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Socrate

Socrate est un philosophe né à Athènes en 470 av. J.-C.. Il était le fils d'un sculpteur nommé Sophronisque et d'une sage-femme nommée Phénarète. Il fut lui-même sculpteur, puis il s'adonna tout entier à la philosophie. Il suivit les leçons du géomètre Théodore de Cyrène, de Prodicus et d'Archelaüs. Il se fit d'abord remarquer par l'originalité de ses discours et de sa manière de vivre. Il allait nu-pieds, résistait à la soif et à la faim, bravait le froid, arrêtait-les hommes, les jeunes gens dans la rue, les interrogeait et causait; avec eux. Ce fut une sorte d'apôtre qui  rêva de ramener ses concitoyens à la vertu et de réorganiser sa cité, de la rendre plus grande, plus forte et plus éclatante. Il  fut aussi mystique. 
« Je n'ai qu'une petite science, dit-il, la science de l'amour. »
Il crut avoir reçu la mission spéciale de réformer ses compatriotes, et se vit bientôt entouré d'un grand nombre de jeunes gens qu'il formait par ses leçons.
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Socrate, par David.
Socrate (détail de la Mort de Socrate, Par J.-L. David, 1787).

Remplissant tous ses devoirs de citoyen, à la guerre comme à la paix, il se distingua par son courage en plus d'une occasion, notamment à Tanagre, à Potidée, où il sauva la vie d'Alcibiade, à Délium, où il sauva également la vie à Xénophon, il donna l'exemple de toutes les vertus, soit publiques, soit privées, et se signala par son désintéressement, sa générosité, son égalité d'âme : on sait que sa femme Xantippe mit plus d'une fois sa patience à l'épreuve : il mérita enfin d'être proclamé par l'oracle de Delphes le plus sage des humains

Subtil et railleur, son éloquence s'élevait sans efforts et trouvait d'irrésistibles accents. Il se fit ainsi de nombreux ennemis, à la tête desquels étaient les Sophistes et les partisans des vieilles croyances, les démagogues, et le peuple qui ne le distinguait pas des adversaires qu'il combattait. C'est ainsi qu'Aristophane l'attaqua dans sa comédie des Nuées, dès  424.  Ses hardiesses politiques achevèrent de le perdre. II ne ménageait ni Thémistocle ni Périclès

En 406, il déplut déjà à ses concitoyens en, refusant, de mettre aux voix, comme prytane, la mort des généraux qui avaient combattu aux Arginuses. Plus tard, il résista encore aux trente tyrans. Mais la réaction démocratique trouva en lui un ennemi, et il fut accusé par Melitus, un poète obscur, Lycon, un orateur politique, Anytus, un corroyeur, personnage puissant et populaire, de corrompre la jeunesse et de mépriser les dieux. 

Il refusa de se défendre, et fut, malgré son innocence, condamné à boire la ciguë. Il aurait pu se sauver; ses amis lui offrirent les moyens de s'évader, mais il repoussa leurs offres, ne voulant pas désobéir aux lois. Il subit la mort avec résignation (400) au milieu de ses disciples en les entretenant de l'immortalité de l'âme. Platon a raconté ses dermniers moments dans le Phédon

Ce philosophe disait avoir un génie particulier qui le dirigeait dans sa conduite : on ne sait si c'était là une ruse employée pour donner plus de poids à ses conseils, ou si ce n'était pas plutôt une illusion qui lui faisait prendre pour une inspiration divine les aperçus rapides et sûrs de sa conscience ou de sa haute raison. 

Socrate marque dans l'histoire de la philosophie une époque nouvelle : il détourna les philosophes des spéculations oiseuses ou trop élevées auxquelles ils s'étaient livrés jusqu'à lui, et les engagea à ne s'occuper que de l'humain et de la morale;  il combattit les Sophistes qui discouraient sur toutes choses et prétendaient ne rien ignorer.  Il créa la science de la morale, distingua les différentes sortes de vertus (prudence, tempérance, force, justice), et recommanda la pratique du bien comme le plus sûr moyen d'arriver au bonheur. Il employait dans ses entretiens une méthode d'interrogation connue sous le nom d'ironie socratique, qui lui servait  à instruire ses disciples en leur faisant découvrir par eux-mêmes des vérités qui étaient cachées dans leur intelligence : il se disait en cela l'accoucheur des esprits. Du reste, il ne tenait pas d'école proprement dite et ne recevait, aucun salaire.

Socrate compta parmi ses disciples Xénophon, qui se borna à reproduire fidèlement ses doctrines; Platon, qui créa un système entier de philosophie; Antisthène, père des Cyniques; Aristippe, qui prêcha une morale relâchée; Phédon, Euclide, Criton et une foule d'autres. Xénophon nous a conservé dans ses Memorabilia de précieux détails sur Socrate; Platon le met en scène dans tous ses dialogues; l'Apologie, le Criton et le Phédon nous font bien connaître les derniers moments du philosophe. La Vie de Socrate a été écrite par Diogène Laërce, dans l'Antiquité; par Charpentier (1699), par Chaignet (1870). Plutarque a laissé un petit traité Du démon de S., sujet traité de nos jours par Lélut, 1856. La mort de Socrate a fourni le sujet d'une tragédie à Sauvigny, d'un poème à Lamartine (1823), et de beaux tableaux à David etc
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La mort de Socrate, par Dufresnoy.
La Mort de Socrate, par Ch. Dufresnoy, XVIIe s..

Philosophie de Socrate 

Socrate n'a rien écrit. Nous ne connaissons sa doctrine que, par les théories que Platon lui fait exposer dans ses dialogues et par ce que nous en dit Xénophon. Mais Platon est suspect de lui prêter le plus souvent ses propres idées, tandis que Xénophon, plus exact, ne paraît pas s'être rendu compte de la portée et de l'élévation de la doctrine de son maître.

Il est nécessaire de contrôler ces deux sources de témoignages à l'aide des assertions et des jugements précis d'Aristote.

Les premiers philosophes avaient voulu connaître tout l'univers. Socrate est plus modeste, il veut que l'humain se tourne d'abord vers lui-même et qu'il apprenne à se connaître. « Connais-toi toi-même », disaient déjà les Sept sages (on attribue la formule à Chilon), telle est aussi la première maxime de Socrate. La vérité est en nous, il suffit de la découvrir. Les sophistes tranchaient toutes les questions; « Tout ce que je sais, dit Socrate, c'est que je ne sais rien. » Mais connaître son ignorance, c'est être capable de discerner le vrai du faux. Le « connais-toi toi-même » donne naissance à une double méthode : l'une qui nous délivre de l'erreur, et l'autre qui nous apprend à trouvera la vérité. L'une est l'ironie, l'autre est la maïeutique. 

Grâce à l'ambiguïté du langage, à la confusion des mots, les Sophistes avaient la prétention de montrer que tout est à la fois possible, et impossible, que tout est vrai et que rien n'est vrai. Socrate n'accepte les termes qu'après examen. Il exige que son adversaire les entende lui-même. Il lui oppose des exemples qui restent en dehors d'une définition hâtive, ou bien il feint de se livrer et finit par faire tomber son interlocuteur dans l'absurdité et par lui faire avouer qu'il est dans l'erreur et qu'il ne sait pas. C'est la méthode d'ironie.

Mais l'âme est ainsi préparée, à connaître la vérité. Il s'agit de l'accoucher de la vérité dont elle est grosse, car la science ne se donne pas. Le maître ne la transmet pas à son disciple; il ne peut que l'aider à la découvrir en lui-même. 

« Le métier que je fais, dit Socrate dans le Théétète de Platon, est le même que celui des sages-femmes, à cela près que j'aide à la délivrance des hommes et non des femmes, et que je soigne non les corps, mais les âmes en mal d'enfant. »
C'est la maïeutique. 

L'inductions est le premier procédé logique. dont se sert Socrate; c'est lui qui, au dire. d'Aristote, en est l'inventeur. Tantôt il accumule les exemples et il remonte du particulier au général en dégageant ce qu'ils ont de commun; tantôt il raisonne par analogie; tantôt il fait de véritables inductions et conclut, de l'ajustement parfait des moyens aux fins dans la nature; à l'existence d'une intelligence créatrice. L'induction donne le genre, la division, donne les espèces. Avec le genre et les espèces, on établit la définition qui répond à la réalité et peut servir de principe à la déduction, d'où l'on tire des conséquences certaines.
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Socrate.
Socrate.

La maïeutique pourrait être, comme Platon l'a montré, une méthode métaphysique et, applicable à tous les problèmes que l'esprit, peut se poser. Bien que Socrate en ait restreint l'usage à l'étude des concepts moraux, elle avait assurément dans son esprit un intérêt plus général. Ce qu'il se propose de prouver, c'est qu'il y a, contrairement aux assertions des Sophistes, une logique du vrai, c'est que l'esprit est capable de connaître la vérité, de faire la science. Or, la réalité véritable, c'est le bien : l'ordre logique est conforme à l'ordre réel, qui est lui-même conforme à l'ordre moral. Le monde est l'oeuvre d'une raison, dont l'esprit peut reconnaître l'existence en lui-même. Socrate n'a jamais formulé ce principe, mais on peut affirmer qu'il est implicitement contenu dans ses discours.

Morale de Socrale 

Les Sophistes opposaient la loi à la nature. La loi n'était, d'après eux, qu'une convention du législateur, variable comme les moeurs et faite pour contenir les humains. Socrate fait appel aux lois non écrites. La loi est la raison; elle participe de la réalité et de la nécessité du bien. Ceux qui transgressent les lois humaines échappent parfois à la peine, « mais ceux qui transgressent les lois divines subissent un juste châtiment. »

Il est impossible que l'humain fasse le mal volontairement. L'humain veut toujours son bien, et quand il fait le mal, il se trompe, il prend son mal pour un bien. 

« Les choses justes et tout ce qui se fait par vertu, dit Socrate, dans les Mémo rables de Xénophon, sont choses belles  et bonnes, et ceux qui les connaissent ne peuvent leur préférer autre chose. » 
Toute faute morale est une erreur; c'est en instruisant l'humain qu'on le dé livre du mal. La vertu est une science et, à ce, titre, elle peut s'enseigner.

Il n'y a qu'une vertu, la sagesse, mais elle reçoit plusieurs noms selon ses applications et selon que l'on considère les rapports de l'humain avec lui-même, avec ses semblables et avec la divinité. Dans son rapport avec la volonté, la sagesse devient le courage ou science de ce qu'il faut craindre et de ce qu'il ne faut pas craindre. La tempérance est la science des vrais plaisirs; la justice est la science de ce qui est dû à chacun; la piété est la science de nos devoirs envers les dieux.

A ces vues générales, Socrate joignait des préceptes particuliers utiles dans la vie pratique et dans diverses circonstances. Il exaltait le travail, l'amitié, il demandait que la condition de la femme il demandait que la condition de la femme fût relevée et il la considérait comme la compagne et l'égale de l'homme.

En politique, Socrate semble avoir penché vers l'aristocratie et demandé le gouvernement des plus sages. (A19).



En librairie - Platon, Apologie de Socrate, Flammarion (GF), 1999. - Plutarque, Le Démon de Socrate, Klincksieck, 1970. - Denis Diderot, Le nouveau Socrate, Hermann (édition de luxe), 2003. 

Denis Huismans, Socrate, Pygmalion, 2003. - André Jean Festugière, Socrate, La Table ronde, 2001. - Gilbert Romeyer-Dherbey et Jean-Baptiste Gourinat, Socrate et les socratiques, Vrin, 2001; - Gregory Vlastos, Socrate, ironie et philosophie morale, Aubier, 2001. - Anthony Gottlieb, Socrate, martyr de la philosophie, Le Seuil, 2000. - Jean-Joël Duhot, Socrate ou l'éveil de la conscience, Bayard / Centurion, 1999. - A. Baudart, Socrate et le socratisme, Armand Colin, 1999. - Pierre Hadot, Eloge de Socrate, Allia, 1998. - Micheline Sauvage, Socrate et la conscience de l'homme, Le Seuil, 1997. - Jean Brun, Socrate, PUF (QSJ), 1991. - Francis Wolff, Socrate, PUF, 1987.

Pour les plus jeunes : Denis Lindon, Socrate et les Athéniens, Père Castor, 2001. - Pierre Moessinger, Socrate, La Joie de Lire, 1994.

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