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Carthage
est la première république conquérante et commerçante dont l'histoire
fasse mention. Cet Etat se forma en incorporant les anciennes colonies
cananéennes et phéniciennes
etablies le long des côtes septentrionales de l'Afrique, et par l'asservissement
successif des populations autochtones. Il recrutait ses armées, composées
de troupes mercenaires, parmi les peuples soumis ou tributaires. Mais ses
principales forces militaires consistaient dans ses flottes. Il étendit
sa domination en Afrique de la grande Syrte jusqu'aux Colonnes d'Hercule.
Il conquit une partie de la Sicile en 536
av. J. C., puis la Sardaigne, la Corse,
Malte
et les îles Baléares .
Battus en Sicile
en 480
par Gélon, tyran de Syracuse, les Carthaginois y recommencèrent la guerre
en 410.
Après des alternatives de succès et de revers, ils conclurent la paix
à leur avantage, en 507,
avec Agathocle,
qui avait transporté la lutte de Sicile en Afrique. Pyrrhus, appelé contre
eux par les Syracusains, leur fit éprouver, en 278,
quelques défaites, à la suite desquelles ils redevinrent cependant maîtres
de la majeure partie de la Sicile.
Mais les Romains
convoitaient aussi cette île, où la première des trois guerres entre
les deux puissantes républiques, dites guerres puniques, éclata en 264.
Elle se termina en 241
à l'avantage de Rome, qui força les Carthaginois à évacuer la Sicile,
et. leur enleva aussi la Sardaigne et la Corse. Dans la deuxième guerre
punique, commencée en 218, Hannibal, parti
de l'Espagne, conquise par.son père Hamilcar
et son beau-frère Hasdrubal de 237
à 221,
s'avança victorieux jusqu'aux portes de Rome; mais les ressources nécessaires
pour poursuivre ses conquêtes lui manquèrent, et Scipion,
qui avait enlevé l'Espagne aux Carthaginois de l'an 210
à l'an 208,
transporta la lutte en Afrique, où Hannibal fut rappelé et vaincu Ã
Zama
en 202.
En vertu d'un traité
conclu en 201,
Carthage livra sa flotte et perdit l'empire
de la mer. Elle était déchirée par les factions et attaquée par Masinissa,
allié des Romains, lorsque ceux-ci lui déclarèrent la guerre en 149.
Cette troisième guerre punique, malgré les prodiges de valeur des Carthaginois,
se termina en 146
par la prise de Carthage, qui fut entièrement détruite parScipion
Emilien. Son territoire fut réduit en province romaine. |
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Aux
origines de Carthage
Carthage fut fondée par une colonie de
Phéniciens ,
mais on ne sait rien de précis sur son origine et les commencements de
ses annales. D'après Philiste de Syracuse, elle aurait été bâtie par
les Tyriens Ézoros et Carchédon, vingt et un ans avant la prise de Troie
par les Grecs. Cette tradition n'est pas vraisemblable; la légende semi-historique
que nous allons relater et que l'on adopte généralement, mérite-t-elle
plus de créance? Dès le XVIe
siècle avant l'ère chrétienne, des colons venus de Sidon
avaient fondé une ville du nom de Cambé ou Caccabé, sur le site même
où fut Carthage : cette colonie ne prospéra guère, tout le commerce
des Phéniciens avec la côte d'Afrique étant centralisé dans les deux
autres villes phéniciennes voisines, Hippone
et Utique .
Mais vers l'an 822, une nouvelle colonie
phénicienne, partie cette fois de Tyr ,
sous la conduite d'une princesse nommée Elissar, vint s'établir à Cambé,
fuyant la colère de Pygmalion. Cambé, qui languissait, accueillit avec
empressement les nouveaux émigrants et Élissar, appelée dans la légende
Didon
« la fugitive », acheta du roi des Liby-Phéniciens Japon un vaste territoire
où elle bâtit la ville qui prit le nom de Kiriat-hadeschat ou Karth-hadschath
« la ville neuve », nom dont les Grecs ont fait Karchédon et les Latins
Carthago .
Ces événements dans lesquels l'histoire se confond avec la légende et
que le vieux Caton, Trogue-Pompée,
saint Augustin, ont extrait des traditions carthaginoises
elles-mêmes, sont devenus populaires à Rome, grâce surtout au talent
imaginatif de Virgile qui se complut à immortaliser
le nom de Didon.
La période tyrienne.
L'histoire de Carthage reste enveloppée
de ténèbres pendant les trois premiers siècles de son existence; cette
obscurité a porté des historiens hypercritiques comme Otto Meltzer Ã
douter de son existence avant le VIe
siècle. Pourtant, c'est dès le VIe
siècle que Carthage lutte contre
les Grecs et qu'elle commence à dominer
dans les mers de l'Occident : il faut donc admettre antérieurement une
assez longue période de développement et de progrès et laisser aux autres
grandes colonies phéniciennes
d'Utique
et d'Hippone le temps de s'affaiblir à son profit. Durant cette période
obscure de leurs annales, les Carthaginois conquirent pied à pied toute
la région qui s'étend de la petite Syrte à la frontière de la Numidie ;
ils établirent une série de comptoirs de commerce (emporia) sur
la côte de la petite et de la grande Syrte. Au commencement du VIe
siècle, le territoire continental soumis à Carthage se partage
en trois zones. La première, la Zeugitane
ou Carchédonie, comprenait, outre les environs de Carthage, Hippone-Zaryte,
Utique. Tunis, Clypea et quelques autres villes
de la côte, puis dans l'intérieur des terres, Vacca, Bulla, Sicca, Zama .
La seconde était la Byzacène
dans laquelle se trouvaient les villes d'Hadrumète (Sousse), la Petite
Leptis (Lemta), Thysdrus (El-Djem), Tacapé (Gabès). Dans la troisième
venaient les emporia, série d'entrepôts commerciaux échelonnés sur
la côte, depuis Tacapé Jusqu'à la grande Leptis (Tripoli),
et parmi lesquels il faut citer Macar, Oea et l'île supposée des Lotophages
(Djerba).
Carthage tient par là toutes les routes
commerciales de l'Afrique; elle va chercher à s'étendre en Sicile et
en Espagne où elle se heurtera aux Grecs
puis aux Romains. Ce fut dans la Cyrénaïque
que le conflit éclata pour la première fois. Les Grecs de Cyrène
ayant cherché à disputer un terrain neutre aux Carthaginois qui voulaient
s'y établir, les deux partis convinrent, raconte Salluste,
d'envoyer de part et d'autre deux ambassadeurs, partant les uns de Carthage,
les autres de Cyrène; l'endroit de la côte où ils devaient se rencontrer
serait la limite respective des deux États. Carthage députa deux frères
nommés Philènes que les Cyrénéens cherchèrent à tromper; mais pour
bien marquer le point où ils étaient arrivés et ne pas perdre un pouce
de territoire, les Philènes s'y firent enterrer vivants. Plus tard, on
éleva sur les lieux mêmes, en souvenir de cette légende, les autels
des Philènes et l'on honora d'un culte
les héroïques Carthaginois dont le dévouement conquit à leur Cité
tout le pays des Syrtes et celui des populations africaines des Nasamons
et des Lotophages.
L'impérialisme
carthaginois
La période de conquêtes
pour Carthage s'ouvre dans la moitié du VIe
siècle avant notre ère, après la chute
de Ty ,
qui fait de Carthage la principale cité phénicienne : les Carthaginois
s'unirent alors aux Etrusques et attaquèrent
les Phocéens, qui furent vainqueurs; sur 60 vaisseaux qu'ils avaient,
40 furent coulés bas. Justin rapporte que Malchus, ayant voulu porter
la guerre en Sardaigne, fut complètement battu. Le sénat le bannit Ã
perpétuité avec son armée. Malchus, pour se venger de cette condamnation
qu'il considérait comme une insulte, assiégea Carthage, s'en empara par
l'épée et fit mourir 10 sénateurs qui avaient voté son bannissement
(530 av. J.-C.).
Son successeur Magon le Grand fut la tige de cette
famille héroïque qui, de 550
à 308,
donna à Carthage dix ou onze chefs, qui perfectionnèrent sa civilisation
et augmentèrent sa puissance et sa gloire. De son vivant, Cambyse
voulut s'emparer de Carthage et se vit forcé de renoncer à son entreprise.
En 509,
Carthage, qui faisait du commerce en Italie,
conclut un traité avec les Romains. A cette période, appartiennent encore
la plupart de ses colonisations sur les côtes occidentales d'Espagne ,
dans les îles Baléares ,
à Gozo, dans l'île Tercine, en Sicile, à Malte ,
etc. Parmi les personnages illustres, on cite Hannon
qui, par l'ordre du sénat de Carthage, équipa une flotte de 60 vaisseaux
et répandit 30 000 colons liby-phéniciens entre les Colonnes d'Hercule
et l'île de Cerné ( Le
périple de Hannon); le général Hamilcar
ou Himilcon qui franchit les Colonnes d'Hercule;
visita sur la côte d'Espagne les stations et colonies carthaginoises;
il longea même la Gaule, traversa la Manche et arriva aux îles Cassitérides ,
qui, dans ce contexte, ne peuvent être que les îles Solingues ou Scilly,
au Sud-Ouest de l'Angleterre. Le gouvernement de Carthage se forma pendant
cette première période de son histoire.
Une nouvelle période
de l'histoire de Carthage commence en 480
au moment où Xerxès envahissant la Grèce
( Les
Guerres médiques), les Carthaginois ses alliés envahirent la Sicile,
et se bornèrent à occuper les villes de Motyum, Soloïs et Panorme. Ils
attaquèrent Gélon, tyran de Syracuse, qui les vainquit à Himera.
En 410,
les Segestains, en guerre avec les habitants de Selimunte, appelèrent
à leur secours les Carthaginois. Sous la conduite d'Hannibal,
fils de Giscon, une flotte carthaginoise transporta en Sicile une armée
de 100 000 hommes, Africains, Ibériens, Italiens; il s'empara d'Himère,
de Géla, Sélinonte ,
d'Agrigente, dont les Carthaginois massacrèrent
les habitants. Pendant l'espace de 36 ans, il se livra quatre guerres dans
la première, Denys Ier fut vaincu devant
Géla et céda à Carthage, outre le territoire qu'elle possédait, Gélri
et Camarine. Cinq ans après, il y eut une nouvelle guerre entre Himilcon,
successeur d'Hannibal, et Denys. Ce dernier fut d'abord vainqueur, mais
une double défaite sur terre et sur mer lui fit perdre toutes ses conquêtes,
et Himilcon vint l'assiéger dans Syracuse; mais la peste lui vint en aide
et les Carthaginois perdirent 150 000 hommes sous les murs de Syracuse;
ils n'en continuèrent pas moins la guerre avec acharnement. La paix ne
se fit qu'en 392,
et par ce traité, les Carthaginois abandonnèrent seulement à Denys la
ville de Cauromentum et son territoire.
En 383,
la 3e guerre se déclare; une bataille
s'engage près de Cabala, où périrent 10 000 soldats de Carthage et parmi
eux le roi Magon. La même année, Magon II vengea
son père et remporta une victoire décisive sur Denys. Ce dernier acheta
la paix moyennant 10 000 talents et céda tout le pays au-delà du petit
fleuve Halicus, sur la côte méridionale de l'île. Tout ce qui était
à l'Occident de cette rivière, à peu près le tiers de la Sicile, reconnaissait
la souveraineté de Carthage. En 368,
Denys recommença la guerre en s'emparant de Selmente, Entelk, Erix. Il
s'avança devant les murs de Lilybée, où il échoua, et sa flotte fut
battue dans le port. Enfin Denys mourut avec le regret de n'avoir pu expulser
les Carthaginois de la Sicile. Les conquêtes des Carthaginois durent s'arrêter
devant la valeur de Timoléon, qui les força de lever le siège de Syracuse
(342).
10 000 des leurs y périrent, 15 000 furent faits prisonniers sur les bords
de la Cremise. Agathocle,
tyran de Syracuse ,
recommença la lutte, mais il fut battu et assiégé par les Carthaginois
devant Syracuse; alors il porta la guerre sur la côte d'Afrique, au sein
même de la puissance de Carthage (310).
Après quelques victoires, après avoir vu Hamilcar,
général carthaginois, vaincu et tué par les Syracusains, Agathocle fut
vaincu à son tour en Afrique par les Carthaginois et souscrivit à un
traité avantageux pour Carthage (311-201).
La prépondérance de cette république s'accrut beaucoup en Sicile par
un troisième traité d'alliance entre elle et Rome, occasionné
par l'ambition de Pyrrhus, qui avait remporté quelques avantages
qu'il perdit presque aussitôt. Mais, peu de temps après, Carthage ayant
voulu poursuivre ses projets de conquête en Sicile, elle se, trouva en
présence d'un nouvel adversaire.
Les
guerres Puniques
Les guerres entre
Rome et Carthage remplissent la dernière période de cette puissance,
de 264
à 146 av. J.-C.
Il y eut trois guerres. Elle sont connues sous le nom de guerres puniques.
La première, qui dura de 264
à 241 av. J.-C.,
fut à la fois terrestre et maritime, eut pour principal théâtre la Sicile
ainsi que les mers qui l'entourent et valut aux Romains la conquête de
cette grande île. La seconde, de beaucoup la plus dangereuse pour Rome
et la plus célèbre, dura 18 ans, de 219
à 201 av. J.-C.
Elle est fameuse par l'expédition d'Hannibal
en Italie, par ses victoires de la Trébie, de Trasimène et de Cannes
et par la défaite que Scipion l'Africain infligea
aux Carthaginois à Zama ,
sur leur propre territoire, en 202.
Elle eut pour résultat l'empire des mers acquis à Rome et la suprématie
des Romains sur toute la côte africaine. La troisième, de 149
à 146 av. J.-C.,
mit fin à la lutte entre les deux républiques : Carthage fut assiégée,
prise et détruite de fond en comble par Scipion Émilien. A la première
grande guerre punique se rattache la guerre des Mercenaires ou guerre
Inexpiable, que Carthage eut à soutenir contre ses troupes mercenaires
révoltées et dont elle ne se délivra que par une trahison suivie d'un
massacre général.
La ville de Carthage
fut détruite l'an 146 av. J.-C.
(606 de Rome), et c'en fut fini de la puissance punique. Le territoire
contrôlé par l'Etat carthaginois fut réduit en provinces
romaines sous le nom d'Afrique .
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Paul
Monceaux (prés. Leila Sebaï), Les
intellectuels carthaginois, Éditions
cartaginoiseries (Tunisie), 2009. - D'après
l'oeuvre de Monceaux, Les Africains, l'Afrique,
à l'époque romaine païenne, fut le dernier grand relais de la littérature
latine, et a eu, entre autres belles vocations, l'apprentissage puis
la maîtrise du latin. Au moment où les
lettres à Rome
donnent très nettement des signes d'épuisement, que les oeuvres des auteurs
africains se répandent dans le monde et brillent d'un éclat particulier.
Tous
les auteurs étudiés magistralement par P. Monceaux sont évidemment des
Africains de souche, des hommes dont l'oeuvre littéraire, spirituelle
ou philosophique a largement dépassé les frontières et transgressé
le temps. Ils ont contribué à la grandeur de ce célèbre pôle intellectuel
qu'était la Carthage romaine considérée
comme l'un des centres littéraires et artistiques parmi les plus brillants
de l'Antiquité, et contribué également
à construire ce qu'on appelle communément « le génie africain
».
Autant
de raisons qui pourraient amplement justifier la réédition d'un ouvrage
publié en 1894, et donc aujourd'hui difficilement accessible au plus grand
nombre, réédition qui servirait assurément l'histoire de la littérature
latine, et celle de l'Afrique romaine. (couv.). |
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