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Les planètes géantes


Aperçu
Circulant relativement à l'écart du Soleil, et marquant la partie interne de la région froide du Système solaire, les quatre planètes géantes sont, par ordre de distance croissante au Soleil : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Il s'agit d'objets de grandes dimensions et masse, et principalement gazeux

Les planètes géantes renferment la majeure partie de la masse de notre Système planétaire. Jupiter seul dépasse la masse de toutes les autres planètes combinées, avec 71% de la masse totale des objets qui tournent autour du Soleil. Saturne, caractérisée par ses anneaux brillants est légèrement plus petite. Assez similaires, Uranus et Neptune, deux objets plus lointains et discrets, sont de masses encore un peu inférieures.
 

Du gaz, des glaces, des roches et des guillemets

Les planĂ©tologues divisent en trois classes les matĂ©riaux dont sont constituĂ©es le planètes gĂ©antes : « gaz », « glaces » et «-roches-».  Des termes qui ici se rĂ©fèrent uniquement Ă  la composition chimique des diffĂ©rents constituants et non Ă  leur Ă©tat physique.

Les « gaz » sont principalement l'hydrogène et l'hélium, les éléments les plus abondants de l'univers. Les « glaces » sont des composés qui se forment à partir des éléments suivants les plus abondants : l'oxygène, le carbone et l'azote. Les plus courantes sont l'eau, le méthane et l'ammoniac, mais les glaces peuvent également comprendre du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone et d'autres. Les «-roches-», quant à elles sont encore moins abondantes que les glaces et comprennent tous les constituants restants : magnésium, silicium, fer, etc.

Dans le Système solaire externe, les « gaz » dominent les deux plus grandes planètes, Jupiter et Saturne, d'oĂą leur surnom de «-gĂ©antes gazeuses ». Uranus et Neptune sont appelĂ©s « gĂ©antes de glace » parce que leurs intĂ©rieurs contiennent beaucoup plus de « glace » que leurs cousines plus grandes. 

Ces planètes se ressemblent beaucoup. Elles possèdent en leur centre un noyaud e «-glace-» et de «-roche-» d'environ 10 masses terrestres. Mais pour l'essentiel, leur composition chimique reflète celle de la nĂ©buleuse primitive, Ă  savoir une forte proportion d'hydrogène, et dans une moindre mesure d'hĂ©lium. Dans les rĂ©gions internes, oĂą règnent une pression excessivement Ă©levĂ©e, cet hydrogène se prĂ©sente, pense-t-on, Ă  l'Ă©tat liquide et constitue un sombre ocĂ©an sur une profondeur de plusieurs milliers de kilomètres. A la pĂ©riphĂ©rie, ce gaz, enrichi de nombreux autres constituants très minoritaires, forme une Ă©paisse atmosphère, oĂą se superposent plusieurs couches nuageuses. Pour le reste, les diffĂ©rences qui s'observent entre ces objets sont surtout fonction de leur Ă©loignement au Soleil et surtout de leur masse. 

Ajoutons que les quatre planètes géantes du Système solaire sont entourées de riches systèmes de satellites et d'anneaux.
Plančtes géantes.
Dimensions comparées des quatre planètes géantes du Système solaire.

La chimie des quatre atmosphères des planètes géantes est dominée par l'hydrogène. Cet hydrogène est un élément réducteur, ce qui signifie qu'en sa présence les autres éléments ont tendance à se combiner d'abord avec lui. Ainsi, au début de l'histoire de notre système planétaire, l'hydrogène a réduit la chimie du Système solaire externe. La plupart de l'oxygène s'est combiné à l'hydrogène pour produire de l'eau (H2O) et n'a donc plus été disponible pour former les types de composés oxydés avec d'autres éléments qui nous sont plus familiers dans le Système solaire interne (comme le CO2). En conséquence, les composés détectés dans l'atmosphère des planètes géantes sont principalement des gaz à base d'hydrogène tels que le méthane (CH4) et l'ammoniac (NH3), ou des hydrocarbures plus complexes (combinaisons d'hydrogène et de carbone) tels que l'éthane (C2H6) et acétylène (C2H2).


Rouages
Les planètes gĂ©antes sont trop Ă©loignĂ©es du Soleil pour en recevoir beaucoup d'Ă©nergie. Cela ne les empĂŞche pas de possĂ©der des atmosphères très perturbĂ©es, agitĂ©es de vents violents, notamment sur Jupiter et Uranus. La cause de cette situation est dĂ©battue. Mais deux raisons principales sont avancĂ©es. La première est que toute l'Ă©nergie dont disposent les atmosphères des planètes gĂ©antes (Ă  l'exception d'Uranus) ne provient justement pas que du Soleil, comme c'est le cas pour les planètes telluriques. Neptune, par exemple, rayonne 3 fois plus d'Ă©nergie qu'elle n'en reçoit du Soleil, et Jupiter 1,7 fois plus. Une fraction de cette Ă©nergie produite dans les rĂ©gions centrales des gĂ©antes, peut donc servir Ă  "chauffer" par-dessous les atmosphères et conditionner la circulation des masses gazeuses. 
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L'autre raison avancée pour expliquer les mouvements atmosphériques des planètes géantes est que l'énergie solaire est bien mieux utilisée ici que dans le cas l'atmosphère terrestre, par exemple, où les masses d'air en mouvement sont très vite freinées par celle qui sont au repos. Dans le cas des planètes géantes, les immenses masses de gaz impliquées se caractérisent par une très importante quantité de mouvement. Ce qui signifie, en termes de physique, qu'elles sont très difficiles à dévier et à freiner. Une fois un processus atmosphérique lancé, il aura beaucoup de mal à disparaître. On disposerait aussi, là, de l'explication de la longévité d'une structure comme la Grande Tache rouge de Jupiter.

Caractéristiques générales

Les planètes géantes sont très loin du Soleil. Jupiter est plus de cinq fois plus éloigné du Soleil que la Terre (5 UA) et met un peu moins de 12 ans pour faire le tour du Soleil. Saturne est environ deux fois plus loin que Jupiter (près de 10 UA) et sa révolution autour du Soleil dure 30 ans. Le rayon de l'orbite d'Uranus est de 19 UA et sa période de révolution est de 84 ans, tandis que Neptune, située à 30 UA du Soleil, tarde 165 ans pour accomplir une boucle complète autour du Soleil. Ces longues échelles de temps rendent difficile pour nous, les humains de courte durée, d'étudier les changements saisonniers sur les planètes extérieures.

Jupiter, le géante parmi les géantes, a assez de masse pour faire 318 Terres. Son diamètre est environ 11 fois celui de la Terre (et environ un dixième de celui du Soleil). La densité moyenne de Jupiter est de 1,3 g/cm3, bien inférieure à celle de toutes les planètes terrestres. (Rappelons que l'eau a une densité de 1 g/cm3). Le matériau de Jupiter est réparti sur un volume si grand que plus de 1400 Terres pourraient y contenir. Certaines des principales propriétés Jupiter se retrouvent dans les trois autres planètes géantes.

La masse de Saturne est 95 fois supérieure à celle de la Terre, et sa densité moyenne n'est que de 0,7 g / cm3 (c'est la plus faible de toutes les densités des planètes). Cette densité est inférieure à la densité de l'eau. Si l'on connaissait une mer assez grande pour l'y plonger, Saturne flotterait à sa surface...

Uranus et Neptune ont chacun une masse d'environ 15 fois celle de la Terre et, par consĂ©quent, ne sont que 5% aussi massifs que Jupiter. Leurs densitĂ©s de 1,3 g / cm3 et 1,6 g / cm3, respectivement, sont beaucoup plus Ă©levĂ©es que la densitĂ© de Saturne. Il s'agit lĂ  d'un indice laissant penser que leur composition doit fondamentalement diffĂ©rer de celle de Jupiter et de Saturne. 

Lorsque les astronomes ont commencé à découvrir, à partir de 1998, d'autres systèmes planétaires (exoplanètes ou planètes extrasolaires), ils ont constaté que les planètes de la taille d'Uranus et de Neptune sont courantes, et qu'il y a encore plus d'exoplanètes de taille intermédiaire entre celle la Terre et ces géantes des glace, un type de planète inexistant dans notre Système solaire.
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Caractéristiques
Jupiter
Saturne
Uranus
Neptune
Demi-grand axe (UA)1
5,203
9,539
19,18
30,07
Excentricité
0,0485
0,0556
0,0472
0,0086
Inclinaison sur l'écliptique
1° 18'
2° 29'
0° 46'
1° 46'
Période sidérale (ans)
11,86
29,46
84,01
164,78
Période synodique (jours)
398,88
378,09
369,66
367,49
Vitesse orbitale (km/s)
13
10
7
5
Rayon équatorial
71 400
60 300
25 600
24 750
Applatissement
0,062
0,096
0,06
0,02
Masse (Terre = 1)2
318
95,2
14,6
17,2
Densité (eau = 1)3
1,350
0,700
1,200
1,500
Gravité (Terre = 1)4
2,64
1,15
1,17
1,18
Période de rotation
9 h 50 mn
10 h 14 mn
17 h 14 mn
16 h 7mn
Inclinaison de l'axe
3,1°
26,7°
97°
29°
1 1 UA = 149,6 millions de kilomètres; 2 masse de la Terre = 5,98. 1024 kg; 3 DensitĂ© de l'eau = 1g/cm3; 4 GravitĂ© Ă  la surface de la Terre = 9,81 m/s². 

Apparence et rotation.
Lorsque nous regardons les planètes géantes, nous ne voyons que leurs atmosphères, composées principalement d'hydrogène et d'hélium gazeux. Les nuages supérieurs de Jupiter et de Saturne sont composés de cristaux d'ammoniac. Sur Neptune, les nuages supérieurs sont en méthane. Sur Uranus, aucune couche de nuages n'est évidente, mais seulement une brume profonde et sans relief.

Les télescopes livrent de Jupiter une image colorée et dynamique. Des détails distincts dans les formes de ses nuages nous permettent de déterminer le taux de rotation de son atmosphère au niveau des nuages, bien qu'une telle rotation de l'atmosphère puisse avoir peu à voir avec celle de la planète sous-jacente. La rotation du manteau et du noyau est beaucoup plus fondamentale; celles-ci peuvent être déterminés par des variations périodiques des ondes radio provenant de Jupiter, qui sont contrôlés par son champ magnétique. Puisque le champ magnétique (dont nous parlerons ci-dessous) prend sa source profondément à l'intérieur de la planète, il partage la rotation de l'intérieur. La période de rotation que nous mesurons de cette manière est de 9 heures 56 minutes, ce qui donne à Jupiter le "jour" le plus court de toutes les planètes. De la même manière, il est possible de mesurer que la période de rotation sous-jacente de Saturne est de 10 heures 40 minutes. Uranus et Neptune ont des périodes de rotation légèrement plus longues - environ 17 heures -, également déterminées par la rotation de leurs champs magnétiques.

Les saisons.
La Terre et Mars ont des saisons parce que leurs axes de rotation, au lieu d'ĂŞtre perpendiculaire au plan de leur orbite, sont inclinĂ©s par rapport Ă  celui-ci. Cela signifie, par exemple, que lorsque la Terre tourne autour du Soleil, pendant une moitiĂ© de sa rĂ©volution un hĂ©misphère est orientĂ© vers le Soleil, et pendant l'autre moitiĂ©, c'est l'autre hĂ©misphère qui reçoi prĂ©fĂ©rentiellement la lumière de notre Ă©toile. Sur les planètes gĂ©antes la logique est la mĂŞme, mais la situation varie gradement en fonction des inclinaisons observĂ©es.  L'axe de rotation de Jupiter n'est inclinĂ© que de 3°, il n'y a donc pas de saison Ă  proprement parler. Saturne, cependant, a des saisons, car son axe de rotation est inclinĂ© Ă  27° par rapport Ă  la perpendiculaire Ă  son orbite. Neptune a Ă  peu près la mĂŞme inclinaison que Saturne (29°); par consĂ©quent, il connaĂ®t des saisons similaires (mais plus longues). Les saisons les plus Ă©tranges de toutes sont celles que connaĂ®t Uranus, qui a un axe de rotation inclinĂ© de 98 ° par rapport Ă  la direction nord. Pratiquement parlant, on peut dire que Uranus est couchĂ©e sur son orbite.

On ignore ce qui a fait basculer l'axe de rotation d'Uranus, mais une possibilitĂ© est une collision avec un grand corps planĂ©taire lors de la formation du Système solaire. Quelle que soit la cause, cette inclinaison inhabituelle crĂ©e des saisons dramatiques. L'hĂ©misphère sud connaĂ®t un Ă©tĂ© ensoleillĂ© de 21 ans, tandis que pendant cette mĂŞme pĂ©riode l'hĂ©misphère nord est plongĂ© dans l'obscuritĂ©. Ensuite, pendant  21 ans, le Soleil brille sur l'Ă©quateur d'Uranus et les deux hĂ©misphères passent par des cycles de lumière et d'obscuritĂ© pendant que la planète tourne. Enfin, il y a 21 ans pendant lesquels c'est l'hĂ©misphère nord qui est illuminĂ© et l'hĂ©misphère sud qui est sombre. Après cela, le modèle d'alternance jour/nuit se rĂ©pète.

Composition et structure.
Les intérieurs de Jupiter et de Saturne sont composés principalement d'hydrogène et d'hélium. Bien sûr, ces gaz n'ont été mesurés que dans leur atmosphère, mais les calculs effectués il y a plus de 50 ans ont montré que ces deux gaz légers sont les seuls matériaux possibles à partir desquels une planète avec les masses et densités observées de Jupiter et Saturne pourrait être construite.

Les structures internes profondes de ces deux planètes sont difficiles Ă  prĂ©voir. C'est principalement parce que ces planètes sont si grandes que l'hydrogène et l'hĂ©lium dans leurs centres deviennent extrĂŞmement comprimĂ©s et ont des comportements qui ne peuvent pas ĂŞtre Ă©tudiĂ©s sur Terre. Les meilleurs modèles thĂ©oriques dont on dispose de la structure de Jupiter prĂ©disent une pression centrale supĂ©rieure Ă  100 millions de bars et une densitĂ© centrale d'environ 31 g/cm3. (Le coeur de la Terre, pour comparaison,  a une pression centrale de 4 millions de bars et une densitĂ© centrale de 17 g/cm3).

Aux pressions que l'on calcule Ă  l'intĂ©rieur des planètes gĂ©antes, des matĂ©riaux familiers peuvent  revĂŞtir des caractĂ©ristiques inhabituelles. Ă€ quelques milliers de kilomètres sous les nuages visibles de Jupiter et de Saturne, les pressions deviennent si importantes que l'hydrogène passe de l'Ă©tat gazeux Ă  l'Ă©tat liquide. Encore plus profondĂ©ment, cet hydrogène liquide est encore comprimĂ© et commence Ă  se comporter comme un mĂ©tal, ce qu'il ne fait jamais sur Terre. (Dans un mĂ©tal, les Ă©lectrons ne sont pas fermement attachĂ©s Ă  leurs noyaux parents mais peuvent se promener. C'est pourquoi les mĂ©taux sont de si bons conducteurs d'Ă©lectricitĂ©). Sur Jupiter, la plus grande partie de l'intĂ©rieur est de l'hydrogène mĂ©tallique liquide.

Parce que Saturne est moins massive, la part hydrogène métallique n'y occupe qu'un petit volume : la majeure partie de son intérieur est liquide. Uranus et Neptune sont trop petits pour atteindre des pressions internes suffisantes pour liquéfier l'hydrogène.

Les analyses détaillées des champs gravitationnels des planètes géantes montre que chacune a un noyau composé de matériaux plus lourds. Vraisemblablement, ces noyaux sont les corps de roche et de glace d'origine qui se sont formés avant la capture du gaz de la nébuleuse environnante. Les noyaux existent à des pressions de dizaines de millions de bars. Ceci dit, bien que les scientifiques parlent des noyaux de planète géantes composés de roche et de glace, nous pouvons être sûrs que ni la roche ni la glace ne prennent de formes familières à de telles pressions et températures. Rappelez-vous que ce que l'on entend par « roche » dans le contexte présent : il s'agit de tout matériau composé principalement de fer, de silicium et d'oxygène, tandis que le terme « glace » dans ce chapitre désigne des matériaux composés principalement des éléments carbone, azote et oxygène en combinaison avec l'hydrogène.
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Structues internes des plančtes géantes.
Structure internes probables des planètes gĂ©antes. -  Jupiter et Saturne sont composĂ©s principalement d'hydrogène et d'hĂ©lium (l'hydrogène domine), mais Uranus et Neptune sont constituĂ©s en grande partie de carbone, d'azote et d'oxygène. Il semble que les quatre ont des noyaux similaires de roche et de glace. Sur Jupiter et Saturne, les noyaux ne constituent qu'un petit pourcentage de la masse totale. Cependant, la majeure partie de la masse d'Uranus et de Neptune rĂ©side dans ces noyaux, ce qui montre que les deux planètes extĂ©rieures n'ont pas pu attirer des quantitĂ©s massives d'hydrogène et d'hĂ©lium lors de leur formation initiale. (Les diagrammes sont dessinĂ©s Ă  l'Ă©chelle; les chiffres indiquent les rayons en milliers de kilomètres.)

Sources de chaleur internes.
En raison de leur grande taille, toutes les planètes gĂ©antes ont Ă©tĂ© fortement chauffĂ©es lors de leur formation par l'effondrement  sur leurs noyaux des matĂ©riaux environnants. Jupiter, Ă©tant le plus grand, Ă©tait le plus chaud. Une partie de cette chaleur primordiale peut encore rester Ă  l'intĂ©rieur de telles grandes planètes. De plus, les planètes gĂ©antes, largement gazeuses, peuvent gĂ©nĂ©rer de la chaleur après leur formation en se contractant lentement. (Avec une masse si grande, mĂŞme une infime quantitĂ© de rĂ©trĂ©cissement peut gĂ©nĂ©rer une chaleur importante). L'effet de ces sources d'Ă©nergie internes est d'augmenter les tempĂ©ratures dans les rĂ©gions inĂ©trieures et les atmosphères des planètes Ă  des niveaux plus Ă©levĂ©s que ce Ă  quoi on aurait pu s'attendre si le Soleil avait Ă©tĂ© la seule source d'Ă©chauffement. 

Jupiter possède la plus grande source d'Ă©nergie interne, soit 4.1017 watts; c'est-Ă -dire qu'elle est chauffĂ©e de l'intĂ©rieur avec une Ă©nergie Ă©quivalente Ă  4 millions de milliards d'ampoules de 100 watts. Cette quantitĂ© d'Ă©nergie est Ă  peu près la mĂŞme que la quantitĂ© d'Ă©nergie solaire totale absorbĂ©e par Jupiter. L'atmosphère de Jupiter a ainsi Ă  la fois les caractĂ©ristiques  d'un atmosphère planĂ©taire normale (comme celle de la Terre, par exemple), qui tire l'essentiel de son Ă©nergie du Soleil, et les caractĂ©ristiques d'une atmosphère stellaire, qui est entièrement chauffĂ©e par une source d'Ă©nergie interne. La majeure partie de l'Ă©nergie interne de Jupiter est la chaleur primordiale, restĂ©e de la formation de la planète il y a 4,5 milliards d'annĂ©es.

Saturne a une source d'énergie interne environ la moitié de celle de Jupiter, ce qui signifie (puisque sa masse n'est que d'un quart environ aussi grande) que Saturne produit deux fois plus d'énergie par kilogramme de matière que Jupiter. Puisque Saturne devrait avoir beaucoup moins de chaleur primordiale, il doit y avoir une autre source au travail générant la majeure partie de ces 2.1017 watts de puissance. Cette source est la séparation de l'hélium de l'hydrogène à l'intérieur de Saturne : dans le manteau d'hydrogène liquide, l'hélium plus lourd forme des gouttelettes qui descendent vers le coeur, libérant de l'énergie gravitationnelle. Saturne est donc toujours en train de se différencier, laissant les matériaux plus légers s'élever et les matériaux plus lourds tomber.

Uranus et Neptune sont différentes. Neptune possède une petite source d'énergie interne, tandis qu'Uranus n'émet pas de quantité mesurable de chaleur interne. En conséquence, ces deux planètes ont presque la même température atmosphérique, malgré la plus grande distance de Neptune avec le Soleil.

Champs magnétiques.
Chacune des planètes géantes a un champ magnétique puissant, généré par des courants électriques dans ses régions profondes en rotation rapide. Les magnétosphères des planètes sont associées aux champs magnétiques, qui sont des régions autour de la planète dans lesquelles le champ magnétique propre de la planète surpasse en intensité le champ magnétique interplanétaire général. Les magnétosphères de ces planètes s'étendent sur des millions de kilomètres dans l'espace.

Ă€ la fin des annĂ©es 1950, les astronomes ont dĂ©couvert que Jupiter Ă©tait une source d'ondes radio qui s'intensifiaient Ă  des longueurs d'onde plus longues qu'Ă  des longueurs d'onde plus courtes - juste l'inverse de ce qui est attendu du rayonnement thermique (rayonnement provoquĂ© par l'agitation des particules dans toute matière). Un tel comportement est cependant typique du rayonnement synchrotron, c'est-Ă -dire du rayonnement  Ă©mis lorsque les Ă©lectrons Ă  grande vitesse sont accĂ©lĂ©rĂ©s par un champ magnĂ©tique. Ce fut notre premier indice que Jupiter devait avoir un fort champ magnĂ©tique.
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Champ magnétique de Jupiter.
Le champ magnétique de Jupiter tel que permettent de le reconstituer les mesures in situ
de la sonde Juno. Ce champ, variable dans le temps, apparaît plus complexe que celui de la
Terre. On distingue sur cette image la Grande Tache Bleue (une structure invisible autrement) qui 
correspond à un resserrement des lignes de champ près de l'équateur; l'autre élément du dipôle magnétique est la région rouge (sur l'image) située près du pôle nord géographique. Crédit: NASA, JPL-Caltech, Harvard U., K. Moore et al. ).

Des observations ultĂ©rieures ont montrĂ© que les ondes radio provenaient d'une rĂ©gion entourant Jupiter d'un diamètre qui Ă©tĂ©ait plusieurs fois celui de la planète elle-mĂŞme. On  en a dĂ©duit qu'un grand nombre de particules atomiques chargĂ©es doivent circuler autour de Jupiter, en spirale autour des lignes de force d'un champ magnĂ©tique associĂ© Ă  la planète. C'est exactement ce que nous observons, mais Ă  plus petite Ă©chelle, dans les ceintures de Van Allen autour de la Terre. Les champs magnĂ©tiques de Saturne, Uranus et Neptune fonctionnent de la mĂŞme manière, mais ne sont pas aussi forts.

Ă€ l'intĂ©rieur de chaque magnĂ©tosphère, des particules chargĂ©es tournent en spirale en s'enroulant  le long des lignes de champ magnĂ©tique; en consĂ©quence, elles peuvent ĂŞtre accĂ©lĂ©rĂ©s Ă  de hautes Ă©nergies. Ces particules chargĂ©es peuvent provenir du Soleil ou du voisinage de la planète elle-mĂŞme. Dans le cas de Jupiter, Io, l'un de ses satellites, se rĂ©vèle avoir des Ă©ruptions volcaniques qui projettent des particules chargĂ©es dans l'espace et directement dans la magnĂ©tosphère jovienne.

L'axe du champ magnétique de Jupiter (la ligne qui relie le pôle nord magnétique au pôle sud magnétique) n'est pas aligné exactement avec l'axe de rotation de la planète; il est plutôt incliné d'environ 10°. Uranus et Neptune ont des inclinaisons magnétiques encore plus grandes, de 60° et 55°, respectivement. Le champ de Saturne, en revanche, est parfaitement aligné avec son axe de rotation. La raison pour laquelle différentes planètes ont des inclinaisons magnétiques différentes n'est pas bien comprise.

Les processus physiques autour des planètes gĂ©antes s'avèrent ĂŞtre des versions plus douces de ce que les astronomes trouvent dans de nombreux objets Ă©loignĂ©s, des restes d'Ă©toiles mortes aux Ă©normes centrales Ă©lectriques distantes telles que les quasars. L'une des raisons d'Ă©tudier les magnĂ©tosphères des planètes gĂ©antes et de la Terre est ainsi que ces planètes  fournissent des analogues de processus cosmiques plus Ă©nergĂ©tiques mais bien plus difficiles d'accès.
 

Les satellites et les anneaux

Les quatre planètes gĂ©antes sont accompagnĂ©es d'impressionnants systèmes de satellites et d'anneaux. Près de 200 satellites ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans le Système solaire externe. Les quatre planètes sont entourĂ©es d'anneaux. Mais, c'est Saturne qui, de loin, a les plus spectaculaires. 

Les satellite se répartissent dans deux groupes : les plus gros sont essentiellement sphériques et de dimensions comparables à celles de la Lune; ce sont des planètes naines. Les plus petits, les plus nombreux, sont des petits corps irréguliers ressemblant souvent à des astéroïdes.

Dans la première catégorie, on rencontre les quatre principaux satellites de Jupiter, appelés les satellites galiléens : Io, Europe, Ganymède et Callisto. Ganymède et Callisto, deux objets de faible densité composés de plus de la moitié de la glace d'eau. Callisto a une ancienne surface cratérisée, tandis que Ganymède montre des preuves d'une activité tectonique et volcanique étendue, persistant jusqu'à il y a peut-être un milliard d'années. lo et Europe sont plus denses et plus petits, chacun de la taille de notre Lune. Io est l'objet le plus volcaniquement actif du système solaire. Divers indices indiquent qu'Europe possède un océan mondial d'eau liquide sous une épaisse croûte de glace. De nombreux scientifiques pensent qu'Europe peut offrir l'environnement le plus favorable du Système solaire pour rechercher les éléments d'une chimie prébiotique.

Titan, le principal satellite de Saturne, et Triton, la lune froide de Neptune, sont  Ă©galement des planètes naines. Titan a une atmosphère opaque plus Ă©paisse que celle de la Terre, et l'atterrisseur Cassini-Huygens qui s'est posĂ© sur son sol a montrĂ© un paysage avec des rochers faits de glace d'eau gelĂ©e. Triton a une atmosphère très mince et des geysers d'azote gazeux.

Les anneaux de Saturne sont composĂ©s principalement de glace d'eau; en revanche. Uranus et Neptune ont des anneaux Ă©troits constituĂ©s d'un matĂ©riau plutĂ´t sombre. Jupiter a des anneaux tĂ©nus composĂ©s de poussières. Tous ces anneaux sont composĂ©s d'un grand nombre de particules individuelles en orbite si près de leur planète que ses forces gravitationnelles pourraient avoir brisĂ© de plus gros morceaux ou empĂŞchĂ© de petits morceaux de se rassembler. 

Les anneaux de Saturne sont larges, plats et presque continus, à l'exception de quelques lacunes. Les particules sont principalement de la glace d'eau, avec des dimensions typiques de quelques centimètres. Un satellite de Saturne, Encelade, fait aujourd'hui jaillir des geysers d'eau pour alimenter l'anneau ténu E, qui est composé de très petits cristaux de glace.

Les anneaux d'Uranus sont des rubans Ă©troits sĂ©parĂ©s par de larges lacunes et contiennent beaucoup moins de masse. 

Les anneaux de Neptune sont similaires mais contiennent encore moins de matière. Une grande partie de la structure complexe des anneaux est due aux ondes et aux rĂ©sonances induites par les lunes Ă  l'intĂ©rieur des anneaux ou en orbite autour d'eux. 

L'origine et l'âge de chacun de ces systèmes d'anneaux restent un mystère.

Les atmosphères des planètes géantes

Comme les planètes géantes n'ont pas de surfaces solides, leurs atmosphères sont plus représentatives de leurs compositions générales que ce n'est le cas avec les planètes terrestres. Ces atmosphères nous présentent également certains des exemples les plus spectaculaires des régimes météorologiques du Système solaire, puisque les tempêtes qui agitent l'atmosphère de ces planètes peuvent devenir plus grandes que l'ensemble de la planète Terre.

Composition atmosphérique.
Lorsque la lumière du soleil se reflète dans l'atmosphère des planètes géantes, les gaz atmosphériques peuvent être identifiés par l'étude du spectre de cette lumière. Les observations spectroscopiques des planètes géantes ont commencé au XIXe siècle, mais pendant longtemps, les astronomes n'ont pas pu interpréter les spectres qu'ils ont observés. Jusque dans les années 1930, les caractéristiques les plus importantes photographiées dans ces spectres n'étaient pas identifiées. Ensuite, de meilleurs spectres ont révélé la présence de molécules de méthane (CH4) et d'ammoniac (NH3) dans les atmosphères de Jupiter et de Saturne.

Les astronomes ont d'abord pensé que le méthane et l'ammoniac pouvaient être les principaux constituants de ces atmosphères, mais maintenant nous savons que l'hydrogène et l'hélium sont en fait les gaz dominants. La confusion est survenue parce que ni l'hydrogène ni l'hélium ne possèdent des caractéristiques spectrales facilement détectables dans le spectre visible. Ce n'est que lorsque la sonde Voyager a mesuré les spectres infrarouges lointains de Jupiter et de Saturne qu'une abondance fiable pour l'insaisissable hélium a pu être trouvée.

Les compositions des deux atmosphères sont globalement similaires, Ă  ceci près que  sur Saturne, il y a moins d'hĂ©lium en raison de la prĂ©cipitation de l'hĂ©lium qui contribue Ă  la source d'Ă©nergie interne de Saturne. Les mesures de composition les plus prĂ©cises ont Ă©tĂ© faites sur Jupiter par la sonde Galileo en 1995; en consĂ©quence, nous connaissons encore mieux les abondances de certains Ă©lĂ©ments de l'atmosphère jovienne que celles du Soleil.

Nuages et structure atmosphérique.
Les nuages de Jupiter sont parmi les sites les plus spectaculaires du système solaire. Ils varient en couleur du blanc à l'orange au rouge au brun, tourbillonnant et se tordant dans un kaléidoscope de motifs en constante évolution. Saturne présente une activité nuageuse similaire mais beaucoup plus modérée; au lieu de couleurs vives, ses nuages ont une teinte caramel presque uniforme.

Les diffĂ©rents gaz gèlent Ă  diffĂ©rentes tempĂ©ratures. Aux tempĂ©ratures et aux pressions des atmosphères supĂ©rieures de Jupiter et de Saturne, le mĂ©thane reste un gaz, mais l'ammoniac peut se condenser et geler. (De mĂŞme, la vapeur d'eau se condense dans l'atmosphère terrestre pour produire des nuages de cristaux de glace). Les nuages primaires que nous voyons autour de ces planètes, que ce soit Ă  partir des instruments d'un vaisseau spatial ou Ă  travers ceux d'un tĂ©lescope, sont composĂ©s de cristaux d'ammoniac gelĂ©s. Les nuages d'ammoniac marquent le bord supĂ©rieur des troposphères des planètes; au-dessus se trouve la stratosphère, la partie la plus froide de l'atmosphère. 
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Atmosphčres des plančtes géantes.

Structure verticale des atmosphères des planètes gĂ©antes. -  Sur chaque diagramme, la courbe jaune montre comment la tempĂ©rature varie en fonction de l'altitude. Sur Jupiter et sur Saturne, la tempĂ©rature près du sommet des nuages est d'environ 140 K (c'est Ă  peine plus froid que les calottes polaires de Mars). Pour Jupiter, le niveau oĂą se trouvent les nuages est Ă  une pression d'environ 0,1 bar (un dixième de la pression atmosphĂ©rique Ă  la surface de la Terre), mais pour Saturne, les nuages se forment plus bas dans l'atmosphère, Ă  une pression d'environ 1 bar. Parce que l'ammoniac les nuages se trouvent beaucoup plus profondĂ©ment sur Saturne, ils sont plus difficiles Ă  voir, et l'apparence gĂ©nĂ©rale de la planète est beaucoup plus fade que celle de Jupiter.

Dans les troposphères de des planètes gĂ©antes, la tempĂ©rature et la pression augmentent toutes deux avec la profondeur. 

L'atmosphère de Jupiter.
Grâce à des lacunes entre les nuages d'ammoniac, nous pouvons avoir quelques aperçus d'autres couches de nuages qui peuvent se former dans des régions plus profondes de l'atmosphère - régions qui, dans le cas de Jupiter, ont été échantillonnées directement par la sonde Galileo lors de sa chute dans la planète. Quand la sonde Galileo est descendue à un pression de 5 bars, elle aurait dû pénétrer dans une région de nuages d'eau gelée, puis en dessous de celle-ci dans des nuages de gouttelettes d'eau liquide, peut-être similaires aux nuages communs de la troposphère terrestre. Mais la sonde n'a vu aucun nuage d'eau et a mesuré une abondance étonnamment faible de vapeur d'eau dans l'atmosphère. Il est vite devenu clair pour les scientifiques de Galileo que la sonde était tombée à travers une région inhabituellement sèche et sans nuages de l'atmosphère - un courant ascendant géant de gaz frais et sec. Andrew Ingersoll de Caltech, membre de l'équipe Galileo, a appelé ce site d'entrée le désert de Jupiter. La sonde a continué de mesurer à une pression de 22 bars mais n'a trouvé aucune autre couche de nuages avant que ses instruments ne fonctionnent. Elle a également détecté des orages, mais seulement à de grandes distances, suggérant en outre que la sonde elle-même se trouvait dans une région de temps clair.
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Nuages de Jupiter.
Les nuages de Jupiter photographiés par la sonde Juno à 15 000 km de distance. Les formes blanches à la droite de l'image sont des nuages de très haute altitude. (Crédit et License : NASA / JPL-Caltech / SwRI / MSSS; Processing: Kevin M. Gill).

Au-dessus des nuages d'ammoniac visibles dans l'atmosphère de Jupiter, nous trouvons la stratosphère claire, qui atteint une tempĂ©rature minimale proche de 120 K. Ă€ des altitudes encore plus Ă©levĂ©es, les tempĂ©ratures remontent, tout comme elles le font dans la haute atmosphère de la Terre, car ici les molĂ©cules absorbent les ultraviolets la lumière du soleil. Les couleurs des nuages sont dues aux impuretĂ©s, issues de rĂ©actions chimiques entre les gaz atmosphĂ©riques dans divers processus photochimiques. Dans la haute atmosphère de Jupiter, les rĂ©actions photochimiques crĂ©ent une variĂ©tĂ© de composĂ©s assez complexes d'hydrogène et de carbone qui forment une fine couche de smog bien au-dessus des nuages visibles. 

L'atmosphère de Saturne.
L'atmosphère visible de Saturne est composée d'environ 75% d'hydrogène et 25% d'hélium, avec des traces de méthane, d'éthane, de propane et d'autres hydrocarbures. La structure globale de cette atmosphère est similaire à celle de Jupiter. Les températures sont cependant un peu plus froides, et l'atmosphère est plus étendue parce que Saturne a une gravité de surface inférieure. Ainsi, les couches sont étirées sur une plus longue distance, cependant, les mêmes régions atmosphériques, nuages de condensation et réactions photochimiques que nous voyons sur Jupiter doivent être présents sur Saturne. Les vents sont également extrêmement forts sur Saturne, avec des vitesses allant jusqu'à 1800 kilomètres par heure mesurées près de l'équateur.
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Structure hexagonale au pôle nord de Saturne.
L'hexagone de nuages autour du pĂ´le Nord de Saturne. -  Saturne possède dans sa rĂ©gion le plus septentrionale une structure de nuages très spĂ©ciale qui a mystifiĂ© les scientifiques : un motif hexagonal autour du pĂ´le nord, qui tourne sur lui mĂŞme en mĂŞme temps que la planète tout en conservant la mĂŞme structure depuis sa dĂ©couverte par Voyager dans les annĂ©es 1980.  Les six cĂ´tĂ©s de cet hexagone sont chacun plus longs que le diamètre de la Terre. Personne ne sait exactement pourquoi les nuages forment une telle structure, mĂŞme si l'on comprend qu'il s'agit d'un mode particulier de dissipation de l'Ă©nergie, dont on a pu reproduire en laboratoire des exemples aux caractĂ©ristiques similaires. Les changements de couleurs de cette structure depuis sa dĂ©couverte restent eux aussi mal compris. (Cette image a Ă©tĂ© prise par la sonde Cassini; elle montre Ă  l'arrière-plan les anneaux de la planète. Les couleurs et le contraste ont Ă©tĂ© amplifiĂ©s).

L'atmosphère d'Uranus.
Contrairement à Jupiter et à Saturne, Uranus est presque entièrement dépourvue de caractéristiques, vue à des longueurs d'onde allant de l'ultraviolet à l'infrarouge. Les calculs indiquent que la structure atmosphérique d'Uranus devrait ressembler à celle de Jupiter et de Saturne, bien que ses nuages supérieurs (au niveau de pression de 1 bar) soient composés de méthane plutôt que d'ammoniac. Cependant, l'absence d'une source de chaleur interne ne permet pas les mouvements verticaux et conduit à une atmosphère très stable avec peu de structures visibles.

L'atmosphère de Neptune.
Neptune diffère d'Uranus par son apparence, bien que leurs températures atmosphériques de base soient similaires. Les chercheurs ont développé un modèle atmosphérique unique qui correspond aux observations des deux planètes. Le modèle révèle que lui donne un ton plus clair que Neptune provient du fait qu'un excès de brume sur Uranus s'accumule dans son atmosphère stagnante et lente.

Les nuages supérieurs sont composés de méthane, qui forme une fine couche nuageuse près du sommet de la troposphère à une température de 70 K et une pression de 1,5 bar. La plus grande partie de l'atmosphère au-dessus de ce niveau est claire et transparente, avec moins de brume que sur Uranus. La diffusion de la lumière du Soleil par les molécules de gaz confère à Neptune une couleur bleu pâle semblable à celle de l'atmosphère terrestre. Une autre couche de nuages, peut-être composée de particules de glace de sulfure d'hydrogène, existe sous les nuages de méthane à une pression de 3 bars.

Contrairement Ă  Uranus, Neptune a une atmosphère dans laquelle existent des courants de convection, c'est-Ă -dire des courants verticaux de gaz  alimentĂ©s par la source de chaleur interne de la planète. Ces courants transportent du gaz chaud au-dessus du niveau des nuages de 1,5 bar, formant des nuages supplĂ©mentaires Ă  des altitudes d'environ 75 kilomètres plus Ă©levĂ©es. Ces nuages de haute altitude forment des motifs blancs brillants qui se dĂ©tachent sur le bleu de l'atmosphère au-dessous d'eux. 

Voyager a photographiĂ© des ombres distinctes sur les sommets des nuages de mĂ©thane, permettant de calculer les altitudes des nuages Ă©levĂ©s. 
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Nuage de Neptune.
Nuages d'altitude dans l'atmosphère de Neptune. - Ces nuages de cirrus étroits et brillants sont faits de cristaux de glace de méthane. À partir des ombres qu'ils projettent sur la couche de nuages plus épaisse en dessous, on a calculé qu'ils sont environ 75 kilomètres plus hauts que les principaux nuages.(Crédit : NASA / JPL)

Vents et météorologie.
Les atmosphères des planètes joviennes ont de nombreuses régions de haute pression et d'autres de basse pression. Tout comme sur Terre, l'air circule entre ces régions, créant des vents dont la circulation s'enroule ensuite par les effets d'inertie liés a rotation de la planète (accélération de Coriolis). En observant l'évolution des nuages sur les planètes géantes, il est possible de mesurer la vitesse des vents et suivre la circulation de leurs atmosphères.

Les mouvements atmosphĂ©riques observĂ©s sur ces planètes sont fondamentalement diffĂ©rents de ceux des planètes terrestres. Les planètes gĂ©antes tournent plus vite et leur rotation rapide a tendance Ă  s'Ă©taler en motifs horizontaux (est-ouest) parallèles Ă  l'Ă©quateur. De plus, il n'y a pas de surface solide sous l'atmosphère contre laquelle les masses gazeuse en  circulation peuvent frotter et perdre de l'Ă©nergie (c'est ainsi que les tempĂŞtes tropicales sur Terre formĂ©es sur les ocĂ©ans finissent par s'Ă©teindre lorsqu'elles arrivent sur les continents).

Comme on l'a vu, sur toutes les planètes géantes sauf Uranus, la chaleur de l'intérieur apporte à peu près autant d'énergie à l'atmosphère que la lumière du Soleil en apporte de l'extérieur. Cela signifie que des courants de convection profonds d'air chaud ascendant et d'air froid descendant circulent dans les atmosphères des planètes dans le sens vertical.

Les principales caractéristiques des nuages visibles de Jupiter sont l'alternance de bandes sombres et claires qui s'étendent autour de la planète parallèlement à l'équateur. Ces bandes sont des caractéristiques semi-permanentes, bien qu'elles changent d'intensité et de position d'année en année. Du fait de la faible inclinaison de l'axe de Jupiter, on n'observe pas de variations saisonnières.

Plus fondamentaux que ces bandes sont les vents sous-jacents qui circulent dans l'atmosphère le long des parallèles et qui ne semblent pas changer du tout, même sur plusieurs décennies. À l'équateur de Jupiter, un jet stream s'écoule vers l'est avec une vitesse d'environ 90 m/s (300 km/h), similaire à la vitesse des jet streams dans la haute atmosphère terrestre. Aux latitudes plus élevées, il y a des courants atmosphériques qui se déplacent vers l'est et vers l'ouest, chaque hémisphère étant une image miroir presque parfaite de l'autre. Saturne présente un schéma similaire, mais avec un courant-jet équatorial beaucoup plus fort.
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Les vents des plančtes géantes.
Vents sur les planètes géantes. - Cette image compare les vents des planètes géantesLa vitesse du vent (indiquée sur l'axe horizontal) et la direction du vent varient avec la latitude (indiquée sur l'axe vertical). Les vents sont mesurés par rapport à la vitesse de rotation initiale de chaque planète. Une vitesse positive signifie que les vents soufflent dans la même direction que la rotation interne de la planète, mais plus vite que celle-ci. Une vitesse négative signifie que les vents soufflent plus lentement que la rotation interne de la planète. Notez que les vents de Saturne se déplacent plus rapidement que ceux des autres planètes.

Les zones claires sur Jupiter sont des rĂ©gions d'air ascendant couvertes de cirrus  d'ammoniac blancs. Ils reprĂ©sentent apparemment les sommets des courants de convection ascendants. Les ceintures plus sombres sont des rĂ©gions oĂą l'atmosphère plus froide se dĂ©place vers le bas, complĂ©tant le cycle de convection; elles sont plus sombres parce que possĂ©dant moins de nuages d'ammoniac fermant la vue, nous pouvons voir plus profondĂ©ment dans l'atmosphère, peut-ĂŞtre jusqu'Ă  une rĂ©gion de nuages composĂ©s d'hydrosulfure d'ammonium (NH4SH).

Malgré les étranges saisons induites par l'inclinaison de 98° de son axe, la circulation de base d'Uranus est parallèle à son équateur, comme c'est le cas sur Jupiter et Saturne. La masse de l'atmosphère et sa capacité à stocker la chaleur sont si grandes que l'alternance de périodes de 42 ans d'éclairement par le Soleil et d'obscurité a peu d'effet. En fait, les mesures de Voyager montrent que la température atmosphérique est même de quelques degrés plus élevée du côté sombre de l'hiver que de l'hémisphère face au soleil. Ceci est une autre indication que le comportement de telles atmosphères de planètes géantes est un problème complexe que l'on ne comprend pas complètement.

La météorologie de Neptune est caractérisée par de forts vents d'est-ouest généralement similaires à ceux observés sur Jupiter et Saturne. Les vitesses de vent les plus élevées près de son équateur atteignent 2100 km/h, soit davantage que les vents de pointe sur Saturne. Le courant-jet équatorial de Neptune approche en fait des vitesses supersoniques (plus rapides que la vitesse du son dans l'air de Neptune).

Tempêtes géantes sur des planètes géantes.
Aux schĂ©mas de circulation atmosphĂ©rique rĂ©guliers que nous venons de dĂ©crire, se superposent de nombreux systèmes de perturbations mĂ©tĂ©orologiques locales, analogues aux tempĂŞtes que nous connaissons sur la Terre. Les plus importantes d'entre elles sont de grandes rĂ©gions ovales de haute pression sur Jupiter  et Neptune.

La Grande Tache Rouge.
La plus grande et la plus célèbre des tempêtes de Jupiter est la Grande Tache Rouge, un ovale rougeâtre dans l'hémisphère sud qui change lentement; elle faisait 25 000 kilomètres de long lorsque le Voyager a visité le système jovien en 1979, mais elle n'était plus que 20 000 kilomètres à la fin de la mission Galileo en 2000. La tempête géante est présente dans l'atmosphère de Jupiter depuis que les astronomes ont pu l'observer pour la première fois après l'invention du télescope, il y a plus de 300 ans. Cependant, elle n'a cessé de rétrécir, faisant naître des spéculations selon lesquelles nous pourrions assister à sa disparition dans quelques décennies.

En plus de sa longévité, la tache rouge diffère des tempêtes terrestres en étant une région à haute pression; sur notre planète, ces tempêtes sont des régions où la pression est plus faible. La rotation dans le sens antihoraire de la Grande Tache Rouge a une période de six jours. Trois perturbations similaires mais plus petites (d'un diamètre, au demeurant, à peu près équivalent à celui de la Terre) se sont formées sur Jupiter dans les années 1930. Elles ressemblent à des ovales blancs, et l'une peut être vue clairement près de la Grande Tache Rouge. En 1998, le vaisseau spatial Galileo a permis d'observer deux de ces ovales entrer en collision et fusionner en un seul.

Nous ne savons pas ce qui cause la Grande Tache Rouge ou les ovales blancs, mais nous avons une idée de la façon dont ils peuvent durer longtemps après leur formation. Sur Terre, la durée de vie d'un grand ouragan ou d'un typhon océanique est généralement de quelques semaines, voire moins lorsqu'il se déplace sur les continents et rencontre des frictions avec la terre. Jupiter n'a pas de surface solide pour ralentir une perturbation atmosphérique; en outre, l'ampleur même des perturbations aide à leur pérennité. On peut peut calculer que sur une planète sans surface solide, la durée de vie de quelque chose d'aussi grand que la tache rouge devrait être mesurée en siècles, tandis que la durée de vie des ovales blancs devrait être mesurée en décennies, ce qui est à peu près ce que l'on constate.

La Grande tache sombre.
MalgrĂ© la taille plus petite de Neptune et la composition diffĂ©rente de ses nuages, Voyager a montrĂ© que cette planète possĂ©dait une structure atmosphĂ©rique Ă©tonnamment similaire Ă  la Grande Tache Rouge de Jupiter. Il s'agissait de  la Grande Tache Sombre de Neptune qui mesurait près de 10 000 kilomètres de long. Sur les deux planètes, ces tempĂŞtes gĂ©antes,  formĂ©es Ă  20° de latitude sud, avaient  la mĂŞme forme et occupaient environ la mĂŞme fraction du diamètre de la planète. La Grande Tache Sombre accomplissait sa rotation avec une pĂ©riode de 17 jours, contre environ 6 jours pour la Grande Tache Rouge. Cependant, lorsque le tĂ©lescope spatial Hubble a examinĂ© Neptune au milieu des annĂ©es 1990, les astronomes n'ont trouvĂ© aucune trace de la Grande Tache Sombre sur leurs images, qui ont montrĂ© cependant l'apparition d'une autre tache sombre, mais dans l'autre hĂ©misphère.



André Brahic, De feu et de glace, planètes ardentes, Odile Jacob, 2010. -
"Les planètes géantes sont au coeur de notre histoire. Le chemin parcouru en une génération est immense. Les planètes géantes n'étaient pour nos ancêtres que des points de lumière dans le ciel. Elles se révèlent aujourd'hui dans leurs moindres détails : mondes merveilleux, agités d'énormes boules de gaz, embellis par un étonnant ballet d'anneaux et de lunes. En quelques décennies, nous en avons appris plus sur les planètes qu'au cours des quarante siècles qui ont précédé. Mais l'aventure ne fait que commencer. Avec ce livre, je vous invite à un voyage vers des destinations que nos petits-enfants pourront approcher et que leurs arrière-petits-enfants considéreront comme des étapes de l'Aventure humaine. " A. B. - Un livre exceptionnel qui, à la nouveauté et à la beauté des images, allie l'actualité la plus récente des découvertes scientifiques et le talent du conteur.

Thérèse Encrenaz, Les planètes géantes, Belin, 1999.

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