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On donne le nom
d'arc de triomphe à un monument dont l'arcade
est le principal élément d'architecture et qui rappelle, par sa décoration,
les motifs qui ont donné lieu à son érection. Inconnus ou très rares
chez les anciens peuples de l'Orient et même en Grèce
(l'Arc d'Hadrien, construit à Athènes est
un ouvrage romain), les arcs de triomphe devinrent fréquents dans le monde
romain dont ils constituèrent un des principaux types d'édifices et ensuite
restèrent en honneur chez les peuples modernes.
« Les arcs,
écrit Bérengère Fortuner, sont dérivés de très anciens rites de passage
étrusques
destinés à purifier celui qui doit s'y soumettre [...]. Deux autres anciens
rites relèvent de la même conception religieuse qui aboutira à la construction
des arcs : après la bataille, les armées romaines se déchargent de leur
énergie destructrice, indispensable pour gagner la bataille, mais dangereuse
pour la communauté civile en temps de paix, en construisant des trophées
(mannequins sur lesquels sont accrochées des armes). L'armée doit passer
d'autre part sous la porta triumphalis lorsqu'elle franchit le pomerium
de Rome
pour la cérémonie du triomphe .
» (L'Archéologue, n°62, oct-nov. 2002).
A l'origine, les Romains élevèrent sur le
passage des généraux vainqueurs des arcs de triomphe qui ne présentaient
qu'un caractère provisoire. C'étaient de grands arcs en charpente
(Rosinus, Ant. Rom., I, x), recouverts d'arbustes verts et de fleurs,
et ornés le plus souvent de trophées composés d'aunes et du butin pris
sur l'ennemi. Les premiers arcs de triomphe de construction durable semblent
avoir été érigés à l'imitation même de cette porta triumphalis,
porte de l'ancienne enceinte de Rome située
dans le voisinage du Champ de Mars
et qui était ornée d'une façon toute spéciale lorsque l'imperator,
à la tête de ses légions, passait sous cette porte, au milieu de son
cortège triomphal, pour traverser la cité et monter au Capitole
rendre grâces aux dieux .
Peu à peu, les matériaux employés dans la construction des arcs de triomphe,
leur riche décoration et les faits importants que rappelaient les bas-reliefs
et les inscriptions qui les ornaient, firent de ces monuments, non seulement
de durables témoins de l'état de l'architecture
et de la sculpture
à l'époque de leur érection, mais encore de précieuses pages lapidaires,
toujours consultées avec fruit pour l'histoire ou la civilisation des
peuples dont ils retracent les victoires ou les défaites.
C'est à Rome
et sous la République qu'il faut chercher les plus anciens exemples d'arcs
de triomphe, monuments devenus nombreux par la suite dans les diverses
provinces de l'empire romain. Les premiers arcs de triomphe ont été construits
en liaison avec des fait militaires précis. Ce qui peut justifier leur
nom. Mais leur vocation a ensuite changé :
Ainsi,
note Bérengère Fortuner à propos des arcs romains en Afrique du Nord ,
« c'est l'Empereur qui est célébré
et sa statue pouvait d'ailleurs se dresser sur l'attique
si l'on se réfère à certaines inscriptions : statue
en pied ou plus rarement conduisant un quadrige. Un caractère triomphal
certain subsiste donc, bien qu'il n'y ait pas eu dans le cadre de [la Proconsulaire
et de la Numidie ]
de monument se référant à une victoire précise. L'arc est lié à la
paix et à la prospérité, émanations de l'énergie "fécondante autant
que protectrice" de l'Empereur selon la formule de G. Charles-Picard. L'arc
de triomphe, enfin, est l'expression du sentiment d'appartenir à la communauté
romaine : les villes comme les particuliers décident de leur construction
pour des raisons qui, la plupart du temps, ne sont pas mentionnées, mais
toujours en des points remarquables de la cité. »
Il a donc existé deux genres d'arcs bien
distincts : l'arc de triomphe proprement dit (arcus triumphalis)
et l'arc honorifique (héritier du fornix républicain). Cette distinction
établie, nous réunirons néanmoins dans cet article tous les monuments
qu'on a l'habitude d'appeler arcs de triomphe, tout en notant qu'il faut
bien se garder de considérer comme arcs de triomphe, soit des fragments
de portiques ou des substructions monumentales
d'aqueducs, soit d'anciennes portes
de villes encore existantes de nos jours et comprenant souvent deux arcades
égales, tandis qu'à l'origine les arcs de triomphe n'en eurent généralement
qu'une et que, plus tard, ces monuments en comptèrent trois, dont une
grande et deux petites.
Les
arcs de Rome.
Les auteurs
latins nous ont conservé le souvenir de vingt et un arcs de triomphe
élevés dans Rome
même et dont cinq seulement subsistent encore. Parmi ceux disparus, il
faut citer :
1° deux arcs surmontés de statues
dorées et élevés par le consul Stertinius, en l'an 196 avant notre ère,
l'un dans le forum
boarium et l'autre dans le grand cirque ,
du produit du butin qu'il avait rapporté de ses guerres d'Espagne
(Tite Live, XXXVIII, 27); 2° l'arc de Scipion
l'Africain, construit en l'an 190 par ce général sur le Clivus Capitolinus,
arc que décoraient deux chevaux et sept statues dorées; 3° l'arc de
Fabius, élevé en l'an 121, près du commencement de la Voie Sacrée,
par Fabius Maximus, en commémoration de ses victoires
sur les Allobroges; 4° l'arc d'Auguste, élevé
en l'honneur de ce prince dans le forum romain près de la maison de Jules
César; 5° l'arc de Tibère, construit par
ce prince en l'an 16 de notre ère, en commémoration des victoires de
Germanicus sur les Germains;
6° l'arc de Claude, dressé au pied du Quirinal
en l'an 51, pour rappeler les victoires de Claude en Bretagne ;
7° l'arc de Trajan, à l'entrée du forum de
ce prince, arc détruit pendant les invasions des Barbares, mais dont une
partie des bas-reliefs avait été enlevée
avant cette époque pour orner l'arc érigé à Rome en l'honneur de Constantin;
8° l'arc de Vérus, élevé en souvenir des victoires de Vérus
sur les Parthes; 9° l'arc de Marc-Aurèle,
destiné à rappeler les victoires de ce prince sur les Marcomans, arc
existant encore en 1662, date de sa destruction par ordre du pape Innocent
VI; 10° l'arc de Gordien, sur le mont Esquilin ;
11° l'arc de Dioclétien; 12° l'arc de Théodore
Gratien, et Valentinien, élevé en
face du pont Aelius et du tombeau d'Hadrien (aujourd'hui
pont et château Saint-Ange ).
Les cinq arcs de triomphe existant encore
à Rome
sont :
1° l'arc de Drusus,
construit par ordre du Sénat sur la voie Appienne, l'an 9 avant notre
ère, en l'honneur des victoires de Nero Claudius Drusus sur les Germains
: des parties de cet arc, composé à l'origine d'une arcade avec de chaque
côté des colonnes d'ordre composite dont
les entablements sont profilés, se voient
encore près la porte Saint-Sébastien où elles ont été en partie englobées
dans une maçonnerie de briques servant aqueduc;
2° l'arc de Titus,
élevé au point culminant de la voie Sacrée, par ordre du Sénat et du
peuple romain, en l'honneur de Titus et commencé du vivant de ce prince,
mais probablement terminé après sa mort. Cet arc est peut-être le plus
remarquable exemple de ce genre de monument. Une seule arcade ornée de
clef et de tympans
sculptés et, à droite et à gauche, deux colonnes engagées d'ordre
composite, supportent un riche entablement avec un attique
élevé et constituent une masse imposante dont les proportions sont heureuses
et dont la décoration, quoique aujourd'hui bien délabrée, rappelle la
plus belle époque de l'art romain. Les bas-reliefs
qui ornent le passage de l'arcade offrent
surtout un réel intérêt et reproduisent, l'un, Titus couronné par la
Victoire
et se tenant debout sur un char attelé de quatre chevaux que conduit une
femme personnifiant la ville de Rome ,
et l'autre, le défilé des dépouilles de la Judée
vaincue et, parmi elles, les trompettes et les vases sacrés ainsi que
le candélabre à sept branches arrachés au temple de Jérusalem.
Sous la voûte est représenté l'empereur
assis sur un angle comme il est figuré dans les médailles consacrant
son apothéose
et, au-dessus de l'attique, un quadrige portant Titus en triomphateur,
devait couronner l'ensemble de ce monument si précieux à tant de titres
pour l'art et l'histoire de la Rome impériale;
3° l'arc de Septime
Sévère, qui fut érigé en l'an 203, sur la Voie Sacrée, au pied
du Capitole ,
en l'honneur des victoires remportées sur les Parthes,
les Arabes et les Adiabéniques par cet empereur et ses fils, Caracalla
et Géta. Cet arc ouvre, pour Rome ,
sinon pour les provinces de l'empire, la série des arcs de triomphe Ã
trois arcades (une grande et deux petites),
disposition dont plusieurs médailles de Rome, antérieures au règne des
Sévères, nous ont conservé des représentations, mais dont l'arc de
Septime Sévère est le plus ancien exemple existant encore dans la capitale
de l'empire. Inspiré dans plusieurs de ses dispositions générales et
dans sa décoration de l'arc de Titus, l'arc de Septime Sévère a, sur
ses façades, quatre colonnes
d'ordre composite dégagées au-devant
des pieds-droits des arcades et son vaste attique
porte une inscription du plus bel effet. En revanche, les sculptures
qui le décorent à profusion, jusque sur les dés des piédestaux
des colonnes, trahissent déjà une époque de déclin et on s'explique
difficilement la communication qui existe à l'intérieur, entre les passages
des arcades;
4° l'arc de Gallien,
érigé en l'honneur de ce prince par M. Aurélius
Victor, en l'an 260, dans le voisinage de la porte Esquiline, arc qui,
de petites dimensions et à une seule arcade, rappelle en plan l'arc de
Titus. Des piliers d'ordre corinthien,
dont les chapiteaux sont seulement épannelés,
le décorent;
5° l'arc de Constantin,
le plus important des monuments de ce genre conservés à Rome .
Elevé après la victoire du pont Milvius (l'an 312 de notre ère), en
l'honneur de l'empereur Constantin, cet arc offre, comme l'arc de Septime
Sévère, trois arcades avec, au devant des pieds-droits,
quatre colonnes d'ordre composite; mais les dimensions en sont beaucoup
plus considérables. En effet l'arc de Constantin a, attique compris,
21 m de hauteur, sa largeur est de 25,70 m et sa profondeur de 7,40 m.
La hauteur de l'arcade centrale est de 11,50 m et celle des arcades latérales
de 7,40 m. Ce monument a longtemps préoccupé les archéologues sur sa
véritable origine et sur sa destination; car, dans la hâte que l'on mit
à l'élever et peut-être aussi par impuissance artistique, certaines
parties des sculptures qui le décorent furent empruntées à un arc plus
ancien élevé en l'honneur de l'empereur Trajan
et retracent les grands faits du règne de ce prince, tandis que d'autres,
notamment les médaillons qui surmontent les petites arcades, reproduisent
la défaite de Maxence et l'occupation de Rome
par Constantin, offrant ainsi un intervalle de deux siècles entre les
faits historiques dont ce monument nous a conservé la reproduction sculpturale,
de même qu'entre l'exécution de ces sculptures.
Les
arcs romains en Italie.
L'Italie
comptait, elle aussi, un certain nombre d'arcs de triomphe dont plusieurs
existent encore et ne le cèdent guère en heureuses proportions et en
beauté artistique à ceux de la capitale. Les principaux sont quatre arcs
élevés en l'honneur d'Auguste et deux arcs
élevés en l'honneur de Trajan.
Les arcs de triomphe élevés en l'honneur
d'Auguste sont :
1°) L'Arc de Rimini,
rappelant l'achèvement de la Voie Flaminienne. C'est l'un des monuments
les plus intéressants de ce genre par le fini de son exécution et la
sobriété de sa décoration. Il est construit en pierre blanche d'Istrie ,
et percé d'une seule arcade de 9,92 m de hauteur sous la clef et 8,15
m de largeur. La hauteur totale de ce qui subsiste de l'ancien monument
est de 15,90. Cet arc a été dédié à Auguste,
en commémoration du rétablissement de la voie Flaminienne jusqu'à Rome.
Le fronton est supporté par deux colonnes
corinthiennes à demi engagées. Les tympans au-dessus de l'arcade
sont décorés d'un côté des médaillons de Jupiter et
de Vénus ,
et de l'autre de ceux de Neptune
et de Minerve .
Au Moyen âge ,
cet arc a été couronné de créneaux.
2°) L'Arc de Suse ,
datant de l'an 8 avant notre ère, et dû au roi Cottius,
a été élevé également en l'honneur d'Auguste; il n'a qu'une arcade,
dont l'archivolte est supportée sur des
pilastres.
3°) L'arc d'Aoste
élevé par Terentius Varro et curieux par son
entablement' dorique
surmontant des colonnes'
corinthiennes.
4°) L'arc de Fano ,
qui fut restauré sous Constantin. -
Les deux arcs de triomphe consacrés à Trajan
sont les arcs d'Ancône et de Bénévent :
1°) L'Arc d'Ancône
a été élevé en l'honneur de Trajan, qui avait restauré le port d'Ancône;
il aurait été construit par Apollodore de Damas
(L'Arco eretto a Nerva Trajano nel porto d'Ancona; 1734, Canina,
p. 201, t. 189.). C'est un des plus élégants et des mieux conservés
de ceux que nous a légués l'Antiquité .
Il est tout en marbre blanc de Paros, et les
joints sont appareillés avec tant de perfection qu'on croirait que le
monument est d'un seul bloc.
« Tous
les membres et les diverses parties de cet édifice, dit Serlio, sont d'une
proportion si belle et si remarquable, il y règne un si grand accord,
une telle entente, une si juste harmonie, que l'oeil le plus vulgaire en
demeure agréablement frappé, tandis que les amateurs d'art, ceux qui
savent apprécier, sont non seulement ravis de la belle ordonnance qu'ils
admirent, mais sont contraints de louer et de remercier l'architecte d'avoir
produit une oeuvre dans laquelle notre siècle puisse s'instruire et découvrir
les règles du beau. »
L'époque précise de sa construction est
constatée par l'inscription qu'il porte et que nous donnons ci-dessous;
cette même inscription nous apprend aussi qu'il avait été également
élevé pour honorer Plotine et Marciana, la femme et la soeur de Trajan
:
IMP.
CAESARI. DIVI. NERVAE. TRAIANO. OPTLMO. AUG.
GERMANIC.
DACICO. PONT MAX. TR. POT. XVIII, IMP. IV COSS. VI,
P.P.PROVIDENTISSIMO.
PRINCIPI. SENATUS. P.Q.R. QUOD. ACCESSUM.
ITALIAE.
HOC. ETIAM. ADDITO. EX. PECUNIA. SUA. PORTU.TUTIOREM.
NAVIGANTIBUS.
REDDIDERIT.
On lit de chaque côté de la grande inscription
:
|
Ã
gauche
PlOTINAE
AUG.
CONIUG.
AUG. |
|
Ã
droite
DIVAE
MARCIANAE
AUG.
SORORI.
AUG. |
2°) L'Arc de Bénévent
est le plus remarquable peut-être des arcs de triomphe de cette belle
période artistique. C'est une arcade simple
qui a 16 mètres de hauteur; il a été construit en l'an 114 de J.-C.
lui aussi par l'architecte Apollodore. Ses
bas-reliefs représentent les exploits de
l'empereur Trajan dans ses guerres sur le Danube.
Cet arc rappelle, dans ses masses, celui consacré à l'empereur Titus;
mais il est plus richement décoré que ce dernier, les entrecolonnements
d'ordre composite et les parties de
l'attique, à droite et à gauche de l'inscription,
étant couverts de sculptures d'un effet grandiose et bien dignes, ainsi
que les autres motifs décoratifs, de la belle école du commencement du
IIe siècle de notre ère. En outre, ce
monument n'a subi aucune restauration moderne et, entre autres sujets,
l'apothéose
de Trajan est un morceau de sculpture admirable.
Arc
de Trajan, à Bénévent.
Les
arcs romains en France.
Le plus ancien des arcs de triomphe français,
d'origine romaine, est l'arc de Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône), arc composé
d'une seule arcade avec, à droite et à gauche,
deux colonnes engagées. Malheureusement,
toute la partie supérieure du monument est détruite et si l'on peut supposer,
par l'examen attentif de certains détails d'architecture ,
que cet arc remonte à l'époque de Jules César
et au lendemain de la conquête de la Gaule ,
il est quelque peu téméraire de voir, dans les bas-reliefs
mutilés de ses façades, la représentation
de Jules César et de Vercingétorix ainsi
que celle de la Gaule et de la Bretagne
réduites en captivité par les armées romaines.
-
Arc
de Saint-Rémy.
D'une époque peu postérieure à l'arc
de Saint-Rémy semble être l'arc de Carpentras
dont la partie supérieure est également ruinée, mais dont les bas-reliefs
reproduisent, sans aucun doute, les derniers peuples de la Gaule
ayant lutté contre la conquête romaine.
Beaucoup plus important est l'arc d'Orange.
Cet arc est un des monuments honoraires de l'art romain les plus remarquables
parmi ceux qui existent en France ;
il mesure 19 mètres de hauteur sur 21 mètres de largeur; il est percé
de trois arcades en plein cintre;
l'arcade centrale a 5 mètres d'ouverture et 9 mètres de hauteur sous
clef. Quatre colonnes corinthiennes
cannelées décorent chaque face, et les deux qui flanquent l'arcade principale
soutiennent, un fronton triangulaire, encastré dans un attique,
qui est lui-même couronné d'une magnifique corniche. L'ensemble du monument
est d'une très grande richesse; des bas-reliefs fort bien sculptés et
dessinés, en augmentent encore l'effet. On est loin d'être d'accord sur
l'époque de sa construction. Il semble qu'il ait été construit sous
Tibère et qu'il aurait été érigé en l'honneur
d'Auguste, qui avait rendu l'Égypte
et la Gaule
tributaires de Rome .
De nombreux bas-reliefs, composés surtout de trophées d'armes, surchargent
cet arc, mais leur exécution paraît plutôt appartenir à la basse-époque.
L'Arc de Besançon ,
appelé très anciennement Porte de Mars ,
et au Xe siècle Porte-Noire, n'a qu'une
seule arcade, large de 5 mètres 58 et haute
de 10 mètres. Cet arc est orné de 8 colonnes
sur chaque face; quatre ornent la partie inférieure et sont surmontées
des quatre autres. Les archéologues ne sont pas d'accord pour désigner
le nom de celui qui a fait ériger ce monument : les uns nomment Verginius
Rufus, vainqueur de Vindex; les autres, Marc-Aurèle;
ceux-ci, Aurélien ou Crispus fils de Constantin
le Grand; enfin, ceux-là , Julien l'Apostat.
L'arc de Langres,
enclavé dans les murs de la ville, possède deux arcades, ce qui a fait
dire à quelques archéologues qu'il avait été élevé en l'honneur des
deux Gordien vers l'an 240. Ce monument est à peu près complet dans son
ensemble; sur la face nord-est, il mesure 19,96 mètres de large sur 13,70
mètres de haut; il est décoré de cinq pilastres
corinthiens, dont deux de chaque côté du monument et un cinquième au
milieu, séparant les deux arcades, qui mesurent 9,32 mètres de hauteur
sous clef et 4,26 mètres de largeur dans oeuvre.
A Saint-Chamas,
en Provence ,
il existe de chaque côté du pont Flavien, construit sur la Touloubre,
deux arcs honoraires qui n'ont qu'une seule arcade,
dont l'archivolte repose sur des pieds-droits
en forme d'Antes. A Autun, il existe aussi
deux arcs romains connus sous les noms de porte d'Arroux et porte Saint-André.
La Porte d'Arroux mesure 17 mètres de hauteur sur 19 de largeur; elle
est formée de quatre arcades, deux grandes au centre et deux petites de
chaque côté. La Porte Saint-André, haute de 20 mètres, large de 14,
est percée de deux grandes arcades, flanquées de deux tours faisant une
saillie d'environ un mètre; ces tours ont chacune une petite arcade.
La Porte de César, à Reims,
est aussi un arc romain élevé en l'honneur de Jules
César, soit sous le règne d'Auguste, soit
par l'empereur Julien. Cet arc, monument percé
de trois arcades ayant, fait unique dans l'architecture romaine ,
leurs impostes de niveau, est le plus considérable de tous ceux qui restent
sur le sol de la France .
Il a une largeur de 28 mètres, et sa hauteur, non compris l'attique
qui est très ruiné, est de 11 mètres. L'arcade centrale, dite
des Saisons
à cause des bas-reliefs de sa voûte, mesure
9 mètres de hauteur sur 4,50 mètres de largeur; les deux autres arcades,
dites de Léda
et de Romulus ,
ont 9 mètres d'élévation sur 3,19 de largeur.
-
L'Arc
et les ruines romaines de Timgad (Algérie).
Les
arcs de l'Afrique romaine.
Quoique le sol de l'Afrique du Nord
ait subi, depuis la domination romaine ,
les ravages de plusieurs hordes de conquérants, Vandales,
Byzantins et Arabes, Turcs
et même colons européens modernes, la partie orientale du Maghreb, c.-à -d.
l'Est de l'Algérie
et la Tunisie ,
sont encore riches en anciens monuments romains et possèdent plusieurs
arcs généralement élevés du IIe siècle
à la fin du IVe siècle de notre ère.
Parmi ces monuments, il faut citer, dans la région de Constantine ,
les arcs de triomphe d'Announa (l'ancienne Tibili), de Lambèse (Lambaesis)
et de Zana (Diana Veteranorum); l'arc de Markouna (Verecunda) dédié Ã
un légat impérial, M. Aemilius Saturnines; le bel arc de Djemila (Cuiculum)
en parfait état de conservation et élevé à l'empereur Caracalla
ainsi qu'à son père Septime Sévère
et à sa mère Julia Domna l'arc de Tebessa (Thevestis) ,
arc quadrifons, c. -Ã -d. Ã quatre faces comme l'arc de Janus
à Rome, et dédié, lui aussi, à Septime Sévère,
Julia Damna et Caracalla; enfin, l'arc de Timgad (Tamugas), dit arc de
tous les dieux, un des plus curieux comme lignes d'architecture de la province,
mais qui, quoique attribué à l'empereur Trajan,
semble, par certains détails, tels que les amorces de frontons au-dessus
des arcades latérales, appartenir à une époque postérieure.
-
Arc
d'Alexandre Sévère, à Dougga
(Tunisie). Photo : © Angel Latorre, 2008.
Les mieux connus des arcs de triomphe conservés
en Tunisie sont l'arc d'Haïdra (l'ancienne Ammadara) dédié à Septime
Sévère; les deux arcs de Macteur (oppidum Mactaritanum) dont l'un, assez
bien conservé, paraît remonter à une belle époque de l'art; l'arc d'Uzappa
orné, comme celui d'Orange, de têtes de barbares coupées; l'arc de Kasserin
(Cillium) d'une bonne exécution comme construction, et l'arc de Sbeitla
(Suffetula) dédié aux empereurs Maximien et
Constantin le Grand et remarquable comme
masse d'architecture par les heureuses proportions de son arcade unique.
Les
autres arcs antiques.
Il n'y a pas lieu de s'étendre ici sur
les nombreux arcs de triomphe que virent s'élever toutes les contrées
soumises à la domination romaine, cependant il faut noter l'arc de Pola,
en Dalmatie ,
que ses colonnes accouplées et le manque
de style de ses détails ne permettent pas de faire remonter, ainsi que
le veulent quelques archéologues, à l'époque d'Auguste;
l'arc d'Hadrien, à Athènes,
édifice indigne du goût de cet empereur,
ami des arts, et de cette cité, la ville artistique par excellence, mais
dont l'inscription indique bien que cet arc séparait l'Athènes dite de
Thésée ,
l'ancienne ville, de l'Athènes d'Hadrien (Hadrianopolis); l'arc de Palmyre,
en Syrie, arc rachetant par le biais de ses
façades le coude formé par la quadruple
colonnade
qui s'élève encore çà et là au milieu des ruines de cette ville; en
Espagne ,
nous ne connaissons qu'un arc honoraire, c'est l'arc de Barra, près de
Vendrell, en Catalogne ,
qui fut érigé en l'honneur de Trajan : cet arc
est orné sur chacune de ses faces de quatre pilastres corinthiens;
le temps, qui l'a bien éprouvé, a écorné les angles de son entablement
d'une manière très sensible.
Les arcs modernes.
On ne connaît pas d'arcs de triomphe
(ou de monuments analogues) élevés pendant toute la période du Moyen
âge
et le plus ancien exemple de ces monuments appartenant au début des temps
modernes est l'arc triomphal élevé à Naples ,
vers 1445, pour servir d'entrée au Castel Nuovo et pour perpétuer le
souvenir de la conquête du royaume de Naples
par Alphonse d'Aragon. Cette porte triomphale,
percée d'une seule arcade, présente deux étages surmontés chacun d'un
attique, lesquels sont décorés, le premier
d'un bas-relief représentant le vainqueur
entouré de ses officiers, et le second, de statues allégoriques placées
dans des niches que couronne un fronton cintré : tout l'ensemble du monument
appartient au style de la Renaissance
italienne et se recommande surtout par la grâce et par l'élégance. Un
autre arc fut élevé également à Naples par Giuliano de Majano, vers
la fin du XVe siècle; c'est celui de la
Porta Capuana.
Quelques villes d'Italie
firent ériger par la suite des portes monumentales, véritables arcs de
triomphe, en commémoration de victoires ou d'événements divers : c'est
ainsi que Milan en compte plusieurs, qu'Ancône
vit, au XVIIIe siècle, s'élever, non
loin de l'arc de Trajan, un autre arc, d'ordre
dorique, dessiné par Vanvitelli, sur
l'ordre du pape Clément XII et destiné Ã
rappeler la construction du môle et du lazaret de cette ville, et qu'enfin
Florence possède, en dehors de la porte
San-Gallo, un arc de triomphe construit vers 1740, sur les plans d'un architecte
lorrain, Giadod, de Nancy, monument commémoratif
de l'avènement de la maison de Lorraine
sur le trône grand-ducal de Toscane .
L'arc
triomphal du Carrousel, Ã Paris.
Mais c'est la France
qui, dans les temps modernes, devait se signaler par l'exécution de remarquables
arcs de triomphe, monuments commémoratifs imités de l'Antiquité
dans leur composition et leur exécution, mais décelant, dans leurs masses
imposantes, une véritable originalité. La porte Saint-Denis
et la porte Saint-Martin ,
les arcs de triomphe de la place du Carrousel
et de la place de l'Étoile
sont, à Paris, des édifices bien différents
entre eux par leur système d'architecture et de décoration, mais dans
lesquels il faut reconnaître l'inspiration antique imposée depuis plus
de deux siècles par leur éducation officielle artistique aux architectes
français.
La porte Saint-Denis
fut élevée, en 1671 et 1672, aux frais de la municipalité parisienne
à laquelle ce monument coûta 500.000 livres
(somme énorme pour l'époque) et en l'honneur des victoires de Louis
XIV en Flandre
et en Franche-Comté .
François Blondel, architecte, et Girardon
et Michel Anguier, sculpteurs, en furent les
auteurs. Cette porte monumentale, dont l'ouverture de l'arcade a 14 m de
hauteur sur plus de 8 m d'ouverture, mesure, en largeur comme en hauteur
totales, une même longueur de 23,40 m. François Blondel, dans son Cours
d'architecture (4e volume), nous initie,
du reste, aux intentions qui le guidèrent et rappelle, avec une certaine
complaisance, son désir d'emprunter aux chefs-d'oeuvre de l'architecture
antique le principe de la décoration de cet édifice dans lequel il voulut
appliquer à des sujets modernes le ressouvenir des obélisques
d'Egypte ,
de la colonne Trajane
et même du fragment de la colonne rostrale
conservé au Capitole
de Rome. Quoi qu'il en soit de ces intentions,
la porte Saint-Denis forme un tout des plus harmonieux et des plus imposants,
répondant bien à la pensée qui a présidé à son érection, et il faut
seulement regretter, au point de vue de son effet perspectif, les fâcheuses
conditions de voisinage et l'espace restreint au milieu duquel ce monument
se trouve placé.
La porte Saint-Martin ,
construite en 1674, en l'honneur de la conquête définitive de la Franche-Comté
et toujours aux frais de la ville de Paris,
est de Pierre Bullet, élève de Fr.
Blondel, et présente, elle aussi, une hauteur égale à sa largeur,
mais bien moindre que pour la porte Saint-Denis ;
car la porte Saint Martin n'a que 18 m. Cette porte est percée de trois
arcades décorées de bossages vermiculés et, malgré ses bas-reliefs
dans l'un desquels Louis XIV, entièrement nu,
est représenté sous les traits d'Hercule ,
cet édifice rappelle bien davantage une porte
de ville qu'un véritable arc de triomphe.
Après les guerres de Louis XIV, celles
de Napoléon lui fournirent aussi prétextes
à deux arcs de triomphe l'arc du Carrousel ,
construit sur les dessins des architectes Percier et Fontaine
et avec le concours des sculpteurs Lemot, Lesueur, Bosio
et Deseinne. Cet arc rappelle la campagne d'Allemagne
de 1805 et n'est qu'une imitation, mais une imitation des mieux comprises
et des plus heureuses quoiqu'à une moindre échelle, de l'arc de Septime
Sévère, à Rome. L'exécution aussi parfaite
que possible, le talent déployé dans la décoration sculpturale, la richesse
des matériaux, marbres et bronzes,
mis en oeuvre, et surtout l'harmonie de ses proportions, harmonie un peu
perdue aujourd'hui au milieu de ce vaste ensemble ouvert du Carrousel,
où cet arc paraît un simple bijou architectural trop isolé ; tout
concourt à faire de l'arc de triomphe du Carrousel un édifice ne laissant
rien à désirer comme étude de l'ensemble et des détails.
De beaucoup plus important et même le
plus important de tous les arcs de triomphe est l'arc de la place de l'Etoile ,
dont l'érection fut décrétée par Napoléon ler
en 1806 et qui domine de sa masse imposante cette magnifique et double
perspective de l'avenue des Champs-Elysées
du côté de Paris, et de l'avenue de la Grande-Armée
du côté de Neuilly .
Les dimensions de cet arc colossal sont considérables; environ 50 m de
hauteur, 45 m de largeur et 22 m de profondeur pour l'ensemble; l'arcade
unique des façades principales a près de
30 m de hauteur sur 15 m de largeur, et l'arcade transversale, qui sert
de passage entre les façades latérales, a environ 19 m de hauteur sur
8,50 m de largeur. Chalgrin en conçut le plan
dont les masses générales furent respectées; mais, après lui, Goust,
Huyot et Blouet en furent
les architectes et modifièrent les détails du projet primitif. Ce monument
grandiose ne fut inauguré que le 29 juillet 1836 après avoir occasionné
une dépense totale d'environ 10.000.000
de francs. De nombreux statuaires furent chargés tant des magnifiques
groupes que des bas-reliefs qui décorent
la façade; mais, parmi eux, la renommée a gardé les noms d'Etex qui
personnifia la Résistance (1814) et la Paix (1815) du côté
de Neuilly; de Cortot et surtout de Rude,
dont les bas-reliefs du côté de Paris, le Triomphe (1810) dû
à Cortot, et l'immortelle page qui a nom le Départ (1792), due
à Rude, font de cet arc un des monuments les plus célèbres du monde
entier.
On compte encore en France
un certain nombre de villes ayant fait élever, dans les trois derniers
siècles, des arcs de triomphe ou des portes monumentales ayant le caractère
de monuments commémoratifs; il suffira de rappeler ici :
1° la porte du Pérou, à Montpellier,
grand arc de triomphe percé d'une seule arcade, sans colonnes ni pilastres,
couronné d'un entablement dorique et élevé en 1691 sur les plans de
Dorbay et sous la conduite de d'Avile aux frais de la ville de Montpellier
et à la gloire de Louis XIV, en souvenir de
ses victoires et du canal joignant l'Océan
à la Méditerranée ;
2° la porte de Paris, à Lille ,
érigée en 1682 par l'architecte Simon Vollant sur l'ordre de Louis XIV
qui venait de s'emparer de la ville;
3° l'arc de triomphe de Marseille
(Porte d'Aix), construit de 1824 à 1830 par l'architecte Pinchaud et décoré
par les statuaires Bosio et Ramey .
Un certain nombre de capitales de l'Europe
sont aussi ornées d'arcs de triomphe modernes offrant plus ou moins d'intérêt
au point de vue de l'architecture ou de la décoration, mais parmi lesquels
on peut mentionner :
1° la puerta de Alcala, à Madrid,
vaste ensemble monumental percé de trois arcades entre deux passages rectangulaires
et destiné à rappeler l'entrée de Charles
III en 1778;
2° la puerta de Toledo, dans la même
ville, composée d'une arcade entre deux baies de portes et inaugurée
en 1827 en souvenir de l'exil et du retour du roi Ferdinand
VII;
3° The Green Park Arch, édifié, en 1821,
à Londres, dans Hyde Park Corner, par Decimus
Burton et que surmonta jusque vers la fin du XIXe
siècle la statue équestre du duc de Wellington;
4 les portes triomphales de Narva et de Moscou, élevées à Saint-Pétersbourg
sur les routes de ce nom, vers la commencement du XIXe
siècle et à la gloire des armées russes;
5° enfin le Siegesthor (porte de la Victoire),
à Munich, copie de l'arc de Constantin de
Rome, construit, de 1844 Ã 1850, par les architectes
Gaertner et Metzger dernière imitation à signaler, après toutes celles
que nous avons dû noter au cours de ce travail, cette porte monumentale
est surmontée, comme les anciens arcs romains, par un quadrige attelé
de lions (il est vrai) et portant une statue de la Bavière, haute de 6,60
m.
Ainsi, Rome, depuis les plus anciens arcs
de triomphe jusqu'à ceux élevés au seuil de l'époque contemporaine
et pendant près de deux mille ans, fourni les modèles de ce genre de
monuments commémoratifs qui ont été imités à l'envi, mais avec plus
ou moins de bonheur, par les peuples modernes. (Charles Lucas
/ E. Bosc).
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En
bibliothèque. - Bérengère Fortuner,
Les arcs de l'Afrique romaine, Epona (Paris), janvier 2002. - Hirscfeld
Gustave, Arcs de triomphe et colonnes triomphales, Arthaud, 1937. |
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