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Aperçu |
Il n'y a sans doute
pas d'intérieur et d'extérieur du Soleil
comme il existe l'intérieur et l'extérieur d'un carton à
chaussures, par exemple. Mais il existe une région de transition,
au-dessus de la zone convective de l'enveloppe solaire de laquelle du rayonnement
peut s'échapper vers l'espace environnant, et même vers le
reste de l'univers. C'est dans cette région, appelée la photosphère,
que l'on peut faire commencer l'atmosphère du Soleil. Une atmosphère,
complexe, dans laquelle on reconnaît plusieurs autres couches, lorsqu'on
s'élève en altitude : la chromosphère, d'abord, puis
la couronne. Cette dernière, très diluée dans l'espace
interplanétaire, se prolongeant d'ailleurs fort loin (au-delà
des principales planètes) sous la forme
de vent solaire, dans un volume appelé
l'héliosphère.
Chaque couche de l'atmosphère solaire possède non seulement des caractéristiques globales (gradients de température et de pression, notamment) qui lui lui sont propres, mais aussi des structures observables localement, telles que des taches, des protubérances, etc. Certaines de ces structures sont aussi clairement attachées à une couche donnée, tels les granules de la photosphère et les supergranules de la chromosphère, et elles représentent des éléments stables (ou plutôt stationnaires), caractéristiques de ce que les astronomes appellent le Soleil calme. Mais d'autres structures, dont l'importance est variable au fil du temps, sont caractéristiques des moments de crise du Soleil, autrement dit du Soleil actif. Et s'il est commode de mentionner encore chacune de ces structures en les rattachant à la couche de l'atmosphère solaire dans laquelle elle prend son plein développement (les taches dans la photosphère, les protubérances dans la couronne, etc.), il convient de noter que l'activité solaire est un tout, et que tous les éléments qui l'expriment sont reliés les aux autres dans le temps et dans l'espace. |
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Mise en ordre |
La
photosphère
La photosphère est la région du Soleil que l'on peut observer dans des conditions ordinaires. Elle émet le flot de rayonnement visible qui nous parvient. De ce point de vue, il est possible d'y voir en quelque sorte la surface de notre étoile. Mais cette notion reste peu satisfaisante dans le cas d'un objet constitué de plasma et partiellement transparent. La photosphère apparaît davantage comme une région de transition entre des régions plus profondes que l'opacité de la matière solaire (variable selon la longueur d'onde considérée) empêche d'observer directement, et des régions plus élevées et plus diluées, dont le rayonnement qui nous en parvient se trouve comme noyé par celui de la photosphère. Les astronomes définissent donc plutôt la photosphère comme la basse atmosphère du Soleil. Elle correspond à une couche d'environ 500 km d'épaisseur, et dont la température moyenne est de 5785 K. L'assombrissement des bords du disque - Les photographies du Soleil le montrent parfaitement : le bord du disque solaire est moins brillant que ses régions centrales. Cela tient aux trajets plus ou moins longs des rayons lumineux selon leur incidence. Au centre du disque, nous observons la totalité de la lumière émise, depuis la partie inférieure de la photosphère; à la périphérie, seuls nous parviennent les rayons émis des parties les plus hautes de la photosphère. Ce fait permet de comprendre qu'il existe une diminution de la température de la photosphère avec l'altitude. A son sommet (limite inférieure de la chromosphère), elle n'est plus que de 4300 K.Taches, facules et granules... Outre l'assombrissement du bord du disque, la photosphère présente diverses irrégularité de brillance. On y décèle çà et là des zones plus claires, appelées des facules, ou plus sombres, les taches solaires, et qui sont des signes épisodiques de ce qu'il est convenu d'appeler l'activité du Soleil. Observée avec un oculaire puissant et par un temps calme, ou encore sur les images à très haute résolution, le disque solaire montre également qu'il est recouvert d'une multitude de petites granulations, ayant des formes très différentes, mais le plus généralement ovales. Ce sont les granules, disséminés sur une espèce de réseau ou de filet plus sombre. Les taches du Soleil sont des régions sombres de la photosphère qui apparaissant temporairement sur notre étoile, le plus souvent par petits groupes. Leur étendue peut être très variable. Quelques-unes ont des dimensions considérables, parfois colossales : telle celle signalée en 1858, dont le diamètre égalait près de 18 fois celui de la Terre et qui couvrait 1/36e environ de la surface visible du Soleil. Pendant les seules années 1882 à 1885, cinq mesurèrent de 86 000 à 144 000 km. Les taches ont des durées d'existence également très diverses : un à deux mois en moyenne, quelquefois deux à trois jours, deux à trois heures. Celle de 1840-41 reparut pendant dix-huit mois consécutifs. Les facules* - Les facules sont de petites taches brillantes visibles sur la photosphère solaire, qui ressortent vivement en clair sur le disque lumineux du Soleil et qui accompagnent presque toujours les taches sombres. Elles sont surtout remarquables sur les bords du disque, là où la lumière décroît rapidement. Elles ressemblent assez aux raies d'écume qui sillonnent la surface d'un cours d'eau au-dessus d'une chute et elles ont parfois de 8 à 20 000 km de longueur. Au voisinage des taches, elles affectent souvent la forme de ruisseaux lumineux divergeant de tous côtés. Il en existe toujours autour des taches sombres, et alors leurs changements sont, en général, si rapides et si extrêmes qu'un dessinateur a peine à les suivre. Celles, au contraire, qui sont isolées persistent parfois plusieurs jours sans altération visible. On en rencontre jusque dans le voisinage des régions polaires, mais en très petit nombre. Elles passent par les mêmes variations périodiques de fréquence et d'amplitude que les taches. Elles sont comme les taches solaires liés à des phénomènes d'origine magnétique et se prolongent à plus haute altitude par les plages chromosphériques. Les granules - Les granules, autrefois appelés grains de riz, se définissent comme les cellules brillantes délimitées par les lignes sombres. Elle sont grandes en moyenne d'un million de kilomètres carrés (deux fois la surface de l'Égypte ou de la Colombie). Ces granules photosphériques évoluent en quelques minutes, et révèlent le bouillonnement permanent qui agite la photosphère. Ils sont l'expression des mouvements de convection par lesquels les couches supérieures de l'enveloppe solaire évacuent leur énergie. Les mouvements de la matière mis en évidence par l'effet Doppler montrent que la matière chaude monte par le centre des granules et retombe, plus froide de quelques petites centaines de degrés, à la périphérie. Un processus qui explique également pourquoi l'éclat est plus important au centre des cellules, et qui est minimal dans les zones interstitielles.Il y a encore seulement un siècle, les astronomes croyaient que les granules étaient des (grosses) gouttes de métaux fondus en suspension dans une atmosphère incandescente : d'où le nom de nuage photosphérique que l'on donnait aussi à la photosphère et l'explication que l'on se faisait de son grand éclat. Le motif de cette méprise venait en partie de la spectroscopie qui avait révélé que la plupart des métaux communs existant sur la Terre, notamment le sodium, le bismuth, le magnésium, le chrome, le nickel, le fer, se rencontrent dans ces grains. Thollon y avait aussi signalé du platine. Les autres métaux précieux : l'or, l'argent, le mercure, y font défaut, ainsi que l'étain, le plomb et l'arsenic.L'étude des mouvements de matière impliqués par les granules a permis de découvrir dès les années 1960 que la photosphère est affectée d'une oscillation permanente d'une période de l'ordre de cinq minutes. Une découverte signant l'acte de naissance de l'héliosismologie. On sait depuis que d'autres étoiles sont affectées par un phénomène comparable. |
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La
chromosphère
La chromosphère est la région de l'atmosphère solaire située immédiatement au-dessus de la photosphère. A la différence de la photosphère, des taches et des facules, la chromosphère n'est normalement visible, à la simple lunette, que pendant les éclipses totales, l'éclat du Soleil empêchant, en tout autre temps, de les discerner. La couche à laquelle correspond cette région a une épaisseur relativement faible (environ 2000 km). Elle est nettement moins brillante que la photosphère; elle présente également une évolution verticale inverse de sa température : avec l'altitude, celle-ci croît entre 4300 K à sa base et 50 000 K environ à son sommet. Supergranules et spicules Comme la photosphère, la chromosphère possède deux sortes de structures. Les unes, comme ces plages claires que l'on observe aux abords des taches solaires et qui sont des prolongements des facules photosphériques, doivent ici encore être mises en relation avec l'activité solaire. Mais on trouve également au niveau de la chromosphère des structures caractéristiques du Soleil calme, les supergranules et les spicules, qui forment le réseau chromosphérique : Les supergranules - Ces structures semblent analogues au premier abord aux granules photosphériques. Cependant, leurs dimensions sont beaucoup plus importantes (plusieurs dizaines de milliers de kilomètre de diamètre) et leur durée d'existence est de plusieurs heures. On les désigne ainsi sous le nom de supergranules. Les supergranules chromosphériques sont en réalité très différents des granules photosphériques. Contrairement à eux, il se révèlent en effet très intimement liés aux champs magnétiques du Soleil et leurs variations. Les spicules - Dans les régions qui séparent les supergranules, on observe également des haies de jets de matière (relativement froide) qui s'extraient verticalement sur des distances qui peuvent atteindre les 10 000 km. On les désigne sous le nom de spicules. La forme prise par les spicules révèle elle aussi le rôle des phénomènes magnétiques. |
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La
Couronne
La couronne est partie externe de l'atmosphère solaire. Sa température peut atteindre les 2 millions de degrés. Elle est principalement visible lors des éclipses, à l'occasion desquelles elle apparaît comme une grande auréole de lumière laiteuse autour du disque solaire. Diverses méthodes ont été mises au point pour observer le couronne en dehors des éclipses. Deslandres a ainsi pu, lors de l'éclipse du 16 avril 1893, superposer les spectres de deux régions équatoriales et montrer ainsi, par le déplacement relatif des raies, qu'elle tourne à peu près avec la même vitesse que le Soleil lui-même. Plus tard, la coronographe, inventé par Bernard Lyot en 1930, a permis l'observation de la couronne en créant des sortes d'éclipses artificielles du Soleil (lunette équipée d'un masque de même diamètre apparent que le disque solaire) . la couronne est aujourd'hui observée couramment dans le domaine X depuis des observatoires situés dans l'espace.
Dans le domaine visible, le rayonnement de la couronne provient de la diffusion par les électrons et les poussières qu'elle contient de la lumière en provenance des couches plus profondes de l'atmosphère solaire. L'intensité de cette lumière, qui va en diminuant à mesure que l'on s'éloigne du centre du Soleil, est à peu près égale à celle de la pleine Lune (Phases). On y distingue, d'abord, en contact avec le Soleil, un anneau très brillant, de 15 à 20° de largeur, puis, autour; une seconde région, encore assez vive, enfin, au-dessus dé cette région, l'auréole proprement dite, qui se prolonge à des distances considérables, souvent à plus d'un million et demi de kilomètres. Il s'agit d'une structure de forme irrégulière et variable dans le temps, comme ont pu le constater depuis longtemps les astronomes grâce aux éclipses, qui ont tôt fait de lier ces changements à la période des taches solaires. Très irrégulière et accompagnée de longs rayons, de banderoles, d'aigrettes, aux époques des minima de taches, elle est à peu près régulière au moment des maxima.
Les structures
coronales
Les protubérances ou filaments - Les protubérances correspondent à de gigantesques projections de matière, nées dans la chromosphère et qui se développent dans la couronne sous l'effet de champs magnétiques puissants. La latitude moyenne des protubérances suit une marche analogue à celle des taches, tout en se tenant toujours plus voisine des pôles, sans néanmoins dépasser la latitude de 50 ou de 55° N. et S. Elles sont soumises, comme elles aussi, à des minima et à des maxima d'intensité. Les protubérances quiescentes - Les protubérances sont généralement associées à des régions actives. Elles semblent trouver leur racine sur les mêmes lieux que les plages chromosphériques, elles-mêmes associées aux taches photosphériques. Elles sont connues sous le nom de filaments de plage. Mais il existe également des protubérances et qui peuvent persister durablement (plusieurs mois) au-dessus de régions calmes. On les désigne sous le nom de protubérances quiescentes. Apparemment indépendantes de l'activité solaire, les protubérances quiescentes conservent un lien avec cette activité, comme le montre leur propension à apparaître en grand nombre à l'approche du maximum du cycle des taches, le long de ceintures situées à des latitudes moyennes.Les protubérances se prolongent par d'autres structures plus fines très chaudes, appelées des jets coronaux, donnant l'occasion, comme le montre l'image ci-dessous le spectacle d'une fontaine de feu. Arches coronales au-dessus d'une région active. (Source : Trace Project, NASA). Comme les taches, du reste, les protubérances avaient été remarquées, à l'oeil nu, depuis longtemps, mais sans qu'on y attachât une bien grande importance. Ce fut à la suite de l'éclipse de 1842 qu'elles retinrent pour la première fois l'attention des astronomes. Les progrès de la photographie et de la spectroscopie permirent bientôt de les soumettre à une étude sérieuse. |
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Le
vent solaire et l'héliosphère*
La couronne solaire, dont la limite est incertaine, se prolonge à haute altitude par un flux permanent de particules ionisées qui inonde le milieu interplanétaire, le vent solaire. Le domaine du vent solaire, le volume dans lequel il souffle, est appelé l'héliosphère. C'est la région de l'espace dans laquelle est immergé l'essentiel du Système solaire et qui se termine par l'héliopause, une zone d'extension et de forme variable, elle aussi selon l'activité solaire, mais aussi selon les caractéristique du milieu interstellaire environnant. Le vent solaire, mis en évidence par l'étude, dans les années 1940, des queues ioniques des comètes par Cuno Hoffmeister puis Ludwig Biermann, est composé essentiellement de protons et d'électrons (auxquels s'ajoutent très minoritairement quelques noyaux d'éléments légers comme l'hélium). Il souffle ordinairement à des vitesses de l'ordre de 300 km par seconde. Prenant son origine dans les régions de la couronne traversées par des lignes de champ magnétique ouvertes (trous coronaux), il est donc très sensible à l'activité magnétique de l'étoile et peut, lors des périodes de crise, souffler en rafales et atteindre des vitesses dépassant les 1000 km par seconde. Émis en période de calme, le vent solaire atteint notre planète en quatre ou cinq jours. Il lui suffit de quelques heures en période de crise. Son interaction avec la magnétosphère de la Terre peut alors être responsable de divers phénomènes plus ou moins appréciés, qui vont des aurores polaires (aussi observées sur d'autres planètes) aux pannes générales des réseaux électriques ou de certains satellites. Un domaine qui est celui d'une discipline émergente : la météorologie spatiale. L'héliosphère (ou cavité solaire) - On peut définir l'héliosphère comme la région autour du Soleil dans laquelle souffle le vent de particules qu'il émet, et qui s'étend bien au-delà de l'orbite des planètes géantes du Système solaire.La "jupe de ballerine" - L'héliosphère est structurée par les caractéristiques du vent solaire. Celui-ci s'extrait radialement du Soleil. Mais comme il est constitué de particules électriquement chargées, il s'oriente selon des directions que lui impriment le champ magnétique de notre étoile. La rotation du soleil infléchit ainsi les trajectoires des particules, et font que le vent solaire s'enroulent en spirale dans un plan proche de l'écliptique. Par ailleurs, comme le vent vient dans une large mesure des "trous" qui percent la couronne, il va également être modulé dans une direction à peu près perpendiculaire au plan de l'écliptique. La variation des dimensions et de la position des trous coronaux impriment une composante supplémentaire à la vitesse du vent solaire, "plissant" d'une certaine manière la spirale précédemment définie, et lui donnant l'aspect d'une "jupe de ballerine".L'héliopause - Très loin au-delà de la région des planètes géantes, à la hauteur de la ceinture de Edgeworth-Kuiper (La Périphérie du Système solaire), le vent solaire faiblit. Il se heurte aux particules du milieu interstellaire qui en bloquent la progression. Il existe alors une limite au-delà de laquelle, la densité de particules en provenance du soleil est inférieure à celle des particules du milieu interstellaire. C'est cette limite qui correspond stricto sensu à l'héliopause. Mais on peut aussi étendre cette définition, et considérer l'héliopause plutôt comme une zone de transition entre le milieu interplanétaire et le reste de l'univers. Il est intéressant, dans cette perpective de noter le rôle que peuvent jouer certaines discontinuités brutales dans le flux de vent solaire, et qui sont appelées des ondes de choc.Ondes de choc - La théorie de l'héliosphère permet d'envisager un certain nombre d'ondes de choc, toutes situées au-delà de l'orbite terrestre. On en mentionnera deux : le choc terminal, en premier lieu, dans lequel on peut voir la limite interne de l'héliopause (lato sensu), et qui correspond à la région où le vent solaire cesse d'être animé de vitesses supersoniques; une seconde onde de choc, analogue à une vague d'étrave à l'avant d'un navire, peut également exister dans la direction du déplacement du Système solaire dans la Galaxie. |
En
bibliothèque - Jean-Claude
Pecker, L'atmosphère solaire, PUF, 2000.
En librairie - Pierre Lantos, Le Soleil en face, Le Soleil et les relations Soleil-Terre, Masson, 1997, tout y est dit en peu de mots et beaucoup de schémas; du même, Le Soleil, PUF (QSJ), 1994. |
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