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Adolf Overweg
est un voyageur né le 24 juillet 1822 à Hambourg,
dans une famille bourgeoise et cultivée. Son père, commerçant aisé,
lui offre une éducation soignée et ouverte sur le monde. Dès son adolescence,
il manifeste un goût prononcé pour les sciences naturelles, en particulier
la géologie et la botanique, qu'il étudie avec passion. Il entreprend
des études de médecine puis se tourne vers les sciences naturelles aux
universités de Heidelberg, Berlin
et Bonn, où il obtient un doctorat en géologie
en 1844. Sa thèse porte sur les formations volcaniques et témoigne déjÃ
de son désir d'observer le monde sur le terrain plutôt que dans les livres.
Jeune homme sérieux, réfléchi, d'une constitution robuste mais d'un
tempérament calme et posé, il cultive également des talents de dessinateur
et un véritable intérêt pour l'astronomie pratique, apprenant à se
servir des instruments de navigation et de relevé topographique.
Sa vie bascule en 1849 lorsque le gouvernement
britannique, sous l'impulsion de la Royal Geographical Society, prépare
une grande expédition vers le Sahel et le Sahara
( L'exploration de l'Afrique ).
L'objectif est double : nouer des relations commerciales avec les royaumes
du lac Tchad et explorer les régions encore
inconnues des Européens. L'Allemand Heinrich Barth,
déjà choisi, cherche des compagnons. Overweg, recommandé par le grand
géographe Carl Ritter, est présenté à Barth et accepté avec enthousiasme.
Il a vingt-sept ans, aucune expérience de l'Afrique,
mais une volonté de fer et une préparation scientifique solide. Il s'embarque
avec Barth et un jeune géologue anglais, James
Richardson, chef nominal de l'expédition. Tous trois quittent Tripoli
le 24 mars 1850, à la tête d'une caravane, déguisés en marchands musulmans
pour traverser les contrées hostiles du Fezzan.
Dès les premières semaines, Overweg se
révèle un observateur méticuleux. Pendant que Barth s'absorbe dans les
relevés géographiques et les observations ethnographiques, Overweg se
consacre à la cartographie, au dessin, à la collecte d'échantillons
géologiques, botaniques et astronomiques. Il manie le sextant et le chronomètre
avec aisance, déterminant la position exacte des points d'eau, des reliefs
et des villages. Il note tout : la température des sources, la couleur
des roches, le nom des plantes en langues locales. Son carnet se remplit
de croquis de paysages, de types humains, de détails architecturaux. Il
supporte sans se plaindre les chaleurs étouffantes, les tempêtes de sable,
la soif, les marches interminables sur les plateaux pierreux du Tassili
n'Ajjer et les grandes plaines du Damergou.
L'expédition atteint le montagnes de l'Aïr
en 1850, puis redescend vers le sud, pénétrant dans le Damergou et le
pays de Zinder. Richardson, fatigué et malade, meurt en mars 1851. Barth
prend alors officiellement la tête de la mission, tandis qu'Overweg continue
son travail avec une régularité inébranlable. Il explore les rives du
lac Tchad, qu'il est le premier Européen à parcourir en barque, démontrant
son caractère insulaire et sa nature de mer intérieure peu profonde,
parsemée d'îles et d'archipels. Il navigue sur ses eaux brunâtres, relève
les fonds, décrit la végétation flottante, observe les pêcheurs Boudouma
et note la présence d'hippopotames et de
crocodiles. Cette exploration nautique,
réalisée avec des embarcations locales, demeure l'un des faits les plus
marquants de sa brève carrière africaine.
Ensuite, il séjourne longuement dans les
royaumes du Bornou et du Kanem, autour du lac. Il visite Koukawa, la capitale
du Bornou, où il est reçu par le cheikh Omar. Il y observe la cour, les
cavaliers en armure, les eunuques, les savants musulmans, l'esclavage domestique
et agricole. Il relève patiemment des vocabulaires des langues kanouri
et haoussa, dessine des plans de villes, étudie l'agriculture et l'irrigation.
Pendant que Barth entreprend sa longue exploration vers le sud, vers l'Adamaoua
et le Sokoto, Overweg demeure seul dans la
région du Tchad, vivant dans des conditions précaires, sous une tente
ou dans des huttes de paille, exposé aux fièvres paludéennes. Il reste
en contact épistolaire avec Barth et avec l'Europe, envoyant lettres et
rapports lorsque des caravanes acceptent de les transmettre. Sa correspondance
révèle un homme qui ne se plaint jamais, passionné par ce qu'il voit,
parfois nostalgique de sa patrie mais jamais tenté d'abandonner.
Il explore la région du Komadougou Yobé,
la rivière qui se jette dans le lac Tchad, et pénètre dans le royaume
du Kanem au nord-est. Il est le premier Européen à donner une description
précise de cette région, de ses dunes, de ses palmeraies et de ses populations
mobiles. Il découvre que le lac Tchad était jadis bien plus vaste, en
relevant des traces d'anciens rivages et en recueillant des traditions
orales sur le recul des eaux. Cette observation pionnière préfigure les
études paléoclimatiques modernes. Il dessine une carte du lac qui corrige
les erreurs des géographes antiques et médiévaux. Il mesure avec soin
la latitude et la longitude de plusieurs sites, base de la cartographie
future du Soudan central.
Mais sa santé, longtemps résistante,
commence à céder. Les fièvres intermittentes, les diarrhées, la malnutrition
et l'épuisement le minent inexorablement. Il se plaint de plus en plus
souvent de maux de tête violents et de faiblesses soudaines. Il continue
pourtant ses relevés, refusant d'interrompre son travail. En août 1852,
Barth le rejoint brièvement et le trouve très amaigri, le teint cireux,
mais toujours occupé à écrire, à dessiner, à classer ses collections.
Barth insiste pour qu'il rentre en Europe, mais Overweg refuse, espérant
un rétablissement. Il souhaite encore explorer le Baguirmi, royaume situé
au sud-est du lac Tchad. Il se fait transporter en hamac jusqu'Ã Maduari,
village sur la rive sud du lac, où il pense que l'air plus frais le guérira.
Mais son état empire. Le 27 septembre 1852, à l'âge de trente ans, il
meurt dans cette petite localité isolée, entouré de quelques serviteurs
fidèles. Barth, averti trop tard, ne peut que constater le décès et
faire enterrer son compagnon au bord du lac qu'il avait si bien décrit. |
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