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L'histoire de la Chine
Les plus anciennes civilisations de la Chine remontent au Néolithique et ne sont connues que par les vestiges archéologiques qui les ont révélées (Kan-sou, Ho-nan, Loung-Chan, Ho-peï, etc.). Leur histoire est tellement engluée de mythes qu'elle en serait, si l'on ne se fiait qu'à eux, proprement indéchiffrable. Ainsi, selon les traditions du pays, voit-on succéder au règne des dieux, celui de ceux qui, dans les mythes, étaient les descendants des dieux, les premiers souverains à qui on attribua l'invention des arts, et dont le premier fut Fo-Hi ou Fou-Hi, le plus ancien législateur de la Chine, auquel on attribue la rédaction primitive du Yi-King, et que les annales chinoises font régner de 3468 à 2952 av. J. C. Hiouan-Youan, qui prit le titre de Hoang-Ti, c'est-à-dire d'empereur jaune, et depuis le règne duquel (de 2700 à 2589 av. J. C.) le jaune est devenu la couleur impériale en Chine. Sa légende lui attribue l'invention de la boussole, de l'arc, des poids et mesures, des filets, des chars, de la monnaie, des caractères de l'écriture, de la navigation et du cycle de 60 ans, encore en usage jusqu'au début du XXe siècle dans la chronologie chinoise, etc. On attribue à sa femme la découverte de l'art d'élever les vers à soie et de tisser les étoffes de leurs produits. 

Les premières dynasties.
Sous Yao, qui aurait régné de 2357 à 2257 av. J. C., les annales chinoises placent une grande inondation. En réalité, c'est huit ou neuf siècles plus tard, c'est avec Yu, le premier empereur de la dynastie encore largement légendaire des Hia, que commence à émerger lentement des brumes l'ère historique de la Chine. Yu aurait vécu de 2298 à 2198. Vingt-deux dynasties se sont ensuite succédé depuis celle des Hia, qui a duré jusqu'en 1767 av. J.-C. Les Hia ont été suivis par les-Chang (1767-1122), puis par les Tchéou.

Wou-Yang, premier empereur de la dynastie des Tchéou, avait hérité de son père, Wen-Wang, le royaume de Tchéou; il détrôna, en 1122, Chéou-Sin, dernier souverain de la dynastie des Chang, qui s'était rendu odieux par ses crimes, donna à la Chine une nouvelle organisation, qui était une espèce de régime féodal, et mourut en 1110. Sous Ling-Wang, l'un de ses lointains successeurs ( 571-544) naquit Confucius, le plus grand philosophe de la Chine. Les derniers siècles de la dynastie des Tchéou furent troublés par le partage de la Chine entre divers États, résultat des institutions établies par Ts'in-Chi-Hoang Ti, fondateur de la dynastie des premiers Tsin, réunit la Chine entière sous son pouvoir en 247, repoussa les assauts  des Hioung-Nou (Les Huns), et garantit l'empire contre leurs incursions par la construction de la Grande muraille vers 214
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Grande Muraille de Chine.
La Grande Muraille de Chine, par William Simpson, 1886.

On rapporte qu'il fit brûler tous les livres historiques de la Chine, afin d'anéantir les monuments sur lesquels les grands se fondaient pour agiter l'État et lui contester l'autorité. Il mourut en 207, et la Chine était retombée dans le désordre lorsqu'elle en fut tirée par l'avènement de la dynastie des Han en 197

La dynastie des Han se partagea en deux branches, l'une, dite occidentale, qui régna jusqu'à l'an 24 de notre ère, et l'autre, dite orientale, qui régna jusqu'à l'an 220. Les princes de cette dynastie firent recueillir les livres de Confucius, et étendirent leurs conquêtes vers l'Ouest. La religion de Lao-Tseu fit de grands progrès, et le bouddhisme s'introduisit en Chine sous leur domination. 

En 220, la Chine se divisa en trois royaumes, que Wou-Ti, fondateur de la dynastie des Tsin, réunit de nouveau en un seul empire en 280

La dynastie des Soung (Song) se substitua en 420 à celle des Tsin orientaux; mais le Nord de la Chine avait été envahi par les Tartares, qui y fondèrent un empire en 386. La Chine fut alors partagée en deux empires, celui du Nord et celui du Sud. Dans ce dernier régnèrent successivement les dynasties des Tsi méridionaux de 479 à 502, des Lang jusqu'en 537, et des Tchin jusqu'en 589. Dans l'empire du Nord, la dynastie des Wei régna dans trois lignes de 386 à 550, la dynastie des Pé-Tsi ou Tsi septentrionaux, de 350 à 577, et celle des Héou-Tchéou ou Tchéou postérieurs, de 550 à 531. Cette dernière fut alors détrônée par Yang Jian, qui fonda la dynastie des Sui, enleva l'empire du Sud, en 589, à la dynastie des Chen, et réunit encore une fois la Chine en un seul empire. 

Koung-Ti, troisième empereur de cette nouvelle dynastie, fut dépossédé de l'empire en 617 par Li-Yuan, chef de la dynastie des Tang, sous laquelle la Chine fit des progrès dans la civilisation et étendit par des conquêtes les limites de sa domination. Les Nestoriens (Nestorius) furent autorisés, sous le savant Taizong (Taï-Tsoung) ler, empereur de cette dynastie, à s'établir en Chine. Mais la puissance chinoise tomba, sous les derniers empereurs de cette même dynastie, dans une décadence qui ne fit que s'aggraver sous les dynasties des Héou-Liang, 907-923, des Héou-Tang, 923-936, des Héou-Tsin, 936-947, des Héou-Han, 947-950, et des Héon-Tchéou, 950-990

Sous la seconde dynastie des Soung (Song), dont le fondateur, Tchao-Kouang-Yin, fut élu empereur en 990, la Chine fut continuellement ravagée par les Tartares, qui s'emparèrent du Nord du pays, et ne laissèrent régner les empereurs chinois sur le Sud qu'en leur imposant un tribut. L'empereur Ning-Tsong, dans l'espoir de se soustraire au joug des Mongols, conclut une alliance avec Gengis-Khan. Mais les Mongols, appelés comme libérateurs, franchirent la Grande muraille en 1209, et prirent Pékin (Beijing), qu'ils saccagèrent en 1215. Koubilaï-Khan, petit-fils de Gengis-Khan, renversa, en 1279, la dynastie des Soung, conquit la Chine entière, et y fut, sous le nom de Chi-Tsou, le fondateur de la dynastie mongole des Youen. Il fit fleurir l'agriculture, les sciences et les lettres. Ce fut sous son règne que Marco Polo visita la Chine. 
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Anciennes armées chinoises

Les idées cosmogoniques des Chinois ont une influence remarquable sur leur art militaire. Ainsi, un camp ou une armée en bataille doit imiter la sphéricité du Ciel, et la forme carrée de la Terre.

Le nombre 5 étant le nombre de prédilection, parce qu'il y a, suivant eux, 5 éléments, 5 planètes, 5 vertus cardinales, 5 points cardinaux, 5 couleurs, etc., les soldats sont toujours groupés par cinq : 10 de ces escouades forment une compagnie de 50 hommes, et 8 compagnies forment un bataillon; chaque peloton est formé de cinq files de cinq hommes. 

Une division se compose ordinairement de 8 bataillons. Tantôt les troupes sont disposées en un carré solide, sur les flancs duquel on place des bataillons en demi-lune; tantôt on en fait un cercle formé par deux rangs d'infanterie et un rang de cavalerie, et que protège un carré de soldats armés de boucliers et de hallebardes avec des canonniers aux angles; ou enfin, elles sont rangées en 5 ou 10 groupes de forme circulaire.

Ses premiers successeurs suivirent son exemple. Les Mongols vainqueurs ne changèrent ni la religion, ni les lois, ni les coutumes des Chinois vaincus. Ce fut à cette époque que la Chine fut évangélisée par les franciscains, et qu'un archevêché catholique, avec plusieurs suffragants, fut institué à Pékin. Le frère Jean de Montcorvin (Monte-Corvino), après cinquante ans de prédication, en fut sacré le premier archevêque en 1308. La division s'introduisit plus tard dans la famille impériale, et Tchou, ou Tai-Tsoung, en profita pour affranchir la Chine de la domination étrangère. Il fut le fondateur de la dynastie des Ming, qui régna sur la Chine, de 1368 à 1614, sous seize empereurs, presque tous distingués. 

C'est sous la dynastie des Ming que la capitale est transférée de Nankin à Pékin, et que sous laquelle les Portugais abordent, pour la première fois, en 1514, à Macao. Les Portugais s'établirent ensuite dans plusieurs Îles voisines, vers 1522. et vers la même époque les autres Européens commencèrent à entretenir des relations suivies avec la Chine. Le Père M. Ricci de la Compagnie de Jésus, prêcha le christianisme dans le pays, en 1582 et 1583. Les hollandais parurent en Chine en 1604; mais ils n'y trouvèrent pas l'accueil qu'ils espéraient y obtenir dans leur intérêt commercial. Les Mandchous (Les Toungouses), qui sous l'empereur Chin-Tsoung s'étaient introduits dans les provinces septentrionales de la Chine depuis 1573, intervinrent dans les discordes intestines de l'empire, se rendirent maîtres de Pékin, et imposèrent aux Chinois la dynastie Mandchoue des Tai-Tsing ou Tsing (Qing, en transcription pinyin), qui allait régner jusqu'en 1911.
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Photo de Shanghai
Une maison de thé dans le Shanghaï du début du XXe siècle.

La dynastie Qing (Tsing).
Choun-Tchi, premier empereur de la dynastie Tsing, 1641-1661, acheva la conquête de la Chine en 1646 et 1647, permit aux Russes de commercer avec la Chine et aux missionnaires catholiques d'y propager le Christianisme. Son fils, Kang-Hi, 1661-1722, réprima une révolte des Mongols, et ajouta le Tibet et l'île de Formose (Taiwan) à ses États. Il apprécia les connaissances européennes, protégea les jésuites qui instruisaient ses sujets, autorisa, en 1692, le libre exercice de la religion chrétienne, cultiva lui-même les sciences, les lettres et la poésie, et composa un grand nombre d'ouvrages, dont plusieurs ont été traduits en français et en anglais. Son fils, Young-Tching, 1722-1735, proscrivit. le christianisme. Khian-Loung, fils et successeur d'Young-Tching (1735-1796), marcha, sous ce rapport, sur les traces de son père; grand prince d'ailleurs, il conquit la Tartarie (Sin-Kiang), recula les limites de son empire jusqu'à l'Inde, et mourut en 1799, après avoir abdiqué en 1796. Auteur lui-même de plusieurs ouvrages, il avait rassemblé une bibliothèque de 600 000 volumes. Kia-King, qui lui succéda, 1796-1820, n'imita son père que dans son hostilité contre le christianisme, et expulsa les chrétiens du territoire de la Chine en 1815. Son fils, Mian-Ning, surnommé Tao-Kouang, c'est-à-dire lumière de la raison (1820-1850), réprima en 1828 un soulèvement des Tartares musulmans dans la Petite-Boukharie, et en 1831 et 1832 une révolte des montagnards de l'Ouest de l'empire. L'événement le plus important de son règne fut la guerre suscitée par les Anglais pour maintenir à leur profit l'introduction très lucrative de l'opium en Chine. 

Commencée en 1839, cette guerre, dite Guerre de l'opium, s'est terminée en 1842 par le traité de Nankin, qui a eu pour effet la cession de l'île de Hong-kong aux Anglais et l'ouverture aux Européens des cinq ports de Canton, Emoy, Fou-tchéou, Ning-po, et Shanghaï. En 1844, un traité autorisa les Français à pratiquer leur culte seulement dans les cinq ports ouverts au commerce européen; mais les missionnaires catholiques continuèrent de pénétrer dans l'intérieur de l'empire au péril de leur vie. 

Sous l'empereur Hien-Foung, parvenu au trône en 1850, un soulèvement, organisé par les sociétés secrètes, sous le prétexte de renverser la domination mandchoue, s'est propagé de la province de Kouang-si dans d'autres parties de l'empire, et les rebelles, dont le chef s'est posé en prophète, portant partout la dévastation, se sont emparés en 1853 de Nankin, dont ils ont fait le point central de leurs opérations. En 1857, la France et l'Angleterre recoururent à la guerre pour s'emparer de Canton. Les plénipotentiaires de France et d'Angleterre firent alors à la cour de Pékin des ouvertures qui ne furent pas accueillies, et les escadres des deux pays occupèrent de vive force, en 1858, les forts de l'embouchure du Peï-ho. Un traité conclu en juin 1858, à Tien-Tsin par les représentants de la France, de l'Angleterre, de la Russie et des États-Unis, stipula que la Chine serait ouverte au christianisme et au commerce étranger. Ce traité assura à la Russie des avantages tout particuliers. Mais, lorsque les plénipotentiaires de France et d'Angleterre partirent de Shanghaï en 1859 pour se rendre à Pékin, où les, ratifications devaient être échangées, les forts de l'embouchure du Peï-ho leur en interdirent l'entrée à coups de canon, et les forcèrent de se retirer. La France et l'Angleterre envoyèrent, d'un commun accord, une expédition en Chine pour y mener une opération de représailles.
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Travail de l'opium en Chine
Travail de l'opium (cuisson).

Après deux victoires remportées sur les forces chinoises, supérieures en nombre mais mal équipées, l'armée alliée entra dans Pékin en octobre 1860. L'empereur de la Chine s'était éloigné de sa capitale, et ce fut son frère, le prince Kong, qui signa, en son nom, les traités de paix qui furent conclus dans le même mois avec la France et avec l'Angleterre. Le gouvernement chinois s'engagea à payer des indemnités considérables; il fut stipulé en outre que le traité de Tien-Tsin serait exécuté dans toutes ses clause, et que la ville et le port de  Tien-Tsin seraient ouverts au commerce étranger. La France et l'Angleterre furent autorisées à entretenir des missions diplomatiques à Pékin. Le libre exercice de la religion chrétienne fut garanti en Chine par ce traité. La croix fut replacée sur le sommet de la cathédrale catholique de Pékin, et un Te Deum y fut chanté le 29 octobre. Les alliés ont ensuite évacué Pékin pour se retirer à Tien-Tsin, à Takou et à Shanghaï. 

L'empereur Hien-Foung (Hien-Fong), mort en 1861, eut pour successeur son fils âgé de 7 ans, Tung-Shi (T'ong-tche), sous la régence du prince Kong. Les Français et les Anglais furent conduits à prendre parti en 1862 contre les rebelles, qui menaçaient Shanghaï, et le contre-amiral français Protet fut tué, en marchant contre eux, à l'assaut d'une petite place fortifiée. Dans cette même année 1862, une division navale anglo-française reprit la ville importante de Ningpo, dont les rebelles s'étaient emparés. Au Nord, la Chine avait dû céder aux Russes (1858, 1860) des territoires sur l'Amour-Oussouri et sur la côte, et leur ouvrir les villes de Kalgan, Ourga (auj. Oulan Bator), Kashgar; même, un instant, à la faveur de l'insurrection des musulmans de Kachgarie qui se constituèrent, de 1865 à 1877, en véritable État indépendant, la Russie occupa Kouldja et toute la vallée de l'Ili (1871); mais les Chinois, victorieux des rebelles, se firent rendre Kouldja (1881) : la Russie ne conservait qu'une petite partie de la vallée moyenne de l'Ili et une portion du bassin du bas Irtych Noir.

L'impératrice Ts'eu-Hi, mère de l'empereur Tung-Shi, avait, à la mort de celui-ci, en 1875, fait monter sur le trône un enfant de trois ans, Kouang-Siu, cousin de l'empereur défunt. De 1882 à 1885, la Chine fut en guerre avec la France pour le Tonkin; par les traités de Tien-Tsin (11 mai 1884 et 4 avril 1885), elle dut renoncer à ses prétentions sur le Tonkin et ouvrir au commerce français les provinces limitrophes de ce pays. La frontière sino-française, entre le golfe du Tonkin et le Mékong, a été fixée par les conventions des 25 juin 1887 et 20 juin 1895. En 1894, les Anglais obtenaient également la délimitation de la frontière sino-birmane et des concessions commerciales dans le Yunnan; en 1896, sur leur demande, le Si-Kiang a été ouvert au commerce international. 

Impératrice ambitieuse, Ts'eu-Hi, à la majorité de Kouang-Siu (Kouang-Su), ne lui avait laissé exercer le pouvoir, en 1889, qu'en se réservant une certaine autorité. Le principal événement du règne de l'empereur Kouang-Siu fut la guerre sino-japonaise, déclarée par le Japon le 1er août 1894, à propos du royaume de Corée, convoité par les deux empires voisins. La rapide conquête de la Corée et d'une partie de la Mandchourie, la destruction de la flotte chinoise, la prise des arsenaux de Port-Arthur et de Weï-Haï-Weï, celle des îles Pescadores forcèrent la Chine à reconnaître, par le traité de Simonoseki (avril 1895), l'indépendance de la Corée et à céder Formose (3 millions d'habitants), les Pescadores et la péninsule du Liao-Toung; la Russie, la France et l'Allemagne ont, cependant, amené le Japon à se désintéresser de cette péninsule, moyennant une indemnité supplémentaire. Enfin la Chine était entamée aussi par la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre et la France, qui se sont fait céder respectivement « à bail » : Port-Arthur et Talien-Wan (dans le Liou-Toung); Kiao-Tchéou (côte sud du Chan-Toung); Weï-Haï-Weï (côte nord du Chan-Toung); Kouang-Tchouan péninsule de Léi-Tchéou, en face Haï-Nan) [1897-1898]. 

Après la guerre sino-japonaise, Kouang-Siu se lança dans la politique des innovations. Il mécontenta ainsi l'impératrice et chercha à se soustraire à sa domination, mais celle-ci le contraignit à signer sa déchéance, le 22 septembre 1898, et prit la régence. L'impératrice, contre toute attente, continua elle-même à accorder des prérogatives aux étrangers, dissimulant ainsi sa véritable politique, et, bientôt, une révolution, qu'elle encourageait en sous-main, mit un temps d'arrêt dans les progrès des Européens. Ce fut l'une des nombreuses sociétés secrètes qui depuis longtemps prêchaient la haine de l'étranger, la secte des Boxers, qui provoqua un soulèvement, qui éclata en mai 1900.


L'impératrice Ts'eu-Hi

Yuan Che-K'ai, son influent conseiller.
Le gouvernement chinois laissa l'effervescence se propager et les massacres se multiplier. La sédition fut bientôt maîtresse de Pékin. Cela provoqua l'intervention militaire collective des puissances européennes appuyées par les États-Unis et le Japon. Les flottes alliées firent une démonstration et prirent, le 17 juin 1900, les forts de Takou. Après quoi les Européens entamèrent une marche sur Pékin. Le 10 juin, le prince Touan, qui était à la tête des Boxers, avait été nommé membre du Tsong-li-Yamen; c'était la reconnaissance officielle du mouvement boxer. Le 19 juin, ordre fut donné aux étrangers de quitter Pékin; le ministre d'Allemagne, von Ketteler, qui voulut se rendre au Tsong-li Yamen, bien qu'on l'en dissuadât, fut assassiné le 20 juin. Alors, commença un siège des Légations qui dura jusqu'au 14 août, soit 55 jours; les assiégés résistèrent héroïquement et furent délivrés par l'armée des Alliés, arrivée de Tien-Tsin. 

La cour s'enfuit de Pékin et gagna le corps expéditionnaire des puissances continua la lutte contre les Boxers, pendant que les gouvernements entamaient des négociations avec le vice-roi Li-Hong Tchang et exigeaient le châtiment des coupables. Le protocole final fut signé le 7 septembre 1901. Le 7 janvier 1902, la cour rentra à Pékin. Des relations diplomatiques régulières furent reprises entre la Chine et l'Europe . D'autre part, les accords anglo-japonais (janvier 1902) et franco-russe (mars 1902) conclus à la suite de ces événements affirmaient la volonté des puissances contractantes de ne rien changer au statu quo en Extrême-Orient, bien qu'à la vérité la prépondérance de la  Russie en Mandchourie tendît de plus en plus à s'affirmer. La cour du Céleste empire paraissait alors s'ouvrir davantage aux idées européennes. Sous l'influence du Japon notamment, le pays parut en voie de sortir de son inertie traditionnelle, laissant croire à l'avènement d'un équivalent de l'ère Meiji japonaise.

Han-Yang
Panorama des usines métallurgiques de Han-Yang au début du XXe siècle.
Le XXe siècle.
L'impératrice Tseu-hi est morte le 15 novembre 1908. Un enfant de deux ans, P'ou-Yi, est placé sur le trône, tandis que le pouvoir réel échoit à celui qui avait été l'un des plus influents conseillers de l'impératrice et qui restait le chef de l'armée, Yuan Che-k'ai (Yuan Shikai), qui, en février 1911, part réprimer une révolte qui enflamme, dans le Sud, la ville de Wou-t'chang, y change de camp et  dépose l'empereur. C'en est finit de la dynastie Tsing. La république est proclamée à Shanghaï où un gouvernement est formé, avec Sun-Yat-Sen (Sun Zhongshan) comme  président. En 1912, Yuan Che-k'ai évince Sun Yat-Sen, et refait de Pékin la capitale. L'année suivante, il dissout le parlement et s'accapare tous les pouvoirs. Le seul parti organisé qui subsiste, le Kuo-min-tang (Guomindang) de Sun-Yat-Sen est interdit en 1913. Yuan Che-k'ai songe alors à rétablir l'empire et à se faire nommer empereur, mais il meurt en 1916, après avoir renoncé à réaliser son projet devant des menaces de sécession de plusieurs provinces, appuyées par le Japon.

Au cours des années suivantes, le pouvoir central s'efface devant les dissidences de plus en plus marquées des provinces, qui sont à l'origine d'une guerre civile entre les différents gouverneurs provinciaux, ou plus exactement de multiples guerres civiles, puisqu'on a dénombré jusqu'à 170 conflits locaux, aux s'ajoutaient les activités de gangs initiatiques, les Triades, maîtres du tradic de drogue (de 15 à 20 millions de personnes souffrent à cette époque en Chine de dépendance à l'opium). A ces violences intérieures se superposera bientôt une autre menace : la guerre avec le Japon qui s'installe par les armes en Mandchourie en 1931 (prise de Moukden le 18 septembre), et y crée un nouvel État vassal, le Mandchukuo (Manzhuguo), à la tête duquel il place P'ou-yi, le dernier empereur de Chine (Les Toungouses).
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Photo d'une rue de Canton.
Une rue de Canton dans les années 1920.

A Canton, Sun-Yat-Sen, qui a reconstitué le Kuo-min-tang depuis 1924, forme un gouvernement républicain. la guerre civile se polarise : c'est désormais le Nord des chefs militaires et du pouvoir central, contre le Sud du Kuo-min-tang. Mais Sun-Yat-Sen meurt en 1928, laissant ainsi apparaître deux forces opposées dans le Sud, l'une est dirigée par Chang Kai-chek (Jiang Zhongzhèng), qui, à la tête du Kuo-min-tang maître de Pékin à partir de juin 1928, prône une ligne nationaliste « à l'occidentale  », tandis que l'autre, le Parti communiste (fondé dès 1921), avec pour dirigeants Mao Tsé-toung (Mao Zedong) et Chou En-lai (Zhou Enlai), envisage une révolution « à la soviétique ». Les communistes sont d'abord écrasées à Shanghaï et à Canton, puis ils se replient dans le Kiang-Si où Mao Tsé-toung fonde, en 1931, une république soviétique chinoise dans le Kiang-Si, où il sera attaqué en octobre 1934 par les troupes de Chang Kai-chek. Expulsés du Kiang-Si, les communistes entament ce qu'ils appelleront « La Longue marche » (150 000 personnes lancées pendant un an dans un parcours de 12 000 kilomètres), qui les mène près de Yénan, dans le Chen-si.

Les communistes paraissant alors très affaiblis, Chang Kai-chek conclut alors un accord avec Chou En-lai pour combattre cette fois l'ennemi extérieur, le Japon, de plus en plus puissant dans le Nord et dont les troupes sont entrées à Pékin en juillet 1937. Une proclamation commune entre le Kuo-min-tang et le Parti communiste, le 22 septembre 1937, marque le début de cette entente qui durera huit ans, c'est-à-dire jusqu'à la capitulation du Japon à la fin de la Seconde guerre mondiale. En juin 1946, la guerre civile entre communistes et partisans du Kuo-min-tang. Les troupes de Mao sont maintenant beaucoup mieux organisées et parviennent rapidement à avoir le dessus sur celles de Chang Kai-chek. Le 1er octobre 1949, la République populaire de Chine est proclamée à Pékin, tandis que le troupes de Chang Kai-chek ne se maintiennent plus qu'à Haïnan (conquise l'année suivante) et à Taiwan où un gouvernement nationaliste est installé à partir du mois de décembre. (D'abord dictature militaire, soutenue par les États-Unis, qui aident aussi au développement de son économie, Taïwan, se démocratisera à partir des années 1890, mais restera toujours sous la menace de son voisin communiste).

Sous la conduite de Mao, les nouveaux dirigeants de la Chine populaire, qui ont conclu dès 1950, un pacte d'alliance avec l'URSS, ont entrepris dans un premier temps de transformer les structures du pays suivant le modèle et les méthodes (plans quinquennaux à partir de 1953) soviétiques : réforme agraire, collectivisation des terres et des grands moyens de production, octroi du statut d'égalité juridique des femmes avec les hommes, etc.  Pendant cette période, le Tibet est envahi (août 1951) et un appareil répressif se met en place. En 1957, la dictature du parti unique semble suffisamment consolidée pour que soit lancée une vaste campagne d'autocritique « la campagne des Cent fleurs », qui a surtout le mérite, pour le pouvoir, de repérer les voix dissonantes de nombreux intellectuels et de les museler. En 1958, Mao lance une nouvelle campagne de réformes, «-le Grand bond en avant » (vers le Communisme), dont l'échec (une famine qui aurait fait entre 1958 et 1960, plus de 30 millions de morts) justifiera son retrait provisoire, et pourra être imputé à l'emploi de méthodes inadaptés à la Chine. Cette remise en cause interne au Parti viendra  aussi bientôt alimenter les raisons qui, au début des années 1960, seront invoquées pour justifier la prise de distance avec l'Union soviétique, prélude à une rupture franche à partir de 1963. Dans les années 1966 à 1976, a lieu une ultime grande campagne initiée par Mao de retour sur le devant de la scène, avec sa femme Jiang Qing  : «-la Révolution culturelle », tandis que la Chine amorce un rapprochement avec les États-Unis. 

Mao Tsé-toung meurt le 9 septembre 1976. Très vite s'engage un politique de démaotisation mise oeuvre par un de ses anciens fidèles, Deng Xiaoping, qui accède au pouvoir en décembre 1978. Progressivement, les terres sont reprivatisées et, dans le milieu des années 1980, la Chine commence à s'orienter vers l'économie de marché, avec la création de zones économiques spéciales. Une évolution dans le domaine économique, qui n'a cependant pas de contrepartie dans le domaine politique, malgré quelques velléités de libéralisation manifestées par plusieurs dirigeants du Parti communiste (Hu Yaobang, puis Zhao Ziyang). La rue elle-même en appelle au départ de Deng Xiaoping, le vrai maître d'un pays de plus en plus miné par la corruption. Du 15 avril au 4 juin 1989, la place Tian An-Men à Pékin, est occupée par des milliers d'étudiants. Mille a deux mille d'entre eux seront massacrés par l'Armée; Zhao Ziyang qui leur était favorable est destitué. Même après la mort de Deng Xiaoping en 1997, La Chine est restée ancrée dans ce schéma d'une révolution capitaliste, pilotée autoritairement par un parti unique inamovible. Schéma que la spectaculaire croissance enregistrée depuis les années 1990 , et les rattachements sans heurts de Hong-Kong (1997) et de Macao (1999), n'ont fait que conforter. 

Nankin
Une ancienne vue de Nankin.


John Fairbank, Merle D. Goldman, Histoire de la Chine : Des origines à nos jours, Tallandier , 2010.
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La Chine, dont le bilan historique est partagé entre d'admirables accomplissements et de funestes échecs, a un passé singulier. Son avenir ne peut être qu'unique. Ainsi John K. Fairbank, qui consacra son existence à penser et écrire l'histoire de la civilisation chinoise, présente-t-il "l'empire du milieu". Scrutant les origines d'une civilisation vieille de 4000 ans, l'auteur donne alors les clés de lecture d'une culture toujours fantasmée, pour le meilleur et pour le pire, par les Occidentaux. Mais comment déchiffrer la coutume si énigmatique des pieds bandés sans connaître les structures sociales et familiales chinoises? De quelle manière interpréter les relations des différentes ethnies qui font la richesse de ce pays-continent sans comprendre le rôle des nomades des steppes à l'époque Yuan? Comment expliquer les rapports à l'autorité et à l'État qu'entretiennent plus d'un milliard d'individus sans s'interroger sur les structures des empires qui ont forgé la société chinoise? Il faut alors remonter aux temps troublés des Royaumes combattants, se pencher sur le destin des dynasties Song, Ming et Qing, découvrir la foi bouddhiste et la pensée confucéenne, s'intéresser à la révolution nationaliste et à la Longue Marche, expliquer les enjeux de la prise de pouvoir de Mao Zedong ou de la Révolution culturelle. Car comprendre la Chine sans connaître son histoire est une gageure. Il fallait cependant la hauteur de vue et le talent de conteur de Fairbank pour éclairer les tendances à long terme et les réalités contemporaines qui façonneront le futur de la Chine et celui du reste de la planète. (couv.).

Pierre de La Robertie,  (iconographie : Christian Le Corre), Il y a un siècle la Chine, Ouest-France, 2007 
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« Cet ouvrage présente la vie quotidienne des Chinois, à la ville comme à la campagne, de 1880 à 1920, période charnière de leur histoire. L’influence occidentale et moderne pénètre avec force en tous lieux, provoque la fin de l’empire et l’avènement de la République, mais aussi un déchirement entre tradition et modernité. 

Les illustrations sont particulièrement étonnantes, nous dévoilant un univers totalement inconnu et dépaysant. » (P. de la Robertie).

Alexandra Wetzel, La Chine ancienne, Hazan, 2007.

R. Ciarla et al., L'Armée éternelle, soldats du premier empereur de Chine, National Geographic, France, 2005.

Muriel Détrie, France-Chine, Quand deux mondes se rencontrent, Gallimard, 2004. 

Pékin 1687 : les premiers missionnaires jésuites envoyés par Louis XIV, arrivent à la cour de l'empereur Kangxi. De ces contacts naissent tout à la fois une curiosité intellectuelle réciproque et des échanges artistiques féconds. L'impérialisme du XIXe siècle change la donne : tandis que des enclaves françaises se créent au coeur des villes chinoises, à Shanghai notamment, des violences, tel le sac du palais d'Été en 1860, ruinent tout dialogue culturel. Avec les mouvements réformistes chinois du début du XXe siècle apparaît l'image du France mère la révolution "patrie du droit et de la justice" qui, en accueillant ouvriers et étudiants, les initie à la lutte politique. Une influence qui trouvera sa réciproque dans l'adhésion des "maoïstes" français à la Révolution culturelle. Aujourd'hui, à la faveur de l'ouverture de la Chine, de nouvelles formes de relations s'inventent : partenariats, métissages, chassés-croisés qui témoignent d'une fascination mutuelle durable (couv.).

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