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Inventaires > Dictionnaire des Idées et Méthodes

I

En logique classique, la lettre i sert à désigner les propositions particulières affirmatives; exemple : quelques hommes sont sages.

En mathématiques, i est le nombre tel que i² = -1; aucun nombre réel ne répond à cette définition. C'est un nombre dit imaginaire.

Iatrochimie, iatromathématique, iatromécanique (histoire de la biologie), du grec iatros = médecine. - Chacun de ces trois mots sert à désigner une école, qui expliquaient les phénomènes de la vie d'après les lois de la chimie, de la statique ou de l'hydraulique. Des auteurs d'une grande valeur ont imaginé on propagé ces différentes doctrines; ainsi Borelli, Bellini, Boerhaave, Pitiarn, Hamberger, puis J. Müller, Lehmann en Allemagne. Cependant ces idées ont été généralement combattues par les physiologistes à la tête desquels on peut citer Chaussier, Bichat, etc (Principe Vital).

Les êtres vivants, a dit Milne-Edwards, ne sont pas soustraits à l'action des forces générales de la nature, mais ils sont soumis en même temps à l'influence de la vie, qui est aussi une force et qui leur appartient en propre [...]. Il ne faut pas croire que dans la machine vivante tout puisse s'expliquer par le jeu de ces forces, et je dois attacher non moins d'importance à bien mettre en lumière ce qui dépend de l'influence de la puissance vitale, force sans laquelle aucun être organisé ne pourrait même commencer à exister. (Introduclion aux leçons sur la physiologie).
Ichtyologie (zoologie), du grec ichthys, ichthyos; poisson; et logos; discours. - Partie de la zoologie qui s'occupe de l'étude des Poissons.

Idéal (Idealis, de idea = forme, idée) : a) Pris adjectivement, ce mot implique l'idée de parfait. - b) Pris substantivement, c'est un type de beauté parfaite conçu par l'imagination créatrice. - Ainsi l'idée exprimée par ce mot est celle d'un modèle parfait, d'un type de beauté qui n'existe pas dans la réalité, et que l'artiste imite en cherchant à l'égaler sans jamais y parvenir. Cicéron nous montre Phidias copiant un modèle intérieur pour faire son Athéna ou son Zeus Olympien. 

C'est sur la théorie platonicienne des idées que repose la doctrine de l'idéal. Selon Platon, l'esprit s'élève graduellement et par abstraction jusqu'aux idées unes, modèles parfaits, types éternels comme Dieu en qui ils résident. La beauté réalisée par l'artiste n'est qu'une imparfaite image de cette beauté parfaite, exempte de tout alliage. A cette théorie, qui repose sur le dogme de la réminiscence, on en oppose une autre, consistant pour l'esprit à prendre dans les objets de même nature les parties qui paraissent les plus belles, afin d'en former un tout, qui devient ainsi le modèle idéal de l'artiste.

Dans les deux cas, ce modèle n'est toujours qu'une idée à laquelle l'art cherche à donner une réalité; mais le second procédé est empirique; le premier relève surtout de la raison, le second de l'imagination, et il peut conduire à confondre la action avec l'idéal. Toutefois celui-ci, quelle que soit l'origine qu'on lui attribue, est le rationalisme dans l'art; il est opposé à cette doctrine qui ne donne d'autre mission à l'artiste que de copier grossièrement la nature, et qui est aujourd'hui le réalisme. (R.).

Idéalisme (de Idéal) : 1°) Sens général : système de ceux qui ramènent toute réalité à l'idée et au sujet pensant. Leur formule est celle-ci : Esse es percipi. - 2°) Formes variées : Idéalisme dans l'origine des idées (Berkeley, Malebranche). - Idéalisme : a) immatérialiste (Berkeley); - b) critique (Kant).; - c) absolu (Fichte); - d) phénoméniste (Hume, Stuart Mill); - e) métaphysique (Lachelier, Bergson).

Idéalité (de Idéalis, idéal) : ce qui existe dans la pensée. - Kant affirme l'idéalité du temps et de l'espace, qui ne sont que des formes a priori de la sensibilité.

Idéat. - Ce mot n'est guère employé que par Spinoza : il signifie objet de l'idée, mais c'est surtout son objet interne ou l'idée elleméme, quand on fait abstraction de l'activité d'esprit qui la produit.

Idéation (de Idée) : activité par laquelle l'esprit produit les idées. les physiologistes ont appelé quelquefois ainsi l'activité du cerveau qui est censée produire la connaissance ou former les idées. C'est la cérébration consciente, par opposition à la cerébration inconsciente.

Idée (Idea = forme, idée, de idein = avoir vu) : c'est a) la forme intellectuelle qui exprime l'objet de la connaissance; -  b) le principe immédiat de la connaissance, par lequel on connaît. 

Théorie des Idées-images. - Les idées-images seraient des sortes d'images (superficies légères) qui se détacheraient, pour ainsi dire, des corps, selon Epicure, et agiraient sur les sens et l'esprit.
Théorie des idées représentatives : théorie de la connaissance d'après laquelle les idées sont les images des objets et servent d'intermédiaires entre eux et le sujet pensant. Cette théorie demande à être expliquée. Elle a été combattue par Reid, Royer-Collard, Cousin.


Identique (du latin scolastique Identicus = le même, de idem = le même, de is = il, ce) : ce qui reste essentiellement le même. - Locke a donné le nom de propositions identiques à celles dont l'attribut n'ajoute rien au sujet parce qu'il est contenu dans le sujet. Elles correspondent donc aux jugements analytiques de Kant. Quand on dit : tous les corps sont étendus, on fait une proposition purement identique ou explicative, parce que, selon Locke, l'idée de corps contient, implique l'idée d'étendue.

Identité (Identitas, de idem =  le même). -  Propriété de l'être qui demeure conforme à lui-même. Considérée dans des choses différentes, l'identité est comme l'unité dans leur fond et leur nature. - Distinctions : Identité générique, spécifique, numérique. La première appartient aux êtres du même genre; la seconde, aux êtres de même espèce ; la troisième est celle des individus avec eux-mêmes. 

Philosophie de l'identité, idéalisme panthéiste de Schelling, Hegel, etc. (Monisme, Dualisme). Ce système a pour base l'identité originelle de l'idéal et du réel, de la matière et de l'esprit. Elle est opposée à la philosophie de l'analogie.

• Contestation de l'identité du moi  chez Condillac, Hume, Th. Ribot, Taine. 

Idéologie (de Idea = forme, idée; logos = discours) : partie de la philosophie qui traite des  idées (au sens général de faits de conscience, comme on dit : association des idées), de leur origine et de leurs caractères. 

Ce mot a été mis en circulation par Destutt de Tracy. (Projet d'éléments d'idéologie, Paris, an IX) : il donné ce nom à l'analyse de l'esprit humain. Les idéologues ou idéologistes se rattachent à Locke, qui faisait dériver toutes nos idées de la sensation et de la réflexion, et à Condillac, et qui voulant borner la philosophie à l'analyse des sensations et à la question de l'origine des idées, proscrivaient la métaphysique. . Les idéologues sont psychologues, logiciens, grammairiens, mais ils proscrivent la métaphysique. Leur psychologue est Condillac, leur logicien Destutt de Tracy, leur physiologiste Cabanis. On ajoutera les noms de Volney et Daunou. Maine de Biran fut idéologue au début de sa carrière philosophique.

Idéologue s'est dit quelquefois dans un sens défavorable de doctrinaire rigide ou de rêveur philosophique et politique, qui néglige les faits pour se repaître d'idées creuses.

Idéologique (de Idéologie) : Karl Marx oppose idéologique à économique : pour rendre compte de la société il n'a recours qu'aux faits économiques, rejetant toute explication qui s'appuie sur les idées religieuses, philosophiques ou morales.

Idiosyncrasie (idios =, propre à; chrasis = mélange, tempérament). - Disposition en vertu de laquelle un individu est affecté d'une manière qui lui est propre ou personnelle par les causes qui agissent sur lui dans l'état de santé ou de maladie. C'est donc le tempérament individuel.

Idole (Idolum, eidôlon = image, fantôme). - Bacon appelle idoles les apparences que nous substituons aux réalités et qui sont les principes de toutes nos erreurs. Il en distingue quatre espèces :

Idoles de la tribu, ou erreurs qui dérivent de la constitution même de l'esprit humain;

Idoles de la caverne, ou erreurs qui ont leur origine dans nos préjugés et nos préventions; 

•  Idoles du forum, qui proviennent du langage;

•  Idoles du théâtre, qui résultent de l'esprit de système. 

Ces expressions métaphoriques doivent s'entendre ainsi : la caverne (allusion à la caverne de Platon) est une atmosphère de préjugés qui nous cachent la réalité; le forum est le lieu où les humains s'assemblent pour se communiquer leurs idées à l'aide du langage; et les philosophes à système sont assimiles à des auteurs dramatiques : le public applaudit ou siffle la pièce, rarement il la juge.

Ignorabimus : cette expression de E. Dubois-Reymond (Ueber die Grenzen des Naturerkenntiss, Leipzig, 1872), peut servir d'épigraphe à l'Agnosticisme, qui pense que le métaphysicien est condamné à ignorer perpétuellement la nature des choses.

Ignorance (Ignorantia, de ignoro = ignorer, de in-gnarus = qui ne sait pas; racine gna, d'où gnoscere, noscere  = connaître) : absence de connaissance. L'ignorance n'a donc rien de positif et se distingue ainsi de l'erreur qui est une fausse connaissance. On connaît le mot de Socrate : « Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien », mais c'est la une ignorance savante, c'est la science des limites de notre intelligence.

Les logiciens appellent ignorance du sujet un sophisme qui consiste à prouver autre chose que ce qui est en question et qu'on veut prouver.

Ignorance du sujet, Ignoratio elenchi : sophisme qui consiste à s'écarter du sujet , à prouver autre chose que ce qui est en question ou ce que personne ne conteste, à prêter à l'adversaire une opinion qui n'est pas la sienne. Ce sophisme est le vice habituel des discussions : pour l'éviter, il faut s'attacher au point précis de la question, bien définir le sujet, et fixer le sens des termes. Dans l'Horace (acte. IV, sc. 2 ) de Corneille, il y a ignorance du sujet, et, par suite, méprise, entre le vieil Horace, qui croit que son fils a fui par peur devant les Curiaces, et Valère, qui ne parle que d'une fuite simulée pour mieux assurer la victoire. L'argumentation de J.-J. Rousseau contre Molière, dans sa Lettre sur les spectacles, repose sur un sophisme du même genre.

Illumination (Illuminatio, de illuminare = in-luminare = éclairer, de lumen = lumière) : opération de l'intellect actif.

Illuminisme, Illuminés (Illuminatus, participe passé de illuminare = in-luminare = éclairer):  les illuminés sont des mystiques qui croient a une révélation intérieure ou à une illumination spéciale de leur intelligence par leur union avec Dieu ou avec des génies qui leur parlent et les instruisent. De ce nombre furent Swedenborg, Weishaupt, Saint-Martin. - L'Illuminisme est le système des illuminés.

Illusion (Illusio = moquerie, erreur, de illudere = in-ludere, se jouer contre, railler) : c'est une transposition de la réalité par l'imagination,, une perception altérée ou erronée.

image (de Imaginem = image) : sensation renouvelée et affaiblie. Strictement parlant, l'image est l'objet de la vue ou de l'imagination.

Imagination (Imaginatio, imagination, vision, de imago = image) : faculté de reproduire ou de combiner. -  L'imagination conserve et reproduit les représentations ou images des choses. Elle diffère ainsi de la mémoire qui conserve et reproduit les idées, mais elle n'en diffère que partiellement et on l'appelle quelquefois mémoire imaginative.

Il y a une autre forme de l'imagination qu'on appelle imagination créatrice ou poétique : celle-ci ne
se contente pas de reproduire les images, elle les combine ;elle produit des fictions ou crée les types
dans les oeuvres d'art. On ajoute qu'elle représente l'idéal par le réel, l'intelligible par le sensible, l'invisible par le visible.

L'imagination s'appelait encore fantaisie et était classée, chez les scolastiques, parmi les sens intérieurs.

Immanent : en termes scolastiques, ce qui reste en dedans (manere in) d'une chose ou d'une idée, et n'en sort jamais. Spinoza appelait Dieu la cause immanente du monde, pour faire comprendre que, par son essence, il ne diffère point du monde. Kant parle d'un emploi immanent de la raison; il entend par là un emploi de la raison qui ne dépasse pas les limites du monde visible, par opposition à un emploi transcendant de la raison, dépassant ces limites. Une méthode immanente est celle qu'on peut déterminer par l'objet même de la recherche. Un savoir immanent est un savoir qui est approfondi dans le sujet même. En théologie, un acte immanent est celui qui demeure dans la personne qui agit, sans avoir d'effet au dehors : Dieu a engendré le Fils et le St Esprit par des actions immanentes, tandis qu'il a créé le monde par une action transitoire.

Immanentisme; philosophies de l'Immanence . - Le mot immanent (de Immanent, de immanens = in-manere = demeurer dans) signifie proprement : qui demeure toujours présent, enveloppé dans autre chose. C'est aussi bien le sens que ce mot a retenu en philosophie. On a, en effet, appelé philosophies de l'immanence les philosophies qui soutiennent que le principe de l'univers est enfermé dans l'univers même, qu'il ne lui est ni extérieur ni supérieur. Ces philosophies s'opposent à la philosophie de la transcendance qui admet l'existence d'un Dieu, principe extérieur de l'univers. Ainsi le panthéisme qui absorbe Dieu dans le monde est une philosophie de immanence, de même le monisme qui prétend que le monde est le produit de l'évolution d'une force ou d'une matière primitives.

Immatérialisme (de Immaterialis, immatériel, de in, négatif; materialis, de materia = matière). - Ce mot pourrait être considéré comme synonyme d'idéalisme, si l'on entend, comme on le fait quelquefois, par idéalisme la doctrine philosophique qui nie la réalité objective du monde extérieur. Toutefois, immatérialisme est proprement la négation de la matière, et c'est souvent le nom que l'on donne au système de Berkeley. En effet, Berkeley prétend conserver au monde extérieur toute sa réalité : les objets que nous percevons par nos sens existent aussi réellement que nous-mêmes, et ils sont bien tels que nous les percevons, car ils ne font qu'un avec nos perceptions. Ce qu'il nie formellement, c'est l'existence d'une entité qui serait, pour ainsi dire, cachée derrière ces objets et que nos perceptions nous désigneraient sans la contenir, substance étendue, inerte et cependant active, puisqu'on suppose qu'elle agit sur notre esprit et détermine en nous des sensations.

Rien n'existe que ce qui perçoit ou ce qui est perçu, esse est percipere aut percipi. Or, ce qui est perçu, ce n'est pas la prétendue matière, car personne n'a jamais vu ni touché les atomes de Démocrite et d'Epicure, non plus que l'étendue pleine et indivise de Descartes, ce sont les corps, les objets extérieurs, avec toutes leurs propriétés de couleur, d'odeur, de saveur, etc., lesquelles ne sont que nos propres idées ou sensations; et ce qui perçoit, c'est l'esprit; de sorte que les deux moitiés de l'Être sont inséparables, et qu'en définitive l'esprit, avec tout ce qu'il enferme en lui-même, est la seule réalité.

On a quelquefois aussi appelé immatérialisme la doctrine de Stuart Mill. Dans son Examen de la philosophie de Hamilton, Stuart Mill déclare que le monde extérieur se réduit à l'ensemble de nos sensations actuelles et possibles, et il le définit « une Possibilité permanente de Sensations », ce qui revient à dire que la matière, si on entend par là une substance indépendante de nos perceptions, n'existe pas. (E. Boirac).

Immatérialité. - Ce mot s'emploie surtout dans l'expression immatérialité de l'âme et signifie spiritualité. Toutefois il ne désigne que les attributs négatifs de la spiritualité, c'est-à-dire l'unité, la simplicité, l'absence de toute étendue locale. Spiritualité dit davantage et désigne l'activité pensante et ses lois innées.

Immédiat (Immediatus, de in, négatif; mediatum, supin de mediare = partager en deux, de medius =qui est au milieu). Ce qui se fait ou agit sans intermédiaire= (ex. : perception immédiate de la conscience; perception immédiate du monde extérieur). - On entend par données immédiates ce que l'esprit connaît directement, sans intermédiaire : par exemple, les données de la conscience; ces données immédiates sont appelées primitives ou ultimes, parce qu'on ne peut pousser plus loin l'analyse. - S'oppose à médiat.

Immensité (Immensus, lmmensitas, de in, négatif; mensum, supin de metiri = mesurer) : ce qui est sans mesure, sans bornes. L'immensité ne peut donc être une étendue, une grandeur, et les métaphysiciens en font un attribut de Dieu agissant sur tous les points de l'espace, « par l'extension de sa puissance, non par l'expansion de sa substance », dit saint Thomas. -  Newton et Clarke parlent de l'mmensité de l'espace.

Immoral (de In, négatif et moral, de moralis, relatif aux moeurs, de mos, mores = usage, manière d'agir, moeurs) : ce qui est contraire à la loi morale ou aux règles de conduite suivies à une époque donnée. - S'oppose à moral, amoral.

Immoralisme (de Immoral) : ce mot est dû à Nietzsche-: selon lui, comme selon Max Stirner, la morale, au sens usuel du mot, est malfaisante; aussi prétend-il la remplacer par une doctrine, où les jugements de valeur sont en oppositionn, sur presque tous les points, avec la morale strandard.

Immuable, Immutabilité (Immutabilis, de in, négatif; mutabilis = sujet au changement de mutare = changer) : ce qui n'est pas sujet au changement. - Attribut de l'être qui ne change pas, parce qu'il est éternel et parfait et que l'éternité exclut la distinction de l'avant et de l'après, comme la perfection exclut la possibilité de changer en mieux ou en mal.

Impartialité (de Impartial, de in, négatif et du bas latin partialis, de pars = partes = parti, faction) : absence de parti pris. - Qualité d'un bon observateur, d'un bon historien.

Impassibilité, Impassible (Impassibilitas, Impassibilis, de in, négatif; passibilis = susceptible de souffrance, de passum, supin de pati, passus sum = subir, souffrir) : calme intérieur, insensibilité - Idéal des Stoïciens.

Impénétrabilité (de Impénétrable, Impenetrabilis, de in, négatif; penetrabilis = pénétrable, de penetrare = introduire, pénétrer dans, de penus qui signifia d'abord le fond de la maison où les vivres sont conservées) : qualkité première des corps, selon Locke, propriété qui fait que deux corps ne peuvent naturellement occuper en même temps le même lieu dans l'espace. 

Impératif (Imperativus, de imperatum, supin de imperarer = commander) : ce qui a le caractère du commandement. 

Impératif catégorique. - Kant désigne par ces mots la loi morale. C'est un impératif : elle commande, ordonne, oblige, sans pourtant contraindre; il est catégorique parce qu'il exclut toute condition ou restriction. Il y a d'autres impératifs qui ne sont que conditionnels ou hypothétiques : Ne mens pas, si tu ne veux pas être humilié. La loi morale n'est pas de ceux-là : Tu ne dois pas mentir; - telle est la forme catégorique qu'elle donne à ses commandements.

L'art a ses règles, dit Kant, la sagesse a ses maximes : la moralité a sa loi et donne des ordres absolus qui se reconnaissent à ce signe qu'on peut toujours ériger la maxime de l'action morale en loi universelle.

Implication (Implicatio = entrelacement, de implicatum, supin de implicare = mettre l'un dans l'autre, envelopper; de in = dans, plicare = plier) : relation logique consistant eu ce qu'une chose en enveloppe une autre. Par exemple, dans dans les jugements analytiques l'attribut est impliqué dans le sujet.

Implicite (Implicitus = enveloppé, de in =dans; plicitus = plié, de plicitum, supin de plicare) : se dit d'une idée ou d'un jugement, qui est contenu, enveloppé dans une autre idée ou dans un autre jugement; la définition ne fait que l'expliciter,  - S'oppose à explicite, formel, exprès.
 

Impossible. - L'impossible est ce qui enveloppe ou implique une contradiction : c'est l'impossibilité logique ou métaphysique.

Est impossible physiquement ce qui est contraire aux lois de la nature, mais comme ces lois ne sont que des faits généralisés, et qu'un fait bien établi ne saurait jamais contredire un autre fait, cette manière de comprendre l'impossibilité est des plus arbitraires.

Un fait nouveau, extraordinaire, invraisemblable même, ne doit pas être légèrement taxé d'impossibilité.

Impression (in = sur; premere = presser). - L'impression résulte du contact immédiat ou médiat des objets extérieurs sur nos organes et des modifications physiologiques qui en résultent et que les nerfs transmettent au cerveau.

L'impression est donc l'antécédent de la sensation et de la perception sans être ni l'une ni l'autre. On pourrait dire qu'elle résulte immédiatement de l'excitation : ce dernier mot est employé pour désigner l'action des corps extérieurs sur le nôtre.

Le mot impression s'emploie par analogie dans un sens différent : impression du sublime ou du beau.

Hume donnait au mot impression un sens qu'il faut remarquer : il divisait toutes les perceptions de l'esprit humain en impressions et en idées. Les impressions ne différaient des idées que par un plus haut degré de force et de vivacité et comprenaient « toutes nos sensations, passions et émotions considérées lorsqu'elles font leur première apparition dans l'âme ».

Impulsion (impellere = pousser). - Ce mot s'emploie quelquefois comme synonyme de désir et de passion.

Imputabilité. - La responsabilité implique l'imputabilité-: dire que nous sommes responsables de nos actions ou dire que nos actions nous sont imputables, c'est dire une seule et même chose. Nous devons rendre compte de nos actions.

In abstracto (In = dans; abstractus, participe passé de abs-trahere, abstractum =détacher) : locution employée par les Scolastiques pour dire que l'on considère une chose en dehors de ses conditions concrètes : ex. : l'humain in abstracto est l'humain réduit aux idées générales d'animalité et de rationalité. - S'oppose a In re, In concreto.

In adjecto (In = dans; adjectus, participe passé de ad-jicere = ad-jacere, adjectum = jeter sur, mettre auprès) : la contradiction In adjecto est celle qui ressort du rapprochement même des termes : par exemple, un cercle carré.

Inceptif (de Inceptum, supin de incipere = commencer, de in =dans; capere = prendre) : la proposition inceptive est une proposition composée, qui énonce qu'une chose a commencé d'être telle à telle époque. Logique de Port-Royal, Part. II, Ch. X, § 4. - S'oppose à désitive.

Inclination (Inclinatio = inclinaison, inclination, de inclinatum, supin de inclinare, de in =sur et de l'archaïque clinare = faire pencher). - Les inclinations ou penchants sont les tendances naturelles qui nous portent vers les objets. Elles ne diffèrent des passions que par un moindre degré de vivacité ou de véhémence et sont toutes susceptibles de se transformer en passions. - Les inclinations relatives au corps prennent quelquefois le nom d'appétits. On distingue des inclinations personnelles ou égoïstes, sociales ou altruistes, et morales (amour du vrai, du beau, du bien).
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Incommensurable, Incommensurabilité (Incommensurabilis, de in, négatif, cum = avec, mensurare = mesurer) : est incommensurable ce qui n'a pas de mesure commune avec un autre terme : par exemple, la circonférence et diamètre.

Incompatible, Incompatibilité (In, négatif : cum = avec; patibilis = supportable, de patior = supporter) : ce qui ne peut s'accorder, se concilier avec autre chose. - Deux idées sont incompatibles quand leur compréhension se contredit.

Incomplexe (de in, négatif; complexus, participe passé de plecto = embrasser, de cum = avec; plecto = plier, tresser) : se dit du sujet ou de l'attribut qui n'a pas de complément. Les propositions et les syllogismes sont dits incomplexes, quand ils sont composés de pareils sujets ou attributs. - S'oppose à Complexe.

Incompréhensible, Incompréhensibilité (Incomprehensibilis = qui échappe à l'étreinte, de in, négatif; com-prehendere,  com-prehensum = envelopper, comprendre) : ce qui est au-dessus des prise de la raison.

Inconcevable, Inconcevabilité (de In, négatif; concevable, de concevoir, concipere, conceptum = saisir, concevoir) ce que l'esprit ne peut se représenter à cause de la contradiction des termes.

In concreto : locution employée par les Scolastiques  pour dire qu'on considère une chose telle qu'elle se présente dans la réalité; ex. : tel homme en particulier. - S'oppose à In abstracto.

Inconditionné (de In = négatif; conditionné, de condition, de conditio, condicio, de cum = avec, dicio, dicionis = autorité, puissance, de dicere = exprimer par des paroles) : ce qui ne dépend d'aucune condition. - Caractère de l'absolu.

Inconnaissable (de In, négatif; connaissable, de connaître) : ce qui, quoique réel, ne peut être atteint par l'esprit. - Les substances, les causessont inconnaissables d'après Comte, Spencer.

Inconscience, inconscient (de In, négatif; conscientia, de con-scius, de cum = avec; scire = savoir) : a) ce qui ne possède aucune conscience (ex. : la pierre  est inconsciente); -  b) ce qui ne tombe en aucune manière sous la conscience. - c)  conscience faible ou affaiblie, obscure ou obscurcie : une moindre conscience. On dira, par exemple, que l'action réflexe est inconsciente.

Pour Leibniz, l'inventeur des infiniment petits psychologiques, il y a dans l'âme des perceptions, simples modifications internes, et des aperceptions, modifications internes accompagnées de la conscience réflexive; les premières représentent l'inconscient des philosophes contemporains.

Les « petites perceptions », trop faibles ou trop confuses pour être perçues à part, jouent un grand rôle dans notre vie sensible, intellectuelle et morale : la passion ne connaît pas ses mobiles; l'intelligence ne perçoit pas tous les intermédiaires par lesquels nous passons d'une idée à une autre idée, d'un jugement à un autre jurement; la volonté ignore souvent les motifs qui la déterminent et ne les connaît jamais tous.

N. Hartmann appelle inconscient le principe universel de la nature qui pousse les êtres à réaliser leurs formes et à poursuivre leurs fins. La philosophie de l'inconscient de  Hartmann est, au fond, une théorie de la conscience universelle.

Chez Freud et dans la psychanalyse, l'inconscient est le domaine du refoulé; c'est ce qui ne peut arriver au niveau de la conscience du fait de l'existence d'une censure intérieure.

Inconnaissable. - Dans le positivisme, notamment celui de Spencer, l'inconnaissable c'est d'abord Dieu. ce sont aussi les substances, les essences, les natures, tous les objets de la métaphysique (Agnosticisme).

Incorruptible, Incorruptibilité (Incorruptibilis, Incorruptibilitas, de in, négatif; corruptum, supin de corrumpere = cum-rumpere = détruire) : D'après les Anciens et les Scolastiques, la matière céleste était incorruptible.

Indécomposable (de ln, négatif; décomposable, de décomposer, de la particule latine disjonctive dis et composer, de cum =  avec; poser, de pausare, faire  une pause, d'où faire reposer, placer) : ce qui ne peut se résoudre en éléments plus simples.

Indéfini (Indefinitus, de in, négatif; definitus = délimité, participe passé de de-finire = délimiter) : ce qui, étant actuellement fini, peut croître ou diminuer sans limites assignables.  L'indéfini n'est pas le contraire de l'infini, mais du défini. Descartes appelle les choses indéfinies plutôt qu'infinies afin de réserver à Dieu seul le nom d'infini. L'indéfini n'est pas sans limites, mais, quelles que soient les limites qu'on lui assigne, l'esprit peut toujours dépasser la conception qu'il s'en forme actuellement : c'est l'infini en puissance.

Indétermination, Indéterminé (de In, négatif; déterminé, de de-terminare = délimiter, de terminus = borne) : ce qui manque de limites précises. - En termes de mathématiques, on appelle quantité indéterminée ou variable, celle qui peut changer de grandeur, et qui, n'ayant pas de bornes prescrites, peut être prise aussi grande ou aussi petite que l'un veut.

Un problème indéterminé est celui qui peut admettre une infinité de solutions. Ainsi, par exemple, si l'on demande de trouver un nombre qui soit divisible par 3, 4 et 5, on comprend que tous les produits tels que 60, 180, etc., que l'on peut faire à l'infini de ces nombres, satisferont à cette question. On donne le nom d'analyse indéterminée à cette partie des mathématiques qui traite de la solution des problèmes indéterminés.

Enfin, on nomme méthode des indéterminées, une méthode analytique de former des séries ou suites, par laquelle on prend une série arbitraire ou plutôt indéterminée, qu'on suppose égale à celle qu'on cherche, et dont on détermine tous les termes par cette supposition. Cette méthode, entrevue par Viète, fut développée par Descartes, qui en fit l'application aux équations du quatrième degré.

Indéterminisme (de In négatif; déterminé de de-terminare = délimiter) : a) doctrine qui implique l'absence de détermination dans la volonté. - b) doctrine qui admet que des phénomènes puissent échapper au déterminisme, c'est-à-dire à l'enchaînement des causes.

Indifférence (de Indifférent, de Indifferens, de in, négatif; diferre = dis-ferre =  porter de côté et d'autre, différer) : 

a) Etat de ce qui ne tend pas vers une chose plutôt que vers une autre  (par exemple, l'inertie de la matière). 

b) Indétermination : on appelle liberté d'indifférence le pouvoir de se déterminer sans motifs : ce serait, disait Descartes, le plus bas degré de la liberté. Un tel pouvoir est illusoire, car nous ne pouvons jamais affirmer que des motifs inconscients n'agissent pas sur la volonté.La liberté d'indifférence était, symbolisée par I'âne de Buridan, qui se laisse mourir de faim entre deux bottes de foin parce qu'il n'a pas de motifs pour choisir l'une plutôt que l'autre.

c) État psychologique sans plaisir ni douleur : sensations indifférentes.

Indiscernables (Principe des). - Leibniz le formule ainsi:  Il n'y a pas deux êtres identiques. Deux gouttes d'eau, deux atomes, deux monades ne sont jamais absolument identiques, et cela en vertu du principe de raison suffisante : on ne trouve aucune raison pour que l'un des indiscernables soit ici, l'autre là, l'un dans un temps, l'autre dans un autre, en un moi, pour qu'ils soient deux. Chaque monade, dit Leibniz, exprime (représente) l'univers à son point de vue et ces points de vue sont nécessairement différents.

Individu (Individuus = indivisible, de in, négatif; di-viduus, divisé, de dividere, séparer, de dis, préfixe indiquant division, et viduus = privé de) : a) C'est un être un et tout entier en soi. - Les individus sont indéfinissables. L'individu, malgré l'étymologie du mot, doit s'entendre, non de ce qui est absolument indivisible, mais de ce qui ne peut être divisé sans perdre ses qualités distinctives et le nom qui les représente dans leur unité. Individuel s'oppose à universel l'individuel est concret, l'universel abstrait. L'individualité chez l'humain se distingue de la personnalité : celle-ci implique conscience de soi, liberté morale ; celle-là résulte des circonstances de temps ou de lieu qui s'ajoutent à la personnalité et la déterminent. - b) En Logique classique : c'est le terme inférieur d'une série de terme, disposés hiérarchiquement. - c) En Sociologie : l'unité dont se composent les sociétés.

Individualisme (de Individu) : a) Tendance à s'affranchir de tout esprit de solidarité. - b) Tendance opposée à l'esprit d'association. - c) Doctrine visant à à réduire (Individualisme de Spencer) ou à supprimer les fonctions de l'Etat (Individualisme anarchiste) au profit de l'initiative privée. - c) En sociologie, c'est la méconnaissance des solidarités sociales. Est opposé au collectivisme, au socialisme, comme un excès à l'excès contraire.

Individualité (du latin individuum, chose qui ne peut être divisée), ensemble des propriétés qui distinguent un être de tous les êtres de son espèce. Le mot individuel désigne ce qui appartient à un objet d'une manière indivisible et inséparable, de telle sorte qu'on ne peut l'en détacher sans détruire sa nature en tant qu'être particulier. L'individuel ne peut être reconnu que par l'observation, tandis que le général se détermine par la comparaison et la réflexion.

Individuant (du latin scolastique Individuare = rendre individuel) : les Scolastiques appellent notes individuantes les caractères accidentels qui distinguent chaque individu.

Individuation (du latin scolastique Individuare, rendre individuel) : le principe d'individuation est la raison intrinsèque qui distingue entre eux les individus. Pour les Thomistes, c'est la matière en tant qu'elle est affectée d'une certaine quantité (materia signata quantitate). - D'après les Suarèsiens, les êtres sont individualisés par leur entité même, c'est-à-dire par le fait, même qu'ils sont. - Selon les Scotistes, les êtres sont individualisés par une entité spéciale (appelée haeccéité) qui s'y ajouterait pour les déterminer. Voir Eccéité.

Inducteur, Induit (de Induction, de Inductum, supin de in-ducere = introduire) : dans une association d'idées, on nomme terme inducteur celui qui suggère l'association; terme induit, celui qui est suggéré.

Induction (Inductio, action d'introduire, de inductunn, supin de in-ducere = introduire).  - Sorte de raisonnement opposé à la déduction; il conclut du particulier au général.

Inertie (Inertia, de iners = inactif, de in, négatif; ars= combinaison, invention. Racine ar = adapter). - Principe d'inertie : il consiste en ce que des points matériels, s'ils ne subissent aucune force, conservent indéfiniment la même vitesse en direction et en intensité. 

In Esse, in posse. - Ces expressions latines sont quelquefois employées, pour désigner l'existence actuelle et potentielle (In fieri).

In facto esse : expression scolastique qui indique qu'une chose est faite. S'oppose à In fieri.

Inférence (de Inférer, de in-ferre = porter dans) : terme générique désignant l'opération par laquelle l'esprit admet une proposition en vertu de sa connexion avec d'autres propositions tenues pour vraies. - Ce mot est d'un usage fréquent chez les philosophes anglais : Stuart Mill notamment parle de l'inférence du particulier au particulier.

Inférieur (Inferior, comparatif de inferus, qui est en bas) : en logique classique, se dit de tout terme dont l'extension est moindre que celle d'un autre. - Signifie en général : tout ce qui, comparé à un ordre d'idées, ne qui est pas jugé préférable. Comte a dit que le matérialisme est l'explication du « supérieur par l'inférieur).

In fieri ( = En train d'être fait) : signifie, en langage scolastique, le devenir, le passage de la puissance à l'acte. - S'oppose à In facto esse.

Infini (Infinitus, de in, négatif : finitus = fini, participe passé de finire, finitum = borner) : ce qui n'a pas de bornes. - L'infini des métaphysiciens n'est pas l'infini relatif des mathématiciens. C'est un des noms de la perfection ou de l'absolu, mais il en diffère en ce qu'il est d'un ordre déterminé : l'étendue infinie, l'intelligence infinie. Spinoza indique bien la portée de cette distinction en disant que Dieu, c'est-à-dire l'être parfait, la substance unique, possède une infinité d'attributs infinis.

Malgré la forme négative du mot infini, les métaphysiciens déclarent qu'il a un sens éminemment positif et que le fini ne se comprend que par l'idée d'infini, n'offrant ainsi qu'un sens purement négatif ou privatif.

L'infini des mathématiciens est ce qui est plus grand que toute quantité assignable : c'est l'indéfini des métaphysiciens, le pouvoir qu'a l'esprit de dépasser sans cesse sa conception actuelle.

Pouvons-nous réellement penser l'infini? Un infini actuellement réalisé est-il possible? Ce sont la des controverses métaphysiques qu'il y aurait quelque outrecuidance à résoudre par une simple définition ou affirmation.

Infiniment (de Infini) : infiniment grand, infiniment petit signifient : plus grand, plus petit que toute quantité donnée. - Du point de vue mathématique, on nomme grandeur infiniment petite toute grandeur variable dont la limite est zéro.

Infinitésimal (de Infinitesimus, mot créé par Leibniz, de in, négatif; finitum, supin de finire = limiter) : ce qui concerne les quantités infiniment petites. - Signifie également : plus petit que toute quantité donnée; ou même, dans le langage courant : très petit.

Infinitésimale (analyse). - L'analyse ou calcul infinitésimal est le calcul des quantités infiniment petites et comprend le calcul différentiel et le calcul intégral.  Leibniz, qui l'inventa, l'expose dans si Nova Methodus pro maximis et minimis (1684). Cet algorithme « comprend toutes les opérations mathématiques qui ont pour objet d'établir des relations entre grandeurs finies par la considération de quantités infinitésimales : mesure des grandeurs finies considérées comme limites; détermination des grandeurs finies considérées comme rapport de deux quantités infinitésimales (calcul des dérivées); détermination des grandeurs finies considérées comme somme d'un nombre infiniment grand de quantités infiniment petites (calcul intégral). » (Bulletin de la Société française de Philosophie, août 1909). 

Information (Informatio = action de façonner, de informatum, supin de informare = façonner) : dans le langage scolastique, c'est l'acte par lequel une forme substantielle ou accidentelle s'applique à une matière et la détermine, S'informer signifie aussi : a.) prendre la forme des choses, les connaître. Théorie de l'assimilation des Scolastiques; - b) ce que l'on cherche à connaître : sources d'information de la psychologie.

Inhérence, Inhérent (Inhaerens, de in = dans : haerere= être attaché à) : est inhérent à un sujet donné tout ce qui lui est essentiel; ou, dans un sens moins strict, toute manière d'être, constante ou non, qui est intrinsèque à ce sujet. - Rapport de l'accident à la substance, de la qualité au sujet. - Un jugement d'inhérence est celui qui affirme qu'une qualité appartient à un sujet : cet homme est savant.

Inintelligible (de In, négatif; intelligible, de intelligibilis = perceptible, qui peut être compris, de intelligere = inter-legere = percevoir, remarquer, connaître) : ce qui ne satisfait pas aux principes de Ia raison, donc qu'elle ne peut comprendre. - S'oppose à Intelligilligible.

Inné (Innatus = inné, naturel, de innatum, supin de in-nasci = naître dans) : est inné ce qui fait partie de la nature d'un être, par opposition à ce qu'il a acquis depuis sa naissance.

Innées (Idées)  Les idées innées sont celles qui n'ont d'autre origine que la réflexion sur nous-mêmes. Il ne faut pas s'imaginer que nous les apportons toutes faites en naissant, comme on l'a fait dire à Descartes, ni que nous ayons simplement la faculté nue de les produire, ce qui n'aurait guère de sens : elles naissent de notre propre fonds et, dans ce sens, existent virtuellement avant que la réflexion s'y arrête actuellement. Voilà pourquoi Leibniz a pu dire que l'arithmétique et la géométrie sont innées en nous.

On désigne quelquefois par ce mot de simples tendances ou dispositions natives qui peuvent venir de l'hérédité et l'on dit également, dans un sens large, que les instincts sont innés.

Innéisme (de Inné) : système où l'on admet l'innéité de certaines notions ou lois de la pensée, de certaines inclinations. - S'oppose à Empirisme.

Innéité (Théorie de l') : théorie d'après laquelle les idées, les principes seraient innés; l'expérience nous donnerait seulement l'occasion d'en prendre conscience et de les appliquer (Nativisme).

In obliquo (de In = dans; obliquus = qui est ou va de côté, de travers) : d'après les Scolastiques, une idée est posée in obliquo, quand elle n'appartient pas à la définition d'un être, mais est seulement liée avec l'un de ses éléments constitutifs; ex. : la risibilité est dite de l'homme in obliquo; de même la faculté de parle. - S'oppose à In recto.

In re (de In = dans; res = bien, propriété, chose) : les Scolastiques disent que l'universel est fundamentaliter in re; c'est l'universel direct. - S'oppose à formaliter in mente. - S'emploie aussi pour indiquer qu'on considère un objet tel qu'il existe dans la réalité. - S'oppose à In abstracto.

In recto (de In = dans; rectus = droit, de rectum, supin de regere = diriger) : d'après les Scolastiques, une idée est posée in recto, quand elle rentre dans la définition d'un être; ex. : raisonnable, dans la définition d'homme. - S'oppose à In obliquo.

Inscrite (figure). - On appelle polygone inscrit dans une ligne un polygone dont les sommets sont situés sur cette ligne. Un polyèdre est inscrit dans une surface quand ses sommets sont sur cette surface.  La circonférence du cercle inscrit à un triangle a pour équation en coordonnées normales :

(ax (p - a)) + (by (p- b)) + (cz (p - c)) = 0, 

a, b, c désignant les côtés du triangle, p le demi-périmètre et la fonction racine carrée.

Instance (Instantia = le fait d'être imminent, assiduité, insistance, de instare = se tenir sur, d'où presser, menacer. Aristote dit enstasis = action de se
dresser contre, d'où opposition, objection, de enistèmi)-: c'est un nouvel argument fait pour insister ou pour réfuter la réponse donnée à un premier argument. - F. Bacon appelle instances (instantiae, en anglais, instances) des exemples typiques, des faits privilégiés.

Instant (Instans = présent, pressant, menaçant, de in-stare = se tenir sur) :  a) sens usuel : très courte durée; b) en philosophie et en physique, c'est la limite entre deux sens successif, ce qui sépare un temps d'un autre temps qui lui succède immédiatement; l'instant est au temps ce que le point en géométrie est à la ligne.

Centre instantané. - Lorsqu'une figure plane occupe successivement deux positions A1 et A2, on peut toujours l'amener d'une de ces positions à l'autre au moyen d'une rotation effectuée autourd'un certain point qui porte le nom de centre instantané quand les positions A1 et A2 sont infininient voisines. Quand une figure plane se déplace d'une manière continue (sans se déformer), il y a, à chaque instant, un nouveau centre instantané qui décrit un lieu dans le plan fixe et un lieu dans le plan (mobile) de la figure mobile les normales aux trajectoires des points de la figure mobile passent toutes par le centre instantané. Le lieu des centres instantanés dans le plan fixe et dans le plan mobile sont deux courbes qui roulent l'une sur l'autre sans glisser.
Instinct  (Instinctus =  excitation, impulsion, de instinctum, supin de instinguere, de in = contre; stinguere = piquer). - L'instinct est une stimulation intérieure qui porte l'animal à des actes nécessaires à sa conservation ou à celle de l'espèce. Il diffère de l'intelligence en ce qu'il est aveugle, n'impliquant pas la réflexion, et de l'habitude en ce qu'il est inné tandis qu'elle est acquise.

On lui donne généralement pour caractères l'ignorance du but, la perfection immédiate, l'infaillibilité, la spécialité, l'uniformité et l'absence de progrès, mais ces caractères sont loin d'être absolus et inflexibles : par exemple, certains instincts se perfectionnent, soit dans l'individu, soit dans l'espèce, sans pouvoir toutefois rivaliser avec notre intelligence; de même l'instinct a beau être spécial et uniforme, c'est-à-dire ne provoquer que des actes spéciaux et toujours les mêmes, l'animal fait preuve d'une certaine plasticité et d'une certaine initiative en adaptant sa conduite aux circonstances, et l'on sait que presque tous les animaux sont éducables.

Instrumentalisme. - Doctrine pragmatique qui voit dans la théorie un outil pour l'action.

Intégral (calcul) (de Integratum, supin de integrare = rétablir dans l'état primitif, renouveler). 

a) Intégrer s'emploie pour dire : faire entrer dans un tout, concentrer, classer. 

b) Spencer entend intégration dans un sens particulier. Il lui oppose Désintégration.

c) On désigne sous le nom de calcul intégral la branche de l'analyse mathématique qui traite des procédés à l'aide desquels on peut trouver une quantité telle que sa différentielle soit une quantité donnée. Newton appelait ce calcul méthode inverse des fluxions, et donnait la nom de fluente à la fonction qu'il s'agissait d'obtenir. Leibniz, au contraire, appliquait à cette fonction le nom de Somme ou d'Intégrale, et cette dénomination, généralement adoptée sur la continent, a fini par prévaloir en Angleterre.

La méthode par laquelle on peut trouver l'intégrale d'une quantité différentielle proposée n'est pas ordinairement susceptible de se réduire à des règles fixes et générales. Lorsqu'une intégrale est proposée, on peut toujours trouver sa différentielle au moyen de règles générales; mais on n'a pas de procédé direct pour revenir de la différentielle à l'intégrale. Tout ce que peut faire l'analyste, c'est de comparer l'expression différentielle qu'il veut intégrer avec les différentielles de quantités connues et d'inférer, au moyen de cette comparaison, la forme du l'intégrale correspondante. L'artifice principal employé dans le calcul intégral consiste à transformer les fonctions proposées en expressions qui sont connues comme étant les différentielle de quantités données. (A19).

Instrument. -  Moyen d'action. On appelle quelquefois cause instrumentale, non pas une véritable cause, mais une condition indispensable pour agir, la plume pour l'écrivain, le pinceau pour le peintre. La main, a-t-on dit, est l'organe des organes ou l'instrument des instruments.

Intégrationisme. -

Intellect (Intellectus, de intellectum, supin de intellegere, intelligere = interlegere = percevoir, remarquer, connaître). - Synonyme d'intelligence. On dit quelquefois l'intellect passif, l'intellect actif : ces expressions, qui viennent d'Aristote, désignent la connaissance sensible, reçue passivement par le moyen des sens, par la réceptivité, et la connaissance organisée par le moyen des principes de la raison qui lui donne la forme scientifique ou philosophique.

Intellection (de Intellect) : acte de l'intelligence proprement dite, comme l'abstraction, le jugement, le raisonnement.

Intellectualisme (de Intellectualis = intellectuel, de intellectus = intelligence, de intelligere, intellectum = percevoir, remarquer, connaître) : ce mot assez mal défini se prend en plusieurs sens : 

a) Doctrine selon laquelle l'intellectuel et le réel sont inséparables au fond des choses, sans exclure toutefois la volonté. Telle est la tendance de la philosophie de Platon, de Spinoza ,de Hegel. 

b) Doctrine qui ramène les faits psychologiques à des faits intellectuels, représentatifs. On découvre cette tendance chez Descartes : théorie du plaisir. 

c) Doctrine qui donne le primat à l'intelligence : tel le système thomiste par opposition au système scotiste qui est volontariste.

Intellectuel (Intellectualis, de intellectus, intelligence, de intelligere, intellectum = percevoir, remarquer, connaître : ce mot se prend dans un : 

a) Sens large : pour désigner tout fait de connaissance ; il s'oppose alors à affectif, Volitif.

b) Sens strict : pour indiquer les opérations conceptuelles; il s'oppose alors à Sensitif. 

c) Sens péjoratif : on appelle intellectuels, ceux qui accordent une préférence exclusive à la pensée, au détriment de la vie pratique et de la valeur morale. Bacon les appelle intellectualistes et les cancres disent les intellos

d) Sens sociologique : les Intellectuels forment une partie de la population, une classe, dont la réflexion est au centre de leur activité. 

Intelligence (Intelligentia, de Intelligere = inter-legere, intellectum, percevoir, remarquer, connaître) : faculté générale de connaître. Connaître, c'est former des idées, porter des jugements, faire des raisonnements.

A ceux qui soutiennent que rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens, Leibniz répondait : excepté l'intelligence elle-même, c'est-à-dire les idées innées et les principes rationnels.

On rapporte généralement a l'intelligence les facultés d'acquisition, de conservation et d'élaboration des idées : les premières sont la perception externe ou les sens, la perception interne ou la conscience, et la raison, faculté des principes; les deuxièmes sont la mémoire avec sa loi essentielle, l'association des idées et l'imagination sous ses deux formes, reproductrice et créatrice; enfin l'élaboration des idées se fait par les opérations intellectuelies, l'attention, l'abstraction, la généralisation, le jugement et le raisonnement.

Intelligible (Intelligibilis, perceptible, de intelligere = inter-legere, intellectum, percevoir, remarquer, connaître).

a) Ce qui ne peut être connu que par l'intelligence; ex. : les idées et les relations abstraite. Se dit par opposition au sensible

b) Ce dont l'intelligence peut se rendre compte. S'oppose à Inintelligible. - Caractère intelligible (Kant, Schopenhauer). S'oppose à Empirique.

c) Pour les Scolastiques, l'espèce intelligible c'est l'idée. Le monde intelligible, c'est le monde des idées. - Axiomes : L'intelligible en acte est l'intelligent en acte (Intelligibile in actu est intelligens in actu), c'est-à-dire que l'idée est à la fois l'effet de l'objet et l'effet de la faculté de connaître, déterminée par l'objet; l'objet et la faculté s'unissent dans leur acte. - Tout être est intelligible (Omne ens est intelligibile), c'est-à-dire, en d'autres termes, que tout être est vrai. 

Les Modernes donnent à ce principe le nom de principe d'universelle intelligibilité. Il  se confond avec celui que Leibniz nommait principe de raison suffisante (rien n'existe qui n'ait sa raison suffisante d'exister) et qu'on peut formuler ainsi tout ce qui est réel est rationnel, c'est-à-dire peut être ramené aux lois de notre raison ou du moins d'une raison capable de tout embrasser.

Intensif, Intensité (de Intense, de intensus = tendu, adjectif dérivé de in-tendere, intensum = étendre). - Ces mots marquent un certain degré, une certaine quantité dans la qualité, la force, etc. L'intensité est opposée à l'extension (intensivè, extensivè), qui se rapporte à la quantité. De même l'intensif est opposé à l'extensif. L'intensité croît en raison inverse de l'extension et réciproquement. Mais si les choses auxquelles on attribue l'intensité ne tombent pas sous la mesure ou la quantité proprement dite, l'intensité marque seulement une activité ou une perfection supérieure : ainsi l'intensité de la volonté, de l'attention.

Intention (Intentio, action de tendre vers, attention, intention, de intentum, supin de in-tendere, tendre, diriger vers).

a) Action de la volonté qui se propose un but, une fin. - Distinction : L'ordre d'intention et l'ordre d'exécution. Le premier est l'ordre des causes finales; le second est l'ordre des causes efficientes. L'ordre d'intention est donc l'inverse de l'ordre d'exécution. 

b) L'intention désigne aussi quelquefois l'acte ou l'objet de la connaissance

Intention première, intention seconde : dans la langue des Scolastiques, l'intentio (de intentum, supin de in-tendere = étendre, diriger vers) est l'acte par lequel l'intelligence tend à connaître un objet. C'est ce qu'ils appellent Intentio formalis : ils la distinguent en Intentio prima seu directa et en Intentio secunda seu reflexa

L'intention première est l'acte par lequel l'intelligence se porte directement sur un objet. tel qu'il existe eu lui-même. De là vient que les idées directes, comme l'humain, l'arbre, sont appelées intentiones primae objectiva elles constituent l'universel direct, objet de la métaphysique

L'intention seconde est l'acte réfléchi par lequel l'intelligence se porte sur l'idée elle-même, en tant qu'idée, c'est-à-dire sur un objet tel qu'il existe dans l'intelligence. De là vient que les idées réfléchies, en tarit qu'abstraites et générales, comme le genre, l'espèce, le propre, l'accident, sont appelées intentiones secundae objectivae : elles constituent l'universel réflexe, objet de la logique. L'intention seconde est ainsi nommée parce qu'elle suppose un acte antécédent sur lequel elle s'exerce.

Intérêt (= Intêrest, de Interest = il importe, verbe impersonnel, de inter-esse = être entre, assister). Plusieurs nuances de sens. L'intérêt c'est :

a) ce qui est avantageux, soit par le profit qu'on en retire, soit par un avantage quelconque qu'on y trouve. 

b) ce qui touche par la part qu'on y prend, mû par sympathie, bienveillance pour les autres. 

c) ce dont l'attrait excite un sentiment personnel, ex. :. de curiosité, d'émulation. 

L'intérêt est un des motifs de nos actions et consiste dans le bonheur individuel regardé comme le but à atteindre. L'intérêt général est le bonheur de tous.

On appelle morales de l'intérêt celles qui consistent a poser l'intérêt particulier ou l'intérêt général comme règle de toutes nos actions. Plusieurs philosophes ont développé des morales de l'intérêt : 1°) Epicure; 2°) Bentham; 3°) Stuart Mill; 4°) Spencer ; 5°) Émile Durkheim; 6°) L. Bourgeois.

Les morales de l'intérêt diffèrent des morales du plaisir en ce qu'elles recommande la poursuite d'un plaisir calculé : dans ce calcul on tient compte de l'intensité, de la pureté, de la certitude des plaisirs et c'est l'objet, selon Bentham, d'une véritable arithmétique des plaisirs.

Les morales de l'intérêt semblent impuissante a expliquer le fait de l'obligation morale. Quand elles tiennnent compte de la qualité ou de la dignité des plaisirs, comme chez Stuart Mill, elles se transforme en un utilitarisme d'ordre très élevé qui les rapproche des morales du devoir au point de les confondre et de donner exactement les mêmes règles de conduite.

Interne. - Synonyme d'intérieur : les faits internes ou intérieurs sont les phénomènes de conscience. On appelle quelquefois les sens perception externe, et la conscience perception interne. - L'expression sens interne désigne également la conscience.

Interpolation (Interpolatio, de interpolatum, supin de interpolare, remettre à neuf, modifier, de inter = entre et polire = polir, mettre un enduit). Sens général : introduire dans un texte des éléments qui en sont absents, soit pour l'éclairer, soit pour en falsifier le sens. En mathématiques, introduire des valeurs intermédiaires entre deux valeurs connues.

Interprétation (Interpretatio, de inter-pres, interpretis = intermédiaire, interprète, de la racine pre = trafiquer. pre-tium = valeur vénale d'une chose) : action de donner une signification à une chose ou d'expliquer un sens ambigu.

Interprétationnisme (de Interprétation) : ensemble de systèmes sur la perception extérieure.

Intervalle (Intervallum, de inter = entre; vallus = pieu) : distance entre deux temps, deux lieux, deux sons, deux actes.

Intime (Intimus = le plus intérieur, superlatif de l'archaïque interus, de inter, de in = dans et suffixe ter) : sens intime signifie sens intérieur : expression
employée par les philosophes écossais, Maine de Biran et les Eclectiques comme synonyme de conscience directe. Les Scolastiques disent Sensus intimus. S'oppose à Extérieur. 

Intime signifie aussi ce qui est profond, pénétrant; ex. : connaissance intime d'une question; amitié intime, intimité; union intime de l'âme et du corps. S'oppose à Superficiel.

Intolérance (Intolerantia =  impatience, de in, négatif, et tolerantia, de tolerans, participe présent de tolerare = supporter) : action de ne pas supporter chez les autres ce qu'on désapprouve. 

Introspection. - Terme de psychologie : observation intérieure, celle qui se fait par la conscience.

Intrinsèque (de Intrinsecus, de intra = dans l'intérieur, et secus = autrement, à part) : ce qui, entrant dans la nature d'un être ou la définition d'un concept, leur est intérieur. - Dénomination intrinsèque : les Scolastiques appellent ainsi une manière d'être qui convient à une substance considérée en elle-même. et non dans ses relations.

En mathématiques, on appelle équation intrinsèque d'une courbe une propriété analytique qui définit cette courbe, abstraction faite de sa position; c'est ordinairement une relation entre l'arc et le rayon de courbure pour les courbes planes, deux relations entre l'arc et les rayons de courbure et de torsion pour les courbes gauches. De pareilles relations ne changent pas en effet par une transformation de coordonnés; il y a plus, les relations dont nous venons de parler sont des équations différentielles et les constantes d'intégration sont précisément les paramètres qui entrent dans les formules de transformation des coordonnées. Les propriétés intrinsèques des courbes sont celles dans lesquelles il n'est pas question de leurs relations avec le monde extérieur. Dire que dans une courbe l'arc est proportionnel à l'accroissement de la courbe, c'est énoncer une propriété intrinsèque de la courbe.

Intuition(Intuitio = action de regarder, de intuitum, supin de in-tueri = recarder attentivement). - L'intuition est la connaissance immédiate ou par simple vue.

Chez Platon, ce mot désigne la connaissance directe des idées. Connaissance par intuition et connaissance à priori sont donc à peu près synonymes. La connaissance intuitive se distingue de la connaissance discursive ou obtenue par un raisonnement.

Chez Kant, l'intuition désigne la perception : je vois un arbre, une étoile, ce sont des intuitions. Mais Kant distingue de ces intuitions empiriques les intuitions pures du temps et de l'espace. Toutefois il nie expressément l'existence d'une intuition intellectuelle qui saisirait, comme dit Schelling, l'idéal et le réel dans leur identité fondamentale. La raison, selon Kant, n'a qu'une fonction régulative et ne saurait nous donner l'intuition d'objets suprasensibles, transcendantaux la connaissance des noumènes nous est interdite et ils ne peuvent être qu'objets de foi ou de croyance.

Intuitionnisme (de Intuition) : système de la perception immédiate du monde extérieur.

Invariant (mathématiques). - Le mot invariant a d'abord eu dans les sciences la signification restreinte qui a été donnée au mot forme en philosophie; aujourd'hui il tend à recevoir une acception beaucoup plus étendue. En général quand on fait subir à des variables certaines substitutions, il y a des quantités qui dépendent de ces variables, sans en être forcément des fonctions et qui restent les mêmes après ces substitutions, on dit que ce sont des invariants. Ainsi par exemple le genre d'une courbe plane est un invariant relativement aux substitutions rationnelles.

Invention (Inventio = rencontre, de inventum, supin de in-venire = arriver sur, rencontrer, découvrir) : ce mot s'emploie pour indiquer une combinaison nouvelle de moyens en vue d'obtenir une fin. L'imagination est une faculté d'invention.

Inverse (Inversus = participe passé de in-vertere, inversum = retourner, renverser) : proposition inverse : celle dont les termes sont dans un ordre renversé par rapport à ceux d'une autre proposition; ex. : L'homme est l'animal raisonnable, par rapport à : L'animal raisonnable est l'homme. Quand les deux propositions sont vraies, comme ici, on dit qu'il y a conversion ou réciprocité.

Inversion (Inversio, renversement, de inversum, supin de in-vertere, retourner, renverser) : terme créé par Keynes pour signifier : « Inférence immédiate par laquelle on conclut d'une proposition donnée une autre proposition ayant pour sujet la contradictoire du sujet primitif ». 

Ionienne (Ecole). - L'école ionienne ou d'Ionie a pour caractère général de faire sortir toutes choses d'un principe physique en apparence, mais au fond suprasensible qui se transforme et produit tous les phénomènes c'est l'eau, pour Thalès; l'air, pour Anaximène; pour Héraclite, le feu. Mais l'eau, l'air, le feu, en tant que principes, ne sont pas l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons, le feu qui brûle dans nos foyers : il vaudrait mieux traduire ces mots par principe aqueux, éthéré, igné.

Irascible (irasci = s'irriter). Les Scolastiques et Bossuet, leur disciple, distinguent l'appétit concupiscible et l'appétit irascible : au premier ils rapportent les passions « qui ne présupposent dans les objets que la présence ou l'absence» : ce sont l'amour et la haine, le désir et l'aversion, la joie et la tristesse; au second, les passions « qui ajoutent la difficulté à l'absence ou à la présence » : ce sont l'audace et la crainte, l'espérance et le désespoir, la colère.

Ironie (Ironia = action d'interroger en feignant l'ignorance, de eirôneuomai = interroger) : l'ironie socratique est la partie négative de la méthode de Socrate pour réfuter les Sophistes. Elle consistait à feindre l'ignorance et, par d'habiles interrogations, à tirer des principes admis par l'adversaire certaines conséquences absurdes ou contradictoires, que Socrate retournait contre ces principes pour les renverser, de manière à détacher peu à peu l'adversaire de ses préjugés. La partie positive et constructive s'appelait maïeutique, qui l'aidait à découvrir lui-même la vérité et à formuler la vraie doctrine, en cherchant à satisfaire toujours aux questions de son interlocuteur.

Irrationalisme. - Ce terme désigne la défiance ou même l'hostilité envers la raison.

Irrationnel (Irrationalis, de in, négatif; rationalis = ce regarde le calcul, le raisonnement, de ratio = calcul raison) : ce qui n'est pas conforme à Ia droite raison. - S'oppose à Rationnel.

Irréductible, Irréductibilité (de In, négatif : réductible, de reductum, supin de reducere = ramener) : ce qui ne peut se ramener à autre chose ou à des éléments plus simples. 

Irréversible (de in, négatif et de reversum, supin de revertere = revenir; de re, préfixe qui marque un mouvement en arrière, et vertere = tourner) : ce qui ne fait pas ou ne peut faire retour.

Italique (Ecole). -  On appelle quelquefois école italique l'école pythagoricienne, parce qu'elle eut son siège à Crotone, dans cette partie de l'Italie qu'on nommait la Grande-Grèce.

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Dictionnaire Idées et méthodes
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