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Francis Bacon

Bacon (Francis). - Philosophe né à Londres en 1561, était fils de Nicolas Bacon, garde des sceaux sous Élisabeth I. Il se fit remarquer dès son enfance par la précocité de son génie, et conçut de bonne heure le dessein de réformer les sciences; mais il fut longtemps détourné de ce projet par le soin de sa fortune. Dans sa jeunesse, il accompagna l'ambassadeur d'Angleterre en France à la cour de Henri III. Rappelé dans son pays par la mort de son père, il se fit recevoir avocat, et se livra avec succès à l'étude de la jurisprudence. Préférant néanmoins la carrière des affaires publiques, il fit tous ses efforts pour obtenir quelque emploi important, et s'attacha dans ce but au comte d'Essex; il se fit aussi nommer membre de la Chambre des communes (1592). Cependant, il ne put réussir à s'avancer sous Élisabeth I, quoiqu'il eût consenti, pour se concilier la faveur de cette princesse, à justifier la condamnation du malheureux Essex, qui avait été son protecteur; il ne reçut d'elle que le titre honorifique de conseil ou avocat extraordinaire de la reine. Il se consola de cet oubli par la culture des sciences et commença dès lors Les travaux qui l'ont immortalisé.

Après la mort d'Élisabeth, Jacques I, qui aimait les savants, éleva rapidement Bacon aux honneurs; il fut successivement nommé solliciteur général (1607), puis attorney général (1613), membre du conseil privé (1616), garde des sceaux (1617), et enfin grand chancelier (1618); il fut en outre fait baron de Vérulam et vicomte de St-Alban. Il seconda puissamment les efforts du roi pour unir les royaumes d'Angleterre et d'Écosse, et fit d'utiles réformes. Mais il avait à peine exercé pendant deux ans les fonctions de grand chancelier qu'il fut accusé par les Communes de s'être laissé corrompre, en, acceptant de l'argent pour des concessions de places et de privilèges; il fut en conséquence condamné par la cour des pairs à être emprisonné dans la tour de Londres et à payer une amende de 40 000 livres sterling il fut en outre privé de toutes ses dignités, et exclu des fonctions publiques (1621). Par cette sentence sévère, le parlement ne voulait pas tant frapper Bacon, dont le crime était loin d'être aussi grand qu'on l'a fait, qu'atteindre le favori de Jacques, Buckingham, dont le faible chancelier était la créature, et dont il avait trop facilement toléré les malversations. Au bout de peu de jours, le roi lui rendit la liberté, et lui fit remise de l'amende; quelques années après, il le releva de toutes les incapacités prononcées contre lui (1624). Cependant, Bacon resta depuis sa disgrâce éloigné des affaires, et il consacra les dernières années de sa vie à ses travaux philosophiques. Il mourut en 1626, à la suite d'expériences de physique qu'il avait faites avec trop d'ardeur.

Francis Bacon a laissé des écrits sur la jurisprudence, la politique, l'histoire, la morale, et sur la philosophie. Ce sont surtout ces derniers qui l'ont rendu célèbre. Ils sont tous compris dans un vaste ouvrage que l'auteur nomme Instauratio magna, et qui devait se composer de six parties, la revue des sciences la méthode nouvelle, le recueil des faits et des observations, l'art d'appliquer la méthode aux faits recueillis, les résultats provisoires de la méthode, les résultats définitifs ou philosophie seconde. De ces six parties, trois seulement ont été exécutées : la première dans le traité De dignitate et augmentis scientiarum (qui fut d'abord en anglais, 1605, puis en latin, 1623); la deuxième, dans le Novum Organum (1620, lat.) où l'auteur expose une logique nouvelle qu'il oppose à l'antique méthode d'Aristote; la troisième, dans divers traités qui portent le titre d'Histoire naturelle, tels que le Sylva Sylvarum (1627, en anglais, posthume) l'Historia vitae et mortis (1622), l'Historia ventorum (1622), l'Historia densi et rari (1658, posthume).
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Francis Bacon.
Francis Bacon (1561-1626).

Il ne reste sur les autres parties que des ébauches incomplètes. Bacon est considéré comme le père de la philosophie expérimentale : l'idée fondamentale de tous ses travaux est de faire, comme il le dit, une restauration des sciences, et de substituer aux vaines hypothèses et aux subtiles argumentations qui étaient alors en usage dans l'école, l'observation et les expériences qui font connaître les faits, puis une induction légitime, qui découvre les lois de la nature et les causes des phénomènes, en se fondant sur le plus grand nombre possible de comparaisons et d'exclusions.

Un autre ouvrage très connu de Bacon est son Atlantis nova, ou Nouvelle Atlantide, utopie philosophique, publiée en 1627, où l'auteur prône notamment la nécessité de donner aux sciences une dimension pratique, dans l'intérêt de la société tout entière, autrement dit la nécessité de définir l'activité scientifique à l'intérieur d'un projet politique. On le voit également affirmer une certaine tolérance religieuse, plutôt en rupture avec l'air du temps.

Outre l'Instauratio, et la Nouvelle Atlantide, Bacon a écrit des Essais de morale et de politique qui jouissent d'une grande réputation (publiés d'abord en anglais, 1597, puis en latin, sous titre de Sermones fideles, 1638); un petit traité De sapientia veterum (1609); l'Histoire de Henri VII (1622, en angl.; 1638, en latin). Il a aussi laissé quelques opuscules philosophiques, qui ont été publiés en 1653 par Isidore Gruter à Amsterdam, sous le titre de Scripta in naturali et universali philosophia, 1 vol. in-18; des Discours, qu'il avait prononcés, soit comme solliciteur et attorney général soit comme membre du parlement, et enfin un grand nombre de Lettres qui jettent beaucoup de jour sur sa vie et son caractère. Dans les écrits de Bacon on admire autant le style que les pensées : ils sont remplis d'images neuves, sublimes, et de comparaisons heureuses.


Mickaël Popelard, Francis Bacon. L'humaniste, le magicien, l'ingénieur, PUF , 2010.
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En célébrant le mariage de la main et de l'esprit, c'est-à-dire en réconciliant la théorie et la pratique, Bacon veut ouvrir la voie à une science nouvelle qui prenne son origine et trouve sa fin dans l'homme. En cela, il se montre le parfait héritier du courant humaniste tout en prolongeant le débat sur le statut de la magie et sur l'importance de la technique qui traverse la Renaissance anglaise. Cette idée nouvelle de la science anime chacune de ses oeuvres philosophiques, mais c'est sans doute dans La Nouvelle Atlantide que Bacon donne le mieux à voir ce que pourrait être cette science nouvelle, féconde et salvatrice qu'il entend fonder. (couv.).

Éditions anciennes - Les meilleures éditions de ses Oeuvres complètes sont celles de Londres, 1740, 4 vol. in- fol.; celle de Basil Montaigu, 1825 -1835, 17 vol. in-8, et celle de MM. Spedding, L. Ellis et Heath, 1857-62, 12 vol. in-8., M. Boulet a publié les Oeuvres philosophiques, en les accompagnant d'introductions et de notes en français, Paris 1834-1835, 3 vol. in-8. Les oeuvres de Bacon ont été traduites en français par A. Lasalle, 15 vol., in-8, Paris; 1800-1803; malheureusement cette trad. n'est ni complète, ni fidèle. M. Lorquet a donné une trad. nouvelle du Novum Organum, Paris, 1840, in-12. La vie de Bacon a été écrite en latin par W. Rawley, son secrétaire (1638), en anglais par Mallet (1740), par J. Campbell (Vies des lords chanceliers) et par Hepworth Dixon, 1860; et en. français par P. de Vauzelles (1833). On doit à Deleyre une Analyse de la philosophie de Bacon; à Deluc un Précis de la philosophie de Bacon. J. de Maistre a laissé un Examen de la philosophie de Bacon, ouvrage posthume (1837), plein de partialité et peu digne de l'auteur. Le philosophe anglais a été mieux apprécié par Ch. de Rémusat dans le livre intitulé : Bacon, sa vie, son temps et sa philosophie, 1856.

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