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Les silicates |
| Les
silicates
constituent la famille de minéraux la plus
abondante et la plus diversifiée de l'écorce terrestre. Leur omniprésence
découle directement de l'abondance cosmique et terrestre des deux éléments
qui en forment le coeur : l'oxygène, l'élément
le plus abondant de la croûte, et le silicium,
le deuxième. Ces deux atomes se lient par une liaison chimique très forte,
à la fois covalente et ionique, pour former la brique fondamentale de
tout silicate : le groupe silicate, ou tétraèdre [SiO4]4-.
Au centre de ce tétraèdre parfait se trouve un petit cation silicium (Si4+), entouré de quatre grands anions oxygène (O2-) disposés aux quatre sommets. Cette géométrie résulte de l'hybridation des orbitales atomiques du silicium, de type sp3, qui dirige les liaisons vers les coins d'un tétraèdre pour minimiser la répulsion entre les atomes d'oxygène. Chaque liaison silicium-oxygène est extrêmement robuste, ce qui confère aux silicates leur grande stabilité chimique et thermique. Cependant, chaque oxygène dans un tétraèdre isolé porte une charge négative formelle, car il ne partage qu'un électron avec le silicium. La formule du groupe isolé est donc [SiO4]4-. Pour atteindre la neutralité électrique, cette charge doit être compensée par des cations métalliques, et c'est ce mécanisme de compensation qui est au cœur de la gigantesque diversité structurale et chimique des silicates. La chimie des silicatesLa polymérisation.La chimie des silicates est avant tout une chimie de polymérisation. Les tétraèdres [SiO4]4-, loin de rester isolés, peuvent partager un, deux, trois ou même leurs quatre atomes d'oxygène avec des tétraèdres voisins. Ce processus de condensation, formellement une polymérisation inorganique, réduit la charge négative globale tout en créant une architecture infinie de ponts Si-O-Si. C'est le degré de polymérisation qui dicte la classification fondamentale des silicates. Lorsque les tétraèdres sont isolés les uns des autres, sans aucun partage d'oxygène, on parle de nésosilicates (ou orthosilicates). L'olivine, composant majeur du manteau supérieur, en est l'exemple type, avec sa formule (Mg,Fe)2SiO4 où les tétraèdres isolés sont liés entre eux par des ponts cationiques de magnésium et de fer ferreux. La charge -4 de chaque tétraèdre est exactement neutralisée par deux cations divalents. La structure est dense, les liaisons sont fortes dans toutes les directions, ce qui explique la dureté et l'absence de clivage net de ces minéraux. Si deux tétraèdres partagent un sommet, ils forment un groupe disilicate [Si2O7]6-, caractéristique des sorosilicates. Cette configuration, bien que moins commune, se retrouve dans des minéraux comme l'épidote. Le partage d'un oxygène crée un pont rigide, et le groupe possède une charge négative moins élevée. Lorsque la condensation se poursuit pour former des anneaux de trois, quatre ou six tétraèdres, on entre dans le domaine des cyclosilicates. Le béryl et la tourmaline sont des exemples fameux, leurs anneaux [Si6O18]12- s'empilant pour former des canaux centraux qui peuvent accueillir de l'eau ou de gros ions comme le césium. Une avancée majeure dans la complexité structurale survient avec la formation de chaînes infinies par le partage de deux oxygènes par tétraèdre. C'est le domaine des inosilicates. Il en existe deux grandes familles : les chaînes simples, ou pyroxènes, de formule générale [SiO3]2-, et les chaînes doubles, ou amphiboles, de formule [Si4O11]6-. Dans un pyroxène comme l'enstatite (MgSiO3), la chaîne est une succession linéaire de tétraèdres liés par deux de leurs sommets. Ces chaînes robustes sont ensuite empilées et cimentées latéralement par des cations. La structure est anisotrope : très résistante le long des chaînes, mais plus fragile perpendiculairement, ce qui donne un clivage caractéristique à environ 90 degrés. Les amphiboles, comme la hornblende, sont construites à partir d'un ruban plus large où deux chaînes simples sont accolées côte à côte, partageant un oxygène sur deux avec la chaîne voisine. Ce ruban plus large, de formule [Si4O11]6-, modifie les propriétés mécaniques et donne des clivages à environ 120 degrés. La chimie des amphiboles est remarquablement complexe car la structure en ruban crée des cages de tailles variées pouvant accueillir une large gamme de cations, y compris des ions hydroxyles (OH-), ce qui fait des amphiboles des silicates hydratés, contrairement aux pyroxènes qui sont généralement anhydres. Lorsque trois des quatre oxygènes de chaque tétraèdre sont partagés avec des voisins, une feuille infinie à deux dimensions se forme. Ce sont les phyllosilicates, dont la formule idéale est [Si2O5]2-. La structure en feuillets explique parfaitement la morphologie et les propriétés de minéraux comme les micas, les argiles, le talc ou la chlorite. Chaque feuillet est composé d'un réseau hexagonal de tétraèdres liés, tous pointant leurs sommets libres du même côté. Dans le mica muscovite, ces sommets sont liés à une couche octaédrique d'aluminium et d'hydroxyles, formant un sandwich solide. Les feuillets sont ensuite empilés et liés entre eux par de faibles forces électrostatiques via des ions potassium interfoliaires. Cette liaison interfoliaire très faible, de type Van der Waals et électrostatique, est responsable du clivage basal parfait : les micas se délitent en lamelles infiniment minces et flexibles. La souplesse chimique est immense : le silicium du feuillet tétraédrique peut être substitué par de l'aluminium, créant un déficit de charge qui sera compensé dans l'espace interfoliaire. Cela explique la capacité d'échange cationique des argiles, fondamentale pour la fertilité des sols et d'innombrables applications industrielles. Les phyllosilicates sont le siège d'une chimie de l'intercalation riche : l'eau, les molécules organiques, ou des ions peuvent s'insérer entre les feuillets, les faisant gonfler, comme dans les argiles smectitiques. Le degré ultime de polymérisation est atteint lorsque les quatre oxygènes d'un tétraèdre sont partagés. On obtient alors un réseau tridimensionnel entièrement covalent de formule SiO2 : c'est la silice, ou quartz, qui est un tectosilicate. Chaque oxygène est partagé entre deux siliciums, annulant toute charge négative. Le minéral est électriquement neutre et ne requiert aucun cation compensateur. C'est le règne des formes polymorphes de la silice : quartz, tridymite, cristobalite, coésite, stishovite, chacune étant une manière différente d'agencer les tétraèdres dans l'espace en fonction de la température et de la pression. Le passage du quartz à la coésite puis à la stishovite sous des pressions énormes est d'ailleurs un traceur d'impacts météoritiques. La grande révolution chimique advient lorsque, dans ce réseau tridimensionnel SiO2, un cation aluminium (Al3+) vient se substituer au silicium (Si4+) au centre de certains tétraèdres. C'est la substitution couplée, principe fondamental énoncé par la règle de l'aluminium évitant. L'aluminium a un rayon ionique compatible avec la coordinence 4, mais sa charge inférieure crée un déficit : le réseau [(Si,Al)O2] porte une charge négative nette. Pour compenser, des cations alcalins ou alcalino-terreux volumineux (K+, Na+, Ca2+, Ba2+) doivent venir se loger dans les cavités laissées par cette charpente ouverte. C'est la définition des feldspaths, les minéraux les plus abondants de la croûte continentale, et des feldspathoïdes. Dans un feldspath comme l'orthose (KAlSi3O8), un quart des siliciums est remplacé par l'aluminium, la charge négative du réseau étant compensée par le potassium. Dans l'anorthite (CaAl2Si2O8), la moitié des tétraèdres contient de l'aluminium, et le calcium divalent assure l'équilibre. Les zéolithes sont une sous-classe de tectosilicates hydratés où la charpente alumino-silicatée est si ouverte qu'elle forme des canaux et des cages de dimensions moléculaires, interconnectés. L'eau, dite zéolithique, s'y perd et se regagne de manière continue sans que la charpente ne s'effondre. Leur extraordinaire capacité d'échange cationique et leur porosité de taille moléculaire en font des tamis moléculaires naturels et synthétiques, aux applications vastes en catalyse, adoucissement de l'eau et séparation des gaz. La substitution
ionique.
L'altération
des silicates.
Le mécanisme central est l'hydrolyse. Lorsque l'eau de pluie traverse l'atmosphère, elle dissout du CO2 et forme de l'acide carbonique (H2CO3), qui se dissocie partiellement en ions H+ et HCO3-. Ces ions H+ attaquent la structure cristalline des silicates, remplaçant les cations métalliques par des protons et déstabilisant le réseau silicaté. Les cations libérés (Ca2+, Mg2+, K+, Na+) passent en solution sous forme d'ions dissous, tandis que le silicium et l'aluminium peuvent soit rester en solution sous forme d'acide silicique (H4SiO4), soit précipiter localement en minéraux secondaires. Prenons l'exemple de l'altération d'un silicate calcique comme l'anorthite (CaAl2Si2O8), un feldspath plagioclase : CaAl2Si2O8 + 2CO2 + 3H2O → Al2Si2O5(OH)4 + Ca2+ + 2HCO3-Cette réaction montre plusieurs points essentiels. D'abord, le CO2 atmosphérique est consommé et transformé en ions bicarbonate dissous, ce qui constitue un puits de carbone à l'échelle géologique. Ensuite, le feldspath primaire se transforme en un minéral argileux secondaire, ici la kaolinite, par un processus qu'on appelle néoformation ou argilisation. Enfin, les cations calcium et les bicarbonates sont exportés par les rivières vers l'océan. Une fois dans l'océan, ces ions Ca2+ et HCO3- sont utilisés par des organismes marins (foraminifères, coccolithophores, mollusques) pour construire leurs tests et coquilles en carbonate de calcium (CaCO3), selon la réaction : Ca2+ + 2HCO3- → CaCO3 + CO2 + H2OCe carbonate de calcium sédimente sur le fond océanique et forme à terme des roches calcaires. Le bilan global de ces deux étapes couplées (altération continentale puis précipitation carbonatée océanique) aboutit à séquestrer durablement, sur des échelles de temps de centaines de milliers à des millions d'années, une partie du CO2 atmosphérique dans les roches carbonatées. C'est le cycle géologique du carbone, aussi appelé cycle de Urey ou thermostat silicate-carbonate. Ce mécanisme constitue un régulateur climatique à long terme, connu sous le nom de rétroaction négative silicate-température : une hausse de la température atmosphérique et une augmentation du CO2 accélèrent les réactions chimiques d'altération et intensifient le cycle hydrologique (plus d'évaporation, plus de précipitations), ce qui accroît la vitesse d'altération des silicates continentaux. Cette altération accrue consomme davantage de CO2 atmosphérique, ce qui tend à refroidir le climat sur le long terme. Inversement, un refroidissement ralentit l'altération, laisse le CO2 volcanique s'accumuler dans l'atmosphère, et réchauffe progressivement la planète. Ce mécanisme est considéré comme l'un des principaux stabilisateurs du climat terrestre à l'échelle des centaines de milliers à millions d'années. Plusieurs facteurs influencent la vitesse d'altération des silicates : • La température joue un rôle cinétique direct, les réactions chimiques étant accélérées par la chaleur selon une loi de type Arrhenius.L'altération des silicates produit également des minéraux argileux secondaires (kaolinite, illite, smectite selon l'intensité et le drainage de l'altération) qui constituent la fraction fine des sols et jouent un rôle majeur dans la fertilité, la capacité d'échange cationique et les propriétés physiques des sols. Ce processus est au coeur de plusieurs enjeux contemporains de recherche, notamment l'altération accélérée des silicates (enhanced weathering), une technique de géo-ingénierie envisagée pour capter artificiellement du CO2 atmosphérique en épandant des roches silicatées broyées (comme le basalte) sur des terres agricoles, afin d'accélérer ce puits de carbone naturel. Les silicates terrestres et dans le Système solaireLes silicates constituent l'une des familles de minéraux les plus répandues dans l'ensemble du Système solaire. Les tétraèdres SiO44-, qui servent de fondement à leur définition, peuvent, on l'a vu, rester isolés ou s'associer selon différentes géométries, donnant naissance à une très grande diversité de structures cristallines. Cette extraordinaire variété explique que les silicates représentent les matériaux fondamentaux de la minéralogie planétaire. Depuis leur condensation dans la nébuleuse protosolaire jusqu'à leur transformation par le volcanisme, la tectonique, l'altération chimique ou les impacts météoritiques, ils enregistrent l'histoire géologique des corps du Système solaire. Leur abondance, leur diversité structurale et leur sensibilité aux conditions de pression, de température et de composition chimique en font les principaux témoins de l'évolution des planètes rocheuses et des petits corps depuis les origines du Système solaire jusqu'à l'époque actuelle. Les silicates sont aussi les principaux constituants des planètes telluriques, de nombreuses lunes rocheuses, de la plupart des astéroïdes, d'une fraction importante des poussières interplanétaires et des matériaux primitifs ayant participé à la formation du Système solaire.L'origine des silicates remonte à la nucléosynthèse stellaire. L'oxygène est produit en grandes quantités dans les étoiles massives lors de la combustion de l'hélium, tandis que le silicium est synthétisé au cours des dernières étapes de leur évolution, notamment pendant la combustion de l'oxygène. Lors des explosions de supernovae, ces éléments sont éjectés dans le milieu interstellaire où ils se condensent sous forme de grains solides riches en silicates. Ces poussières interstellaires sont incorporées au nuage protosolaire qui donne naissance au Soleil, aux planètes et aux autres corps du Système solaire. Les premiers silicates du Système solaire apparaissent sous forme de condensats à haute température dans le disque protoplanétaire. Lorsque le gaz primordial se refroidit, les minéraux riches en calcium, aluminium, magnésium et silicium cristallisent successivement. Les inclusions réfractaires riches en calcium et aluminium (CAI), âgées de près de 4,567 milliards d'années, représentent les plus anciens solides connus du Système solaire. Elles sont suivies par la formation d'olivines, de pyroxènes et d'autres silicates qui constituent encore aujourd'hui l'essentiel des météorites primitives. La Terre.
La croûte océanique, plus dense, est dominée par les basaltes et les gabbros, riches en plagioclases, pyroxènes et olivines. Ces minéraux sont caractéristiques des magmas mafiques issus de la fusion partielle du manteau supérieur. Les silicates qui composent les fonds océaniques sont continuellement recyclés au niveau des dorsales médio-océaniques et des zones de subduction. Le manteau terrestre, qui représente environ 84 % du volume de la planète, est presque entièrement constitué de silicates riches en magnésium et en fer. Dans le manteau supérieur dominent les péridotites, essentiellement composées d'olivine ((Mg,Fe)2SiO4) et de pyroxènes. À mesure que la pression augmente avec la profondeur, ces minéraux subissent plusieurs transitions de phase. L'olivine se transforme d'abord en wadsleyite puis en ringwoodite dans la zone de transition située entre environ 410 et 660 kilomètres de profondeur. Plus bas encore, la ringwoodite se décompose en bridgmanite (un silicate de magnésium, aujourd'hui considéré comme le minéral le plus abondant de la Terre) et en ferropericlase. Dans le manteau inférieur, ces silicates demeurent stables jusqu'à la limite du noyau, située à près de 2900 kilomètres de profondeur. Le noyau terrestre, en revanche, ne contient pratiquement pas de silicates. Il est composé principalement d'un alliage de fer et de nickel accompagné d'éléments légers. Les silicates sont donc essentiellement confinés aux enveloppes externes solides de la planète. L'altération chimique des silicates, qui couple la lithosphère à l'atmosphère et à l'hydrosphère, est la réaction chimique la plus fondamentale de la surface terrestre. L'attaque par l'eau acidifiée par le dioxyde de carbone atmosphérique dissout lentement le réseau silicaté. Les cations comme le calcium, le magnésium, le sodium et le potassium sont lessivés et partent en solution vers les océans. L'architecture tétraédrique, elle, est partiellement détruite et se réorganise en de nouveaux phyllosilicates, les argiles. La silice excédentaire est évacuée sous forme d'acide silicique dissous. Cette réaction d'hydrolyse, loin d'être un simple phénomène de surface, est le principal mécanisme de régulation du climat sur les temps géologiques : la consommation de CO2 par altération des silicates calciques et magnésiens, suivie de la précipitation des carbonates dans les océans, transfère le carbone de l'atmosphère vers les sédiments. La fusion des silicates dans le manteau est un processus de fusion partielle. Comme un silicate est un assemblage polymérisé et multi-cationique, il ne fond pas à une température unique mais sur une gamme. Le premier liquide qui apparaît est toujours plus riche en silice et en alcalins, et plus pauvre en magnésium et fer que la roche mère, car les liaisons Si-O-Si les plus polymérisées sont aussi les moins stables thermiquement. Ce liquide granitique, léger, remonte pour former la croûte continentale, laissant un résidu mantellique réfractaire appauvri. Ainsi, la différenciation chimique de la Terre entière peut se lire comme le résultat de la polymérisation et de la dépolymérisation des silicates sous l'effet de la pression, de la température et des fluides. La présence d'eau abaisse le degré de polymérisation d'un magma et sa viscosité, transformant radicalement son comportement éruptif. La chimie du groupe hydroxyle dans les silicates hydratés est tout aussi critique : il occupe un site anionique et sa stabilité thermique définit les limites de la déshydratation, un processus qui, dans une zone de subduction, libère l'eau du panneau plongeant et provoque la fusion partielle du manteau sus-jacent, alimentant le volcanisme des arcs insulaires. La chimie des silicates est donc la grammaire fondamentale qui relie la structure atomique aux processus planétaires, du minéral microscopique à la tectonique des plaques. La Lune.
Le minéral emblématique de la Lune est ainsi l'anorthite (CaAl2Si2O8), membre calcique des plagioclases. Cette espèce représente souvent plus de 90 % des hautes terres lunaires. Les vastes plateaux clairs visibles depuis la Terre correspondent essentiellement à des anorthosites composées presque exclusivement de ce tectosilicate. Cette abondance exceptionnelle constitue l'une des signatures les plus caractéristiques de la différenciation lunaire. Les pyroxènes forment la seconde grande famille silicatée. Les clinopyroxènes riches en calcium, notamment l'augite, coexistent avec les orthopyroxènes riches en magnésium comme l'enstatite et l'hypersthène. Leur proportion varie selon les régions et les épisodes volcaniques. Les mers lunaires, constituées de basaltes émis entre environ 3,9 et 1,2 milliard d'années, sont particulièrement riches en pyroxènes. Les olivines, principalement de composition forstéritique, apparaissent dans les basaltes, certains dépôts volcaniques et surtout dans des matériaux provenant du manteau mis au jour par les grands bassins d'impact. Leur présence permet d'étudier directement les couches profondes de la Lune. Les silices libres sont très rares. Le quartz est pratiquement absent des roches lunaires ordinaires en raison de leur faible teneur en silice. Quelques formes de tridymite et de cristobalite apparaissent localement dans certains matériaux volcaniques fortement différenciés. Les verres silicatés représentent une fraction importante du régolithe lunaire. Ils proviennent soit de projections volcaniques pyroclastiques, soit de la fusion instantanée produite par les impacts météoritiques. Ces verres incorporent souvent des fragments de plagioclases, de pyroxènes et d'olivines. Les minéraux accessoires comprennent la spinelle, divers oxydes de titane associés aux basaltes riches en ilménite, ainsi que de faibles quantités de phosphates et de sulfures. La faible altération chimique due à l'absence presque totale d'atmosphère et d'eau liquide permet la conservation de minéraux extrêmement anciens. Mercure.
Les pyroxènes constituent une composante essentielle de nombreuses roches mercuriennes. Ils sont cependant généralement plus pauvres en fer que leurs équivalents terrestres ou martiens. Les orthopyroxènes magnésiens et certains clinopyroxènes dominent probablement les terrains basaltiques. Les feldspaths plagioclases sont présents mais en proportions moindres que sur la Lune. Les données spectrales suggèrent une abondance relativement faible d'anorthosite pure. Les plagioclases sont souvent mélangés à des pyroxènes et à des olivines dans des roches volcaniques complexes. Les olivines magnésiennes apparaissent dans plusieurs provinces géologiques. Leur composition est proche de la forstérite, traduisant un manteau relativement riche en magnésium. Certaines régions montrent des concentrations locales compatibles avec des affleurements mantelliques. Les feldspaths alcalins semblent relativement rares, bien que certaines unités géologiques puissent contenir des roches plus évoluées enrichies en sodium ou en potassium. Les granites sont pratiquement absents à l'échelle globale. La surface mercurienne est également riche en verres d'impact produits par le bombardement météoritique intense. Ces verres silicatés recouvrent partiellement le régolithe et participent à l'évolution optique de la surface. Les températures extrêmement élevées du jour, dépassant 400 °C, et le vide spatial favorisent une altération dominée par le vent solaire, la pulvérisation météoritique et les cycles thermiques, plutôt que par une altération chimique classique. Vénus.
Les basaltes constituent vraisemblablement la lithologie dominante. Ils sont composés de plagioclases calciques, de clinopyroxènes et d'olivines. Les analyses géochimiques réalisées par les sondes soviétiques Venera et Vega suggèrent des compositions relativement proches des basaltes tholéiitiques terrestres. Les plagioclases, principalement riches en calcium, représentent une fraction importante de la croûte volcanique. Leur stabilité est néanmoins limitée par les réactions lentes avec l'atmosphère chaude, susceptibles de produire des couches superficielles d'altération. Les pyroxènes, notamment les augites, sont abondants dans les laves. Les olivines sont également présentes mais peuvent subir une altération progressive sous l'effet des réactions avec les gaz atmosphériques contenant du soufre. Certaines régions très réfléchissantes situées dans les hauts plateaux, comme Maxwell Montes, pourraient contenir des minéraux plus felsiques, éventuellement enrichis en feldspaths ou même en quartz, mais cette hypothèse reste débattue. Plusieurs modèles proposent également la présence locale de granites ou de roches différenciées produites par une fusion partielle prolongée de la croûte. Le volcanisme très étendu de Vénus implique une cristallisation répétée de silicates mafiques au cours de centaines de millions d'années. Les vastes plaines volcaniques, qui couvrent près de 80 % de la surface, témoignent d'une production considérable de basaltes. Les hautes températures accélèrent certaines réactions chimiques entre les silicates et l'atmosphère. Des films très minces d'altération, riches en composés sulfurés ou oxydés, peuvent se former à la surface des minéraux, modifiant leurs propriétés spectrales sans transformer profondément leur structure cristalline. Mars.
Les basaltes martiens sont dominés par les plagioclases, les pyroxènes et les olivines. Les plagioclases appartiennent principalement à la série allant de l'anorthite à la labradorite. Les pyroxènes comprennent des clinopyroxènes calciques et des orthopyroxènes magnésiens. Les olivines présentent une large gamme de compositions allant de la forstérite à la fayalite. Les olivines sont particulièrement abondantes dans plusieurs provinces volcaniques et dans les matériaux excavés par les impacts. Leur préservation indique que certaines régions ont connu peu d'altération aqueuse depuis plusieurs milliards d'années. Les pyroxènes permettent de distinguer différentes générations de coulées volcaniques. Les rapports entre orthopyroxènes et clinopyroxènes fournissent des informations précieuses sur les températures de cristallisation et l'évolution chimique des magmas. Les feldspaths alcalins apparaissent dans certaines roches plus différenciées. Plusieurs analyses suggèrent l'existence de dacites, de trachytes et d'autres roches relativement riches en silice, indiquant que le magmatisme martien n'est pas exclusivement basaltique. Les silicates hydratés constituent l'une des découvertes majeures de l'exploration martienne. Les phyllosilicates, notamment les smectites, les montmorillonites, les nontronites, les saponites, les chlorites et diverses argiles, témoignent d'interactions prolongées entre les roches basaltiques et l'eau liquide au cours du Noachien. Leur présence révèle l'existence ancienne d'environnements lacustres, hydrothermaux et probablement habitables. Les serpentines, issues de l'hydratation des olivines, ont été détectées dans certaines régions. Elles indiquent que des réactions de serpentinisation ont pu produire de l'hydrogène, source potentielle d'énergie chimique pour une biosphère microbienne primitive. Les opales siliceuses, les silices amorphes et localement certaines formes de quartz ou de cristobalite sont associées à des systèmes hydrothermaux ou à des dépôts évaporitiques. Ces silices secondaires constituent des marqueurs importants des circulations anciennes d'eau chaude. Les verres volcaniques et les verres d'impact sont largement répartis à la surface martienne. Ils résultent aussi bien des éruptions explosives que des impacts météoritiques, particulièrement nombreux durant le bombardement intense primitif. Les astéroïdes.
• Les astéroïdes de type V, représentés notamment par Vesta, possèdent une minéralogie proche de celle des basaltes terrestres. Les pyroxènes calciques et magnésiens dominent largement, associés à des plagioclases et, dans certaines régions, à des olivines profondes mises au jour par les grands impacts. Cette composition témoigne d'une différenciation interne poussée avec formation d'une croûte basaltique, d'un manteau silicaté et probablement d'un noyau métallique.Les météorites. Les météorites offrent l'échantillonnage le plus complet des silicates du Système solaire. Chondrites.
Les chondrites carbonées renferment une minéralogie beaucoup plus primitive. Les inclusions réfractaires riches en calcium et en aluminium, parmi les plus anciens solides connus du Système solaire, contiennent des minéraux silicatés tels que la mélilite, la spinelle, l'anorthite, les pyroxènes riches en calcium, ainsi que diverses phases riches en titane. Les matrices fines sont largement constituées de silicates amorphes et de phyllosilicates produits par l'altération aqueuse. Les chondrites à enstatite présentent une composition extrêmement réduite. Les silicates y sont dominés par une enstatite très pure, associée à de rares olivines et à plusieurs minéraux inhabituels contenant du silicium dans des phases métalliques. Achondrites.
Les comètes.
Une caractéristique des silicates cométaires réside dans la coexistence de phases cristallines et de silicates amorphes. Les silicates amorphes se sont probablement condensés directement dans les régions froides de la nébuleuse solaire. Les silicates cristallins, au contraire, nécessitent des températures dépassant les 1000 °C. Leur présence dans des objets formés très loin du Soleil implique un transport radial de matériaux depuis les régions internes du disque protoplanétaire vers les régions externes. Les poussières cométaires contiennent également de très petits grains de pyroxènes, d'olivines, de verres silicatés, de sulfures et de matière organique complexe intimement mélangés. Les grains les plus fins présentent souvent une structure extrêmement poreuse, résultant d'une agrégation douce dans la nébuleuse primitive. Les satellites
des planètes géantes.
Europe possède une croûte essentiellement glacée, mais son intérieur est constitué de silicates comparables aux péridotites et aux basaltes terrestres. Les olivines, pyroxènes et feldspaths dominent probablement son manteau rocheux. Les interactions entre cet intérieur silicaté et l'océan profond favorisent probablement la serpentinisation et la formation de phyllosilicates. Ganymède et Callisto renferment également un noyau rocheux silicaté entouré d'importantes enveloppes glacées. Les matériaux silicatés comprennent vraisemblablement des olivines, des pyroxènes, des plagioclases et divers silicates hydratés produits par les circulations aqueuses internes anciennes. Satellites
de Saturne.
Satellites
d'Uranus et Neptune.
Les planètes
naines.
Pluton possède un noyau rocheux silicaté entouré d'une épaisse enveloppe de glaces volatiles. Les silicates internes sont probablement dominés par les olivines, les pyroxènes et les feldspaths hérités des matériaux primitifs du disque externe. Des réactions hydrothermales anciennes entre ces silicates et un océan interne temporaire sont envisageables. Charon présente probablement une structure comparable, avec un noyau silicaté recouvert de glaces d'eau. Les modèles géophysiques suggèrent la présence de silicates anhydres associés à des produits d'altération limités. Éris, Makémaké, Hauméa et plusieurs autres planètes naines transneptuniennes possèdent également un intérieur rocheux dominé par les silicates. Hauméa se distingue probablement par une proportion relativement élevée de silicates en raison de sa densité importante, conséquence probable d'un gigantesque impact ayant arraché une partie de son manteau glacé. Le milieu interplanétaire.
Le milieu interplanétaire contient une immense population de poussières silicatées dispersées entre les planètes. Ces grains proviennent principalement des collisions entre astéroïdes, de l'activité des comètes et, dans une moindre mesure, des impacts sur les satellites et les planètes. Elles diffusent la lumière solaire et contribuent au phénomène de lumière zodiacale observé depuis la Terre. Leur taille varie généralement de quelques dizaines de nanomètres à plusieurs centaines de micromètres. Les principaux constituants sont les olivines, les pyroxènes, les feldspaths, les verres silicatés et les silicates amorphes. Les silicates amorphes représentent une fraction particulièrement importante des plus petits grains. Leur structure désordonnée résulte d'une condensation rapide dans la nébuleuse primitive ou de transformations provoquées par les irradiations. Les olivines riches en magnésium, notamment la forstérite, constituent l'un des composants les plus abondants des poussières interplanétaires. Les pyroxènes, principalement l'enstatite, sont également largement représentés. Ces deux minéraux sont souvent associés à des sulfures, à des particules métalliques et à des matières organiques carbonées. Les grains interplanétaires subissent continuellement les effets du rayonnement solaire, du vent solaire, des rayons cosmiques et des collisions mutuelles. Ces processus provoquent une amorphisation progressive des surfaces cristallines, des modifications chimiques, une implantation d'ions et parfois la vaporisation partielle des minéraux. Les silicates deviennent ainsi les témoins directs des processus physiques qui façonnent le milieu interplanétaire. Ailleurs.
Les silicates constituent l'une des composantes majeures de la poussière cosmique, jouant un rôle fondamental dans l'astrophysique et l'astrochimie, tant dans le milieu interstellaire que dans les environnements circumstellaires. Ces minéraux, principalement composés de silicium, d'oxygène et d'éléments comme le magnésium ou le fer, forment des grains solides qui influencent l'observation des objets célestes en absorbant et en réémettant le rayonnement électromagnétique. Dans le milieu interstellaire, la poussière silicatée est presque exclusivement amorphe, c'est-à-dire qu'elle ne présente pas d'ordre cristallin à longue distance. Cette nature amorphe se traduit observationnellement par des bandes d'absorption ou d'émission larges et sans structure fine, notamment autour de 9,7 micromètres et 18 micromètres dans le spectre infrarouge. Les études indiquent que la fraction de silicates cristallins dans le milieu interstellaire diffus est extrêmement faible, estimée à moins de 0,2 % en masse, ce qui suggère que les processus d'amorphisation, dus aux chocs ou aux rayonnements énergétiques, dominent largement sur les processus de cristallisation dans cet environnement. Ces grains de silicates trouvent leur origine principale dans les enveloppes circumstellaires des étoiles en fin de vie, en particulier les géantes rouges et les étoiles de la branche asymptotique des géantes (AGB) riches en oxygène. Lorsque ces étoiles éjectent leurs couches externes, la température du gaz en expansion chute en dessous du seuil de sublimation des silicates, aux alentours de 1500 kelvins, permettant la condensation de la matière réfractaire en grains solides. Initialement, ces silicates nouvellement formés sont majoritairement amorphes, avec une composition chimique proche de celle de l'olivine. Cependant, dans les régions plus denses et chaudes proches de l'étoile, ou sous l'effet d'ondes de choc, une partie de ces grains peut subir un recuit thermique qui les transforme en silicates cristallins, tels que la forstérite ou l'enstatite. Ces environnements circumstellaires présentent donc des signatures infrarouges plus complexes, avec des pics d'émission plus étroits qui trahissent la présence de cette matière ordonnée. Au-delà des étoiles évoluées, les silicates sont également des constituants essentiels des disques protoplanétaires qui entourent les jeunes étoiles en formation. Dans ces disques, la distribution et l'état des silicates évoluent radialement en fonction de la température et de la dynamique du gaz. Les zones internes du disque, proches de l'étoile centrale, sont suffisamment chaudes pour favoriser la cristallisation des silicates amorphes, tandis que les régions externes, plus froides, conservent une poussière majoritairement amorphe semblable à celle du milieu interstellaire diffus. Néanmoins, des mécanismes de transport, tels que les turbulences ou les vents, peuvent déplacer les silicates cristallins formés près de l'étoile vers les zones externes du disque, voire dans les comètes qui s'y forment. Cette présence de silicates cristallins dans les corps glacés et autour d'autres étoiles témoigne d'un mélange dynamique efficace au sein des disques protoplanétaires. Le cycle de la matière silicatée relie ainsi intimement les étoiles en fin de vie, le milieu interstellaire et les nouvelles générations d'étoiles et de planètes. Les grains de silicates agissent également comme des catalyseurs de surface dans le milieu interstellaire, facilitant la formation de molécules, notamment l'hydrogène moléculaire. Ils servent aussi de noyaux de condensation pour la formation de manteaux de glaces (eau, monoxyde de carbone, méthanol) lors du passage de la matière dans les nuages moléculaires denses. Les classes de silicatesLe tétraèdre qui fonde le motif géométrique de l'architecture des minéraux silicatés se compose d'un petit cation silicium (Si4+) au centre, entouré de quatre grands anions oxygène (O2-) disposés aux sommets d'un tétraèdre parfait. La liaison chimique qui unit le silicium à l'oxygène est de nature intermédiaire, à la fois covalente à hauteur de soixante pour cent et ionique à hauteur de quarante pour cent. Cette double nature confère à la liaison une solidité et une directionalité qui sont la clé de voûte de l'édifice silicaté. L'oxygène, de par son rayon ionique imposant, occupe plus de quatre-vingt-dix pour cent du volume cristallin, dictant ainsi l'agencement spatial et les propriétés physiques de ces minéraux. Chaque tétraèdre SiO4 isolé porte une charge électrique formelle de quatre négatives, notée (SiO4)4-, qui doit impérativement être neutralisée par l'association avec des cations métalliques pour former un édifice cristallin stable.Le principe fondamental
de la classification structurale des silicates, établie par William Lawrence
Bragg, repose sur le degré de polymérisation de ces tétraèdres, c'est-à-dire
sur le nombre d'atomes d'oxygène qu'un tétraèdre partage avec ses voisins.
Un atome d'oxygène qui lie deux atomes de silicium est qualifié d'oxygène
pontant, tandis qu'un oxygène lié à un seul silicium et à d'autres
cations est un oxygène non-pontant ou apical. Le rapport atomique silicium
sur oxygène, noté Si:O, est une conséquence directe de ce degré de
partage et permet d'identifier chaque grande classe. Ce principe d'organisation
génère une hiérarchie structurale d'une élégante simplicité, allant
de tétraèdres isolés à de vastes charpentes tridimensionnelles infinies.
La nomenclature s'appuie sur des racines grecques pour désigner ces motifs
: neso = île, soro = groupe, cyclo = anneau,
ino
= chaîne, phyllo = feuille et tecto = charpente. La classification
des silicates se veut le reflet direct de la structure intime du minéral
et constitue un outil prédictif puissant pour comprendre sa morphologie
cristalline, ses plans de clivage, sa dureté, sa densité et même certaines
de ses propriétés chimiques.
Les nésosilicates.
Les sorosilicates.
Les cyclosilicates.
Les inosilicates.
Les phyllosilicates.
Les tectosilicates.
Les silicates
à structure mixte ou complexe.
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