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La découverte du monde > Le ciel
L'astronomie néo-latine
L'astronomie latine au Moyen âge
La destruction de l'Empire romain eut des suites désastreuses en Occident. La vie intellectuelle cessa, ou à peu près. Malgré ses efforts intelligents, Charlemagne ne put la ranimer, et Alcuin avait pu lui dire :
«  Il ne dépend ni de vous ni de moi de donner au monde une Athènes chrétienne. »
Il faut distinguer dans le Moyen Age deux périodes, l'une qui va jusqu'à l'an 1000, pendant laquelle à  la misère matérielle vient s'ajouter la misère morale et intellectuelle. Sauf dans de rares monastères, il n'est plus question d'études littéraires et scientifiques. Dès le XIe siècle, les choses vont en s'améliorant; ce qu'on appelle la Renaissance est le fruit d'un arbre dont les racines ont mis plusieurs siècles à se développer.

Compilateurs  et encyclopédistes

L'évêque wisigoth Isidore de Séville,  fut, avec Pline, un des guides scientifiques des chrétiens occidentaux au Moyen âge. Mais c'est surtout en Angleterre et en Irlande que se sont trouvés, aux VIIe, VIIIe et IXe siècles, les principaux savants de l'Europe, presque tous moines. Tous ces auteurs, dont nous ne mentionnerons que les plus connus, et qui pour ce qui concerne l'astronomie reproduisaient plus ou moins les doctrines de Chalcidius, ne connaissaient sans doute pas les écrits originaux de celui-ci. Ils s'inspiraient de deux auteurs qui vivaient au Ve siècle de notre ère, Macrobe et Martianus Capella. Le premier avait composé un Commentaire sur le songe de Scipion où il résume les principales hypothèses astronomiques des Anciens, en particulier celle d'Héraclide du Pont; on y trouve d'ailleurs un reflet des superstitions populaires, c'est ainsi que pour lui, comme, longtemps après, pour les paysans bretons, la Voie lactée est la route que suivent les âmes qui ont quitté notre globe. (L'astronomie des Romains).

Isidore de Séville.
Isidore, qui occupa pendant 35 ans, de 601 à 636, le siège épiscopal de la ville dont il porte le nom, était un homme instruit qui connaissait le grec et l'hébreu. Mais l'esprit critique lui faisait a peu près complètement défaut. Il a composé un certain nombre d'ouvrages, dont le principal a pour titre Etymologies, indescriptible amas de notions confuses  et mal digerées, mais qui a eu un véritable succès, et fut une référence jusqu'au temps de Saint Louis.  Dans les Etymologies, paraît avoir, l'un des premiers (du moins chez les latins), distingué l'astronomie de l'astrologie.

« L'astronomie, dit-il, s'occupe du mouvement des astres; l'astrologie est en partie naturelle et en partie surnaturelle. L'astrologie naturelle traite du cours du Soleil, de la Lune et des astres; l'astrologie surnaturelle cherche des rapports entre les douze signes du zodiaque et les éléments de l'âme et du corps.»
Le mot mundus, monde, vient, selon l'auteur, de motus, mouvement, « parce que le monde est toujours en mouvement  »; et caelum, ciel, de caelatum, ciselé, « parce que les figures des constellations y sont ciselées comme sur un vase (vas caelatum).-»
« la sphère céleste, ajoute-t-il, en tournant en vingt-quatre heures autour de la Terre, va si vite que si les astres, qui vont au-devant d'elle à sa rencontre, n'en retardaient pas le mouvement, elle causerait la perte du monde. »

« L'Orient et l'Occident sont les portes du ciel (januae caeli), parce qu'on y entre par l'une et on en sort par l'autre. »

Dans un autre livre, le De natura rerum, Isidore a réuni les renseignements astronomiques dispersés en divers endroits de ses Etymologies. Son principal but semble être de citer toutes les allusions que la Bible ou les Pères ont pu faire à chacun des objets que le ciel ou la Terre offrent à notre contemplation. 

Bède le Vénérable.
Bède fut l'un des rares à s'intéresser à l'astronomie, à une époque où ce n'était pas en vogue. Il s'aperçut l'un des premiers de l'anticipation de l'équinoxe sur le temps que le concile de Nicée avait fixé, en 325, pour la célébration de la fête de Pâques, et proposa, pour y remédier, une correction assez semblable à celle du calendrier Grégorien, comme on le voit dans ses écrits De embolismorum ratione; temporum ratione; De Paschae celebratione, seu De aequinoctio vernali juxta Anatolium, etc.

Bède introduisit le premier en Angleterre le cycle dionysien imaginé par Victorius d'Aquitaine et corrigé par Denys le Petit, et l'usage de compter les années depuis la naissance de Jésus. Bède s'aperçut le premier que la période dionysienne était de deux années en erreur sur la vraie époque de la naissance de Jésus ou que l'année vraie de la naissance de Jésus était de deux années antérieure à l'ère chrétienne.

Alcuin.
Alcuin, né en 735, mort en 804, continuateur de Bède et précepteur de Charlemagne, passe pour l'auteur de plusieurs écrits d'astronomie et de mathématiques, tels que De cursu et saltu Lunae, De reperienda Luna per XIX annos, imprimés dans les Oeuvres d'Alcuin (Ratisbonne, 1772, 2 vol. in-fol.).

Scot Erigène.
Jean Scot Erigène, qui vint s'établir en France au temps de Charles le Chauve, a beaucoup écrit, et, en tant que philosophe, c'était un néo-platonicien. Il n'était pas, semble-t-il, très remarquable par ses connaissances en géométrie. Quoi qu'il en soit, en matière d'astronomie, il a fait de Mercure, de Vénus, de Mars et de Jupiter les satellites du Soleil qui tournait autour de la Terre ainsi que la Lune, Saturne et les étoiles fixes. Sauf, en ce qui concerne Saturne, nous avons la le système de Tycho-Brahé

L'astronomie aux Xe et XIe siècles

Au Xe siècle, qu'on pourrait surnommer le siècle barbare par excellence, nous n'avons à mentionner qu'Abbon, abbé du monastère de Fleury, de l'ordre de Saint-Benoît, et son disciple Gerbert. 

Abbon.
Abbon fut envoyé deux fois à Rome, en 980, par Robert, roi de France, pour apaiser Grégoire V, qui voulait mettre le royaume en interdit. Il périt, en 1004, dans une querelle qui s'était élevée entre les Français et les Gascons. Abbon écrivit sur l'astronomie et les mathématiques divers traités.

Gerbert d'Aurillac.
Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II, appartient plus particulièrement à l'histoire des mathématiques. Il n'était pas cependant étranger à l'astronomie, comme le fait, entre autres, voir sa lettre au frère Ada. Il y est question d'une sorte d'horloge (horologium) annuelle, où se trouve, à partir des équinoxes, indiquée la durée variable du jour, comparativement à la durée complémentaire de la nuit.
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Le malentendu des tubes astronomiques

S'appuyant sur un passage de la Chronique de Ditmar (évêque de Mersebourg, mort en 1019), on a voulu faire passer Gerbert pour l'inventeur du télescope. Voici ce passage :

G. in Magdeburgo horologium fecit, illud recte constituens, considerata per fistulam quamdam stella nautarum duce.
Mais rien ne dit que ce tube, fistula, par lequel le constructeur de l'horloge regardait l'étoile polaire, "guide du navigateur," stella nautarum dux, fût une lunette d'approche ou tout instrument analogue. Il s'agissait évidemment d'un simple tube d'orientation. On sait que, pour s'orienter, les Anciens se servaient d'un tube en bois ou en métal; d'abord, parce que ce tube, exactement dirigé sur l'étoile polaire immobile, pouvait, pendant le mouvement diurne, rester en place pour indiquer toujours le point nord; ensuite, parce que par ce moyen on aperçoit plus nettement l'astre qu'on isole ainsi par une sorte de pointage. Voilà, selon nous tout le secret de ces tubes d'observation, dont avaient déjà parlé Aristote, Strabon, etc., et sur lesquels on a tant discuté.

La preuve qu'on se servait depuis longtemps de simples tubes sans verre, c'est la comparaison qu'en fait Aristote (De generatione animalium, lib. XV). Il compare les tubes avec lesquels on regardait les astres à l'une des mains, à demi fermée avec les doigts, qu'on applique sur l'œil pour mieux voir, ou à l'effet d'un puits du fond duquel on voit les étoiles en plein jour. C'est ce qui donne aussi l'explication de ce dessin d'un manuscrit, cité par Mabillon, qui représente Ptolémée observant le ciel avec un tuyau. Quant au fameux passage de Strabon, où il serait question "de rayons visuels se brisant comme s'ils passaient par des tuyaux," il a été mal interprété par les commentateurs.

Au XIe siècle.
Au XIe siècle, nous ne voyons, comme dignes d'être mentionnés, que le bénédictin Adelbold et Herman Contractus. Le premier appartient à, l'histoire des mathématiques. Le second, né en 1013, fut abbé du monastère de Reichenau, et mourut, en 1054. Outre une Chronique, souvent citée, on a de lui un ouvrage sur l'astrolabe, divisé en deux parties, dont la première traite De mensura astrolabii, et la deuxième, De utilitatibus astrolabii, imprimé dans le t. IV du Thesaurus anecdotorum novissimus.

Guillaume, abbé de Hirschau, et Robert Lorrain, évêque d'Hereford et ami de Guillaume le Conquérant, tous deux contemporains d'Herman Contractus, paraissent avoir également écrit des traités sur l'astronomie et les mathématiques.

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L'astronome médiéval, par Gerrit Dou.

Les outils de l'astronomie médiévale

Les instruments dont faisaient usage les astronomes dont nous venons de parler ne différaient pas essentiellement de ceux d'Hipparque ou de Ptolémée, l'astrolabe leur servait à prendre mesure des distances qui séparaient les astres les uns des autres, et, par conséquent, leurs positions relatives, mais il nous faut dire quelques mots de ceux qui leur servaient à déterminer l'heure de leurs observations, ce qui est indispensable pour qu'on puisse en tirer parti. De tout temps une « horloge » quelle que soit d'ailleurs sa nature, a été absolument indispensable dans un observatoire. Aussi, l'emploi de ces instruments est-il aussi ancien que la création de la science astronomique. Les Babyloniens, qui sont les plus anciens astronomes que nous connaissions, mesuraient les intervalles de temps au moyen de clepsydres. 

Quant à l'heure absolue qui en somme, était la donnée dont ils avaient besoin, ils l'obtenaient en combinant les indications des clepsydres avec celles des cadrans solaires, qui sont aussi d'invention chaldéenne, car on l'attribue au prêtre babylonien Bérose, qui vivait un peu après l'époque d'Alexandre. Le cadran primitif semble avoir été ce qu'on appelait la scaphé (barque) c'est à dire une demi-sphère concave dont un diamètre se confondait avec la ligne des pôles, le déplacement de l'ombre d'une tige confondue avec ce diamètre était proportionnel au temps. Cette première forme se modifia avec le temps, et l'on eut des cadrans solaires d'espèces bien diverses, qui, jusqu'à ce qu'on fût arrivé à pourvoir de lunettes les quarts de cercle, furent indispensables pour la détermination de l'heure.

A cette époque, les clepsydres avaient été remplacées par les horloges formées de pièces solides, mais ce n'est pas à beaucoup près dès leur origine que celles-ci, qui sont très anciennes, puis qu'on voit Haroun ar-Raschid en envoyer une en présent à Charlemagne, purent être employées dans les observatoires. Ce qui les rendait impropres à cet usage, c'était l'irrégularité de leur échappement, qui était celui qu'on appelle aujourd'hui l'échappement à roue de rencontre. Lancée avec une force variable, puisque c'était celle du poids moteur transmise par un rouage dont les roues ne pouvaient être pourvues de dents identiques les unes aux autres, la roue de rencontre arrêtait le mouvement à des intervalles inégaux, et bien que Tycho-Brahé, le landgrave de Hesse aient fait usage de telles horloges, ils n'ont pu s'en dissimuler les imperfections. Il fallut encore plus d'un demi-siècle pour que, grâce à Galilée et à Huygens, les astronomes fussent en possession d'un appareil irréprochable de mesure du temps.
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Turquet utilisé par Regiomontanus.
Turquet utilisé par Apian.
Turquets (torquatumm) utilisés par Regiomontanus et, à droite, par Apianus. 
Ces instruments étaient utilisés par les Médiévaux pour les conversions entre 
les divers systèmes de coordonnées astronomiques. 

Le transmission des connaissances astronomiques

Au XIIe siècle, nous avons à mentionner Jean de Séville, qui traduisit les éléments astronomiques d'Alfragani (imprimés en 1493); Rodolphe de Bruges, qui traduisit de l'arabe en latin le Planisphère de Ptolémée (imprimé en 1507), et Platon de Tivoli. A ce dernier, plus connu sous le nom latinisé de Plato Tiburtinus, on doit les traductions latines suivantes, faites de l'arabe : Traité d'Astronomie d'Albategni, traduction citée au XIIIe siècle par Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, et imprimée à Nuremberg en 1537; les Sphériques de Théodose de Tripoli, imprimés à Venise en 1518, et à Paris en 1558; un Opuscule astrologique d'Almanzor, Venise, 1493, réimprimé en 1519; un traité d'Abualcasin, fils d'Asafar, Sur la construction et l'usage de l'astrolabe, conservé en manuscrit à la Bibliothèque du Vatican.

Ces traductions témoignent de la nécessité ressentie alors par les hommes studieux de l'Europe occidentale de se remettre en contact avec la science antique. Tous les livres scientifiques étaient alors écrits en grec, et cette langue était beaucoup moins familière que le latin; en outre, ils étaient beaucoup trop rares chez eux pour que ceux qui désiraient s'instruire le pussent facilement. Ils n'auraient guère eu d'autre moyen pour satisfaire leur goût que de se rendre à Constantinople, ce qui était un lointain et périlleux voyage après lequel on courait le risque d'être fort mal reçu, car les chrétiens grecs abhorraient les Latins, si, par bonheur, les Arabes, au moins ceux qui appartenaient aux classes cultivées, ne s'étaient montrés plus tolérants. Ils admettaient volontiers que les chrétiens vinssent s'asseoir â côté d'eux sur les bancs de leurs écoles, et ils leur communiquaient volontiers leurs livres. On sait qu'ils avaient traduit en arabe à peu près tous les ouvrages scientifiques ou philosophiques composés par les anciens Hellènes.

Gérard de Crémone.
Aussi le voyage relativement court d'Espagne fut fait par un certain nombre d'hommes curieux de se remettre en contact avec la science antique, ils apprirent l'arabe et traduisirent en latin les versions faites en cette langue des anciens chefs d'oeuvre grecs. Parmi ces pèlerins de la science, il faut nommer au premier rang Gérard de Crémone, a qui l'Europe latine a dû de pouvoir lire l'Almageste, la Composition mathématique de Ptolémée..
 

L'Almageste , ou le principe d'autorité

L'Eglise avait insinué dans les esprits l'idée qu'un livre pouvait suppléer à l'intelligence, mais comme elle ne mêlait de définir que dans une certaine mesure le dogme astronomique, il fallait donc qu'on allât chercher ailleurs que dans la Bible l'autorité d'un Ancien. Aristote, dans beaucoup de domaines  fut celui dont la parole faisait loi. Pour couper court à toute discussion, à toute critique, il suffisait de lancer : Aristote, l'a dit, Aristoteles dixit! et il n' avait plus rien à ajouter. En astronomie, ce fut Ptolémée, pour les chrétiens d'Occident (comme pour les Arabes, les Persans et les Turcs convertis à l'Islam), qui joua ce rôle. Son Almageste devint le livre canonique. Et l'autorité du maître alexandrin, ainsi érigé en legislateur scientifique, stérilisa durablement l'intelligence des astronomes médiévaux.

Les perfectionnements de détail apportés par ceux-ci à la doctrine du maître ne touchèrent pas au fond du système. D'ailleurs, la conception du monde et de la place de l'humain dans le monde, telle qu'elle résultait de l'enseignement des astronomes alexandrins, si elle s'accordait assez mal avec les images et les formules populaires de la prédication chrétienne, n'avait rien qui ne se conciliât très bien avec une théologie savante. Le monde de Ptolémée ressemblait à une machine, à une horloge de cathédrale; et l'idée de l'horloge, de son inaltérabilité et de sa justesse parfaite, cadre à merveille avec l'idée de l'unité et de la personnalité de l'horloger, de sa toute-puissance et de sa sagesse infinie. L'alliance intime, scellée entre le visible et l'invisible, entre Dieu et l'humain, écrasait moins la raison, quand la terre sur laquelle l'humain prétend régner était, même pour le philosophe et le savant, le centre et le but de l'architecture du monde.

Gérard de Crémone vivait au XIIe siècle; il mourut en 1184 ou 1187.Voici un document plein d'intérêt qui le concerne :

« Dès l'enfance, il avait été élevé dans le giron de la philosophie; il en avait appris toutes les parties selon l'enseignement des Latins; mais l'amour de l'Almageste, qu'il ne put aucunement trouver chez les Latins, le conduisit à Tolède. Là, lorsqu'il vit quelle était l'abondance des ouvrages écrits en langue arabe qui existaient sur chaque matière, il eut pitié de la pénurie de livres dont souffraient les Latins, pénurie qu'il avait connue; et, dans son désir amoureux de les traduire, il apprit la langue arabe. Il fut ainsi pénétré des deux connaissances indispensables, celle de la science et celle de la langue. Ahmet le dit en effet, en son livre De proportione et proportionalitate : 
«  Il faut que l'interprète, outre la connaissance parfaite des deux langues, de celle qu'il traduit et de celle en laquelle il traduit, soit expert en l'art sur lequel porte l'ouvrage qu'il traduit. » 
Il se mit alors à passer en revue toute la littérature arabe à la façon prudente d'un homme qui se promène en de vertes prairies et qui ne cueille pas toutes les fleurs, mais tresse une couronne des plus belles. Il choisit donc, en chaque ordre de matières, les livres qui lui parurent les plus élégants; il commença de les transmettre à la langue latine, comme à son héritière chérie, en leur donnant la forme la plus claire et la plus intelligible qui fût en son pouvoir; il ne s'arrêta plus tant que dura sa vie. A l'âge de soixante-treize ans il entra dans le chemin que doit prendre toute chair; c'était en l'année 1187 de N.-S. J.-C. »
Gérard de Crémone a traduit de l'arabe en latin soixante quatorze ouvrages différents, ayant pour auteurs originaux des Grecs ou des Arabes. Une grande partie des oeuvres d'Aristote, d'Archimède, Euclide tout entier, des traités de médecine, issus de la plume d'Hippocrate, de Galien ou de Rhazès, et nous ne les nommons pas tous, enfin, la traduction de l'oeuvre magistrale de Ptolémée, de l'Almageste, voilà ce dont l'Occident fut redevable à ce modeste traducteur, dont la vie de labeur a été admirablement remplie.

Les Juifs du midi de la France.
Une autre grande école de traducteurs se forma en Provence et en Languedoc. Dans ces pays, les Juifs étaient nombreux, et, ainsi que les Chrétiens, ils se sentaient animés du désir de s'instruire. Parmi eux, il y en avait qui s'efforçaient de s'approprier les doctrines des anciens Grecs, tout en tachant de concilier ces doctrines avec leurs dogmes religieux. Ils traduisirent d'arabe en hébreu bon nombre des ouvrages provenant de la vieille Grèce; mais ils ne s'en tinrent pas là, et il leur arriva souvent de s'associer avec des chrétiens. Il en résulta des traductions en latin obtenues par le procédé suivant : les Juifs traduisaient verbalement le texte arabe en langue vernaculaire, autrement dit, en provençal, et les Chrétiens, à leur tour, mettaient en latin la phrase qu'ils venaient d'entendre. A agir de la sorte, on risquait sans doute de multiplier les erreurs, mais il n'y avait pas moyen de faire mieux.

Une famille juive, celle des Ibn Tiddon, dont les principaux membres vécurent au XIIIe siècle, se distingua dans ce genre de travaux. Ils y étaient encouragés par l'empereur d'Allemagne Frédéric II, ce contemporain de saint Louis qui avait des opinions qu'on peut qualifier de voltairiennes, et en même temps éprouvait pour les sciences un très vif penchant. Ce prince fit traduire une nouvelle fois l'Almageste en latin, toujours d'après la version arabe. C'est vers l'année 1236 que cette traduction fut faite, mais nous ne savons pas quel en fut l'auteur. Toutefois, il semble bien probable que cet auteur devait être un des Juifs dont nous venons de parler, peut-être Jacob d'Anatoli, qui, à coup sûr, avait mis en hébreu le livre de Ptolémée.

Un autre rabbin, appartenant à la même famille, mérite d'être nommé. Il s'appelait Jacob ben Makir, mais il est surtout connu par le surnom que lui avaient donné les chrétiens, celui de Profatius. Il mourut dans le premières années du XIVe siècle, âgé d'environ soixante-dix ans. Il traduisit en hébreu des ouvrages intéressants pour les naturalistes, comme l'Histoire des animaux d'Aristote, mais ce qui nous intéresse davantage, c'est sa traduction des Eléments d'Euclide, et celle du Résumé d'astronomie d'Alhazen, qu'il entreprit à la demande d'un de ses coreligionaires, venu de fort loin. 

Profatius s'intéressait vivement aux observations, aussi, s'est-il beaucoup occupé des instruments astronomiques, et il a traduit plusieurs ouvrages qui se rapportent à ces appareils. Notamment, il a fait traduire en latin, par le procédé que nous avons indiqué plus haut, un ouvrage d'Arzachel sur l'astrolabe universel. D'autre part, il a fait une oeuvre personnelle en composant un Traité du quadrant.

Pour en finir avec les Juifs astronomes du midi de la France, il nous reste à dire quelques mots de Levi ben Gerson, plus connu sous le nom de Léon le Juif, qui mourut vers 1344, âgé d'environ cinquante-six ans, et qui semble avoir passé la plus grande partie de sa vie dans les Etats du pape, qui alors résidait à Avignon. Philosophe et astronome, Léon le Juif n'était pas un pur théoricien. Il s'occupa à construire des tables astronomiques, et aussi des instruments. C'est à lui qu'on doit l'arbalestrille ou bâton de Jacob, dont, à tort, on a attribué l'invention à Regiomontanus, et dont les navigateurs portugais et espagnols ont su faire le plus fructueux emploi (L'astronomie nautique au temps des Grandes découvertes).

Alphonse X, le savant.
Le roi de Léon et de Castille Alphonse X, qui vécut de 1223 à 1284 et qui succéda à son père en 1252, eut un vif goût pour les choses de l'esprit, qui l'empêcha de remplir entièrement ses devoirs de souverain, en sorte que son règne ne fut pas heureux.  Il étudia, non seulement l'astronomie, mais aussi la chimie, ce qui le mit en rapport avec de nombreux Juifs et Musulmans. Si l'on ajoute qu'il ne respecta pas toujours les biens du clergé, on conçoit que sa réputation d'orthodoxie en ait souffert. Le mot qu'on lui attribue (mais dont l'authenticité est douteuse), que si Dieu l'avait appelé dans son conseil quand il s'agit de construire l'Univers, il aurait pu lui donner de bons avis, et qui lui fut imputé à crime, pourrait avoir contribué à le faire détrôner.

Ce qui, relativement au roi Alphonse, nous intéresse, ce sont les Tables astronomiques qui portent son nom. Elles furent publiées le jour de son avènement. Pour les composer, le futur roi de Castille avait fait appel à de nombreux savants appartenant aux trois religions qui se partageaient l'Espagne. Il avait même eu recours aux étrangers, et parmi les membres de la nombreuse commission qui fut chargée de corriger les erreurs de Ptolémée, il se trouvait des Gascons et des Parisiens. Cette commission comprenait plus de cinquante savants. Il n'y a donc pas à s'étonner que la nouvelle entreprise ait causé des frais considérables, 40.000 ducats, dit-on.

Un autre ouvrage dû aux mêmes savants est intitulé Libros del saber de astronomia. Ces ouvrages étaient rédigés dans le dialecte espagnol qu'on appelle le roman. Il va sans dire qu'ils furent traduits en latin.
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Le système du monde de Ptolémée et d'Alphonse X.
Le système du monde de Ptolémée et d'Alphonse X.
(D'après Hévélius).

Les Tables Alphonsines furent rééditées plusieurs fois du vivant de celui qui les avait fait construire. Les hypothèses fondamentales adoptées dans ces diverses éditions ne sont pas toujours les mêmes. Ainsi, primitivement, on avait admis, non pas un mouvement continu de précession, se poursuivant toujours dans le même sens mais ce qu'on appelait un mouvement d'accès de recès, d'après lequel l'équinoxe se serait déplacé sur l'écliptique alternativement dans un sens et dans l'autre. La durée de l'oscillation de cette sorte de pendule aurait été 7000 ans, or, on n'était pas loin du moment où l'âge du monde aurait, selon les croyances de l'époque, atteint ce chiffre. Il semblait donc que la vitesse de la sphère étoilée vers l'Orient aurait dû aller en ralentissant pour finir par devenir nulle, et il n'en était rien. Les astronomes d'Alphonse durent donc modifier leur travail. Imprimées pour la première fois à Venise en 1453, les Tables alphonsines l'ont été maintes fois depuis. La dernière édition est celle que le gouvernement espagnol a donnée vers 1850.

Dominicains et Franciscains

Il n'est pas absolument exact, comme on l'a dit très souvent, qu'au Moyen Age la science n'ait trouvé d'asile que dans les cloîtres. Il y avait des prêtres séculiers, et même des laïques, qui étaient des hommes instruits et studieux; néanmoins, ce sont les ordres religieux qui ont fourni le plus grand nombre des savants de cette époque, et nous allons, en peu de lignes, parler de ceux qui ont appartenu à l'ordre de saint Dominique ou à celui de saint François. Commençons toutefois par dire que parmi eux, nous trouverons plutôt des philosophes et des physiciens que des astronomes proprement dits. 

Albert le Grand.
C'est ainsi qu'Albert le Grand (1193-1280) a été, pour son époque, un savant universel qui a beaucoup écrit, bien que ses fonctions de provincial des Dominicains et plus tard d'évêque de Ratisbonne aient dû lui prendre beaucoup de temps. Les oeuvres complètes ne forment pas moins de 21 volumes in folio, mais on y trouve assez peu de choses originales.

Il semble que le système d'Al-Bitrogi ait vivement attiré son attention, et, comme, paraît-il, il possédait la langue arabe, il se peut qu'il ait lu le texte original de cet auteur, dont, toutefois, il n'a peut-être pas saisi pleinement la pensée. Le système d'Al-Bitrogi lui est apparu comme un essai destiné à expliquer tous les mouvements célestes au moyen d'un moteur unique, qui mettrait en marche la neuvième sphère, d'où le mouvement diurne. Ce mouvement se transmettrait de chacune des sphères à la suivante, chacune tournant autour de ses pôles particuliers, mais avec un retard d'autant plus grand que la sphère en question serait plus éloignée de la neuvième.

La simplicité de ce système semble avoir séduit l'esprit du grand Dominicain, qui le préfère aux systèmes péripatéticien et néoplatonicien qui attribuent à chaque orbite une intelligence capable d'en diriger le mouvement propre. En somme, Albert a contribué grandement à populariser le système d'Al-Bitrogi, mais sous une forme réduite et simplifiée à l'excès. Cette simplification a d'ailleurs été telle qu'Albert a beau jeu à déclarer que le système de l'astronome arabe ne suffit pas à représenter la marche compliquée des planètes. En résumé, Albert prend parti pour l'astronomie de Ptolémée. 

Vincent de Beauvais.
Vincent de Beauvais (1190-1264) qui appartint aussi à l'ordre de saint Dominique, fut confesseur de saint Louis et devint évêque de Beauvais. Il nous retiendra peu, car il n'a guère été qu'un compilateur, ayant publié une vaste encyclopédie qui donne le résumé à peu près complet de ce que l'on savait au milieu du XIIIe siècle et où l'on trouve surtout la citation de nombreux passages des savants qui l'ont précédé. Le savant Dominicain n'a pas la prétention d'être un esprit original. Quand il expose la doctrine d'Al-Bitrogi, il s'inspire visiblement d'Albert le Grand.

Thomas d'Aquin et les autres Dominicains.
Saint Thomas d'Aquin (1226-1274) était un esprit d'une bien autre envergure. Disciple, lui aussi, d'Albert, il sut s'affranchir de son influence, et, peu à peu, se mit à penser par lui-même. En fait, il semble bien avoir été en suspens entre la Physique d'Aristote et l'Astronomie de Ptolémée, et, vers la fin de sa vie, on est tenté de croire que c'est à ce dernier qu'il donnait raison.

Les autres Dominicains dont on pourrait avoir à s'occuper, Ulrich de Strasbourg, Bernard de Trille et Thierry de Saxe lui-même, qui fut cependant un véritable physicien, qui a su expliquer le phénomène de l'arc en ciel, n'ont guère été versés dans les études astronomiques, et il nous semble suffisant d'avoir rappelé leurs noms.

Roger Bacon.
La plupart des Franciscains qui se sont illustrés par leurs travaux intellectuels n'étaient guère familiers non plus avec la science des astres. Mais l'ordre de saint François a compté parmi ses membres un homme qui est une des principales gloires scientifiques du Moyen âge et qui mérite une mention spéciale. Il s'agit de Roger Bacon.

Cet homme illustre naquit en 1214 en Angleterre, il mourut à Oxford en 1294. Il fit ses études à Paris, et revint en 1240 dans son pays. Ce fut sans doute un malheur pour lui d'avoir choisi l'ordre de Saint-François, ou il eut toutes sortes de persécution à endurer, sans doute parce que cet ordre se recrutait surtout parmi les hommes doués d'une vive imagination plutôt que parmi ceux ayant des aptitudes réelles pour les sciences de la nature. Pareille infortune arriva plus tard à Rabelais. Laissons de côté ses travaux sur l'optique, qui se trouvent dans son Opus Majus, et ne le considérons que comme astronome.

A diverses reprises, il se préoccupa vivement, comme beaucoup d'autres hommes d'Eglise, de la question du calendrier, auquel il a consacré un traité spécial, composé en 1263. Ce n'est pas de sa faute si, dès son époque, le Saint-Siège n'a pas fait la réforme de la manière de compter les temps. Mais l'époque n'était pas favorable, et les connaissances scientifiques que l'on avait alors étaient trop incertaines C'est ainsi que Bacon lui-même ne sait pas trop s'il faut admettre comme Ptolémée, que la sphère des étoiles fixes fait une révolution complète en 36.000 ans, ou si, comme Thâbit ben Kourrah, on ne doit pas recevoir le mouvement d'accès et de recès. En somme, Bacon reste dans l'incertitude sur le système auquel, parmis ceux qu'ont proposés ses prédécesseurs, il doit se rallier.

Joannes de Sacrobosco. 
Sacrobosco, contemporain des hommes illustres qui viennent de nous occuper, a été surtout un auteur de traités élémentaires, mais ces traités ont eu une grande et longue influence sur l'enseignement. Celui de ses ouvrages qui intéresse les astronomes a pour titre Sphaera ou Sphaericum opusculum. Le succès en a été immense, les manuscrits en sont très nombreux; dès l'année 1472, on le voit reproduit par la presse, et, à cette première édition, il en succéda une multitude d'autres. Au XVIIe siècle, c'est Duhem qui nous l'apprend dans certaines écoles allemandes ou hollandaises, la Sphaera était encore le manuel mis entre les mains des écoliers. Et, cependant, il n'y avait là qu'un opuscule des plus médiocres.

Notons que l'auteur est un fidèle disciple de Ptolémée, et qu'il semble ignorer à peu près les Arabes. On sait fort peu de chose sur Sacrobosco, qui vivait vers le milieu du XIIIe siècle et fut, dit-on, docteur de Paris. Il a composé d'autres ouvrages : un Algorismus, ou traité d'arithmétique, dont le succès a été presque aussi grand que celui de la Sphaera, et un Computus ecclesiasticus qui fut composé en 1244.
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Explication des éclipses par Sacrobosco.
Explication des éclipses et de la rotondité de la Terre, 
dans le Sphaera de Sacrobosco.

Jean de Sicile.
A côté de cet heureux vulgarisateur, et bien après lui, vécurent à Paris de véritables astronomes, laborieux savants. Parmi eux, nous nommerons d'abord Jean de Sicile, qui, vers 1290, publia à Paris une exposition des principes sur lesquels repose la construction des Tables de Tolède, oeuvre d'Arzachel, et qui étaient les plus modernes parmi celles dont on faisait usage à Paris, où l'on ne connaissait pas encore les Tables Alphonsines. Jean de Sicile fait d'ailleurs la critique de ces principes, et n'hésite pas à regarder comme dénuée de fondement l'hypothèse de l'accès et du recès. Il en revient aux théories de Ptolémée.

Guillaume de Saint-Cloud.
Guillaume de Saint-Cloud a composé un almanach donnant les positions des planètes pendant vingt années à partir de 1292, et un Calendrier de la Reine Marie qui date de 1296. La princesse à qui cet ouvrage fut dédié était la seconde femme de Philippe III le Hardi. On sait fort peu de chose sur Guillaume de Saint-Cloud, et cela est regrettable. car il semble avoir exercé une profonde et durable influence sur les astronomes de l'école de Paris et avoir même été un des fondateurs de cette école.

Guillaume était observateur. C'est ainsi qu'en 1290 il a déterminé l'obliquité de l'écliptique et l'époque de l'équinoxe du printemps. L'exactitude des résultats qu'il a obtenus lui fait le plus grand honneur.

C'est à lui qu'on doit d'avoir remplacé l'observation directe du Soleil, si pénible parfois dans le cas des éclipses, par l'observation faite à l'aide de la chambre obscure :

« Que dans une maison close, conseille-t-il, on fasse un pertuis au toit ou à la fenêtre, vers la partie du ciel où l'éclipse doit paraître. que ce pertuis ait la même largeur que le pertuis par où l'on tire le vin d'un tonneau. La lumière du Soleil entrant par là, on placera, à la distance de vingt ou trente pieds du pertuis, quelque chose de plan, par exemple un ais, de manière que la lumière tombe perpendiculairement sur cette surface. La lumière y paraîtra ronde, quand même le pertuis serait anguleux. Elle sera plus grande que le pertuis et d'autant plus grande que la surface plane aura été reculée davantage, mais elle sera plus faible que si on place plus près cette surface. »
Henri de Bates.
Henri de Bates, né à Malines en 1244, fit un séjour à Paris qui dura plusieurs années. Ce fut surtout un astrologue, mais on lui doit une Description magistrale de l'astrolabe, et un Traité sur les défauts des Tables Alphonsines.

L'astronomie italienne

Il aurait semblé que, grâce à l'initiative de Gérard de Crémone, c'est dans la péninsule italienne que la science des astres aurait dû faire les plus grands progrès, qu'on aurait dû rencontrer les astronomes les plus nombreux, les plus savants et les plus actifs. Il n'en est rien, par rapport à la science française du Moyen âge, la science italienne est, à cette époque, extrêmement en retard. Les savants italiens d'alors sont parfois fort ignorants des questions dont ils s'occupent, parfois aussi, ce sont de simples geais parés des plumes du paon, des plagiaires éhontés. Ils sont d'ailleurs surtout des astrologues, beaucoup plus que leurs contemporains français, qui, eux, savaient faire la distinction entre la science astronomique et l'art de tirer des horoscopes

On peut quand même mentionner : Marc de Bénévent, qui écrivit, vers 1350, sur le mouvement de la 8e sphère ou la sphère des étoiles fixes; Andasone del Nero, maître de Boccace, qui composa un traité de l'Astrolabe, imprimé à Ferrare en 1575; Jean de Dondis, médecin de Padoue, qui mérita le surnom d'Horologio, par une horloge très curieuse de son invention, destinée à marquer non seulement l'heure, le jour et le mois, mais les fêtes de l'année, le cours du Soleil, de la Lune et des planètes. Deux autres auteurs méritent l''attention : Pierre d'Abano et Cecco d'Ascoli.

Pierre d'Abano.
Pierre d'Abano est né aux environs de Padoue en 1250, et a été condamné à être brûlé post mortem comme hérétique en 1316. Il séjourna longtemps à Paris, où il commença un commentaire des Problèmes d'Aristote; il était du reste médecin, astrologue et astronome. En cette dernière qualité, il a composé un ouvrage intitulé Lucidator Astronomiae, le seul livre astronomique de quelque importance composé par un Italien au Moyen âge.

Dans le Lucidator Astronomiae, trois points sont dignes d'intérêt :

1° La place que le Soleil occupe parmi les astres errants;

2° La nécessité d'employer les excentriques et les épicycles ;

3° La théorie du mouvement de la huitième sphère.

En ce qui concerne la première question, Pierre d'Abano accorde beaucoup d'importance à l'hypothèse d'Héraclide du Pont, hypothèse consistant à faire tourner Mercure et Vénus autour du Soleil, celui-ci tournant lui-même autour de la Terre.

Sur le second point, notre auteur se rattache au système de Ptolemée et condamne le système des sphères homocentriques.

Sur la troisième question, c'est-à-dire sur le mouvement lent des étoiles fixes, Pierre d'Abano se montre non moins fidèle disciple de Ptolémée, il n'admet pas l'hypothèse de l'accès et du recès, et fait, comme l'astronome d'Alexandrie de 36 000 ans la durée de la révolution de la sphère des étoiles fixes (La précession des équinoxes).

Très érudit, Pierre d'Abano prend parfois d'étranges licences avec l'histoire et la chronologie. Qu'on en juge : il croit que, en l'an 260 de J -C. les signes du zodiaque mobile coïncidaient avec ceux du zodiaque fixe, et, par suite, les influences célestes étaient particulièrement puissantes et bienfaisantes : 

« A ce moment surtout, mais aussi pendant 500 ans, à peu près, avant cette époque comme après cette époque, le Monde tout entier fut florissant, embelli par toute la sagesse et toute la vertu. C'est en ce temps-là que les rois furent humiliés et qu'on vit les empereurs les plus illustres, comme Alexandre, Darius, Porus, Jules César, et les autres, qui ont reçu le nom de ce même César. Alors Rome devint la maîtresse du monde entier. Alors fut fondée la grande Ecole des Stoïciens, à laquelle succéda l'Ecole des Péripatéticiens, avec Aristote, son fondateur. La Médecine commençait avec Hippocrate, l'Astronomie avec Hipparque et Ptolémée, Demosthène et Cicéron promulguaient la Rhétorique. Des lois puissantes domptaient les appétits bestiaux. La loi des Nazaréens se répandait avec une signification divine. Mahomet surgit également; les populations et les royaumes s'étendirent... » .
Cecco d'Ascoli.
Cecco d'Ascoli, dont le véritable nom était Francesco de Stabili, moins heureux que Pierre d'Abano, fut, sur la double accusation d'hérésie et de sortilège, brûlé, de son vivant, à Florence, en 1327. Il avait soixante-dix ans. Il nous resta de lui, entre autres, une sorte d'encyclopédie, sous forme d'un poème, intitulé Acerba, dont le premier livre traite de l'astronomie et de la météorologie; la première édition, excessivement rare, parut à Brescia, sans date (vers 1473), et fut, dans l'espace de cinquante ans, suivie de vingt autres, ce qui montre le prodigieux succès de cet ouvrage, condamné par l'Inquisition. Le texte des éditions du XVIe siècle a subi, par un excès de zèle de la part des imprimeurs, de nombreuses modifications et suppressions. 
« Malgré les croyances astrologiques, que Cecco partageait d'ailleurs, dit Libri, avec les hommes les plus célèbres de son temps, et qu'il expia d'une manière si cruelle, son poème renferme un grand nombre de faits curieux qu'on ne s'attendrait pas à y rencontrer. Outre des notions, fort répandues à cette époque, sur les causes d'éclipse et sur la sphéricité de la Terre, on y trouve des connaissances fort avancées en météorologie. »

Astronomes du XIVe siècle

Jean de Murs.
Jean de Murs était un Normand, originaire du diocèse de Lisieux. En 1318, on le voit, à Evreux, recommencer le travail de Guillaume de Saint-Cloud, et déterminer de nouveau l'époque de l'équinoxe de printemps, et il nous explique très en détail comment il s'y est pris. Il trouva que l'équinoxe était arrivé le 12 mars (le calendrier n'était pas encore réformé à 16 h 40 mn.

Jean de Murs fut associé de la maison de Sorbonne; mais tout en consacrant une partie de son temps à la théologie, il n'en resta pas moins fidèle aux sciences mathématiques, et notamment à l'astronomie. Il s'occupa aussi de musique, et on lui doit une Musica speculativa, d'après Boèce, qui fut extrêmement lue au Moyen âge. Il est aussi l'auteur d'un grand traité d'arithmétique.

Ce qui nous intéresse le plus, ce sont ses Canones pour le calcul des éclipses. Comme beaucoup de ses contemporains, Jean de Murs croyait à l'astrologie. Aussi, sachant que, le 8 juin 1357, il y aurait une conjonction de Jupiter et de Mars dans le signe du Cancer, « sur les terres de Saturne », planète qui domine la France, comme Jupiter l'Angleterre et Mars l'Allemagne, il en conclut que la France est menacé d'un grand danger, et il invite le pape Clément VI à s'efforcer de prévenir, par un secours efficace, les périls imminents qu'il prévoit.

Firmin de Bellaval.
La croyance à l'influence des astres sur les phénomènes météorologiques, qui vaut aux astronomes tant de questions fastidieuses, ne date pas d'hier. Aussi, l'on voit un astronome du XIVe siècle, Firmin de Belleval donner un traité De mutatione aeris, ou, comme on l'appela, le Colliget Astrologiae.

Firmin de Belleval, conjointement avec Jean de Murs, tenta de réformer le calendrier. Sur l'ordre du pape Clément VI, ils écrivirent en commun un ouvrage sur cette réformation, qu'ils se déclarent prêts à exécuter, si le pape le désire. Par malheur, les choses n'allèrent pas plus loin, et c'est une chose fort regrettable, car nos deux astronomes étaient en possession de toutes les données nécessaires pour faire une oeuvre, sinon parfaite, au moins bonne et utile. Mais bien du temps devait s'écouler, bien des savants devaient renouveler les voeux de Jean de Murs et de Firmin de Belleval avant que cette grande réforme se fît.

Jean de Linières.
Jean des Linières ou des Lignières était un Picard, natif du diocèse d'Amiens. Ses écrits furent, au Moyen âge, extrêmement répandus. Parfois, on a donné des titres différents à deux copies d'un même ouvrage dû à sa plume, d'autre part, il est arrivé qu'on a considéré comme oeuvres différentes deux chapitres d'un de ses livres, etc. De tout cela, il est résulté une confusion que les historiens ont eu quelque peine à débrouiller.

Il s'est occupé à la fois d'astronomie pratique et de théorie. Au premier point de vue, il a composé de grandes Tables astronomiques, des Canons adaptés à l'usage de ces Tables, une description de l'astrolabe universel. Dès 1320, il avait exécuté tous ces travaux.

Un très grand mérite de Jean de Linières, qu'il importe de rappeler pour l'honneur de sa mémoire, c'est d'avoir été le premier en Europe, semble-t-il, à rectifier les positions d'étoiles dues à Hipparque. On lui doit un catalogue donnant les longitudes et les latitudes de 116 belles étoiles, l'équinoxe est celui de l'année 1350, et un de ses élèves, dont le nom est inconnu, a ramené ces données a l'année 1364.

Enfin, mentionnons sa Theorica planetarum, qui est un exposé sommaire des mouvements planétaires tels que les figure le système de Ptolémée, que Jean de Linières admettait sans contestation.

Les manuscrits de cet auteur, conservés dans les principales bibliothèques européennes, a Paris, à Londres, à Munich, à Padoue, etc., sont excessivement nombreux. 

Jean de Saxe.
Jean de Lignières forma, directement ou non, de nombreux élèves parmi lesquels figure au premier rang  Jean de Saxe, moine de saint Augustin, dont la nationalité, malgré le nom qu'on lui donne, n'est pas bien certaine. Cet astronome composa des canons sur les Tables Alphonsines, qui eurent le succès le plus durable, car, en 1483, ils furent imprimés.

En 1355, il publia, à l'usage des étudiants en astronomie, un recueil d'exercices destinés à les familiariser avec l'emploi des canons et des tables du premier mobile que Jean de Linières avait donnés en 1322. Jean de Saxe avait une profonde vénération pour la mémoire de ce dernier, à propos duquel il a écrit :

« Nonfuit mortuus, qui scientiam vivi ficavit » ; 
et c'est par un éloge de Jean de Linières que commence son ouvrage.

Le fait qu'un livre s'adressait spécialement à ceux qui venaient à Paris pour étudier la science des astres prouve que les étudiants de cette catégorie étaient nombreux mais il ne faut pas se le dissimuler, leur but n'était pas tant de s'approprier les secrets de la science que d'apprendre l'art d'en tirer parti. Autrement dit, bien plutôt qu'astronomes, ils voulaient devenir astrologues, et vivre grassement en tirant des horoscopes. Jean de Saxe n'y trouvait d'ailleurs rien à redire, quoique, pour son compte, il déniât à l'astrologie judiciaire le degré de certitude auquel peut prétendre la véritable astronomie, et il a composé lui-même plusieurs ouvrages astrologiques.
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Constellations de Persée et d'Andromède (14e siècle).
Les constellations de Persée et d'Andromède sur un manuscrit espagnol du XIVe siècle.

Jean Buridan.
Jean Buridan, dont le nom est populaire encore aujourd'hui, bien que la plupart de ceux qui le prononcent n'aient aucune idée de sa personne et de ses mérites, fut un des plus illustres professeurs de l'Université au XIVe siècle. Il était né à Béthune à une date inconnue, mais sous le pontificat de Jean XXII, qui dura de 1316 à 1334, on le voit faire un voyage à Avignon, alors résidence du pape, et il fut grandement frappé par l'aspect des montagnes, si différentes de ce qu'il avait pu voir en son pays. Notamment, il fit l'ascension du mont Ventoux.

Buridan fut surtout un philosophe et un physicien, et il commenté un grand nombre des ouvrages d'Aristote, notamment sa Météorologie. Mais, et on sera peut-être surpris de l'apprendre, c'est en commentant la Métaphysique du Stagirite qu'il nous fait connaître ses doctrines astronomiques. Celles-ci, on doit le dire, manquent de précision, et Buridan n'est même pas bien sûr de la réalité du phénomène de la précession des équinoxes.

A partir de l'année 1358 aucun document ne nomme plus Buridan. On a cru qu'il avait quitté Paris pour aller mourir à Vienne, mais rien n'est moins prouvé. Ce qui est certain, c'est que, soit par ses livres, soit par l'enseignement des disciples qui étaient venus se former à son école, il a exercé une immense influence sur la vie scientifique de la capitale autrichienne. Les Allemands qui se distinguèrent comme astronomes vers le temps de la Renaissance, avaient, peut-être sans s'en douter, le philosophe de Béthune comme premier maître.

Nicole Oresme. 
Oresme ne fut pas un pur savant de cabinet et un professeur ne connaissant rien du monde au delà des murs de son collège. Il vécut, en effet, dans la haute société de son temps, et avait été précepteur du duc de Normandie, héritier de la couronne; les mérites du roi Charles V lui reviennent donc en partie. En 1377, il est nommé évêque de Lisieux et il meurt dans cette dernière ville le 11 juillet 1382. D'autre part, il était encore très jeune quand il fut nommé grand-maître du collège de Navarre (1356). 

Nicole Oresme a beaucoup écrit, soit en français, soit en latin. Ce qui nous intéresse plus directement, c'est qu'Oresme était un mathématicien de grand mérite, qui fut le précurseur de Descartes, car c'est lui qui a imaginé de représenter la position d'un point d'un plan par des coordonnées rectilignes; de même, en cinématique, il a ouvert la route à Galilée. Par ailleurs, Charles V lui avait fait traduire divers ouvrages d'Aristote, notamment le De Caelo et Mundo.

En 1377, Oresme composa son propre Traité du ciel et du monde, qui est une oeuvre d'une haute importance. Un autre ouvrage également écrit en français, le Traité de la sphère, avait été publié à une époque antérieure, et a été imprimé deux fois. C'est un livre écrit, nous dit l'auteur, « pour tout homme qui est de franche condition et de noble engin [..], sans me trop arrêter es démonstrations et ès subtilitez qui appartiennent aux astronomiens. » C'est donc un livre propre à faire juger ce qu'était à Paris, sous le règne de Charles V, l'enseignement élémentaire de l'astronomie. Oresme y admet sans discussion le système de Ptolémée, mais, pour le présenter, il use des agencements d'orbites imaginés par Al-Bitrogi et mis en vogue par Frère Bernard de Verdun. Si toutefois on s'en rapporte au Traité du ciel et du monde, il semble qu'il n'ait pas été loin d'adhérer à l'hypothèse proposée par Héraclide du Pont pour représenter les mouvements de Mercure et de Vénus.
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Système géocentrique.
La Terre toujours au centre du monde
sur un manuscrit de 1495.

Au seuil de la Renaissance

Pierre d'Ailly.
Un autre astronome qui, vers la même époque, joua un rôle de quelque importance est Pierre d'Ailly (1350-1425), qui fut tour à tour chancelier de l'Université de Paris en 1389, évêque du Puy et, plus tard, de Cambrai, enfin, en 1411, cardinal. C'était un homme doué d'une grande activité, écrivant sur une multitude de sujets, ce qui lui valut le surnom de l'Aigle de France (Bossuet ne fut que l'Aigle de Meaux!). Non content d'être un des savants les plus en vue de son temps, il joua un rôle non sans importance dans les démêlés du grand schisme d'Occident.

Nous n'avons à considérer en lui que l'astronome. En cette qualité, il a été peu original, il se montre plutôt érudit, et, en effet, il avait beaucoup lu et beaucoup retenu. Il est souvent inspiré par les souvenirs de ses lectures et pas toujours heureusement : c'est ainsi qu'il fait à Al-Bitrogi les mêmes reproches qu'Albert le Grand et Albert de Saxe, sans paraître se douter qu'il combat, non pas le véritable système de l'astronome arabe, mais ce système étrangement simplifié, et même dénaturé.

Ajoutons, et cela n'est pas surprenant pour un homme de son époque, qu'il était aussi astrologue, et, nous voyons dans l'Histoire de France de Henri Martin, qu'on doit reconnaître qu'il fit au moins une prédiction qui se vérifia à la lettre ; c'est que « si le monde durait jusqu'en 1789, il y aurait alors de grands changements, principalement quant aux lois. » - (Si mundus usque ad illa tempora duraverit, multae tunc magnae et mirabiles alterationes mundi et mulationes futurae sunt et maxime circa leges).

Pierre d'Ailly, grâce à ses connaissances astronomiques, devait, plus qu'un autre, être scandalisé par l'imperfection du calendrier, et il adressa, à ce sujet, une lettre intéressante au concile qui se réunit à Constance en 1414.

Il y rappelle que, selon Eusèbe, « l'Eglise veillait jadis avec le plus grand soin à l'observation de la Pâque, du jeûne, du carême, et des autres fêtes solennelles [...] mais aujourd'hui, quelle honte! - Les ministres de l'Eglise, et ceux surtout à qui il incombe de pourvoir à ces observances, font preuve de la plus coupable inertie. Aussi, depuis bien des années, au grand scandale de l'Église, les erreurs du calendrier nous font-elles violer la célébration de la Pâque, ainsi que les fêtes et observances qui lui sont rattachées. »
Le calendrier dont l'Eglise fait usage est entaché de trois erreurs principales, dont la première consiste à admettre que la durée de l'année est exactement 365 jours et un quart. Or, la véritable durée est sensiblement moindre. La valeur qu'on tient, de nos jours, pour la plus exacte, est celle qu'a donnée Alphonse, à savoir 5 h 49 mn 16 s au lieu de 6 heures. Ainsi la véritable durée de l'année diffère de celle que l'on adopte généralement d'un peu plus d'un sixième d'heure.

De cette première erreur découle la seconde, consistant en ce que les équinoxes, les solstices, etc., montent constamment dans le calendrier, d'un jour tous les cent trente-quatre ans.

La troisième erreur porte sur la détermination du premier jour de chaque lunaison, détermination que le nombre d'or marque dans notre calendrier, à l'aide du cycle de dix-neuf ans.

« Ces erreurs, dit Pierre d'Ailly, on avait négligé de les corriger, soit parce qu'elles n'étaient pas alors aussi grandes qu'à présent, car elles grandissent sans cesse; soit à cause d'une longue habitude dont le changement eût pu provoquer le scandale d'une dispute; soit encore parce qu'au début, la science astronomique ne fut guère coutumière aux chrétiens; on peut même dire qu'à la primitive Eglise, elle parut quelque peu digne de haine. »
Mais aujourd'hui, les circonstances sont plus favorables; en conséquence, Pierre d'Ailly s'adressant aux plus hautes autorités ecclésiastiques, leur demande instamment de vouloir bien s'occuper de la réforme du calendrier.

Ce fut en vain, le pape Jean XXIII décréta bien certaines corrections relatives au nombre d'or et à la fixation du jour de Pâques, mais ce fut tout, et on ne s'occupa pas encore de la réforme du calendrier solaire.

Nicolas de Cusa. 
Le véritable nom de Nicolas de Cusa était Krebs, mais on l'appela Nicolas Cusanus parce qu'il était natif du village de Cues (Cusa en latin), sur la Moselle, où son père exerçait le métier de pêcheur. Né en 1401, il mourut en 1464.

Tout jeune, il alla en Italie, où il entra dans les ordres, se fit recevoir docteur en droit à Padoue, et, dans cette ville, fit connaissance avec Toscanelli qui l'attira vers l'étude des mathématiques et de l'astronomie. Cependant, il avait dans l'esprit un certain penchant vers le mysticisme qui empêcha de se distinguer dans ces sciences autant qu'il l'aurait pu. Il fut toutefois observateur, et il possédait un astrolabe en cuivre dont il a dû faire bon usage; mais sa renommée est surtout basée sur ce fait que l'on veut voir en lui un précurseur de Copernic, ce qui n'est pas tout a fait exact. Dans son livre De docta ignorantia, il n'a considéré le mouvement de la Terre que comme une chose de pure imagination, mais dont la réalité est impossible à démontrer. De même, en ce qui concerne le mouvement de rotation diurne, il a dit expressément dans sa De venatione sapientia?  : 

« Dieu a donné à chaque objet sa nature, son cercle et son lieu, il a mis la Terre au centre et l'a faite pesante et se mouvant constamment en celui-ci, sans s'en écarter, soit vers le haut, soit latéralement. » 
Après Roger Bacon et Pierre d'Ailly, Nicolas de Cusa proposa, à son tour, la réforme du calendrier. Mais il fallut qu'il s'écoulât plus d'un siècle après sa mort pour qu'on se décidât à faire cette réforme, dont l'urgence était signalée depuis si longtemps (Les Jésuites et l'astronomie).

Ce savant était aussi physicien; il a proposé des expériences qui, si on les eût faites, auraient donné des lumières sur des points curieux de physiologie végétale. Il
est aussi l'inventeur du bathomètre ou sonde. Il prétendit avoir découvert la quadrature du cercle, ce qui prouve qu'il était un mathématicien médiocre.
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Globe céleste de Nicolas de Cuse.
Constellations gravées sur le globe céleste
utilisé par Nicolas de Cuse.

Purbach.
Purbach est ainsi nommé d'après sa ville natale, qui se trouve sur les confins de la Bavière et de l'Autriche. Il vint au monde le 30 mai 1423. C'est à Vienne qu'il fit ses études, pendant lesquelles il s'appliqua spécialement aux mathématiques. Il y avait alors à l'université viennoise un professeur renommé, qui enseignait l'astronomie avec succès. Il est probable que c'est à l'école de ce maître, nommé Jean de Gemunde, que se forma Purbach, qui eut d'ailleurs la possibilité de suivre d'autres leçons relatives à la science du ciel. Il ne s'en tint d'ailleurs pas là, et, pour accroître ses connaissances, il visita les principales universités allemandes, italiennes ou françaises.

Notamment, à Rome, il se lia avec Nicolas de Cusa, qui le logea dans sa propre maison. Son savoir était déjà fort étendu, et il enseigna quelque temps l'astronomie à Bologne et à Padoue. De retour dans son pays, la munificence de l'empereur Frédéric III et de l'archiduc d'Autriche lui donna les moyens d'y vivre, et il se proposa comme premier but de donner en latin le grand ouvrage de Ptolémée, d'après la version arabe, car il ne connaissait pas la langue grecque, et, d'ailleurs, on n'avait pas à Vienne le texte primitif de l'Almageste

Ce grand travail ne fut d'ailleurs pas le seul dont il s'occupa et il composa plusieurs ouvrages en même temps qu'il construisit des globes célestes, un gnomon, un quadrant géométrique, etc. Enfin, on lui doit des tables astronomiques, et une table des sinus de dix en dix minutes. Ses observations le menèrent en outre à donner de nouvelles tables des éclipses, très supérieures à celles qu'on avait jusqu'alors. On lui doit aussi des théories des planètes, qui, en leur temps, eurent un succès considérable.

Le très savant cardinal Bessarion invita Purbach à composer un résumé de l'oeuvre de Ptolémée, et, pour le bien faire, à se rendre en Italie pour apprendre le grec. Georges Purbach accepta cette invitation, mais il mourut au moment où il allait se mettre en route, n'étant encore âgé que de trente-huit ans.

Regiomontanus.
Dans le voyage que Purbach était sur le point d'entreprendre quand la mort vint le frapper, il devait avoir pour compagnon un autre astronome, bien connu sous le nom de Regiomontanus. Sa réputation s'était déjà étendue, et donna à Padoue un cours d'astronomie qui attira un grand concours d'auditeurs (1463). De retour en Allemagne, il résida quelques années à Bude près du roi de Hongrie Mathias Corvin; il s'établit ensuite à Nuremberg et fonda dans cette ville une imprimerie d'où sont sortis un grand nombre d'ouvrages scientifiques. 

Attiré à Rome par le pape Sixte IV qui souhaitait le consulter sur la réforme du calendrier, il y mourut peu après son arrivée, soit enlevé par la peste, soit assassiné par le fils de George de Trébizonde, dont il avait critiqué les traductions. 

Regiomontanus est, avec Purbach, un des régénérateurs de l'astronomie; tous deux ont reconnu et signalé les invraisemblances du système de Ptolémée. On lui doit la remarque très fondée que, si le système de Ptolémée sur les parallaxes de la Lune était exact, le diamètre de cet astre serait quelquefois double de celui qu'on observe.
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Ptolémée et Regiomontanus.
Ptolémée (coiffé d'une couronne) et Regiomontanus
devisant sous une sphère armillaire (1496).

Les autres astronomes du XVe siècle.
Parmi les savants qui, à la fin du XVe siècle, s'occupaient plus ou moins directement de la réforme du calendrier, nous citerons encore Werner (né à Nuremberg en 1468, mort en 1528), qui continua en partie les observations de Walther, qui avait été le mécène et  collaborateur de Regiomontanus; Jean Schorner (né en 1477 à Karlstadt près de Würzbourg, mort à Nuremberg en 1547), qui publia une partie des manuscrits de Regiomontanus; et Stoefler, plus connu sous le nom de Stoeflerinus. Ce dernier enseignait, en 1482, l'astronomie et les mathématiques à Tubingen, où il eut pour élèves Mélanchthon et Sébastien Münster. Il publia des éphémérides, où il prédisait, pour l'année 1524, un déluge universel. Cette prédiction avait mis toute l'Europe en émoi.

En Italie, Jean Bianchini, de Bologne, composa des Tables astronomiques; Jacques Angolo, de Florence, traduisit la Géographie de Ptolémée sur le texte grec; Domenico Maria Novara, professeur d'astronomie à Bologne, compta Copernic parmi ses disciples. 

En Espagne, Ferdinand de Cordoue commenta l'Almageste de Ptolémée, et Bernard de Granolachi publia, en espagnol, des éphémérides allant de 1488 à 1550.

La découverte de l'Amérique, à la fin du XVe siècle, mit tout à coup à néant la fameuse question les antipodes, brisa les liens fantastiques avec lesquels on s'était obstiné à voir notre globe fixé dans l'espace; enfin elle fit définitivement rentrer la Terre dans le cortege des planètes, tournant autour du Soleil, pris pour le véritable centre de notre monde. (E. Doublet / F. Hoefer).

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