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| Une
source
hydrothermale est une fissure située sur le plancher océanique, généralement
à proximité des dorsales médio-océaniques
(où les plaques tectoniques s'écartent),
d'où s'échappe une eau chaude, riche en minéraux et en éléments chimiques.
Cette eau peut atteindre des températures extrêmes, jusqu'à 400°C,
mais ne bout pas à cause de l'énorme pression
des grandes profondeurs (plus de 2000 mètres). En rencontrant l'eau de
mer froide (environ 2°C), les minéraux dissous précipitent instantanément,
formant des conduits minéraux imposants appelés cheminées et
donnant à l'eau l'apparence d'une fumée noire ou blanche.
Ces formations sont bien plus que de simples geysers sous-marins. Elles participent de riches écosystèmes où des organismes vivants peuvent prospérer dans les conditions les plus hostiles (obscurité, pression extrême, etc.), grâce à la chimiosynthèse : des bactéries et des archées y utilisent l'énergie chimique des composés réduits présents dans les fluides, tels que le sulfure d'hydrogène, le méthane ou l'hydrogène moléculaire, pour produire de la matière organique. Les sources hydrothermales forment ainsi la base des chaînes alimentaires particulières. Ces écosystèmes sont fragiles, localisés et éphémères. La découverte des premières sources hydrothermales en 1977 près des îles Galápagos (dorsale du Pacifique Est) par la mission franco-américaine du submersible Alvin fut une surprise totale et a bouleversé les conceptions que l'on avait des conditions propices aux organismes vivants et a même alimenté les hypothèses sur l'origine de la vie et sa possible existence ailleurs dans le Système solaire (comme sur Europe, une lune de Jupiter). Les scientifiques s'attendaient à un désert stérile, mais ils ont trouvé à la place des oasis de vie foisonnante, totalement indépendantes de l'énergie solaire. Formation
des sources hydrothermales.
• Infiltration. - L'eau de mer froide s'infiltre dans les fissures de la croûte océanique et est attirée en profondeur par la chaleur du magma présent sous la dorsale.Types de sources hydrothermales. Les sources hydrothermales se présentent sous différentes formes selon les conditions géologiques, chimiques et thermiques qui les caractérisent. Il en existe principalement deux types, les fumeurs blancs et les fumeurs noirs. On connaît en outre des émanations plus diffuses et moins chaudes (moins de 100°C), ainsi que d'autres types d'émanations gazeuzes sous-marines. • Les fumeurs noirs sont le plus célèbres. Ce sont de véritables cheminées qui expulsent un fluide extrêmement chaud (300-400°C), riche en sulfures de fer et d'autres métaux,. Le contact brutal avec l'eau de mer froide provoque la précipitation de particules minérales noires, donnant à l'émission son aspect sombre. Ces structures, constituées au fil du temps par des dépôts minéraux, sont d'importants sites de concentration de cuivre, zinc, fer et parfois d'or et d'argent. Elles abritent aussi une faune adaptée aux températures extrêmes et aux fluides chargés en composés chimiques toxiques.Ecologie des sources hydrothermales. Le caractère le plus singulier des sources hydrothermales est leur capacité à abriter des organismes vivants en l'absence de toute lumière solaire. La base de la chaîne alimentaire n'est pas ici la photosynthèse (dépendante du Soleil), mais la chimiosynthèse. Certaines bactéries, dites chimioautotrophes, utilisent l'énergie chimique libérée par l'oxydation de composés inorganiques présents dans les fluides, comme l'hydrogène sulfuré (H2S) - un poison pour la plupart des formes de vie. Elles transforment le CO2 en matière organique, comme le font les plantes avec la lumière. La plupart des animaux grands et visibles abritent ces bactéries chimiosynthétiques à l'intérieur de leurs tissus, dans un organe spécialisé. L'animal leur fournit un habitat et un accès aux molécules nécessaires (H2S, O2, CO2), et en retour, les bactéries le nourrissent. C'est une symbiose parfaite. Autour des fumeurs noirs, l'intensité chimique et thermique favorise des symbioses remarquables. On trouve des vers tubicoles géants (Riftia pachyptila) dépourvus de bouche et d'appareil digestif, qui vivent grâce à des bactéries symbiotiques hébergées dans leurs tissus. Des moules et des palourdes abritent également de telles associations dans leurs branchies. Des crabes blancs et "velus" se nourriraient des bactéries abritées dans leurs poils. D'autres organismes, comme les crevettes et crabes hydrothermaux, broutent directement les biofilms bactériens ou se nourrissent des animaux symbiotiques. Ces communautés sont la plupart du temps densément concentrées, mais limitées à des zones très restreintes où les conditions sont favorables. Dans les zones de sources diffuses, où les gradients chimiques et thermiques sont plus doux, on observe une plus grande diversité et une structuration écologique graduelle. Les tapis bactériens colonisent les surfaces proches des fissures et servent de nourriture à des invertébrés pionniers. Plus loin, les prédateurs et charognards, tels que les poissons ou les pieuvres, exploitent les concentrations d'invertébrés. La mosaïque de micro-habitats favorise une succession écologique dynamique, dépendante de l'activité hydrothermale. Les sources alcalines, comme celles du champ de Lost City (dans la dorsale médio-Atlantique), hébergent des communautés différentes. Les micro-organismes y exploitent l'hydrogène et le méthane plutôt que le sulfure, et leur diversité métabolique reflète un écosystème plus proche de ce que l'on suppose être les premiers écosystèmes terrestres. Ces environnements ont une productivité moindre, mais une stabilité plus grande que les champs de fumeurs noirs. Il est à noter que l'écologie des sources hydrothermales est marquée par leur caractère éphémère. Une cheminée peut s'éteindre en quelques années ou décennies, entraînant la disparition rapide des communautés qui y vivaient. La colonisation de nouvelles sources dépend de la dispersion des larves d'organismes spécialisés, souvent capables de parcourir de longues distances grâce aux courants profonds. Les populations sont donc fragmentées et vulnérables, mais reliées par un réseau d'échanges génétiques à l'échelle des dorsales océaniques. Importance
et enjeux.
L'environnement chaud, riche en énergie chimique et en éléments divers des sources hydrothermales est l'un des principaux scénarios avancés pour expliquer l'apparition de la vie sur Terre. Les organismes (bactéries, archées) qui vivent dans ces conditions extrêmes (thermophiles, barophiles) possèdent des enzymes et des molécules uniques (ex. : la Taq polymérase, utilisée en PCR, vient d'une bactérie de source chaude). Elles sont une mine d'or pour la biotechnologie. Les dépôts massifs de sulfures métalliques (cuivre, zinc, or, argent) formés par les fumeurs suscitent un intérêt économique croissant pour l'exploitation minière des grands fonds, une perspective qui soulève de graves préoccupations environnementales quant à la destruction d'écosystèmes encore mal connus, ou la création de panaches de sédiments toxiques qui étoufferaient la vie alentour. La préservation des sources hydrothermales est devenue un enjeu majeur de la gouvernance internationale des océans. |
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