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La
cosmologie
scientifique est l'étude avec les outils de la physique de la structure
et du contenu de l'univers physique considéré comme un tout. Avant Einstein
(1915), la cosmologie n'était pas vraiment une science physique. L'univers
était décrit à l'aide de la mécanique newtonienne
et de l'attraction universelle. Ce modèle
supposait un espace absolu, infini et immuable.
Or, appliquer la gravitation newtonienne à tout l'univers posait des paradoxes
(gravitation infinie, instabilité, etc.). Il n'y avait donc aucun cadre
théorique cohérent pour décrire un univers entier en évolution.
La
relativité
générale, formulée par Einstein a profondément transformé cette situation
en fournissant le cadre théorique nécessaire à la naissance de la cosmologie
scientifique. Avec cette théorie, la gravitation
n'est plus considérée comme une force mais comme la manifestation de
la courbure de l'espace-temps provoquée
par la matière et l'énergie.
Les équations d'Einstein relient
donc la distribution de la matière dans l'univers à la géométrie de
l'espace-temps dans son ensemble. Cela permet pour la première fois de
concevoir des modèles globaux de l'univers (différents selon les hypothèses
adoptées) soumis à des lois physiques bien définies, et d'envisager
son évolution dans le temps.
Les
principes philosophiques de la cosmologie scientifique.
Depuis
la formulation de la relativité générale, la cosmologie scientifique
repose sur plusieurs principes philosophiques
fondamentaux qui guident son questionnement et son interprétation des
données. Tous ces principes n'ont cependant pas le même statut épistémologique.
Celui-ci dépend de leur rôle dans la construction théorique, de leur
testabilité et de leur lien avec l'expérience.
Principe
de réalité.
Le
principe de réalité de l'univers affirme que l'univers existe indépendamment
de l'observateur. Il relève d'un postulat
ontologique sous-jacent à toute science empirique : il n'est ni démontrable
ni réfutable directement, mais il constitue une condition de possibilité
de l'investigation scientifique. Un réalisme
qui est aussi tempéré par un opérationalisme,
où les concepts (comme le temps cosmique ou
les singularités) n'ont de sens que dans la mesure où ils sont liés
à des observations possibles. Le statut
du principe de réalité est donc métaphysique, bien qu'il soit largement
accepté comme cadre de travail.
Principe
de causalité et de rationalité.
Le
principe de causalité et de rationalité
suppose que les phénomènes cosmologiques
obéissent à des lois causales et rationnelles accessibles à la raison
humaine. L'univers est supposé régi par des lois
mathématiques cohérentes et universelles, valables en tout temps et en
tout lieu. La relativité générale elle-même, avec sa structure géométrique,
incarne l'idée que ces lois sont intelligibles et déterministes
dans leur formulation. Ce principe a un double statut : méthodologique
(il guide la recherche scientifique en exigeant des explications
cohérentes) et épistémologique fondamental, car il fonde la possibilité
même de la connaissance scientifique. Bien qu'il ne soit pas empiriquement
vérifiable en tant que tel, il est indispensable à la pratique scientifique
et fonctionne comme une règle constitutive de la rationalité scientifique.
Principe
d'unicité.
Un
autre principe, plus métaphysique, est celui de l'unicité
de l'univers - souvent formulé comme l'idée qu'il n'existe qu'un seul
univers physique. Contrairement aux autres sciences qui peuvent étudier
une multitude d'exemplaires d'un même phénomène, la cosmologie étudie
un objet unique. Le principe d'unicité de l'univers joue un rôle méthodologique.
Il permet de limiter le champ d'investigation à ce qui est, en principe,
observable ou inférable à partir de notre cosmos.
Principe
cosmologique.
Le
principe cosmologique stipule que l'univers est homogène et isotrope à
grande échelle. Cela signifie qu'il n'existe pas de position ou de direction
privilégiée dans le cosmos. Ce principe est une extension du principe
copernicien moderne, qui refuse toute centralité ou position spéciale
à la Terre, à l'humain ou à toute autre partie de l'univers. Le principe
cosmologique possède un statut empirico-théorique. Il est à la fois
une hypothèse simplificatrice facilitant la modélisation (comme dans
les modèles de Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker), un postulat métaphysico-moral
sur "notre place dans l'univers", et une proposition testable par l'observation
(par exemple, via le fond diffus cosmologique). Son acceptation repose
sur des données observationnelles, même si certaines anomalies à grande
échelle suscitent encore des débats. Il est donc falsifiable
en principe et occupe une place centrale dans la cosmologie moderne comme
postulat
empiriquement motivé.
Principe
anthropique.
Enfin,
le principe anthropique - sous ses
formes faible et forte - a un statut plus ambigu et, tout l'inverse du
précédent, il apparaît comme résolument anti-copernicien, en nous remettant
au centre du jeu. La version faible du principe anthropique (les conditions
de l'univers doivent permettre l'existence d'observateurs) est généralement
considérée comme une tautologie observationnelle ou une contrainte de
sélection : elle rappelle que nos observations sont nécessairement biaisées
par notre existence. Son rôle est heuristique ou explicatif, mais il n'a
pas de pouvoir prédictif fort. La version forte (l'univers doit être
tel qu'il permette la vie) tend vers une interprétation téléologique
ou métaphysique, surtout lorsqu'elle est invoquée pour expliquer les
valeurs fines des constantes fondamentales. Dans ce cas, son statut épistémologique
est spéculatif, voire non scientifique au sens strict de la falsifiabilité,
bien qu'il puisse inspirer des recherches (comme dans les théories du
multivers).
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Grands nombres
et constantes fondamentales
Il existe des réflexions
basées sur les grands nombres et les constantes fondamentales de la physique
motivées par la rencontre de l'échelle quantique et de l'échelle cosmologique
dans les théories, et qui mettent au jour des relations numériques remarquables.
Arthur
Eddington a été l'un des premiers à chercher des connexions entre
les constantes fondamentales et les structures de l'univers. Il a proposé
une théorie qui relie la constante de structure fine α (qui caractérise
l'interaction électromagnétique) au nombre de protons
dans l'univers. Eddington a conjecturé que ce nombre devait être un entier
très grand, proche de 2256, en utilisant
des arguments combinatoires et des concepts de théorie des nombres. Cette
théorie était motivée par l'idée que les lois de la physique et les
grandes structures de l'univers étaient intimement liées et pouvaient
être exprimées en termes de nombres entiers spécifiques. Malgré son
intérêt conceptuel, cette approche n'a pas trouvé de validation empirique
et a été largement abandonnée.
Paul
Dirac, quant à lui, a proposé une théorie des grands nombres qui
suggère que certaines constantes fondamentales de la physique, telles
que la constante de structure fine α, varient avec le temps cosmologique.
Dirac a observé que la constante gravitationnelle G et la constante de
structure fine α sont reliées par des relations numériques remarquables
lorsqu'on compare les échelles temporelles et spatiales de l'univers.
Selon Dirac, ces relations suggèrent que la constante de structure fine
α diminue avec le temps cosmologique, tandis que la constante gravitationnelle
G augmente. Cette variation serait responsable de l'évolution de l'univers,
avec des implications pour la formation des galaxies
et des structures stellaires. Bien que cette hypothèse
ait suscité beaucoup d'intérêt, elle n'a pas été confirmée par les
observations ultérieures, et les constantes fondamentales sont aujourd'hui
considérées comme invariantes sur de longues échelles de temps.
Pascual
Jordan, un des fondateurs de la théorie unitaire des forces fondamentales,
a également exploré les relations entre les constantes fondamentales
et les grandes structures de l'univers. Jordan a proposé une version modifiée
de la relativité générale, appelée théorie de la gravitation conforme,
dans laquelle les constantes fondamentales de la physique, comme la vitesse
de la lumière c, la constante de Planck h, et la constante gravitationnelle
G, sont liées par des relations dynamiques. Dans cette approche, Jordan
suggère que les constantes fondamentales ne sont pas fixes, mais dépendent
du contexte cosmologique. Par exemple, la vitesse de la lumière pourrait
varier avec l'âge de l'univers, affectant ainsi la propagation de la lumière
et la dynamique des structures cosmiques. Jordan a également développé
des idées sur la quantification de la gravitation et la possibilité que
les constantes fondamentales soient des paramètres émergents de la théorie
des champs. Bien que ces idées aient inspiré des recherches dans la gravitation
quantique et la cosmologie, elles n'ont pas encore trouvé de confirmation
expérimentale. |
Les modèles d'univers
Un modèle d'univers
est une représentation mathématique et physique cohérente de l'univers
dans son ensemble, fondée sur les lois de la physique connues, en particulier
la relativité générale d'Einstein,
et confrontée aux observations astronomiques. Un tel modèle vise à décrire
la structure, l'évolution, la géométrie et la dynamique de l'univers
à grande échelle, c'est-à-dire à des distances bien supérieures à
celles des galaxies individuelles, où les irrégularités locales s'estompent
et où l'univers apparaît homogène et isotrope (principe cosmologique).
C'est donc un cadre théorique rigoureux, testable et évolutif à l'intérieur
duquel se posent les différentes problématiques cosmologiques.
Plusieurs modèles
cosmologiques basés sur la la relativité générale ont été proposés
pour décrire la structure, l'évolution et la géométrie de l'univers.
Ces modèles s'appuient tous sur les équations du champ d'Einstein, mais
introduisent différentes hypothèses concernant
la matière, l'énergie, la symétrie et les conditions initiales. Les
principaux sont les modèles d'univers de type Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker
(FLRW), qui constituent un ensemble de solutions des équations de
la relativité générale et décrivent un univers homogène et isotrope
à grande échelle. Ces modèles sont nommés d'après Alexander Friedmann,
Georges Lemaître, Howard Percy Robertson et Arthur Geoffrey Walker, qui
ont chacun contribué à leur formulation et à leur développement. Ils
forment la base de la cosmologie moderne. Dans les modèles FLRW, l'univers
est décrit par une métrique dépendant du temps, qui dépend de trois
paramètres essentiels : la fonction d'échelle a(t), qui représente l'expansion
de l'univers, et la courbure spatiale, qui peut être positive, nulle ou
négative. La courbure spatiale est liée à la densité totale de l'univers
par rapport à la densité critique, qui est la densité nécessaire pour
que l'univers ait une courbure nulle. Il existe ainsi trois types de courbure
spatiale :
•
Courbure
positive (univers fermé). - Lorsque la densité totale de l'univers
est supérieure à la densité critique, la courbure spatiale est positive.
Dans ce cas, l'univers est fini et fermé, ressemblant à une sphère en
trois dimensions. L'expansion de l'univers peut
ralentir et éventuellement s'inverser, conduisant à une contraction finale.
•
Courbure
nulle (univers plat). - Si la densité totale de l'univers est égale
à la densité critique, la courbure spatiale est nulle. L'univers est
infini et plat, ressemblant à un espace euclidien en trois dimensions.
Dans ce modèle, l'expansion de l'univers peut continuer indéfiniment,
mais sa vitesse de récession ralentira progressivement.
•
Courbure
négative (univers ouvert). - Lorsque la densité totale de l'univers
est inférieure à la densité critique, la courbure spatiale est négative.
L'univers est infini et ouvert, ressemblant à une hyperbole en trois dimensions.
Dans ce modèle, l'expansion de l'univers continue indéfiniment, et sa
vitesse de récession peut même accélérer.
Les modèles
FLRW reposent sur les équations de Friedmann qui régissent l'évolution
de la fonction d'échelle a(t) et dépendent de la densité de matière,
de rayonnement et de la constante cosmologique Λ.
•
Première
équation de Friedmann :

où
H est la constante d'Hubble, G est la constante gravitationnelle, ρ est
la densité totale de l'univers, k est la courbure spatiale, et Λ est
la constante cosmologique.
•
Seconde équation de Friedmann :

où
p est la pression associée à la matière et lau rayonnement.
Plusieurs
modèles spécifiques ont été tirés de ces équations, comme le modèle
d'univers plat d''Einstein-De Sitter, les modèles d'univers fermé et
d'univers ouvert de Friedmann et le modèle standard ΛCDM, le cadre
théorique aujourd'hui le plus accepté pour décrire l'univers observable.
Les modèles d'univers de type Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker permettent
de prédire et d'expliquer des phénomènes cosmologiques tels que l'expansion
de l'univers, la formation des structures, et l'accélération de l'expansion
due à l'énergie sombre. Cependant, tous les modèles d'univers qui ont
été proposés ne le sont pas sur ces bases, à l'image du modèle d'univers
tournant de Gödel, et dans une perspective radicalement différente le
modèle de l'univers stationnaire de Fred Hoyle. Bien qu'encore très spéculatifs,
des modèles s'éloignant encore de cette base sont en cours d'élaboration.
Certains, par exemple, peuvent proposer l'abandon pur et simple de
la théorie d'Einstein, d'autre tentent de l'intégrer dans un univers
possédant des dimensions d'espace supplémentaires.
L'univers
statique d'Einstein.
Avant
la formulation des équations de Friedmann, le premier modèle cosmologique
basé sur la relativité générale a été celui d'Einstein lui-même
en 1917. Confronté à l'idée d'un univers dynamique - expansion ou contraction
- qu'il juge contraire à l'image alors admise d'un cosmos statique, Einstein
introdu une constante supplémentaire dans ses équations : la constante
cosmologique (notée Λ). Ce terme permet d'équilibrer, pense-t-il, la
gravitation attractive de la matière et d'obtenir une solution stationnaire.
La découverte de l'expansion de l'univers conduira cependant à renoncer
à ce modèle statique et à abandonner la constante cosmologique, dont
il jugera qu'elle a été « la plus grande erreur » de sa vie.
Le
modèle cosmogonique de Lemaître.
En 1927, Georges
Lemaître, indépendamment de Friedmann, a retrouvé des solutions similaires.
Mais surtout, il est le premier à relier l'expansion théorique de l'univers
à l'observation du décalage vers le rouge des galaxies, anticipant ainsi
les travaux d'Edwin Hubble. Il émet l'idée que
l'univers a commencé à partir d'un « atome primitif », une idée qui,
telle quelle, sera abandonnée avec les progrès de la physique quantique,
mais qui va de devenir le fondement du modèle du big bang, dans lequel
l'univers commence son histoire dans une phase très chaude et de très
forte densité et se refroidit et se dilue ensuite au fil de son expansion.
Le
modèle d'univers plat d'Einstein-De Sitter.
En 1932, Einstein
et De Sitter combinèrent leurs idées pour proposer
un modèle simplifié : l'univers d'Einstein-De Sitter. Ce
modèle est une solution exacte des équations de Friedmann avec une densité
totale égale à la densité critique, une constante cosmologique nulle,
et une évolution du facteur d'échelle donnée par a(t) t2/3.
L'expansion de l'univers ralentit progressivement, mais ne s'arrête jamais.
Dans
ce modèle, l'énergie-matière est dominée par une densité critique
qui maintient une géométrie plate pour l'univers. La vitesse de récession
des galaxies dans ce modèle est proportionnelle à leur distance, conformément
à la loi de Hubble. Bien que ce modèle
classique du big bang (dans la mesure où il incluait naturellement une
phase chaude et dense au tout début de l'expansion cosmique) ait longtemps
servi de référence en cosmologie, les observations ultérieures ont montré
qu'il ne correspond pas entièrement à la réalité, notamment à cause
de la découverte récente de l'accélération de l'expansion.
Modèles
d'univers fermé et ouvert de Friedmann.
Le
modèle d'univers fermé de Friedmann correspond à une courbure positive
et une densité totale supérieure à la densité critique. L'expansion
de l'univers ralentit et éventuellement s'inverse, conduisant à une contraction
finale. Le modèle d'univers ouvert de Friedmann correspond quand
à lui à une courbure négative et une densité totale inférieure à
la densité critique. L'expansion de l'univers continue indéfiniment,
et sa vitesse de récession peut accélérer si la constante cosmologique
est positive.
Le
modèle d'univers tournant de Gödel.
Le modèle d'univers
tournant proposé par Kurt Gödel en 1949 est une
solution des équations de la relativité générale qui inclut une rotation
uniforme de l'espace-temps. Ce modèle illustre une configuration où les
galaxies sont disposées de manière à tourner autour d'un axe central
commun. Les lignes d'univers peuvent boucler sur elles-mêmes, permettant
des trajectoires fermées dans le temps. Bien que ce modèle soit mathématiquement
cohérent, il n'est pas considéré comme représentatif de notre univers
actuel, car il contredit plusieurs faits d'observation généralement (mais
pas unanimement) admis, comme la distribution homogène et isotrope des
galaxies et l'absence de rotation observable sur une grande échelle.
Le
modèle d'univers stationnaire de Hoyle, Bondi et Gold.
Dans les années
1940-1950, Fred Hoyle, Hermann
Bondi et Thomas Gold ont proposé une alternative
au à la théorie du big bang : le modèle de l'univers stationnaire. Selon
cette hypothèse, l'univers est éternel, infini et en expansion, mais
sa densité reste constante grâce à la création continue de matière.
Ce modèle respectait le « principe parfait cosmologique », affirmant
que l'univers est identique non seulement en tout point de l'espace, mais
aussi en tout instant du temps. Une conception qui
traduisait une préférence philosophique pour un cosmos éternel et infini,
sans commencement ni fin.Toutefois, la découverte du fond
diffus cosmologique en 1965 - rayonnement fossile prédit par le big
bang - a rendu ce modèle obsolète.
Le
modèle standard de la cosmologie.
La prisede conscience
croissante de l'importance de la matière
sombre dans l'univers à partir des années 1980, l'introduction du
concept d'inflation cosmique vers la même époque, puis la découverte
en 1998 de l'accélération de l'expansion de l'univers, ont fait évoluer
le modèle classique du big bang et a fait émerger le modèle ΛCDM (Lambda
Cold Dark Matter), qui est aujourd'hui le modèle
standard de la cosmologie. Ce modèle combine un univers plat, une
constante cosmologique Λ positive (interprétée comme l'expression
d'une énergie sombre), et une matière
sombre froide non baryonique. Il intègre également une phase très rapide
d'expansion exponentielle dans les premiers instants de l'expansion de
l'univers : l'inflation cosmique,
proposée initialement par Alan Guth en 1981. L'inflation résout plusieurs
problèmes du modèle classique du big bang (problème de l'horizon, de
la platitude, absence des monopôles
magnétiques) et explique l'origine des fluctuations de densité observables
dans le fond diffus cosmologique et à l'origine des structures cosmiques.
Malgré son succès, le modèle ΛCDM soulève encore de nombreuses questions
fondamentales : la nature physique de l'énergie sombre et de la matière
sombre reste inconnue; l'ajustement très particulier de la valeur de la
constante cosmologique pose un problème; et certaines tensions observationnelles,
comme celle concernant la constante de Hubble, interrogent la cohérence
du modèle à différentes échelles temporelles.
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Le temps
et la cosmologie
Depuis la relativité
restreinte et générale d'Einstein, temps n'est
plus perçu comme un flux absolu et universel, mais comme une composante
du continuum espace-temps. Ce continuum relie intimement la géométrie
de l'espace et l'évolution temporelle. À grande échelle, le temps
cosmologique sert à mesurer l'évolution de l'univers depuis le big bang
: expansion, refroidissement, formation des structures et des galaxies.
Ce temps est globalement défini par le taux d'expansion de l'univers,
décrit par la métrique de Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker. Localement,
cependant, le temps peut s'écouler différemment selon la gravitation
et la vitesse relative, comme le montre la dilatation temporelle. Dans
le cadre de l'actuel modèle standard de la cosmologie, le temps a ainsi
un début : il commence à pouvoir être défini à partir du moment où
l'univers a commencé à s'étendre à partir d'un état extrêmement dense
et chaud. Cet instant ne correspond pas exactement à la date à laquelle
les équations placent l'instant 0, car, à cause de la nécessité de
prendre en compte alors les principes de la mécanique
quantique, ces équations perdent en réalité de leur pertinence aux
très petites échelles de temps et d'espace ( L'échelle
de Planck). Les lois de la physique telles qu'on les connaît ne commencent
à être valides, et la définition même du temps à être pertinente
qu'au-delà de cette échelle. Ainsi, la cosmologie actuelle ne comprend-elle
pas le temps comme un cadre préexistant dans lequel l'univers évoluerait,
mais plutôt comme une propriété émergente de la structure même de
l'univers. Le temps n'est sans doute pas une entité fondamentale, mais
une manière de décrire le changement et les relations entre les états
du monde. |
Au-delà du modèle
standard.
Les limites du modèles
standard expliquent ques alternatives théoriques actuellement développées,
comme les théories de gravitation modifiée, les modèles d'univers cycliques
ou les scénarios issus de la cosmologie quantique, etc. Certains modèles
contemporains proposent des scénarios encore plus exotiques.
• Théories
de la gravitation modifiée. - Les cosmologies modifiant la gravitation
cherchent à reproduire l'accélération de l'expansion sans faire appel
à une énergie sombre ad hoc. Les théories f(R), par exemple,
remplacent la courbure scalaire R de la relativité générale par une
fonction f(R), modifiant ainsi les équations d'Einstein à grande échelle.
• Modèles cosmologiques
inhomogènes. - Certaines approches rejettent l'idée même d'une expansion
uniforme et homogène. Les modèles inhomogènes, comme les solutions de
Lemaître–Tolman–Bondi, considèrent un univers dont la densité varie
spatialement. Dans ce cadre, il est possible que l'illusion d'une accélération
cosmique provienne de la position de l'observateur dans une région sous-dense
(un « vide local »). Ces modèles questionnent le principe cosmologique
et suggèrent que certaines observations, comme le décalage vers le rouge,
pourraient être interprétées différemment sans invoquer d'énergie
sombre.
• Réinterprétations
du contenu de l'univers. - Enfin, un autre ensemble de modèles repose
sur une réinterprétation du contenu de l'univers, modifiant au passage
la physique des particules. Des alternatives
plus phénoménologiques sont recherchées par les modèles de matière
sombre chaude ou auto-interagissante, les univers avec neutrinos
massifs ou variables, ou encore les théories de quintessence introduisent
un champ scalaire dynamique jouant le rôle de l'énergie sombre, dont
la densité et la pression varient au cours du temps. Ce champ peut être
couplé ou non à la matière, ce qui influence l'évolution des structures
et la valeur effective de la constante cosmologique. Des variantes telles
que les modèles de k-essence ou de champs tachyoniques envisagent des
comportements encore plus divers du champ d'énergie sombre, et cherchent
à reproduire des observations sans recourir à une constante cosmologique
fixe.
• Modèle de
Penrose. - Cette approche propose que l'univers soit en réalité une
série de cycles répétitifs, où chaque cycle comprend une phase de contraction
suivie d'une expansion. Selon cette théorie, après la fin de chaque âge
de l'univers (phase de contraction), il y aurait une réinitialisation
de l'univers, sans big bang classique, mais plutôt une transition continue
vers une nouvelle phase d'expansion. Cette idée suggère que l'univers
pourrait être infini dans le temps, avec des cycles sans début ni fin.
Des propositions encore
plus radicales cherchent à comprendre l'origine et la dynamique de l'univers
en s'éloignant davantage du modèle ΛCDM. Les scénarios de rebond cosmique,
inspirés de la cosmologie quantique à boucles ou de certains modèles
de cordes, remplacent le big bang par une phase de contraction suivie d'un
rebond. L'univers n'aurait donc pas de singularité initiale, mais une
histoire cyclique ou oscillante. Ces modèles visent à résoudre les problèmes
de la singularité initiale et de la condition initiale fine du modèle
standard. De même, les théories émergentes, comme la cosmologie holographique
ou les approches thermodynamiques de
la gravitation, envisagent l'univers comme un système dont les lois macroscopiques
découleraient de principes d'information ou d'entropie.
Aucune alternative ne s'impose encore comme un remplaçant crédible du
modèle standard, mais elles constituent des laboratoires conceptuels essentiels
pour tester les limites de la cosmologie contemporaine. On se limitera
ici à mentionner les approches suivantes :
• Les
dimensions supplémentaires de l'univers. - Les théories à dimensions
supplémentaires sont généralement inspirées de la physique des supercordes
ou des branes, supposent que notre univers observable est une sous-variété
(ou brane) plongée dans un espace à plus de dimensions. Dans ces
scénarios, les particules et forces connues
seraient confinées à cette brane, tandis que la gravitation, plus fondamentale,
se propagerait dans les dimensions supplémentaires. Cette idée permet
de revisiter la hiérarchie des échelles d'énergie et d'expliquer la
faiblesse apparente de la gravitation par sa dilution dans un espace de
dimension supérieure. Le modèle de Randall–Sundrum, par exemple, introduit
une cinquième dimension courbée où la gravitation est localisée près
d'une brane, reproduisant les observations de la relativité générale
à basse énergie tout en modifiant la cosmologie aux très grandes échelles.
Ces approches peuvent donner naissance à des signatures cosmologiques
particulières, comme des déviations dans le spectre du rayonnement fossile
ou des effets gravitationnels anormaux à petite échelle. Le modèle cosmologique
de Steinhardt–Turok, quant à lui, suppose qu'il existe deux dimensions
supplémentaires qui se dilatent et se contractent cycliquement. L'univers
serait ainsi, comme dans le modèle de Penrose, soumis à une série de
phases de dilatation et de contraction continues, sans big bang non plus.
À chaque cycle, l'univers passe par une phase d'expansion accélérée
jusqu'à atteindre un état maximal, puis commence une phase de contraction
jusqu'à une configuration initiale, avant de recommencer une nouvelle
phase d'expansion. Ce modèle explique aussi pourquoi l'univers semble
être plat et pourquoi il ne présente pas de singularité initiale comme
le big bang.
• Le multivers.
- Les modèles de type multivers s'inscrivent dans un cadre encore plus
spéculatif, où l'univers observable n'est qu'une région parmi une multitude
d'autres domaines physiques. Cette idée découle de plusieurs contextes
théoriques : l'inflation éternelle, où des bulles d'univers se forment
continuellement dans un espace en expansion infinie; la théorie des supercordes,
qui admet un « paysage » de solutions stables correspondant à différents
vides quantiques; ou encore certaines interprétations de la mécanique
quantique, où chaque mesure engendre une branche distincte de la réalité.
Le multivers offre un cadre possible pour comprendre la valeur apparemment
finement ajustée des constantes fondamentales : celles-ci ne seraient
pas universelles, mais contingentes à notre région de l'espace-temps,
la sélection anthropique expliquant pourquoi nous observons celles compatibles
avec la vie.
On
lit parfois qu'avec l'émergence de théories comme le multivers, ce principe
est devenu discutable et contingent, voire hypothétique, puisqu'il peut
être remis en question par certaines extensions de la physique théorique.
Son statut épistémologique serait donc provisoire et conventionnel, dépendant
du cadre théorique adopté. Mais il nous semble que ce que visent des
conceptions comme le multivers c'est seulement la possibilité qu'il existe
des domaines de l'univers (toujours unique) dans lesquels les lois physiques
peuvent être différentes. Pour être des objets scientifiques, ces domaines
doivent toutefois interagir ou avoir interagi d'une manière ou d'une autre
avec la province de l'univers qui nous est accessible et y avoir laissé
un "empreinte" observable ou, selon une autre conception de la scientificité,
s'imposer mathématiquement comme une nécessité pour expliquer l'ensemble
des propriétés du domaine qui nous est expérimentalement et observationnellement
accessible.
• La gravitation
comme phénomène émergent. - D'autres approches s'intéressent à
la nature même de la gravitation, en la considérant non pas comme une
interaction fondamentale, mais comme un phénomène émergent issu de principes
quantiques ou statistiques. Dans ces théories, l'espace-temps et la courbure
seraient des manifestations collectives de degrés de liberté microscopiques
encore inconnus. L'idée d'une gravitation entropique, proposée notamment
par Erik Verlinde, interprète la gravitation comme une force émergente
résultant d'un gradient d'entropie associé à l'information contenue
dans l'espace. Ce point de vue s'appuie sur les liens profonds entre gravitation,
thermodynamique et information quantique révélés par l'étude des trous
noirs et du principe holographique. D'autres cadres, tels que la gravitation
quantique à boucles, la gravitation induite ou les modèles de géométrie
quantique, tentent de décrire comment l'espace-temps lui-même pourrait
émerger de structures quantiques discrètes. Ces conceptions modifient
profondément la vision cosmologique classique : l'univers n'est plus une
entité géométrique préexistante, mais un système dont la structure
macroscopique découle de lois statistiques sous-jacentes.
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