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Schelling (Friedrich
Wilhem Joseph de). - Philosophe né en 1775 à Leonberg (Wurtemberg),
m. en 1854, fit de fortes études de philosophie
et de théologie à Tubingen, où il eut Hegel
pour condisciple, puis à Iéna où enseignait Fichte,
s'attacha d'abord à ce maître et publia de 1794 à 1796
quelques écrits conçus dans l'esprit de sa doctrine (Du
Moi comme principe de la philosophie; Lettres philosophiques sur
le dogmatisme et le criticisme); mais
ne tarda pas à se séparer de lui et commença, à
partir de 1798, à faire, à Iéna même des cours
où il enseignait une doctrine nouvelle et qui furent écoutés
avec faveur. Reconnaissant néanmoins l'insuffisance de son instruction
scientifique, il quitta sa chaire pour redescendre sur les bancs, suivit
assidûment des cours de sciences physiques et de médecine,
et se fit recevoir docteur en médecine en 1802. Appelé en
1804 à l'Université de Wurtzbourg, il y professa quatre ans
avec un grand succès les diverses branches de la philosophie. Nommé
en 1808 par le roi de Bavière secrétaire de l'Académie
des beaux-arts, ses nouvelles fonctions l'obligèrent à interrompre
son enseignement; mais en 1820, ayant quitté Munich par suite de
collisions avec Jacobi, président de l'Académie,
il se rendit à Erlangen, où il reprit le cours de ses leçons.
Une université ayant été établie à Munich
en 1827, il y transporta sa chaire et y obtint les plus brillants succès;
il devint bientôt après président de l'Académie
des sciences, conservateur des collections scientifiques, et conseiller
intime du roi de Bavière. Il consentit cependant en 1841 à
quitter Munich pour se rendre à Berlin, où il occupa la chaire
de philosophie qu'avait illustrée Hegel.
Schelling est l'auteur d'un système
qui égale la célébrité de ceux de Kant
et de Fichte. L'idée fondamentale de ce système est que l'on
doit cesser d'opposer, comme on l'avait fait jusque-là, le monde
idéal et le monde réel, et de chercher comment l'esprit passe
de l'un à l'autre, mais qu'il y a identité entre les idées
et les choses, entre la pensée et l'être, le sujet et l'objet,
le moi et le non moi, l'humain et la nature, que ce ne sont là que
deux faces d'un seul et même être, l'Un, l'Absolu, Dieu, c'est
ce qui fait nommer ce système Philosophie de l'identité;
on le nomme aussi Philosophie de la nature, parce que l'auteur s'est
surtout attaché à expliquer les lois de la nature physique,
en montrant leur identité avec celles de la nature intellectuelle
et morale. Du sein de l'Absolu, par une évolution
nécessaire appelée procès, sortent la Nature et l'Esprit,
les choses et les idées, qui coexistent et se développent
parallèlement, mais dans une parfaite identité : l'électricité,
par exemple, se confond avec l'irritabilité, le magnétisme
avec la sensibilité. L'univers est l'expression de la pensée
divine et lui est identique; la raison humaine est virtuellement l'image
de l'intelligence absolue, ainsi que de l'univers; elle conçoit
l'Absolu par une intuition intellectuelle. La philosophie a pour objet
de connaître toutes choses par les idées de la raison; l'art
en est la représentation sensible. Le but de la triple activité
de la nature, de la philosophie et de l'art est de donner à Dieu
conscience de lui-même. Ce système prétend concilier
l'idéalisme et le réalisme,
la nécessité et la liberté, le matérialisme
et le spiritualisme, et veut reproduire, dans ses conceptions, l'ordre
même des choses, aspirant à une science telle qu'elle peut
se concevoir en Dieu même. La philosophie de la nature n'est au fond
qu'un panthéisme, et il est facile d'y reconnaître les idées
de Plotin, de Giordano Bruno
ou de Spinoza; mais c'est le panthéisme
le plus savant, s'aidant de toutes les découvertes de la science
moderne. Néanmoins il reste en butte à toutes les objections
qui ont de tout temps été faites contre le panthéisme.
En outre ce système pèche par la méthode : dédaignant
la marche lente et patiente de l'observation, l'auteur procède par
voie de construction, c'est-à-dire par hypothèse, au risque
d'être dupe de sa propre imagination.
Schelling a eu de chauds partisans et de
violents adversaires : parmi les premiers, Oken,
qui fit l'application de son système aux sciences naturelles; Baader,
Kieser,
Schubert, Burdach, Goerres, Krause;
parmi les seconds, Fichte, son ancien maître, Jacobi, Bouterweck,
Krug, enfin Hegel, qui avait d'abord été l'un de ses plus
fermes appuis. Un monument lui a été élevé
à Munich. (A19).
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Les
principaux ouvrages de Schelling sont
: Idées sur la philosophie de la nature, 1797; De l'Ame
du monde, 1798; Esquisse du système de la philosophie de
la nature, 1799; Système de l'idéalisme transcendantal,
1800 (trad. par Grimblot, 1842); Bruno, dialogue sur le principe divin
et le principe naturel des choses, 1801 (trad. par Husson, 1845) :
De
la méthode des études académiques, 1803 (trad.
Par M. Bénard, 1847); Philosophie et religion, 1804; Du
rapport des arts plastiques à la nature, 1807; Recherches
philosophiques sur la liberté humaine, 1809.
Éditions
anciennes - Ses œuvres complètes,
publ. à Stuttgart par ses fils, forment 12 vol. in-8, 1860 et ann.
suiv. En 1834, dans un écrit intitulé Jugement sur la
philosophie de M. Cousin (trad. par Wilm, 1835), Schelling annonça
une philosophie nouvelle, la philosophie positive, qui devait réconcilier
la spéculation idéaliste avec les grands intérêts
de la religion et de la vie pratique: mais cette philosophie nouvelle,
qui fit l'objet des leçons de Berlin, n'a pas vu le jour. On peut
consulter sur ce philosophe l'Histoire de la philosophie allemande de
Wilm, Paris, 1846-1849, Schelling et la Philosophie de la Nature,
par Matter, 1842 et 1845, et surtout la Notice historique lue en
1858 par M. Mignet à l'Institut, dont Schelling était associé.
En
librairie - F.W.J. Schelling, Philosophie
de la révélation (3 vol.), PUF, 2002. - Introduction
à l'esquisse d'un système de philosophie de la Nature,
Le Livre de Poche, 2001. - Les âges du monde, Aubier, 2001.
- Contribution à l'histoire de la philosophie moderne, PUF,
2000. - Exposition de mon système de la philosophie, sur le
vrai concept de la philosophie de la nature, Vrin, 2000. - Philosophie
de l'art, Jérôme Millon, 1999. - Leçons inédites
sur la philosophie mythologique, Jérôme Millon, 1998.
- Introduction à la philosophie de la mythologie, Gallimard,
1998. - Philosophie de la mythologie, Jérôme Millon,
1992. - Introduction à la philosophie, Vrin, 1996.
Hegel,
La
différence entre les systèmes philosophiques de Fichte
et de Schelling, Vrin. - Martin Heidegger, Schelling, Gallimard,
1993.
Emmanuel
Cattin, Schelling, Ellipses-Marketing, 2003. - Du même, Transformations
de la métaphysique, commentaires sur la philosophie transcendantale
de Schelling, Vrin, 2001. - Alexandra Roux et Veto Miklos, Schelling
et l'élan du système de l'idéalisme transcendantal,
L'Harmattan, 2001. - X. Tilliette, Schelling, Calman-Lévy,
1999. - Pascal David, Schelling, de l'absolu à l'histoire,
PUF, 1998.
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