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| Le champ magnétique |
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champ
magnétique est une grandeur physique qui décrit l'influence exercée
par des objets magnétiques ou des courants électriques sur leur environnement.
Il s'agit d'un champ vectoriel, (il est défini en chaque point de l'espace
par une direction, un sens et une intensité). Cette grandeur permet d'expliquer
les forces exercées entre des aimants, entre des courants électriques,
ou entre un aimant et un matériau ferromagnétique
comme le fer. Autrement dit, c'est un champ de forces
qui agit à distance sur d'autres objets sensibles au magnétisme.
Ccomposante fondamentale de l'électromagnétisme et intrinsèquement liée au champ électrique, le champ magnétique est produit par des charges électriques en mouvement. Par exemple, un courant électrique circulant dans un fil génère un champ magnétique autour de celui-ci. De même, les électrons en mouvement autour du noyau d'un atome ou leur spin (une propriété quantique intrinsèque) sont à l'origine du champ magnétique dans les matériaux aimantés. Les aimants permanents, comme les aimants en fer ou en néodyme, possèdent un champ magnétique en raison de l'alignement des spins des électrons à l'échelle microscopique. L'intensité du champ magnétique se mesure en tesla (T), bien qu'on utilise parfois le gauss (1 tesla = 10 000 gauss). Le champ magnétique terrestre, par exemple, est d'environ 25 à 65 microteslas selon les lieux, ce qui est suffisant pour orienter une boussole. Ce champ protège la Terre des particules chargées provenant du Soleil, en les déviant grâce à la force magnétique. La direction du champ magnétique est conventionnellement définie du pôle nord vers le pôle sud à l'extérieur d'un aimant. Autour d'un fil parcouru par un courant, le champ magnétique forme des cercles concentriques dont le sens dépend du sens du courant, selon la règle de la main droite : si l'on enroule les doigts de la main droite autour du fil dans le sens du courant, le pouce indique la direction du champ. Le champ magnétique interagit avec les charges électriques en mouvement. Lorsqu'une charge électrique se déplace dans un champ magnétique, elle subit une force appelée force de Lorentz. Cette force est perpendiculaire à la fois à la vitesse de la charge et au champ magnétique, ce qui a pour effet de courber la trajectoire de la charge sans en changer la vitesse. C'est ce principe qui est utilisé dans les cyclotrons ou les accélérateurs de particules. Le champ magnétique peut également induire des courants électriques dans un conducteur lorsqu'il varie dans le temps. Ce phénomène, appelé induction électromagnétique, est à la base du fonctionnement des générateurs électriques, des transformateurs et des moteurs. Une variation du champ magnétique à travers une boucle de fil produit une tension électrique, selon la loi de Faraday. Les champs magnétiques dans l'universLe magnétisme imprègne l'univers à toutes les échelles, des noyaux planétaires aux immenses vides intergalactiques. Il sculpte la matière cosmique, régule la formation des étoiles, accélère des particules jusqu'à des énergies extrêmes et tisse une toile qui relie les galaxies entre elles. Les champs magnétiques dans l'espace sont intimement liés aux plasmas, ces gaz ionisés qui constituent la quasi-totalité de la matière visible. Dans un plasma, les lignes de champ magnétique sont gelées dans le fluide conducteur : le champ et la matière se déplacent ensemble, ce qui permet au mouvement du plasma d'étirer, tordre et amplifier un champ initial, parfois jusqu'à des intensités prodigieuses.La compréhension des champs magnétiques de l'univers mobilise des simulations magnétohydrodynamiques massives, des observations radio de pointe avec des interféromètres comme LOFAR, MeerKAT ou le futur Square Kilometre Array, et des théories de dynamo de plus en plus sophistiquées. Chaque nouvelle carte du ciel polarisé, chaque mesure de rotation Faraday vers un quasar lointain, chaque spectre de rayons cosmiques affine notre image de cette composante fondamentale, sans laquelle la valse des galaxies, l'allumage des étoiles et l'accélération des particules les plus énergétiques resteraient insaisissables. Le Système solaire.
Les autres planètes telluriques ont des histoires magnétiques diverses : Mercure présente un champ faible mais bien structuré, Mars ne conserve que des aimantations crustales fossilisées, témoins d'une dynamo éteinte, et Vénus, malgré un noyau probablement liquide, n'a pas de champ global, sans doute à cause de l'absence de convection vigoureuse. Les géantes gazeuses, Jupiter et Saturne, abritent des dynamos bien plus puissantes, alimentées par de l'hydrogène métallique sous des pressions colossales. Le champ de Jupiter, le plus intense du Système solaire, crée une magnétosphère gigantesque qui piège des ceintures de radiation féroces et interagit avec les lunes volcaniques comme Io. Même les lunes peuvent posséder des champs internes, à l'image de Ganymède, unique lune connue dotée d'une dynamo active. Le
Soleil.
La Galaxie.
Les étoiles massives, chaudes, abritent parfois des champs fossiles qui semblent avoir survécu depuis leur formation, car leur intérieur radiatif ne peut guère amplifier le champ par dynamo. Ces champs influencent la perte de masse stellaire, freinent la rotation des astres par couplage magnétique avec le vent, et peuvent même canaliser les explosions finales des supernovae. Justement, les restes de supernova sont des creusets magnétiques : l'onde de choc comprime et amplifie le champ ambiant, tandis que l'accélération diffusive de particules sur ces chocs produit un rayonnement synchrotron intense dans le domaine radio, signature directe de la présence de champs magnétiques et d'électrons relativistes. Les pulsars, résidus ultradenses de ces explosions, portent l'empreinte magnétique la plus extrême de l'univers : des champs dipolaires de mille milliards de gauss pour les pulsars ordinaires, et jusqu'à un million de milliards de gauss pour les magnétars. Ces champs freinent la rotation de l'étoile à neutrons en émettant des ondes électromagnétiques et, dans les magnétars, ils déforment la croûte solide jusqu'à provoquer des tremblements d'étoile et des sursauts gamma. Le
milieu interstellaire.
Ce champ est entretenu et amplifié par un effet dynamo à l'échelle de toute la Voie lactée, où la rotation différentielle et la turbulence des explosions de supernova tordent et étirent les lignes de force. On le cartographie en mesurant la rotation Faraday de sources polarisées lointaines, c'est-à -dire la modification de l'angle de polarisation de leur rayonnement proportionnellement à la densité électronique et au champ magnétique parallèle à la ligne de visée. On observe aussi l'émission synchrotron diffuse de la Galaxie, qui révèle une structure magnétique en grandes boucles et en bulles, comme les bulles de Fermi au-dessus et au-dessous du centre galactique, probablement sculptées par l'activité passée du trou noir central ou par des flambées de formation stellaire. Dans les nuages moléculaires denses, là où naissent les étoiles, le champ magnétique est amplifié par la contraction du gaz mais il s'oppose à l'effondrement gravitationnel perpendiculairement à ses lignes de force. Cet effet régule le taux de formation stellaire et impose une anisotropie aux structures filamentaires observées par les télescopes infrarouges et submillimétriques. La polarisation des grains de poussière alignés par le champ, mesurée par des instruments comme Planck ou ALMA, permet de tracer directement la morphologie du champ dans ces cocons pré-stellaires. Les
rayons cosmiques.
L'univers extragalactique.
Les galaxies barrées et les galaxies irrégulières ont des champs plus désordonnés mais toujours significatifs. Le champ magnétique fournit une pression supplémentaire qui soutient le disque gazeux et peut contribuer à l'éjection de matière dans les halos galactiques, sous forme de vents magnétiques. Les galaxies naines, malgré leur faible masse, parviennent à amplifier des champs jusqu'à plusieurs microgauss, ce qui indique que le mécanisme dynamo est étonnamment robuste. Même les galaxies à haut décalage vers le rouge, observées dans leur jeunesse cosmique, commencent à révéler la signature d'un magnétisme déjà présent, posant la question de l'origine des champs primordiaux nécessaires pour amorcer ces dynamos. Le
milieu intergalactique.
Au-delà des amas de galaxies, la question du champ magnétique dans les filaments cosmiques, ces structures qui relient les amas le long de la toile cosmique, constitue l'une des frontières de l'astrophysique contemporaine. La densité y est si faible qu'une émission synchrotron directe est extrêmement difficile à détecter. On cherche plutôt des signatures indirectes : rotation Faraday cumulative de sources lointaines, effet sur la propagation des rayons cosmiques de ultra-haute énergie, ou encore recherche d'un fond diffus de rayonnement synchrotron intergalactique. La non-observation de halos magnétiques étendus autour de certains objets impose des limites supérieures très basses, de l'ordre du nanogauss, voire moins, pour les vides cosmiques. Pourtant, les simulations cosmologiques incorporant la magnétohydrodynamique prédisent que les chocs d'accrétion et la turbulence gravitationnelle lors de la formation des grandes structures peuvent amplifier des champs primordiaux minuscules jusqu'à des valeurs de l'ordre de 10-10 à 10-9 gauss dans les filaments, suffisantes pour expliquer l'amorçage des dynamos galactiques. Les champs magnétiques
primordiaux.
• Les champs pourraient être nés durant l'univers primordial, par des processus exotiques comme des transitions de phase (électrofaible ou QCD), par des fluctuations quantiques amplifiées pendant l'inflation, ou par la génération de champs turbulents lors de la recombinaison.Distinguer ces deux hypothèses est un enjeu majeur, car la détection d'un champ magnétique dans les vides, bien au-delà de toute source astrophysique, serait une fenêtre sur la physique de l'univers primitif. La cosmologie observationnelle s'intéresse également à l'empreinte du magnétisme sur le fond diffus cosmologique. Un champ magnétique primordial, même très faible, introduirait des perturbations dans le plasma primordial avant la recombinaison, modifiant de manière caractéristique les anisotropies de température et de polarisation du fond cosmologique, ainsi que la génération d'ondes gravitationnelles secondaires. Des contraintes de plus en plus précises, issues des satellites Planck et d'expériences au sol, repoussent l'intensité maximale d'un tel champ à moins de quelques nanogauss à l'échelle de l'horizon. Ces limites n'excluent pas des champs plus intenses confinés à de petites échelles, qui auraient pu jouer un rôle dans la formation des premières étoiles en freinant la fragmentation des nuages de gaz. |
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