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Les
astronomies archaïques
On ignore à quelle époque
on a commencé à s'intéresser aux astres. Les plus
anciens témoignages archéologiques laissent penser que ce
n'étaient pas les astres eux-mêmes qui intéressaient
nos ancêtres, mais certains rythmes de leur environnement, auxquels
les astres, en même temps d'autres phénomènes naturels
(remontée des saumons
dans les rivières, migrations de troupeaux, floraison des plantes,
etc.) pouvaient participer. La succession des levers et couchers
du Soleil
est assurément un phénomène astronomique selon nos
conceptions actuelles, mais le fait de constater le rythme des jours et
des nuits
relève-t-il déjà de l'astronomie? Rien n'est moins
évident. Les Grecs ,
encore au
VIIIe
siècle avant notre ère, y voyaient plutôt
quelque chose que nous ferions aujourd'hui relever d'une forme de météorologie.
Lumière et ténèbres, se partageant alternativement
l'espace environnant, étaient pour eux deux entités qui avaient
une substance au même titre que la matière des corps. De même,
certaines séries entailles sur des os ou des bois de de rennes remontant
au Paléolithique supérieur, font bien penser que ceux qui
en étaient les auteurs portaient peut-être un intérêt
aux cycles de la Lune .
Mais si c'était bien le cas, ces cycles étaient-ils à
l'origine de spéculations particulières?
La situation au Néolithique semble
moins difficile à déchiffrer. On parvient à comprendre
comment l'intérêt pour les phénomènes astronomiques
participe d'une préoccupation pour les cycles de l'existence et
pour la mort. L'inhumation - manière d'inscrire de façon
pour ainsi dire indélébile un individu dans l'espace -
devient une pratique courante. L'orientation de la dépouille par
rapport aux points cardinaux ,
qui sont des directions définies par le mouvement de la sphère
céleste ,
accentue encore cette volonté d'insertion dans un grand tout cosmique.
Une correspondance symbolique est ainsi établie entre les rythmes
de la vie et les cycles cosmiques. C'est le sens qu'il convient de donner
aux orientations astronomiques de grands édifices religieux et funéraires
du passé, comme Stonehenge .
Et c'est encore ainsi que s'expliquera l'agencement des cités et
des temples babyloniens, chinois, égyptiens ,
romains, mayas, etc.
-
Le
Disque de Nebra. - Découvert en 2002 en Allemagne,
ce
disque de bronze, qui représente la Lune, le Soleil et
des
étoiles (parmi lesquelles peut-être les Pléiades) est
un
cas exceptionnel de représentation aussi complète
des
astres pendant la Préhistoire.
Les humains commencent alors à croire
qu'ils peuvent intervenir sur les rythmes cosmiques par des rituels appropriés,
de la même façon, que ces rythmes ont prise sur le destin
des humains. Agir sur le déroulement cosmique ou simplement le prévoir,
voilà qui va inciter à chercher à mieux connaître
les cycles des astres, et voilà aussi ce qui caractérise
les astronomies archaïques. Elles représentent d'abord une
quête de la signification humaine des phénomènes célestes,
et peu importe pour elles la nature des astres. Les mythes
sont là le plus souvent pour répondre aux éventuelles
questions à leur sujet : les étoiles
sont les feux de camps allumés la nuit par les habitants du ciel,
la Lune
est le séjour des défunts, etc.
Découvrir les rythmes cosmiques
afin de marcher du même pas ne va pas de soi. Observer le lever et
le coucher
des astres n'est pas si simple qu'il y paraît. Déterminer
la longueur de l'année
par le retour du Soleil
à une même point de référence est encore plus
compliqué. Quant à la définition de la durée
du mois
lunaire
ou période des phases ,
la connaissance des rythmes des planètes ,
cela demande une expertise qui a besoin pour se constituer de plusieurs
siècles. C'est ce genre de constat qui fait parfois parler de "connaissances
astronomiques avancées" à propos de certaines civilisations
archaïques. Même si leurs astronomes ne connaissaient pas grand
chose de l'astronomie, ils avaient dû énormément travailler
pour obtenir le peu de connaissances qu'ils avaient. Le plus grand accomplissement
de leur science fut la conception de calendriers.
Sauver les apparences.
Les plus anciennes observations qui nous
soient parvenues sont des observations chinoises sur l'obliquité
de l'écliptique ,
qui datent de 1100 av. J.-C., et les
observations d'éclipses
faites par les Babyloniens, 720
av. J.-C. Ces derniers ont connu la période du saros
de 223 lunaisons
ou 18 ans et 11 jours, qui ramène la Lune
à la même position à l'égard de ses noeuds
et du Soleil ,
et qui permet de prédire les éclipses futures, au moyen de
celles qui ont eu lieu dans une de ces périodes.
Les Égyptiens
ont connu la durée (365 jours 1/4) de la révolution tropique
du Soleil .
Les Babyloniens, vers la même époque avaient des connaissances
supérieures, et c'est sans doute chez ces derniers que les Grecs ,
à partir du VIe
siècle av. J.-C., ont puisé une partie des connaissances
astronomiques que Thalès, Pythagore,
Eudoxe
et Platon avaient. Le grand apport des Grecs aura
été surtout d'avoir cherché à comprendre
les phénomènes de la nature sans en appeler à des
causes surnaturelles. Cette démarche, tempérée par
ce qu'on a appelé le programme de Platon, qui assignait pour
tâche à l'astronomie de seulement sauver les phénomènes,
a permis d'élucider la cause des phases
de la Lune ,
celle des éclipses ,
la rondeur de la Terre ,
l'obliquité
de l'écliptique ,
le mouvement des planètes .
On enseignait dans l'école de Pythagore
que les comètes
sont des astres analogues aux planètes, que celles-ci sont habitées,
que les étoiles
sont des soleils, etc. Mais ces grandes spéculations manquaient
de preuves, et elles étaient trop contraires aux illusions des sens
pour ne pas rester méconnues.
Méton, 400
av. J. - C., introduisit dans le calendrier grec, qui était
basé sur le mouvement de la Lune ,
le cycle de 19 ans correspondant à 235 lunaisons ,
au bout duquel le calendrier lunaire se retrouvait d'accord avec le mouvement
du Soleil ,
à 1/4 de jour près. Pythéas,
vers le temps d'Alexandre, observait à
Marseille la longueur méridienne
de l'ombre du gnomon ( Gnomonique)
au solstice
d'été, et en concluait l'obliquité
de l'écliptique .
C'est la plus ancienne observation de ce genre après celle de Tcheou-Kong
en Chine ;
elle confirme la diminution progressive de l'obliquité de l'écliptique.
L'école
d'Alexandrie.
L'école
d'Alexandrie ,
qui commence à briller vers 300 av. J.
- C., nous présente un ensemble d'observations régulièrement
exécutées avec des instruments propres à mesurer les
angles, et calculées par les méthodes trigonométriques.
Le système astronomique de cette école, a été
plus utile que les spéculations antérieures,
parce qu'il était fondé sur l'expérience,
ce qui offrait un moyen de le rectifier et d'arriver par degrés
à un système du monde plus satisfaisant.
Aristarque
et Eratosthène.
Parmi les astronomes qui ont illustré
cette école, nous citerons Aristarque
de Samos ,
auteur d'une ingénieuse méthode
pour trouver le rapport des distances du Soleil
et de la Lune
à la Terre .
Il admettait le mouvement de la Terre, et la considération que ce
mouvement n'affecte pas sensiblement la position des étoiles
les lui fait ,juger incomparablement plus éloignées que le
Soleil. Eratosthène, auquel on doit
la première mesure de la Terre, fixa la latitude
d'Alexandrie
et de Syène .
Hipparque.
Hipparque,
de Nicée
en Bithynie
(IIe siècle
av. J.-C.), le plus grand astronome de l'Antiquité ,
est remarquable par sa méthode, par le
grand nombre et la précision de ses observations,
par les conséquences qu'il a su en tirer. Il détermina la
durée de l'année tropique ,
et reconnut l'avantage de se servir pour cela des observations d'équinoxes ,
ce qui lui donna lieu d'observer l'inégalité de durée
des saisons ,
et par suite l'excentricité
de l'orbite du Soleil .
Il donna des tables
du Soleil et de la Lune .
Par la comparaison de ses observations d'éclipses
avec celles des Chaldéens ,
il trouva les durées des révolutions
de la Lune relatives aux étoiles ,
au Soleil, à ses noeuds
et à son périgée .
Il détermina aussi la parallaxe
de la Lune, d'où il essaya de déduire la distance
du soleil. Une nouvelle étoile qui parut de son temps lui fit entreprendre
un catalogue qui renferme 1625 étoiles. En comparant ses propres
observations à celles d'Aristille et
de Timocharis, il reconnut l'augmentation
de toutes les longitudes ,
et il l'explique par un mouvement direct de la sphère céleste
autour des pôles de l'écliptique ,
ce qui constitue le phénomène de la précession
des équinoxes .
Hipparque a enseigné à fixer la position des lieux de la
Terre
par leur longitude et leur latitude; il se servait des éclipses
de Lune pour déterminer les longitudes. Il perfectionna la trigonométrie
sphérique, fit un grand nombre d'observations de planètes ,
etc. Malheureusement il ne nous reste de ses travaux que ce que Ptolémée
nous en a transmis.
Ptolémée.
Ptolémée,
né à Péluse
en Égypte ,
vivait à Alexandrie
vers l'an 130 de notre ère.
Il suivit les idées d'Hipparque et essaya
de donner un système complet d'astronomie.
Il découvrit l'une des inégalités de la Lune, et donna
le moyen de la représenter par des épicycles, c'està-dire
en faisant mouvoir la Lune ,
non plus autour de la Terre ,
mais sur un cercle dont le centre lui-même tourne autour de la Terre.
C'est par des systèmes analogues ou plus compliqués qu'ont
été représentés tous les mouvements célestes
jusqu'à Kepler. Les progrès de l'astronomie
finiront par surcharger d'épicycles
le système de Ptolémée, au point de justifier le mot
bien connu du roi Alphonse de Castille .
Considéré
comme un moyen de représenter les mouvements célestes et
de les soumettre au calcul, le système de Ptolémée
dira Laplace, fait honneur à sa sagacité,
et il a servi la science en permettant de lier entre eux les phénomènes
et d'en déterminer les lois.
Ptolémée
a recueilli toutes les déterminations connues de longitude
et de latitude ,
il a jeté les fondements de la méthode des projections pour
la construction des cartes géographiques ( L'histoire
de la cartographie );
il a exposé le phénomène des réfractions ,
et il a rassemblé ses théories et ses tables
dans l'Almageste, en négligeant malheureusement d'y consigner
toutes les observations dont Hipparque et lui
s'étaient servis.
Prolongements
médiévaux.
Avec l'école
d'Alexandrie
finit l'astronomie ancienne, dont les Arabes ont conservé, développé
et transmis les connaissances. L'astronomie reparaît dans l'Europe
médiévale, grâce aux écrits de Boèce
et de Gerbert, et aux encouragements d'Alphonse
X et de Frédéric Il, qui fit traduire de l'arabe en latin
l'Almageste de Ptolémée.
Si l'on excepte la position d'Oresme (1329 -1382),
cette astronomie médiévale repose sur l'hypothèse
géocentrique (la Terre
est au centre du monde), comme la plupart de ceux qui l'ont précédée.
Pourtant, au XVe siècle sa situation
devient intenable. L'héliocentrisme (le Soleil
au centre du monde) devient de nouveau une option à prendre au sérieux.
La renaissance
de l'astronomie.
Copernic (1473-1544),
né à Thorn, dans la Pologne
prussienne, chanoine à Frauenberg, établit une théorie
du mouvement de la Terre
qui résulte de trente-six ans d'étude et d'observations.
Choqué de l'extrême complication du système de Ptolémée,
il chercha dans les anciens philosophes quelque hypothèse
plus simple. Il y trouva (ou cru trouver dans une tradition reposant sur
des bases fausses) que les Égyptiens
supposaient Vénus
et Mercure
en mouvement autour du Soleil ,
mais aussi que Hicétas faisait tourner
la Terre sur son axe, affranchissant ainsi la sphère céleste
de l'inconcevable vitesse qu'il fallait lui supposer pour accomplir en
un jour une révolution complète; enfin que les pythagoriciens
faisaient mouvoir la Terre et les planètes
autour d'un feu central (qui n'était pas, cependant, le Soleil).
Ces idées frappèrent Copernic; il les appliqua aux observations,
et les vit se plier apparemment sans effort à la théorie
du mouvement de la Terre. Dès lors le mouvement diurne
du ciel ne fut plus pour lui qu'une illusion due à la rotation de
la Terre; la précession
des équinoxes ,
un mouvement de l'axe terrestre; les mouvements rétrogrades
des planètes, des apparences dues au mouvement de translation de
la Terre.
Le système de Copernic
avait malheureusement à combattre les illusions
des sens, et ne pouvait être établi
définitivement qu'après la découverte des lois fondamentales
de la mécanique, lois dont les Anciens n'eurent aucune idée.
Il avait un autre défaut, dont on tend à minorer aujourd'hui
l'importance : dans les détails, il n'était si simple que
cela. Car même en admettant l'hypothèse
héliocentrique, on restait encore confronté au fait que les
orbites
des planètes
ne sont pas des cercles mais des ellipses parcourues avec des vitesses
variables, et que pour rendre compte de leur mouvement réels, il
fallait ajouter des complications au total aussi peu séduisantes
que celles du système de Ptolémée.
Cette complication explique aussi la réticence
à adopter le système de Copernic
de certains astronomes, pourtant convaincus de la nécessité
de renoncer au système de Ptolémée.
Tel était le cas de Tycho Brahé (1546-1601),
qui observa pendant vingt ans à Uraniborg, dans la petite île
de Hven, à l'entrée de la mer Baltique. On lui doit un nouveau
catalogue
d'étoiles ,
de nombreuses observations des planètes ,
qui serviront de base aux lois de Képler ,
une connaissance plus parfaite des réfractions ,
la découverte de l'équation annuelle
et de la variation lunaire, la remarque que les comètes
se meuvent fort au delà de la Lune .
Frappé des objections faites au système de Copernic, il en
adopta un nouveau : les apparences y sont les mêmes que dans celui
de Copernic, seulement on transporte à tout le ciel les deux mouvements
de la Terre ,
qui redevient le centre immobile de l'univers.
L'astronomie
moderne
La révolution
astronomique.
L'ignorance absolue des lois de la mécanique
justifie cette répulsion que l'on éprouvait pour le mouvement
de la Terre .
Ainsi l'on ne concevait pas comment les corps détachés de
la Terre pouvaient en suivre les mouvements. Les partisans de Copernic
eux-mêmes n'admettaient pas qu'un corps pesant tombant d'une grande
hauteur doit rencontrer le sol sensiblement au même point, quel que
soit le mouvement de la Terre. Certains, à l'instar de Giordano
Bruno, pressentaient déjà que les nouvelles idées
ne pourraient s'installer véritablement qu'après
la fondation d'une nouvelle physique. Il allait revenir à Galilée,
à Kepler, à Newton
et à quelques autres d'autres d'accomplir cette révolution.
Tous sont partisans de l'héliocentrisme, et tous se réclament
aussi de Copernic. Sans doute parce que, comme lui, ils refusent à
la Terre une place privilégiée au centre monde. Pourtant
l'astronomie qu'ils vont fonder n'aura plus rien à avoir avec celle
de leurs prédécesseurs. Copernic, comme d'ailleurs Tycho
Brahé appartienentt à une autre époque. Leurs
systèmes sont les dernier à rester fidèle au
programme de Platon, qui voulait seulement sauver
les apparences. La vision du monde qui va s'installer
tout au long du XVIIe
siècle reposera sur une nouvelle
façon de penser l'espace et le mouvement,
au sein d'une physique désormais tout entière articulée
autour des notions d'inertie et de force.
Galilée.
Galilée
(1564-1642),
né à Pise, montra que tous les corps tombent dans le vide
avec la même vitesse; il trouva les lois de la chute
des corps, des oscillations du pendule, du mouvement des projectiles. Il
perfectionna les lunettes que le hasard venait de faire découvrir,
et, à partir de l'automne 1609,
les dirigeant vers le ciel ,
il reconnut les phases
de Vénus ,
analogues à celles de la Lune ,
le système des quatre satellites principaux de Jupiter ;
il mesura les montagnes de la Lune, reconnut la nature de la Voie lactée ,
la rotation du Soleil .
Il observa même ou l'anneau de Saturne ,
qu'il n'identifie cependant pas comme tel. Galilée en déduisit
avec raison, que tous les déplacements dans le Système solaire
ne s'effectuent pas autour de la Terre .
Aussi adopta-t-il les idées de Copernic,
mais sans pouvoir encore les faire prévaloir.
De fait, les observations
de Galilée donnaient au système
héliocentrique beaucoup de vraisemblance, mais elles n'apportaient
aucun argument décisif, et devant l'Inquisition
qui lui intenta un procès en 1630,
il fut conduit à renoncer à ses affirmations. C'est seulement
en 1727
que Bradley, découvrant un effet d'optique
appelé l'aberration
des étoiles fixes (vois plus bas), pourra montrer l'existence
d'un mouvement périodique annuel de la Terre
par rapport aux étoiles .
Et ce n'est qu'en 1851,
que les propriétés d'inertie d'un pendule oscillant permettront
à Foucault de révéler la
rotation de notre planète.
Kepler.
Contemporain de Galilée,
avec lequel il entretenait d'ailleurs une correspondance, Képler
(1571-1631),
poursuivit les travaux de Tycho Brahé dont
il avait été l'assistant et qui lui avait légué
la collection précieuse de ses observations. Il s'occupa d'abord
de la planète Mars
: choix heureux, parce que l'orbite
de Mars est une des plus excentriques, et qu'elle approche beaucoup de
la Terre dans ses apparitions. Astrologue
autant qu'astronome, inspiré par Platon
et les Pythagoriciens, ils croyait à
la perfection géométrique des mouvements célestes.
Il imagina que les cinq polyèdres réguliers définis
par les mathématiques pourraient
être mis en rapport avec les dimensions des sphères cristallines
supposées porter les cinq planètes
visibles à l'oeil nu. Finalement, après un grand nombre de
tentatives, Kepler dut se résoudre à abandonner le mouvement
circulaire que les Anciens regardaient comme seul possible, et il reconnut
alors que l'orbite de Mars est une ellipse dont
le Soleil
occupe un foyer. Il constata également la loi des aires,
qui consiste en ce que le rayon mené du Soleil à la planète
décrit des aires égales en temps égaux. Plus tard
il étendit ces résultats à toutes les planètes,
et publia en 1626 ses tables
rudolphines. Ses idées pythagoriciennes sur les nombres
et leur rôle dans l'univers firent soupçonner à Kepler
que les distances moyennes des planètes sont liées entre
elles, de même que les durées de leur révolution .
Après dix-sept ans d'essais infructueux, il découvrit que
les carrés des temps de révolution des diverses planètes
sont entre eux comme les cubes des grands axes de leurs orbites.
Kepler eut aussi
quelques vues exactes sur la pesanteur
des corps, leur gravitation
mutuelle, la cause des marées .
On lui doit un ouvrage sur l'optique, où il donnait la théorie
des lunettes et de la vision. Mais, séduit par des idées
préconçues sur l'harmonie du Système solaire ,
il s'égara dans la recherche de la cause motrice des planètes .
Aussi ses contemporains, Descartes et Galilée,
ont-ils méconnu l'importance de ses lois ;
elles n'allaient être généralement admises que lorsque
Newton en eut fait le fondement de ses théories.
L'astronomie
au XVIIe siècle.
Huygens (1629-1695)
perfectionna la construction et la théorie des lunettes; il découvrit
un satellite de Saturne
(Titan ),
expliqua les apparences de son anneau .
Il appliqua le pendule aux horloges; et par ses théorèmes
sur les développées et la force centrifuge,
il ouvrit à la mécanique une voie nouvelle. S'il eût
combiné ces principes avec les lois de
Képler ,
il aurait enlevé à Newton la théorie
des mouvements curvilignes et la loi de la gravitation .
La création de l'Académie
des sciences de Paris
en 1666 marque une époque importante
dans l'astronomie d'observation. Louis XIV attire
en France Hevélius, Cassini,
Roemer
et Huygens; et c'est au sein de l'Académie
que prennent naissance l'application du télescope au quart de cercle
pour la mesure des hauteurs des astres, l'invention du micromètre
et de l'héliomètre, la découverte de la propagation
successive de la lumière, de la grandeur de la Terre, de la diminution
de la pesanteur à l'équateur.
Picard donne le
premier une mesure exacte de la Terre par des procédés que
l'on suivra jusqu'au XXe
siècle. Richer, à Cayenne ,
où il fut envoyé par l'Académie,
constate la diminution de longueur du pendule à seconde. Roemer
mesure la vitesse de la lumière, et invente la lunette méridienne.
Dominique
Cassini détermine les mouvements des satellites de Jupiter ;
il découvre quatre satellites de Saturne ,
constate la rotation du globe de Jupiter et de Mars ,
signale le premier la lumière zodiacale ;
il donne des tables de réfraction
et une théorie complète de la libration
de la Lune .
Ces progrès de l'astronomie, et
les progrès simultanés de l'analyse et de la mécanique,
ne pouvaient laisser plus longtemps inconnues les lois fondamentales du
mouvement des corps célestes. C'est à Newton
qu'il était réservé de les reconnaître.
Newton.
Aussi mesquin, vindicatif,
autoritaire et maniaque que Kepler avait été
généreux, humain, modeste et sincère, Newton
(1642-1727),
se livrait lui aussi aux sciences occultes, préférant pour
sa part l'alchimie
à l'astrologie ,
mais
restant persuadé que ses découvertes n'étaient que
les réminiscences d'une science mystérieuse, détenue
par quelques initiés de l'Antiquité .
Il n'en reste pas moins le vrai fondateur de la physique moderne, dont
Descartes
et Galilée n'avaient fait que poser les
premiers jalons.
A moins de 30 ans,
Newton
était déjà en possession du calcul des fluxions (forme
initiale du calcul différentiel
et intégral) et de sa théorie
de la lumière : il montre ainsi, à partir de 1666, que la
lumière blanche du Soleil ,
dispersée par un prisme est en fait composée de multiples
couleurs. Et sa comprhension de l'optique lui permettra, en 1671,
de construire le premier télescope utilisant pour objectif un miroir,
plutôt qu'une lentille. Stimulé par les travaux de Hooke,
Halley,
Huygens,
Borelli
ou encore Flamsteed, Newton élabore
à partir de 1687,
le cadre théorique dans lequel la notion de force,
reliée à celle de quantité
de mouvement, est devenue enfin opérationnelle. Mieux encore,
il va réussir à exprimer dans une formule la force qui est
à l'origine du déplacement des planètes .
Cependant, lorsqu'il cherche à confirmer ses idées,
Newton se heurte dans un premier temps à l'imperfection d'une mesure
des dimensions du globe faite en Angleterre
( L'histoire de la géodésie ).
Il lui faudra attendre la mesure effectuée par Picard
pour pouvoir constater l'exactitude de sa supposition, et d'affirmer que
la Lune
tombe à chaque instant vers la Terre
en vertu d'une force 3600 fois moindre que celle qui produit la chute
des corps pesants à sa surface.
En étudiant le mouvement d'un projectile
qui serait lancé autour d'un centre, il reconnaît que sa trajectoire
est effectivement une ellipse ayant ce centre
pour foyer et satisfaisant à la loi des aires proportionnelles an
temps. La comparaison de ces résultats avec les lois de Kepler
lui indique immédiatement que le mouvement des planètes
autour du Soleil
est dû à leur vitesse initiale combinée avec une force
(qui n'est pas une force magnétique comme Kepler
et d'autres avaient pu le croire auparavant), par laquelle chaque, planète
pèse et tombe vers le Soleil; la nature elliptique de leurs orbites
démontre l'égale pesanteur
de toutes les planètes vers cet astre. Newton a ensuite étendu
la loi de la gravitation
à toutes les parties de la matière ,
en établissant ce principe général,
que chaque molécule attire toutes les autres en raison de sa masse ,
et réciproquement au carré de sa distance à la molécule
attirée.
Parvenu à ce grand principe appelé
loi
d'attraction universelle ,
Newton
en voit découler les grands phénomènes
du système du monde, l'attraction des planètes ,
l'aplatissement de la Terre ,
les lois de la variation des degrés et de la pesanteur
à sa surface, la cause des marées ,
la précession
des équinoxes .
Ces dernières découvertes ne sont, il est vrai, qu'ébauchées
dans le livre des Principes de la philosophie naturelle publié
en 1681; près d'un siècle
devait s'écouler avant que ces conséquences du principe de
la gravitation fussent développées par les successeurs de
Newton.
L'astronomie
au XVIIIe siècle.
Malgré les réticences auxquelles
se heurte la physique newtonienne (notamment en France où, pendant
près d'un demi-siècle, l'on s'accroche chauvinement à
la physique de Descartes, qui pourtant ne fonctionne
pas), l'astronomie pratique continue à se perfectionner.
Les mouvements des corps du Système solaire
semblent alors pouvoir être entièrement décrits par
les équations de la mécanique céleste. Cette branche
de l'astronomie est perfectionnée notamment par Clairaut,
Lagrange
et Laplace connaîtra des succès
éclatants. En attandant, Flamsteed
construit ses cartes et ses catalogues
d'étoiles .
Halley
calcule, d'après les méthodes de
Newton,
l'orbite des comètes
connues, et reconnaît ainsi la périodicité de la comète
qui porte son nom, et dont il annonce le retour pour 1759.
Il indique également le passage
de Vénus
sur le Soleil
en 1761 comme pouvant servir à
déterminer la parallaxe
du Soleil ( Les passages de Vénus
devant le Soleil ).
Bradley découvre
en 1727 l'aberration
des étoiles
et en donne l'explication. En 1745
il reconnaît la nutation
de l'axe terrestre et ses lois.
La Caille vérifie
la méridienne de France, construit des catalogues
d'étoiles
et de nébuleuses
du ciel austral, des tables du Soleil
et de réfraction .
Il mesure un degré du méridien au cap de Bonne-Espérance,
et y observe la parallaxe
de la Lune .
C'est l'époque des grandes expéditions
envoyées par la France
en Laponie et au Pérou pour la mesure du globe terrestre dont l'aplatissement
se trouve mis hors de doute ( Textes
en ligne : Maupertuis, La Figure de la
Terre (Voyage en Laponie), 1738; La
Harpe, Le Voyage des géomètres
en Amérique du Sud, 1820). Quelques années
plus tard, les passages
de Vénus
sur le Soleil
en 1761 et 1769
donnent lieu à d'autres voyages scientifiques auxquels diverses
nations prennent part, et qui concourent aux progrès de la géographie
et de la navigation.
Les télescopes de Newton
et de Gregory avaient remplacé les lunettes
depuis longtemps, lorsque la découverte de l'achromatisme par Dollond
rend la supériorité à ces derniers instruments. Citons
encore le perfectionnement des tables
lunaires, celui des montres marines, la construction du cercle répétiteur
de Borda, pour les services rendus à la
navigation dont les progrès sont intimement liés à
ceux de l'astronomie.
La fin du XVIIIe
siècle est surtout célèbre par les travaux
d'Herschel, qui constituent un apport immense
à l'astronomie d'observation, et parmi lesquels nous mentionnerons
seulement la découverte d'Uranus
en 1781, et les recherches sur les
nébuleuses
et les étoiles doubles .
L'astronomie
au XIXe siècle.
Le XIXe
siècle s'ouvre par la découverte de Cérès
par
Piazzi à Palerme. C'est le premier
de ces astéroïdes ,
comme on les appellera bientôt, tous compris entre Mars
et Jupiter ,
dont le nombre s'avérera au cours des années et des décennies
suivantesconsidérable.
La mesure de la méridienne
occupe encore les astronomes. A l'occasion du nouveau système des
poids et mesures dont le mètre devait former la base, Méchain
et Delambre avaient repris la triangulation
de la France
de Dunkerque à Montjuich, près de Barcelone ;
Biot
et Arago la continuent jusqu'à Formentera.
Depuis lors, de nouvelles mesures ont été effectuées
en d'autres contrées, notamment eu Russie .
On a ainsi mis en évidence les irrégularités des divers
méridiens
et déterminé avec plus de précision l'aplatissement
terrestre ( L'histoire de la géodésie ).
L'application de la télégraphie
électrique à la détermination des longitudes
a réalisé à partir du milieu du XIXe
siècle un perfectionnement important pour la construction
des cartes et la connaissance de la forme de notre globe; mais on ne l'a
utilisée dans un premier temps que pour le calcul des longitudes
relatives de Paris ,
Greenwich et Bruxelles.
La mécanique céleste se perfectionne
encore, notamment avec Poisson et Le
Verrier, ce dernier permettant par ses calculs la découverte
de Neptune
en 1848, à partir des irrégularités
du mouvement d'Uranus .
Cette mécanique atteindra son plus haut degré de perfection,
pour longtemps, avec Poincaré, à
la charnière des XIXe
et XXe siècle.
Cette époque est aussi celle des recherches approfondies sur les
étoiles doubles ,
sur les parallaxes
et la distance des étoiles
( La distance des astres ),
les comètes ,
les astéroïdes ,
les planètes ,
etc. C'est aussi à cette époque que naît l'astrophysique
: grâce aux avancées permises par les nouvelles techniques
d'analyse spectrale
de la lumière, on commence désormais à accéder
à la constitution chimique des astres et à quantité
d'autres informations que l'on avait crues jusque là hors de portée. |
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