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Louis XI
est un roi de France ,
nĂ© Ă Bourges le 3 juillet 1423, mort Ă
Plessis-lez-Tours le 30 août 1483. Fils aîné de Charles
VII et de Marie d'Anjou ,
il passa son enfance auprès de sa mère et eut pour gouverneurs Amaury
d'Estissac et Bernard d'Armagnac, comte de la
Marche ,
pour premier écuyer Joachim Rouault, pour précepteur Jean d'Arcouville.
Son éducation différa sensiblement de celle des jeunes seigneurs de son
temps et sa jeunesse fut studieuse. D'Arcouville lui apprit le latin et
Jean Majoris les bonnes lettres, et il semble qu'il ait bien profité de
leurs leçons : d'un esprit naturellement mûr et réfléchi, il donna
des preuves d'un jugement précoce et d'une raison au-dessus de son âge.
Dès 1436, on le voit paraître aux côtés de son père, dans un voyage
en Lyonnais ,
en Dauphiné
et en Languedoc ;
cette mĂŞme annĂ©e, bien qu'il n'eĂ»t que treize ans, il fut mariĂ© Ă
la jeune princesse d'Ecosse ,
Marguerite : union convenue depuis déjà huit ans. Trois ans plus tard,
Charles VII crut pouvoir lui confier la délicate mission de soumettre
plusieurs seigneurs récalcitrants du Poitou ,
qui opprimaient le pays par abus de leur titre seigneurial, et d'obliger
les officiers de finances Ă rendre compte des deniers publics : le jeune
dauphin justifia par un plein succès la confiance de son père qui, l'année
suivante, en 1440, le chargea d'aller en son nom rétablir l'autorité
royale en Guyenne
et en Languedoc. Ces pays étaient désolés, moins peut-être par la guerre
anglaise ( La Guerre de Cent Ans )
que par des bandes de routiers, rebelles Ă la grande ordonnance de 1438
et qui, sous prétexte de servir les intérêts de grands seigneurs méridionaux,
tels que les comtes d'Armagnac et de Comminges, ravageaient et pillaient
à qui mieux mieux ( La criminalité
au Moyen âge ).
Le futur Louis XI, après une solennelle entrée
dans Toulouse (25 mai), prit des mesures
sages et énergiques : il pourvut à la défense de la province contre
l'invasion anglaise qui tentait Ă ce moment un nouvel effort, se posa
en arbitre entre les comtes de Comminges
et d'Armagnac ,
et fit rentrer dans l'ordre les routiers. Mais, rappelé contre son gré
par son père, il ne put continuer son oeuvre de pacification. Jusque-là ,
il s'était conduit en fils soumis et respectueux de l'autorité paternelle
: il n'allait pas tarder à prendre la première place parmi les rebelles
et Ă adopter cette nouvelle attitude dont il ne devait pour ainsi dire
pas se départir jusqu'à son avènement au trône.
Au lendemain de la reprise de Paris
sur les Anglais, les princes du sang,
désireux de conserver une indépendance que leur avaient assurée les
guerres civile et étrangère, avaient recommencé à s'agiter : un premier
complot échoua. En 1440, ils renouvelèrent leurs menées et réussirent
à y associer le dauphin Louis, alors âgé de dix-sept ans. Déjà tourmenté
par une soif jalouse du pouvoir et désireux de la satisfaire, le jeune
prince n'hésita pas à s'allier aux ducs de Bourbon et d'Alençon, aux
comtes de Vendôme et de Dunois et aux autres chefs des révoltés, et,
sous le prĂ©texte de venger sa mère, dĂ©daignĂ©e pour une favorite, Ă
prendre les armes contre le roi. Ce fut cette prise d'armes, courte d'ailleurs
et aisément réprimée, que les contemporains surnommèrent Praguerie.
Charles VII, par une marche rapide en Poitou ,
en Auvergne ,
en Bourbonnais ,
fit tomber les principaux remparts des révoltés qui s'empressèrent de
faire amende honorable; le dauphin dut à son tour implorer sa grâce et
fut relégué dans son apanage du Dauphin. Il s'y tint plus de quinze ans,
se conduisant en souverain indépendant, instituant un parlement à Grenoble
et une université
à Valence, épousant, sans l'aveu de son père et pour se faire un allié,
la fille du duc de Savoie ,
Charlotte, qui n'était encore qu'une enfant. A de rares intervalles, il
apparaissait à la cour où il intriguait à l'écart et ralliait autour
de lui les mécontents. Il n'avait toutefois pas encore perdu complètement
la confiance de Charles VIl, qui en 1444, le mit à la tête de l'expédition
chargée d'aller guerroyer contre les Suisses
au secours du roi des Romains, Frédéric III; en envoyant une armée sur
les bords du Rhin, le roi voyait surtout là un moyen de débarrasser la
France
des bandes de routiers qui y continuaient encore leurs ravages, et, suivant
la forte expression du président Fauchet, d' «oster le mauvais sang qui
si longtemps avait altéré le corps du royaume». Le dauphin sut maintenir
d'aussi redoutables combattants et mener habilement la campagne, qui fut
marquée par la bataille de Saint Jacques (26 août), l'occupation de l'Alsace
et les conférences d'Ensisheim .
Légèrement blessé au siège de Lambach ,
le jeune prince vint rejoindre son père à Nancy,
mais se tint à l'écart des fêtes splendides
qui furent données en 1444 et 1445 à Nancy et à Châlons; c'est à ce
moment-là que mourut d'une mort restée mystérieuse sa première femme,
Marguerite d'Ecosse; il ne l'aimait pas et cette mort le laissa indifférent.
Retiré dès lors définitivement en Dauphiné, il harcèle son père de
plaintes continuelles, fait conclure contre son gré le mariage d'Amédée,
prince de Piémont ,
avec sa soeur Yolande de France, et, par ses menées avec le duc de Savoie,
oblige Charles VII à diriger une expédition contre ce prince. Au commencement
de 1452, il se voit privé de sa pension et peu après des quatre châtellenies
de Rouergue
que le roi rend au comte d'Armagnac; à une offre qu'il fait à son père
à la fin de cette année de venir le servir contre les Anglais en Guyenne,
Charles VII défiant répond par un refus. Dès lors, ne dissimulant plus,
le dauphin poursuit ses préparatifs de guerre, réunit la noblesse du
Dauphin, fortifie ses places et n'attend qu'un prétexte pour se tourner
contre son beau-père le duc de Savoie, réconcilié avec le roi, et l'attaquer
à main armée. Mais Charles VII surveille très étroitement son fils
et dans ce but s'avance en personne jusqu'en Bourbonnais. Après de longues
négociations où le dauphin ne cherche qu'à faire traîner les choses
en longueur, il se voit obligé, par l'énergique attitude de son père,
à quitter son apanage du Dauphiné, qui est peu après occupé au nom
du roi par Dammartin, et à se réfugier d'abord à Saint-Claude en Franche-Comté ,
puis dans les Etats du duc de Bourgogne
(août 1456); il finit par s'installer au château
de Genappe, près de Bruxelles ,
que Philippe le Bon lui assigne
pour résidence.
Louis resta Ă Genappe de 1457 Ă 1461
: il y mena joyeuse vie; c'est là qu'avec le concours d'une pléiade de
beaux esprits entretenus à prix d'or, furent composés ces contes licencieux
restés célèbres sous le titre de Cent Nouvelles nouvelles .
Largement pensionné par le duc de Bourgogne ,
entretenant des intelligences Ă la cour de France ,
avec la maîtresse même du roi, il attendit patiemment la mort de son
père qui survint le 22 juillet 1461. Louis XI, que cette mort faisait
roi, ne dissimula guère sa joie. Comme il craignait quelque tentative
de la part de son jeune frère Charles, à qui Charles
VII avait un moment songé à transférer la couronne, il dépêcha
Ă ses bonnes villes l'ordre de se bien garder, puis il rentra en toute
hâte dans ses Etats, se dirigeant sur Reims.
Le duc de Bourgogne l'accompagnait avec une forte escorte et en prenant
des allures de protecteur; il éclipsa son nouveau suzerain par sa magnificence,
lui conféra l'ordre de chevalerie et à l'entrée solennelle dans Paris
(31 août), ainsi qu'au sacre, parut être le vrai roi. En apparence, l'avènement
de Louis XI semblait un triomphe pour la féodalité,
dont la puissance territoriale était considérable encore à la mort de
Charles VII : le nouveau roi était l'ancien chef de la Praguerie; on pensait
qu'il allait ruiner toute l'oeuvre du dernier règne, et de fait ses premiers
actes purent en faire concevoir l'espérance au parti féodal. Il donne
le Berry
en apanage à son jeune frère, le gouvernement de Normandie
au comte de Charolais, fils du duc de Bourgogne, un commandement sur la
Loire au duc de Bretagne ;
il signe le pardon du duc d'Alençon et celui du comte d'Armagnac, qu'il
charge tout aussitĂ´t d'une ambassade en Espagne .
Il éloigne et disgracie les plus anciens serviteurs de son père, Chabannes,
Des Ursins, BrezĂ©, Gaston de Foix et s'entoure d'auxiliaires aptes Ă
seconder ses desseins, les choisissant de préférence parmi les gens de
moyen état : Jean Balue, Pierre Doriole, Jean Bourré, Jean de Doyat,
Jean du Lude deviennent ses conseillers, et, dans un ordre inférieur,
le prévôt Tristan Lermite, qu'il nommait son compère, le barbier Olivier
Le Dain, le médecin Coictier. Le monde féodal lui fournit aussi de
précieux auxiliaires : Lescun, Jean Jouffroy, Commines,
Crèvecoeur, presque tous vassaux d'autrui, qui, en venant à lui, se compromettent
sans retour envers leurs anciens maîtres.
Bien que servie par des instruments nouveaux,
la politique royale resta, quant Ă son but, la mĂŞme que sous Charles
VII; avec moins de patience et de scrupules, Louis XI poursuivit les mĂŞmes
desseins que son père. Il importait surtout d'abattre et de détruire
la grande puissance bourguignonne, de plus en plus forte et compacte, de
plus en plus menaçante pour l'unité de la monarchie
française. Aussi Louis XI, comme Charles VII, subordonna-t-il à cette
entreprise le sens de ses alliances extérieures. En Lorraine ,
tout en renonçant à Epinal ,
il essaye sournoisement de placer Metz sous
sa dépendance (1464). Au delà du Rhin, il entretient de son mieux la
défiance des Allemands à l'égard de
la Bourgogne
et conclut de nouveaux traités avec les seigneurs de la Haute-Allemagne.
En Italie, par une action exclusivement diplomatique, il prépare l'intervention
armée de ses successeurs : s'il abandonne son protectorat sur Gênes ,
s'il ne soutient qu'en paroles les projets de la maison d'Anjou
sur le royaume de Naples ,
il arrache le duc de Milan
à l'alliance bourguignonne, surveille étroitement le duc
de Savoie ,
son beau-frère, réconcilie Florence avec le pape Sixte
IV (1478), use à l'égard du Saint-siège
tour Ă tour de concessions ou de menaces et se fait proclamer protecteur
de la ligue contre les Turcs (1467). En
Espagne ,
ses ambitions sont d'abord très vastes; il rêve de faire valoir les droits
qu'il tient de sa mère et de son aïeule sur l'Aragon ,
encourage secrètement à la révolte les Catalans
soulevés contre leur roi et médite d'accaparer en Navarre
la succession du prince de Viane, don Carlos.
Mais, jugeant bientôt l'entreprise hasardeuse, il soutient les prétentions
du comte de Foix
dans ce dernier royaume et en prépare pour plus tard, sinon l'annexion,
du moins le protectorat en faisant épouser au fils aîné de ce grand
seigneur sa soeur Madeleine de France. En mĂŞme temps, il conclut avec
le roi d'Aragon Jean II le traité de Bayonne
(mai 1462), par lequel il reçoit le Roussillon
et la Cerdagne
en gage de 300,000 écus que son allié promet
de lui payer en retour de son aide contre les Catalans révoltés; une
armée française, sous les ordres du comte de Foix et du maréchal de
Comminges ,
soumet en partie la Catalogne, entre dans Saragosse
et occupe ensuite la Navarre. Nommé arbitre entre les rois d'Aragon et
de Castille ,
Louis XI, les dupant tous deux, réussit à garder le Roussillon et la
Cerdagne (traité de Fontarabie ,
avril 1463).
En Angleterre ,
oĂą se poursuit la guerre
des Deux Roses, Louis XI, sans se prononcer ouvertement, soutient
la Rose rouge, surtout depuis que le duc de Bourgogne
prend fait et cause pour la Rose blanche, et réussit un moment à se faire
promettre, en échange de faibles secours accordés aux Lancastre,
la rétrocession de Calais .
Mais à l'intérieur, dès le début du
règne, la féodalité, déçue dans ses espérances,
organise un formidable soulèvement. Les deux chefs du parti féodal étaient
François II. duc de Bretagne ,
et le comte de Charolais
: le premier peu redoutable, d'un tempérament faible, à peine susceptible
d'apporter à ses alliés le concours de diversions, presque toujours inopportunes;
le second, au contraire, orgueilleux et ambitieux Ă outrance, ne cherchant
qu'à élargir de tous côtés les frontières de l'Etat bourguignon, rêvant
de faire du « grand duché d'Occident » un royaume et justifiant par
l'audace de son caractère ce surnom de Téméraire que ses contemporains
lui ont donné. Contre les deux, Louis XI ne tarde pas à prendre indirectement
l'offensive. Il revendique du duc de Bretagne l'hommage-lige Ă la couronne
et l'exercice du droit de régale sur les évêchés bretons. Il opère,
malgré le duc de Bourgogne ,
le rachat des villes de la Somme, cédées au traité d'Arras,
et prépare la rétrocession dans la Flandre
française de Lille ,
Douai
et Orchies; il retire enfin au comte de Charolais le gouvernement de la
Normandie
(1464). Il s'ensuit alors une prise d'armes féodale, couverte du beau
nom de ligue du Bien public, qui, sous prétexte de soulager le pauvre
peuple, n'avait pour but que de satisfaire les ambitions et les intérêts
des grands seigneurs. Toute la grande noblesse de France
y prit part, à l'exception du roi René et du comte de Foix
qui ne pouvaient ĂŞtre ni l'un ni l'autre d'un grand secours au souverain
menacé. Quelques mois à peine après avoir protesté de leur soumission
à l'assemblée de Tours (1464), les seigneurs,
le duc de Berry
à leur tête, se révoltaient ouvertement. On sait quelle fut l'issue
de cette guerre, marquée par la bataille de Montlhéry
(16 juillet 1465) : la signature des traités humiliants de Conflans et
de Saint-Maur (octobre), la Normandie livrée en apanage héréditaire
au frère du roi, les villes de la Somme, les comtés de Guines
et de Boulogne
au comte de Charolais, la garde de Toul et de
Verdun au duc de Lorraine ,
la connétablie au comte de Saint-Pol; à tous les autres des places fortes
ou des pensions.
L'exécution de ces traités ramenait la
monarchie au temps des premiers Capétiens
: Louis XI s'appliqua immédiatement à annuler une à une les concessions
qu'on venait de lui arracher. Il comprit la nécessité d'abandonner la
violence pour la ruse, de gagner la petite noblesse, jusque-là sacrifiée
par les grands feudataires, de s'attacher sérieusement quelques puissantes
maisons pour mieux abattre les autres. Jean de Calabre ,
fils du roi René, reçut 120,000 livres;
le duc de Bourbon obtint le gouvernement d'une
grande partie de la France du Centre et du Midi; Chabannes, dont les talents
militaires étaient fort appréciés du roi, fut ramené par des promesses
et des dons; les Parisiens furent flattés par l'organisation de leurs
corps de métiers en une immense armée bourgeoise. Les villes turbulentes
de Gand ,
Dinant
et Liège
furent soulevées contre le Téméraire,
qui dut passer une année entière à les réduire et n'en était pas encore
venu Ă bout quand la mort de Philippe
le Bon le fit duc de Bourgogne
(1467). Le principal danger était la Normandie : tant qu'elle serait aux
mains de Charles de France, le duc de Bretagne
et le duc de Bourgogne pourraient unir leurs troupes contre le roi, et
la porte restait ouverte aux Anglais,
pour une descente sur le continent : « un royaume à deux têtes, un roi
de Rouen et un roi de Paris,
c'était l'enterrement de la France » (Michelet).
Louis XI profita d'une brouille entre son
frère et François II pour envahir la province sans déclaration de guerre
et la reprendre en quelques semaines (1466); 120,000
écus d'or envoyés à propos avaient rendu immobile le prince breton,
et Charles le Téméraire, trop occupé
en Flandre ,
n'était pas à craindre. Charles de France, expulsé de Normandie, s'enfuit
auprès du duc de Bourgogne ,
réclamant son appui; vainqueur des Liégeois, ce dernier redevint menaçant.
Le roi d'Angleterre
Edouard IV obtenait de l'argent de son Parlement pour reprendre la guerre
contre la France .
Une nouvelle ligue féodale se formait. Louis XI réunit à Tours
les députés de soixante villes, qui, dans un simulacre d'Etats généraux,
proclamèrent l'inaliénabilité de la Normandie (avril 1468). Fort de
leur décision, Louis acheva la conquête de cette province, obligea son
frère à se contenter d'une pension de 60,000
livres, puis, avec 40,000 hommes, marcha contre
le duc de Bretagne .
François II n'osa pas combattre et signa le traité d'Ancenis
(septembre), par lequel il renonçait à toute autre alliance que celle
du roi et s'engageait Ă le servir envers et contre tous.
En même temps, Louis envoyait à Liège
des émissaires pour provoquer un nouveau soulèvement contre Charles le
Téméraire et brouillait le comte de Warwick, le célèbre « faiseur
de rois », avec Edouard IV, qu'il
cherchait Ă renverser. Le roi aurait pu alors se retourner contre le duc
de Bourgogne qui restait isolé et prendre une offensive hardie; Chabannes
le lui conseillait. Mais il s'imagina que, dans une entrevue personnelle
avec Charles, il saurait mieux que tout autre débattre avec le duc les
conditions d'une trêve; contre le gré de ses conseillers et du cardinal
Balue lui-même, qu'on a représenté à tort comme le principal instigateur
de l'entrevue de Péronne ,
il se rendit donc dans cette dernière ville, muni d'un sauf-conduit et
accompagné d'une faible escorte (octobre). Deux jours s'étaient écoulés
en pourparlers qui paraissaient devoir aboutir, lorsque Charles apprit
une nouvelle révolte des Liégeois, fomentée, disait-on, par des agents
royaux. Il entra aussitĂ´t dans une violente fureur et jura de faire payer
Ă Louis XI sa perfidie; il le logea et le retint prisonnier dans une grosse
tour près de celle où jadis un comte de Vermandois avait fait mourir
Charles le Simple.
Un moment il put songer à détrôner le
roi et à le remplacer par son frère Charles de France; mais, cette combinaison
présentant de sérieux dangers, il préféra lier son captif par de nouvelles
et plus dures conditions. D'ailleurs Louis XI, tout prisonnier qu'il fut,
intriguait auprès des conseillers du duc et essayait de les gagner Ă
force d'argent et de promesses; d'autre part, Chabannes, avec 40,000
hommes, faisait des démonstrations sur les frontières de la Picardie
et se garda bien de licencier ses troupes, quoiqu'il en eût reçu l'ordre
du roi, contraint par Charles le Téméraire;
le comte de Foix, à la tête d'une armée, campait entre Meaux et Paris.
Le duc se résigna donc à n'imposer au roi qu'un traité onéreux : Louis
dut abandonner à son frère Charles la Champagne, au lieu de la Normandie,
laisser au Téméraire la Picardie en toute propriété, l'affranchir de
l'hommage féodal et le suivre sous les murs de Liège, la croix de Bourgogne
au chapeau, pour assister en personne au châtiment de ses alliés. L'humiliation
était grande; Louis XI la subit allègrement et à son retour fut accueilli
par les moqueries des Parisiens et de leurs « oiseaux parleurs ».
Mais-il était déjà décidé à ne rien
exécuter de ce qu'il avait signé. La Champagne
aux mains de Charles de France ouvrait aux armées du Téméraire la route
libre de Paris; Louis XI fit accepter Ă son
frère, au lieu de la Champagne, la lointaine Guyenne (avril 1469). Pour
forcer le duc de Bretagne
Ă se prononcer, il lui offrit le collier de l'ordre de Saint-Michel qu'il
venait de créer et dont tous les membres faisaient le serment de ne jamais
s'armer contre le roi; François Il refusa cet honneur, ne voulant pas
contracter des engagements qu'il savait ne pas pouvoir tenir. Le roi le
menaça alors d'une invasion et le contraignit à signer le traité d'Angers.
En Angleterre ,
il provoqua contre le roi Edouard IV,
allié du Bourguignon, une restauration, d'ailleurs éphémère, de la
Rose rouge. Quand il eut ainsi isolé Charles le Téméraire, il ne craignit
pas de le sommer de comparaître en personne devant le parlement, et convoqua
à Tours une assemblée de notables (1470)
qui annula le traité de Péronne .
La guerre recommença: l'armée royale, commandée par Chabannes et le
connétable de Saint-Pol, s'empara aussitôt des villes de la Somme, Roye,
Montdidier ,
Amiens, Saint-Quentin, oĂą le roi avait eu
soin de pratiquer à l'avance des menées secrètes (1471). Ce fut au tour
du duc de solliciter une trĂŞve (avril) pour travailler Ă reconstituer
ses alliances. Il y réussit un moment : Edouard IV venait de reconquérir
la couronne; il avait fait périr Henri
VI Ă la Tour de Londres et retenait
en captivité Marguerite d'Anjou .
Une troisième ligue se forma contre Louis XI; les ducs de Bourgogne
et de Bretagne en firent naturellement partie; le duc de Guyenne, qui n'était
plus l'héritier du trône depuis la naissance d'un dauphin, en devint
le chef nominal. On y voyait figurer encore le duc
de Lorraine ,
le comte d'Armagnac ,
le comte de Foix
lui-même, jusque-là le fidèle allié du roi, mais que ce dernier avait
mécontenté en lui suscitant des ennuis en Navarre.
Il était question du mariage de Charles
de Guyenne, tantĂ´t avec la fille de Charles
le Téméraire, tantôt avec Eléonore de Foix : c'eût été un égal
danger pour Louis Xl. Il arrêta le duc de Bourgogne par des négociations,
demanda au pape de refuser les dispenses pour le mariage de Marie
de Bourgogne avec son frère et marcha contre ce dernier qui menaçait
de soulever tout le Midi. Mais déjà le duc de Guyenne
était malade; il mourut le 24 mai 1472, et sa mort jeta le désarroi parmi
les ligueurs. Louis XI, que ses ennemis accusèrent sans preuve de l'avoir
provoquée, se retourna alors contre ses deux principaux adversaires. Le
duc de Bourgogne était entré en campagne sur la Somme, s'était jeté
en furieux sur Nesles, où tout fut massacré et brûlé, avait pris Roye
et Montdidier, mais s'était vu arrêter par l'héroïque résistance de
Beauvais. Il eut beau lancer ses bandes
en Normandie, jusqu'aux portes de Dieppe
et de Rouen, il ne put donner la main aux Bretons,
dont Louis XI surveillait lui-même la frontière. François Il, après
avoir perdu Ancenis, Machecoul et Chantocé, dut mettre bas les armes et
signer une paix que Louis XI fit à dessein avantageuse. Peu après, il
obligeait le Téméraire, à qui il avait enlevé son conseiller Commines,
Ă signer la trĂŞve de Senlis (novembre 1472).
En même temps, il punissait sévèrement les autres rebelles : le duc
d'Alençon, déjà condamné sous Charles VII,
encourut la peine de mort et vit la sentence commuée en une prison perpétuelle,
avec confiscation de ses biens. Le comte d'Armagnac, Jean V, dont la conduite
privée était particulièrement odieuse (il avait jadis épousé sa propre
soeur), fut assiégé dans Lectoure et massacré. Le duc de Nemours, son
cousin, fut enfermé au château de Pierre-Encise,
condamné à mort et exécuté (1475). Le comte de Foix, rendu prudent
par la terrible exécution du comte d'Armagnac, son gendre, se tint tranquille
dans ses terres et, malade depuis plusieurs mois, mourut au moment de passer
en Navarre (juillet 1472); Louis XI, dont la soeur devenait régente des
Etats de Foix
et de Béarn ,
s'empressa d'intervenir dans les affaires de la succession. Le roi d'Aragon ,
Jean II, ayant tenté de reprendre le Roussillon
et la Cerdagne ,
dut rendre Perpignan
à l'armée du roi de France. Tout le
Midi était donc pacifié.
-
Louis
XI prend la forteresse de Dieppe.
Une quatrième ligue se forma contre le
roi. Les ducs de Bourgogne
et de Bretagne
comptaient sur l'appui des rois d'Aragon
et d'Angleterre ;
mais le roi d'Aragon fut forcé d'abandonner tous ses droits sur le Roussillon.
Charles le Téméraire s'acharna au
siège de Neuss qui le retint dix mois (1474-1475), au lieu d'attaquer
son véritable adversaire. Aussi, quand le roi Edouard
IV débarqua à Calais ,
dans l'espoir de reconquérir « ses duchés de Normandie et de Guyenne
», il ne trouva aucun des secours qu'on lui avait promis. Toutes les villes
lui fermèrent leurs portes, même Saint-Quentin, où commandait cependant
le traître Saint-Pol. Charles le Téméraire, qui était venu presque
seul au camp anglais, se hâta de prendre le chemin de l'Allemagne. Edouard
IV se laissa facilement arrĂŞter par les promesses de Louis XI, qui lui
paya sans compter sa retraite et pensionna grassement ses conseillers (traité
de Picquigny ,
août 1475). Le duc de Bourgogne enfin fut obligé de renouveler pour neuf
ans, à Soleure, les trêves des années précédentes (septembre) et de
livrer au roi Saint-Pol qui fut décapité. Dès lors Louis XI, tout en
observant avec une certaine ostentation de fidélité les conventions conclues
avec son rival, ne cessa d'agir par-dessous main contre lui et d'encourager
les résistances qui devaient amener sa chute à bref délai. Au moment
où le Téméraire est sur le point d'obtenir de l'empereur Frédéric
III la reconnaissance d'un royaume de la Gaule Belgique et de marier
sa fille à l'héritier de l'Empire, Maximilien,
Louis XI met en défiance l'empereur qui s'esquive l'avant-veille du jour
où le duc de Bourgogne allait être proclamé roi. Les Suisses, secrètement
soutenus par l'argent du roi de France,
infligent au duc les sanglants échecs de Granson et de Morat, et au moment
ou le duc de Lorraine rentre dans Nancy, sa
capitale, Charles le Téméraire, parti en campagne pour s'y opposer, succombe
sous les murs de la ville (6 janvier 1477).
Son héritage revenait à une jeune fille
de vingt et un ans, Marie de Bourgogne .
Il comprenait en partie des terres françaises et parmi elles des apanages
revenant dès lors à la couronne, et des biens patrimoniaux n'impliquant
que l'hommage. Un mariage pouvait seul les mettre aux mains de Louis XI,
qui songea à unir Marie avec le dauphin, bien que celui-ci n'eût que
huit ans et fût déjà fiancé à une princesse anglaise. Mais c'eût
été trop longtemps attendre, et Louis XI crut devoir agir immédiatement.
Malgré les protestations de la jeune héritière, il se fit reconnaître
comme souverain dans le duché de Bourgogne et ses annexes. La Franche-Comté ,
dominée par le prince d'Orange, accepta provisoirement l'occupation française,
Mais l'année suivante, les exactions des officiers royaux susciteront
une révolte. Les Comtois, aidés des Suisses,
reprirent toutes leurs villes, poussèrent jusqu'à Dijon
et, en 1478 et 4479, Chaumont
d'Amboise
dut délivrer la Bourgogne et reconquérir la Comté ; il y réussit et
Louis XI vint Ă Dijon jurer de maintenir les
franchises du duché. Au Nord, il acheta les villes de la Somme à leurs
gouverneurs, remit la main sur les comtés de Boulogne et de Ponthieu,
poussa jusqu'en Artois
et en Hainaut .
Les Gantois, se croyant trahis par les principaux conseillers de leur souveraine,
Hugonet et d'Himbercourt, les firent mettre Ă mort sous ses yeux (avril
1477). Marie, se voyant abandonnée de tous, chercha un protecteur : elle
songea à son ancien fiancé, l'archiduc Maximilien d'Autriche ,
le plus pauvre prince d'Allemagne ,
et l'épousa à Gand (août). Une guerre fut la conséquence de ce mariage
: elle fut marquée par le combat indécis d'Enguinegatte (août 1479),
où le sire d'Esquerdes et le maréchal de Gié ne purent empêcher les
pillages et la fuite des francs-archers. La guerre languit pendant quatre
ans, entrecoupée par les trêves de Lens ,
d'Arras et de Douai ,
suspendue par des négociations peu sincères, jusqu'à la mort soudaine
et prématurée de Marie de Bourgogne, à la suite d'une chute de cheval
(mars 1482). Louis XI, déjà vieux, en profita pour conclure la paix.
Marie laissait deux enfants, Philippe et Marguerite. A l'instigation du
roi de France, les Flamands forcèrent
leur nouveau comte à conclure une transaction que scellèrent les fiançailles
de la jeune Marguerite avec le dauphin Charles de France; Louis XI gardait
le duché de Bourgogne, plus, comme dot de la princesse, l'Artois et la
Franche-Comté
(traité d'Arras, 1482). Ce traité, s'il portait en germe la lutte future
entre les maisons de France
et d'Autriche, reculait pour le moment d'une façon inespérée la frontière
française.
Cette guerre de la succession de Bourgogne
n'avait pas empêché Louis XI de poursuivre d'autres annexions. Le roi
René, qui avait perdu en 1470 son fils Jean de Calabre, avait disposé
du duché de Bar
en faveur du fils de sa fille, le duc de Lorraine René II, de l'Anjou
et de la Provence
en faveur de son neveu Charles, comte du Maine .
Louis XI, exaspéré d'être exclus, se saisit du Barrois et de l'Anjou
(1474), et, par des flatteries à l'égard de son oncle, s'en assura la
possession éventuelle. Les morts successives du vieux roi (juillet 1480)
et du comte du Maine lui permirent de recueillir presque intégralement
la succession d'Anjou. Il héritait en outre de prétentions sur le royaurne
de Naples
qu'il n'eut ni le temps ni la volonté de faire valoir et qu'il légua
Ă ses successeurs.
Le duc Jean II de Bourbon, comblé de
bienfaits après la guerre du Bien public, fut réduit à l'impuissance,
et, s'il esquissa une attitude hostile lors des affaires de la succession
de Bourgogne ,
il en fut puni par le châtiment de ses conseillers. Le cadet de la maison,
Pierre de Beaujeu ,
mari de la fille aînée de Louis XI, recueillit les faveurs royales. Le
chef de la maison d'Orléans, Louis, âgé de quatorze ans, fut lié par
un mariage : il dut épouser la seconde fille du roi, Jeanne la Boiteuse,
et montra jusqu'à l'avènement de Charles VIII
la plus entière soumission. Des anciens ennemis de la France ,
il ne restait plus que la Bretagne
: ce devait ĂŞtre l'oeuvre d'Anne de Beaujeu,
l'enfant préférée de Louis XI, de réunir cette province au domaine
royal. Partout ailleurs la féodalité, si puissante au début du règne,
était abattue : il restait bien dans le Midi la grande maison
de Foix qui allait bientĂ´t s'unir Ă celle d'Albret;
mais, absorbée par une grande querelle intestine, préoccupée aussi d'établir
sa domination en Navarre, elle n'était pas un danger pour le pouvoir du
roi de France. En résumé, Louis XI
avait augmenté le domaine royal de huit grandes provinces : Picardie ,
Bourgogne, Franche-Comté ,
Artois ,
Anjou ,
Maine
et Provence ,
Roussillon et Cerdagne, sans compter une multitude de fiefs moins importants.
Il avait rattaché à la royauté par des mariages les puissantes maisons
de Bourbon et d'Orléans. Il avait forcé les rois
d'Angleterre
et d'Aragon à déposer les armes : il était l'allié des Suisses,
des Vénitiens, des Sforza, des Médicis,
du pape; il était le prince le plus puissant de la chrétienté.
Au cours de tout son règne, il n'avait
cessé de consolider l'autorité royale, suivant en cela les traditions
de Charles VII; son pouvoir devient personnel
et absolu. Il s'entoure de petites gens et éloigne de son conseil les
princes et les puissants seigneurs. Il ne réunit qu'une seule fois les
Etats généraux et les remplace ensuite par des assemblées de notables.
L'armée, la justice, les finances, tout est centralisé en sa main. L'armée
est augmentée et disciplinée: les ordonnances de 1467 et 1469 réorganisent
les compagnies d'ordonnance, et la milice des francs-archers qui, n'ayant
pas rendu les services qu'on attendait d'elle, est supprimée en 1480 et
remplacée par des mercenaires étrangers, principalement des Suisses et
des Ecossais. L'artillerie est perfectionnée. Le roi songe à créer une
marine; il étend les privilèges des tribunaux maritimes, et notamment
dans la guerre de 1479 ses flottes rendent de réels services. Louis XI
chercha aussi Ă faire de la justice un des instruments de son gouvernement;
il brisa les résistances du parlement de Paris,
chaque fois que celui-ci voulut user du droit de remontrances, et, pour
diminuer l'étendue de sa juridiction, créa les parlements de Grenoble
(1453), de Bordeaux (1463), de Dijon
(1479), qui furent toujours dociles à la volonté royale. Mais Louis XI
eut le tort, dans tous les grands procès politiques, de substituer aux
juges ordinaires des commissions spéciales, présidées généralement
par Tristan Lermite, et ne se fit jamais scrupule de partager d'avance
les biens de l'accusé entre les juges pour forcer la condamnation. Au
point de vue financier, Louis XI fut un grand dépensier : nul roi ne puisa
peut-ĂŞtre davantage dans la bourse de ses sujets; il jetait l'argent sans
compter lorsqu'il s'agissait du succès d'un dessein politique, et le seul
impôt de la taille fut sous son règne accru de près de 3 millions de
livres.
Depuis l'établissement de la pragmatique
sanction de Bourges, la France
était en quelque sorte constituée en Eglise autonome. Cette indépendance
déplaisait à la fois au roi qui ne pouvait plus disposer des élections,
et au pape qui ne touchait plus rien des anciennes taxes. Louis XI déclara
la Pragmatique abolie (1461) et, après un rétablissement passager,
força le parlement à enregistrer la bulle papale qui confirmait cette
abolition (1467). L'ancienne constitution fut remplacée par une sorte
de concordat, aux termes duquel le pape s'engageait Ă ne nommer que des
Français et à tenir compte de la recommandation du roi.
Avant Colbert,
Louis XI organisa en faveur de l'industrie nationale un véritable système
protecteur et conçut plus d'une réforme réalisée après lui : il désirait
l'unité des poids et mesures dans tout le royaume, la suppression des
péages intérieurs reportés aux frontières il voulait que le commerce
ne fût pas une cause de dérogation pour la noblesse; il tenta même,
sous le couvert des immunités diplomatiques, une exposition des produits
de l'industrie française en Angleterre .
Il conclut des traités de commerce avec Venise
et la Hanse .
C'est à lui qu'est dû l'établissement des postes; mais elles furent,
il est vrai, exclusivement réservées à son service et étaient destinées
dans le principe Ă faire sentir partout l'action du pouvoir royal. Sous
ce règne le nombre des universités s'accrut; celles de Valence ,
Bourges et Bordeaux
furent créées, pendant que François Il de Bretagne
et le roi René instituaient celles de Nantes
et d'Angers.
Une dernière fois, la querelle des nominalistes
et des réalistes fut agitée sur les bancs
universitaires et assez vivement pour
que Louis XI lui-même intervint, en prohibant pendant plusieurs années
les livres des premiers. Il accueillit en France
quelques-uns des savants grecs chassés de Constantinople.
Enfin c'est en 1469 que pour la première fois l'imprimerie
vint Ă Paris des bords du Rhin. Trois des
auxiliaires de Jean Furst, Ulrich Gering, Martin
Krantz et Michel Freiburger, appelés par le recteur de l'université,
Guillaume Fichet, établirent un atelier dans le collège de Sorbonne
et publièrent un certain nombre d'ouvrages religieux ou classiques. Louis
XI les exempta du droit d'aubaine, et très rapidement les imprimeries
se multiplièrent à Paris et dans les autres villes de France.
Louis XI mourut au château
de Plessis-lez-Tours, où il s'était de plus en plus confiné, s'adonnant
aux pratiques d'une dévotion superstitieuse,
entouré de quelques rares familiers, parmi lesquels Tristan Lermite, Olivier
le Dain et le médecin Coictier, dont il avait porté les appointements
à un taux excessif pour stimuler son zèle. Perdu sans ressources, mais
espérant toujours prolonger son existence, il fit venir de Reims
la sainte ampoule et d'Italie
le saint ermite François de Paule, pour
obtenir par ses prières quelques jours de plus à vivre; mais « le tout
n'y faisait rien et fallait qu'il passast par lĂ oĂą tous les autres sont
passés ».
On ne saurait sans doute souscrire au jugement
de Commines qui déclare qu'il fut celui des
princes de son temps dont il y eut le plus de bien et le moins de mal Ă
dire. Il est impossible d'oublier que ses principaux moyens d'action furent
l'achat des consciences, la violation des serments et parfois aussi les
vengeances cruelles; que, s'il fut brave, il le fut sans loyauté chevaleresque;
que, s'il fut habile, sa fertilité en ruses fut parfois malheureuse; qu'il
eut toujours les allures et les moeurs d'un tyran;
qu'en un mot, il ne fut ni un esprit élevé, ni un grand caractère. Mais
on doit reconnaître aussi, et c'est là sa gloire, qu'en combattant la
féodalité et la réduisant à l'impuissance,
il travailla à fonder l'unité française et qu'il y réussit; l'oeuvre
d'agrandissement territorial de la France ,
qu'il poursuivit toute sa vie, fut immense; en ce sens, aucun de ses prédécesseurs,
aucun même de ses successeurs ne lui peut être comparé.
De son mariage avec Charlotte
de Savoie, Louis XI eut six enfants, trois fils et trois filles; trois
seulement lui survécurent : le dauphin Charles, qui lui succéda sous
le nom de Charles VIII; Anne, mariée au
sire de Beaujeu ,
et Jeanne la Boiteuse, mariée au duc d'Orléans, plus tard Louis
XII. (Henri Courteault).
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En
librairie. - Paul Murray Kendall,
Louis XI, Fayard, 2008. |
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