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La Harpe

La Harpe ou Laharpe (Jean-François de), né à Paris le 10 novembre 1739, mort le 11 février 1805. Le voile qui couvre son origine n'a jamais été complètement levé. On lui a reproché l'illégitimité de sa naissance dans vingt pamphlets auxquels il dédaigna de répondre. Cependant, en 1790, dans une lettre adressée au Mercure, il déclara qu'il descendait d'une famille noble du pays de Vaud. Orphelin, il se trouva à l'âge de 9 ans sans appui et sans ressources. Les Soeurs de la charité de la paroisse St-André-des-Arts le recommandèrent à Asselin, alors proviseur du collège d'Harcourt, qui se chargea de son éducation. Le jeune boursier paya ses soins paternels par les plus brillants succès. Deux années de suite il obtint le prix d'honneur en rhétorique. Il venait d'achever ses humanités, lorsqu'ayant fait quelques couplets contre des maîtres d'études dont il avait à se plaindre, il fut puni de ce tort de jeunesse par plusieurs mois de détention.

L'envie répandit que les couplets étaient dirigés contre son bienfait. Asselin. Cette calomnie fut propagée entre le succès de Warwick et la chute de Timoléon, causée en partie par la défaveur qu'elle jeta sur l'auteur. Laharpe sentit la nécessité de répondre à ses envieux devenus de si bonne heure ses ennemis, et la réponse fut victorieuse. Rentré dans la carrière dramatique, il donna successivement. Pharamond (1765), Gustave (1766), deux tragédies qui n'eurent aucun succès. Menzicoff (1775) ne fut pas plus heureux; et comme ce fut en 1776 que Laharpe fut reçu à l'Académie française, on conçoit que Gilbert ait pu dire avec autant d'énergie que de vérité, que le poète, 

Tout meurtri des faux pas de sa muse tragique,
Tomba de chute en chute au trône académique.
Cette suite de revers ne le découragea pas. Il fit représenter en 1778 les Barmécides, en 1783 les Brames et Jeanne de Naples, puis Coriolan en 1784, Virginie en 1786, enfin en 1787 Philoctète, traduction heureuse de Sophocle, et la seule tragédie de La Harpe qui, avec Warwick et Coriolan, soit restée au théâtre. On lui doit encore les Muses rivales, apothéose de Voltaire (1779), et enfin le drame très vanté mais très ennuyeux de Mélanie, ou les Voeux forcés qui ne fut joué qu'après la révolution, et que l'auteur retira du théâtre. Dans l'intervalle que lui laissaient ses compositions dramatiques, Laharpe descendit dans la lice académique, et avant de s'asseoir parmi les juges du concours, il avait remporté huit prix d'éloquence et plusieurs prix de vers. Comme poète, son plus grand mérite est la correction du style et la pureté du goût. Il manque presque toujours de feu, d'invention, de coloris. Comme critique, il se montra sévère, et ne fit par-là qu'ajouter au nombre déjà très grand de ses ennemis.

Nous ne ferons que mentionner son Histoire générale des voyages, abrégé de celle de l'abbé Prévost; ce fut de la part du libraire une simple spéculation de commerce. A l'époque de la révolution, dont il se montra d'abord le défenseur, La Harpe, qui depuis quelque temps avait quitté la rédaction du Mercure, la reprit, et consigna ses sentiments dans la partie littéraire de ce journal qui, à raison de la couleur que Mallet-Dupan prêtait à la partie politique et du talent très remarquable des deux rédacteurs, répondaient aux deux opinions qui partageaient alors la France. Ce fut surtout dans ses leçons de littérature au lycée que La Harpe manifesta, son enthousiasme révolutionnaire. Tant de zèle ne put le sauver de la proscription. Mis en prison, menacé de la mort, ce fut alors qu'il revint à résipiscence. Pour réparer le scandale qu'il avait causé, il crut devoir donner à sa conversion le plus grand éclat. On le vit fréquenter les églises, et à l'époque du soulèvement des Parisiens contre la convention, il se signala par plusieurs écrits, dans lesquels il demandait le renouvellement intégral de cette assemblée. Ayant repris son cours au lycée, il commença sa première leçon par une amende honorable, et ne cessa dès lors d'attaquer avec force, en présence d'une foule d'auditeurs, les anciens objets de son admiration. Le 18 fructidor vint lui imposer silence.

Lorsqu'il lui fut permis de reparaître, il se condamna à la retraite, et ce fut alors qu'il publia sa Correspondance avec Paul Ier, dans laquelle il juge ses contemporains avec une sévérité que le secret présumé d'un commerce épistolaire ne contrariait en rien. On lira toujours avec plaisir un ouvrage écrit avec une verve et une franchise qu'aucun ménagement n'enchaînait. Cependant quelque intérêt qu'inspire cet ouvrage, il n'est pas le premier titre de La Harpe; cet honneur est réservé à son Cours de littérature, dans lequel il rassembla les leçons qu'il avait faites pendant 12 ans au lycée. Malgré les reproches fondés que l'on a faits à la première partie, dans laquelle Laharpe juge les auteurs grecs et latins qu'il n'avait pas ou le temps d'étudier à fond, notamment les philosophes, tels que Platon et Aristote, on rendra toujours justice aux connaissances qu'il déploie sur l'art dramatique toutes les fois que, parlant des auteurs modernes, il se trouve sur un terrain qui lui est connu, et qu'il discute ce qu'il sait. C'est ce vaste ouvrage qui lui a valu le titre de Quintilien français; le jugement de tous les gens de lettres le lui a confirmé, et il le conservera dans la postérité. 

Les Oeuvres de Laharpe ont été publiées avec une Notice sur sa vie, par M. de Saint-Surin, Paris, 1821-22, 16 vol. in-8: cette collection renferme le Théâtre, 2 vol.; les Poésies, un vol.; les Éloges, Discours et Mélanges; les douze Césars de Suétone, 1 vol.; la Lusiade, les 8 premiers chants de la Jérusalem délivrée, et fragments de la Pharsale, un vol.; le Psautier, un vol.; Correspond., 4 vol.; Littérat. et critique, philosophie du 18e S., 2 vol.; frag. de l'Apologie de la religion, un vol. Pour compléter les Oeuvres dans le même format, il faut ajouter le Cours de littérature, Paris, 1821-22, 16 vol. in-8; l'Abrégé de l'Histoire des voyages, Paris, 1820-21, 24 vol. in-8, et atlas in-fol.; les Commentaires sur Racine, sur le Théâtre de Voltaire, etc. Parmi les ouvr. relatifs à Laharpe nous citerons : Notice historique (par M. Agasse), à la tête des éditions du Cours de littéral. publ. chez Mme Agasse. - Mém. sur la vie de Laharpe (par Petitot), en tête des Oeuvres choisies et posthumes, Paris, 1806, 4 vol. in-8. - Vie de Laharpe, par Auger, en tête de l'édition du Cours de litérature, Paris, 1813, 8 vol. in-12. Vie de Laharpe, par Mély-Janin, Paris, 1813. Recherches histor., littéraires et bibliogr. sur la vie et les ouvr. de Laharpe, extrait de l'édition du Cours impr. à Dijon en 1820, 18 vol. in-12. Barbier a inséré dans le Magasin encyclop. de 1805, t. III, page 5 : Examen de plus. assertions hasardées par Laharpe dans sa philos. du 18, S., reprod. dans le Nouveau supplément au Cours de littérat., Paris, 1818, in-8.
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Dictionnaire biographique
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