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Le Moyen Âge
Les Carolingiens
Les historiens appellent Carolingiens, du nom du plus illustre de ses membres, Charlemagne (ou, selon d'autres auteurs, d'un de ses ancêtres, Charles Martel), la famille qui a donné à la France la seconde dynastie de ses souverains, depuis Pépin le Bref (752) jusqu'à Louis V (987), et de nombreux monarques aux divers royaumes démembrés de l'empire de Charlemagne.

La famille des Carolingiens, qu'on voit apparaître avec saint Arnoul et Pépin de Landen dès le début du VIIe siècle a occupé la scène politique pendant près de quatre siècles; la bravoure et l'habileté politique de ses représentants, leur alliance avec le clergé, la victoire de l'Austrasie sur la Neustrie, et l'épuisement de la dynastie mérovingienne lui avaient valu le royaume des Francs; elle a donné au monde médiéval, dans la personne de Charlemagne, un gouvernant de premier plan, qui réussit à étendre sa domination sur la plus grande partie de l'occident de l'Europe, et à reconstituer l'empire romain dont les débris ont formé la France, l'Allemagne et l'Italie, sur lesquels ont régné ses descendants, sans parler des royaumes secondaires d'Aquitaine, de Provence, de Bourgogne, de Lorraine, qui s'agrégèrent peu à peu aux autres grandes entité politiques, et qui, tantôt séparés et tantôt réunis, ont fini au Xe siècle par constituer les États modernes.

Les invasions des Vikings, la formation et le développement de la féodalité, détruisirent rapidement l'oeuvre du grand empereur et amenèrent ce que l'on a nommé la décadence carolingienne. Il est bon toutefois de faire observer que cette décadence ne fut pas produite comme sous les Mérovingiens, par le défaut d'énergie des représentants de la dynastie. Plusieurs des derniers princes carolingiens ne manquèrent ni d'activité, ni de courage, ni d'habileté politique; mais, comme il arrive souvent aux princes, ils n'eurent ni les uns ni les autres la conscience des révolutions profondes qui s'accomplissaient de leur temps; l'unité de l'empire, la réunion sous un même sceptre des États de Charlemagne, la possession de la couronne impériale furent les chimères que chacun d'eux poursuivit dans des luttes stériles et auxquelles ils sacrifièrent leur autorité dans les royaumes sur lesquels leur naissance les avait appelés à régner. 

Affaiblis par les invasions normandes, ruinés par les largesses féodales, ils durent céder la place à ceux qui avaient hérité de la richesse et de la puissance et qui avaient acquis dans la guerre nationale contre les Vikings le prestige de gloire auquel les Carolingiens avaient dû eux-mêmes au VIIIe siècle leur élévation. En France, la mort de Louis V, le Fainéant (987), amena sur le trône Hugues Capet, initiateur de la dynastie capétienne, et qui fut reconnu roi à l'exclusion de Charles de Lorraine, deuxième fils de Louis d'Outremer. En Allemagne, les Carolingiens éteignirent en la personne de Louis IV, l'Enfant (911), et furent remplacés par les maisons de Saxe et de Franconie. En Italie, après la mort d'Adalbert, dernier roi carolingien (961), Othon le Grand réunit ce royaume à l'empire.

La généalogie carolingienne

La généalogie des Carolingiens, comme celle de toutes les familles royales, est fort obscure. Il est difficile de remonter au delà de saint Arnoul, évêque de Metz en 614, et de Pépin de Landen, maire du palais d'Austrasie sous Clotaire II, Dagobert ler, et Sigebert Il, non par défaut de renseignements, mais parce qu'il semble impossible de déterminer la part de vérité qui se trouve dans les généalogies composées au IXe siècle, après le rétablissement de l'Empire, et dont le but visible est de rattacher la nouvelle dynastie, d'une part à celle des Mérovingiens et d'autre part aux dignitaires de l'administration romaine en Gaule. C'est ainsi qu'elles font descendre saint Arnoul d'un certain Tonantius Ferreolus, de famille sénatoriale, qui vivait au Ve siècle et était gendre du préfet des Gaules, Afranius Syagrius. Le petit-fils de ce personnage, Ansbert, aïeul de saint Arnoul, aurait épousé Blithilde, fille de Clotaire Il et soeur du roi Dagobert.

Pour nous en tenir aux données historiques, nous nous contenterons de constater que la famille des Carolingiens était originaire d'Austrasie, qu'elle paraît avoir été riche d'immenses domaines, et qu'elle avait un caractère ecclésiastique très accusé. Saint Arnoul, né, d'après une tradition du IXe siècle, au Castrum de Layo, localité qu'on identifie avec Lay-Saint-Christophe (Meurthe-et-Moselle), appartenait à l'aristocratie austrasienne qui gouvernait le pays. Après le triomphe du parti austrasien sous le règne de Clotaire Il, il devint évêque de Metz (614) et administra le royaume avec le maire du palais Pépin de Landen. Arnoul et Pépin avaient été l'âme de la conjuration qui avait fait périr Brunehaut et sa descendance, placé sur la tête du roi de Neustrie, Clotaire Il, les couronnes des trois royaumes francs, mis la Bourgogne sous l'administration du maire austrasien Warnachaire, et élevé Pépin à la dignité de maire du palais d'Austrasie. Des deux fils de saint Arnoul, l'un, saint Cloud, fut duc de l'Austrasie mosellane et plus tard pourvu, comme l'avait été son père, de l'évêché de Metz (656); l'autre, Anchis ou Ansegise; épousa l'une des filles de Pépin de Landen, Begge, et de cette alliance naquit Pépin d'Héristal.

A la mort de Pépin de Landen, survenue en 639, son fils Grimoald lui avait succédé dans les fonctions de maire du palais du roi Sigebert II; il gouverna l'Austrasie sous le nom de ce prince qui mourut en 656. La puissance du maire du palais paraissait alors si bien établie qu'il crut pouvoir écarter le fils du roi mort, un enfant de quatre ans, et placer sur le trône son propre fils Childebert. La tentative était prématurée, les grands se soulevèrent, demandèrent l'appui du roi de Neustrie, lui offrirent le trône d'Austrasie pour son fils et chassèrent les usurpateurs qui ne tardèrent pas à périr en prison.

Dès lors, le fils d'Ansegise et de Begge, Pépin d'Héristal, était le seul descendant mâle de Pépin de Landen; il recueillit l'immense fortune territoriale laissée par Grimoald et son fils, et la réunit à celle qu'il tenait de son aïeul saint Arnoul. Un autre petit-fils de saint Arnoul, Martin, fils de l'évêque de Metz, saint Cloud, s'allia à lui pour venger Grimoald. L'occasion s'offrit, s'ils ne la firent pas naître, en 679. Le fils de Sigebert II, Dagobert Il, écarté du trône par Grimoald, rappelé en 674 par les grands d'Austrasie, périt assassiné le 23 décembre 679. Pépin et Martin sont accusés par plusieurs chroniqueurs d'avoir trempé dans le meurtre. Dans tous les cas, ils en profitèrent, car à partir de ce moment ils devinrent les véritables maîtres dans le duché d'Austrasie. Ils eurent aussitôt à soutenir une lutte contre la Neustrie et son maire Ehroin. 

Le duc Martin, qui s'était enfermé dans la ville de Laon, périt assassiné (680); Pépin continua seul à lutter contre les maires de Neustrie et remporta en 687 la victoire décisive de Testry. Le roi de Neustrie, Thierry III, fut à la merci du maire austrasien qui, loin de le détrôner, le fit reconnaître en Austrasie, et sous son nom gouverna toute la monarchie franque en prenant le titre de dux et princeps Francorum. Ce n'est pas ici qu'il convient de dire comment il réussit à pacifier le royaume, à l'agrandir par ses expéditions et à acquérir le prestige d'un grand chef militaire. A sa mort cependant (714), son oeuvre était encore bien précaire. La lutte entre la Neustrie et I'Austrasie était à peine assoupie, les conquêtes au delà du Rhin étaient perdues, et, dans la Gaule même, l'Aquitaine, la Vasconie, la Provence et la Bourgogne ne reconnaissaient plus guère le pouvoir des Francs. La discorde allait s'étendre à la famille même du vainqueur. Deux de ses fils, Drogon et Grimoald, qui avaient été maires des palais de Bourgogne et de Neustrie, l'avaient précédé dans la tombe. Sa veuve, Plectrude d'Aquitaine, entreprit de donner pour successeur à Pépin son petit-fils, encore enfant, Théodoald, fils de Grimoald. Elle échoua dans sa tentative de l'imposer aux Neustriens et ceux-ci la poursuivirent jusqu'en Austrasie. Ce fut alors qu'un troisième fils de Pépin fit son apparition; quoique l'aîné, il avait été tenu à l'écart, sinon emprisonné, comme fils d'une concubine. 

Charles Martel, salué par les Austrasiens comme le vrai successeur de Pépin, bat les Neustriens près de Malmédy (716), puis à Vincy (717), donne à l'Austrasie un roi mérovingien en la personne de Clotaire IV, et enfin assure son autorité par une nouvelle victoire contre les Neustriens et les Aquitains réunis à Soissons. Ce n'est pas ici le lieu de raconter sa vie ni d'expliquer comment il agrandit le royaume, assura son autorité et contrecarra une invasion des Sarrasins. Fort de son prestige militaire, après la mort du roi Thierry IV en 737, il négligea de le remplacer par un Mérovingien et sans prendre cependant le titre de roi, il gouverna seul l'empire des Francs. En mourant, il avait partagé le royaume entre ses deux fils Carloman et Pépin; un troisième, Grifon, fils d'une captive allemande, n'avait reçu que quelques possessions éparses dans les royaumes de ses frères. Mécontent de son lot, il se souleva à quatre reprises et, toujours vaincu, périt dans une dernière tentative en 751. Maîtres de la Gaule, les deux frères jugèrent cependant opportun de faire ou de laisser encore couronner un roi. En 742, un Mérovingien obscur et douteux fut tiré d'un couvent et placé sur le trône, sous le nom de Childéric III. Les deux frères combattirent ensemble ou séparément avec succès les Aquitains, les Saxons, les Souabes, les Bavarois. En 747, Carloman, d'accord avec son fils Drogon, prit la résolution de se retirer du monde, et partit effectivement pour l'Italie où il devint abbé du Mont-Cassin. Pépin, seul maître du royaume, en acheva la conquête et la pacification et, en 750, il se sentit assez fort pour prendre la couronne sans même attendre la fin du Mérovingien qui la portait. Le pape Zacharie, consulté par ses ambassadeurs, répondit qu'il valait mieux que ce fut celui qui exerçait le souverain pouvoir qui prit le titre de roi; le 1er mars 752, le roi Pépin reçut l'onction des évêques rassemblés à Soissons.

Charlemagne et son héritage

Bien des causes avaient amené la révolution qui fut alors consommée. Depuis longtemps, par suite de l'épuisement de l'ancienne dynastie mérovingienne, le pouvoir effectif avait passé aux maires du palais : cette charge avait été exercée en Austrasie par les chefs d'une famille aristocratique du pays aussi influente que puissante, forte de l'appui du clergé, et dont les membres avaient su acquérir le double prestige de guerriers et de politiques. Dès le milieu du VIIe siècle, l'un d'eux s'était cru assez tort pour placer la couronne sur la tête de son fils; mais cette tentative faite avant que la Neustrie fût vaincue avait avorté. Depuis lors, l'Austrasie avait triomphé de la Neustrie, les chefs de la maison des Pépins avaient réuni sous un même sceptre les royaumes francs, l'un d'eux avait sauvé la chrétienté de l'invasion des païens. La Gaule ne connaissait plus d'autres chefs; ils avaient depuis longtemps gouverné, rendu la justice, administré en leur propre nom; eux seuls pouvaient donner à l'Église romaine l'appui dont elle avait besoin; aussi le pape s'était-il empressé de sanctionner une usurpation depuis longtemps accomplie en fait. Pépin, avant de mourir, le 24 septembre 768, avait, suivant la tradition mérovingienne, partagé le royaume entre ses deux fils, Carloman et Charlemagne; mais la mort de Carloman, après trois ans de règne, rendit l'unité à la monarchie franque que son frère devait transformer en reconstituant, avec l'appui de la papauté, l'ancien empire d'Occident. Avec Charlemagne, l'Europe retrouva un moment l'unité que l'empire romain lui avait donnée; mais c'était là une oeuvre factice. Déjà, de son vivant, il avait prévu lui-même le démembrement de son empire et, pour prévenir les dissensions que la division de ses États pourrait faire naître après sa mort, il en avait réglé lui-même le partage (806). Un seul des fils légitimes de l'empereur, Louis, qui gouvernait l'Aquitaine depuis 781, lui survécut. L'aîné, Charles, était mort en 811; le second, Pépin, en 810. Le fils naturel de ce dernier, Bernard, fut pourvu des États de son père par Charlemagne en 812; révolté contre Louis le Pieux en 817, après l'assemblée d'Aix, il fut vaincu, condamné à perdre la vue et mourut des suites du supplice le 17 avril 818, laissant un fils, Pépin, qui, en dédommagement du royaume d'Italie confisqué, reçut de l'empereur des possessions dans le nord de la Gaule et fut la tige des comtes de Vermandois et de Valois.

Carte de l'Empire carolingien.
Le partage de l'Empire carolingien. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

Louis le Pieux recueillit donc avec le titre d'empereur la totalité de l'héritage paternel (814), mais, dès 817, à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, il partagea à son tour ses États entre les trois fils, Lothaire, Pépin et Louis, que lui avait donnés la reine Ermengarde. Il avait cru assurer l'unité de l'empire en stipulant que les deux puînés, Pépin et Louis, demeureraient soumis à l'aîné, Lothaire ler, qu'il associait à l'empire. C'était là une vaine illusion. La naissance d'un quatrième fils, qui fut Charles le Chauve, né de la deuxième femme de Louis le Pieux, Judith, en 823, donna lieu, dès 829, à un remaniement du partage au détriment de ses frères et particulièrement de Lothaire. Ceux-ci se révoltèrent et deux fois l'empereur Louis fut déposé (830 et 833), puis rétabli en 834 avec l'appui de Pépin et de Louis le Germanique. Un nouveau partage en 835 attribua l'Aquitaine à Pépin, la Bavière à Louis et l'Allemagne à Charles. Quant à Lothaire naguère associé à l'empire, il était disgracié, exilé, mais on lui laissait l'Italie. Des remaniements subséquents (837 et 838) agrandirent le royaume de Charles; puis Pépin d'Aquitaine étant mort le 13 décembre 838, ses deux fils, Pépin et Charles, furent privés par l'empereur de l'héritage paternel; Pépin, l'un d'eux, réussit toutefois à s'y établir à la mort de l'empereur (840). Le deuxième, Charles, enfermé à Corbie après 818, devint plus tard archevêque de Mayence et mourut en 863. En même temps, Louis le Germanique, mécontent, se soulevait et était bientôt soumis; mais cette révolte eut pour résultat de faire rappeler Lothaire. L'héritage de Charlemagne fut alors partagé entre Lothaire et Charles (Diète de Worms, mai 839).

L'empire démembré

Louis le Pieux ne survécut que quelques mois et sa mort (20 juin 840) remit tout en question. Lothaire, conformément au règlement de 817, entendait bien n'être pas empereur seulement de nom et voulait réduire ses frères au rang de vassaux. Allié à Pépin II d'Aquitaine, il imposa d'abord un traité onéreux à Charles le Chauve, mais l'union de celui-ci avec son frère, Louis le Germanique, contre Lothaire et Pépin ne tarda pas à changer la face des choses. Lothaire fut vaincu le 25 juin 841 dans la grande bataille de Fontenoy et dut consentir au partage de l'empire qui fut sanctionné à Verdun au mois d'août 843.

Le traité de Verdun consacra le démembrement de l'empire, en reconnaissant l'indépendance absolue des souverains qui le connurent. Lothaire eut le titre d'empereur qui demeura attaché à la possession de Rome et de l'Italie, et son royaume fut formé d'une longue bande de territoire allant de la Meuse au Rhin, de la Saône et du Rhône aux Alpes. Louis eut la Germanie et Charles le Chauve la France; l'Aquitaine, toutefois, en vertu d'un traité signé avec Charles en 845, demeura à Pépin II qui revendiquait ce pays sur lequel son père avait régné vingt ans. Des révoltes successives des Aquitains en 848, 852, 855, firent passer alternativement le royaume d'Aquitaine à Pépin et à Charles le Chauve ou à l'un de ses fils Charles; enfin Pépin ayant été fait prisonnier en 865, et le jeune Charles étant mort en 866, l'Aquitaine échut à un autre fils de Charles le Chauve, Louis le Bègue, qui fut le dernier roi carolingien de ce royaume.

L'empereur Lothaire ler mourut le 28 septembre 855, laissant trois fils entre lesquels, peu de jours avant sa mort (22 septembre 855), il avait partagé ses États. L'aîné, Louis II, avait été associé à l'empire dès 850 ; il hérita de la couronne impériale et du royaume d'Italie. Le second, Lothaire ll, avait reçu le royaume qui, de son nom, fut appelé Lotharingie puis Lothier, ou Lorraine, et le gouverna quatorze ans. En mourant (8 août 869), il laissa un fils, Hugues, auquel il avait concédé, en 867, le duché d'Alsace. Mais ce fils, considéré comme illégitime, ne lui succéda pas; il se vit même dépouillé des possessions que son père lui avait assurées et, à la suite de plusieurs tentatives pour les reprendre, fut fait prisonnier, eut les yeux crevés et fut relégué dans les monastères de Saint-Gall, puis de Prüm. Le royaume de Lothaire, d'abord envahi par Charles le Chauve, fut ensuite partagé entre lui et l'empereur Louis II. Le troisième fils de Lothaire Ier, Charles, avait reçu de son père le royaume de Provence; il mourut le premier des trois frères, en 863, et les deux survivants, Louis et Lothaire, se partagèrent ses États. 

L'empereur Louis Il avait donc réuni la plus grande partie des États possédés par son père Lothaire Ier, à l'exception d'une partie de la Lotharingie qu'il avait dû céder à Charles le Chauve, lorsqu'il mourut le 2 août 875, ne laissant qu'une fille. La couronne impériale et le royaume d'Italie furent aussitôt revendiqués avec succès par Charles le Chauve, qui fut couronné empereur à Rome le 25 décembre 875 par le pape Jean VIII. Hanté de la chimère de réunir sur sa tête les couronnes de tous les royaumes démembrés de l'empire de Charlemagne, Charles le Chauve avait recueilli, par la mort de ses neveux, - au prix, il est vrai, de l'affaiblissement et même de la ruine d'une partie du royaume de France qui lui avait été assigné, - l'héritage entier de deux de ses frères, Lothaire ler et Pépin. Il ne restait avec lui que le troisième des fils de Louis le Pieux, Louis le Germanique, qui mourut le 28 août 876, mais en laissant trois fils entre lesquels il avait, de son vivant déjà, partagé ses États. L'aîné, Carloman, régna sur la Bavière, la Pannonie, la Carinthie, la Bohème et la Moravie; il mourut le 22 mars 880 laissant de sa concubine, Liutswinde, un fils nommé Arnoul, auquel il laissa la Carinthie et qui parvint plus tard à l'empire. Le second, Louis III, eut la Saxe, la Thuringe, la Frise et une partie de la Lorraine; la mort de son frère aîné lui laissa la Bavière; il mourut le 20 janvier 882. Ses deux fils l'avaient précédé dans la tombe. Le troisième des fils de Louis le Germanique, Charles le Gros, eut la plus haute fortune, mais il en était le moins digne; pour sa part des États de son père, il avait eu la Souabe, l'Alsace et quelques villes de la Lorraine; il songea, à son tour, à réunir sous son sceptre les membres épars du grand empire.

Charles le Chauve était mort (6 octobre 877) sans avoir réalisé son rêve, au retour d'une expédition infructueuse en Lombardie contre son neveu Carloman. Il avait eu huit fils; quatre étaient morts en bas âge. Charles, auquel il avait donné l'Aquitaine enlevée à son neveu Pépin II, était mort le 29 septembre 865; Lothaire, abbé de Moutier-Saint-Jean, était mort en 866; Carloman, d'abord abbé de Saint-Médard, prêtre malgré lui, accusé en 870 d'avoir conspiré contre son père, avait été condamné à mort, relégué à Corbie les yeux crevés, et enfin, recueilli par son oncle Louis le Germanique, était mort en 874, abbé d'Epternach. Louis le Bègue, né en 846, subsistait seul. Roi d'Aquitaine depuis 867, il succéda à son père dans le royaume de France, mais non pas à la couronne impériale qui resta vacante. Il régna moins de deux ans et mourut le 10 avril 879, laissant, d'un premier mariage, deux fils, Louis III et Carloman, qui régnèrent après lui, quoique leur légitimité ait été contestée. En vertu d'un partage qu'ils effectuèrent en mars 880, le premier régna sur la France proprement dite et mourut prématurément, le 5 août 882.

La Bourgogne, l'Aquitaine et la Septimanie formèrent le lot de Carloman, qui mourut d'un accident de chasse, deux ans après avoir recueilli la succession de son frère (6 décembre 884). La seconde épouse de Louis le Bègue était, à sa mort, enceinte d'un fils qui fut nommé Charles et était, par conséquent, âgé de cinq ans à la mort de son frère, mais les circonstances critiques que traversait alors la France, en proie aux ravages des Vikings, et les intrigues de Charles le Gros, firent exclure ce jeune enfant de la couronne. Charles le Gros, que nous avons vu recueillir, en 876, parmi les États de son père la Souabe et l'Alsace (Alamanie), avait déjà accru son lot, d'abord en Lotharingie (877), puis en Italie, où, en 879, il s'était fait couronner roi d'Italie à Ravenne par le pape jean VIII; il sollicita dès lors la couronne impériale et l'obtint le 25 décembre 880. La mort de ses frères lui avait fait réunir tous les États de son père, Louis le Germanique. En 884, la défaillance, dans la ligne française des Carolingiens, d'héritier en état de porter les armes, le fit appeler par les seigneurs français au trône de Charles le Chauve. Il fut reconnu comme roi de France à l'assemblée de Ponthion en juin 885, réunissant ainsi entre ses mains l'empire presque entier de Charlemagne. Il ne devait pas tarder à le perdre. Dépourvu de courage, déloyal et cruel, il ne songeait qu'à assurer la transmission de ses États à son fils naturel nommé Bernard. Déposé à la diète de Tribur (novembre 887), il se retira à Neidingen sur le Danube, où il mourut le 13 janvier 888.

Les derniers carolingiens

Cinq royaumes surgirent du nouveau démembrement de l'empire, conséquence de la diète de Tribur; un seul échut à un prince de la maison carolingienne. La couronne impériale, trois ans vacante, fut donnée pour la première lois, le 21 février 894, à un étranger à la famille de Charlemagne, Guy de Spolète, qui disputait le royaume d'Italie au duc de Frioul- Bérenger. En France, les seigneurs appelèrent à les gouverner celui d'entre eux qui avait si vaillamment détendu Paris contre les Vikings en 886, le comte de Paris, Eudes. La Bourgogne reconnut pour roi Rodolphe, fils du duc de la Bourgogne transjurane; en Provence enfin, Louis l'Aveugle, fils de Boson, fut proclamé roi en janvier 890. Les Germains seuls restèrent fidèles à la famille de Charlemagne; ils offrirent la couronne à un bâtard du roi de Bavière, Carloman, au duc de Carinthie, Arnoul. Celui-ci, appelé en Italie par le pape Formose, pour le défendre contre Lambert de Spolète, occupa Rome et se fit couronner empereur (25 août 896). Il mourut le 8 décembre 899, laissant un fils légitime, Louis IV l'Enfant, qui lui succéda comme roi de Germanie, et deux fils naturels, Zwentibold et Rathold. Il avait, de son vivant (895), reconstitué le royaume de Lothaire en faveur de Zwentibold. Celui-ci, après la mort de son père, repoussé par ses sujets, entra en lutte avec son frère Louis IV et périt dans une bataille (13 août 900). 

Louis IV fut le dernier roi carolingien de Germanie; lorsqu'il mourut sans postérité le 20 août 911, les seigneurs de la France orientale offrirent la couronne à Otton de Saxe, descendant de Charlemagne par les femmes et, sur son refus, à Conrad de Franconie, duc de Worms, petit-fils, par sa mère Glismonde, de l'empereur Arnoul. Les Lorrains, au contraire, se donnèrent au seul prince carolingien qui régnait alors, au roi de France, Charles le Simple. Ce fils posthume de Louis le Bègue, écarté successivement du trône au profit de Charles le Gros et du comte Eudes, avait été reconnu roi par quelques seigneurs en 893 et avait vaillamment lutté depuis lors contre l'usurpateur. Il l'avait forcé, en 896, à un partage du royaume et, à sa mort survenue le 1er janvier 898, il avait été reconnu seul roi de tout le royaume. Il accrut encore ses États par l'acquisition de la Lorraine à la mort de Louis l'Enfant en 912; mais de cette époque commencèrent pour lui les difficultés. Il perdit, en 922, la couronne de France que les seigneurs donnèrent au frère du roi Eudes, Robert, et, après la mort de celui-ci, tué à la bataille de Soissons, le 15 juin 923, au duc de Bourgogne, Raoul (13 juillet 923). Retiré en Lotharingie, Charles le Simple, qui continuait à lutter pour conserver son royaume de Lorraine, fut attiré dans un guet-apens, fait prisonnier par Herbert de Vermandois et enfermé à Péronne, où il mourut le 7 octobre 929. La Lorraine fut alors réunie à l'Allemagne sous le sceptre des souverains de la maison de Saxe.

Charles le Simple laissait un fils âgé de neuf ans que sa mère, une princesse anglaise, avait emmené en Angleterre après que son mari eut été détrôné. La famille carolingienne, qui n'est plus représentée que par ce jeune enfant, disparaît alors complètement de la scène politique. Les compétitions et les conflits qui suivirent en France la mort du roi Raoul (15 janvier 936) l'y ramenèrent pour quelque temps. Le plus puissant des seigneurs du royaume, Hugues le Grand, fit revenir Louis IV d'Outremer qui fut couronné à Laon le 19 juin 936, à l'âge de seize ans, et régna jusqu'à sa mort (10 septembre 954) sans cesse en lutte contre ses vassaux. Deux fils étaient nés de son mariage avec Gerberge : l'aîné, Lothaire, hérita du trône de France, et fut couronné à Reims, le 18 novembre 954; au second, Charles, avait été assigné, suivant plusieurs auteurs, le royaume de Bourgogne, mais il n'aurait pas tardé à en être dépossédé par son père. Pour prévenir plus tard toute revendication de sa part, Lothaire fit couronner roi dès 978 son fils Louis. Il avait perdu deux autres fils et laissa un bâtard, Arnoul, qui devint archevêque de Reims. Louis V, associé au trône depuis 978, succéda à son père le 2 mars 986 et mourut sans postérité le 21 mai de l'année suivante. 

Le royaume de France aurait dû revenir au dernier survivant de la famille carolingienne, à ce fils de Louis IV, Charles, qui avait reçu en 976 de l'empereur Otton II le duché de Basse-Lorraine; mais avant qu'il eût pu faire aucune démarche, Hugues Capet s'était fait proclamer roi par les grands réunis à Senlis dès le 1er juin 987, puis couronner à Noyon par l'archevêque de Reims. Charles réunit des troupes et marcha contre lui; il avait réussi à s'emparer de Laon, de Reims et de Soissons, lorsqu'une trahison de l'évêque de Laon le livra à Hugues Capet (2 avril 991) qui l'enferma d'abord à Senlis, puis dans la forteresse de Laon, où la plupart des chroniqueurs ont cru qu'il était mort. Cependant l'épitaphe de son tombeau trouvé en 1666 à Maestricht prouve qu'il avait été rendu à la liberté et qu'il vécut jusqu'à l'an 1001. Ce fut le dernier représentant de la famille carolingienne qui ait élevé des prétentions à l'un des trônes de ses ancêtres; en France, le trône appartiendra désormais aux Capétiens. Il n'était pourtant pas mort sans postérité : son fils aîné Otton lui succéda dans le duché de Basse-Lorraine et mourut sans enfants en 1005; deux autres fils de Charles, Charles et Louis, nés pendant sa captivité à Orléans, lui survécurent, mais on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. Quelques historiens les font recueillir par Guillaume III, comte de Poitiers, qui les aurait même fait proclamer rois en Aquitaine; d'autres disent que, chassés de France, ils se réfugièrent auprès de l'empereur et que leur descendance se serait continuée en Thuringe jusqu'en 1248. Les généalogistes du XVIe et du XVIIe siècle n'ont pas manqué de s'emparer de la personne de ces princes pour illustrer l'origine de leurs clients.


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