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Inventaires > Dictionnaire des Idées et Méthodes

R

. - En mathématiques,  désigne l'ensemble des nombres réels.

Racine. - La racine d'un nombre a est le nombre r qui, multiplié par lui-même une ou plusieurs fois (soit n fois), donne le nombre a :  r x r x r (n fois) = a.

Radicalisme philosophique : nom donné à l'ensemble des doctrine politiques, économiques et philosophiques, professées par un groupe de philosophes anglais : Bentham, James Mill, John Suart Mill, etc.

Raison (La)  (Rationem = calcul, compte, raisonnement, raison, de ratum, supin de reor = être persuadé, penser). - Ce mot a été pris en des sens très divers :

a) Connaissance provenant de nos propres lumières : s'oppose à la foi, ensemble de croyances religieuses.  La raison est la faculté des principes. Les principes de la raison s'appellent principes premiers, principes directeurs de la connaissance. Les plus souvent invoqués sont les principes d'identité et de contradiction (principes logiques), de causalité, d'induction, de finalité (principes métaphysiques).

Outre les principes, on attribue aussi à la raison les idées innées, les idées premières, mais on n'est
pas d'accord sur leur nombre; tandis que les idées de perfection, d'infini, d'absolu sont généralement rapportées à la raison, on hésite pour les idées de temps et d'espace (dont Kant fait des formes de la sensibilité) et bien plus encore pour les idées de cause, de fin, d'unité, d'identité, qui semblent avoir leur origine dans la conscience ou réflexion. C'est que la raison et la réflexion ont pour ainsi dire même racine : dire que l'homme est un animal doué de raison ou de réflexion, c'est tout un et Leibniz le fait bien voir par sa célèbre exception : « Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été auparavant dans les sens », disaient les empiristes; Leibniz, partisan de l'innéité, ajoute : « excepté l'intelligence elle-même », c'est-à-dire l'ensemble des idées premières et des principes premiers que la réflexion découvre dans l'esprit, qui n'est nullement une table rase.

La raison n'est donc pas toute l'intelligence, mais sa fonction la plus haute, celle qui règle toutes les opérations intellectuelles. Elle n'est pas davantage le raisonnement puisqu'elle saisit son objet intuitivement, alors que le raisonnement, opération discursive, établit une vérité par l'intermédiaire d'autres vérités évidentes ou démontrées.

b) Faculté « de bien juger » (Descartes, Discours de la Méthode, 1re partie).

c) Faculté de raisonner : c'est la raison discursive que les Scolastiques opposent à intelligence, faculté intuitive.

d) « Connaissance des vérités nécessaires et éternelles » (Leibniz, Monadologie, § 29). 

e) Kant définit la raison comme suit : la faculté qui nous fournit les principes de la connaissance a priori; la raison pure est donc la faculté qui contient les principes permettant de connaître quelque chose absolument a priori (Critique de la Raison pure : Introduction, § VII). La raison est : 

1) théorique ou spéculative : celle qui regarde exclusivement la connaissance : elle est le fondement de la science. Elle aurait pour objet les idées transcendantes de l'âme, du monde et de Dieu, mais ces idées, selon Kant, sont simplement régulatives; en d'autres termes, elles ne peuvent servir qu'à systématiser les connaissances humaines en les ramenant à leur triple unité psychologique, cosmologique, théologique. 

2) pratique celle qui est considérée comme contenant le principe a priori de l'action ou règle de la moralité. C'est donc la conscience morale ou faculté
de juger du bien et du mal par le moyen de la loi morale ou impératif catégorique. 

Toutes les fois que la raison considère les idées qui fondent la raison théorique comme ayant un objet réel transcendant, elle tombe dans les antinomies. Par la raison pratique nous pourrions au contraire nous assurer que ce monde des noumènes, seulement possible pour la raison pure, est réel et nécessaire : c'est la théorie des postulats et il est étrange qu'on ait vu dans l'oeuvre de Kant, entre ces deux raisons, une contradiction qui n'y est nullement puisque le réel et le nécessaire complètent le possible et, loin de le contredire, le supposent. On peut repousser cette subordination de la raison pure à la raison pratique, autrement dit, de la métaphysique à la morale, sans y voir une contradiction, ni surtout une « sublime contradiction ».

f) L'école éclectique appelait raison impersonnelle la raison considérée moins comme une faculté que comme une lumière qui éclaire à la fois tous les esprits Dieu présent à l'âme. Cette théorie semble inspirée par les théories allemandes de l'identité de l'être et de la pensée ou plutôt par la tradition platonicienne et augustinienne : « Raison, raison, disait Fénelon, n'es-tu pas le Dieu que je cherche? » (A. Bertrand / G. Sortais).

Raison. - En mathématiques, plusieurs notions répondent au nom de raison :

Dans une progression par différence, on appelle raison la différence constante entre deux termes consécutifs. 

Dans une progression par quotient , en même mot désigne le quotient constant de deux termes consécutifs. 

Ajoutons qu'en géométrie, un problème classique assez fameux est celui connu sous le nom, un peu bizarre dans sa forme ancienne, de division d'une droite en moyenne et extrême raison.

Raison suffisante :  ici raison n'est pas pris dans le sens de faculté, mais de principe d'explication, de motif de justification. - La raison n'est pas la cause : ce dernier mot implique l'idée d'activité efficace. Si rien n'arrive sans cause, rien ne se produit non plus sans
raison, c'est-à-dire au hasard et, de plus, sans une raison adéquate ou suffisante : entendez par là une raison qui rende parfaitement intelligible l'apparition d'un phénomène ou la production d'un être.

Rien n'existe qui n'ait une raison suffisante d'exister : ce principe cher à Leibniz implique que, de raison en raison, il faut toujours remonter à une dernière raison, seule suffisante pour tout expliquer. Le principe d'universelle intelligibilité, tout ce qui est réel est rationnel, est une autre forme du principe de raison.

Hegel ajoutait que tout ce qui est rationnel est réel, ce qui n'est peut-être vrai que dans son système parce que nous n'avons aucun moyen de nous assurer que le réel épuise complètement le possible.

Raisonnement (de Raisonner, de raison). - Opération par laquelle l'esprit tire un jugement d'un ou de plusieurs jugements. Le raisonnement consiste à passer d'une vérité évidente ou démontrée à une autre vérité en employant des intermédiaires : ces intermédiaires sont eux-mêmes des vérités évidentes ou démontrées, et leur ernploi prouve que le raisonnement est une opération discursive, tandis que la raison est intuitive.

On distingue trois sortes de raisonnement : la déduction (syllogisme), l'induction et l'analogie, mais l'analogie n'est qu'une forme particulière de l'induction.

Raisonnement se dit à la fois de l'opération intellectuelle et du résultat de cette opération. Un raisonnement exprimé et mis en forme est un argument. C'est l'abus de l'argumentation, c'est-à-dire l'usage d'arguments captieux et sophistiques, qui a fait dire que souvent le raisonnement bannit la raison.

Rapport  (substantif verbal de Rapporter ; de re et apporter, de apportare= ad-portare) :

a) Lien qui unit deux ou plusieurs objets de pensée coexistant dans un même acte de l'esprit. 

b) Lien par lequel une personne ou une chose est rattachée à 'une autre par un trait commun. 

En philosophie, le mot rapport équivaut à celui de relation. Un rapport est un point de vue sous lequel on considère une chose ou une comparaison instituée par l'intelligence entre une idée et une autre idée. Les principes premiers expriment les rapports nécessaires des choses et, dans ce sens, la raison est la faculté des rapports. Le mot raison est même synonyme de rapport dans la langue des mathématiciens.

Il y a aussi des rapports contingents des choses entre elles : ils sont exprimés dans les lois expérimentales et une loi de la nature n'est pas autre chose que le rapport constant qui unit deux phénomènes ou un groupe plus considérable de phénomènes.

Ampère considère la raison comme la faculté des rapports nécessaires ou des relations abstraites et concrètes des choses : le rapport est plutôt dans l'esprit, c'est une conception abstraite ; la relation, plutôt entre les choses et dans le concret.

En mathématiques, on appelle rapport entre deux grandeurs, et, comme conséquence, le rapport de deux nombres abstraits, est une idée fondamentale, adéquate à celle de mesure. Quand on veut mesurer une grandeur quelconque, il faut la comparer à une grandeur de même espèce choisie comme unité; le résultat de cette comparaison, ou le nombre qui mesure la grandeur considérée, n'est autre que le rapport entre cette grandeur et la grandeur unité. Une définition convenable de la multiplication, par exemple, n'est réellement possible qu'à l'aide de cette notion. Le rapport du produit au multiplicande est égal au rapport du multiplicateur à l'unité. Les rapports se retrouvent en géométrie et généralement dans toutes les branches des mathématiques.

Rasoir d'Occam : on appelle ainsi cette maxime du nominaliste Occam : Entia non sont in multiplicanda praeter necessitatem ( = on ne doit pas multiplier les entités sans nécessité).

Rationalisme (Ratonalis = doué de raison, qui concerne le raisonnement, de ratio, rationis = raison)

a ) On désigne ainsi les systèmes fondés sur la raison par opposition aux systèmes fondés sur la révélation. Il y a aussi un rationalisme théologique, qui s'efforce d'expliquer soit les livres saints, soit les dogmes surnaturels par une interprétation purement rationnelle Spinoza, dans son Traité théologico-politique, et Strauss en sont des représentants.

 b) Quelquefois le mot rationalisme s'oppose à empirisme et signifie alors croyance à la raison comme origine des idées premières et des principes premiers; empirisme signifie recours exclusif l'expérience sensible comme unique source d'idées et de connaissances.

Rationnel (Rationalis, de ratio, rationis = raison) . - En termes de philosophie, ce qui est fondé sur la raison (Rationalisme) ou sur le raisonnement. Le mot s'oppose à empirique (Expérience, Empirisme).

En mathématiques, synonyme de commensurable, quand cette épithète s'applique à un nombre. Dans la théorie des équations, le mot rationnel a parfois un sens sur lequel nous devons insister. On y considère comme rationnels des nombres quelconques, racines d'équations algébriques à coefficients entiers, et toute fonction rationnelle à coefficients entiers de ces nombres est considérée comme un nombre rationnel. Ces nombres irrationnels dont nous parlons sont alors dits adjoints.

Ratiovitalisme. -

Rayon (géométrie). - Le rayon d'un cercle est la longueur constante du segment compris entre le centre et un point quelconque de la courbe, ou encore l'un quelconque de ces segments.

En coordonnées polaires, on appelle rayon vecteur la coordonnée qui représente la distance de l'origine au point variable de la courbe. On donne également ce nom aux coordonnées bipolaires, ou l'on définit une courbe par une relation entre les distances de l'un quelconque de ses points à deux points fixes. C'est cet ordre d'idées qui a conduit souvent à appeler aussi rayons vecteurs les distances d'un point d'une ellipse ou d'une hyperbole aux deux foyers

Enfin on appelle rayon osculateur ou rayon de courbure le rayon du cercle osculateur ou de courbure.

Réaliser (de Réel, du latin scolastique realis, de res = chose) : ce mot signifie  :

a) Rendre réel ce qui n'est encore que possible. 

b) Considérer comme une réalité ce qui n'est qu'une idée abstraite : c'est réaliser des abstractions.

c) Se prend actuellement dans le sens de se représenter fidèlement, quelque chose (ex. : réaliser une situation).

Réalisme (de Réel, du latin scolastique realis) : a) Réalisme de Platon, pour qui les Idées sont plus réelles que les êtres individuels et sensibles.

- b) Réalisme des Scolastiques : les universaux ont un fondement  dans la réalité.  Dans la querelle des universaux qui remplit la scolastique, les réalistes étaient ceux qui croyaient à la réalité, nous dirions aujourd'hui à l'objectivité des idées générales, soit qu'elles existassent dans les objets, soit plutôt qu'elles fussent les objets mêmes de l'entendement divin. Les nominalistes n'y voyaient que des noms, et les conceptualistes des conceptions purement subjectives.

On voit que les réalistes étaient vraiment des idéalistes au sens platonicien du mot, puisqu'ils posaient la réalité des idées comme une vérité certaine. Remarquons qu'au lieu de réalistes et nominalistes, on disait quelquefois réaux et nominaux.

- c)  Doctrine qui admet la réalité du monde extérieur :  l'être est indépendant de la connaissance actuelle qu'on en peut avoir. Son corrélatif, l'idéalisme, désigne alors le système qui consiste à nier l'existence du monde extérieur : tel est l'immatérialisme de Berkeley, pour qui esse est équivalent de percipi.

d) Doctrine d'après laquelle l'être est, en nature, autre chose que la pensée  et ne peut être tiré de la pensée, comme le prétendent plus ou moins (Kant, Fichte).

e) Le réalisme dans l'art consiste au contraire à nier l'idée ou l'idéal en les considérant comme de pures chimères : c'est donc un nominalisme ou plutôt, comme on l'a très bien dit, un « trivialisme ».

Réalité (de Réel, du latin scolastique realis) : 

 a) Ce qui a une existence effective. La réalité est une des catégories de Kant. - S'oppose à Possibilité.

b) Caractère de ce qui est réel (réalités sensibles et réalités intelligibles, invisibles). 

Récept (mot créé par analogie avec Concept, de receptum, supin de recipere = reprendre, recevoir : de re [préfixe] = de nouveau; capere = prendre) : ce mot signifie ce que l'intelligence reçoit : ce sont, les données de la connaissance.

Récife (Ecole de). -

Récognition (Re = de nouveau; cognition, de cognitio, de cognitum, supin de cognosrere = cum-gnoscere, noscere = connaître) : la récognition est, l'acte par lequel l'esprit reconnaît la nature d'un objet perçu. La reconnaissance du souvenir est l'acte par lequel l'esprit juge qu'un état actuel de conscience a été déjà éprouvé. - D'après Kant, la récognition est l'une des trois fonctions synthétiques de la pensée.

Réciproque (proposition). - Proposition telle que le sujet peut devenir l'attribut, et l'attribut le sujet : l'Asie est la plus grande contrée de l'ancien monde, et la plus grande contre de l'ancien monde est l'Asie.

Réduction, Réductible (Reductio, de reductum, supin de re-ducere = retirer, ramener) : transformation d'un énoncé ou d'une donnée pour les amener à une forme plus utilisable ou plus claire. - Réduction des principes aux principes d'identité et de raison. - Réduction à l'unité : a) de l'analyse rationnelle et expérimentale ; b) de la synthèse rationnelle et expérimentale (ex. : réduction à l'absurde, réduction de l'induction à la déduction, réduction des définitions, etc.).

Réel (du latin scolastique Realis, de res = chose) : s'oppose : 
a) à fictif, illusoire, apparent (ex. : un épisode réel); 

b) à relatif, phénoménal : 

«... Le mouvement en lui-même, séparé de la force, est quelque chose de relatif... Mais la force est quelque chose de réel et d'absolu... » (Leibniz à Arnauld, 14 janvier 1688). 
c) à idéal, possible, c'est-à-dire aux choses telles qu'elles devraient ou pourraient être. Le réel signifie les choses telles qu'elles sont;

d) à personnel (ex. : droit réel, c'est-à-dire concernant les choses jus in re);

e) à verbal, nominal  (ex. : définition réelle). 

Réel (nombre). - L'ensemble  des nombres réels comprend tous les nombres ordinaires. C'est à-dire les nombres entiers  (entiers positifs [] et négatifs), l'ensemble des nombres rationnels , qui sont toutes les fractions des nombres entiers, ainsi que d'autres nombres, appelés irrationnels, tels que  ou . Contrairement aux ensembles que l'on vient de nommer  a la propriété d'être continu.

Referendum (de Referendus = ce qui doit être reporté; participe passif de re-ferre, refero, de re, de nouveau, fero = porter) : droit politique, dont jouissent les citoyens dans certaines démocraties, de voter directement sur certaines questions d'intérêt général.

Réfléchi (participe passé de Réfléchir, de re-flectere = revenir en arrière, réfléchir) : a) Ce qui se rapporte à la réflexion (ex. : conscience réfléchie). - b) Ce qui résulte de la réflexion (ex. : résolution réfléchie). - c) Qui a l'habitude de la réflexion (ex. : esprit réfléchi).

Réfléchissant (de Réfléchir) : le jugement est dit réfléchissant, quand, l'individuel ou le particulier étant donné, on y découvre le général. S'oppose à Déterminant. Exemple : Platon est philosophe. Ce jugement sera réfléchissant, si, partant du sujet singulier Platon, j'y découvre la qualité de philosophe. Il sera déterminant, si, partant de l'idée générale de philosophe, je constate que je dois l'attribuer à Platon.  Kant, Critique du jugement, introduction, § IV.

Réflexif (de Reflexum, supin de re-flectere = revenir en arrière) : la méthode réflexive est la méthode psychologique, c'est-à-dire propre à la psychologie, . - On nomme Psychologie réflexive, ou introspective,celle qui étudie les facultés intellectuelles et volitives, par opposition à la Psychologie affective, qui traite de la sensibilité. La réflexion, qui est l'instrument propre de cette psychologie implique désir ou volonté de s'étudier soi-même en devenant en quelque sorte acteur et spectateur, et par là se distingue de la conscience proprement dite ou conscience spontanée qui n'est que l'aperception naturelle de nos états internes : je souffre et par là même je sais que je souffre, c'est la conscience qui m'a averti; je souffre et j'étudie ma souffrance en elle-même et dans ses causes psychologiques, c'est la réflexion qui commence son oeuvre et met en quelque sorte en opposition le moi qui éprouve la douleur et s'en afflige et le moi qui l'étudie en s'efforçant de rester impassible. C'est précisément de l'identité du sujet et de l'objet dans cette connaissance d'un genre particulier que l'on a tiré des objections souvent répétées contre la possibilité de la réflexion ou de l'introspection.

Réflexion (Reflexio, de reflexum, supin de re-flectere = revenir en arrière, réfléchir) : a) Retour de la pensée sur elle-même : la réflexion, ou conscience réfléchie, ou perception interne, est l'acte par lequel l'esprit se prend lui-même pour objet de connaissance . - b)  Suspension du jugement, en vue de s'éclairer, avant de se prononcer dans un sens plutôt que dans un autre, par exemple dans la délibération intellectuelle. - Méthode psychologique (article précédent).

Réfutation (Refutatio, de refutatum, supin de re-futare = repousser, de re et de l'archaïque futare = renverser) : argument ou raisonnement tendant à prouver que telle doctrine est fausse.

Régime (de Regimen, action de diriger, de regere, conduire) : ce mot signifie façon de régir, d'où : a) Façon d'administrer sa santé. Influence de la volonté sur la nutrition au moyen du régime alimentaire. - b) Façon d'administrer l'État, forme de gouvernement (ex. : l'Ancien régime; divers régimes politiques).

Règle (en latin regula; de regere, diriger) :  formule prescrivant ce qui doit, être fait pour atteindre un but déterminé;  tout principe sur lequel s'appuie la pratique de la morale, du droit, des sciences, des arts, etc.

Les règles sont  des conseils dictés par l'expérience, plutôt que des lois inflexibles, et ne détruisent pas l'indépendance de l'esprit : car, dit Quintilien, si on les prenait servilement pour guides, si l'on s'assujettissait à une seule méthode, ce serait vouloir éprouver la lenteur pénible des gens qui marchent sur une corde le chemin public n'est pas une loi indispensable; nous le quittons souvent pour abréger la marche; si le pont est brisé, nous faisons un circuit, et, si la porte est environnée de flammes, nous sortirons par la fenêtre. 

En littérature, les règles n'ont pas précédé, mais suivi les modèles; on admirait les chefs-d'oeuvre de Sophocle et d'Euripide, avant qu'Horace eût tracé les règles de l'art dramatique : les préceptes ont été puisés dans les oeuvres de ceux qui écrivaient de manière à plaire et à entraîner, et les critiques n'ont fait qu'observer et formuler. 
Règne (Regnum = royauté, royaume, de rex = roi, de regere = diriger) : a) Vaste ensemble d'êtres ou d'idées unis et dominés par un principe commun.. - b) Grandes divisions de la nature : règnes minéral, végétal, animal.

Regrès, Régressif, Régression (Regressus, Regressio, retour, de regressum, supin de re-gredior, de re = en arrière et gradior = marcher) : idée de recul, de retour en arrière. - a) En biologie : retour à un type antérieur, ou retour d'un organe à un état plus ancien ou rudimentaire. - b) En psychologie : les souvenirs se perdent, en cas d'amnésie, dans l'ordre inverse de celui qui a présidé à leur acquisition. - c) En logique : quand l'esprit remonte des conséquences aux principes, des faits aux causes, du composé au simple marche répressive de l'analyse. - d) En  sociologie : transformation qui ramène une société en arrière. - S'opposent à progrès, progressif, progression.

Régulier (polyèdre). - C'est un polyèdre qui a tous ses angles et tous ses côtés égaux.

Regret et remords. - Le regret (substantif verbal de Regretter, qui se rattache au gothique gretan = se lamenter) est un sentiment pénible ou désagréable que l'on a en pensant à une chose passée et que l'aimerait encore présente. Le remords (pour Remors, ancien participe passé de remordre, employé substantivement, de re et de mordre, de mordere= mordre) est le sentiment pénible ou désagrable que l'on éprouve en pensant à une chose que l'on a faite, et que l'on préfèrerait ne pas avoir faite. 

Régularité, Régulier (Regularis, de regula = équerre, règle, de regere = diriger) : a) Ce qui est conforme à une règle ou à une formule prescrite. - b) Ce qui est gouverné par une loi.  (ex. : régularité et stabilité des lois physiques).

Réisme. -

Relatif (Relativu = ce qui se rapporte à, de relatum, supin de re-ferre = eporter) : a) Ce qui dépend de certaines conditions. - b) Ce qui ne peut être affirmé sans restriction, en soi, mais en le comparant avec la moyenne des êtres de même espèce. - S'oppose à absolu.

Relation (Relatio, de relatum, supin de re-ferre, reporter).  -  Synonyme de rapport.

a) C'est l'une des catégories d'Aristote, pros ti, accident en vertu duquel une chose a tel ou tel rapport à une autre. 

b) Pour Kant, c'est  la troisième division des catégories de Kant et désigne le rapport de l'attribut au sujet : 1° substance et accident; 2° cause et effet; 3° réciprocité d'action ou communauté, d'où résultent les jugements catégoriques, hypothétiques et disjonctifs.

Relativisme(de Relatif). - Opinion des philosophes qui admettent la relativité de la connaissance;  nous n'atteignons jamais les choses telles qu'elles sont. On peut considérer l'agnosticisme, le probabilisme, le scepticisme, le phénoménisme, le criticisme, le néo-criticisme, l'idéalisme métaphysique, le positivisme, etc. comme des formes du relativisme. Tous ces systèmes supposent une théorie de la connaissance qui nous refuse toute idée véritable de l'absolu. Autres formes :  .

Relativité. - Relatif s'oppose à absolu et indique la relation d'une chose à une autre: l'accident est relatif à la substance, l'effet relatif à la cause.

Relativité de la connaissance :

a) Relativité absolue : toute connaissance, même rationnelle, est relative : c'est l'opinion de Hume, Hamilton, Stuart Mill, Spencer, Bain. 

b) Relativité relative : de la perception sensible.

La relativité de la connaissance résulte de ce que nous ne connaissons rien absolument, « nous ne connaissons le tout de rien », dit Pascal, et surtout de ce que nous ne pouvons rien connaître, comme l'a montré Kant, que relativement à nous, c'est-à-dire par le moyen de nos facultés de connaître qui imposent leurs formes, leurs lois subjectives à toutes nos connaissances. Protagoras disait déjà : L'humain est la mesure de toutes choses.

Hamilton, se fondant sur cette opinion que penser c'est conditionner, en concluait que la connaissance de l'absolu était démontrée impossible.

Réminiscence (Reminiscentia, de reminiscor = se souvenir, du primitif meniscor, miniseor. Racine men = penser. Mens = intelligence) : 

a) Retour à l'esprit d'un souvenir non reconnu. 

b) Souvenir incomplet ou vague.

Dans son acception usuelle, aussi bien en psychologie que dans le langage ordinaire, désigne un souvenir imparfait, une conception qui se présente à notre mémoire sans que nous en reconnaissions précisément l'origine; par exemple, un vers qui nous revient à l'esprit sans que nous nous rappelions quel en est l'auteur, un motif musical que nous fredonnons sans savoir où nous l'avons entendu, l'idée que nous avons déjà vu quelque part une personne que nous rencontrons, etc.

Dans un sens qui ne s'éloigne pas beaucoup du précédent, mais qui le restreint et le précise, Platon a fait de la Réminiscence (en grec anamésis) le principe d'une théorie qui lui est propre. Les idées, selon lui, en tant que conçues par l'esprit, sont l'objet de réminiscences. C'est dans une existence antérieure à celle-ci que nous avons connu le bien, le vrai, toutes les idées générales et absolues; maintenant nous ne faisons plus que nous en ressouvenir; et ce souvenir incomplet (car nous ne nous doutons pas que nous nous souvenons; le philosophe seul l'a deviné; et, au fond, l'objection la plus sérieuse qu'on puisse faire à son système, c'est qu'il repose sur une hypothèse tout à fait arbitraire), ce souvenir incomplet, disons-nous, cette réminiscence l'éveille en nous à mesure que quelques perceptions présentes en font naître l'occasion.

On trouve partout dans Platon les traces de cette théorie; mais c'est surtout dans le Ménon qu'il l'a régulièrement exposée. Dans le Phèdre, les ailes de l'âme poussant à la vue de ce qui est beau pour l'emporter vers les régions idéales de la beauté en soi ont bien l'air de n'être encore qu'un symbole poétique de la Réminiscence. (B-e.).

Représentatif (système). - Forme de gouvernement dans laquelle la nation délègue à un parlement l'exercice du pouvoir législatif.

Représentation '(Repraesentatio, de re-praesentare = rendre présent, de praesens, de prae-sum = être en tête) : ce mot signifie : 

a) Acte qui rend un objet présent à l'esprit. On dit : représentation sensible, intellectuelle. Il vaudrait mieux dire présentation. 

b) Ce qui est présent à l'esprit à titre d'objet connu ; c'est le sens usité chez Descartes. 

c) Sens social, politique : 1°) Droit de faire des représentations ou remontrances. 2°) Délégation de droits, de pouvoirs : représentation professionnelle, représentation proportionnelle. - d) en mathématiques, représentations graphiques des fonctions, etc.

La représentation est l'image qui succède à la sensation : on dit que les sensations sont affectives (agréables ou douloureuses) et représentatives (expression ou représentation des objets qui les produisent).

Chez certains philosophes, la représentation est donnée comme un état qui n'est ni objectif ni subjectif : ils l'isolent de l'objet et de l'esprit pour la considérer à part. Dire que tout se réduit aux représentations, les choses et l'esprit, c'est professer une sorte de phénoménisme.

Schopenhauer a écrit son principal ouvrage pour défendre une hypothèse d'après laquelle le monde serait volonté dans son essence et représentation dans la connaissance que nous en avons.

Représentationnisme (de Représentation) : systèmes divers sur la perception médiate du monde extérieur.

République. - Le mot signifie étymologiquement chose publique. Il sert à désigner un Etat dans lequel la souveraineté est détenue par le peuple (démocratie) ou par une partie de la population (aristocratie). Diverses libertés sont par ailleurs supposées êtres garanties aux citoyens. - S'oppose à monarchie, système dans lequel la souveraineté est entre les mains d'une seule personne.

Résolution (Resolutio, action de délier, décomposition, de resolutum, supin de re-solvere = délier, désagréger, décomposer. D'où action de dénouer, de dégager un parti entre plusieurs partis à prendre, un résultat entre plusieurs possibles) : 

a) Détermination de la volonté. 

b) Opération ou méthode par laquelle on décompose un tout en ses parties ou une proposition complexe on propositions plus simples dont elle est la conséquence; exemples : l'analyse est une méthode résolutive ou de décomposition. 

c) Résolution des problèmes, des équations, etc.

Respect (Respectus ) action de regarder derrière soi, égard, de respectum, supin de respicere, de re = en arrière, et de l'archaïque specere = regarder) :

a) La découverte ou perception de la valeur morale d'un idéal, d'une règle, d'une personne suscite en nous ce sentiment particulier qu'on nomme le respec. 

b) Le sentiment de respect nous porte à nous abstenir de porter atteinte à l'idéal, à la règle ou à la personne respectée. Respect de la personne humaine : fondement du droit et du devoir (Kant). 

c) Respect humain : considération de l'opinion des autres inspirée par la crainte d'encourir leur blâme ou leur vengeance (morale d'A. Smitn fondée sur le respect humain).

Ressemblance (de Re et sembler, de similare = être semblable, de similis = semblable) : la ressemblance relative est une identité partielle : deux objets de pensée sont dits semblables quand ils ont entre eux quelque élément ou rapport commun; la ressemblance absolue est l'identité complète.

Reste. - En arithmétique, on appelle reste le résultat d'une soustraction ; et, par extension, la différence entre le dividende, dans une division, et le produit du diviseur par le quotient entier. Ce terme, dans les mêmes acceptions, est conservé en algèbre. On emploie aussi la même expression, concurremment avec celle de résidu, pour représenter les restes des divisions par un même nombre d'une suite de dividendes obéissant à une loi déterminée, et, en particulier, d'une suite de puissances entières d'un même nombre. C'est ainsi que l'étude des restes de 10, 10², 103... divisés par un diviseur quelconque est intimement liée à la théorie des fractions décimales périodiques. Enfin, dans un développement d'une fonction suivant la série de Taylor ou de Maclaurin, le reste est la différence entre la valeur de la fonction et la somme des termes du développement, limité à un terme de rang n déterminé. Pour que le développement soit valable, il faut que le reste tende vers zéro lorsque n croît indéfiniment. (C.-A. L.).

Retour (substantif verbal de Retourner) : a) Doctrine stoïcienne du retour éternel : après plusieurs milliers d'années, toutes les choses recommencent., semblables à ce qu'elles ont été auparavant. Cette idée a été reprise par Nietzsche.  - b) Système des « retours historiques » de Vico.

Réversible Réversibilité (de Reversum, supin de re-vertere = revenir retourner) :

a) Ce qui est susceptible d'être appliqué à une autre personne que le possesseur actuel. 

b) Ce qui peut être renversé : ex, en logique : les relations symétriques; en physique : les transformations qui peuvent se faire dans tel sens ou dans le sens inverse,  le corps ou le système repassant exactement par les mêmes états que dans la transformation directe, par suite d'une modification infiniment petite des propriétés du milieu extérieur .

Rétrograde (sens)*. - Sens des aiguilles d'une montre ou sens opposé au sens direct ou trigonométrique.  Exemple le mouvement diurne des étoiles

Révisioniste. - a) Partisan de la révision d'une constitution. - b) Celui qui, au nom d'une idéologie, nie les faits historiquement avérés.

Rhomboèdre (géométrie). - Polyèdre dont les six faces sont des losanges (rhombes). Le cube en est un cas particulier. Ce terme est à peu près abandonné aujourd'hui en géométrie, et n'est guère employé qu'en cristallographie, de même que l'adjectif rhomboïdal, servant à désigner un corps qui rappelle la figure d'un losange.

Romantisme (de Romantique, de roman, du latin populaire romanice = à la façon des Romains) : a) Romantisme littéraire : qui rejette la hiérarchie des facultés et la valeur des règles. - b) Romantisme philosophique doctrine de certains philosophes allemands (Fichte, Schelling, Novalis, Frédéric et Guillaume de Schlegel, Schleiermacher, Hegel), qui, pour réagir contre l'Aufklärung (Les Lumières), déprécient les règles logiques et esthétiques, exaltant la spontanéité, la passion, la liberté, l'intuition, et donnent à l'idée de la nature et de l'esprit une importance prépondérante.

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Dictionnaire Idées et méthodes
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