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Le Monomotapa

Le Monomotapa (Munhumutapa ou Mwene Mutapa), est un ancien royaume africain situĂ© dans la rĂ©gion actuelle du Zimbabwe et du Mozambique. Il a existĂ© principalement du XIe au XVIIIe siècle. Le nom Monomotapa est dĂ©rivĂ© du titre du souverain, Mwene mutapa, qui signifie "Seigneur de l'Ă©clat" ,  "Seigneur de l'or" ou "Seigneur des mines ". Le royaume Ă©tait rĂ©putĂ© pour ses richesses en or et ses relations commerciales avec d'autres rĂ©gions d'Afrique et au-delĂ . Le royaume du Monomotapa a atteint son apogĂ©e au XVIe siècle, pendant la pĂ©riode portugaise en Afrique australe. Les Portugais ont Ă©tabli des relations commerciales avec le royaume en raison de ses importantes rĂ©serves d'or. Cependant, ces relations se sont dĂ©tĂ©riorĂ©es au fil du temps en raison de la cupiditĂ© et des actions oppressives des colons portugais. Ceci a conduit Ă  des conflits et Ă  la fin du royaume au XVIIIe siècle. Aujourd'hui, le nom de ce royaume reste associĂ© Ă  la mythologie et aux lĂ©gendes, en partie en raison des rĂ©cits exagĂ©rĂ©s des explorateurs europĂ©ens Ă  propos de ses richesses et de sa grandeur. Ces rĂ©cits ont contribuĂ© Ă  la perception occidentale du continent africain comme un lieu de mystère et de richesses inexplorĂ©es, une perception qui a influencĂ© les attitudes coloniales et les politiques impĂ©riales. On  trouve mĂŞme une trace du prestique du Monomotapa dans la fable de La Fontaine intitulĂ©e Les deux amis...

La région dans laquelle le Monomotapa s'est constitué a été peuplée dès le IXe siècle (au moins) par des populations de langues bantoues qui s'installent dans la région du plateau du Zimbabwe. Ces populations ont établi de petits royaumes et se sont engagés dans l'agriculture, l'élevage et le commerce. Deux de ces Etats ont acquis une puissance particulière, et ont contribué aux bases économiques et sociales de ce qui sera le Monomotapa, en mettant en place des pratiques commerciales et artisanales qui seront ensuite reprises et développées : le Mapungubwe (IXe – XIIIe siècle), et, un peu plus au nord, le Grand Zimbabwe (XIe – XVe siècle).

Le Mapungubwe, situĂ© dans l'actuelle Afrique du Sud, est considĂ©rĂ© comme l'un des premiers royaumes organisĂ©s d'Afrique australe. Ce royaume a prospĂ©rĂ© grâce au commerce de l'or, du cuivre et de l'ivoire avec les marchands de la cĂ´te est-africaine, notamment les commerçants arabo-swahilis et, par extension, les routes commerciales de l'ocĂ©an Indien. Le royaume du Mapungubwe a disparu en grande partie vers le XIIIe siècle. Le Grand Zimbabwe, situĂ© dans l'actuel Zimbabwe, et connu pour ses structures en pierre spectaculaires, a succĂ©dĂ© au Mapungubwe. Il a dominĂ© le commerce de l'or et attirĂ© des marchands de la cĂ´te swahilie et de l'ocĂ©an Indien. Il est  vu comme la civilisation la plus directement liĂ©e au Monomotapa. En effet, lorsque le Grand Zimbabwe a commencĂ© Ă  dĂ©cliner Ă  partir du XVe siècle (probablement en raison d'une pression Ă©cologique ou de conflits internes), certains de ses Ă©lites et groupes dirigeant seraient partis Ă  la recherche de nouveaux territoires. Cela aurait donnĂ© lieu Ă  des migrations et Ă  la formation de nouvelles structures politiques, dont le royaume du Monomotapa. Le Monomotapa aurait repris une grande partie du modèle Ă©conomique et culturel du Grand Zimbabwe, notamment le contrĂ´le des routes commerciales de l'or.
 

Le site archéologique de Grand Zimbabwe

Le royaume ou empire du Grand Zimbabwe tire son nom du site archĂ©ologique Ă©ponyme, près du lac Mutirikwi et de la ville de Masvingo. Grand Zimbabwe, et qui en Ă©tait possiblement une capitale ou un centre majeur du royaume, et sĂ»rement aussi, ensuite, du Monomotapa. Construit, pense-t-on par les Karanga, un sous-groupe shona, entre le XIᵉ et le XIVᵉ siècle, ce site monumental Ă©tait une citĂ© de pierres  (dzimba-dza-mabwe, en shona, signifie « maisons de pierre ») qui s'Ă©tendait sur une superficie de 720 hectares. L'une des particularitĂ©s de Grand Zimbabwe est son architecture impressionnante en pierre sèche, c'est-Ă -dire sans utilisation de mortier. Les blocs de granit utilisĂ©s pour la construction ont Ă©tĂ© soigneusement taillĂ©s et ajustĂ©s pour crĂ©er des structures solides et Ă©lĂ©gantes. Les principales zones du site sont les suivantes :

• La colline de l'acropole. - C'est la plus ancienne partie du site, perchĂ©e sur une colline rocheuse.  Elle servait probablement de centre religieux et royal. Les archĂ©ologues pensent que les souverains du Grand Zimbabwe rĂ©sidaient ou menaient des cĂ©rĂ©monies importantes Ă  cet endroit. Sa position dominante permettait de surveiller la rĂ©gion environnante.

• Le Grand Enclos. - Le Grand Enclos est l'une des structures les plus impressionnantes et emblĂ©matiques du site. Il s'agit d'un vaste mur circulaire de 250 mètres de circonfĂ©rence, atteignant parfois 11 mètres de hauteur, qui entoure une sĂ©rie de plus petites constructions en pierre.  On ne connaĂ®t pas avec certitude sa fonction, mais il aurait pu servir de rĂ©sidence royale ou de lieu cĂ©rĂ©moniel. Sa construction reflète l'ingĂ©niositĂ© des architectes et les moyens considĂ©rables de la sociĂ©tĂ©. Ă€ l'intĂ©rieur du Grand Enclos, on trouve une haute tour conique, Ă©galement rĂ©alisĂ©e en pierre, dont la fonction prĂ©cise reste un mystère (peut-ĂŞtre un symbole de pouvoir ou un Ă©lĂ©ment rituel).

• La vallée des ruines. - Cette partie abritait principalement des habitations et espaces pour la population commune. Les structures comprenaient des édifices en pierres et d'autres en matériaux périssables (comme le bois et la paille), qui n'ont pas résisté au temps.

Grand Zimbabwe fut progressivement abandonné à partir de la fin du XVᵉ siècle. Les raisons de ce déclin ne sont pas totalement claires, mais les historiens et archéologues avancent plusieurs hypothèses. La surpopulation et la surutilisation des terres environnantes pour l'agriculture et le bétail auraient épuisé les ressources naturelles, rendant la région moins viable. Les principales routes commerciales auraient été redirigées ailleurs, notamment avec la montée de nouvelles puissances en Afrique australe, comme le royaume de Mutapa. Des rivalités internes ou des tensions pourraient également avoir contribué à la perte de contrôle de la région par les dirigeants locaux. Grand Zimbabwe fut ensuite en grande partie oublié par le reste du monde, jusqu'à sa « redécouverte » par les explorateurs européens au XIXe siècle.

Le royaume du Monomotapa se forme donc au XVe siècle (dès le XIIIe siècle, selon certaines traditions). Il est basé sur les structures économiques mises en place par les royaumes précédents, notamment le commerce de l'or et les relations avec les marchands de la côte swahilie, ainsi que par les traditions politiques et sociales héritées, comme la figure centrale du roi (Mwene Mutapa). Le royaume aurait été fondé par un membre d'une dynastie issue du Grand Zimbabwe, nommé Nyatsimba Mutota, considéré comme le premier et peut-être légendaire, mwene mutapa. Mutota aurait quitté le Grand Zimbabwe avec un petit groupe à la recherche d'une nouvelle source de sel pour leur subsistance. Cette quête l'aurait conduit vers le nord, dans la vallée du Zambèze, où il aurait soumis les populations de cette région et fondé le royaume du Monomotapa.

Le royaume du Monomotapa s'est bientĂ´t agrandi par des conquĂŞtes et des alliances et est devenu un carrefour commercial et culturel majeur. A son apogĂ©e il couvrira une grande partie de l'Afrique australe, du Zambèze Ă  la rivière Limpopo. Le Monomotapa contrĂ´lait des ressources abondantes et très convoitĂ©es comme l'or, le cuivre, l'ivoire et d'autres marchandises nĂ©gociĂ©es avec les marchands arabes et swahilis le long de la cĂ´te orientale de l'Afrique. Grâce Ă  ces Ă©changes, des produits comme les textiles, les perles et les porcelaines chinoises parvenaient au coeur du royaume, prouvant son intĂ©gration dans les rĂ©seaux commerciaux de l'OcĂ©an Indien. Le royaume a ainsi pu dĂ©velopper une culture sophistiquĂ©e, avec des palais, des temples et des oeuvres d'art Ă©laborĂ©s. 

A l'image de Mwenemutapa Matope (vers 1480-1510), qui a rĂ©gnĂ© pendant une pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© et d'expansion de l'empire, le roi du Monomotapa Ă©tait considĂ©rĂ© comme un dieu par les populations locales, et il Ă©tait entourĂ© d'une cour luxueuse et de nombreux serviteurs. Les mwene mutapa auraient Ă©tĂ© choisis, croyaient-on, par les ancĂŞtres ou seraient les descendants directs des fondateurs du royaume, eux-mĂŞmes guidĂ©s par les esprits. Leur pouvoir Ă©tait donc profondĂ©ment sacrĂ©. Le roi Ă©tait vu comme un intermĂ©diaire entre le monde des vivants et le monde des esprits (appelĂ©s vadzimu). Il avait la capacitĂ© supposĂ©e de contrĂ´ler les forces de la nature, de garantir des rĂ©coltes abondantes et de protĂ©ger le royaume contre ses ennemis. 

Selon une tradition hĂ©ritĂ©e du Grand Zimbabwe, le royaume du Monomotapa avait pour habitude de placer ses dirigeants dans des centres fortifiĂ©s ou des installations bâties avec des structures en pierre, appelĂ©es zimbabwes. Ces centres servaient de rĂ©sidences pour le mwene mutapa  ainsi que pour son entourage. Les zimbabwes auraient changĂ© de localisation au fil du temps, en fonction des besoins politiques, militaires, ou Ă©conomiques du royaume. 

Les sources historiques et archĂ©ologiques suggèrent plusieurs sites, outre celui de Grand ZimbabwĂ©, qui pourraient avoir servi de capitales ou de centres administratifs du royaume du Monomotapa. Ces lieux Ă©taient aussi des sanctuaires religieux oĂą des rituels Ă©taient pratiquĂ©s pour invoquer les ancĂŞtres ou assurer la fertilitĂ© de la terre. MĂŞme après le dĂ©clin du royaume, ces lieux ont continuĂ© Ă  jouer un rĂ´le dans les croyances des populations locales. Avec le dĂ©placement des centres de pouvoir vers le nord-est, certaines localitĂ©s comme Dembare auraient servi de capitales pendant une partie de l'existence du royaume. Ces sites Ă©taient stratĂ©giquement situĂ©s près des routes commerciales et dans des zones riches en ressources (comme les minerais d'or). Un autre centre majeur qui a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme une capitale administrative ou symbolique est le site du mont Fura (au Mozambique, dans la vallĂ©e du Zambèze), ou certains zimbabwes, sont entourĂ©s d'un caractère mythique.  Cette zone se trouvait elle aussi Ă  proximitĂ© des routes commerciales reliant l'intĂ©rieur du continent aux ports de la cĂ´te Swahilie et jouait un rĂ´le stratĂ©gique dans le contrĂ´le du commerce de l'or, de l'ivoire et d'autres marchandises. Pendant la pĂ©riode d'interaction avec le Monomotapa, les Portugais, ont Ă©galement nommĂ© Masapa et Barue (ou Barwe), souvent dĂ©crites comme capitales ou centres administratifs importants du royaume.

Ă€ partir du XVIe siècle, les Portugais mentionneront souvent cette rĂ©gion dans leurs comptes rendus, probablement parce qu'elle Ă©tait une base importante du mwene mutapa Ă  cette Ă©poque. Les Portugais, qui sont arrivĂ©s en 1505 sur la cĂ´te africaines orientale, Ă©tablissent des comptoirs commerciaux et commencent dès cette Ă©poque Ă  commercer avec l'Empire du Monomotapa. L'influence portugaise va avoir  un impact significatif sur l'empire. Les Portugais introduisent de nouvelles technologies, telles que les armes Ă  feu, et convertissent certains dirigeants locaux au christianisme. Cependant, les relations entre les Portugais et les Karanga sont souvent tendues, car les Portugais cherchent Ă  contrĂ´ler le commerce de l'or. Mwenemutapa Chikuyo Chisamarengu (vers 1510-1530) a ainsi rĂ©sistĂ© aux premières tentatives portugaises de pĂ©nĂ©tration dans l'intĂ©rieur des terres. Mwenemutapa Neshangwe Munembire (vers 1530-1550) voit arriver les  premiers missionnaires jĂ©suites dans son royaume. Mwenemutapa Tavara (vers 1570-1589) luttera encore contre les incursions portugaises et a tentera de maintenir l'indĂ©pendance de l'empire. 

Mais rien n'y fait. Tout au long du XVIe siècle, le Monomotapa entame son dĂ©clin. A cause des Portugais, qui lancent Ă©galement des expĂ©ditions dans l'intĂ©rieur, provoquant des soulèvements et des pertes territoriales. Mais aussi Ă  cause des luttes de succession, de la sĂ©cheresse et des invasions des populations Nguni (un autre groupe bantou) sous el règne de Mwenemutapa Gatsi Rusere (vers 1589-1623) , qui chacune Ă  sa façon contribue Ă  l'affaiblissement du royaume. Mwenemutapa Mavhura Macombe (vers 1623-1663) tentera, au siècle suivant, de restaurer la puissance du royaume, mais a finalement Ă©chouera face aux pressions portugaises et aux luttes intestines. Mhande Felipe (XVIIe siècle) sera le premier roi du Monomotapa Ă  se convertir officiellement au christianisme. Son règne marque la soumission partielle du royaume aux Portugais, qui lui confèrent parfois des titres europĂ©ens. Siti Kazurukamusapa est le dernier roi connu avant la fragmentation dĂ©finitive du royaume, qui se divise en plusieurs petits royaumes. Parmi les royaumes qui recueillent l'hĂ©ritage du Monomotapa on peut mentionner : 

• Le royaume de Manyika, situé dans l'actuel Zimbabwe et au Mozambique, et qui était connu pour ses mines d'or.

• Le royaume de Mutapa (restauré), une version restaurée du Monomotapa original, située dans l'actuel Mozambique.

• Le royaume de Sena était un important carrefour commercial.

• Le royaume de Teve s'est signalé par sa production de fer.

• Le royaume de Torwa était dirigé par la dynastie Torwa, qui a adopté les coutumes portugaises.

• Les royaumes chagamires. - Certaines sources mentionnent une figure connue sous le nom de Changamire, un titre régional qui aurait pu désigner un rival de la dynastie régnante au Monomotapa ou un réformateur. Le mot évoluera plus tard pour désigner les dirigeants du royaume de Rozwi et du royaume de Butua, Etats sécessionnistes du Monomotapa. La dynastie Rozwi a résisté aux Portugais.

Mythes et légendes associés au Monomotapa.
Le royaume du Monomotapaest entouré de nombreux mythes et légendes qui reflètent aussi bien l'histoire réelle que les perceptions exagérées ou fantastiques de l'époque, notamment celles des Européens qui ont découvert la région et de ses héritiers locaux. Ces récits proviennent de récits écrits par les premiers explorateurs, colons et missionnaires portugais qui sont entrés en contact avec ce puissant royaume.

L'arrivĂ©e des Portugais dans la rĂ©gion au XVIe siècle a donnĂ© naissance Ă  de nombreux mythes exagĂ©rĂ©s autour de la richesse du royaume.Les EuropĂ©ens Ă©taient fascinĂ©s par les rĂ©cits du vaste commerce d'or et d'ivoire que contrĂ´lait le Monomotapa. Cela a alimentĂ© la lĂ©gende selon laquelle le royaume abritait une forme d'Eldorado africain : un territoire regorgeant d'or et d'autres richesses inestimables. Ces rĂ©cits fantasmĂ©s, amplifiĂ©s par des explorateurs et marchands, ont attirĂ© l'attention des puissances europĂ©ennes, notamment des Portugais qui voulaient monopoliser ce commerce. Les ruines spectaculaires de Grand Zimbabwe, mal comprises Ă  l'Ă©poque, et les croyances europĂ©ennes sur des civilisations anciennes en Afrique australe (mĂŞme avant la pĂ©riode du royaume), ont alimentĂ© cette lĂ©gende. 

Certains rĂ©cits portugais et europĂ©ens associaient les ruines de Grand Zimbabwe et le royaume du Monomotapa Ă  des mythes bibliques. Ils croyaient que le Monomotapa abritait les mines du roi Salomon, mentionnĂ©es dans la Bible comme une source fabuleuse d'or et de trĂ©sors. Ces rĂ©cits, bien entendu fictifs, illustrent l'imaginaire europĂ©en de l'Ă©poque sur les royaumes africains, qu'ils percevaient  comme hĂ©ritiers d'une civilisation disparue liĂ©e aux rĂ©cits bibliques ou antiques.

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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