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Vénus
Histoire des découvertes
Communément appelée Étoile du Berger, Étoile du matin, Étoile du soir, Vénus, de même que Mercure, et comme lui, parce qu'elle a son orbite comprise dans celle de la Terre, nous paraît osciller de part et d'autre du Soleil. Suivant les époques, elle est ainsi étoile du matin (Lucifer) ou étoile du soir (Vesper), ce qui a même fait croire pendant longtemps à l'existence de deux planètes distinctes.
Dans les traditions populaires françaises, Vénus qui s'appelle à peu près partout l'Étoile du berger, est nommée, en Limousin lou Lunou, la petite lune ou lou Lougra, le diamant, en Provence, lou Lugar, le flambeau, la Bello Estello, la Belle étoile, à cause de son éclat; en Ille-et-Vilaine, c'est l'Etoile ds jeunes filles, parce qu'elle marque qu'il est temps pour elles de rentrer à la maison. Dans le Midi, Vénus qui éclaire les bergers le matin quand ils sortent le troupeau, et le soir quand ils le rentrent, est appelée par eux la Bello Magalouno; c'est la belle Maguelonne qui court après Pèire de Prouvenço, Pierre d Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans. En Wallonie, l'Etoile du Berger précède les deux chariots, et en la suivant de n'importe quel point du globe, on arrive à Jérusalem, au tombeau du Christ. (Sébillot).

Servius, dans son commentaire sur ce vers (Enéide) de Virgile, quem Venus antè alios , etc. nous dit que Vénus a son étoile ou sa planète aux cieux, appelée au Levant Lucifer, et au Couchant Vesper; qu'elle en a encore deux autres, l'une au signe du Taureau son domicile, et l'autre au Nord, ou dans les étoiles appelées Septemtrio. Il est certain que la planète Vénus a porté le nom de Callisto (Chronique alexandrine) ou de très belle, comme la Grande Ourse.

A la lunette, Vénus présente des phases analogues à celles de la Lune. Leur découverte par Galilée en septembre 1610 a été un des arguments avancés en faveur du système héliocentrique de Copernic. Par ailleurs, Vénus, peut passer, selon une périodicité complexe, devant le disque du Soleil. Ce phénomène, observé pour la première fois en 1639,  et a été dans le passé très suivi des astronomes en raison de l'importance qu'il présente pour la détermination de la parallaxe du Soleil. Ces passages ont également été l'occasion d'étudier l'atmosphère de Vénus, et conclure à sa grande épaisseur. A cause de cela, et de l'importance des nuages qu'elle renferme, le sol était difficile (et l'on pourrait dire aujourd'hui impossible) à observer. 
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Scheiner : les phases de Vénus.
Les phases de Vénus,
d'après Ch. Scheiner, Disquisitiones mathematicae, 1614.

Cela a suscité des questions sur la géographie de la planète, mais aussi sur sa rotation. Cassini affirmait en 1666 que sa durée était de 23 heures 15 minutes. Mais en 1887, Schiaparelli, puis, après lui, d'autres astronomes en grand nombre, Lowell, Douglas, Perrotin, etc., nièrent toute rotation : Vénus effectuait seulement, en même temps que sa révolution autour du Soleil, c-à-d. en 225 jours, un tour sur elle-même. Il faudra attendre les études radar dans les années 1950 et 1960, pour connaître la réponse définitive. A cette époque l'exploration spatiale a démarré. Les sondes qui pénétreront dans l'atmosphère vénusienne et parviendront à se poser sur son sol montreront qu'il y existe des conditions de pression et de température extrêmes.

Dates clés :
685 av. J.-C - Identité explicitement reconnue à Babylone de Vénus, étoile du soir, et de Vénus, étoile du matin.

1610 - Découverte des phases de Vénus, par Galilée.

1639  - Première observation attestée d'un transit de Vénus devant le Soleil.

1666 - Cassini estime à environ 24 heures la rotation de Vénus.

1726-27 - Planisphère vénusienne de Bianchini.

1761, 1769, 1874, 1882 - Grandes expéditions à travers le monde pour observer les passages suivants afin de mesurer la parallaxe du Soleil. Etudes de l'atmosphère vénusienne, lors des deux derniers de ces transits.

1890 - Schiaparelli et d'autres optent pour une rotation de 225 jours environ.

1962 - Premier survol de la planète, par la sonde Mariner 2.

1962-1967 - Carpenter, déduit d'observations radar que la rotation est de 243 jours; il confirme par ailleurs les soupçons qui la faisaient déjà depuis quelques années rétrograde.

1975 - Premières images du sol vénusien par la sonde Venera 9.

Premières approches

Vénus est pour nous l'astre le plus brillant du ciel, après le Soleil et la Lune. Nous retrouvons son nom et son culte dans toutes Ies langues anciennes. Et il n'est pas anodin, de ce point de vue de remarquer que le nom Vénus est généralement double. Il existait une dénomination pour le soir et une autre pour le matin. Souvenir d'une époque où l'on ne savait pas encore qu'il s'agissait d'un seul et même astre. Beaucoup plus tard, quand les premières lunettes ont été utilisées pour l'observation du ciel, Vénus dévoilera une autre de ses caractéristiques : la planète présente des phases bien marquées comme la Lune. Ce sera pour Galilée la preuve que cet astre tourne bien autour du Soleil et non de la Terre comme ont le pensait auparavant, et donc un élément en faveur du système de Copernic

Les passages devant le Soleil

Une fois que l'on a admis le système héliocentrique, les lois de Kepler permettent de déterminer les distances relatives au soleil de tous les corps qui gravitent autour de lui. Mais quelles sont leurs distances réelles? Quelle est la taille du système solaire. Les rares passages de Vénus devant le disque solaire ont fourni aux astronomes un moyen (excellent, au moins sur le papier) de mesurer la parallaxe du Soleil, qui revient à évaluer sa distance réelle de la Terre. A partir de là, toutes les autres distances pouvaient être calculer. On comprend dès lors que ces transits, qui n'ont lieu que deux fois fois par siècle, à peu près, aient attendus avec impatience. Des grandes expéditions ont été mises sur pied pour les observer. Les astronomes ont également pu mettre à profit ces précieux événements pour tenter d'observer l'enveloppe atmosphérique de Vénus. 

Le mystère atmosphérique

L'atmosphère de Vénus est sans doute la particularité que la planète a eu longtemps de plus irritante pour les astronomes. Il a d'abord fallu la mettre en évidence. Et les passages de Vénus devant le disque solaire, à la fin du XVIIIe siècle, ont fourni les premiers indices de son existence. Il a fallu ensuite en obtenir confirmation, puis essayer de comprendre progressivement en quoi elle consistait exactement. Les premières études spectrales destinées à la déceler avant même d'espérer en connaître la composition chimique ont été conduites à partir de 1866. Mais il faudra attendre les transits suivants (1874 et 1882) pour que l'affaire soit entendue. Il ne restait plus aux astronomes qu'à prendre la mesure de l'importance hors normes pour une planètes par ailleurs aussi semblable à la Terre de cette atmosphère... 

Le temps qu'il fait et les jours qui passent...

Les connaissance que l'on pensait avoir acquise à la fin du XIXe siècle de l'atmosphère vénusienne portaient à s'interroger sur l'habitabilité de la planète, et, pour commencer sur sa météorologie. Beaucoup de choses étranges ont été dites alors et même encore dans les années 1960, à l'aube de l'exploration de la planète à l'aide de sondes spatiales. De plus, l'opacité de cette atmosphère à longtemps été sous-estimée. On a cru déceler des détail du sol vénusien, quand on on ne voyait que des nuages. De ce fait, la connaissance de la période de rotation de la planète a elle aussi dû attendre l'âge spatial pour être définitivement fixée. 

L'impossible géographie

Les travaux sur la période de rotation de Vénus sont indissociables des recherches qui ont été faites pour tenter de discerner la topographie de cette planète. Très tôt les astronomes ont cru discerner à la surface de Vénus des taches. Entre le 1666 et le XXe siècle, ils ont tenté (en vain presque jusqu'à la fin) de discerner le relief de la planète. Des cartes plus ou moins sommaires ont été publiées. En 1726-27, on s'est même risqué à nommer quelques "mers" vénusiennes, analogues à celles de la Lune. On a même cru, un siècle plus tard, observer des calottes polaires couvertes de glace comme sur Mars. Mais, ici encore, c'est l'exploration in situ de la planète qui, à l'aide d'études radar, allait finalement fournir les clés de la topographie vénusienne.

A la recherche du satellite

Planète aux mille pièges, Vénus allait encore dérouter les astronomes quand ils se sont posé la question de savoir si elle possédait une lune. Après tout, la Terre ou Mars, si similaires, possédaient des satellites. Elle en aurait plutôt deux qu'un, répondaient au temps de la régence les astronomes qui se souvenaient de leur mythologie. Pour savoir, les astronomes se sont mis à la recherche de la prétendue lune de Vénus dès le XVIIe siècle, et l'on a cru à plusieurs reprises l'avoir enfin détectée. A la fin du XIXe siècle, on optera finalement pour l'explication la plus vraisemblable : Vénus n'a pas de satellite naturel, et ce que l'on a parfois pris pour cela n'était qu'illusion d'optique. 

L'exploration in situ

Vénus a constitué une cible très tôt dans l'histoire de l'exploration spatiale. Les Soviétiques y ont dirigé les premières sondes, essentiellement dans le cadre de leur programme Venera. Celui, qui se développa de 1961 à 1983, compta 16 missions, et après des débuts difficiles eut à son actif le premier atterrissage en douceur et les premières images de la surface vénusienne. Les Américains, à qui l'on doit, avec Mariner 2, le premier vol réussi jusqu'à cette planète en 1962, ont été relativement absents de la scène vénusienne jusqu'à leur programme Pioneer Venus, en 1978, qui permet de conduire les premières études radar in situ.

Une originalité de l'exploration de Vénus est sans doute aussi qu'elle a souvent été une "cible d'opportunité" : des sondes, dont l'objectif était un autre corps céleste, se sont approchées de la planète, généralement pour bénéficier de son assistance gravitationnelle, et en ont profité pour transmettre quelques informations à son sujet. Il en a été ainsi des missions Mariner 10, envoyée vers Mercure, Galileo, dirigée vers Jupiter, Cassini-Huygens, à destination de Saturne.  Seules missions dotées d'un équipement radar (Pioneer Orbiter, Venera 15 et 16, et surtout Magellan), ont pu livrer une connaissance étendue de la topographie vénusienne. 

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