
Louis le Pieux ne
survécut que quelques mois et sa mort (20 juin 840)
remit tout en question. Lothaire, conformément au règlement
de 817,
entendait bien n'être pas empereur seulement de nom et voulait réduire
ses frères au rang de vassaux. Allié à Pépin
II d'Aquitaine ,
il imposa d'abord un traité onéreux à
Charles
le Chauve, mais l'union de celui-ci avec son frère, Louis le
Germanique, contre Lothaire et Pépin ne tarda pas à changer
la face des choses. Lothaire fut vaincu le 25 juin 841
dans la grande bataille de Fontenoy et dut consentir au partage de l'empire
qui fut sanctionné à Verdun
au mois d'août 843.
Le traité
de Verdun consacra le démembrement de l'empire, en reconnaissant
l'indépendance absolue des souverains qui le connurent. Lothaire
eut le titre d'empereur qui demeura attaché à la possession
de Rome et de l'Italie ,
et son royaume fut formé d'une longue bande de territoire allant
de la Meuse au Rhin, de la Saône et du Rhône aux Alpes. Louis
eut la Germanie et Charles le Chauve la France ;
l'Aquitaine, toutefois, en vertu d'un traité signé avec Charles
en 845,
demeura à Pépin II qui revendiquait ce pays sur lequel son
père avait régné vingt ans. Des révoltes successives
des Aquitains en 848,
852,
855,
firent passer alternativement le royaume d'Aquitaine
à Pépin et à Charles le Chauve ou à l'un de
ses fils Charles; enfin Pépin ayant été fait prisonnier
en 865,
et le jeune Charles étant mort en 866,
l'Aquitaine échut à un autre fils de Charles
le Chauve, Louis le Bègue, qui fut le dernier roi carolingien
de ce royaume.
L'empereur Lothaire
ler mourut le 28 septembre 855,
laissant trois fils entre lesquels, peu de jours avant sa mort (22 septembre
855),
il avait partagé ses États. L'aîné, Louis II,
avait été associé à l'empire dès 850
; il hérita de la couronne impériale et du royaume d'Italie .
Le second, Lothaire ll, avait reçu le royaume qui, de son nom, fut
appelé Lotharingie puis Lothier, ou Lorraine, et le gouverna quatorze
ans. En mourant (8 août 869),
il laissa un fils, Hugues, auquel il avait concédé, en 867,
le duché d'Alsace. Mais ce fils, considéré comme illégitime,
ne lui succéda pas; il se vit même dépouillé
des possessions que son père lui avait assurées et, à
la suite de plusieurs tentatives pour les reprendre, fut fait prisonnier,
eut les yeux crevés et fut relégué dans les monastères
de Saint-Gall ,
puis de Prüm. Le royaume de Lothaire, d'abord envahi par Charles
le Chauve, fut ensuite partagé entre lui et l'empereur Louis
II. Le troisième fils de Lothaire Ier,
Charles, avait reçu de son père le royaume de Provence; il
mourut le premier des trois frères, en 863,
et les deux survivants, Louis et Lothaire, se partagèrent ses États.
L'empereur Louis
Il avait donc réuni la plus grande partie des États possédés
par son père Lothaire Ier, à
l'exception d'une partie de la Lotharingie qu'il avait dû céder
à Charles le Chauve, lorsqu'il mourut
le 2 août 875,
ne laissant qu'une fille. La couronne impériale et le royaume d'Italie
furent aussitôt revendiqués avec succès par Charles
le Chauve, qui fut couronné empereur à Rome le 25 décembre
875
par le pape Jean VIII. Hanté de la chimère de réunir
sur sa tête les couronnes de tous les royaumes démembrés
de l'empire de Charlemagne, Charles le Chauve
avait recueilli, par la mort de ses neveux, - au prix, il est vrai, de
l'affaiblissement et même de la ruine d'une partie du royaume de
France
qui lui avait été assigné, - l'héritage entier
de deux de ses frères, Lothaire ler
et Pépin. Il ne restait avec lui que le troisième des fils
de Louis le Pieux, Louis le Germanique, qui mourut le 28 août 876,
mais en laissant trois fils entre lesquels il avait, de son vivant déjà,
partagé ses États. L'aîné, Carloman,
régna sur la Bavière ,
la Pannonie ,
la Carinthie ,
la Bohème
et la Moravie ;
il mourut le 22 mars 880
laissant de sa concubine, Liutswinde, un fils nommé Arnoul,
auquel il laissa la Carinthie et qui parvint plus tard à l'empire.
Le second, Louis III, eut la Saxe, la Thuringe ,
la Frise
et une partie de la Lorraine; la mort de son frère aîné
lui laissa la Bavière; il mourut le 20 janvier 882.
Ses deux fils l'avaient précédé dans la tombe. Le
troisième des fils de Louis le Germanique,
Charles
le Gros, eut la plus haute fortune, mais il en était le moins
digne; pour sa part des États de son père, il avait eu la
Souabe, l'Alsace et quelques villes de la Lorraine; il songea, à
son tour, à réunir sous son sceptre les membres épars
du grand empire.
Charles le Chauve
était mort (6 octobre 877)
sans avoir réalisé son rêve, au retour d'une expédition
infructueuse en Lombardie contre son neveu Carloman.
Il avait eu huit fils; quatre étaient morts en bas âge. Charles,
auquel il avait donné l'Aquitaine
enlevée à son neveu Pépin II, était mort le
29 septembre 865;
Lothaire, abbé de Moutier-Saint-Jean, était mort en 866;
Carloman, d'abord abbé de Saint-Médard, prêtre malgré
lui, accusé en 870
d'avoir conspiré contre son père, avait été
condamné à mort, relégué à Corbie
les yeux crevés, et enfin, recueilli par son oncle Louis le Germanique,
était mort en 874,
abbé d'Epternach. Louis le Bègue, né en 846,
subsistait seul. Roi d'Aquitaine depuis 867,
il succéda à son père dans le royaume de France ,
mais non pas à la couronne impériale qui resta vacante. Il
régna moins de deux ans et mourut le 10 avril 879,
laissant, d'un premier mariage, deux fils, Louis III et Carloman, qui régnèrent
après lui, quoique leur légitimité ait été
contestée. En vertu d'un partage qu'ils effectuèrent en mars
880,
le premier régna sur la France proprement dite et mourut prématurément,
le 5 août 882.
La Bourgogne, l'Aquitaine
et la Septimanie formèrent le lot de Carloman,
qui mourut d'un accident de chasse, deux ans après avoir recueilli
la succession de son frère (6 décembre 884).
La seconde épouse de Louis le Bègue
était, à sa mort, enceinte d'un fils qui fut nommé
Charles et était, par conséquent, âgé de cinq
ans à la mort de son frère, mais les circonstances critiques
que traversait alors la France ,
en proie aux ravages des Vikings ,
et les intrigues de Charles le Gros, firent
exclure ce jeune enfant de la couronne. Charles le Gros, que nous avons
vu recueillir, en 876,
parmi les États de son père la Souabe et l'Alsace (Alamanie),
avait déjà accru son lot, d'abord en Lotharingie (877),
puis en Italie ,
où, en 879,
il s'était fait couronner roi d'Italie à Ravenne par le pape
jean VIII; il sollicita dès lors la couronne impériale et
l'obtint le 25 décembre 880.
La mort de ses frères lui avait fait réunir tous les États
de son père, Louis le Germanique.
En 884, la défaillance, dans la ligne française des Carolingiens,
d'héritier en état de porter les armes, le fit appeler par
les seigneurs français au trône de Charles
le Chauve. Il fut reconnu comme roi de France à l'assemblée
de Ponthion en juin 885,
réunissant ainsi entre ses mains l'empire presque entier de Charlemagne.
Il ne devait pas tarder à le perdre. Dépourvu de courage,
déloyal et cruel, il ne songeait qu'à assurer la transmission
de ses États à son fils naturel nommé Bernard. Déposé
à la diète de Tribur (novembre 887),
il se retira à Neidingen sur le Danube, où il mourut le 13
janvier 888.
Les
derniers carolingiens
Cinq royaumes surgirent
du nouveau démembrement de l'empire, conséquence de la diète
de Tribur; un seul échut à un prince de la maison carolingienne.
La couronne impériale, trois ans vacante, fut donnée pour
la première lois, le 21 février 894,
à un étranger à la famille de Charlemagne,
Guy de Spolète, qui disputait le royaume d'Italie
au duc de Frioul -
Bérenger.
En France ,
les seigneurs appelèrent à les gouverner celui d'entre eux
qui avait si vaillamment détendu Paris contre les Vikings
en 886,
le comte de Paris, Eudes. La Bourgogne reconnut
pour roi Rodolphe, fils du duc de la Bourgogne transjurane; en Provence
enfin, Louis l'Aveugle, fils de Boson, fut
proclamé roi en janvier 890.
Les Germains seuls restèrent fidèles à la famille
de Charlemagne; ils offrirent la couronne
à un bâtard du roi de Bavière, Carloman,
au duc de Carinthie, Arnoul. Celui-ci, appelé en Italie par le pape
Formose, pour le défendre contre Lambert de Spolète, occupa
Rome et se fit couronner empereur (25 août 896).
Il mourut le 8 décembre 899,
laissant un fils légitime, Louis IV l'Enfant,
qui lui succéda comme roi de Germanie, et deux fils naturels, Zwentibold
et Rathold. Il avait, de son vivant (895),
reconstitué le royaume de Lothaire en faveur de Zwentibold. Celui-ci,
après la mort de son père, repoussé par ses sujets,
entra en lutte avec son frère Louis IV et périt dans une
bataille (13 août 900).
Louis IV fut le dernier
roi carolingien de Germanie ;
lorsqu'il mourut sans postérité le 20 août 911,
les seigneurs de la France
orientale offrirent la couronne à Otton de Saxe, descendant de Charlemagne
par les femmes et, sur son refus, à Conrad de Franconie ,
duc de Worms, petit-fils, par sa mère Glismonde, de l'empereur Arnoul.
Les Lorrains, au contraire, se donnèrent au seul prince carolingien
qui régnait alors, au roi de France, Charles
le Simple. Ce fils posthume de Louis le Bègue,
écarté successivement du trône au profit de Charles
le Gros et du comte Eudes, avait été reconnu roi par
quelques seigneurs en 893
et avait vaillamment lutté depuis lors contre l'usurpateur. Il l'avait
forcé, en 896,
à un partage du royaume et, à sa mort survenue le 1er
janvier 898,
il avait été reconnu seul roi de tout le royaume. Il accrut
encore ses États par l'acquisition de la Lorraine à la mort
de Louis l'Enfant en 912;
mais de cette époque commencèrent pour lui les difficultés.
Il perdit, en 922,
la couronne de France que les seigneurs donnèrent au frère
du roi Eudes, Robert, et, après la mort de celui-ci, tué
à la bataille de Soissons, le 15 juin 923,
au duc de Bourgogne, Raoul (13 juillet 923).
Retiré en Lotharingie, Charles le Simple, qui continuait à
lutter pour conserver son royaume de Lorraine, fut attiré dans un
guet-apens, fait prisonnier par Herbert de Vermandois et enfermé
à Péronne ,
où il mourut le 7 octobre 929.
La Lorraine fut alors réunie à l'Allemagne
sous le sceptre des souverains de la maison de Saxe.
Charles
le Simple laissait un fils âgé de neuf ans que sa mère,
une princesse anglaise, avait emmené en Angleterre après
que son mari eut été détrôné. La famille
carolingienne, qui n'est plus représentée que par ce jeune
enfant, disparaît alors complètement de la scène politique.
Les compétitions et les conflits qui suivirent en France
la mort du roi Raoul (15 janvier
936)
l'y ramenèrent pour quelque temps. Le plus puissant des seigneurs
du royaume, Hugues le Grand,
fit revenir Louis IV d'Outremer qui fut couronné
à Laon le 19 juin 936,
à l'âge de seize ans, et régna jusqu'à sa mort
(10 septembre 954)
sans cesse en lutte contre ses vassaux. Deux fils étaient nés
de son mariage avec Gerberge : l'aîné, Lothaire, hérita
du trône de France, et fut couronné à Reims, le 18
novembre 954;
au second, Charles, avait été assigné, suivant plusieurs
auteurs, le royaume de Bourgogne, mais il n'aurait pas tardé à
en être dépossédé par son père. Pour
prévenir plus tard toute revendication de sa part, Lothaire fit
couronner roi dès 978
son fils Louis. Il avait perdu deux autres fils et laissa un bâtard,
Arnoul, qui devint archevêque de Reims. Louis
V, associé au trône depuis 978,
succéda à son père le 2 mars 986
et mourut sans postérité le 21 mai de l'année suivante.
Le royaume de France
aurait dû revenir au dernier survivant de la famille carolingienne,
à ce fils de Louis IV, Charles, qui avait
reçu en 976
de l'empereur Otton II le duché de Basse-Lorraine; mais avant qu'il
eût pu faire aucune démarche, Hugues Capet
s'était fait proclamer roi par les grands réunis à
Senlis
dès le 1er juin 987, puis couronner
à Noyon
par l'archevêque de Reims .
Charles réunit des troupes et marcha contre lui; il avait réussi
à s'emparer de Laon, de Reims et de Soissons, lorsqu'une trahison
de l'évêque de Laon le livra à Hugues Capet (2 avril
991)
qui l'enferma d'abord à Senlis, puis dans la forteresse de Laon,
où la plupart des chroniqueurs ont cru qu'il était mort.
Cependant l'épitaphe de son tombeau trouvé en 1666
à Maestricht prouve qu'il avait été rendu à
la liberté et qu'il vécut jusqu'à l'an 1001.
Ce fut le dernier représentant de la famille carolingienne qui ait
élevé des prétentions à l'un des trônes
de ses ancêtres; en France, le trône appartiendra désormais
aux Capétiens. Il n'était
pourtant pas mort sans postérité : son fils aîné
Otton lui succéda dans le duché de Basse-Lorraine et mourut
sans enfants en 1005;
deux autres fils de Charles, Charles et Louis, nés pendant sa captivité
à Orléans ,
lui survécurent, mais on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. Quelques
historiens les font recueillir par Guillaume III, comte de Poitiers, qui
les aurait même fait proclamer rois en Aquitaine ;
d'autres disent que, chassés de France, ils se réfugièrent
auprès de l'empereur et que leur descendance se serait continuée
en Thuringe
jusqu'en 1248.
Les généalogistes du XVIe
et du XVIIe
siècle n'ont pas manqué
de s'emparer de la personne de ces princes pour illustrer l'origine de
leurs clients. |