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et les cycles biogéochimiques |
| On appelle cycle
géochimique l'ensemble des transformations et des transferts d'un
élément chimique (ou d'un composé) entre les grands réservoirs abiotiques
de la planète (lithosphère, hydrosphère,
atmosphère)
sous l'effet de processus physico-chimiques (érosion, sédimentation,
volcanisme, tectonique des plaques, dissolution, précipitation). Les cycles
biogéochimiques représentent un cas particulier où le compartiment
biosphère intervient activement dans les transferts, via les processus
du vivant (photosynthèse, respiration, décomposition, fixation biologique,
etc.). Le préfixe bio- souligne que les organismes vivants sont
des acteurs majeurs (souvent les moteurs) du cyclage de l'élément. En
pratique, la distinction est une question de degré : presque tous les
grands cycles élémentaires (C, N, P, S, O, H2O)
sont à la fois géochimiques et biogéochimiques, car ils empruntent des
voies abiotiques (dissolution des roches, dégazage volcanique) et des
voies biotiques (métabolisme cellulaire).
Les cycles géochimiques et biogéochimiques constituent le cadre unificateur de la géologie, de l'écologie et des sciences du système Terre. Leur étude repose sur une analyse quantitative des réservoirs et des flux, sur la distinction des échelles de temps caractéristiques (du biologique rapide au géologique lent), et sur la reconnaissance du couplage étroit entre processus abiotiques et activité biologique. La perturbation actuelle de ces cycles par les activités humaines (en particulier ceux du carbone, de l'azote et du phosphore) en fait aujourd'hui un enjeu central des sciences de l'environnement et des politiques de durabilité Quelques notions utiles : • Réservoir : compartiment où un élément est stocké (atmosphère, océan, croûte, biomasse, sédiments).Les temps de résidence s'échelonnent sur des ordres de grandeur très différents : quelques jours pour la vapeur d'eau atmosphérique, des centaines à des milliers d'années pour le carbone océanique profond, des millions d'années pour les éléments engagés dans le cycle des roches. Cette hiérarchie temporelle structure toute l'étude des cycles biogéochimiques. Les grands cycles géochimiques (abiotiques dominants)Le cycle des roches (cycle lithologique).Le cycle des roches correspond à la transformation continue de la matière minérale entre trois grandes familles de roches : • Roches magmatiques : cristallisation d'un magma (refroidissement en profondeur → roches plutoniques; refroidissement en surface → roches volcaniques).Le moteur de ce cycle est double : l'énergie interne de la Terre (tectonique des plaques, volcanisme, qui ramène la matière en profondeur ou la fait remonter) et l'énergie solaire (moteur de l'érosion via le cycle de l'eau et l'atmosphère). Ce cycle constitue le cadre géologique dans lequel s'inscrivent tous les cycles biogéochimiques : c'est lui qui, à l'échelle des temps géologiques, contrôle les flux de sortie et d'entrée des éléments entre la surface et l'intérieur de la Terre (subduction, dégazage volcanique, altération des silicates). Le cycle de l'eau
(cycle hydrologique).
• Réservoirs principaux : océans (~97 % du volume total), calottes glaciaires et glaciers, eaux souterraines, eaux de surface (lacs, rivières), atmosphère (vapeur d'eau), biosphère.Le temps de résidence de l'eau varie énormément : environ 9 à 10 jours dans l'atmosphère, contre plusieurs milliers d'années dans les calottes polaires et les eaux souterraines profondes. L'altération
chimique et le thermostat géologique.
Les grands cycles biogéochimiquesLe cycle du carbone.Le carbone circule entre quatre réservoirs principaux : atmosphère (CO2), hydrosphère (carbone inorganique dissous et organique), biosphère (matière organique vivante et morte), et lithosphère (roches carbonatées, kérogène, combustibles fossiles). Flux biologiques rapides (échelle : jours à décennies). • Photosynthèse : fixation du CO2 atmosphérique en matière organique par les producteurs primaires (plantes, phytoplancton), via l'énergie solaire.Flux océaniques. • Pompe de solubilité : dissolution physico-chimique du CO2 dans les eaux froides et sa plongée avec la circulation thermohaline.Flux géologiques lents (échelle : 104 - 108 ans). • Sédimentation et enfouissement de carbone organique (à l'origine des combustibles fossiles) et de carbonates (calcaires).Perturbation anthropique. La combustion des énergies fossiles et la déforestation ont fait passer la concentration atmosphérique de CO2 d'environ 280 ppm (ère préindustrielle) à plus de 420 ppm aujourd'hui, en réinjectant en quelques décennies du carbone stocké sur des millions d'années. Il s'agit d'un déséquilibre majeur entre flux rapides biologiques et flux lents géologiques. Le cycle de l'azote.
• Fixation de l'azote : conversion du N2 en ammoniac (NH3/NH4+) assimilable, réalisée par des bactéries fixatrices (libres comme Azotobacter, ou symbiotiques comme Rhizobium associé aux légumineuses), et par la fixation industrielle (procédé Haber-Bosch) et la foudre.Perturbation anthropique. La fixation industrielle (engrais de synthèse) a plus que doublé le flux naturel de fixation de l'azote, provoquant eutrophisation des milieux aquatiques, émissions de N2O (puissant gaz à effet de serre) et acidification des sols. Le cycle du phosphore.
• Altération des roches phosphatées (apatite) → libération de phosphate (PO43-) dans les sols et les eaux.Le phosphore est fréquemment le facteur limitant de la production primaire dans les écosystèmes d'eau douce (loi du minimum de Liebig), ce qui explique la sensibilité de ces milieux à l'eutrophisation lors d'apports excessifs (engrais agricoles, phosphates domestiques). Le cycle du soufre.
• Sources naturelles : volcanisme (SO2, H2S), émissions biogéniques marines (diméthylsulfure, DMS, produit par le phytoplancton, impliqué dans la formation des noyaux de condensation nuageuse), altération des roches sulfurées (pyrite).Perturbation anthropique. Les émissions industrielles de SO2 (combustion de charbon et pétrole soufrés) sont à l'origine des pluies acides. Le cycle de l'oxygène.
Interconnexions entre les cyclesLes cycles biogéochimiques ne fonctionnent jamais de façon isolée. Quelques couplages majeurs :• C–O : photosynthèse et respiration lient stœchiométriquement les cycles du carbone et de l'oxygène.Cette interdépendance explique pourquoi une perturbation d'un cycle (par exemple l'excès d'azote et de phosphore d'origine agricole) a des répercussions en cascade sur les autres (prolifération algale, hypoxie, altération du cycle du carbone et du soufre dans les sédiments). Perturbations anthropiques globalesL'ère industrielle a profondément modifié l'intensité et la nature des flux biogéochimiques à l'échelle planétaire :
Le concept de limites planétaires (Rockström et al., 2009; actualisé depuis) propose des seuils de perturbation à ne pas dépasser pour ces cycles afin de maintenir la stabilité du système Terre; les cycles de l'azote et du phosphore figurent parmi les limites déjà considérées comme largement dépassées. |
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