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Le
cycle
des roches ( = cycle lithologique, cycle pétrogénétique)
est l'ensemble des transformations qui permettent aux matériaux rocheux
de passer d'un type de roche à un autre au cours
des temps géologiques. C'est un gigantesque système de recyclage, de
transformation et de différenciation de la matière terrestre, qui relie
le manteau, la croûte,
les océans, l'atmosphère
et la biosphère, et participe simultanément
à la formation des continents, à la création
et à la destruction de la lithosphère océanique,
au développement des chaînes de montagnes,
à la formation des bassins sédimentaires et aux autres grands cycles
géochimiques.
Le cycle lithologique
est alimenté par deux grandes sources d'énergie
: l'énergie interne de la Terre, principalement issue de la chaleur primordiale
et de la désintégration radioactive,
qui entretient la convection mantellique, le magmatisme et la tectonique,
et l'énergie solaire, qui alimente largement l'altération, l'érosion
et le cycle hydrologique. La pesanteur joue également un rôle fondamental
dans le déplacement des matériaux depuis les reliefs vers les bassins.
La combinaison de ces sources d'énergie permet à la matière rocheuse
de circuler entre les différents compartiments du système
Terre.
Les trois grands
types de roches.
Le cycle lithologique
explique une grande partie de la diversité des roches observées sur Terre.
Il permet de comprendre pourquoi des minéraux et des assemblages minéralogiques
peuvent apparaître dans des contextes très différents et pourquoi les
roches conservent souvent plusieurs générations d'événements géologiques.
Il permet également d'interpréter les paysages
actuels. La distinction fondamentale repose sur les trois grandes familles
de roches : les roches magmatiques, les roches sédimentaires et les roches
métamorphiques.
• Les
roches magmatiques résultent de la cristallisation d'un magma
ou d'une lave;
• Les
roches sédimentaires se forment principalement par accumulation,
consolidation et transformation de matériaux issus de l'altération et
de l'érosion de roches préexistantes, mais également par précipitation
chimique ou production biologique;
• Les
roches métamorphiques résultent de la transformation à l'état
solide d'une roche préexistante sous l'effet de variations de température,
de pression, de contrainte différentielle et de composition des fluides.
Ces trois catégories
sont reliées par des processus qui assurent continuellement la redistribution
et la transformation de la matière terrestre. À l'échelle des temps
géologiques, aucune roche n'est nécessairement définitive. Chaque roche
constitue potentiellement une étape transitoire dans l'histoire de la
matière terrestre. C'est la circulation permanente entre les états magmatique,
sédimentaire et métamorphique qui fait du cycle lithologique l'un des
concepts fondamentaux de la géologie et de la compréhension du fonctionnement
à long terme du système Terre.
Les étapes du
cycle lithologique.
Formation
des roches magmatiques.
Le point de départ
classique du cycle est le magma. Il s'agit d'un
matériau silicaté naturel à haute température, généralement constitué
d'une phase liquide silicatée, de cristaux et, selon les conditions, de
gaz dissous. Le magma se forme principalement dans le manteau supérieur,
dans la croûte continentale ou plus rarement dans d'autres domaines de
la lithosphère, lorsque les conditions de
pression, de température et de composition permettent une fusion partielle.
La fusion partielle est fondamentale : dans la plupart des situations géologiques,
une roche ne fond pas entièrement, mais seulement en partie. Les minéraux
ou constituants dont les températures de fusion sont les plus faibles
contribuent préférentiellement au liquide produit. Le magma possède
donc souvent une composition différente de celle de la roche source. Cette
différenciation initiale joue un rôle majeur dans l'évolution chimique
de la croûte terrestre.
Les magmas peuvent
être produits par plusieurs mécanismes. Dans les dorsales
océaniques, la remontée du manteau entraîne une diminution de la
pression lithostatique sans refroidissement suffisamment rapide pour empêcher
la fusion : il s'agit de la fusion par décompression. Dans les zones de
subduction, l'enfoncement d'une plaque océanique hydrate le manteau sus-jacent;
l'apport de fluides abaisse la température de fusion des péridotites
et favorise la production de magmas. Dans les régions continentales soumises
à un épaississement crustal ou à une anomalie thermique, la fusion partielle
de roches crustales peut également produire des magmas, notamment de composition
felsique.
Lorsque le magma
refroidit et cristallise, il donne naissance à une roche magmatique. La
vitesse et les conditions de refroidissement déterminent en grande partie
la texture de la roche. Lorsque la cristallisation
intervient en profondeur, le refroidissement est relativement lent et permet
la croissance de cristaux visibles : on obtient une roche plutonique ou
intrusive, comme le granite, le gabbro
ou la diorite. Lorsque le magma atteint
la surface et est émis sous forme de lave, le refroidissement devient
beaucoup plus rapide et conduit généralement à la formation de roches
volcaniques ou extrusives, comme le basalte,
l'andésite ou la rhyolite.
Dans certains cas, le refroidissement est extrêmement rapide et ne permet
pas la cristallisation complète, donnant naissance à des matériaux volcaniques
vitreux comme l'obsidienne.
Un magma peut subir
une différenciation avant sa solidification complète. La cristallisation
fractionnée conduit à la séparation progressive de certains minéraux
du liquide résiduel. Les premiers cristaux formés peuvent être séparés
du magma par gravité, convection, filtration ou accumulation sur les parois
d'une chambre magmatique. Le liquide restant évolue alors vers une composition
différente. D'autres processus interviennent également, notamment l'assimilation
de roches encaissantes et le mélange de magmas de compositions différentes.
Ainsi, une même source mantellique peut contribuer indirectement à la
formation d'un large éventail de roches magmatiques.
Altération
et érosion.
Une fois exposées
à la surface ou proches de celle-ci, les roches magmatiques deviennent
soumises aux processus d'altération.
L'altération correspond à l'ensemble des transformations physiques et
chimiques qui affectent les minéraux sous l'action de l'eau, de l'atmosphère,
des variations de température, des organismes
vivants et des solutions circulant dans les pores et les fractures.
L'altération physique fragmente les roches sans nécessairement modifier
leur composition minéralogique. Les variations thermiques, la gélifraction,
la décompression, l'action des racines et certains processus liés Ã
la cristallisation de sels contribuent à cette fragmentation.
L'altération chimique
modifie au contraire la composition des minéraux. L'eau
joue ici un rôle central, particulièrement lorsqu'elle contient du dioxyde
de carbone ou des acides organiques. Les feldspaths
peuvent être transformés en minéraux argileux, les minéraux ferromagnésiens
peuvent subir une oxydation et produire des oxydes
ou des hydroxydes de fer,
tandis que certains minéraux sont dissous et leurs éléments transportés
sous forme ionique. L'altération chimique constitue donc un mécanisme
essentiel de transformation de la matière rocheuse en matériaux meubles
et en solutés.
L'altération produit
deux grandes catégories de matériaux susceptibles d'alimenter le cycle
sédimentaire : des particules solides et des substances dissoutes. Les
particules comprennent notamment des fragments de quartz,
de feldspaths, de minéraux argileux et de débris lithiques. Les substances
dissoutes comprennent différents ions provenant de la dissolution ou de
la transformation des minéraux. Tous ces produits peuvent être mobilisés
par l'érosion et entrer dans les réseaux de transport continentaux.
L'érosion
correspond à la mobilisation et l'enlèvement des matériaux altérés.
Elle est assurée principalement par l'eau courante, les glaciers,
le vent, les mouvements gravitaires et, indirectement,
par les organismes vivants. Les cours d'eau constituent l'un des principaux
agents de transfert des matériaux continentaux vers les bassins
sédimentaires. Les glaciers transportent des volumes considérables
de débris rocheux, tandis que le vent peut déplacer de très fines particules
sur des milliers de kilomètres. Les mouvements gravitaires (éboulements,
glissements de terrain et coulées de débris) assurent des transferts
rapides entre les reliefs et les zones basses.
Formation
des roches sédimentaires.
Le transport sédimentaire
entraîne une sélection progressive des particules. Les matériaux les
plus grossiers nécessitent une énergie importante pour être transportés,
tandis que les particules fines peuvent rester longtemps en suspension.
Le transport peut également provoquer l'abrasion et l'arrondissement des
grains. Les caractéristiques finales des sédiments
dépendent donc à la fois de la roche source, du climat,
de la distance parcourue, de la nature de l'agent de transport et des conditions
hydrodynamiques ou glaciaires.
Lorsque l'énergie
du milieu diminue, les matériaux se déposent. Cette sédimentation
se produit dans les plaines alluviales, les lacs, les deltas, les environnements
littoraux, les plateaux continentaux et les grands bassins océaniques.
Les particules peuvent également se déposer directement dans certains
environnements désertiques ou glaciaires. Les matériaux dissous peuvent,
quant à eux, précipiter chimiquement lorsque les conditions physico-chimiques
changent. La matière organique produite par les organismes constitue une
autre source importante de sédiments.
L'accumulation progressive
des sédiments conduit à leur enfouissement. Les couches successives exercent
une pression croissante sur les niveaux inférieurs et provoquent leur
compaction. La réduction de la porosité est particulièrement importante
dans les sédiments argileux et détritiques. Parallèlement, des réactions
chimiques interviennent entre les grains, les eaux interstitielles et les
nouveaux minéraux. La cimentation peut précipiter des carbonates,
de la silice ou des oxydes dans les pores. L'ensemble
de ces processus constitue la diagenèse.
La diagenèse
transforme progressivement les sédiments meubles en roches sédimentaires.
Elle comprend la compaction, la cimentation, la dissolution, la recristallisation,
les réactions minérales et différentes transformations de la matière
organique. Les grès résultent principalement de la lithification de sables;
les conglomérats et brèches proviennent de matériaux
grossiers; les argilites et schistes sédimentaires résultent de la consolidation
de sédiments fins. Les calcaires peuvent avoir une origine détritique,
chimique ou biologique, tandis que les évaporites résultent de la précipitation
de sels lors de l'évaporation de solutions concentrées.
Les roches sédimentaires
occupent une place particulière dans le cycle lithologique parce qu'elles
enregistrent de nombreuses informations sur les environnements de surface.
Les structures sédimentaires, les fossiles,
la composition minéralogique, les isotopes et les caractéristiques granulométriques
permettent de reconstituer les paléoenvironnements, les paléoclimats
et les variations du niveau marin. Leur formation dépend fortement des
conditions climatiques, hydrologiques et biologiques qui règnent à la
surface de la Terre.
Métamorphisme.
Une roche sédimentaire
ou magmatique peut ensuite être enfouie sous des épaisseurs croissantes
de matériaux. L'augmentation de la pression et de la température entraîne
progressivement sa transformation. Lorsque cette transformation intervient
sans fusion complète, elle relève du métamorphisme.
Celui-ci correspond à l'ensemble des modifications minéralogiques, texturales
et structurales qu'une roche subit à l'état solide lorsque les conditions
physiques et chimiques deviennent différentes de celles qui ont présidé
à sa formation.
Le métamorphisme
peut être provoqué par plusieurs contextes géodynamiques. Le métamorphisme
régional accompagne généralement l'enfouissement et la déformation
de grandes portions de la croûte, notamment dans les chaînes de montagnes.
Le métamorphisme de contact se développe autour des intrusions magmatiques
et résulte principalement de l'élévation locale de la température.
Le métamorphisme dynamique intervient dans les zones de failles et de
cisaillement où les contraintes mécaniques sont particulièrement fortes.
D'autres formes de métamorphisme sont associées à la circulation de
fluides chauds, aux zones de subduction ou à l'impact de grands corps
extraterrestres (météorites).
Les transformations
métamorphiques peuvent modifier profondément la minéralogie d'une roche.
Les minéraux deviennent instables lorsque les conditions de pression et
de température changent et sont remplacés par de nouvelles associations
minérales. Les réactions métamorphiques se produisent généralement
en présence d'une phase fluide, notamment de l'eau ou du dioxyde de carbone.
Les minéraux nouvellement formés sont donc des indicateurs des conditions
physico-chimiques auxquelles la roche a été soumise.
La texture de la
roche peut également être profondément modifiée. La recristallisation
produit des cristaux nouveaux ou plus grands, tandis que les contraintes
différentielles peuvent orienter les minéraux selon des directions préférentielles.
Cette organisation donne naissance à des structures comme la schistosité
et le rubanement gneissique. Une roche argileuse peut ainsi évoluer vers
une ardoise, puis un schiste et finalement un gneiss lorsque le degré
de métamorphisme augmente. Un calcaire peut
devenir un marbre, tandis qu'un grès riche en quartz peut évoluer vers
une quartzite.
Le métamorphisme
constitue donc une voie essentielle de recyclage des roches sans passage
nécessaire par l'état liquide. Une roche peut changer radicalement de
composition minéralogique et de structure tout en demeurant globalement
solide. Cette caractéristique distingue le métamorphisme de la fusion
et explique pourquoi les roches métamorphiques peuvent conserver certains
éléments de leur histoire antérieure tout en enregistrant les conditions
auxquelles elles ont été soumises pendant leur transformation.
Fusion
et retour au magma.
Lorsque l'enfouissement
se poursuit et que les températures deviennent suffisamment élevées,
la roche peut finalement atteindre son domaine de fusion. Une fusion partielle
produit un liquide dont la composition peut être très différente de
celle de la roche initiale. Le magma ainsi généré peut migrer vers des
niveaux moins profonds en raison de sa densité généralement inférieure
à celle des roches environnantes. Il peut s'accumuler dans des réservoirs
magmatiques, s'injecter dans des fractures ou atteindre la surface par
l'intermédiaire de conduits volcaniques.
La fusion représente
ainsi l'une des principales connexions entre le domaine métamorphique
et le domaine magmatique. Une roche métamorphique peut fondre et produire
un magma qui, après refroidissement, donnera une nouvelle roche magmatique.
Le cycle peut alors recommencer. Toutefois, la fusion n'est pas obligatoire
: une roche profondément enfouie peut rester dans le domaine métamorphique
pendant des millions d'années avant d'être finalement exhumée.
L'exhumation.
L'exhumation constitue
précisément un autre mécanisme majeur du cycle lithologique. Les roches
formées ou transformées en profondeur peuvent revenir vers la surface
sous l'effet de plusieurs processus. L'érosion des terrains sus-jacents
réduit progressivement la charge lithostatique. Les mouvements tectoniques
peuvent également soulever des blocs rocheux, notamment dans les chaînes
de montagnes. Les failles normales, les chevauchements, les systèmes de
dômes et les mécanismes d'écoulement ductile de la croûte peuvent participer
à l'exhumation. Dans les zones de subduction, certaines roches peuvent
être entraînées à grande profondeur puis remonter rapidement, parfois
en conservant des minéraux caractéristiques de très hautes pressions.
Aspects divers
du cycle des roches.
Cycle
lithologique et cycle tectonique.
La tectonique
des plaques constitue le principal moteur permettant de déplacer les
matériaux entre les différents domaines du cycle. Les dorsales produisent
de la nouvelle lithosphère océanique; les
zones de subduction recyclent une partie de cette lithosphère dans le
manteau;
les collisions continentales épaississent la croûte
et favorisent le métamorphisme; les processus d'érosion et d'exhumation
ramènent ensuite à la surface des matériaux provenant de niveaux profonds.
La subduction
représente l'un des mécanismes les plus efficaces de recyclage lithologique.
Une plaque océanique vieillissante porte des sédiments, des basaltes
et des roches transformées par l'hydrothermalisme. Lorsqu'elle plonge
dans le manteau, ces matériaux sont soumis à une augmentation de la pression
et de la température. Les roches subissent des transformations métamorphiques
et libèrent progressivement des fluides. Une partie de leur matière est
incorporée au manteau, tandis qu'une autre peut participer à la genèse
de magmas dans le coin mantellique situé au-dessus de la plaque plongeante.
Une fraction des matériaux peut donc revenir vers la surface sous forme
de roches magmatiques.
La collision de deux
plaques continentales entraîne un épaississement crustal, un enfouissement
important des roches, leur métamorphisme et parfois leur fusion partielle.
Parallèlement, l'élévation topographique intensifie l'érosion. Les
matériaux issus de l'érosion sont transportés vers les bassins adjacents
où ils forment de nouvelles roches sédimentaires. Une chaîne de montagnes
peut ainsi simultanément produire des roches métamorphiques en profondeur,
des magmas dans ses parties les plus chaudes et des sédiments à sa surface.
Les bassin sédimentaires
peuvent accumuler plusieurs kilomètres de sédiments au cours de millions
ou de dizaines de millions d'années. L'enfouissement progressif transforme
ces sédiments par diagenèse, puis éventuellement par métamorphisme
lorsque la profondeur augmente. Dans certaines régions, les bassins sont
ensuite déformés et incorporés à des chaînes de montagnes. Des roches
sédimentaires peuvent alors devenir des roches métamorphiques et être
finalement exhumées.
Cycle
lithologique et différenciation chimique.
La fusion partielle,
la cristallisation fractionnée, l'altération, la sédimentation et le
métamorphisme provoquent des redistributions importantes des éléments
chimiques. Certains éléments sont préférentiellement concentrés dans
les magmas, d'autres dans les minéraux résiduels, d'autres encore dans
les sédiments ou les fluides. À long terme, ces processus ont contribué
à différencier chimiquement le manteau, la croûte continentale, la croûte
océanique et les enveloppes superficielles. Au cours du cycle lithologique
les éléments sont donc continuellement redistribués entre différents
réservoirs. Les éléments chimiques
ne circulent cependant pas tous de la même manière entre les différents
réservoirs. Le silicium, l'aluminium,
le fer, le magnésium, le calcium,
le sodium, le potassium,
le carbone et de nombreux éléments traces sont
redistribués au cours de l'altération, du transport, de la sédimentation,
du métamorphisme et du magmatisme.
Les
temps caractéristiques.
Certaines transformations
se produisent en quelques années ou quelques siècles, comme l'altération
de certains minéraux ou le transport des sédiments, tandis que d'autres
nécessitent des millions à des centaines de millions d'années. La cristallisation
d'un magma peut être relativement rapide à l'échelle géologique, alors
que son exhumation après métamorphisme profond peut prendre plusieurs
dizaines de millions d'années. Il n'existe cependant pas de durée caractéristique
unique pour le cycle complet d'une roche.
Certaines roches
sont rapidement érodées après leur formation, tandis que d'autres restent
enfouies dans la croûte pendant des milliards d'années. Certaines portions
de la croûte continentale sont extrêmement anciennes et ont échappé
à un recyclage complet. À l'inverse, la lithosphère océanique est généralement
beaucoup plus jeune parce qu'elle est continuellement créée aux dorsales
puis détruite dans les zones de subduction. Cette différence illustre
le caractère incomplet et asymétrique du recyclage terrestre.
Un
cycle plus ou moins fermé.
Le terme de cycle
peut donner l'impression que toute matière rocheuse revient nécessairement
à son état initial. Ce n'est pas le cas. Une partie de la matière continentale
peut être profondément recyclée dans le manteau. Une autre peut être
incorporée durablement dans la croûte continentale. Certains matériaux
peuvent être stockés très longtemps dans les sédiments ou dans des
réservoirs crustaux. La Terre conserve également une partie de sa matière
rocheuse très ancienne. Certains terrains continentaux ont plusieurs milliards
d'années et ont échappé à un recyclage complet. Le cycle lithologique
est donc un cycle ouvert à certaines échelles et fermé approximativement
à d'autres, avec des échanges permanents entre différents réservoirs,
selon des rythmes et des chemins très divers.
Le
rôle du climat et de la biosphère
Les processus superficiels
du cycle lithologique dépendent fortement du climat.
La température, les précipitations, la couverture végétale et la circulation
de l'eau influencent les taux d'altération et d'érosion. Dans un climat
chaud et humide, l'altération chimique peut être particulièrement intense,
tandis que dans les régions froides ou arides, certains mécanismes physiques
peuvent dominer. À long terme, les interactions entre tectonique et climat
peuvent modifier les flux sédimentaires et les taux d'altération, créant
des rétroactions entre l'intérieur et la surface de la planète.
La biosphère
participe elle aussi au cycle. Les racines
des végétaux favorisent la fragmentation et l'altération des roches.
Les organismes produisent des matériaux squelettiques et coquilliers qui
peuvent s'accumuler dans les sédiments. Les microorganismes interviennent
dans de nombreuses réactions géochimiques. La production biologique de
carbonates constitue notamment une source importante de sédiments dans
certains environnements marins.
Les cycles lithologiques
dans le Système solaire.
Sur Terre, l'existence
simultanée d'une tectonique des plaques active, d'une atmosphère, d'une
hydrosphère et d'une biosphère particulièrement développées permet
un cycle des roches extrêmement diversifié. Les autres corps telluriques
du Système solaire présentent également des processus de transformation
lithologique. Les roches se forment, se détruisent et se transforment
aussi, mais avec des modalités différentes.
La
Lune.
Sur la Lune,
le cycle est dominé par les impacts météoritiques depuis environ 4,5
milliards d'années. Les bassins géants comme celui d'Aitken ont excavé
le manteau et fondu la croûte, produisant des mers basaltiques. Ensuite,
le régolithe s'est formé par broyage mécanique
continu des impacts, avec des processus de fusion par choc produisant des
brèches et des verres d'impact. Le vent solaire et les rayons cosmiques
altèrent chimiquement la surface en implantant des ions d'hydrogène et
d'hélium-3, tandis que les éjectas redistribuent les matériaux sur de
vastes distances, mélangeant croûte anorthositique et basaltes. Il n'y
a ni érosion fluviale ni subduction, donc les roches restent en surface
jusqu'à être recouvertes ou pulvérisées par de nouveaux impacts.
Mercure.
Mercure
présente un cycle encore plus simplifié. Sa surface très ancienne est
saturée de cratères, avec de vastes plaines lisses volcaniques ou possiblement
formées par épanchements d'impact. Le régolithe y est extrêmement mature,
assombri par les dépôts carbonés des comètes et par la réduction du
fer dans les silicates sous l'effet du vent solaire intense et des micrométéorites.
Les plaines lisses pourraient provenir d'un volcanisme explosif ancien
avec des pyroclastes riches en soufre et en carbone, indiquant un dégazage
important du manteau. Il n'y a pas de tectonique des plaques, mais des
failles de contraction globales, les escarpements lobés, qui chevauchent
et soulèvent des portions de croûte, fracturant le régolithe. Les variations
thermiques extrêmes entre le jour et la nuit provoquent une fatigue mécanique
des roches, contribuant à la désagrégation superficielle.
Vénus.
Vénus,
bien que comparable à la Terre par sa taille, possède un cycle lithologique
probablement lié à un régime tectonique de type "couvercle stagnant"
avec des épisodes de resurfaçage catastrophique. La surface est principalement
basaltique, formée par un volcanisme encore actif, avec des plaines, des
volcans boucliers, des coronae et des dômes pancake. L'atmosphère dense
de CO2 à 92 bars et 460 °C provoque une altération
chimique lente des basaltes, mais sans eau liquide, les réactions sont
limitées; on soupçonne néanmoins des interactions entre les gaz atmosphériques
(SO2, CO2, COS) et les minéraux
de surface, avec des sulfates et des oxydes de fer possibles. Le vent superficiel,
bien que lent, est très dense et peut transporter des sédiments fins,
formant des dunes et des traînées claires ou sombres. La croûte semble
périodiquement recyclée par des événements de subduction épisodique
ou de délamination, peut-être tous les quelques centaines de millions
d'années, effaçant une grande partie des cratères et redistribuant les
roches dans le manteau.
Mars.
Mars
montre un cycle lithologique intermédiaire entre la Lune et la Terre,
avec des phases précoces humides et une phase actuelle froide et sèche.
Au Noachien, la croûte a été formée par un volcanisme intense et altérée
par de l'eau liquide, produisant des argiles, des sulfates et des carbonates.
Les impacts ont excavé et mélangé ces matériaux, créant de vastes
brèches et des dépôts hydrothermaux autour des cratères. À l'Hespérien,
le volcanisme effusif a recouvert une grande partie des terrains altérés,
formant les plaines de lave ridées et les grands volcans boucliers de
Tharsis et d'Elysium. L'eau est devenue plus acide et saline, précipitant
des sulfates dans des lacs et des playas. Actuellement, l'érosion est
dominée par le vent : les tempêtes de poussière soulèvent des particules
basaltiques, creusent des yardangs, déposent
des dunes géantes et des couches mantelliques riches en glace aux moyennes
latitudes. La glace d'eau et le CO2 gelé saisonnier
provoquent une cryoclastie, fracturant les roches et formant des polygones
thermiques. Le pergélisol contient de la glace massive, et des processus
de sublimation créent des terrains chaotiques et des ravines. Les impacts
continuent de brasser le régolithe, tandis que la poussière oxydée donne
à la surface sa couleur rouille.
Les
satellites galiléens.
Les satellites
galiléens présentent des cycles lithologiques très variés.
• Io
est le corps le plus volcaniquement actif, avec un recyclage permanent
de la croûte silicatée et soufrée. Les éruptions de lave basaltique
ou ultramafique recouvrent de vastes zones, tandis que les panaches de
soufre et de dioxyde de soufre retombent sous forme de neige ou de givre
coloré. La croûte est constamment enfouie et remplacée, avec des montagnes
formées par des blocs de croûte soulevés et basculés par la compression
due à l'enfouissement rapide. Le rayonnement intense de Jupiter et le
plasma du tore d'Io altèrent les dépôts soufrés, provoquant des réactions
photochimiques et un dégazage continu.
• Europe
possède une croûte de glace fracturée qui repose probablement sur un
océan d'eau liquide. Les cycles y sont dominés par la tectonique de glace
: des blocs de banquise dérivent, se séparent et se referment, créant
des chaos, des crêtes de compression et des bandes d'extension où de
la glace nouvelle ou de l'eau salée remonte. Les sels exsolvés forment
des dépôts rougeâtres le long des fractures, probablement des sulfates
hydratés ou du chlorure de sodium irradié. La sublimation de la glace
en surface et la recondensation aux pôles créent un cycle volatile lent.
• Ganymède
montre une croûte de glace ancienne et cratérisée mélangée à des
terrains plus jeunes parcourus de sillons tectoniques brillants, indiquant
un épisode d'extension crustale globale peut-être lié à des changements
de phase de glace et à un océan interne. Les impacts y exposent de la
glace propre qui assombrit avec le temps sous irradiation, un cycle de
maturation optique.
• Callisto,
presque totalement cratérisée, subit une lente dégradation de sa glace
par sublimation, laissant des résidus sombres riches en matériaux rocheux
et carbonés qui s'accumulent au fond des cratères, tandis que les impacts
plus récents percent ce manteau sombre.
Titan.
Titan,
satellite de Saturne, possède un cycle lithologique
singulier basé sur des matériaux organiques et de la glace d'eau à très
basse température. Le méthane liquide joue
le rôle de l'eau terrestre : il pleut, ruisselle, creuse des vallées,
transporte des sédiments et alimente des lacs et mers aux pôles. Les
sédiments ne sont pas des silicates mais des grains de glace d'eau, de
tholins organiques, de benzène et peut-être d'acétylène. Des dunes
équatoriales géantes sont formées de sables organiques sombres, déplacés
par des vents d'ouest en est. La croûte de glace est tectoniquement déformée,
avec des montagnes, des failles et peut-être du cryovolcanisme
éruptant un mélange d'eau, d'ammoniac et de méthane qui gèle rapidement
en surface. Les impacts fondent localement la glace, créant des cratères
qui sont rapidement comblés par les sables et modifiés par l'érosion
fluviale. Le cycle est donc essentiellement exogène, avec une altération
chimique atmosphérique produisant des aérosols qui retombent et sont
ensuite remaniés par le vent et les liquides.
Encelade.
Encelade,
petite lune de Saturne, illustre un cycle cryovolcanique actif : des geysers
au pôle sud éjectent des panaches de vapeur d'eau, de glace, de sels
et de composés organiques provenant d'un océan interne. Ces matériaux
retombent en grande partie sous forme de neige très fine, recouvrant la
surface d'un manteau brillant et poreux, effaçant les cratères dans certaines
régions. La chaleur de marée maintient l'océan liquide et provoque des
fractures nommées rayures de tigre qui s'ouvrent et se referment, permettant
des épanchements de glace fraîche. Une partie des grains s'échappe et
alimente l'anneau E de Saturne.
Triton.
Triton,
satellite de Neptune, possède une surface de
glaces d'azote, de méthane et de monoxyde de carbone, avec des geysers
d'azote sublimé par le faible rayonnement solaire, projetant des panaches
sombres de poussières organiques qui retombent en stries orientées par
les vents ténus. La glace d'azote migre saisonnièrement d'un hémisphère
à l'autre, formant des calottes polaires brillantes, tandis que la glace
de méthane est transformée par le rayonnement ultraviolet en résidus
organiques rougeâtres qui s'accumulent dans les zones équatoriales, un
cycle de sublimation et de photolyse
continu.
Les
astéroïdes et les comètes.
Les astéroïdes
et les comètes montrent des cycles encore plus
restreints. Sur les astéroïdes rocheux comme Vesta
ou Éros, le régolithe est produit par impacts,
avec tri granulométrique par vibrations sismiques et migration des poussières
fines vers les zones de faible potentiel gravitationnel. Vesta possède
des éjectas basaltiques et des brèches, avec des affleurements de pyroxènes
mis à nu par des impacts, mais pas d'érosion atmosphérique ni de recyclage
interne significatif. Les comètes actives comme 67P/Tchourioumov-Guérassimenko
subissent un cycle saisonnier intense : Ã l'approche du Soleil, les glaces
d'eau, de CO2 et de CO subliment, entraînant des
poussières silicatées et organiques. La surface s'effondre par endroits,
formant des puits et des falaises, tandis que les poussières retombent
ou s'échappent dans la coma. La croûte superficielle devient de plus
en plus riche en matière organique réfractaire et en silicates anhydres,
formant une couche d'inertie thermique qui ralentit la sublimation sous-jacente.
Les jets de gaz érodent les parois des falaises, sculptent des structures
en forme de vagues et déposent des particules dans les régions basses,
produisant un paysage en perpétuelle transformation saisonnière.
Les
corps de la périphérie du Système solaire.
Pluton
et les objets de la ceinture de Kuiper
présentent des cycles de glaces volatiles remarquables. Sur Pluton, la
plaine Spoutnik est une calotte convectante de glace d'azote, de méthane
et de monoxyde de carbone qui se renouvelle par convection lente, effaçant
les cratères et créant un cycle endogène de surface. Les montagnes d'eau
glacée flottent et se fragmentent dans cette mer de glaces volatiles,
formant des blocs chaotiques. Le méthane condense préférentiellement
sur les hauts sommets, formant un givre brillant, tandis que l'azote migre
vers les dépressions. La sublimation diurne et la condensation nocturne
créent des brouillards, des vents de vallée et des dépôts de givre
saisonniers. Les tholins, produits par irradiation
du méthane et de l'azote, se déposent en manteaux rougeâtres dans les
régions équatoriales, puis sont enfouis ou érodés. Le cycle est ainsi
dominé par la sublimation, la condensation, le transport éolien de vapeurs
et la sédimentation de particules organiques photochimiques, avec une
tectonique de glaces lente liée à la chaleur interne résiduelle et aux
changements de phase. |
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