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Les Jésuites et l'astronomie
La réforme du calendrier
La Compagnie de Jésus, fondée en 1534 par Ignace de Loyola, a surtout été un ordre religieux militant; c'est ce qui explique qu'en général ce ne soit pas sur le terrain de l'érudition que ses membres se sont distingués. Il y a eu d'ailleurs des exceptions, parmi lesquelles on peut citer le P. Petau (1583-1652), qui a été un grand chronologiste et, en cette qualité, a fait beaucoup de calculs relatifs à l'astronomie ancienne.

Les Jésuites laissèrent ce champ à labourer à ces Bénédictins dont la puissance de travail est proverbiale, et qui ont rendu un notable service aux sciences historiques par la publication de l'Art de vérifier les dates, ouvrage datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle, et pour lequel des astronomes illustres se sont faits leurs auxiliaires. L'Art de vérifier les dates a eu pour principaux auteurs D. Clemencet et D. Durand Sa première édition, datée de 1752, est du format in-4°. Il a été réédité plus tard in-folio (1770 et 1784). La Caille et Pingré firent de nombreux calculs d'éclipses pour venir en aide aux auteurs.

Tout en se consacrant à l'enseignement avec le zèle que l'on sait, c'est du côté des sciences mathématiques et physiques qu'ils portèrent leurs efforts; et ceux d'entre eux qui allèrent évangéliser les contrées de l'Extrême-Orient s'efforcèrent, autant que possible, de se mettre en bons termes avec les princes de ces pays, en leur rendant tous les services qu'ils pouvaient, grâce à leur connaissance des mathématiques et surtout de leurs applications.

Nous voyons, en Chine, des Jésuites chargés de présider le grand Tribunal des mathématiques, qui était alors une des grandes institutions politiques de l'Empire du Milieu. A l'occasion, ils furent aussi architectes, fontainiers, et même constructeurs de machines de guerre. Ce sont eux qui nous ont fait connaître l'astronomie chinoise en Occident.

La réforme du calendrier.
Mais, en Europe, on eut aussi recours à leurs talents, et c'est l'un d'eux, Clavius, qui fut le principal auteur de la réforme du calendrier. Le véritable nom de cet astronome était Christophe Schlüssel. Il était né à Bamberg, en Bavière, en 1538 et mourut à Rome en 1612. Clavius était un homme fort savant et fort laborieux, mais il manquait de clarté et de pénétration, ce qui fait que ses ouvrages sont rebutants à lire et, par suite, peu instructifs.

Le pape Sixte-Quint aurait dit, paraît-il, un jour, à propos du savant qui nous occupe :

« Si les Jésuites n'avaient pas rendu d'autres services au monde, ce serait toujours pour eux un sujet de gloire, que Clavius, ce mathématicien si savant et si célèbre, soit sorti de leurs écoles. » 
Il y avait la beaucoup d'exagération; Sixte-Quint n'était peut-être pas très capable de juger par lui-même du mérite d'un géomètre, Mais, comme Clavius a été souvent appelé l'Euclide de son siècle, le pape était sans doute excusable en cette circonstance. 

Quoi qu'il en soit, ses oeuvres, formant cinq volumes in-folio, furent publiées à Mayence en 1612. Elles comprennent d'abord huit livres sur la gnomonique. Cet ouvrage est une énorme compilation, où il y a fort peu de choses neuves et intéressantes, où, par contre, les vérités sont démontrées sans aucune élégance, avec des longueurs rebutantes et fastidieuses.

Son Astrolabe, publié à Rome en 1593, se divise en trois livres : dans le premier, il démontre un certain nombre de lemmes, dont il fera usage par la suite. Dans le second, Clavius traite du tracé des cercles, projetés sur le plan de l'astrolabe en projection stéréographique; là encore, il est diffus, prolixe, et s'écarte volontiers de son véritable sujet. Enfin, le troisième livre donne une suite de règles, ou canons, pour expliquer les divers usages de l'astrolabe, à l'aide de la règle et du compas.

Clavius a publié d'autres ouvrages, notamment un Commentaire sur la sphère de Jean de Sacrobosco, livre dont le succès a été considérable. Le Commentaire de Clavius a eu, lui aussi, de nombreux lecteurs et de 1575 à 1618, il a été édité onze fois.

Enfin, notre Jésuite a donné une édition d'Euclide (1589). De même, il a repris les Sphériques de Théodose, géomètre grec qui vivait au Ier siècle avant J.-C. Cet ouvrage est une sorte d'introduction à la trigonométrie sphérique, et Clavius a ajouté bon nombre de théorèmes à ceux qu'avait donnés l'auteur grec.

Mais ce qui fait vivre son nom, c'est la part considérable qu'il a prise à la réforme du calendrier. Il y avait déjà bien longtemps que Roger Bacon, Pierre d'Ailly, puis après eux Nicolas de Cusa, Régiomontanus et beaucoup d'autres, avaient appelé l'attention des papes leurs contemporains sur les défauts du calendrier en usage dans le monde chrétien, et sur le déplacement continuel de l'équinoxe, dont la date allait constamment en retardant, grâce à l'erreur qu'avaient commise les astronomes contemporains de Jules-César en admettant 365,25 jours pour la durée de l'année tropique. On peut dire qu'il ne tenait qu'à eux d'éviter cette erreur, au moins en, partie, puisque Hipparque admettait que cette durée est 365 jours + 1/4 + 1/300, ce qui est, à la vérité, 6 minutes de trop ; ainsi donc, Hipparque croyait que l'équinoxe retarde d'un jour en 300 ans, quantité beaucoup trop faible, mais qui aurait cependant mérité qu'on en tînt compte. Sosigène et ses collaborateurs laissèrent ce soin à la postérité.

Les Pères du concile de Nicée, il est permis de le croire, n'avaient pas des connaissances astronomiques bien étendues, au moins en général; et, quand ils avaient décidé que la fête de Pâques se célébrerait le premier dimanche qui suivrait la pleine lune qui viendrait après le 21 mars, ils ne s'étaient pas doutés que si, à leur époque, cette date du 21 mars était celle où le soleil passait à l'équinoxe, en quelques siècles ce passage aurait lieu à une date nettement antérieure, si bien que la date du 21 mars, et par suite celle du jour de Pâques, avançait d'une manière continue vers l'été.

En 1554, Lucas Gauricus, savant napolitain, qui devait devenir évêque et qui avait commencé par enseigner les mathématiques à Ferrare, publia un Calendarium ecclesiasticum novum, ouvrage dont la valeur scientifique n'est pas très grande, mais où l'auteur déplore énergiquement le malheur qui fait que la Pâque est souvent célébrée contre le précepte divin. Vers le milieu du XVIe siècle, il y avait des choses plus regrettables que celle-là. L'appel de Gauricus ne fut pas entendu; il fallut encore trente ans pour que le Saint-Siège mît la question a l'étude.

Un médecin et astronome sicilien, nommé Lilio Giraldi, qui était né en Calabre vers 1510 et qui vivait à Rome, où il devait mourir en 1576, fut plus heureux. Il avait proposé différentes mesures propres à ramener l'ordre dans la manière de compter les dates, et à mieux faire concorder les années solaires avec les années lunaires.

L'année qui suivit sa mort, son frère Antonio donna plus de développement aux idées du défunt dans son Compendium novae rationis restituendi Calendarium, et le pape Grégoire XIII fit savoir à tous les princes chrétiens qu'il croyait devoir entreprendre la réforme du calendrier, et les raisons qu'il avait pour cela; en même temps, il les priait de consulter tous les hommes compétents et de lui faire savoir leurs idées sur cette réforme. De nombreux mémoires furent envoyés à Rome de toutes les parties de l'Europe.

Le pape chargea une commission, formée de Clavius, de Egnazio Danti, célèbre par la méridienne, qu'il construisit dans l'église Sainte-Petrone de Bologne, de Ciacono, d'Antonio Giraldi et de plusieurs princes de l'Eglise, d'examiner ces divers mémoires. En résumé, cette commission adopta le projet de Lilio. En conséquence, Grégoire XIlI ordonna que le lendemain du 4 octobre 1582 s'appellerait le 15, ce qui devait ramener l'équinoxe aux environs du 21 mars; en outre, il fut décidé que sur quatre années séculaires, une seule serait bissextile, savoir, celle dont le millésime, après qu'on a effacé les deux zéros, est divisible par 4. De cette façon l'équinoxe devait toujours avoir lieu, sinon rigoureusement à la même date, au moins s'en écarter très peu.

Quant à la fixation de la fête de Pâques, Clavius, qui paraît avoir été la cheville ouvrière de la commission, reconnaît que l'Eglise aurait pu choisir pour cette fête une date fixe dans l'année, mais on préféra s'en tenir aux traditions anciennes, et il est probable qu'on s'y tiendra à l'avenir, bien que, de temps à autre, des pétitions aient été adressées au Saint-Siège pour que Pâques cesse d'être une fête mobile.

En France et dans les autres contrées catholiques, la réforme grégorienne fut acceptée sans difficulté. D'ailleurs, en France, l'autorité civile, à la demande du chancelier de l'Hospital, n'avait pas attendu jusque-là pour revenir à l'antique année romaine commençant le 1er janvier. Jusqu'alors, dans les pays chrétiens, on faisait commencer l'année le jour de Pâques, fête mobile; on voit quelle source de confusion, et les chronologistes qui ont débrouillé le chaos qui résultait de cette coutume, ces Bénédictins que nous avons déjà nommés, ont eu une lourde besogne à faire. 

Les protestants ne s'empressèrent pas d'accepter une réforme dont la papauté avait pris l'initiative et que cependant, a dit Voltaire, il aurait fallu accepter du Grand-Turc, s'il l'avait proposée. En Allemagne, au Danemark, en Suède, en Suisse, ils gardèrent le calendrier julien jusqu'en l'année 1600, et il y eut des difficultés matérielles, des émeutes, en certaines localités à propos de ce changement. Il en fut de même, beaucoup plus tard, en Angleterre; car ce pays n'a admis la réforme grégorienne qu'en 1752. De nos jours, l'Eglise grecque s'en tient encore au calendrier julien, ce qui fait qu'a l'heure actuelle, l'année lithurgique russe commence le 13 janvier de notre calendrier.

Les astronomes jésuites en Chine et au Siam.
Nous trouverons, après Clavius, d'autres Jésuites s'occupant d'astronomie avec plus ou moins de succès, et cette tradition s'est perpétuée. Mais c'est surtout en Extrême-Orient qu'ils ont cultivé la science des astres; dès la fin du XVIe siècle, ils avaient en Chine des missionnaires versés dans l'astronomie, et ils ne tardèrent pas à faire apprécier leurs talents par les habitants du Céleste-Empire. Dès l'année 1629, deux Jésuites, nommés Longobardi et Térence, sont adjoints au Tribunal des Mathématiques, sorte de Bureau des Longitudes, qui était une des grandes institutions du pays.

Parmi les missionnaires qui se distinguèrent comme astronomes, nous nommerons Adam Schall ou Scholl, né à Cologne en 1591, parti en 1621 pour la Chine, où il resta jusqu'à sa mort arrivée en 1666. Ses lettres, écrites en latin, et publiées à Vienne et à Ratisbonne (1665 et 1672) montrent combien l'astronomie des Chinois était alors imparfaite. Son successeur, le Flamand Verbiest, né à Bruges en 1623, mort à Pékin en 1688, écrivit une histoire de l'astronomie en Chine à son époque sous le titre de : Astronomia Europaea sub imperatre Tartaro-Sinico Cam-Hy (Dillingen 1687), où l'on voit que les Chinois, étaient à peine en état de dresser leur calendrier. Il est piquant de le voir, alors que le système de Copernic était proscrit en Europe, composer en Chine un Tractatus de terrae motu, sans avoir aucune difficulté avec ses supérieurs.
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Adam Schall.
Adam Schall, astronome jésuite, missionnaire en Chine.

En 1687, Louis XIV envoya au Siam (Thaïlande) un ambassadeur, M. de Chaumont. Celui-ci était accompagné de plusieurs Jésuites, dont le chef était le P. Tachard; ces religieux, choisis pour leurs connaissances scientifiques, devaient mettre celles-ci au service du roi du Siam, afin de le bien disposer à favoriser l'établissement de missions catholiques dans le pays, et, en outre, faire des observations propres à augmenter les connaissances des Européens sur les contrées de l'Extrême-Orient. Le frivole et ignorant abbé de Choisy s'était joint à la mission; s'il n'a pas rendu de grands services à celle-ci, il a du moins publié une relation de voyage pleine d'intérêt.

Celui de ces Jésuites qui était le plus qualifié, par son savoir, pour faire progresser l'astronomie, était le P. Jean de Fontaney (1643-1710), qui avait enseigné les mathématiques à Nantes, puis à Paris, au collège Louis-le-Grand. Il y avait un petit observatoire dans les bâtiments de ce collège, et le P. de Fontaney y observa, entre autres, les comètes de 1680-1681 et de 1685. Les ressources instrumentales dont il disposait alors étaient fort médiocres.

Le voyage donna des résultats appréciables, et, d'abord, pendant le trajet, on profita de la relâche que l'on fit au Cap pour déterminer la position géographique, si importante pour les navigateurs, de cette localité, où l'on détermina également la déclinaison magnétique.

En mer, on fit des essais de détermination de la longitude au moyen de chronomètres, dont la marche n'était pas assez régulière pour donner de bons résultats. Au Siam, on corrigea des erreurs incroyables sur les longitudes. C'est ainsi que l'observation de l'éclipse de Lune du 11 décembre 1685, fit connaître une erreur de 24 degrés sur celle du lieu d'observation.

Du Siam, le P. de Fontaney et ses compagnons passèrent à Pékin. où ils arrivèrent le 7 février 1688. En Chine, où plusieurs de leurs confrères vinrent bientôt les rejoindre, car l'empereur Kang-hi, qui a laissé un grand nom dans l'histoire, les favorisait, ils continuèrent leurs travaux, dont un des principaux fruits fut une grande carte de la Chine.

Le P. Gouye, qui faisait partie de l'Académie des Sciences, faisait connaître à cette Compagnie, les résultats de ces travaux.

Quant au grand public, il fut instruit pour la première fois des choses du Céleste-Empire par les Mémoires sur l'état présent de la Chine, publiés par un des
missionnaires le P. Le Comte, en 1696; ces mémoires composés de lettres adressées à divers personnages, tels que le chancelier de Pontchartrain, le cardinal de Fürstemberg, etc., forment deux volumes in-12 (trois dans l'édition de 1701).

Parmi ces lettres, il y en a une qui nous intéresse particulièrement, c'est la troisième, car on y trouve la description de l'observatoire de Pékin, qui se trouvait sur une
tour située au voisinage et à l'intérieur des murs de la ville, qu'elle dépassait seulement de dix à douze pieds. Les instruments primitifs avaient été remplacés depuis peu, de par l'influence du P. Verbiest, par des instruments plus modernes, construits sous ses yeux, dont le P. Le Comte nous donne la description fort détaillée. Ce sont ces instruments historiques dont les Allemands s'étaient emparés au début du XXe siècle et dont la Chine exigea la restitution vingt ans plus tard. 

A ces missionnaires, successivement enlevés par la mort, en succédèrent d'autres, non moins zélés et moins savants. Parmi ceux-ci, nous trouvons le P. Gaubil sur le compte duquel nous reproduirons les lignes suivantes, dues à un de ses biographes : 

« Comme le P. Prémare, Gaubil, en fait de littérature chinoise, avait acquis une habileté que personne, entre leurs confrères de la mission catholique, et, à plus forte raison, entre les savants sédentaires d'Europe, n'a jamais égalée. La plupart des savants européens qui sont maintenant en Chine ont beaucoup de peine à arracher quelques indications aux lettrés du pays, mais au temps de Gaubil, c'étaient les plus grands docteurs chinois qui venaient à lui, trouvant à s'instruire même sur la Chine dans sa conversation. Contempler le cours des astres la nuit; à l'aube, monter à l'autel, passer de l'autel à la chaire, de la chaire au tribunal de pénitence; courir de là dans les bibliothèques, puis sans se reposer un seul instant que pour prendre le plus frugal repas, traduire, tout le reste du temps, sans préparation et souvent devant l'empereur, du latin en mandchou et du mandchou ou du chinois en latin pour faciliter les relations des cours souveraines de Pékin avec l'Europe; s'acquitter de tous ces devoirs durant trente ans et mériter trente ans la confiance et l'admiration de tous les partis, de toutes les sectes, de toutes les nations, voilà quelques-uns des titres de notre infatigable compatriote à la reconnaissance de la postérité. » (Le P. Amiot.)
Gaubil, né en Languedoc en 1689, entra dans la compagnie de Jésus à l'âge de quinze ans, il en avait trente-quatre lorsqu'il fut envoyé comme missionnaire en Chine;
il ne revit jamais l'Europe, et mourut à Pékin en 1759. Pendant ce long séjour dans l'Empire du Milieu, il se familiarisa aussi parfaitement que possible avec les
langues chinoise et toungouse, si bien qu'il servait d'interprète au gouvernement chinois dans sa correspondance diplomatique avec le gouvernement russe. 

Cette correspondance se faisait en latin. Le P. Gaubil ne se bornait pas à ses fonctions officielles et à ses devoirs d'apôtre religieux. C'était un véritable savant. Il faisait des observations astronomiques, et, surtout, adressait aux savants européens, à Fréret et à Delisle, par exemple, des documents devant servir à faciliter leurs études historiques et scientifiques.

Le P. Souciet, autre Jésuite, a fait imprimer en 1729-1732, un grand ouvrage consacré à la Chine : Observations mathématiques, astronomiques, géographiques, chronologiques et physiques, tirées des anciens livres chinois, ou faites nouvellement aux Indes par les P. P. de la Compagnie de Jésus. 3 volumes in -4. Dans ce recueil, il a imprimé une Histoire abrégée de l'astronomie chinoise, et un Traité de l'astronomie chinoise, dont Gaubil était l'auteur. 

Ces deux écrits ont été reproduits, avec des modifications, dans les Lettres édifiantes,
sous le titre d'Histoire de l'astronomie chinoise. Enfin, on doit encore au savant missionnaire un Traité de la chronologie chinoise, qu'on trouva en 1814 dans les papiers provenant de Fréret que possède le Bureau des Longitudes. A la demande de Laplace, Silvestre de Sacy, aidé par Abel Rémusat, publia immédiatement ce manuscrit. Biot, cela va sans dire, a eu largement recours aux documents fournis par les missionnaires jésuites pour ses travaux sur l'astronomie chinoise, dont nous avons indiqué les principaux.

Le nom du P. Gaubil mériterait d'être mieux connu. A côté de lui, nous citerons encore le P. Prémare (1670-1735, et enfin le P. Parrenin, correspondant assidu de Dortous de Mairan, qui a publié des Lettres au R. P. Parrenin (1770), contenant diverses questions sur la Chine. On y voit entre autres choses, que Mairan aurait désiré que les missionnaires déterminassent la longueur du pendule battant la seconde à Pékin, afin de voir si cette longueur est la même qu'à Madrid, qui se trouve sous le même parallèle.

De tous ces travaux il résulta un grand et magnifique ouvrage sur la Chine, formé de quatre volumes in-folio, accompagnés d'un atlas de 42 cartes, oeuvre du P. Duhalde (1674-1743). Celui-ci, qui semble n'avoir jamais quitté Paris, rédigeait le recueil intitulé Lettres édifiantes et curieuses, où il publiait les mémoires qui lui étaient adressés par ceux de ses confrères qui exerçaient le ministère apostolique dans les contrées lointaines, surtout en Extrême-Orient, et c'est d'après des renseignements recueillis sur les lieux qu'il a pu écrire son livre, grâce auquel la Chine ne fut plus, pour les Européens, une terra incognita.

Pendant ce temps, en Europe...
Pendant ce temps, en Europe, des membres de la Compagnie de Jésus étudiaient assidûment le ciel, notamment en France. C'est ainsi que la direction de l'observatoire de Marseille, confiée d'abord au P. Laval (1664-1728), échut plus tard au P. Pézenas, qui mérite une mention spéciale.

Esprit Pézenas (1692-1776) était natif d'Avignon, par conséquent, il était sujet du pape. Cela ne l'empêcha pas d'entrer au service de la France; en 1728, on le voit professeur d'hydrographie à Marseille, dont il dirige l'observatoire pendant quinze ans, de 1749 à 1764. A cette dernière date, le Saint-Siège ayant prononcé la dissolution de l'ordre des Jésuites, il se retire dans son pays natal qu'il ne doit plus quitter.

Il a publié deux volumes de Mémoires, imprimés à Avignon en 1755 et 1756 et qui sont devenus extrêmement rares, et en outre bon nombre de travaux relatifs à l'astronomie nautique, tels que son Histoire des montres de Harrison pour les longitudes, une Astronomie des Marins, des Eléments de pilotage; enfin il a traduit en français le traité d'Optique de Smith, dont le titre anglais est : A complet system of Opticks.

Il ne s'est d'ailleurs pas borné à donner en français l'ouvrage de l'auteur anglais, et il y a fait de nombreuses additions, c'est ainsi qu'on trouve, à la fin de cette traduction, l'histoire de la découverte de la nutation de l'axe terrestre par Bradley. Citons enfin, du laborieux Jésuite, son Histoire critique de la découverte des longitudes. Pézenas avait 83 ans quand ce livre fut publié.

Les Jésuites du XIXe siècle n'ont pas abandonné la tradition de leurs devanciers du XVIIe et du XVIIIe siècles. En Chine, à Zo-Sé, près de Shanghaï, ils maintinrent jusqu'à la fin de l'époque impériale un observatoire pourvu de grands et beaux instruments, ayant pour directeur le P. Chevalier, qui s'occupait spécialement de physique solaire. L'étude du Soleil, était aussi la spécialité, à la même époque, d'un autre jésuite, le P. Angelo Secchi, qui fut le directeur de l'observatoire du Vatican (situé à Castel Gandolfo, près de Rome), et dont les coupoles se voient toujours. (E. Doublet).

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