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Djenné
est une ville du centre du Mali ,
en plein cœur du delta intérieur du fleuve Niger .
Fondée vers le IXe siècle, elle occupe
une position stratégique sur les anciennes routes commerciales transsahariennes,
ce qui lui a rapidement valu de devenir un carrefour économique et intellectuel
florissant. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco
depuis 1988 (inscrite sur la liste du patrimoine en péril depuis 2016
en raison des conflits armés dans la région), Djenné est aussi un haut
lieu du tourisme culturel. Cependant, la situation sécuritaire instable
au Mali a considérablement réduit le flux des visiteurs ces dernières
années.
Djenné est entourée
par un paysage inondable, où les crues du fleuve Niger et de son affluent
le Bani créent des lacs temporaires et des plaines fertiles propices Ã
la riziculture. L'accès à la ville, surtout pendant la saison des pluies,
se fait ordinairement par voie fluviale ou par des pistes en terre battue,
ce qui renforce son caractère isolé et préservé. Cette situation, aussi
contraignante soit-elle, a permis à Djenné de conserver une authenticité
rare, bien que la pression démographique et les enjeux climatiques posent
aujourd'hui des défis considérables pour la sauvegarde de son patrimoine
exceptionnel.
Aujourd'hui, Djenné
est surtout célèbre pour sa Grande Mosquée, la plus grande structure
en terre crue du monde, véritable icône de l'architecture soudano-sahélienne.
Ce bâtiment monumental, reconstruit en 1907 sur les vestiges d'une mosquée
plus ancienne, est un chef-d'oeuvre de briques de terre séchée, et agrémenté
de faisceaux de palmier et de poteries décoratives. Chaque année, avant
la saison des pluies, toute la communauté se rassemble pour un événement
festif appelé le crépissage, où l'on répare et renouvelle l'enduit
de la mosquée, perpétuant ainsi une tradition séculaire de cohésion
sociale.
Non loin de là se
trouve le marché central de Djenné, qui se tient chaque lundi et attire
des commerçants et des acheteurs de toute la région. Ce marché, inscrit
au patrimoine immatériel de l'Unesco, se déploie sur la grande place
face à la mosquée. On y vend de tout : épices, tissus teints à l'indigo,
poteries, objets artisanaux, bétail et produits agricoles. Cette animation
hebdomadaire rappelle l'importance historique de Djenné en tant que pôle
d'échange, notamment pour l'or, le sel et les esclaves.
La vieille ville, avec ses ruelles étroites et ses maisons à terrasses
et à façades en terre, offre un exemple remarquable d'urbanisme traditionnel.
Malgré les menaces liées à l'érosion, aux inondations et aux conflits,
les techniques locales de construction en terre perdurent.
Sur le plan social,
la ville est un creuset de différentes ethnies, principalement Bozo (pêcheurs),
Fulani (Peuls, éleveurs) et Marka (marchands
sédentaires). Les familles nobles, les artisans et les forgerons (qui
ont longtemps eu un statut particulier) cohabitent selon des hiérarchies
sociales traditionnelles encore prégnantes. Les cérémonies comme les
mariages ou les fêtes religieuses sont l'occasion
de grandes manifestations collectives. Ponctuée de chants, de prières
et de processions, la fête de la Maouloud ( = anniversaire de la naissance
du prophète Mahomet) rassemble des fidèles de tout le pays autour de
la Grande Mosquée.
L'histoire
de Djenné.
Djenné est l'une
des plus anciennes villes d'Afrique de l'Ouest et un centre historique
majeur du commerce, de l'islam et de la culture dans la région du Sahel.
Son origine remonte à plus de deux millénaires, avec le site archéologique
de Djenné-Djeno, situé à quelques kilomètres de la ville actuelle.
Occupé dès le IIIe siècle avant notre
ère, Djenné-Djeno constitue l'un des plus anciens centres urbains connus
d'Afrique subsaharienne. Cette première agglomération s'est développée
grâce à sa position stratégique dans le delta intérieur du Niger, une
zone favorable à l'agriculture, à la pêche et aux échanges commerciaux.
Elle a connu une croissance importante jusqu'au IXe
siècle, avant d'être progressivement abandonnée, probablement en raison
de transformations politiques, économiques et religieuses, notamment l'islamisation
croissante de la région.
La ville actuelle
de Djenné émerge vers le XIIIe siècle,
dans le contexte de l'expansion de l'islam et de la structuration des grands
réseaux commerciaux transsahariens.
Elle devient rapidement un carrefour commercial de premier plan, reliant
les régions forestières d'Afrique de l'Ouest, riches en or et en produits
agricoles, aux marchés d'Afrique du Nord et du monde méditerranéen.
Djenné s'intègre alors dans l'orbite des grands empires soudanais, notamment
l'Empire du Mali, qui domine la région du
XIIIe au XVe
siècle. Sous cette influence, la ville connaît un essor économique et
culturel considérable, attirant marchands, érudits et artisans.
À partir du XVe
siècle, Djenné passe sous l'autorité de l'Empire
songhaï, dont le centre politique se situe à Gao.
Elle continue de prospérer comme centre commercial et intellectuel, en
étroite relation avec la ville de Tombouctou,
célèbre pour ses universités et ses manuscrits. Djenné devient un foyer
important de l'islam savant, avec des écoles coraniques et des lettrés
qui participent à la diffusion du savoir religieux dans toute la région.
La ville est également réputée pour son architecture en banco (terre
crue), adaptée aux conditions climatiques sahéliennes.
Le déclin de l'Empire
songhaï à la fin du XVIe siècle, consécutif
à l'invasion marocaine de 1591, entraîne une période d'instabilité
politique et de recomposition des pouvoirs locaux. Djenné passe successivement
sous le contrôle de différentes entités politiques, dont des royaumes
bambara et peuls. Au XIXe
siècle, la ville est intégrée à l'Empire peul du Macina
fondé par Sékou Amadou, qui impose une réforme islamique stricte. Cette
période est caractérisée par une intensification de la vie religieuse
et une organisation politique fondée sur des principes théocratiques.
Dans la seconde moitié
du XIXe siècle, Djenné est conquise par
El Hadj Oumar Tall, fondateur de l'Empire toucouleur, avant de passer sous
domination coloniale française à la fin
du siècle. L'intégration dans l'Empire colonial français modifie profondément
les structures économiques de la ville, en la marginalisant progressivement
au profit de nouveaux centres administratifs et commerciaux créés par
les autorités coloniales. Les routes commerciales traditionnelles déclinent,
et Djenné perd une partie de son importance économique, tout en conservant
son rôle symbolique et religieux. Au XXe
siècle, malgré ce déclin relatif, Djenné est restée un centre culturel
et religieux important. |
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