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Hobbes

Thomas Hobbes  est un célèbre philosophe anglais, le plus vigoureux et le plus original parmi les maîtres modernes de la sociologie. Sa longue vie, par les agitations qui la remplirent, les menaces qui la troublèrent, est comme l'image en raccourci du siècle où elle se déroule et où l'Angleterre connut toutes les secousses des révolutions. Né à Malmesbury (Wiltshire) le 5 avril 1588, au moment où l'approche de l'Invincible Armada jetait dans tout le pays l'épouvante, il se distingua dès son enfance par ses heureuses dispositions pour l'étude : n'étant encore qu'écolier il traduisit en vers latins la Médée d'Euripide. Il entra à Oxford en 1605; là il prit en haine le régime intellectuel des universités ainsi que leur esprit de fanatisme religieux. A sa sortie d'Oxford, il est choisi comme le « tuteur » du jeune comte Cavendish et noue ainsi ses premiers liens avec cette noble famille dont il devint à la longue comme un membre adoptif. Ce fut en qualité de tuteur qu'il accomplit plusieurs voyages sur le continent; à Paris, il contracta amitié avec le père Mersenne, son admirateur fidèle. A l'instigation de ce religieux, il composera plus tard ces objections aux Méditations de Descartes, que l'on peut lire dans les oeuvres du grand métaphysicien français et auxquelles ce dernier opposa des réponses si impatientes. 

Les graves événements qui se succédaient en Angleterre et mettaient dans un péril de plus en plus pressant la personne de Charles Ier, et l'institution même de la royauté ne permirent pas à la pensée philosophique de Hobbes, déjà tout arrêtée pourtant, de se déployer dans ses ouvrages, selon l'ordre logique auquel elle avait obéi. Il eût été naturel, en effet, et son système, à vrai dire, exigeait qu'il produisit d'abord les principes de sa philosophie première, qu'il les fit suivre de sa théorie physiologique et psychologique de l'humain pour aboutir enfin à la morale naturelle, qui céderait à son tour le pas à sa conception de l'Etat absolu. Si continu était l'enchaînement des parties de sa doctrine, si entière la solidarité qui unissait sa politique à sa physique, par l'intermédiaire de ses théorèmes sur l'homme affectif et l'individu volontaire, qu'en bonne méthode il ne devait pas hésiter et que la philosophie sociale apparaissait nécessairement comme le terme rationnel de ses spéculations.

Les faits ici l'emportèrent sur la logique, et le sens de l'action fit violence à  l'esprit de système. Les premiers livres que Hobbes composa eurent les droits de la souveraineté et l'organisation de l'Etat pour objet. Dès 1640, il écrivait un petit traité : Eléments de la loi naturelle et politique (identique, en substance, aux deux écrits : la Nature humaine et le De Corpore politico, publiés dix ans plus tard), où était esquissée en traits audacieux sa conception de la souveraineté sans limites et de l'obéissance sans restrictions. Distribué sous le manteau, cet opuscule signala son auteur aux rancunes des révolutionnaires et, quand la crise politique devint plus aiguë, il eut la prudence de s'expatrier. Deux ans plus tard, il faisait paraître le De Cive, exposé magistral de l'absolutisme qui de plus en plus lui apparaissait comme le seul remède aux maux dont souffrait son pays. 
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Hobbes.
Thomas Hobbes (1588-1679)

En 1651, il donna à l'impression le Léviathan, son chef-d'oeuvre, dont le titre pittoresque symbolise l'Etat tel qu'il l'imagine, semblable à un colosse immense, formé de toutes les volontés particulières qui lui cèdent toujours et en tout comme la main obéit au cerveau. L'ouvrage fit scandale et l'on ne s'en étonnera pas si l'on considère avec quelle superbe hauteur il immolait les prétentions des autorités ecclésiastiques à la puissance civile, soumettant sans réserves la pensée philosophique et la foi religieuse à la suprématie du chef absolu. Si l'on en croit un contemporain, Clarendon, des dénonciations s'élevèrent contre lui; son arrestation fut décidée et il dut s'enfuir de Paris pour se réfugier en Angleterre et échapper cette fois aux persécutions de royalistes qui repoussaient avec colère un allié de sa façon. Leur inimitié ne désarma jamais et, quand viendra la Restauration, Hobbes aura beau saluer l'événement qu'il avait appelé de ses voeux, le nouveau roi Charles II, qui lui témoigne d'abord estime et faveur, ne le défendra que mollement contre les délations des orthodoxes. En 1667, il est un des écrivains nommément visés par un bill des Communes, voté sous l'émotion causée en Angleterre par le double fléau de la grande peste et de l'incendie de Londres. Il ne dut qu'aux lenteurs du formalisme parlementaire d'échapper à ce danger-: le bill ne fut pas porté à temps devant les lords. Mais l'avertissement n'était que trop clair.

Hobbes, rendu prudent, s'engagera bientôt devant le roi à ne publier, sa vie durant, aucun traité qui porte soit sur la politique, soit sur la religion : à cette condition seulement il sera en sécurité. La clause était dure pour ce polémiste infatigable dont la vie entière n'aura été qu'une multiple controverse. Du moins, il lui restait une vaste province où son génie disputeur pouvait se mouvoir librement : celui des sciences mathématiques. Par une illusion dont rien ne le put guérir, il se considérait comme un novateur non moins original en géométrie qu'en morale. Il se tenait en possession de démontrer en toute rigueur ces utopies mathématiques : la quadrature du cercle, la duplication du cube, etc.; dans l'ardeur de ses découvertes, il alla de l'avant et s'engagea, contre des hommes tels que Wallis, dans des débats sans fin qui ne laissèrent pas de jeter sur lui quelque ridicule. Tenace dans ses chimères, il maintenait, un an encore avant sa mort, dans un dernier écrit, le Décaméron physiologique, la solide valeur de ses chimères géométriques. Le 4 décembre 1679, se terminait cette longue et militante existence.

La philosophie de Hobbes

Par la faute des circonstances, Hobbes, avons-nous dit, s'était vu contraint de renverser, dans ses écrits, l'ordre que sa pensée avait parcouru : les doctrines de philosophie générale qui eussent dû préparer son corps de théories politiques ne se produisirent qu'ultérieurement à celles-ci. Son  De Corpore est de 1655; son De Homine de 1658. On peut dire que, auprès de la postérité, l'intelligence de son système a souffert de cette transposition. Adversaires et admirateurs ne retiendront guère que ses grands paradoxes de sociologie et négligeront de bonne foi les prémisses plus hautes dont ces paradoxes constituaient à ses yeux la conclusion nécessaire. Car l'auteur du Leviathan ne témoigne pas seulement son admiration pour la géométrie par les singuliers théorèmes dont il se faisait gloire de l'enrichir; il conçoit la philosophie elle-même à l'image de cette science et, non moins que Spinoza, il serait en droit de prétendre avoir développé ses vues sur l'univers, l'humain et la cité, more geometrico. Bien qu'il ait eu commerce avec le grand apologiste de la méthode expérimentale, Bacon de Verulam, il ne témoigne nul goût pour l'expérimentation, et chacun de ses livres dogmatiques compose comme une chaîne de déductions a priori. 

Est-ce à dire pour cela qu'il faille le tenir pour un métaphysicien? Oui, si l'on ne tient compte que de la forme de ses conceptions; non, si l'on en examine la matière. Cette forme est, en effet, pure et constructrice. Que l'on suive, dans le De Corpore, sa déduction des concepts fondamentaux : on assiste au travail de l'esprit a priori, concevant l'hypothèse de l'univers actuel détruit en son entier (sauf, il va sans dire, la personne même du philosophe qui développe cette fiction) et édifiant un nouveau monde formé des images survivantes de l'ancien, images, fantômes, idées, qui n'ont d'être que dans la pensée reconstructrice. Par degrés, ce nouveau monde s'achève identique à ce qu'était, en vérité, l'ancien : l'espace, le temps, le corps, le mouvement surgissent donc idéalement, et de ces matériaux subjectifs la réalité des corps, ainsi, sans doute, que celle des esprits, est recomposée. Mais qui ne voit qu'une telle marche ne diffère en rien de celle que les grands idéalistes ont, à toute époque, suivie? 

Si, par contre, nous jetons les yeux sur la matière de ces spéculations, nous nous trouvons, bien loin de la métaphysique, en plein empirisme. Ou, si l'on veut, c'est bien un idéaliste que nous apercevons, mais un idéaliste phénoméniste. Le réseau déductif d'un Descartes se trouve envelopper les data empiriques d'un David Hume. Et d'abord, le philosophe du De Corpore rejette tous concepts qui prétendraient au caractère de premiers ou d'innés; son nominalisme revêt une expression aiguë que seul, peut-être, au Moyen âge, un Roscelin a pu égaler. De plus, il est un sensualiste radical et il s'accorderait à merveille avec son ami de France, Gassendi, à déclarer qu'entre la représentation imaginative et l'intelligence raisonnable il n'existe qu'une différence de degré. Enfin ce sensualiste est un mécaniste intraitable qui suspend connaissance, raisonnement, sensibilité, passion, volonté, moralité même, à ce phénomène premier, dans lequel il a conté comment, durant ses voyages, sa pensée avait été éblouie de découvrir le fait par excellence et comme l'événement générateur universel; au mouvement. C'est dire également qu'il est matérialiste, toute idée, si nécessaire qu'elle semble, n'étant, affirme-t-il, que le contrecoup d'un choc corporel transmis à notre organisme. 

Ajoutons qu'il professe le déterminisme le plus absolu, qu'il s'agisse du monde des choses ou de celui des pensées et des volitions. Ce dernier point de doctrine prend, dans son système, une importance sans égale. Dès ses premiers écrits, il s'y était attaché avec une force extrême, et jamais, dans la suite, ses déclarations n'ont rien relâché de leur énergie. De là le caractère âpre et pessimiste de sa psychologie profonde, si fort admirée par Diderot : toutes les passions humaines se réduisent à ses yeux, même les plus généreuses d'apparence, à des prolongements ou des exaltations d'un penchant irrésistible qui entraîne tout vivant à s'aimer et le fait se complaire dans son égoïsme et dans son orgueil.

Assurément, le déterminisme de Hobbes découlait nécessairement de ses principes les plus généraux sur l'être, la nature et l'humain et, jamais après de telles prémisses,
un logicien de sa taille n'aurait, pour aucune considération au monde, donné accès dans sa doctrine à la notion du libre arbitre. Mais il subissait allègrement cette exigence de sa philosophie; elle facilitait trop la tâche qui lui tenait le plus à coeur, celle d'écrivain politique. 

La liberté, en effet, cette source d'indétermination et de contingence, réfractaire à l'enchaînement causal qui partout enserre les phénomènes et autorise les prévisions de la science, lui fût apparue comme une entité perturbatrice, bonne à encourager l'ignorance et à installer un désordre permanent dans l'humain, ainsi que ferait le hasard, s'il régnait dans la nature. Qu'une telle faculté existât, les ambitions scientifiques du sociologue ne seraient-elles pas ridicules; illusoires, ses plans réformateurs? Comment déterminer les manifestations d'une énergie indéterminable par essence; comment assigner, sous des conditions données, leur retour, ou provoquer leur apparition, ou modifier leur courant? Le mécanisme de la physique et de la psychologie était, aux yeux de Hobbes, la caution de la morale et de la politique.

Cette dernière partie du système est certainement la plus célèbre, sinon toujours la mieux comprise. La plupart des commentateurs et des critiques de Hobbes se sont plu à relever ces aphorismes concis et pittoresques dans lesquels le théoricien du despotisme a résumé quelques-uns de ses paradoxes. Ils ont le plus souvent méconnu la chaîne logique qui les reliait les uns aux autres et tous ensemble à sa philosophie naturelle. Or le lien qui unit à cette dernière la doctrine des moeurs et de la cité consiste en un fait passionnel unique à double polarisation, par conséquent en un phénomène qui rentre dans le déterminisme psychique et relève, par cela même, du mécanisme physique : c'est le désir et la crainte, l'appétit du bien, la fuite du mal. Ce bien, ce mal, ne demandons pas aux métaphysiciens de nous les expliquer; ils n'auraient à offrir que leurs essences et leurs archétypes. Nos instincts primordiaux nous en feront suffisamment concevoir la nature ainsi que la hiérarchie selon laquelle leurs espèces se distribuent. Le bien entre les biens sera la conservation de la vie; viendront ensuite l'intégrité des membres et l'exemption de douleur. 
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Frontispice du Léviathan de Hobbes.
Le Léviathan de Hobbes.

Les moyens que dicte la raison pour assurer ces fins : voilà ce que l'on appelle juste et ce que signifie le mot droit. Or le droit primordial se réduit à la faculté d'user de ses énergies naturelles, « conformément à la droite raison, pour défendre de son mieux sa vie et ses membres ». C'est là le fondement de la morale naturelle. Mais une telle morale demeurerait tout individuelle, si elle ne s'effaçait devant une éthique supérieure, celle qui résulte du fait de l'institution des cités. La morale naturelle serait non seulement impuissante à garantir aux humains la sécurité; mais elle consacrerait tous leurs maux, puisqu'elle aboutirait à rendre parmi eux définitive la condition d'anarchie. Un seul parti s'offre à eux, pour éviter ce danger de ruine : s'organiser en associations stables, dans lesquelles les pouvoirs de chaque humain, ces pouvoirs dont la nature même l'avait investi, seront délégués à un suprême chef, qui les exercera de manière à sauvegarder la vie et la fortune de quiconque les lui aura commis. C'est là le pacte initial, support de toutes les obligations des sujets envers le souverain. Un mot le résume c'est le pacte d'obéissance

De la sorte, une morale supérieure se sera substituée à l'éthique naturelle et le sort de la collectivité humaine sera du coup transformé. Les droits que conférait la nature n'impliquaient aucune restriction; aussi, loin de constituer pour l'individu une garantie, se convertissaient-ils en une menace perpétuelle : chacun se trouvant sous le coup des agressions du premier venu, la vie se passait dans l'incessante anxiété d'une surprise. L'établissement d'une morale civile, que les lois déterminent et que sanctionne la toute-puissante volonté du chef de l'Etat, a mis un terme à ces angoisses et rendu chacun des membres de l'association sacré pour tous les autres. De la sorte acquiert toute sa signification un aphorisme que tout le monde cite en le tronquant, dont on dénature la portée et dont on fait Hobbes l'auteur responsable, alors que le mot se trouve déjà dans le De Augmentis Scientiarum de Francis Bacon, à qui l'auteur du De Cive se réfère, sans le nommer. 

« On a dit avec juste raison, déclare Hobbes, l'un et l'autre mot : l'humain est pour l'humain un dieu, et l'humain est un loup pour l'humain. Homo homini deus et homo homini lupus. » 
La première maxime est celle d'une société placée sous l'égide des lois civiles; la seconde dépeint fidèlement la condition de la multitude humaine qui n'aurait, pour la contenir, que le seul frein du droit naturel.

Comme sa physique générale et comme sa psychologie, la morale et la politique, deux sciences qui au fond n'en forment pour Hobbes qu'une seule, ou plutôt qui marquent deux moments d'une doctrine unique, vont se développer suivant l'inexorable logique d'une déduction continue. Il est remarquable même à quel point la méthode suivie par le philosophe du De Cive et du Leviathan est parente de celle qu'emploient ces théologiens scolastiques qu'il a tant de fois malmenés. Son souverain absolu, il le construit, à peu de chose près, selon le procédé dont usa un saint Anselme pour établir l'existence de l'Etre parfait. 

Exercer l'absolue puissance, c'est, par définition, ne laisser en dehors de ses mains nulle parcelle d'autorité, en quelque ordre que ce puisse être. C'est pourquoi le souverain (et par ce mot il faut entendre indifféremment un monarque, une oligarchie ou une assemblée démocratique, la forme du gouvernement n'important pas) détiendra l'empire au spirituel comme au temporel. Suprême pontife, il sera aussi le philosophe sans appel; à lui de déterminer ce qui est bien et ce qui est mal, le juste et l'illégitime, le vrai et le faux, ce qu'il convient d'apprendre aux jeunes gens et ce qu'il est interdit d'enseigner. Par son ordre, les sujets croient, pensent et agissent. De la machine sociale il est le grand ressort et il ne se produit de mouvements que ceux qu'il a imprimés.

Hobbes n'a reculé devant aucune des conséquences que son principe impliquait. Ce moraliste de fer a raisonné sur les volontés humaines comme ferait un savant sur les déplacements, les chocs ou les combinaisons des éléments naturels. Sa méthode de géomètre, étant posé son déterminisme psychologique rigoureux, devait l'entraîner à ces extrémités. A cet égard, son oeuvre est un monument unique, que le Traité théologico-politique de son imitateur Spinoza a seul pu approcher, mais non pas égaler. 

Depuis Hobbes, la sociologie a suivi de tout autres voies. Mais elle laissera une place hors de pair à cet esprit vigoureux dont les exagérations mêmes ont servi ses intérêts, car Hobbes, par l'outrance de sa déduction, a exclu toute contingence, tout motif d'exception, tout appel au mystère, de la science de l'humain politique. Il a fait rentrer les fonctions des Etats et le jeu des institutions dans le système d'événements et de choses qui constitue l'univers et, comme il concevait mathématiquement la nature, il a fait de la formation, de la croissance et du déclin des cités, un long théorème mathématique. C'était, par avance, souscrire à la maxime de Spinoza : que l'humain n'est pas, dans l'univers, un empire dans un empire. (Georges Lyon).



Julie Saada, Hobbes et le sujet du droit : Contractualisme et consentement, CNRS , 2010. - La réflexion sur le droit peut-elle saisir son objet comme s'il se déployait dans une sphère autonome, ou bien doit-elle rapporter la logique juridique aux usages politiques qui en sont faits ? Partant de cette question, Hobbes et le sujet de droit met en lumière la rationalité juridique développée par Hobbes - rarement étudiée comme telle. Le philosophe rompt en effet avec les doctrines classiques de la loi pour penser l'autonomie du droit et le type de normativité qu'il instaure. Faisant de la volonté de l'individu la racine de l'ordre juridique institué. Hobbes construit une théorie inédite de l'obligation et une pensée du contractualisme centrée sur l'affirmation du sujet de droit, cette autre figure de la subjectivité. Mais cette pensée d'un sujet fondateur de l'ordre politique n'engendre-t-elle pas de nouvelles formes d'assujettissement ? Inscrit dans un système représentatif, jouissant d'une liberté négative plutôt que d'une absence de dépendance, le sujet de droit n'en vient-il pas à consentir à sa propre servitude ? Telles sont les interrogations qui traversent cet ouvrage et orientent une lecture politique de ce moment décisif de la rationalité juridique moderne. (couv.).

Quentin Skinner, Hobbes et la conception républicaine de la liberté, Albin Michel, 2009. - Dans Hobbes et la conception républicaine de la liberté, Quentin Skinner offre une comparaison éblouissante entre deux théories concurrentes sur la nature de la liberté humaine. La première, qui remonte à l'Antiquité classique, se trouve au cœur de la tradition républicaine romaine de la vie publique et s'est épanouie dans les cités-Républiques de l'Italie de la Renaissance. Hobbes fut le plus redoutable ennemi de ce modèle républicaniste. Ses efforts pour le discréditer et proposer une alternative ont fait date dans l'histoire de la pensée politique. Ils furent profondément marqués par les revendications des auteurs radicaux et des membres du Parlement lors des guerres civiles anglaises (1642), ainsi que par sa propre conviction de l'urgence et de la nécessité de s'y opposer, au nom de la paix. Quentin Skinner n'aborde pas la théorie politique de Hobbes comme un simple système d'idées, mais comme une intervention polémique dans les conflits de son temps, sous la surface apparemment lisse de son argumentation. Et le Léviathan, ouvrage le plus fondamental de philosophie politique jamais écrit en langue anglaise, reflète un changement majeur dans l'essence même de la pensée morale de Hobbes, car il correspond de façon très spécifique aux besoins politiques d'une époque. Puissant, engagé, accessible, ce livre constitue une excellente introduction à l'oeuvre de l'un des plus célèbres penseurs du XVIIe siècle.  (couv.).

Les principaux ouvrages de Hobbes sont : De cive, 1642 et 1647; De la nature humaine (en anglais), 1650; Leviathan, ou du pouvoir ecclésiastique et civil (en anglais), 1651, puis en latin, 1668; Éléments de philosophie, comprenant trois sections; Du corps de l'homme, du corps politique, 1658-59, publiés d'abord en anglais, puis en latin; De libertate, contra Bramhallum, 1656. Il donna lui-même une collection de ses œuvres latines en 1668, 2 vol. in-4. Une édit. plus complète a paru à Londres en 1844, et ann. suiv., en 16 vol. in-8. On a en français le Traité du citoyen, traduit par Sorbière, Amst., 1649; le Corps politique, par le même, Leyde, 1653; la Nature humaine, trad. par d'Holbach, 1772. Hobbes a aussi laissé quelques ouvrages historiques; il a traduit Thucydide et même a mis Homère en vers anglais, mais avec fort peu de succès. Il a écrit sa propre vie en vers latins, 1679.

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