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Jalousie  (de Jaloux, du latin populaire zelosum, de zelus = zèle, envie, devenu jelos, jalos, jalous, jaloux). - La jalousie et l'envie sont deux passions voisines, deux sentiments presque également douloureux et malveillants, qui ont ceci de commun, de nous faire souffrir des avantages d'autrui. Au fond de l'un et de l'autre est l'esprit de rivalité, le désir de primer, désir alarmé par la crainte ou meurtri par la conscience d'une infériorité apparente. A en croire Buffon, la mimique est analogue dans les deux cas :
« Les sourcils descendent et se froncent, les paupières s'élèvent et s'abaissent. » 
Il y a pourtant une différence capitale : 
« La jalousie, dit La Rochefoucauld, est en quelque manière juste et raisonnable, puisqu'elle ne tend qu'à conserver un bien qui nous appartient; au lieu que l'envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres. » 
En effet, la jalousie, au sens étroit, c'est la crainte de nous voir ravir l'amour d'une personne que nous aimons, et c'est la douleur que nous avons quand cet amour nous est ravi; sentiment toujours touchant, et légitime dans la mesure où nous avons droit à l'affection qui nous échappe. L'envie, au contraire, est un mouvement de haine et de chagrin que nous cause le mérite ou le succès des autres, comme si nous perdions tout ce qu'ils gagnent : sentiment essentiellement injuste et mauvais conseiller, dont la bassesse n'a d'égale que l'amertume, qui inspire à tout le monde un profond mépris et qui en inspirerait encore davantage si le mal qu'il fait à ceux qui en sont l'objet n'était expié en partie par la torture de ceux qui l'éprouvent. (H. M.).

Jeu (de Jocum = plaisanterie, jeu) : dépense d'activité dont le but (jouir d'elle-même) est en fait perdu de vue.

Jeux (Théorie des). - C'est la branche des mathématiques qui traite de l'analyse des situations conflictuelles dont l'issue dépend des stratégies adoptées par les participants. Elle trouve ses  applications dans les entreprises, les relations personnelles, les stratégies dmilitaires et d’autres domaines pour lesquels des décisions doivent être prises. Les premier travaux sur ces questions remontent à Emile Borel, qui a exposé en 1911 une théorie sur ces jeux de stratégie, mais c'est John von Neuman et Oskar Morgenstern qui on développé et popularisé cette théorie dans leur ouvrage : Theory of Games and Economic Behavior (1944).

Joie (du latin populaire gaudia, pluriel neutre de gaudium employé comme féminin singulier) : émotion agréable et profonde. (Bonheur).

Joli (pour Jolif, jolive, dérivé d'un radical jol, qu'on a rapproché de l'ancien norois hajol = fête solennelle) : le joli c'est le beau, moins l'ampleur.

Jugement (de Juger, de judicare, d'où judgar, jugier, juger). - Acte par lequel l'esprit compose ou divise deux idées ou deux termes. Juger, c'est affirmer une chose d'une autre. Le jugement exprimé devient la proposition. Les trois termes constitutifs de la proposition et par conséquent du jugement sont : le sujet (idée de substance), le verbe (affirmation), et l'attribut (idée de qualité).

Le jugement est essentiellement un acte intellectuel, mais la volonté y intervient pour fixer l'attention sur les idées dont il se compose il dépend souvent de nous de suspendre notre jugement et c'est, selon Descartes, tout l'art d'éviter l'erreur. Il faut remarquer que le mot jugement se dit à la fois de l'opération de l'esprit qui juge et du résultat de cette opération.

La division la plus complète des jugements a été proposée par Kant et répond exactement au tableau des catégories. Kant classe les jugements au quadruple point de vue de la quantité (ou de l'extension du sujet), de la qualité (ou de la compréhension du sujet), de la relation (ou du rapport mutuel des idées unies), et de la modalité (ou du rapport du jugement avec la faculté de connaître). Une distinction importante qui date de Kant est celle des juge ments analytiques (dont l'attribut est inclus dans le sujet, en fait partie essentielle) et des jugements synthétiques (dans lesquels l'attribut est surajouté au sujet dont il ne fait pas partie essentielle). (A.Bertrand).

Jugements de valeur : les Pragmatistes appellent ainsi les jugements qui se rapportent aux moyens à prendre pour atteindre une fin obligatoire ou souhaitable.

Juridiction (Jurisdictio = action de rendre la justice, de jus =droit; dicere = dire ) : pouvoir de gouverner et de décider en matière juridique. 

Jurisconsulte, Juriste (du latin scolastique Jurista. - Jurisconsultus, de jus = droit, consultus = délibéré, de consultum, supin de consulere = siéger ensemble, délibérer, de consul, de cum-sedere = siéger ensemble) : celui qui donne son avis ou écrit sur les questions du droit.

Jurisprudence (Jurisprudentia = science du droit, de jus = droit; prudentia  = prévision, science) : science qui applique la loi à un cas donné.

Juste (Justus, juste, régulier, de jus = droit) : a) Par rapport aux choses : ce qui est conforme à un droit strict. Dans ce sens, il se distingue de ce qui n'est qu'équitable. - S'oppose à injuste. - De l'idée de juste, régulier, on est passé à celle d'exact, précis, rigoureux. Le substantif correspondant est alors justesse. - b) Par rapport aux personnes : celui qui possède un jugement droit et y conforme sa conduite.

Justice (Justitia, de Justus, de jus = droit) : Rendre à chacun ce qui lui est dû, c'est la définition ordinaire de la justice. S'oppose à injustice. - La formule des devoirs de justice est : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toimême. Du droit naturel naissent les devoirs de justice; du droit écrit naît l'équité, qui est en quelque sorte une justice conventionnelle.

Aristote a distingué une justice distributive, qui consiste dans l'égalité proportionnelle (par exemple, la distribution proportionnelle de mérite, des honneurs, du travail, des richesses, etc.), et une justice commutative, dont la règle est l'égalité pure et simple (par exemple, les échanges, les achats où l'on ne tient aucunement compte de la qualité des personnes, mais seulement de la valeur des choses achetées ou échangées).

Dans la langue platonicienne, le mot justice ne désignait pas seulement une vertu sociale, mais aussi une vertu individuelle : l'accord des trois parties de l'âme ou leur harmonie. Ces trois parties sont la raison (qui a pour vertu la science), le coeur (qui a pour vertu le courage) et l'appétit (qui a pour vertu la tempérance). De là une division parallèle de l'État en philosophes, guerriers et artisans : la justice règne dans l'État quand ces trois classes d'hommes remplissent leurs fonctions et vivent en harmonie.

Leibniz a défini la justice comme lacharité du sage, c'est-à-dire l'amour d'autrui réglé par la connaissance exacte de ce que nous devons à nos semblables. (A.Bertrand).

Jusnaturalisme. - On qualifie ainsi un des courants de pensée qui adoptent la doctrine du droit naturel, mais qui n'adoptent pas l'assimilation du droit divin au droit naturel, même s'ils peuvent éventuellent coïncider sur certains points. Parmi les représentants du Jusnaturalisme on peut mentionner : Suarez, Bodin, Hobbes, Pufendorf. On trouve fréquemment la marque d'un Jusnaturalisme dans les différentes doctrines du contrat social.

Justificacionisme. - C'est une forme d'administration de la preuve propre au rationnalisme et à l'empirisme. S'oppose au Scepticisme.

Juxtaposer, Juxtaposition (de juxta = auprès, poser, position, de ponere, positum = placer) : placer une chose à côté d'une autre. - Dans l'association il y a simple juxtaposition d'idées.

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