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Aristarque

Aristarque de Tégée, poète tragique greccontemporain d'Euripide. D'après Suidas, il aurait fait représenter soixante-dix tragédies et n'aurait remporté que deux fois la victoire dans les concours. Il vécut jusqu'à cent ans.
Aristarque d'Athènes, mort en 406 av. J.-C., un des chefs du parti oligarchique pendant la guerre du Péloponnèse (La rivalité de Sparte et d'Athènes); il contribua à établir la tyrannie des Quatre-Cents, et se réfugia en Béotie après leur chute. Il fut pris et mis à mort par les Athéniens.
Aristarque de Samos est un astronome né à Samos (vers 310-230 av. J.C.). Il est le premier représentant de l'École d'Alexandrie, dont Ptolémée cite une observation du solstice d'été de 278 av. J.-C.,  et est justement célèbre comme le véritable auteur du système du monde que nous connaissons sous le nom de Copernic.
Voici ce que rapporte de lui Plutarque
"Aristarque place le Soleil au nombre des fixes, et fait au contraire, mouvoir la Terre dans le cercle solaire (tèn oe gèn kinei peri ton èliakon kyklon). " (Plutarque, de Placitis philosophorum, II, 24.)
Contrairement à celle qui a pu peser sur le conceptions de Philolaüs, il n'y a pas d'équivoque possible ici. Le Soleil est rangé, comme immobile, aplanhs, parmi les étoiles proprement dites; et le cercle qu'on faisait parcourir au Soleil dans son mouvement propre annuel, le cercle héliaque, Aristarque, renversant les choses, le fait parcourir à la Terre. Bien plus, il lui attribuait, le double mouvement de rotation et de translation, jusqu'alors constamment attribué au Soleil (Hoefer, 1873).
Il fut, à ce sujet, accusé d'impiété par le stoïcien-Cléanthe; mais nous ignorons quelles furent les suites de cette accusation et nous ne connaissons pas plus les autres circonstances de la vie d'Aristarque. Vitruve le cite comme inventeur de deux cadrans solaires, l'un hémisphérique (scaphé),: l'autre plan et probablement le premier de ce type. 
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Aristarque de Samos.
Aristarque de Samos.

Il reste de lui un petit traité : Sur les grandeurs et les distances du Soleil et de la Lune, qui faisait, chez les Anciens, partie de la collection du Petit Astronome, et qui a été édité en grec par Wallis (Oxford, 1688, avec la version latine de Commandino, et un extrait du livre VI de Pappus), puis par Fortia d'Urban, avec les scholies des manuscrits de Paris (1810, trad. française en 1823). 

Dans ce traité, Aristarque démontre géométriquement, en 19 théorèmes, qu'en faisant certaines hypothèses sur le diamètre apparent de la Lune, sur celui de l'ombre de la Terre dans les éclipses lunaires, enfin sur la valeur de l'élongation de la Lune au moment de la dichotomie, il en résulte que le rapport du rayon de l'orbite solaire (dans l'hypothèse géocentrique) au rayon de l'orbite lunaire est compris entre 20 et 18, et que le rapport du diamètre du Soleil à celui de la Terre est compris entre 43/6 et 19/3.

Il est douteux qu'Aristarque soit l'auteur de cette méthode qui remonte probablement à Eudoxe  et qui, au fond, n'a guère été perfectionnée dans l'Antiquité. En tous cas, son traité n'offre guère d'intérêt qu'au point de vue géométrique, pour qui veut étudier les procédés dont on se servait à cette époque pour les questions qui réclament l'emploi des lignes trigonométriques

Une des hypothèses d'Aristarque, que le diamètre apparent de la Lune est de 1/15 de signe, soit 2°, était certainement fausse à ses yeux. Nous savons par Archimède qu'il admettait, au contraire, 1/720 de la circonférence. soit 1/2 degré. (Paul Tannery).

Aristarque de Samothrace, un des plus célèbres grammairiens et critiques de toute l'Antiquité. II naquit dans l'île de Samothrace, au commencement du IIe siècle av. J.-C., d'un père qui portait le même nom que lui. II fut élevé à Alexandrie, ou il eut pour maître Aristophane de Byzance, chef du musée et directeur de la bibliothèque (L'Égypte Ptolémaïque) .Après la mort d'Aristophane, Aristarque, le plus distingué d'entre ses disciples, lui succéda dans ses fonctions. Ptolémée Philométor lui confia l'éducation de son fils, et Ptolémée Physcon, frère cadet de Philométor, l'eut aussi pour maître. La fin de sa vie est assez mal connue. Ce qui est certain, c'est qu'il mourut dans l'île de Chypre à l'âge de soixante-douze ans. La tradition ajoute qu'il se laissa mourir de faim pour se soustraire aux souffrances que lui causait une hydropisie incurable. 

Des deux fils qu'il laissa, l'un fut vendu comme esclave. Aussi doit-on supposer qu'Aristarque était en disgrâce à Chypre, et n'avait quitté I'Égypte que sous le coup des mesures de proscription portées par Ptolémée Physcon contre tous les savants et grammairiens. Aristarque laissa de nombreux disciples : les Anciens en ont compté jusqu'à quarante. Plusieurs nous sont connus, et parmi eux l'on trouve des noms célèbres comme ceux d'Ammonius, d'Apollodore, de Moschus. Dispersés un instant par les mesures barbares de Ptolémée Physcon, la plupart revinrent bientôt à Alexandrie où il enseignèrent les doctrines de leur maître. 

De tous les grammairiens de son temps, Aristarque a été le plus écouté. Toute sa vie fut consacrée à des recherches de grammaire et de critique, et ses fonctions de précepteur et de bibliothécaire ne l'empêchèrent pas d'être extrêmement fécond. Suidas lui attribue plus de huit cents livres; c'est juste le nombre attribué à Callimaque. D'ailleurs il ne faudrait pas prendre ces huit cents livres pour autant de volumes. On appelait souvent ainsi les subdivisions d'un grand ouvrage. De ces nombreux écrits nous ne connaissons que quelques titres : ce sont les reprises à Comanus, à Philétas et à Xénon; un traité Peri analogias, et son commentaire sur l'Iliade et l'Odyssée. Aristarque avait aussi commenté Hésiode, Archiloque, Pindare, Alcée, Anacréon, Aristophane, Eschyle, Sophocle, Ion, Aratus et autres. Quintilien lui attribue ainsi qu'à Aristophane la composition du fameux Canon où les écrivains grecs étaient rangés par ordre de mérite. 

On ne trouve nulle part qu'Aristarque ait écrit de traité spécial sur la grammaire. Mais s'il n'a rien écrit, tout fait supposer qu'il a professé un cours de grammaire suivi. Quintilien nous apprend que c'est lui le premier qui ramena à huit le nombre des parties du discours, fixé à six par les stoïciens, en y ajoutant le participe et la préposition. C'est en effet la doctrine que l'on trouve dans la Technè grammatikè de l'un de ses disciples, Denys le Thrace, qui vivait à Rome du temps de Pompée. On voit même par cet ouvrage qu'Aristarque avait établi un système complet de déclinaison et de conjugaison. Mais ses théories grammaticales ne nous sont pas autrement connues. Aussi bien c'est surtout comme auteur d'éditions critiques qu'Aristarque était célèbre dans l'Antiquité, et c'est comme éditeur d'Homère que nous pouvons aujourd'hui l'apprécier.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, Aristarque n'était pour les Modernes qu'un nom fameux, et les quelques fragments que l'on trouvait dispersés soit au milieu des scholies sur les auteurs qu'il avait commentés, soit chez les grammairiens, ne permettaient pas de se faire une idée exacte de son talent. C'est seulement depuis la découverte et la publication du manuscrit d'Homère, trouvé par d'Ansse de Villoison, en 1781, à la bibliothèque Saint-Marc à Venise, que l'on a pu apprécier l'immense activité, la vaste science et surtout l'exactitude uniforme des principes critiques d'Aristarque. Le texte de Venise suit presque toujours la leçon d'Aristarque; et les scholies qui l'accompagnent contiennent par centaines les notes et les remarques du célèbre critique. Cette découverte est d'autant plus précieuse qu'Homère paraît avoir été l'auteur préféré d'Aristarque. L'édition qu'il avait donnée de ce poète était particulièrement soignée. Aristarque l'avait revue plusieurs fois; peut-être même en avait-il donné deux éditions, car il est question dans les scholies de Venise de la première et de la deuxième leçon d'Aristarque. 

Cette édition comprenait deux parties distinctes : d'une part le texte pur, sans notes marginales, et d'autre part, un commentaire. Des signes critiques, dont la valeur était déterminée d'avance, se trouvaient placés dans le texte à côté des vers et renvoyaient au commentaire. C'étaient la diple è diplè (>), qui renvoyait à une remarque de grammaire, de littérature ou d'histoire, la diple pointée (>÷), qui relevait une fausse leçon de Zénodote ou de Cratès ; l'obel (-), placé devant les vers suspects d'interpolations, etc. Tous ces signes se retrouvent dans le manuscrit de Venise, placés à la gauche des vers, et suivant la notation d'Aristarque. La valeur même de ces signes montre que les explications d'Aristarque n'étaient pas limitées au détail des mots et des phrases. Et en effet dans les scholies de Venise, à côté de remarques purement grammaticales ou métriques sur le genre des mots, sur la déclinaison, la conjugaison, l'orthographe, l'accentuation, la quantité, la scansion des vers, on trouve des discussions d'un ordre plus élevé, relatives à la mythologie, à la géographie, à la composition artistique des poèmes d'Homère.

Comme critique, Aristarque part de ce principe que les oeuvres d'Homère, étant le plus ancien monument de la littérature grecque, doivent s'expliquer par elles-mêmes. Aussi était-il un adversaire décidé de l'interprétation allégorique du poème que défendait Cratès, le chef de l'école rivale de Pergame. D'après Aristarque, tout doit être pris à la lettre dans les fables d'Homère. D'ailleurs il admettait qu'il dût y avoir dans les poèmes homériques une sorte d'unité poétique; et il en résultait naturellement que tout passage en contradiction avec le reste du poème devait être regardé comme suspect d'interpolation. On le voit, ces principes sont pleins d'une grande sagesse; et cette sagesse est d'autant plus méritoire, que les prédécesseurs d'Aristarque, comme Zénodote, ou même ses contemporains, comme Cratès, corrigeaient le texte homérique d'une façon arbitraire, suivant leur goût et leur fantaisie.

Aristarque se garde bien aussi des subtilités ou tombaient la plupart des critiques du temps, et il ne se demande pas pourquoi, dans le catalogue du deuxième livre, Homère a commencé l'énumération par les Béotiens et non par un autre peuple. Il est vrai que dans les questions d'esthétique, il a quelquefois des défaillances : ses scrupules sont parfois excessifs et l'entraînent à des suppressions ou à des transpositions malheureuses. Mais, il faut se hâter de le dire, ce n'est là que l'exception. Non seulement Aristarque est bien plus sage et plus réservé que ses prédécesseurs, mais généralement il a le goût juste, il sent Homère. Néanmoins le nombre des vers qu'il supprimait dans l'Iliade et l'Odyssée est considérable. Nous savons qu'il regardait comme apocryphe un chant et demi de l'Odyssée.

Il est probable aussi qu'il faut le ranger au nombre des savants qui regardaient le dixième chant de l'Iliade comme apocryphe. Dans le reste de l'Iliade les vers qu'il a marqués de l'obel sont encore très nombreux. Il y a même un certain nombre de vers condamnés par lui et qui pour cette cause avaient disparu des manuscrits. Wolf en a compté plus de quarante ainsi supprimés dans le manuscrit de Venise. Sur ce nombre quatre nous ont été conservés par Plutarque, et il faut reconnaître que leur suppression était tout à fait arbitraire. Malgré toute sa réserve, Aristarque avait donc encore une trop grande facilité à supprimer dans Homère les vers qui lui répugnaient, et c'est le reproche que lui adresse Cicéron :

  Aristarchus Homeri versum negat quem non probat.

Mais, ce qui donne à Aristarque une grande supériorité sur tous les critiques de l'Antiquité, c'est qu'il n'a jamais essayé de corriger Homère : il a supprimé, quelquefois à tort, des vers qu'il croyait apocryphes, mais il n'a inventé aucune leçon ni interpolé aucun vers. Par contre, il s'est appliqué à établir d'une façon exacte l'orthographe de tous les mots; et il a introduit dans les oeuvres  d'Homère les accents, invention récente due à son maître Aristophane de Byzance. C'est aussi à lui ou du moins à  son école que l'on attribue la division de l'Iliade et de l'Odyssée en vingt-quatre chants désignés chacun par une des vingt-quatre lettres de l'alphabet grec.

Aristarque croyait à l'existence d'Homère; nous savons même à quelle date il plaçait sa naissance. Il n'était pas diascévaste, et regardait les deux poèmes comme l'oeuvre d'un seul poète. Ce qui le prouve, c'est l'ouvrage qu'il écrivit contre le grammairien Xénon, chef de l'école des diascévastes. L'édition d'Homère donnée par Aristarque est certainement la meilleure que les Anciens aient connue, et c'est ce qui explique l'immense autorité dont elle a joui. Non seulement elle servit de base à toutes les éditions postérieures, mais elle a donné naissance à un grand nombre d'ouvrages. C'est ainsi qu'Aristonicus avait écrit un livre pour discuter les signes critiques d'Aristarque; Ammonius et Didyme pour savoir s'il y avait eu ou non deux éditions de la diorthose d'Homère; Ptolémée d'Ascalon, sur la recension de l'Odyssée par Aristarque. L'admiration pour Aristarque alla quelquefois jusqu'au fanatisme. Un commentateur d'Homère va jusqu'à suivre Aristarque de préférence à un autre critique qui cependant lui paraît avoir raison. Panétius l'appelle un devin. Enfin Horace, pour désigner un homme de goût et un fin connaisseur, dit d'une façon proverbiale : Fiet Aristarchus. Aussi n'est-il plus possible maintenant de douter que le texte des poèmes d'Homère, tel que nous le possédons, ne soit, d'une façon générale, l'oeuvre d'Aristarque. (P. Gicqueaux).

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