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L'Inquisition
Aperçu
L'institution
Son organisation
Ses provinces
L'Inquisition, Inquisitio, institution qui remonte à l'an 1184, où le pape Lucius III, pour réprimer les hérésies' manichéennes ou supposées telles qui attaquaient en même temps le pouvoir de l'Eglise et l'ordre social, fit, au concile de Vérone, de concert avec l'ernpereur d'Allemagne, Frédéric Ier, une constitution contre les hérétiques. En vertu de cette constitution, l'Église, représentée par la vigilance des évêques, devait employer à l'égard des hérétiques les peines spirituelles, et l'autorité séculière les peines temporelles. Telle fut la manière de procéder de l'Inquisition, dont l'office consistait en théorie à constater la culpabilité en matière d'hérésie, de blasphème ou d'attentat aux moeurs, et à renvoyer le coupable devant la justice séculière. On eut cependant une conception suffisamment large de ce que pouvait être "l'hérésie" pour pouvoir employer cet outil de terreur et d'oppression à toutes les fins. La congrégation de l'Inquisition était composée de 12 cardinaux et d'un cardinal secrétaire, de prélats et de théologiens pris dans les ordres réguliers.

L'Inquisition espagnole et l'Inquisition portugaise elles-mêmes, qui étaient, comme on va le voir, des institutions de l'Etat, n'ont jamais agi autrement. Le droit public de l'Europe étant fondé, au Moyen âge, sur le christianisme, le pouvoir civil punissait dans l'hérétique livré par l'Eglise à sa juridiction le violateur de la première des lois sociales. En 1198, Innocent III envoya en Languedoc des prêtres de l'ordre de Cîteaux, comme missionnaires, pour convertir les Albigeois (Cathares). Mais les tribunaux réguliers de l'Inquisition n'y furent organisés qu'en 1229, au concile de Toulouse. En 1232, le pape Grégoire IX attribua le tribunal de l'Inquisition de cette ville aux dominicains. Du Languedoc l'lnquisition passa  en Espagne, dans les Etats d'Aragon, et de là en Castille, en Navarre et au Portugal. Un bref d'Innocent IV, le véritable fondateur de l'Inquisition, en déféra tous les emplois aux dominicains en 1248. 

Alexandre IV, à la demande de saint Louis, établit en 1255 l'Inquisition dans tout le royaume de France, à l'exception des terres du comte de Poitiers et de Toulouse, où ce tribunal existait déjà. Jusqu'à la suppression des ordres religieux en France par la Révolution, l'Inquisition subsista à Toulouse et à Carcassonne, et elle était presque toujours confiée aux dominicains; mais ses fonctions se bornaient à l'examen des livres de doctrine. L'empereur Frédéric II avait décrété la peine de mort contre les hérétiques avant qu'Innocent IV établit l'lnquisition en Italie, d'où elle passa en Allemagne et en Pologne. Paul III créa, vers le milieu du XVIe siècle, le tribunal de l'Inquisition romaine, dont la fondation date de 1201, et lui donna autorité sur tous ceux de I'Église. Ce tribunal, confirmé par Pie IV et complété par Sixte-Quint, est chargé de veiller au maintien de la pureté de la foi, en réprimant les hérésies, les abus en matière de sacrements et les livres décrétés dangereux pour le pouvoir ecclésiastique. 

Inquisition.
Scènes de l'Inquisition. Tableau de Eugenio Lucas (1824-1870), Bruxelles.
Avec le procès de Jean Huss et la suppression du catharisme en Languedoc, les plus grandes affaires où l'Inquisition du Moyen âge ait eu un rôle éclatant sont : les
persécutions contre les franciscains Spirituels, les Dolcinistes, les Fraticelles, les Vaudois. Il faut mettre à part les affaires de Savonarole, des Templiers et de Jeanne d'Arc. En effet, l'hérésie ne fut, en ces trois cas, qu'un prétexte pour débarrasser commodément l'autorité d'individus qui la gênaient. 

Tout ennemi du pape était ennemi de l'Eglise; tout ennemi de l'Eglise était ennemi de Dieu. C'est en vertu de ce raisonnement que les papes du XIIIe, siècle ont fait prêcher des croisades contre leurs adversaires temporels : Grégoire IX contre les gens de Viterbe en 1238, Innocent IV contre Frédéric Il et le gibelin Ezzelino, Martin IV contre le roi d'Aragon, ennemi des Angevins de Naples et protecteur des gibelins, Boniface contre les Colonna, etc. L'Inquisition leur servit naturellement, de même, à supprimer ceux qu'il leur importait de supprimer, sa procédure étant discrète et infaillible, ses agents sûrs et inviolables. Tous ceux qui contrecarrèrent en Italie les desseins de Jean XXII, les Visconti, Castruccio de Lucques, etc., furent accusés d'hérésie devant les inquisiteurs. Cola di Rienzo fut accusé d'hérésie quand il s'éleva contre le pouvoir temporel des papes d'Avignon à Rome. Savonarole fut accusé d'hérésie quand son activité politique effraya les conseillers du Saint-Siège

D'autre part, il était inévitable que les potentats laïques imitassent à cet égard la conduite de la cour romaine : comment la terrible accusation d'hérésie, qui perdait à coup sûr, n'aurait-elle pas été dirigée contre ceux que les rois des pays d'Inquisition voulaient perdre? Nul n'a usé davantage de cet artifice si commode que le roi de France Philippe le Bel, entouré de conseillers languedociens et toscans; il s'en est efficacement servi ou il a essayé de s'en servir, non seulement contre les Templiers, mais contre plusieurs évêques, et, chose admirable, contre un pape (Boniface VIII). Ainsi l'instrument inquisitorial s'est retourné, au moins une fois, contre la puissance qui l'avait forgé.

La plupart des victimes de l'Inquisition au Moyen âge ont été, dans tous les pays, de petites gens, et surtout, - en dehors des sectaires dont on eut toujours raison assez promptement par une persécution méthodique - des sorciers et des sorcières, c.-à-d. en général des aliénés. Aux termes d'une bulle d'Alexandre IV (Quod super nonnullis, 1257), les inquisiteurs ne devaient connaître les affaires de sorcellerie que dans les cas où la foi était en jeu; mais toute sorcellerie, étant un appel au démon, rentrait ou pouvait rentrer dans la définition de l'hérésie. L'Inquisition, qui, comme toutes les juridictions, tendait à élargir sa compétence s'en empara vers la fin du XIIIe siècle et ne cessa plus d'en élargir la notion. Nul doute qu'en s'occupant ainsi des sorciers, elle n'ait considérablement contribué à en augmenter le nombre. C'est à partir de cette époque que les histoires de succubes, d'envoûtements, de philtres magiques, etc., commencent à foisonner dans les annales judiciaires et politiques de la France et des pays voisins. La publicité de la persécution créa de véritables épidémies de folie démoniaque : c'est par milliers que les sorciers et les sorcières ont été brûlés, au XVe et au XVIe siècles, par les inquisiteurs et les évêques, que les réformateurs protestants se sont, du reste, empressés d'imiter à cet égard. Le Malleus maleficarum de Jacob Sprenger  est célèbre.

L'Inquisition dégénérée eut un regain d'activité au XVIe siècle, à cause des progrès inouïs de l'hérésie en ce temps-là. Mais, hors de la péninsule hispanique, ce ne fut guère qu'un feu de paille. Le cardinal Caraffa, qui fut Paul IV, contribua beaucoup, sous Paul III, à organiser la « Sacrée Congrégation » cardinalice « de l'Inquisition romaine et universelle », à laquelle Sixte-Quint, par la bulle Immensa aeterni Dei, donna sa physionomie définitive sous le nom de Saint-Office. Le ressort de la « Sacrée Congrégation » s'étendait à toute la chrétienté (à l'exception de Venise, de l'Espagne et du Portugal, dont les « Inquisitions » restèrent indépendantes); cependant son activité s'exerça surtout en Italie. En France, l'organisation de l'Inquisition fut remaniée, avec la permission de Henri II, par Paul IV (25 avril 1557) ; mais elle resta sans racines, et François ll restitua le jugement des hérétiques aux Chambres ardentes des Parlements dès 1559; au XVIIe siècle, des tribunaux permanents d'Inquisition existaient encore à Toulouse et à Carcassonne; ces derniers vestiges furent supprimés à la requête du Parlement de Toulouse, en 1722. Du reste, ce qui subsistait des tribunaux d'Inquisition fut aboli, presque partout, au XVIIIe siècle : par Marie-Thérèse dans les Etats héréditaires de la maison de Lorraine-Habsbourg, en Sicile et en Toscane (1782). Dans le Patrimoine de saint Pierre, l'Inquisition, supprimée en 1808, fut réinstallée en 1815 ; c'est en 1848 seulement qu'elle fut définitivement balayée dans les Etats du Saint-Siège et en Sardaigne.

Quant à l'Inquisition établie en Espagne par Ferdinand et Isabelle, ce fut une institution toute royale et particulière à ce pays et au Portugal, qui la lui a empruntée. Cette nouvelle Inquisition, comme l'appelle Llorente, mais que l'on connaît surtout à partir de cette époque sous le nom de Saint-Office, fut fondée par ces souverains essentiellement comme un instrument de leur politique de persécution des Juifs et des musulmans convertis, restés en Espagne après la prise de Grenade (1492). Le pape Sixte IV ne consentit cependant qu'avec répugnance, en 1478, à l'établissement de l'Inquisition espagnole, qui devait dépendre uniquement du pouvoir politique pour la nomination de ses juges et l'exécution de ses jugements. Instituée à Séville en 1481, elle fut organisée par le dominicain' Tomas de Torquemada, qui fut nommé en 1483 premier grand inquisiteur, et qu'il ne faut pas confondre avec le cardinal Jean de Torquemada, son oncle, également dominicain.

Des documents authentiques attestent que le Saint-siège s'est efforcé de modérer la sévérité de l'lnquisition espagnole. Supprimée en 1808 par le roi Joseph et, d'un autre côté, en 1815 par les Cortès, elle fut rétablie par Ferdinand VII en 1814, et abolie de nouveau par les Cortès en 1820. L'Inquisition espagnole a été le modèle de celle de Portugal, dont l'institution, plus politique  que religieuse, et dans une mesure plus abusive qu'en Espagne, date de l'an 1526, et ne fut autorisée qu'après beaucoup de difficultés par le pape Paul III. (A19 / L.).
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Barcelone : la fin de l'Inquisition.
La fin de l'Inquisition à Barcelone, le 10 mars 1820, par Hippolyte Lecomte.


Bartolomé Bennassar, L'inquisition espagnole, Hachette, rééd. 2009.
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