Aperçu |
On l'a souvent
dit, dans l'immensité de l'univers, le Soleil n'est qu'une simple
étoile
parmi des millions d'autres, « un simple soldat dans l'armée du ciel
». Et, pour la Terre, au contraire, il est le
centre autour duquel elle gravite et le foyer vital d'où reçoit la chaleur
et la lumière tout le système d'astres dont elle fait partie intégrante
et qui, sous la nom de système solaire,
comprend de nombreux corps de dimensions et masses
diverses, tous bien plus petits que lui, et qui constituent son cortège
de planètes, d'astéroïdes,
de comètes, etc.
Une vision sans doute trop simple pour
ne pas mériter quelques aménagements. Le Soleil est effectivement par
bien des aspects (par sa gravité, par son rayonnement) le centre du Système
solaire. Mais ce constat reste partiel. Par exemple, la matière
de laquelle est faite chaque planète et le Soleil lui-même vient d'ailleurs.
Les atomes qui la constituent ont été synthétisé
par d'autres étoiles, qui ont ont beau être anonymes et même peut-être
disparues depuis longtemps, n'en sont pas moins plus centrales que le Soleil
de ce point de vue. "Notre" système est autant la Voie
lactée, que le seul Système solaire.
Et que dire du Soleil en tant qu'étoile?
Simple étoile, le Soleil l'est assurément, mais elle est peut-être moins
banale qu'on tendrait à le dire. La plupart des étoiles vivent en couple
avec une autre étoile, parfois davantage. De ce point de vue le Soleil
appartient donc à une minorité. Tout aussi crucial : sa masse est relativement
importante, et la grande majorité des étoiles ont des masses et des dimensions
bien plus modestes. Ajoutez à cela que malgré ses crises ponctuelles,
notre Soleil est aussi une étoile plutôt tranquille, qui est restée
globalement très stable depuis plusieurs milliards d'années. Ce n'est
peut-être pas si courant.
Les astronomes ont tardé à connaître
un jumeau présentable du Soleil, même s'ils citaient des étoiles qui
lui ressemblent beaucoup. La situation a peut-être changé depuis la publication,
début janvier 2004, des caractéristiques très précises de l'étoile
18 Scorpii (Scorpion), qui effectivement lui confèrent
une grande ressemblance avec notre astre du jour. Auparavant, on se contentait
de parler d'étoiles "de type solaire" (un terme qui ne désignait pas
seulement son type spectral), et qui souvent étaient la cible de la recherche
de systèmes planétaires. C'est le cas, par exemple, de 51 Pegasi (Pégase)
autour de laquelle a été détectée la première planète
extrasolaire en 1995. Cela ajouté à la centaine de planètes découvertes
les années suivantes, a bien de quoi faire penser que les systèmes planétaires
pourraient être très communs autour des étoiles comparables au Soleil.
Mais que signifie dans ce cas "comparables"? Même masse, même phase
d'évolution, même âge? Quoi d'autre?
Étrangement la découverte des premières
planètes extrasolaires à révélé une diversité inattendue dans les
configuration possibles des systèmes planétaires. D'où ce paradoxe apparent,
qui veut que depuis que l'on dispose d'éléments supplémentaires pour
placer le Soleil et son cortège de planètes sous une loi commune à d'autres
étoiles, on découvre des raisons supplémentaires de le trouver encore
plus singulier. Le Soleil est ainsi unique, non pas parce qu'il serait
très spécial (car en étudiant le Soleil, les astronomes peuvent comprendre
des choses qui sont valables non seulement pour lui, mais qui le restent
encore pour la plus lointaine étoile de la plus lointaine des galaxies),
mais parce que chacune des centaines de milliards d'étoiles de la Galaxie
est unique.
Étonnante
image du Soleil obtenue en mai 1998
par
l'observatoire spatial Soho.
(Source
: Soho Website (Estec, ESA)).
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Carte d'identité
de notre étoile
Le Soleil est une étoile
de type spectral G2 (couleur jaunâtre, correspondant
à une température de surface légèrement inférieure
à 6000 K). Sa classe de luminosité est V (autrement
dit, c'est une étoile de la séquence
principale). Sa composition chimique, la place par ailleurs parmi les
étoiles de population I, typique
des étoiles (jeunes) du disque de la Voie lactée.
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Composition
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Le Soleil est composé (en
masse) de 75 % d'hydrogène, de presque 25%
d'hélium et de quelque chose comme 0,1 % d'éléments plus lourds que
l'hélium (ou métaux). En nombre d'atomes, cela correspond à 92,1 % d'hydrogène
et 7,8 % d'hélium. Les proportions sont différentes selon la région
considérée : en surface on mesure (en masse) 70 % d'hydrogène, 28 %
d'hélium et 2% de métaux. La majorité des éléments
chimiques qui sont connus sur Terre y ont ainsi
été décelés, même si c'est dans des proportions très différentes.
Mais dans les régions centrales, les calculs montrent sont de 35% seulement
d'hydrogène et de 63 % d'hélium. Une différence qui provient de ce que
depuis sa formation, il y a 4,57 milliards d'années, le Soleil a consommé
à peu près la moitié des réserves d'hydrogène présentes dans son
noyau; ce qui le place donc à peu près à la moitié de sa vie. |
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Diamètre
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Le Soleil a un diamètre
de 1,392 millions de kilomètres. Cela le place dans la bonne moyenne des
étoiles de la séquence principale. Par rapport aux planètes qui l'entourent,
il reste un géant. Son diamètre est déjà dix fois supérieur à celui
de Jupiter, la plus grosse des planètes, et
il atteint les 109 diamètres terrestres (ce qui correspond à une surface
12 000 fois plus importance que celle de notre planète, et à un volume
1,3 millions de fois supérieur). Ajoutons que notre étoile, masse fluide
en rotation, n'est pas exactement sphérique. |
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Masse
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La masse de notre étoile
est de 330 432 fois celles de la Terre, soit quelque chose de l'ordre de
1,99 x 1030 kg. A
lui seul, le Soleil représente 99,8 % de la masse du Système solaire.
Cette masse diminue progressivement au cours de l'évolution de l'étoile
: dans une petite proportion (perte de (4 millions de tonnes par seconde),
cela est dû à la conversion de masse en énergie responsable dû rayonnement
solaire; mais le facteur essentiel de cette de masse est le vent
solaire. Aujourd'hui peu important, Il deviendra considérable dans
moins de 5 milliards d'années, quand le Soleil se transformera en géante
rouge. Le Soleil soufflera alors dans l'espace toute son enveloppe
d'hydrogène. |
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Densité
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La connaissance de la masse
et des dimensions du Soleil permet d'en déduire la densité.
Celle-ci est d'environ 1,41 kg/litre. Ce qui signifie qu'un litre de Soleil
a une masse de 1,41 kg. Comparée à celle de la Terre, la densité du
Soleil est de 0,256 (alors que la pesanteur à la surface est 28 fois supérieure).
En fait, cette moyenne doit être prise pour ce qu'elle est. Les régions
centrales de notre étoile sont extraordinairement plus compactes que ce
chiffre ne le laisse supposer, et ses régions externes, son atmosphère,
sont excessivement diluées. |
| Température |
La température du Soleil
elle aussi est variable selon la région considérée. Au centre elle dépasse
les 15 millions de kelvins. En surface (photosphère), la température
effective (déterminée grâce à la loi de Stefan-Botzmann) vaut 5785
K (ce qui correspond à un indice de couleur
de +0,8). Les taches sont légèrement moins chaudes
(4000 K environ). Mais la couronne correspond à des températures pouvant
dépasser le million de degrés. Partout, la température est suffisante
pour ioniser complètement le gaz solaire, qui
est donc un plasma. |
| Luminosité |
Le Soleil a une magnitude
visuelle apparente de -26,9. Sa magnitude visuelle absolue est de 4,7.
Ce qui représente une puissance rayonnée de 386 milliards de milliards
de mégawatts (soit 3,846 1033 erg/s). |
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Rotation
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Le Soleil tourne sur lui
même autour d'un axe incliné de 7,5° par rapport à la perpendiculaire
de l'écliptique. La période de rotation
de cette masse fluide qu'il représente varie en fonction de la latitude
(ce qui fait parler de rotation différentielle). Les régions équatoriales
font un tour en 25,6 jours; à la latitude de 60°, la rotation dure 30,9
jours; et elle est de 36 jours au voisinage des pôles. |
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Rouages |
On
peut distinguer dans le Soleil deux domaines : celui qu'on voit, et celui
qu'on ne voit pas... Une boutade, qui a son fond de vérité au demeurant,
puisqu'il est commode de distinguer un intérieur du Soleil, accessible
seulement par des méthodes indirectes, et une atmosphère d'où provient
le rayonnement électromagnétique
que l'on peut observer et étudier directement.
L'intérieur
du Soleil
La masse et la phase d'évolution dans
laquelle se trouve une étoile suffisent à décider de sa structure
interne. Pour le Soleil et pour les autres étoiles de la séquence
principale de masse analogue ont aura donc la même stratification des
régions internes. Au centre se trouve le coeur ou noyau, qui est le siège
des réactions de fusion thermonucléaires, autour
se rencontre l'enveloppe, divisée en zone radiative interne et en zone
convective.
Le coeur.
Le coeur ou noyau du Soleil a un diamètre
qui est presque le tiers du diamètre total. La température qui y règne
va de 7 à plus de 15,6 millions de kelvins. Quant à la densité centrale
(maximale) elle est de 160 kg/l. A la périphérie du coeur, elle tombe
à 10 kg/l seulement. Ces conditions définissent la possibilité des réactions
de fusion des noyaux d'hydrogènes présents. Chaque seconde 600 millions
de tonnes d'hydrogène sont ainsi converties en hélium (la masse convertie
en énergie et évacuée sous forme de photons gamma, étant, comme on
l'a dit plus haut, de 4 millions de tonnes).
La zone radiative
interne.
La zone radiative interne est la région
la plus profonde de l'enveloppe. Elle se situe entre 0,3 et 0,7 rayons
solaires. Elle est suffisamment transparente pour que l'énergie produite
dans le coeur puisse la traverser et s'évacuer vers les couches supérieures
sans mettre en branle des mouvements de convection.
Le transfert radiatif n'en demeure pas moins un processus complexe fait
de milliards absorptions et de réémissions successives des photons par
la matière traversée. Les photons qui appartenaient au domaine gamma
au départ sont ainsi chaque fois un peu moins énergétiques, et leur
traversée complète de cette région peut prendre plusieurs centaines
de milliers d'années. La température de la zone radiative interne chute
de 7 à 1 millions de kelvins, à mesure que l'on s'éloigne du centre.
La zone convective.
A partir de 0,7 rayons solaires, commence
la zone convective. La température un varie progressivement de 1 million
de kelvins dans les régions les plus profondes à 15 000 K seulement dans
sa partie supérieure. L'énergie y est principalement transportée par
convection, c'est-Ã -dire par le moyen de mouvements cycliques verticaux
de la matière de l'enveloppe. Ces mouvements se laissent deviner à la
surface du Soleil sous la forme d'un "bouillonnement" permanent, appelé
la granulation.
L'intérieur
du Soleil.
(Source
: Sun block '99 website).
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La
"surface" (photosphère) et l'atmosphère solaires
La photosphère.
L'idée même
de "surface" solaire est une abstraction commode pour désigner la couche
la plus externe visible depuis la Terre, une frontière optique où le
gaz devient suffisamment opaque pour masquer les profondeurs incandescentes
de l'astre. Cette zone, que les astronomes nomment photosphère,
n'est qu'une infime pellicule d'à peine quelques centaines de kilomètres
d'épaisseur sur les 700 000 kilomètres de rayon solaire, et c'est
pourtant d'elle que provient la quasi-totalité de la lumière qui nous
parvient. Sa température avoisine les 5500 °C en moyenne, mais cette
valeur masque une réalité granuleuse et dynamique. Vue avec une résolution
suffisante, la photosphère apparaît en effet constellée de granules
brillants, vastes bulles de plasma chaud larges d'un millier de kilomètres
qui montent des profondeurs, s'épanouissent en surface, se refroidissent
en rayonnant leur énergie, puis replongent dans l'ombre des intergranules
plus sombres, le tout en moins d'une dizaine de minutes. Ce bouillonnement
incessant, semblable à l'ébullition d'un liquide visqueux, est la
manifestation visible de la convection qui transporte l'énergie nucléaire
depuis le cœur du Soleil jusqu'à ses couches externes.
Vue depuis la Terre,
la photosphère s'assombrit progressivement vers les bords du disque
solaire, un phénomène d'assombrissement centre-bord qui trahit la structure
thermique de cette couche. En regardant le centre du disque, nous plongeons
notre regard vers des régions plus profondes et donc plus chaudes de la
photosphère, tandis que vers le limbe, la ligne de visée rase des couches
plus élevées et plus froides, qui émettent moins de lumière. Cette
simple observation permet de comprendre que la température décroît avec
l'altitude dans cette région. Parsemant cette surface lumineuse, des
taches solaires apparaissent comme des îlots d'obscurité relative,
des régions où d'intenses champs magnétiques freinent localement la
convection et empêchent le plasma chaud de remonter. Ces taches, qui peuvent
atteindre la taille de plusieurs planètes Terre, sont plus froides d'environ
2000 degrés que leur environnement, d'où leur contraste saisissant.
Elles ne sont pas figées : elles naissent, évoluent, se déforment et
finissent par se dissiper au gré des cycles magnétiques de onze ans qui
rythment l'activité solaire, et leur nombre croît et décroît comme
une respiration lente de l'étoile. Autour d'elles, dans les régions
actives, la photosphère se couvre de facules, des zones brillantes et
magnétisées qui annoncent souvent l'émergence de taches et persistent
plus longtemps qu'elles.
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Gros
plan sur la photosphère.
(Source
: Université de
Freiburg / KIS).
Au-dessus de la photosphère
s'étend un royaume étrange où, contre toute intuition thermodynamique,
la température se met à croître à mesure que l'on s'éloigne de
la source d'énergie centrale.
La chromosphère.
Immédiatement après
la surface visible, on traverse une couche mince et rosée, la chromosphère,
dont la lueur pourpre n'est perceptible à l'œil nu que durant les
brèves secondes d'une éclipse totale, lorsque la Lune occulte le disque
éblouissant. Cette atmosphère basse,
épaisse de quelques milliers de kilomètres, est un milieu ténu et inhomogène
où la température passe d'environ 4000°C à sa base à plus de 20
000 °C dans ses régions supérieures. Sa structure est entièrement dominée
par les champs magnétiques qui canalisent le plasma en arches et en gerbes.
On y observe un fourmillement de spicules, des jets de gaz fusant à plusieurs
dizaines de kilomètres par seconde, s'élevant comme une prairie d'herbes
incandescentes jusqu'à 10 000 kilomètres d'altitude avant de retomber
ou de se dissoudre. La chromosphère est le siège de phénomènes violents
et brefs comme les éruptions solaires, qui libèrent en quelques minutes
une énergie équivalente à des millions de bombes thermonucléaires,
chauffant le milieu ambiant à des dizaines de millions de degrés et accélérant
des particules à des vitesses relativistes. Son spectre, riche en raies
d'émission comme celle de l'hydrogène alpha, révèle une composition
chimique dominée par l'hydrogène et l'hélium, avec des traces de
dizaines d'autres éléments.
La couronne.
Puis, sans transition
nette, on pénètre dans la couronne solaire, cette atmosphère extérieure
qui s'étend sur des millions de kilomètres et se dilue progressivement
dans le milieu interplanétaire en donnant naissance au vent
solaire. La couronne est un plasma extrêmement dilué mais porté
à des températures colossales, dépassant le million de degrés, un mystère
qui a longtemps défié la physique solaire avant que l'on ne comprenne
le rôle des ondes magnétohydrodynamiques et des micro-éruptions, les
nanoflares, dans le chauffage coronal. Cette chaleur extrême confère
aux particules une vitesse d'agitation thermique telle que la gravité
solaire ne peut les retenir, et un flux continu de protons et d'électrons
s'échappe à des vitesses supersoniques, soufflant à travers tout le
système solaire. La couronne n'est visible dans toute sa splendeur que
lors des éclipses totales, où elle déploie sa chevelure nacrée, faite
de longues streamers qui épousent les lignes de champ magnétique, de
panaches et de casques. Sa forme générale évolue avec le cycle solaire
: elle est plutôt symétrique et étendue aux pôles lors du minimum d'activité,
et plus complexe, hérissée de structures brillantes, pendant le maximum.
L'imagerie en rayons X et en ultraviolet extrême, obtenue depuis l'espace,
révèle une couronne perpétuellement changeante, constellée de trous
coronaux, vastes régions plus sombres et plus froides d'où le vent
solaire rapide s'échappe préférentiellement, et de boucles magnétiques
qui relient des taches de polarités opposées, sculptant des arches de
plasma incandescent hautes de dizaines de milliers de kilomètres.
L'atmosphère solaire
tout entière est le théâtre d'un couplage complexe entre plasma et
champ magnétique, ce dernier émergeant des profondeurs par effet dynamo
pour dominer complètement la dynamique des couches extérieures. Les lignes
de force, tordues et cisaillées par la rotation différentielle du Soleil
(plus rapide à l'équateur qu'aux pôles), accumulent une énergie
magnétique considérable qui se libère de façon sporadique et violente.
Ainsi, les éjections de masse coronale projettent dans l'espace interplanétaire
des milliards de tonnes de plasma à des centaines de kilomètres par seconde,
créant des tempêtes géomagnétiques lorsqu'elles atteignent la Terre.
La couronne se dilate en un vent solaire dont la température et la vitesse
varient, un écoulement permanent qui sculpte les magnétosphères planétaires
et gonfle l'héliosphère, cette bulle protectrice qui englobe tout le
système solaire et nous isole partiellement du milieu interstellaire. |
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L'activité
solaire
L'activité
solaire constitue l'expression même de la vie magnétique de l'étoile,
la manifestation observable des formidables processus qui se déroulent
dans ses profondeurs. Tout commence dans la zone convective, où les mouvements
de plasma et la rotation différentielle (le fait que l'équateur du
Soleil tourne plus vite que ses pôles) engendrent un effet dynamo qui
tord, étire et amplifie les champs magnétiques. Ces champs, piégés
dans la matière ionisée, finissent par émerger à travers la photosphère
sous forme de boucles magnétiques, donnant naissance à l'ensemble des
phénomènes que nous regroupons sous le terme d'activité solaire. L'indice
le plus immédiatement visible de cette activité est le nombre de taches
solaires présentes sur le disque. Ces taches sont la trace directe de
l'irruption de tubes de flux magnétique intenses qui inhibent localement
la convection et refroidissent le plasma. Leur recensement systématique,
entrepris depuis Galilée et poursuivi sans relâche, a révélé l'existence
d'un cycle remarquablement régulier d'environ onze ans, au cours duquel
le nombre de taches croît jusqu'à un maximum spectaculaire avant de
redescendre à un minimum où le disque solaire peut rester vierge de toute
tache pendant des jours, voire des semaines.
Le cycle de Hale.
Ce cycle de onze ans est l'enveloppe
la plus apparente d'une variation magnétique bien plus profonde. Le
champ magnétique global du Soleil s'inverse à chaque maximum : le pôle
nord magnétique devient le pôle sud, et vice-versa, de sorte que le cycle
magnétique complet, appelé cycle de Hale, dure en réalité vingt-deux
ans. Pendant la phase de montée vers le maximum, les régions actives
se multiplient, les taches apparaissent d'abord à des latitudes moyennes,
autour de trente degrés, puis leur zone d'émergence migre progressivement
vers l'équateur au fil du cycle, dessinant sur un diagramme temporel
ce que les astronomes appellent les ailes de papillon de Maunder. Au maximum,
le Soleil est couvert de groupes de taches complexes, certaines si vastes
qu'elles sont visibles à l'œil nu protégé au coucher du soleil,
et l'étoile émet davantage de rayonnement ultraviolet et de rayons
X. Au minimum, les taches se raréfient, se cantonnent près de l'équateur,
et la couronne prend une forme plus simple, aplatie aux pôles.
Les éruptions
solaires.
L'activité solaire se manifeste avec
une violence inouïe à travers les éruptions solaires, ou flares, ces
libérations soudaines d'énergie qui se produisent dans les régions
actives lorsque les lignes de champ magnétique, tordues et cisaillées
par les mouvements du plasma, se reconnectent brutalement. En quelques
minutes, un flare peut libérer une énergie équivalente à des dizaines
de millions de bombes H, chauffant le plasma ambiant à des dizaines de
millions de degrés et produisant un flash intense couvrant tout le spectre
électromagnétique, des ondes radio jusqu'aux rayons gamma. Cette soudaine
bouffée de rayonnement ionise les hautes couches de l'atmosphère terrestre,
perturbant les communications radio, et peut s'accompagner de l'accélération
de particules chargées à des vitesses proches de celle de la lumière.
Ces protons et électrons relativistes, guidés par les spirales du champ
magnétique interplanétaire, atteignent la Terre en quelques dizaines
de minutes, constituant un risque radiologique pour les astronautes en
sortie extravéhiculaire et les passagers des vols polaires à haute altitude,
tout en pouvant altérer l'électronique des satellites. Un autre phénomène,
plus massif encore, accompagne souvent les éruptions majeures : les éjections
de masse coronale, ou CME. Il ne s'agit plus seulement de rayonnement,
mais de véritables nuages de plasma, des milliards de tonnes de matière
solaire brutalement arrachées à la couronne et projetées dans l'espace
interplanétaire à des vitesses pouvant dépasser les deux mille kilomètres
par seconde.
Variations sur
de longues périodes.
L'activité solaire connaît également
des modulations à plus long terme, des irrégularités qui rappellent
que le cycle de onze ans n'est pas une horloge parfaitement régulière.
L'amplitude d'un cycle peut varier considérablement, et les astronomes
ont identifié des périodes de plusieurs décennies où l'activité
semble s'affaiblir ou se renforcer. Le minimum de Maunder, entre 1645
et 1715, a été une époque de quasi-disparition des taches solaires.
Depuis le milieu du XXe siècle, le Soleil
a connu une phase d'activité globalement élevée, le maximum moderne,
avant que les cycles récents ne montrent une tendance à l'affaiblissement.
Parallèlement, le cycle solaire imprime sa marque sur l'héliosphère
tout entière : le vent solaire, ce flot continu de particules chargées
qui s'échappe de la couronne, voit sa vitesse et sa densité fluctuer
au rythme du cycle. Le vent rapide, issu des trous coronaux polaires, domine
pendant les minima, tandis que le vent lent et dense, associé aux régions
actives et aux streamers équatoriaux, se renforce pendant les maxima.
Cette modulation cyclique du vent solaire gonfle et rétracte l'héliosphère,
cette bulle protectrice que le Soleil creuse dans le milieu interstellaire,
et fait varier le flux de rayons cosmiques galactiques qui parvient jusqu'Ã
la Terre, avec des implications potentielles sur la formation des nuages
et le climat terrestre.
À des échelles de temps encore plus longues,
l'activité magnétique du Soleil est intimement liée à sa rotation
et à son âge. La rotation rapide du jeune Soleil générait un champ
magnétique bien plus intense, une activité éruptive bien plus fréquente
et un vent solaire bien plus puissant qu'aujourd'hui. Le freinage magnétique,
par lequel le vent solaire emporte du moment cinétique, ralentit progressivement
la rotation de l'étoile, atténuant au fil des milliards d'années
l'intensité de sa dynamo interne. L'activité solaire n'est donc
pas une constante, mais une propriété évolutive, dont l'étude comparative
avec d'autres étoiles de type solaire d'âges différents permet de
reconstituer l'histoire magnétique de notre propre astre. Les observations
de taches stellaires, de cycles et de super-éruptions sur des analogues
solaires lointains fournissent un contexte essentiel pour comprendre où
se situe le Soleil dans le concert des étoiles magnétiquement actives.
Ainsi, depuis le bouillonnement granulaire de la photosphère jusqu'aux
confins de l'héliosphère, en passant par les explosions de rayonnement,
les nuages de plasma éjectés à grande vitesse, les cycles undécennaux
et les caprices de la dynamo interne, l'activité solaire se déploie
comme un phénomène total, magnétique dans son essence, électromagnétique
et particulaire dans ses manifestations, qui relie l'étoile à son environnement
planétaire par un réseau complexe et changeant d'influences énergétiques. |
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Les
relations Soleil-Terre
La chaleur du Soleil.
Pour la Terre et
les autres planètes du Système solaire, le Soleil est, d'une part, le
centre de l'attraction gravitationnelle qui commande à leur mouvement
orbital, et d'autre part, la source principale de l'énergie qui leur vient
de l'extérieur. Une énergie qui se présente sous forme de lumière ou
de chaleur, et très secondairement sous la forme de vent stellaire. Dans
le cas de la la Terre, on a défini une quantité, appelée la constante
solaire, qui mesure l'énergie apportées à notre planète par les rayonnement
du Soleil. Cette constante solaire représente ainsi la quantité d'énergie
reçue par unité de surface réceptrice, perpendiculairement au rayons
solaires, et par unité de temps. Connaître sa valeur depuis le
sol s'est longtemps avéré difficile, puisque, l'atmosphère absorbe ou
réfléchit une partie du rayonnement incident. Cela explique que les premières
mesures aient souvent été effectuées au sommet de montagnes afin de
réduire l'épaisseur de la couche d'air interposée. Les mesures depuis
l'espace ont évidemment changé la donne. La valeur estimée aujourd'hui
de la constante solaire est de 1,94 calorie par centimètre carré et par
minute.
Il semble
que ce soit Bouguer
et Mairan
qui les premiers qui aient cherché à mesurer l'intensité de la chaleur
solaire. Saussure
a fait en 1788 sur le mont Blanc des expériences pour déterminer cette
intensité de la chaleur solaire, et a, le premier, construit des appareils
pour l'utiliser. John Herschel ,
pendant son séjour au Cap de Bonne-Espérance, de 1834 à 1838, avec l'actinomètre
inventé par son père, et Pouillet
à Paris, en 1838, avec les pyrhéliomètres qu'il avait construits,
trouvèrent à peu près le même nombre pour l'intensité de la
radiation solaire. Selon Pouillet, le nombre 1,7633 représentait, en
calories, la valeur de la constante solaire, aux limites de l'atmosphère.
Des valeurs de la constante solaire supérieures à la précédente
ont été ensuite obtenues. Ainsi, J.-D. Forbes
a trouvé 2,85 en 1842 sur le Faulhorn (Alpes bernoises).
Violle ,
faisant des expériences à la base et au sommet du mont Blanc en 1875,
a trouvé 2,54 pour la valeur de la constante solaire. Crova ,
opérant à Montpellier en 1875 avec un pyrhéliomètre qu'il avait construit,
a obtenu 2,32. Langley ,
en se servant du bolomètre qu'il a inventé, a été conduit par ses expériences
de 1883 à penser que la constante solaire a une valeur supérieure
aux précédentes. Avec cet instrument, il a trouvé en 1880 que
dans l'orangé, près de la ligne D, les parties les plus chaudes
du spectre solaire coïncident avec ses parties les plus lumineuses. Guidé
par les conseils de Crova, Hansky
en 1897 a trouvé 3,4 pour la constante solaire, à l'Observatoire
du mont Blanc, ce qui montrait, concluait-il, que la puissance du
rayonnement solaire avant son entrée dans l'atmosphère
terrestre était supérieure aux plus grandes puissances trouvées
à la surface de la Terre. Dès 1881, Langley avait conclu de ses expériences
que notre atmosphère absorbe les 0,4 de la chaleur qui traverse
verticalement un ciel clair. Malgré cette perte, le rayonnement solaire
est excessivement grand; ainsi Langley trouva en 1878 que l'éclat de la
lumière solaire est 5300 fois plus grand que l'éclat, cependant éblouissant,
du fer en fusion complète dans un convertisseur de Bessemer.
Halley en 1693, Lambert
en 1779, Poisson en 1835, Plana en 1864 avaient étudié théoriquement
la répartition de la chaleur solaire à la surface du globe terrestre
dépourvu d'atmosphère. Remarquant que leurs formules conduisent à des
conclusions contraires à celles que donnent les expériences, A.
Angot
a repris cette question en 1883 et a trouvé que la quantité de chaleur
reçue du Soleil par un point de la Terre dépend de la latitude du point,
de la déclinaison du Soleil et de sa distance à la Terre, et qu'elle
s'exprime par une intégrale elliptique. Tenant ensuite compte de l'absorption
atmosphérique, il a obtenu des formules et construit des tables qui donnent
les quantités de chaleur reçues aux différentes latitudes.
En considérant la
valeur élevée du nombre donné par Pouillet pour la constante solaire,
Franchot
en 1847 et Mouchot
en 1860 ont été portés à reprendre les idées de Saussure. Les appareils
de Mouchot, étant plus pratiques, ont seuls attiré l'attention; il commença
à Tours des expériences ayant pour but d'utiliser la chaleur solaire
pour donner le mouvement aux machines à vapeur; en Algérie, où le Gouvernement
l'avait envoyé, en 1877, pour faire des expériences à ce sujet, il construisit
le récepteur solaire qui fut remarqué à l'Exposition universelle de
1878 et qui fut employé jusqu'en 1884 par la Société d'utilisation de
la chaleur solaire. Ericson
construisit en 1868 un appareil analogue à celui de Franchot, mais qui
se révéla pratiquement inopérant. Enfin, ayant étudié dès 1851 la
chaleur solaire rayonnante avec une pile thermo-électrique, Secchi trouva
qu'elle augmente des bords du disque à son centre et des pôles
de l'astre à son équateur, l'hémisphère boréal étant plus chaud que
l'hémisphère austral.
Cycles et climats.
L'activité cyclique
du Soleil évoquée plus haut imprime sa marque sur certains phénomènes
terrestres. Par exemple le nombre d'aurores polaires suit celui des taches
visibles à la surface du Soleil. Les deux phénomènes ont la même cause
: les crises qui affectent le Soleil et occasionnent aussi bien ses taches,
que les éjections violentes dans l'espace de matière solaire (CME), qui,
en atteignant et percutant a magnétosphère
terrestre suscitent les aurores brillantes
que l'on observe dans les régions de haute latitude.
Une
éjection de masse coronale se propage comme une onde de choc en expansion,
gonflant le vent solaire ambiant, et lorsqu'elle percute le champ magnétique
terrestre, elle peut déclencher des tempêtes géomagnétiques d'une
intensité redoutable. La compression brutale de la magnétosphère côté
jour, suivie d'une injection massive d'énergie dans la queue magnétosphérique
côté nuit, met en mouvement des particules piégées dans les ceintures
de Van Allen, précipite des courants électriques dans l'ionosphère
et induit des courants telluriques à la surface du sol. Les aurores polaires,
ces rideaux de lumière dansants qui parent le ciel des hautes latitudes,
sont la partie poétique de cet orage magnétique; la destruction de transformateurs
électriques, la corrosion accélérée des pipelines et la panne généralisée
des réseaux de télécommunication en sont les conséquences les plus
redoutées. L'événement de Carrington en 1859, la plus puissante tempête
solaire jamais enregistrée, avait mis hors service les réseaux télégraphiques
mondiaux et provoqué des aurores visibles jusqu'aux Caraïbes; un événement
comparable aujourd'hui pourrait infliger des dommages chiffrés en milliers
de milliards de dollars à nos infrastructures électroniques.
Par delà ces phénomènes
spectaculaires et de quelques autres, la variation dans l'apport d'énergie
en provenance du Soleil (lors des périodes d'activité, et donc modulée
au long des différents cycles) est susceptible d'avoir des effets sur
le climat de notre planète. Ainsi, en 1893 Walter Maunder taille
remarqué le nombre très bas de taches solaires (et d'aurores polaires)
entre 1645 et 1715.
Cette
diminution a pu être mise en relation avec un refroidissement climatique,
connu sous le nom de petit âge glaciaire, pendant lequel, du moins en
Europe, on a observé une succession d'hivers plus
froids que pendant d'autres périodes. Plus récemment, les analyses aux
carbone 14 ont également montré que le minimum de Maunder peut être
mis en relation avec une modulation du rayonnement
cosmique atteignant la Terre. D'autres indices existent pour mettre
en rapport une bonne dizaine d'autres périodes similaires au cours des
8000 dernières années.
Mais on doit noter que,
malgré les progrès notables enregistrés au cours des dernières années
dans ce domaine, les modalités des processus en cause ne sont pas encore
bien comprises, pas plus d'ailleurs que n'est connue leur importance quantitative
réelle. |
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