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| On appelle cycle
géochimique l'ensemble des transformations et des transferts d'un
élément chimique (ou d'un composé) entre les grands réservoirs abiotiques
de la planète (lithosphère, hydrosphère,
atmosphère)
sous l'effet de processus physico-chimiques (érosion, sédimentation,
volcanisme, tectonique des plaques, dissolution, précipitation). Les cycles
biogéochimiques représentent un cas particulier où le compartiment
biosphère
intervient activement dans les transferts, via les processus du vivant
(photosynthèse,
respiration,
décomposition, fixation biologique, etc.).
Le préfixe bio- souligne que les organismes vivants sont des acteurs majeurs (souvent les moteurs) du cyclage de l'élément. En pratique, la distinction est une question de degré : presque tous les grands cycles élémentaires (C, N, P, S, O, H2O) sont à la fois géochimiques et biogéochimiques, car ils empruntent à des degrés des voies abiotiques (dissolution des roches, dégazage volcanique) et des voies biotiques (métabolisme cellulaire). La dimension biotique n'est dailleurs pas complètement absente du cycle des roches, même s'il existerait à peu près à l'identique sans l'existence d'organismes vivants. Même chose pour le cycle de l'eau. La transpiration des plantes terrestres qui mobilise un volume d'eau important lui confère cependant son caractère particulier. Les cycles géochimiques et biogéochimiques constituent le cadre unificateur de la géologie, de l'écologie et des sciences du système Terre. Leur étude repose sur une analyse quantitative des réservoirs et des flux, sur la distinction des échelles de temps caractéristiques (du biologique rapide au géologique lent), et sur la reconnaissance du couplage étroit entre processus abiotiques et activité biologique. La perturbation actuelle de ces cycles par les activités humaines (en particulier ceux du carbone, de l'azote et du phosphore) en fait aujourd'hui un enjeu central des sciences de l'environnement et des politiques de durabilité. Les grands cycles géochimiques et biogéochimiquesLe cycle des roches.Le cycle des roches ( = cycle lithologique) représente l'ensemble des processus géologiques, physiques et chimiques par lesquels les matériaux de l'écorce terrestre se transforment continuellement entre trois grandes familles de roches : • Roches magmatiques : cristallisation d'un magma (refroidissement en profondeur → roches plutoniques; refroidissement en surface → roches volcaniques).Une manière simple de présenter les mécanismes à l'oeuvre consiste à placer à l'origine du cycle les roches magmatiques, issues du refroidissement et de la solidification du magma. Ce magma peut se former en profondeur par fusion partielle des roches du manteau ou de la croûte inférieure, sous l'effet de la température, de la pression ou de la présence d'eau. Lorsque le magma remonte à travers la croûte et se refroidit lentement en profondeur, il donne naissance à des roches plutoniques à gros cristaux, comme le granite. Si au contraire il atteint la surface par une éruption volcanique, la lave se fige rapidement, produisant des roches volcaniques à texture fine ou vitreuse, comme le basalte ou l'obsidienne. Ces roches, une fois exposées aux agents atmosphériques, subissent l'altération et l'érosion. Le vent, l'eau, les variations de température, les organismes vivants et les réactions chimiques dégradent lentement la roche cohérente en particules ou en ions dissous. Les débris solides sont transportés par les rivières, le vent, les glaciers ou la gravité, puis se déposent dans des bassins sédimentaires, souvent au fond des océans ou des lacs. Ces dépôts s'accumulent en couches successives; sous le poids des sédiments sus-jacents, les couches enfouies sont compactées, tandis que des minéraux dissous dans l'eau interstitielle précipitent et cimentent les grains entre eux. Ce double processus de compaction et de cimentation, appelé diagenèse, transforme les sédiments meubles en roches sédimentaires solides, telles que le grès, le calcaire ou l'argile schisteuse. Lorsque ces roches sédimentaires, ou d'ailleurs n'importe quelle autre roche, sont enfouies à de grandes profondeurs, elles sont soumises à des conditions de température et de pression élevées, sans toutefois atteindre le point de fusion. Ces nouvelles conditions provoquent la recristallisation des minéraux, l'apparition de nouveaux minéraux stables dans ce nouvel environnement, et souvent une déformation de la roche, qui acquiert une structure feuilletée ou rubanée. C'est le métamorphisme. Ainsi, un calcaire devient marbre, une argile devient ardoise ou micaschiste, un granite devient gneiss. Si la température continue d'augmenter jusqu'à dépasser le point de fusion des minéraux, la roche métamorphique fond partiellement ou totalement et donne naissance à un nouveau magma. Ce magma, en remontant et en se refroidissant, formera de nouvelles roches magmatiques, refermant ainsi la grande boucle du cycle lithologique. Dans la pratique, la situation est un peu plus compliquée. Une roche magmatique peut, après érosion et sédimentation, devenir une roche sédimentaire; mais elle peut aussi être directement enfouie et métamorphisée sans passer par l'état de sédiment. De même, une roche sédimentaire peut être érodée avant d'être complètement consolidée, ou une roche métamorphique peut être portée en surface par la tectonique et subir à son tour l'érosion. Chaque étape peut être court-circuitée ou inversée selon les contextes géodynamiques. De plus, ce cycle est alimenté en énergie par deux sources principales : la chaleur interne de la Terre, qui entraîne la convection du manteau, le magmatisme, le métamorphisme et la tectonique des plaques, et l'énergie solaire, qui pilote le cycle de l'eau, les climats, l'altération, l'érosion et la sédimentation. Le temps caractéristique de ces transformations est extrêmement variable : une éruption volcanique peut créer une roche en quelques heures, la consolidation d'un sédiment demande des milliers d'années, tandis que le métamorphisme ou la fusion crustale s'étendent sur des millions d'années. Le cycle lithologique constitue le cadre géologique dans lequel s'inscrivent tous les cycles biogéochimiques : c'est lui qui, à l'échelle des temps géologiques, contrôle les flux de sortie et d'entrée des éléments entre la surface et l'intérieur de la Terre (subduction, dégazage volcanique, altération des silicates). L'altération des silicates (notamment via l'acide carbonique issu du CO2 atmosphérique dissous dans l'eau de pluie) consomme du CO2 atmosphérique et produit des ions bicarbonates qui rejoignent l'océan, où ils précipitent en carbonates biogéniques ou abiotiques. Ce mécanisme, couplé au volcanisme qui restitue le CO2 à l'atmosphère par dégazage, constitue un régulateur à long terme (105 - 106 ans) du climat terrestre. C'est un exemple emblématique d'interaction entre cycle géochimique (roches) et cycle biogéochimique (carbone). Le cycle de l'eau.
Le moteur premier du cycle est le rayonnement solaire, qui fournit l'énergie nécessaire à l'évaporation. Ce processus consiste en la transition de phase de l'eau liquide vers l'état de vapeur, principalement à la surface des océans, qui représentent environ 97% de l'hydrosphère et contribuent à la majorité du flux évaporatoire global, estimé à près de 505 000 km3 par an à l'échelle planétaire. L'évaporation dépend de plusieurs paramètres physiques : la température de surface, l'humidité relative de l'air, la vitesse du vent et la pression atmosphérique. Sur les continents, un processus analogue se produit au niveau de la végétation, appelé transpiration, par lequel les plantes rejettent de la vapeur d'eau à travers leurs stomates dans le cadre de leur activité photosynthétique et de leur régulation thermique. L'évaporation directe des sols, des lacs et des rivières se combine à la transpiration végétale pour former ce que l'on nomme l'évapotranspiration, un terme englobant utilisé notamment en hydrologie et en agronomie pour quantifier les pertes en eau d'un bassin versant ou d'un écosystème. Une fois dans l'atmosphère, la vapeur d'eau est transportée par les masses d'air selon les régimes de circulation atmosphérique générale, depuis l'échelle locale jusqu'aux transferts intercontinentaux via les courants-jets et les cellules de circulation telles que la cellule de Hadley. Au cours de son ascension, l'air se refroidit selon un gradient adiabatique, ce qui entraîne une diminution de sa capacité à retenir la vapeur d'eau sous forme gazeuse. Lorsque le point de rosée est atteint, la vapeur se condense autour de noyaux de condensation (particules d'aérosols, poussières, sels marins ou polluants) pour former des gouttelettes microscopiques constitutives des nuages. Ce processus de condensation libère de la chaleur latente, laquelle influence à son tour la dynamique verticale de l'atmosphère et peut alimenter des phénomènes convectifs intenses. Lorsque les gouttelettes nuageuses croissent suffisamment, par coalescence ou par le processus de Bergeron-Findeisen dans les nuages mixtes contenant cristaux de glace et gouttelettes surfondues, elles deviennent trop lourdes pour rester en suspension et précipitent sous l'effet de la gravité. Les précipitations peuvent prendre diverses formes selon les conditions thermiques rencontrées durant la chute : pluie, neige, grêle ou verglas. Une fraction significative de ces précipitations tombe directement sur les océans, refermant ainsi un cycle court, tandis que le reste atteint les surfaces continentales. Sur les continents, l'eau précipitée suit plusieurs trajectoires possibles. Une partie ruisselle en surface, suivant la topographie pour alimenter les réseaux hydrographiques (ruisseaux, rivières, fleuves) qui convergent finalement vers les océans ou des bassins endoréiques. Ce ruissellement de surface dépend fortement de la nature du sol, de sa saturation préalable, de la pente et de la couverture végétale. Une autre fraction s'infiltre dans le sol par percolation, alimentant les nappes phréatiques et les aquifères souterrains; cette eau peut ensuite ressurgir sous forme de sources, contribuer à l'écoulement de base des cours d'eau, ou séjourner durablement dans des réservoirs souterrains profonds dont les temps de résidence peuvent atteindre plusieurs milliers d'années. Une partie de l'eau infiltrée reste également dans la zone racinaire du sol et peut être reprise par la végétation avant de repartir dans l'atmosphère par transpiration. Dans les régions froides ou en haute altitude, les précipitations solides s'accumulent pour former des glaciers, des calottes polaires et le pergélisol, constituant des réservoirs à très long temps de résidence (la cryosphère stocke ainsi environ 69% de l'eau douce terrestre). La fonte saisonnière ou pluriannuelle de ces masses glaciaires réinjecte de l'eau liquide dans le système, un processus dont l'ampleur et la temporalité sont aujourd'hui profondément modifiées par le réchauffement climatique. Ce cycle se caractérise par des temps de résidence extrêmement variables selon les réservoirs considérés : quelques jours seulement pour l'eau atmosphérique, des semaines à des mois pour les cours d'eau, plusieurs années pour les lacs, des centaines à des milliers d'années pour les nappes profondes et les inlandsis, contre plus de trois mille ans en moyenne pour les océans. Cette hétérogénéité temporelle explique pourquoi certains compartiments réagissent quasi instantanément aux perturbations climatiques tandis que d'autres intègrent des signaux sur des échelles de temps géologiques. Le cycle de l'eau joue par ailleurs un rôle central dans la régulation du climat terrestre, notamment via le transport de chaleur latente des basses vers les hautes latitudes, et interagit étroitement avec le cycle du carbone et les grands cycles biogéochimiques, en particulier à travers les processus d'altération des roches et la production primaire végétale. Le cycle du carbone.
L'atmosphère constitue le réservoir le plus petit en masse mais le plus dynamique, avec environ 870 gigatonnes de carbone (GtC), principalement sous forme de CO2. Ce réservoir est le carrefour central du cycle : il reçoit et cède du carbone à un rythme rapide via les échanges avec la biosphère et l'océan de surface. La concentration atmosphérique de CO2, mesurée en parties par million, résulte de l'équilibre dynamique entre les sources (respiration, combustion, décomposition, volcanisme) et les puits (photosynthèse, dissolution océanique). Sur le plan biologique, la photosynthèse constitue le principal mécanisme de fixation du carbone atmosphérique. Les organismes autotrophes (plantes terrestres, phytoplancton marin, cyanobactéries ) captent le CO2 et le réduisent en composés organiques grâce à l'énergie lumineuse, libérant de l'oxygène. Ce carbone organique est ensuite transféré le long des chaînes trophiques, une partie étant réémise sous forme de CO2 par la respiration des organismes hétérotrophes, et une autre partie stockée temporairement dans la biomasse végétale, les sols, ou la matière organique morte. La respiration autotrophe et hétérotrophe, ainsi que la décomposition microbienne de la litière et de la matière organique du sol, referment ce sous-cycle biologique à des échelles de temps allant de quelques jours à plusieurs siècles, selon la nature du réservoir (biomasse foliaire versus carbone organique stable des sols, ou tourbières). L'océan joue un rôle de régulateur majeur, contenant environ cinquante fois plus de carbone que l'atmosphère, principalement sous forme d'ions bicarbonate et carbonate dissous. Deux mécanismes principaux assurent le transfert du carbone atmosphérique vers les profondeurs océaniques. La pompe physique (ou pompe de solubilité) repose sur la dissolution du CO2 dans l'eau de surface, favorisée par les basses températures, suivie par la plongée des masses d'eau denses vers les profondeurs lors de la circulation thermohaline, notamment dans les zones de formation d'eaux profondes aux hautes latitudes. La pompe biologique, quant à elle, résulte de la fixation du carbone par le phytoplancton en surface, puis de l'export d'une fraction de cette matière organique sous forme de particules (neige marine, fèces, organismes morts) vers les couches profondes, où elle est en grande partie reminéralisée par les bactéries, mais dont une petite fraction s'accumule dans les sédiments. La chimie des carbonates dans l'océan, régie par l'équilibre entre CO2 dissous, acide carbonique, bicarbonate et carbonate, détermine également la capacité tampon de l'océan face aux apports de carbone, un phénomène actuellement mis à l'épreuve par l'acidification océanique liée aux émissions anthropiques. Le cycle géologique du carbone, beaucoup plus lent, implique la lithosphère et les processus tectoniques. Le CO2 atmosphérique est consommé par l'altération chimique des silicates continentaux, un processus qui transforme le CO2 en ions bicarbonate transportés par les rivières jusqu'à l'océan, où ils précipitent sous forme de carbonates biogènes (coquilles, tests calcaires) qui s'accumulent dans les sédiments marins. Ces sédiments, enfouis puis subduits dans le manteau au niveau des zones de convergence des plaques, libèrent à nouveau du CO2 par volcanisme et métamorphisme, bouclant ainsi le cycle sur des échelles de temps de l'ordre de centaines de milliers à millions d'années. Ce cycle géologique agit comme un thermostat de long terme, régulant le climat terrestre sur les temps géologiques via une rétroaction négative entre température, altération et concentration de CO2. Les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) représentent un réservoir de carbone organique fossile, issu de l'enfouissement incomplet de matière organique sur des dizaines à centaines de millions d'années, normalement isolé du cycle rapide. L'extraction et la combustion de ces réserves par les activités humaines depuis la révolution industrielle constituent une perturbation majeure du cycle du carbone, introduisant dans l'atmosphère, sur une échelle de temps de quelques décennies, du carbone qui avait été soustrait à la circulation active pendant des millions d'années. À cela s'ajoutent les émissions liées au changement d'usage des terres, notamment la déforestation, qui réduit le réservoir de carbone de la biomasse et des sols. Cette perturbation anthropique se répartit actuellement, selon les bilans du budget carbone mondial, entre l'atmosphère (environ 45 % des émissions restant dans l'air), l'océan (environ un quart, absorbé par dissolution physico-chimique) et la biosphère terrestre (environ un quart, via une fertilisation carbonée partielle de la productivité végétale). Cette redistribution s'accompagne de rétroactions complexes : réchauffement pouvant accélérer la décomposition de la matière organique des sols et le dégel du pergélisol (libérant du carbone et du méthane supplémentaires), modification de la solubilité du CO2 dans les océans plus chauds, et incertitudes sur la pérennité du puits de carbone terrestre actuel face aux stress hydriques et thermiques croissants. Le cycle du carbone repose sur des flux entre réservoirs qui s'organisent selon une hiérarchie de vitesses. • Le cycle rapide, ou biologique, est principalement régi par les processus antagonistes de la photosynthèse et de la respiration cellulaire. Dans la zone photique des écosystèmes terrestres et marins, les photoautotrophes exploitent l'énergie solaire pour fixer le carbone inorganique en polymères organiques complexes via le cycle de Calvin-Benson, une réaction catalysée par l'enzyme RuBisCO. Cette production primaire fonde le flux trophique de la biosphère. À la mort des organismes, ou par le biais de la respiration métabolique à tous les niveaux trophiques, ce carbone organique est oxydé pour restituer du CO2, ou du méthane dans des conditions anaérobies strictes sous l'action des archées méthanogènes. Le temps de résidence dans ce pool biologique actif est relativement court, variant de quelques jours à quelques siècles, les sols agissant comme un réservoir tampon crucial où l'humification et la décomposition microbienne dictent le bilan net d'émission ou de séquestration. ![]()
Le cycle de l'oxygène.
Un petite partie de cet oxygène atmosphérique est issue de la dissociation par le rayonnement ultraviolet du Soleil des molécules d'eau et de CO2, mais l'essentiel provient de la photosynthèse, qui est une photolyse de l'eau effectuée par les plantes et le phytoplancton, et aussi dans une très large mesure par une cyanobactérie marine (le Prochlorococcus, qui est le plus petit et le plus abondant organisme photosynthétique de la planète), à l'origine de la moitié de l'oxygène présent dant l'atmosphère actuelle de la Terre. L'oxygène est fortement réactif, il se lie rapidement à d'autres éléments (oxydation). Il est ainsi retiré en permanence à l'atmosphère par des réactions abiotiques (fixation de l'oxygène libre par diverses réactions aux roches de surface) et biotiques, comme la respiration et la décomposition qui aboutissent à la libération dans l'atmosphère de dioxyde de carbone. Si l'atmosphère parvient à maintenir un niveau de 21% d'oxygène, elle le doit seulement à l'activité photosynthétique des organismes vivants qui y injectent aussi en permanence ce gaz. Le cycle de l'azote.
Le principal réservoir d'azote est l'atmosphère, composée à 78 % d'azote gazeux (N2). Les autres réservoirs sont dans le sol, la biomasse, les sédiments au fond des lacs, des cours d'eau et des océans, ou encore, sous forme dissoute, les eaux de surface et souterraines. Les producteurs primaires, tels que les plantes et le phytoplancton, qui ordinairement font entrer les nutriments dans la chaîne trophique ne sont pas capables d'incorporer l'azote de l'atmosphère. La principale voie d'entrée de l'azote dans les écosystèmes est donc plutôt la fixation du N2 par des bactéries (bactéries nitrifiantes), telles, par exemple, les Rhizobium, qui vivent en symbiose dans les nodules racinaires des légumineuses, ou les Azobacter, qui sont des bactéries libres. Ces bactéries lient l'azote à l'oxygène pour former l'ion nitrate (NO3-), qui associé à divers anions (ions positifs), forme les nitrates proprement dits. Ces composés azotés organique peuvent alors être absorbés aisément par les plantes. Dans la suite du cycle, l'azote sera réintroduit dans l'atmosphère par d'autres bactéries ou par des champignons sous forme d'azote gazeux. Ce processus se déroule en trois étapes dans les systèmes terrestres : ammonification, nitrification et dénitrification. • L'ammonification convertit les déchets azotés d'animaux vivants ou de restes d'animaux morts en ammonium (NH4+) par certaines bactéries et champignons.Le cycle de l'azote océanique se déroule de façon très similaire par l'intermédiare aussi de bactéries. Une partie de cet azote tombe au fond de l'océan sous forme de sédiments que les mouvements géologiques finissent par faire revenir en surface, où l'azote présent peut éventuellement être réinjecté dans les écosystèmes terrestres. -
Le cycle de l'azote. - Le réservoir principal est l'atmosphère. Parce que la plupart des organismes ne peuvent utiliser directement cette forme inerte, l'entrée de l'azote dans la biosphère repose sur la fixation biologique assurée par des bactéries libres, symbiotiques ou des cyanobactéries, qui réduisent N₂ en ammonium (NH₄⁺); s'y ajoutent la fixation atmosphérique par les décharges électriques et la fixation industrielle. L'ammonium issu de la décomposition de la matière organiqu est ensuite oxydé en nitrites puis en nitrates par des bactéries nitrifiantes , formes minérales assimilables par les végétaux qui l'incorporent dans leurs acides aminés et ses protéines, le transférant ainsi le long des chaînes alimentaires. Enfin, la dénitrification, réalisée en milieu anaérobie par des bactéries reconvertit les nitrates en N2 gazeux, refermant la boucle vers l'atmosphère. Le cycle du phosphore.
Aucun gaz atmosphérique ne contient du phosphore (cet élément n'est éventuellement présent dans l'atmosphère que sous forme de poussière minérale, d'aérosols ou de cendres volcaniques). En renvanche, le phosphore se rencontre en grandes quantités dans le sol ou dissous dans les océans, ainsi que dans les organismes vivants. Mais ce sont les roches sédimentaires d'origine marine qui constituent le principal réservoir de phosphore : il y est issu des corps des organismes océaniques et de leurs excrétions. La seule forme de phosphore matière inorganique d'importance biologique est l'ion phosphate (PO4+), que les plantes absorbent et utilisent pour synthétiser des composés organique ensuite distribués dans tout le réseau trophique. Le phosphate retourne au sol ou à l'eau par la décomposition de la biomasse ou l'excrétion par les consommateurs. L'humus et les particules de sol lient alors les phosphates, les rendant de nouveau disponibles pour les producteurs primaires. Le cycle du phosphore
a ainsi tendance à être largement localisé dans les écosystèmes. Mais
le parcours du phosphore peut aussi être beaucoup plus long. Une partie
des phosphates contenus dans les roches est lessivée par les eaux souterraines
et de surface et atteint finalement les océans. Le retour du phosphate
de l'océan vers la terre et à travers le sol est ensuite extrêmement
lent : l'ion phosphate a un temps de séjour
océanique moyen compris entre 20.000
et 100.000 ans.
Le cycle du phosphore. - Son réservoir majeur est la lithosphère, où le phosphore se trouve principalement sous forme de minéraux d'apatite dans les roches magmatiques et les gisements de phosphates; l'altération chimique et mécanique de ces roches libère des ions phosphate (PO₄³⁻) dans les sols et les eaux. Ces phosphates sont assimilés par les végétaux, transitent par les réseaux trophiques, puis sont restitués au milieu par l'excrétion et la décomposition des organismes morts grâce à l'action de micro-organismes minéralisateurs. Une partie du phosphore est entraînée par ruissellement vers les océans, où il sédimente et peut être enfoui pendant des millions d'années avant de revenir à la surface par les mouvements tectoniques. Le cycle du soufre.
Présent dans l'atmosphère sous forme de dioxyde de soufre (SO2), le soufre y pénètre de trois manières : par la décomposition de molécules organiques, par l'activité volcanique et les évents géothermiques, et par la combustion de combustibles fossiles par les humains. Il se dépose ensuite sur la terre aussi de trois manières principales : • Lorsque la pluie tombe, le dioxyde de soufre atmosphérique se trouve dissous sous forme d'acide sulfureux (H2SO3).Les écosystèmes terrestres utilisent ces sulfates du sol sous forme liquide. L'ion sulfate (SO4--) est réduit par les plantes et les autres producteurs primaires qui l'incorporent à leurs protéines sous forme solide. Ensuite, les consommateurs des ces plantes l'intègrent à leurs protéines. Lors de la mort et de la décomposition de ces organismes, le soufre réduit des protéines est oxydé par les bactéries et de nouveau assimilable par les plantes, ou bien il est rejeté dans l'atmosphère sous forme de sulfure d'hydrogène (H2S). Le soufre pénètre
dans l'océan par le ruissellement de la terre, par les retombées atmosphériques
et par les évents géothermiques sous-marins.
Le cycle du soufre. - Le cycle du soufre mobilise des réservoirs lithosphériques, océaniques (ions sulfate SO₄²⁻ dissous) et atmosphériques L'oxydation des sulfures, qu'elle soit chimique ou réalisée par des bactéries chimiolithotrophes, produit des sulfates que les végétaux et les micro-organismes assimilent pour synthétiser des acides aminés soufrés; le soufre circule ensuite dans les chaînes alimentaires. À la mort des organismes, la décomposition libère du H2S, tandis qu'en milieu anaérobie, des bactéries sulfato-réductrices utilisent le sulfate comme accepteur terminal d'électrons et rejettent du sulfure d'hydrogène, lequel peut être réoxydé en soufre élémentaire puis en sulfate, bouclant ainsi le cycle. La combustion des énergies fossiles et les émissions industrielles injectent aujourd'hui d'importantes quantités de SO2 dans l'atmosphère, à l'origine des pluies acides qui altèrent les sols, les forêts et les écosystèmes aquatiques. Source des schémas : OpenStax. Le cycle du silicium.
La source primaire du silicium mobilisable par les écosystèmes est l'altération chimique des roches silicatées de la croûte continentale. Sous l'action de l'eau, du dioxyde de carbone dissous et des acides organiques produits par les sols et les racines, les minéraux silicatés tels que les feldspaths, les micas ou les argiles libèrent progressivement de l'acide silicique dissous, de formule Si(OH)4. Cette altération est lente, s'étendant sur des milliers à des centaines de milliers d'années, et elle est fortement influencée par le climat, la température, le relief, la végétation et la nature de la roche mère. Les sols constituent ainsi un réservoir transitoire majeur de silicium, où l'acide silicique est prélevé par les plantes, adsorbé sur les oxydes de fer et d'aluminium, ou entraîné par les eaux de drainage vers les rivières. Les plantes terrestres jouent un rôle essentiel dans le cycle du silicium. De nombreuses espèces, en particulier les graminées, les céréales comme le riz, le blé ou le maïs, les prêles, les palmiers et certaines forêts tropicales, absorbent activement l'acide silicique du sol par leurs racines. Le silicium est ensuite transporté dans la sève et précipité dans les tissus végétaux sous forme de phytolithes, des particules d'opale amorphe qui s'accumulent dans les parois cellulaires, les feuilles, les tiges et les enveloppes des graines. Ces phytolithes confèrent aux plantes une rigidité structurelle, une résistance aux herbivores, aux pathogènes fongiques, à la sécheresse et aux stress salins. La silice biogénique végétale représente un flux important : à l'échelle mondiale, les plantes prélèvent et restituent chaque année des quantités de silicium comparables ou supérieures à celles transportées par les rivières vers les océans. Lorsque les plantes meurent et se décomposent, les phytolithes sont libérés dans les sols où ils constituent un réservoir de silice amorphe relativement soluble, qui se redissout progressivement et réalimente la solution du sol en acide silicique, entretenant ainsi un cycle interne rapide entre la végétation et les sols, superposé au cycle lent de l'altération des roches. Les eaux continentales, ruisseaux, rivières, lacs et nappes souterraines, assurent le transfert du silicium dissous et particulaire des continents vers les océans. La concentration en acide silicique dans les rivières varie considérablement selon la lithologie du bassin versant, le climat et la couverture végétale, allant de quelques micromoles par litre dans les régions pauvres en silice à plusieurs centaines de micromoles dans les grands fleuves tropicaux drainant des sols riches en minéraux altérables. Une partie du silicium transporté par les cours d'eau est prélevée par les diatomées d'eau douce, des microalgues unicellulaires qui utilisent l'acide silicique pour construire leur frustule, une enveloppe externe de silice amorphe finement ornementée. Les diatomées sont parmi les principaux producteurs primaires des écosystèmes aquatiques, et leur développement saisonnier peut fortement réduire les concentrations de silicium dissous dans les lacs et les rivières. À leur mort, leurs frustules sédimentent et se dissolvent lentement, une fraction étant enfouie durablement dans les sédiments, une autre étant recyclée dans la colonne d'eau. Dans les océans, le silicium dissous est apporté principalement par les rivières, mais aussi par les eaux souterraines sous-marines, les sources hydrothermales, la dissolution des sédiments et la remise en suspension des particules. La concentration en acide silicique dans l'eau de mer est très variable : elle est généralement faible en surface dans les zones tempérées et polaires où les diatomées prolifèrent, et elle augmente avec la profondeur grâce à la dissolution des frustules qui sédimentent. Les diatomées marines sont les principaux organismes silicifiants de l'océan, responsables de près de la moitié de la production primaire marine et d'une grande partie de l'exportation de carbone organique vers les profondeurs, via la pompe biologique. Leur capacité à fixer le CO2 par photosynthèse et à transporter le carbone vers les sédiments profonds est directement couplée à leur besoin en silicium pour former leurs frustules. D'autres organismes marins silicifiés existent, comme les radiolaires, les silicoflagellés et certaines éponges, qui contribuent également au cycle océanique du silicium, mais dans des proportions moindres que les diatomées. La dynamique océanique du silicium est étroitement liée à la circulation thermohaline. Les eaux profondes des océans Pacifique et Indien sont plus riches en acide silicique que celles de l'Atlantique, en raison de l'âge des masses d'eau et de l'accumulation progressive de silice dissoute le long de leur parcours depuis les zones de formation d'eau profonde. Les remontées d'eaux profondes, ou upwellings, dans les zones équatoriales, les marges orientales des océans et l'océan Austral, ramènent en surface le silicium dissous accumulé en profondeur, soutenant ainsi des efflorescences massives de diatomées. L'océan Austral est particulièrement important dans le cycle global du silicium : c'est là que se déposent d'immenses quantités de sédiments siliceux, formant des ceintures de boues à diatomées et de boues à radiolaires autour de l'Antarctique. Ces sédiments biogènes siliceux constituent un puits majeur de silicium à l'échelle des temps géologiques, l'opale biogénique s'y transformant progressivement en roches siliceuses comme les diatomites, les porcelanites ou les cherts. Le cycle du silicium est ainsi un cycle biogéochimique à la fois lent, dominé par l'altération des roches et la sédimentation océanique, et rapide, entretenu par le prélèvement biologique, la formation de phytolithes et de frustules, et la dissolution de la silice amorphe. Il relie intimement la géologie, la biologie terrestre, les eaux continentales et les océans, et il est étroitement couplé aux cycles du carbone, de l'azote et du phosphore par l'intermédiaire des diatomées et des plantes terrestres. Sa perturbation par les activités humaines, longtemps négligée au profit des cycles du carbone ou de l'azote, apparaît aujourd'hui comme un facteur important de modification du fonctionnement des écosystèmes aquatiques et marins, avec des implications potentielles pour la pompe biologique du carbone océanique et la régulation du climat global. Interconnexions entre les cyclesLes cycles biogéochimiques sont étroitement couplés par des réactions chimiques, des processus biologiques, des transferts physiques et des mécanismes géologiques. Une modification du flux d'un élément peut ainsi modifier la disponibilité d'un autre, tandis que les transformations d'un composé peuvent simultanément déplacer plusieurs éléments entre différents réservoirs. Les couplages biogéochimiques constituent donc l'une des propriétés fondamentales du système Terre : ils assurent la cohérence fonctionnelle des écosystèmes, contrôlent une partie de la composition de l'atmosphère et des océans et participent à la régulation du climat sur des échelles de temps qui peuvent être très différentes.Certains couplages fonctionnent en quelques secondes ou quelques heures, comme les échanges gazeux entre végétation et atmosphère; d'autres s'étendent sur des années ou des siècles, comme l'accumulation de carbone dans les sols; d'autres encore se déroulent sur des milliers à des millions d'années, comme l'enfouissement sédimentaire, l'altération des continents, la formation des carbonates et la subduction. Ces échelles de temps différentes permettent au système Terre de présenter simultanément des fluctuations rapides et des mécanismes de régulation très lents. Une perturbation peut donc produire des effets immédiats dans certains réservoirs tout en entraînant des réponses retardées dans d'autres. Les principaux
couplages.
Carbone-oxygène-eau.
Le couplage carbone-oxygène est particulièrement important parce que l'état redox de la planète dépend en grande partie de l'équilibre entre production et consommation d'oxygène. À l'échelle géologique, l'enfouissement durable de matière organique constitue une condition essentielle à l'accumulation nette d'oxygène atmosphérique. Si toute la matière organique produite par photosynthèse était rapidement oxydée, le bilan global ne conduirait pas à une accumulation d'O2. À l'inverse, lorsque du carbone organique est soustrait au système de surface par sédimentation et enfouissement, une partie de l'oxygène produit par la photosynthèse peut rester dans l'atmosphère et l'océan. Ce mécanisme joue un rôle majeur dans l'histoire de l'oxygénation terrestre et dans la formation d'une atmosphère oxydante. Carbone-silicium.
Ce mécanisme est au coeur d'une importante rétroaction climatique à long terme. Une augmentation de la température et des précipitations peut généralement accroître l'altération chimique continentale, notamment sous les climats chauds et humides. Une altération plus intense favorise alors la consommation de CO2. Le transfert du carbone vers les océans et les sédiments contribue à réduire l'effet de serre et peut exercer une tendance au refroidissement. Inversement, un refroidissement global ou une diminution des précipitations peut ralentir l'altération et diminuer l'intensité de cette consommation de CO2. Cette rétroaction n'agit toutefois pas de manière instantanée et uniforme : elle fonctionne principalement sur des échelles de temps géologiques et dépend de nombreux paramètres, notamment la lithologie, la topographie, la végétation et la circulation océanique. Carbone-phosphore.
Le couplage carbone-phosphore devient particulièrement complexe dans les océans. Le phosphore est principalement introduit par l'altération continentale, les apports fluviaux et, dans certaines régions, les remontées d'eaux profondes. Il est ensuite incorporé à la biomasse marine, transféré vers les particules organiques ou minérales, puis reminéralisé ou enfoui dans les sédiments. Dans les zones océaniques où les nutriments remontent vers la surface, la disponibilité du phosphore peut contrôler une partie de la production primaire et donc l'absorption biologique du CO2. Les processus d'enfouissement du phosphore dans les sédiments peuvent, sur des temps géologiques, contribuer à modifier la productivité océanique et le cycle global du carbone. Carbone-azote.
La relation entre carbone et azote apparaît directement dans la composition de la matière organique. Les organismes incorporent simultanément carbone et azote dans leurs tissus, selon des rapports élémentaires variables mais néanmoins structurants. Lors de la décomposition, le carbone organique est oxydé tandis que l'azote organique est transformé en différentes formes minérales. La minéralisation de l'azote et la décomposition du carbone sont donc intimement liées. Une modification de la disponibilité de l'un de ces éléments peut modifier les flux de l'autre. Dans les sols, par exemple, la décomposition de la matière organique dépend de la qualité du substrat, de la disponibilité en azote, de l'humidité, de la température et de l'activité microbienne. Le sol fonctionne ainsi comme un réacteur biogéochimique dans lequel les cycles du carbone et de l'azote sont indissociables. Le couplage carbone-azote joue également un rôle majeur dans les changements climatiques contemporains. Les apports anthropiques d'azote réactif issus notamment de la fixation industrielle, de l'agriculture et de la combustion des combustibles fossiles peuvent stimuler certaines productions végétales et modifier les flux de carbone des écosystèmes. Mais la transformation de l'azote entraîne également des émissions de composés azotés gazeux, notamment de protoxyde d'azote, qui possède un effet de serre important. Une augmentation de la disponibilité en azote ne constitue donc pas nécessairement un mécanisme simple de séquestration du carbone : elle modifie simultanément la productivité, la décomposition, l'acidification des sols et des eaux, ainsi que les flux de gaz à effet de serre. Carbone-méthane.
Azote-oxygène.
Azote-phosphore.
Dans ces systèmes eutrophisés, le phosphore peut également être libéré secondairement à partir des sédiments lorsque les conditions deviennent anoxiques. Dans certains environnements, la réduction des composés ferriques entraîne la libération du phosphate auparavant associé aux oxydes et hydroxydes de fer. Le phosphore remis en solution peut alors stimuler une nouvelle production primaire, qui accroît encore la consommation d'oxygène lors de sa décomposition. Il se met ainsi en place une rétroaction positive susceptible de maintenir l'état eutrophe et hypoxique. Le couplage entre phosphore, fer, oxygène et carbone devient alors déterminant pour la stabilité de l'écosystème aquatique. Couplages
concernant les cycles du fer et du soufre
Le couplage entre fer et soufre est également fondamental. Dans les environnements réducteurs, les microorganismes sulfato-réducteurs utilisent le sulfate comme accepteur d'électrons et produisent du sulfure d'hydrogène. Celui-ci peut réagir avec le fer dissous pour former des sulfures de fer, notamment la pyrite. La précipitation de sulfures de fer constitue un mécanisme de transfert du soufre et du fer vers les sédiments. La formation de pyrite est en outre associée à l'enfouissement de matière organique et peut contribuer à modifier le bilan d'oxygène à l'échelle géologique. Le cycle du soufre devient ainsi directement connecté à ceux du carbone, de l'oxygène et du fer. Le soufre présente lui-même des interactions étroites avec le cycle du carbone. Dans les environnements marins anoxiques, la réduction microbienne du sulfate utilise de la matière organique comme source d'électrons et produit du sulfure. La quantité de matière organique disponible contrôle donc l'intensité de la réduction du sulfate. Inversement, les transformations du soufre modifient les conditions redox et la stabilité de différentes formes de carbone. Dans certains systèmes, la production de sulfure peut favoriser des réactions chimiques qui influencent la dégradation ou la préservation de la matière organique. Le soufre intervient également dans le fonctionnement de certains écosystèmes chimiotrophes, où l'oxydation de composés soufrés fournit l'énergie nécessaire à la fixation du carbone. Le cycle du soufre est également couplé au cycle de l'oxygène par les processus d'oxydation-réduction. L'oxydation du sulfure en sulfate consomme des oxydants tels que l'oxygène, tandis que la réduction du sulfate intervient principalement dans des milieux pauvres en oxygène. Dans les océans, les sédiments et les sols, l'existence de gradients redox entraîne une succession spatiale de processus microbiens : consommation de l'oxygène, réduction du nitrate, réduction des oxydes de manganèse et de fer, réduction du sulfate puis méthanogenèse. Cette zonation redox constitue l'une des manifestations les plus nettes de l'interdépendance des cycles biogéochimiques. Les couplages entre carbone, soufre et oxygène ont eu une importance considérable dans l'histoire de la Terre. L'enfouissement de sulfures réduits et de matière organique représente une forme de stockage d'éléments réduits. Leur oxydation ultérieure consomme de l'oxygène et peut contribuer à modifier l'état redox global. Les changements de la disponibilité en sulfate, eux-mêmes liés à l'altération des continents et à l'activité volcanique, peuvent modifier le fonctionnement des écosystèmes microbiens. À l'échelle des temps géologiques, ces interactions participent donc à l'évolution de l'atmosphère et des océans. Les niveaux d'intégration
À l'échelle la plus fondamentale, le couplage s'exprime au niveau moléculaire et cellulaire à travers la stoechiométrie biologique et les voies métaboliques. Les organismes vivants nécessitent des proportions précises et relativement constantes de différents éléments pour synthétiser leurs structures, comme en témoigne le rapport de Redfield chez le phytoplancton marin, qui lie intimement le carbone, l'azote et le phosphore. L'assimilation du carbone lors de la photosynthèse est intrinsèquement dépendante de la disponibilité en azote, nécessaire à la synthèse d'enzymes clés comme la RuBisCO, et en magnésium, qui se trouve au coeur de la molécule de chlorophylle. Parallèlement, la fixation biologique de l'azote requiert des enzymes spécifiques, les nitrogénases, qui sont riches en fer et en molybdène. Ainsi, la biochimie cellulaire impose des contraintes strictes qui lient mathématiquement et fonctionnellement les cycles de ces éléments, rendant l'acquisition de l'un souvent limitante pour l'assimilation des autres. En s'élevant à l'échelle de l'organisme entier, les couplages deviennent physiologiques et écologiques. Les plantes terrestres, par exemple, illustrent parfaitement cette intégration par leurs stratégies d'acquisition des ressources. Pour pallier la pauvreté fréquente des sols en nutriments, les racines libèrent des exsudats carbonés qui servent de monnaie d'échange pour établir des symbioses avec des champignons mycorhiziens ou des bactéries fixatrices d'azote. L'allocation du carbone par la plante vers ses racines détermine donc directement sa capacité à prélever de l'azote et du phosphore, créant une boucle de rétroaction étroite entre le cycle de l'énergie photosynthétique et celui des nutriments minéraux. L'individu agit alors comme un nœud de régulation qui ajuste ses besoins internes en fonction de la disponibilité externe de ces éléments couplés. Au niveau de l'écosystème, l'intégration des cycles implique l'ensemble des communautés biologiques et de leur environnement physico-chimique, en particulier au sein des sols et des sédiments. Le cycle du carbone y est étroitement couplé à ceux de l'azote et du phosphore par le biais de la décomposition de la matière organique. Les micro-organismes décomposeurs régulent la minéralisation en fonction de la stœchiométrie de la litière qu'ils consomment. Si la matière végétale morte est trop riche en carbone par rapport à l'azote, les microbes immobilisent les nutriments minéraux du sol pour leur propre croissance, limitant temporairement leur disponibilité pour la flore. Ces interactions trophiques et microbiennes créent un réseau d'interdépendances où la dynamique de décomposition et de production primaire est dictée par l'équilibre stoichiométrique global du milieu. L'échelle régionale ou paysagère introduit la dimension spatiale et hydrologique de ces couplages. Les bassins versants agissent comme des entonnoirs où l'eau transporte simultanément les éléments lessivés, transférant les interactions d'un milieu terrestre à un milieu aquatique. Les excès d'azote et de phosphore issus des activités humaines y sont acheminés, où leur couplage déclenche des phénomènes d'eutrophisation. La prolifération algale qui en résulte stimule le cycle du carbone local par une forte production primaire, mais la décomposition bactérienne ultérieure de cette biomasse consomme l'oxygène dissous, créant des zones hypoxiques. Dans ces environnements appauvris en oxygène, les cycles du soufre et de l'azote basculent alors vers des voies de réduction anaérobie, modifiant radicalement les émissions de gaz à effet de serre comme le méthane ou le protoxyde d'azote. De plus, les transports atmosphériques redistribuent les aérosols et les poussières riches en fer ou en phosphore sur de longues distances, couplant ainsi la productivité des océans ouverts à l'érosion de continents parfois très éloignés. La perspective du système Terre englobe quant à elle l'ensemble de ces dynamiques à l'échelle globale pour modéliser l'évolution du climat. La pompe biologique océanique, par exemple, séquestre d'immenses quantités de carbone en profondeur, un processus dont l'efficacité dépend ultimement de la disponibilité en nutriments limitants. Aujourd'hui, l'intégration globale des cycles est profondément altérée par l'anthropocène, qui a artificiellement découplé ces équilibres millénaires. L'extraction massive de combustibles fossiles et la synthèse industrielle d'azote par le procédé Haber-Bosch ont injecté des quantités inédites de carbone et d'azote réactif dans le système terrestre, saturant les capacités d'absorption naturelles. L'analyse de ces différents niveaux d'intégration démontre que la résilience de la biosphère repose sur la préservation des mécanismes de couplage qui opèrent de l'intimité de la cellule jusqu'aux grands équilibres du globe. Les lieux des
couplages.
L'eau intervient également comme régulateur des réactions biogéochimiques. La disponibilité en eau contrôle l'activité microbienne, la diffusion des gaz, la mobilité des solutés et l'accessibilité des substrats. Dans un sol sec, les processus biologiques peuvent être ralentis; après réhumidification, une forte activité microbienne peut provoquer une augmentation rapide de la respiration et de la minéralisation des nutriments. Dans les zones humides, la saturation en eau limite la diffusion de l'oxygène et favorise progressivement les processus réducteurs. Les variations hydrologiques peuvent donc provoquer des basculements rapides entre régimes métaboliques et modifier simultanément plusieurs cycles. Le couplage entre cycle hydrologique et cycle du carbone revêt une importance spéciale dans les tourbières, les zones humides et les sols saturés. Une forte saturation en eau ralentit généralement la décomposition aérobie de la matière organique et peut favoriser son accumulation. Cependant, elle favorise aussi des voies anaérobies de décomposition susceptibles de produire du méthane. Le bilan climatique d'un écosystème humide dépend donc du compromis entre stockage du carbone sous forme de matière organique, émissions de CO2 et émissions de CH4. Les modifications du régime hydrologique peuvent ainsi transformer profondément la fonction de ces écosystèmes dans le cycle global du carbone. Le couplage entre carbone et calcium est fondamental dans le système carbonaté. Le CO2 dissous dans l'eau forme un système chimique comprenant notamment l'acide carbonique, le bicarbonate et le carbonate. Ces espèces contrôlent en partie le pH des eaux et leur capacité à dissoudre ou précipiter les carbonates. Le calcium libéré par l'altération des roches peut être transporté vers les océans et participer à la formation de carbonates biogènes ou abiotiques. Les organismes marins calcifiants utilisent alors les ions calcium et carbonate pour construire leurs structures minérales. Lorsque ces organismes meurent, une partie du carbonate est exportée vers les sédiments. Le cycle du carbone est ainsi couplé aux cycles du calcium, du silicium et de l'eau. Le système carbonaté jest également impliqué dans la régulation du pH des océans. Une augmentation du CO2 atmosphérique entraîne une augmentation du CO2 dissous dans l'eau de mer et modifie les équilibres entre les différentes espèces carbonatées. Une partie du carbonate disponible est alors convertie en bicarbonate, ce qui diminue la concentration en ions carbonate et tend à réduire le pH. Cette modification affecte les organismes calcifiants et peut rétroagir sur le transfert du carbone vers les sédiments. Le couplage carbone-calcium devient ainsi un mécanisme majeur reliant changement climatique, chimie océanique et fonctionnement des écosystèmes marins. Les
sols.
Les argiles jouent notamment un rôle majeur dans ces interactions. Leur grande surface spécifique et leurs propriétés de charge leur permettent de retenir des cations et certains composés organiques. Elles participent ainsi à la rétention du potassium, de l'ammonium, du calcium et du magnésium et influencent indirectement la disponibilité des nutriments pour les organismes. Les oxydes de fer et de manganèse jouent un rôle comparable pour certains éléments, notamment le phosphore. Les minéraux du sol constituent donc des interfaces essentielles entre cycles biologiques et cycles géochimiques. Le couplage entre biosphère et géosphère apparaît également dans l'altération biologique. Les racines, les lichens, les champignons et les microorganismes produisent des acides organiques, du CO2 et différents agents complexants qui accélèrent l'altération des minéraux. Cette altération libère des éléments nutritifs tels que le phosphore, le potassium, le calcium, le magnésium et le fer. Ces éléments sont ensuite incorporés à la biomasse et peuvent retourner au sol par la litière et la décomposition. La biosphère accélère donc certains flux géochimiques, tandis que la disponibilité des éléments géologiques contrôle en retour la productivité biologique. Il s'agit d'une véritable coévolution entre processus biologiques et processus géologiques. Les
continents.
Le phytoplancton marin constitue l'équivalent océanique de ce couplage. Il absorbe du CO2 et des nutriments, notamment l'azote, le phosphore, le fer et le silicium selon les groupes biologiques. La production de biomasse transforme les éléments dissous en matière organique particulaire. Une partie de cette matière est consommée dans les réseaux trophiques, tandis qu'une autre sédimente vers les profondeurs. La "pompe biologique" océanique établit ainsi une connexion directe entre les cycles du carbone et des nutriments. Le silicium intervient particulièrement dans les diatomées, dont les frustules siliceux peuvent être exportés vers les sédiments. La dynamique du carbone océanique est donc liée à celle du silicium par l'intermédiaire de la production biologique. Le rapport entre carbone et silicium devient particulièrement intéressant lorsque l'on considère les effets de l'altération continentale sur les océans. L'altération libère simultanément du silicium dissous et des cations accompagnés de bicarbonate. Le silicium peut être utilisé par les organismes siliceux marins, puis exporté vers les sédiments. Le carbone, quant à lui, peut être transféré vers l'océan sous forme de bicarbonate. Les flux de silicium et de carbone sont donc initialement produits par des processus géochimiques communs, puis redistribués par des processus biologiques et sédimentaires distincts mais interdépendants. Les
plaques tectoniques.
Le rôle du climat.
Ces rétroactions peuvent être positives ou négatives. Une rétroaction négative tend à stabiliser le système. L'altération accrue des silicates sous un climat plus chaud et plus humide peut, par exemple, favoriser la consommation de CO2 et contribuer à compenser partiellement le réchauffement sur des temps géologiques. Une rétroaction positive, au contraire, amplifie une perturbation initiale. Le réchauffement des sols peut stimuler la décomposition de la matière organique et accroître les émissions de CO2 ou de CH4, ce qui peut renforcer l'effet de serre et favoriser un réchauffement supplémentaire. La réponse réelle du système Terre dépend de la combinaison de ces mécanismes, de leurs constantes de temps et de leurs seuils de fonctionnement. Les océans constituent un autre niveau majeur d'intégration. Ils reçoivent les produits de l'altération continentale, absorbent du CO2 atmosphérique, transportent les nutriments par les courants et les mélangent verticalement. La circulation thermohaline redistribue la chaleur, le carbone et les éléments nutritifs entre surface et profondeur. Les eaux profondes peuvent accumuler du carbone inorganique dissous et des nutriments issus de la reminéralisation de la matière organique. Lorsqu'elles remontent vers la surface, elles rapportent ces éléments dans la zone photique, où ils peuvent stimuler la production primaire. Le fonctionnement de la pompe biologique dépend donc du couplage entre circulation océanique, carbone, azote, phosphore, silicium, oxygène et fer. Les sédiments constituent enfin des interfaces essentielles entre les cycles à court terme et les cycles à long terme. Lorsqu'une particule organique ou minérale atteint le fond d'un bassin, elle peut être dégradée, dissoute, transformée ou enfouie. Les réactions successives consomment différents accepteurs d'électrons et modifient progressivement les formes chimiques du carbone, de l'azote, du soufre, du fer et du manganèse. Une fraction seulement des éléments est finalement préservée à long terme. L'enfouissement sédimentaire représente donc un mécanisme de découplage temporaire des cycles superficiels, mais il constitue également un moyen essentiel de stockage géologique du carbone, du phosphore, du soufre et d'autres éléments. Les perturbations anthropiques globalesL'activité humaine a profondément modifié le fonctionnement naturel des grands cycles biogéochimiques et a perturbé simultanément les couplages entre ces cycles. Ces perturbations, qualifiées d'anthropiques, sont devenues si importantes qu'elles définissent une nouvelle époque géologique, l'Anthropocène, tant leur empreinte est visible à l'échelle planétaire et sur des durées qui dépasseront largement celles des civilisations humaines.Perturbations
du cycle du carbone.
Perturbations
du cycle de l'azote.
Perturbations
du cycle du phosphore.
Perturbations
du cycle du soufre.
Perturbations
du cycle de l'eau.
Perturbations
du cycle du silicium.
Les limites planétaires.
Ces modifications simultanées de plusieurs cycles élémentaires ont conduit à franchir certaines limites planétaires définies par la communauté scientifique. Le cycle du phosphore et celui de l'azote sont considérés comme étant au-delà de la zone de sécurité pour la stabilité du système Terre, tandis que le cycle du carbone, par ses conséquences climatiques, est également fortement transgressé. L'empreinte humaine sur les cycles biogéochimiques est aujourd'hui si profonde qu'elle engage des changements irréversibles à l'échelle des temps géologiques : les excès de CO2 mettront des dizaines de milliers d'années à être naturellement résorbés par l'altération des roches, les dépôts sédimentaires enrichis en nutriments resteront inscrits dans les archives géologiques, et la modification de la composition chimique des océans laissera des traces fossiles durables. Comprendre l'ampleur de ces perturbations est essentiel pour envisager des trajectoires de gestion des cycles biogéochimiques qui soient compatibles avec le maintien des conditions favorables à la vie humaine et à la biodiversité. |
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