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L'Afrique 
Découvertes et explorations
L'origine du nom d'Afrique est assez obscure. Il apparaît sous les Romains, qui l'ont probablement emprunté aux occupants antérieurs du sol. II proviendrait soit d'une racine phénicienne (faraqa) exprimant l'idée de séparation, de colonie, soit du mot frigi, pharikia, signifiant pays des fruits; ce pourrait aussi être tout simplement le nom de la tribu berbère des Aouraghen. Quoi qu'il en soit de ces étymologies très hypothétiques, le nom d'Afrique (Africa) fut appliqué d'abord par les Romains à l'ancien territoire carthaginois, la pointe Nord-Est de la région de l'Atlas, conquis par eux. Peu à peu le nom de la province s'étendit, jusqu'à désigner enfin l'ensemble du continent. Il remplaça le nom grec de Libye.

Pendant l'Antiquité et au Moyen âge, l'Afrique reste largement méconnue, bien que des liens commerciaux existent entre le monde méditerranéen et le continent. La Renaissance et l'époque des grandes navigations insèrent enfin l'Afrique dans la cosmovision européenne, bien qu'on n'en connaisse encore que les côtes. Le partage du monde qui a alors lieu entre Espagnols (Castillans) et Portugais (traité de Tordesillas, 1494) attribue aux premiers une grande partie de l'Amérique, et aux seconds (en plus du Brésil) la partie orientale des terres à découvrir. Ce sont donc eux que l'on retrouve à l'origine des premières découvertes en Afrique. 

Mais très vite, toutes les principales puissances européennes  - France, Hollande, Angleterre, Allemagne - commencent à lorgner sur le continent. Elles établieront elles aussi le long des côtes de nombreux points d'appui à ce qui un peu plus tard deviendra leur appropriation du continent. Mais auparavant, la voie sera ouvertes par une foule d'explorateurs - précurseurs volontaires ou pas de l'entreprise coloniale qui se prépare : Mungo Park, René Caillié, Richard Burton, John Speke, David Livingstone, Henry Stanley, Savorgnan de Brazza, etc. Leurs noms sont entrés dans les livres d'histoire. L'âge des grandes explorations se terminera à la fin du XIXe siècle, (étrangement par les premiers voyages européens au Maroc, pays longtemps fermé à leurs entreprises), et coïncide en gros avec la Conférence de Berlin, en 1885, qui consacre le dépeçage de l'Afrique par les Européens.

Dates clés :
1486 - Bartolomeo Diaz atteint le Cap de Bonne Espérance.

ca. 1800 - Mungo Park explore le Niger.

1865-1870 - Grandidier explore Madagascar.

1858 - John Speke atteint le lac Victoria.

1880 - Savorgnan de Brazza fonde Brazzaville au Congo.

Les premiers pas de la géographie africaine

L'histoire des découvertes et des explorations de l'Afrique avant le XVIe siècle ne commence pas avec les navigateurs européens, mais avec les populations africaines elles-mêmes, qui parcourent, cartographient mentalement et relient progressivement des espaces immenses par des réseaux commerciaux, culturels et politiques. Dès la préhistoire, les groupes humains se déplacent à travers le continent, suivent les cours d'eau, franchissent les savanes et occupent des territoires de plus en plus vastes. Les vallées du Nil, les hauts plateaux d'Afrique orientale, les régions sahéliennes et les littoraux deviennent très tôt des axes de circulation.

Dans l'Antiquité, l'Afrique du Nord est déjà bien connue des peuples méditerranéens. Les Égyptiens explorent le cours du Nil vers le sud afin d'atteindre les régions riches en or, en ivoire et en produits exotiques. Ils entretiennent des relations avec le royaume de Nubie et avec le mystérieux Pays de Pount, dont les expéditions rapportent encens, ébène et animaux rares. Les inscriptions royales témoignent d'une connaissance progressive des territoires situés au sud de l'Égypte.

À partir du Ier millénaire avant notre ère, les marins de Phénicie et surtout ceux de Carthage longent les côtes africaines. Vers le Ve siècle avant notre ère, Hannon le Navigateur mène une expédition célèbre le long de la façade atlantique. Son récit, connu sous le nom de Périple de Hannon, décrit des escales qui pourraient correspondre aux côtes du Maroc, de la Mauritanie, voire plus au sud encore. Les interprétations divergent, mais ce voyage constitue l'un des premiers témoignages écrits d'une exploration maritime de l'Afrique occidentale.

Les auteurs grecs et romains cherchent ensuite à mieux comprendre la géographie africaine. Hérodote recueille des informations sur le Sahara, le Nil et les peuples du continent. Plus tard, Ptolémée rassemble les connaissances disponibles et tente de représenter l'Afrique sur des cartes. Ces travaux demeurent incomplets, mais ils contribuent à diffuser une image plus précise du continent dans le monde méditerranéen.

Pendant ce temps, les peuples du désert développent leurs propres voies d'exploration. Le Sahara n'est pas une barrière infranchissable. À partir des premiers siècles de notre ère, l'introduction généralisée du chameau transforme les déplacements. Les caravanes traversent le désert en reliant l'Afrique du Nord aux régions du Sahel. Les marchands découvrent et fréquentent régulièrement des centres tels que Gao, Tombouctou et Djenné. Ces itinéraires permettent une connaissance de plus en plus approfondie de l'intérieur du continent.

À partir du VIIe siècle, l'expansion du monde musulman donne une nouvelle impulsion à l'exploration africaine. Les géographes arabes, persans et berbères collectent des renseignements sur les régions sahariennes, le Sahel, la vallée du Nil et les côtes orientales. Des savants comme Al-Masʿūdī, Al-Bakri et Al-Idrissi compilent des descriptions détaillées des royaumes africains. Leurs ouvrages fournissent des informations sur les routes commerciales, les villes, les ressources et les populations.

Le développement des grands empires sahéliens favorise également les explorations. L'empire du Ghana contrôle une partie du commerce transsaharien. Il est ensuite relayé par l'empire du Mali puis par celui du Songhaï. Les commerçants, les diplomates et les pèlerins parcourent alors des milliers de kilomètres. Le célèbre souverain Mansa Moussa effectue son pèlerinage à La Mecque au XIVe siècle. Son voyage attire l'attention du monde arabo-musulman sur la richesse de l'Afrique occidentale et contribue à améliorer les connaissances géographiques de la région.

Sur la côte orientale, les échanges maritimes jouent un rôle comparable. Dès l'Antiquité tardive et plus encore au Moyen Âge, les navigateurs arabes, persans et africains sillonnent l'océan Indien grâce au régime des moussons. Ils fréquentent les ports de Mogadiscio, Kilwa Kisiwani et Mombasa. Ces voyages permettent d'explorer les côtes de la Corne de l'Afrique, du Mozambique et parfois au-delà. Les marchands recueillent des informations sur l'intérieur des terres grâce aux réseaux commerciaux africains qui acheminent or, ivoire et esclaves vers les ports.

Au XIIIe siècle, l'Afrique devient mieux connue grâce aux récits de voyageurs. Ibn Saïd al-Maghribi décrit plusieurs régions du continent. Au XIVe siècle, Ibn Battûta parcourt une partie considérable du monde islamique et visite l'Afrique orientale ainsi que l'empire du Mali. Son témoignage offre des renseignements précieux sur les routes, les villes et les sociétés africaines. Il relate les conditions de voyage, les structures politiques et les pratiques commerciales observées au cours de ses déplacements.

Parallèlement, les Éthiopiens développent leurs propres traditions géographiques. Le royaume chrétien d'Éthiopie entretient des contacts avec le monde méditerranéen, l'Arabie et l'Afrique intérieure. Les pèlerins, les religieux et les marchands empruntent des itinéraires qui contribuent à une meilleure connaissance des montagnes, des plateaux et des voies reliant la mer Rouge à l'intérieur du continent.

La découverte européenne des côtes et des îles de l'Afrique

Les Européens médiévaux possèdent longtemps une vision partielle de l'Afrique. Les informations proviennent surtout des auteurs antiques et des géographes musulmans. À partir du XIIIe et du XIVe siècle, les cartes marines méditerranéennes, appelées portulans, représentent avec une précision croissante les côtes nord-africaines. Les marchands génois, vénitiens, catalans et majorquins accumulent progressivement des renseignements sur le Sahara et l'Afrique occidentale grâce aux échanges indirects avec les réseaux musulmans.

Au XVe siècle, une nouvelle phase d'exploration maritime commence. Le Portugal lance, sous l'impulsion du prince Henri le Navigateur, une entreprise systématique de reconnaissance des côtes africaines. Les navigateurs portugais cherchent un passage vers les Indes, l'or du Soudan, et veulent contourner le monopole musulman sur les routes transsahariennes. Cette quête commence par les îles de l'Atlantique proche. Vers 1336, le Génois Lancelotto Malocello redécouvre les Canaries, archipel connu dès l'Antiquité mais oublié; les Castillans s'y intéressent ensuite et entreprennent leur conquête dans les décennies suivantes, ce qui leur vaut, par traité, la reconnaissance de leurs droits sur cet archipel face aux ambitions portugaises. En 1419, João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira, déroutés par une tempête, abordent l'île déserte de Porto Santo, puis découvrent l'année suivante Madère, qu'ils colonisent rapidement. Les Açores suivent : Diogo de Silves atteint Santa Maria en 1427, et l'exploration de l'archipel se poursuit jusqu'au milieu du siècle, Corvo et Flores n'étant reconnues que vers 1452.

Le grand obstacle psychologique et nautique reste le cap Bojador, sur la côte saharienne, que la tradition tient pour infranchissable. Gil Eanes le franchit enfin en 1434, ouvrant la voie à une progression méthodique vers le sud. Les expéditions portugaises descendent ensuite la côte par étapes : le Río de Oro, le cap Blanc, la baie d'Arguin où elles fondent un comptoir vers 1445, puis l'embouchure du Sénégal. Dinis Dias atteint le cap Vert en 1444 ou 1445, marquant la sortie du désert et l'entrée dans une Afrique verdoyante et peuplée. Dans les années suivantes, les navigateurs explorent les côtes de la Guinée, remontent la Gambie, longent la Sierra Leone (nommée ainsi pour le relief montagneux qu'on aperçoit depuis la mer) et atteignent le golfe de Guinée. Vers 1456, Antonio da Noli ou Diogo Gomes découvre l'archipel inhabité du Cap-Vert, que les Portugais colonisent rapidement, en faisant un relais essentiel pour la traite et la navigation atlantique.

La progression continue le long de la Côte-de-l'Or, où les Portugais bâtissent en 1482 le fort de São Jorge da Mina, point d'appui pour le commerce de l'or et bientôt des esclaves. Dans le golfe de Guinée, ils découvrent les îles désertes de São Tomé et Príncipe vers 1470-1471, puis l'île de Fernando Pó (l'actuelle Bioko) en 1472, et plus tard Ano Bom (Annobón). Ces îles, colonisées par des planteurs et des esclaves, deviennent des centres de production sucrière et des bases pour le commerce avec le continent.

Diogo Cão pousse l'exploration plus loin encore : entre 1482 et 1486, il atteint l'embouchure du fleuve Congo, y érige un padrão de pierre, puis continue jusqu'au cap Cross, dans l'actuelle Namibie, croyant approcher l'extrémité de l'Afrique. C'est Bartolomeu Dias qui, en 1488, après avoir été rejeté par une tempête loin au sud, double sans le savoir le cap des Tempêtes, qu'il baptise ensuite cap de Bonne-Espérance en raison de la route vers l'Inde qu'il laisse présager, et remonte un temps la côte orientale avant de rebrousser chemin. Cette découverte ouvre la voie à Vasco Gama, qui en 1497-1498 contourne le cap, longe la côte du Natal, atteint Mozambique, Mombasa et Malindi, où il recrute un pilote arabe avant de traverser l'océan Indien jusqu'à Calicut. Les Portugais explorent ensuite méthodiquement la côte swahilie : Sofala, comptoir de l'or du Monomotapa, Kilwa, Zanzibar, Mombasa, où ils élèvent au siècle suivant le fort Jesus. Dans la même période, ils reconnaissent des îles atlantiques isolées : Sainte-Hélène, découverte par João da Nova en 1502, et l'Ascension, repérée vers la même époque.

L'océan Indien occidental livre ses propres découvertes. Diogo Dias, frère de Bartolomeu, aborde en 1500 la grande île qu'il nomme alors île de São Lourenço et qui deviendra Madagascar pour les Européens, bien que les Arabes la connaissent depuis longtemps. Les Portugais explorent ses côtes sans s'y établir durablement, faute de moyens et en raison de la résistance locale. Pedro Mascarenhas découvre en 1507 l'île qui portera son nom, Mascareigne, future Réunion; les Portugais signalent également l'île Maurice et Rodrigues, mais les laissent inoccupées. Plus au nord, ils reconnaissent les Comores et les Seychelles au fil de leurs traversées vers l'Inde, sans en prendre véritablement possession.

À partir du XVIIe siècle, d'autres puissances européennes prennent le relais et complètent la carte des côtes et des îles. Les Hollandais, en concurrence directe avec les Portugais, fondent en 1652 une station de ravitaillement au Cap de Bonne-Espérance, sous l'autorité de Jan van Riebeeck, qui devient la colonie du Cap. Ils s'installent aussi à l'île Maurice, qu'ils baptisent ainsi en l'honneur de leur prince Maurice de Nassau, avant de l'abandonner au profit des Français au début du XVIIIe siècle. Les Français, de leur côté, tentent vainement de coloniser Madagascar dès le milieu du XVIIe siècle, multipliant les comptoirs sur la côte orientale, puis s'installent durablement à Bourbon, l'actuelle Réunion, à partir de 1665, et prennent possession de l'île de France, future Maurice, en 1715. Les Anglais, concurrents des Portugais et des Hollandais sur la côte de Guinée, multiplient les comptoirs fortifiés le long de la Côte-de-l'Or et en Sierra Leone, qu'ils utilisent ensuite, après l'abolition de la traite, comme terre d'établissement pour les esclaves libérés.

Le XIXe siècle voit se compléter et se préciser la connaissance hydrographique des côtes africaines, sous l'effet des grandes campagnes de relevés menées par la Royal Navy. Entre 1822 et 1826, le capitaine William Fitzwilliam Owen dirige une vaste expédition de cartographie qui couvre l'essentiel du littoral, du Sénégal au Mozambique, en passant par le golfe de Guinée et la côte orientale, fixant durablement la toponymie et les cartes marines utilisées par la navigation européenne. Dans les mêmes années, l'exploration des deltas fluviaux progresse : Richard et John Lander remontent en 1830 le cours du Niger et établissent, en atteignant la mer par son delta, le lien entre le fleuve intérieur et la côte du golfe de Guinée, résolvant une énigme géographique restée longtemps insoluble. Sur la côte orientale, les explorations se poursuivent à travers les missions diplomatiques et commerciales auprès du sultanat de Zanzibar, qui devient à partir des années 1830 le grand point d'appui des Européens pour pénétrer ensuite vers l'intérieur du continent.

Ainsi, en l'espace de quatre siècles, l'exploration européenne transforme une ligne côtière à peine devinée par les géographes antiques en un littoral entièrement reconnu, jalonné de comptoirs, de forts et d'îles colonisées, qui sert de point de départ, à partir du milieu du XIXe siècle, aux grandes explorations de l'intérieur du continent.
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Carte d'Afrique de du 18 siecle.
Carte d'Afrique de 1711 (J.B. Homann).

L'exploration européenne de l'intérieur des Terres

Tandis que les côtes africaines sont méthodiquement reconnues dès le XVe siècle, l'intérieur du continent demeure pendant longtemps une terre presque entièrement fermée aux Européens, retenus sur le littoral par les fièvres, les obstacles naturels (rapides, cataractes, déserts) et la résistance des puissances locales qui contrôlent les routes commerciales. Seuls quelques missionnaires portugais pénètrent, dès le XVIe siècle, dans le royaume du Kongo et en Angola, où ils établissent des missions et nouent des alliances avec les souverains locaux, sans toutefois lever le voile sur la géographie profonde du continent. Pendant près de trois siècles, les cartes européennes représentent l'intérieur de l'Afrique par de vastes espaces blancs, parfois peuplés de fleuves imaginaires et de montagnes fantaisistes héritées de la géographie antique, notamment les légendaires Monts de la Lune que Ptolémée plaçait à la source du Nil.

La véritable exploration scientifique de l'intérieur commence à la fin du XVIIIe siècle, portée par un nouvel esprit géographique et par la fondation à Londres, en 1788, de l'African Association, qui finance des expéditions destinées à percer les énigmes du continent : le cours du Niger, dont on ignore s'il se jette dans l'Atlantique, rejoint le Nil ou se perd dans les sables, et les sources du Nil lui-même. James Bruce ouvre cette série d'explorations en parvenant en 1770 aux sources du Nil Bleu, en Abyssinie, qu'il prend d'abord pour les sources du grand fleuve avant que la suite des découvertes ne révèle la distinction entre Nil Bleu et Nil Blanc. Pour le Niger, l'Association envoie plusieurs voyageurs qui périssent ou échouent, jusqu'à ce que l'Écossais Mungo Park atteigne enfin le fleuve à Ségou en 1796, établissant qu'il coule vers l'est, contrairement à ce que l'on croyait. Reparti en 1805 pour suivre le fleuve jusqu'à son terme, Park descend son cours sur des centaines de kilomètres avant de périr avec toute son expédition dans les rapides de Bussa, sans que l'embouchure du fleuve soit encore identifiée.

L'exploration du Sahara et du Soudan se poursuit dans les décennies suivantes. Une expédition britannique dirigée par Dixon Denham, Hugh Clapperton et Walter Oudney traverse le désert depuis Tripoli entre 1822 et 1825, atteint le lac Tchad (alors inconnu des Européens) et explore les royaumes du Bornou et du Haoussa; Clapperton parvient ensuite jusqu'au Niger à Sokoto. La grande énigme de Tombouctou, cité mythique réputée pour ses richesses, attire à son tour les explorateurs : l'Écossais Gordon Laing l'atteint le premier en 1826, mais il est assassiné peu après son départ de la ville, sans avoir pu transmettre le récit de son voyage. C'est le Français René Caillié qui, en 1828, après s'être fait passer pour un musulman égyptien et avoir traversé le Sahara au sein d'une caravane, atteint Tombouctou et en revient vivant, rapportant la première description fiable de la cité, plus modeste que sa légende. Quelques années plus tard, Clapperton, reparti en expédition, meurt près de Sokoto, mais son serviteur Richard Lander rapporte ses carnets; Lander et son frère John résolvent ensuite, en 1830, l'énigme du cours du Niger en descendant le fleuve jusqu'à son delta dans le golfe de Guinée, établissant enfin le lien entre le fleuve intérieur et la côte.

Au milieu du siècle, l'Allemand Heinrich Barth entreprend, entre 1850 et 1855, l'une des plus vastes explorations de l'Afrique occidentale et centrale, traversant le Sahara, atteignant le lac Tchad, parcourant le Haoussa, séjournant à Tombouctou, et rapportant une somme considérable d'observations géographiques, linguistiques et historiques sur les sociétés soudanaises, qui font de lui l'un des plus grands explorateurs scientifiques du continent. Dans la même période, d'autres voyageurs, tels Adolf Overweg et Eduard Vogel, poursuivent l'exploration du bassin du Tchad et de ses abords, certains y laissant la vie.

Tandis que l'Afrique occidentale livre ainsi progressivement ses fleuves et ses cités, l'énigme des sources du Nil mobilise une autre génération d'explorateurs partis cette fois de la côte orientale. Les missionnaires allemands Johann Krapf et Johannes Rebmann, établis près de Mombasa dans les années 1840, sont les premiers Européens à apercevoir, depuis la côte, les sommets enneigés du Kilimandjaro et du mont Kenya, dont l'existence sous l'équateur paraît d'abord incroyable en Europe. En 1857, Richard Burton et John Speke partent de Zanzibar à la recherche des grands lacs intérieurs; ils atteignent en 1858 le lac Tanganyika, mais Speke, poursuivant seul vers le nord pendant que Burton, malade, reste en arrière, découvre la même année un lac immense qu'il nomme lac Victoria et qu'il identifie, sans preuve définitive, comme la source du Nil. Cette affirmation, contestée par Burton, divise la communauté géographique pendant des années. Speke repart en 1860 avec James Grant, fait le tour du lac Victoria, découvre en 1862 le point précis où le Nil en sort, près des chutes qu'il baptise chutes Ripon, et descend le fleuve jusqu'en Égypte, apportant ainsi la démonstration de sa thèse. Peu après, Samuel  et Florence Baker, remontant le Nil vers le sud, découvrent en 1864 un second grand lac, le lac Albert, qui reçoit lui aussi les eaux du Nil et complète la compréhension du système hydrographique de la région des Grands Lacs.

Dans le même temps, l'exploration de l'Afrique australe et centrale est dominée par la figure de David Livingstone, missionnaire et explorateur écossais qui consacre plus de trente ans à parcourir des régions jusque-là inconnues des Européens. Parti des stations missionnaires du Bechuanaland, il découvre en 1849 le lac Ngami, puis remonte vers le nord et atteint en 1851 le haut Zambèze. Entre 1853 et 1856, il accomplit la première traversée transcontinentale de l'Afrique australe par un Européen, depuis Linyanti jusqu'à Luanda sur la côte atlantique, puis, repartant vers l'est, traverse de nouveau le continent jusqu'à Quelimane sur la côte de l'océan Indien, découvrant au passage, en 1855, les immenses chutes du Zambèze qu'il nomme chutes Victoria. Dans les années suivantes, il explore le Zambèze et son affluent le Shiré, découvre le lac Nyassa en 1859, puis, dans sa dernière et plus longue expédition, entamée en 1866, il cherche les sources du Nil dans la région des lacs Tanganyika, Mweru et Bangweulu, parvenant à des conclusions erronées sur le système fluvial qui relie ces lacs au Congo plutôt qu'au Nil. Resté plusieurs années sans nouvelles, il est retrouvé en 1871 à Ujiji, sur les rives du Tanganyika, par le journaliste Henry Morton Stanley, envoyé par un grand quotidien new-yorkais pour le retrouver; les deux hommes explorent ensemble le nord du lac avant que Livingstone ne refuse de rentrer en Europe et ne poursuive seul ses recherches, jusqu'à sa mort en 1873 près du lac Bangweulu.

Stanley, marqué par cette rencontre, organise quelques années plus tard une expédition d'une tout autre ampleur, destinée à résoudre définitivement les questions laissées en suspens par Livingstone et Speke. Parti de Zanzibar en 1874, il fait le tour complet du lac Victoria, confirmant les observations de Speke, explore le lac Tanganyika, puis atteint le fleuve Lualaba, dont Livingstone avait pressenti qu'il pouvait être le haut cours du Congo. Stanley en descend alors le cours sur plus de deux mille kilomètres, affrontant les rapides, les maladies et l'hostilité de certaines populations riveraines, et atteint l'embouchure du Congo dans l'Atlantique en 1877, achevant ainsi la première traversée de l'Afrique équatoriale par un Européen et révélant l'existence du grand bassin fluvial congolais. Cette expédition ouvre la voie à la pénétration européenne dans le bassin du Congo : Stanley lui-même y retourne au service du roi des Belges Léopold II, pour lequel il établit, entre 1879 et 1884, une série de stations le long du fleuve, posant les fondements de ce qui deviendra l'État indépendant du Congo. Au même moment, le Français Pierre Savorgnan de Brazza explore pour son propre compte la rive droite du fleuve, signe des traités avec les chefs locaux et fonde en 1880 le poste qui deviendra Brazzaville, assurant à la France la rive nord du Congo.

D'autres expéditions complètent dans les mêmes années la connaissance du continent. Le Britannique Verney Lovett Cameron accomplit entre 1873 et 1875 la première traversée de l'Afrique d'est en ouest par un Européen, depuis Zanzibar jusqu'à la côte atlantique de l'Angola, confirmant certaines hypothèses sur le cours du Lualaba. Le Portugais Serpa Pinto traverse à son tour le continent d'ouest en est entre 1877 et 1879, depuis l'Angola jusqu'au Transvaal, en passant par le Zambèze. Dans le bassin supérieur du Nil et les régions soudanaises, l'Allemand Georg Schweinfurth explore dans les années 1870 le pays des Azandé et découvre la rivière Uele, tandis que Wilhelm Junker poursuit l'exploration de ces régions reculées jusqu'aux confins du Congo. Quelques années plus tard, Stanley conduit une nouvelle expédition, entre 1887 et 1889, à travers la forêt équatoriale, officiellement pour porter secours à l'administrateur Emin Pacha assiégé dans la province égyptienne de l'Équatoria; ce voyage, l'un des plus éprouvants de l'histoire de l'exploration africaine, permet la découverte du massif du Ruwenzori et du lac Edward, complétant ainsi la carte des Grands Lacs.

À la fin du XIXe siècle, les derniers grands vides de la carte africaine se resserrent encore, sous l'effet conjugué des explorations scientifiques et des missions de reconnaissance liées à la conquête coloniale qui s'engage alors entre les puissances européennes. Les régions sahariennes les plus reculées, le bassin du Congo en amont des grandes voies fluviales déjà reconnues, et certaines parties de l'Afrique australe continuent d'être explorées par des officiers, des géographes et des missionnaires jusqu'aux premières années du XXe siècle, achevant ainsi, après plus d'un siècle d'efforts, l'oeuvre de reconnaissance d'un continent dont l'intérieur était resté, plus longtemps que toute autre région du monde habité, hors de la connaissance directe des Européens.



León Arsenal, Rome à la conquète du Nil : L'expédition de Néron au coeur de l'Afrique, J'ai lu, 2010. - 66 après Jésus-Christ. L'empereur Néron envoie son tribun Claudius Emilianus en Egypte afin de découvrir les sources du Nil et le royaume de Méroé. Le convoi forme un fascinant creuset où se côtoient Nubiens, Grecs, Romains, Egyptiens, mais aussi des esclaves, des mercenaires et des commerçants. Une prêtresse nubienne, Senseneb, leur sert de guide et n'hésite pas à utiliser son pouvoir de séduction sur les tribuns, ce qui sème le désordre dans les rangs... En proie aux maladies, à une chaleur suffocante et aux attaques tribales, les légions romaines parviendront-elles aux sources du Nil? (couv.).

Jan Czekanowski (préf. : Georges Balandier), Carnets de route au coeur de l'Afrique, des sources du Nil au Congo, Noir sur Blanc, 2006. - L'expédition "Mecklembourg" fut l'une des toutes premières missions menées par des scientifiques, et non plus, comme c'était souvent le cas, par des militaires, missionnaires ou administrateurs. Les Carnets de route entre le Congo et le Nil débutent en décembre 1907 au Rwanda, et se terminent fin mars 1908 au Congo. Au coeur du continent noir les frontières des empires coloniaux restent floues, mais les Africains sont déjà tous confrontés à la présence des étrangers dont la logique et les motivations leur échappent. Czekanowski assiste à la rencontre de ces deux mondes qui s'ignorent. Du côté africain : rois, chefs de villages, paysans, commerçants, soldats et leurs femmes; du côté européen : fonctionnaires, militaires, employés de grandes compagnies; et entre les deux : les missionnaires qui cherchent à percer "les secrets de l'âme noire". Czekanowski observe la réalité qui lui paraît très éloignée des idées humanitaires prônées en Europe. Sans en avoir la formation, c'est en sociologue que le jeune chercheur observe et écoute les hommes et les femmes qu'il rencontre sur sa route. (couv.).

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