|
|
| . |
|
||||||
| Les
régions centrales de la Galaxie
Le Centre galactique |
| Le
centre
de la Voie lactée, son centre de rotation et
du barycentre de toutes ses masses, est le point autour duquel s'organise
l'ensemble du disque galactique. Il est situé à une distance d'environ
8178 parsecs du Système solaire, soit
approximativement 26 673 années-lumière,
dans la direction du Sagittaire (coordonnées J2000
: AD 17h 45m 40,04s; δ −29° 00′ 28,1″).
Le centre de masse proprement dit de la
Galaxie se trouve au centre de la zone brillante Sgr A (Sagittarius A),
et a été baptisé Sgr A*. Les déplacements du gaz et des étoiles qui
l'environnement ont permis d'y déduire la présence d'une masse concentrée
dans un espace inférieur aux dimensions du Système solaire. Depuis 2004,
grâce aux études menées à l'aide du réseau de radiotélescoipes VLBI,
les dimensions de l'objet se sont trouvées réduites à un espace inférieur
à celui circonscrit par l'orbite de Mercure ![]()
Les régions centrales de la GalaxieLa Voie Lactée, vue dans son ensemble, présente une architecture intérieure d'une complexité remarquable dont le démêlage observationnel a mobilisé des décennies de travail, rendu difficile par la position du Soleil dans le plan du disque galactique, derrière des écrans de poussières. C'est grâce aux observations combinées dans les divers domaines du spectre électromagnétique que la structure des régions centrales a pu être progressivement reconstituée, révélant un système emboîté de structures (bulbe, barre, amas nucléaire, disques nucléaires stellaire et gazeux ) aux échelles spatiales et aux histoires évolutives distinctes mais profondément interconnectées et dont les interactions mutuelles ont façonné l'histoire de la Galaxie centrale sur les dix derniers milliards d'années et continuent de la modeler aujourd'hui, sur des échelles de temps allant de la milliseconde pour les sursauts de Sgr A* jusqu'aux dizaines de millions d'années pour les cycles de formation stellaire et d'enrichissement chimique du noyau.Le bulbe galactique. Le bulbe galactique est la composante la plus volumineuse des régions centrales. Il s'étend sur plusieurs kiloparsecs de part et d'autre du centre galactique. Sa géométrie n'est pas sphérique comme on le supposait initialement, mais triaxiale et asymétrique, avec une forme globale évoquant une cacahuète ou un X lorsqu'on l'observe de profil dans l'infrarouge proche. Cette morphologie en X, mise en évidence de manière convaincante par les relevés infrarouges COBE, 2MASS et plus récemment VVV, est la signature caractéristique d'un bulbe dit pseudo-bulbe ou bulbe séculaire, formé non pas par fusion de galaxies mais par l'évolution interne du disque galactique via des instabilités dynamiques. Les dimensions approximatives du bulbe sont d'environ 3 kiloparsecs dans la direction radiale, 2,5 kiloparsecs dans la direction perpendiculaire au plan et 1,5 kiloparsecs dans la direction azimutale, mais ces chiffres dépendent fortement de la définition adoptée et de la méthode de décomposition photométrique utilisée. La population stellaire du bulbe est dominée en masse et en nombre par de vieilles étoiles, âgées de plus de 10 milliards d'années pour la grande majorité d'entre elles, formées dans les premiers milliards d'années de l'histoire galactique. Ces étoiles présentent une distribution de métallicités (c'est-à-dire d'abondances en éléments plus lourds que l'hélium) remarquablement large, s'étendant de valeurs très inférieures à celle du Soleil jusqu'à des valeurs deux à trois fois supérieures à la métallicité solaire. Cette distribution large, avec un pic légèrement super-solaire, contraste avec la distribution des étoiles du halo galactique qui sont systématiquement pauvres en métaux, et reflète une histoire d'enrichissement chimique rapide et intense dans les premiers milliards d'années, alimentée par de nombreuses générations de supernovae de type II issues d'étoiles massives à courte durée de vie. La relation entre métallicité et cinématique au sein du bulbe est complexe : les étoiles les plus riches en métaux participent davantage à la structure de barre et présentent des orbites plus allongées dans le plan galactique, tandis que les étoiles les plus pauvres en métaux ont des orbites plus isotropes évoquant davantage une composante sphéroïdale classique. La cinématique du bulbe, mesurée par spectroscopie de plusieurs millions d'étoiles géantes rouges grâce aux relevés BRAVA, ARGOS et GIBS, révèle une rotation cylindrique cohérente, c'est-à-dire une vitesse de rotation qui varie peu avec la latitude galactique, caractéristique des bulbes formés par instabilité du disque plutôt que par fusion. La vitesse de rotation maximale du bulbe atteint environ 100 kilomètres par seconde à quelques kiloparsecs du centre. Cette rotation est superposée à une dispersion de vitesses significative, de l'ordre de 100 à 130 kilomètres par seconde dans les régions les plus centrales, qui décroît progressivement vers les régions externes du bulbe. Les gradients de vitesse mesurés sont en bon accord avec les modèles dynamiques d'un bulbe en forme de barre triaxiale en rotation lente, confortant l'interprétation séculaire de la formation de cette structure. La barre galactique.
La barre exerce une influence gravitationnelle considérable sur l'ensemble du disque intérieur de la galaxie, notamment via des résonances orbitales qui structurent la distribution du gaz et des étoiles. La résonance de corotation, déjà mentionnée, est le lieu où les étoiles et la barre tournent à la même vitesse et où les échanges d'énergie et de moment cinétique entre les deux composantes sont les plus efficaces. La résonance de Lindblad interne, située à environ 3 kiloparsecs du centre, marque la frontière intérieure au-delà de laquelle les orbites stellaires deviennent instables vis-à-vis de la perturbation de la barre et commencent à être piégées dans des familles d'orbites allongées parallèlement à l'axe de la barre, appelées orbites x1. Ces orbites x1 constituent le squelette dynamique de la barre elle-même, et leur existence est prédite par la théorie des orbites dans un potentiel non axisymétrique. À la résonance de Lindblad interne, le gaz s'accumule, se comprime et forme des chocs en spirale qui créent les conditions favorables à la formation stellaire, notamment dans les régions annulaires à quelques kiloparsecs du centre. La barre joue également un rôle de pompe à gaz à l'échelle galactique. En perturbant les orbites circulaires du gaz dans le disque intérieur, elle génère des flux de gaz non circulaires qui canalisent la matière vers des régions de moindre énergie potentielle, c'est-à-dire vers le centre galactique. Ce mécanisme de transport radial est l'un des principaux processus par lesquels le gaz transite depuis le disque galactique ordinaire jusqu'à la zone moléculaire centrale, alimentant à terme la formation stellaire dans le noyau galactique et, très indirectement, l'accrétion sur Sgr A*. La modélisation numérique de ce transport, via des simulations hydrodynamiques dans le potentiel combiné du disque, du bulbe et de la barre, reproduit de manière satisfaisante la morphologie et la cinématique observées du gaz dans les 5 kiloparsecs centraux, notamment la structure dite des bras de 3 kiloparsecs, deux bras de gaz moléculaire asymétriques qui s'enroulent depuis l'extrémité de la barre vers l'anneau moléculaire central. La question de l'existence d'une longue barre distincte de la structure centrale a été l'objet d'un débat considérable. Certaines études photométriques ont proposé l'existence d'une barre plus longue et plus mince, s'étendant jusqu'à 7 ou 8 kiloparsecs, inclinée à un angle différent de la barre principale. Cette longue barre, dont les extrémités correspondraient aux surépaisseurs stellaires observées aux longitudes galactiques de plus ou moins 27 degrés, est maintenant considérée par beaucoup comme faisant partie intégrante de la même structure que la barre principale, les différences d'angle et de longueur résultant de biais observationnels et de méthodes d'analyse différentes plutôt que de deux structures physiquement distinctes. Le noyau galactique.
La
Zone Moléculaire Centrale.
Dans son ensemble, la ZMC couvre les 600 parsecs centraux de la Voie lactée. Elle est dense en étoiles, en matière interstellaire, en champs magnétiques, en filaments non thermiques, en restes de supernovæ et autres objets, qui se superposent et interagissent entre eux en générant des phénomènes extrêmes et uniques dans la galaxie. Son plan orbital est légèrement incliné d'environ 5° par rapport au plan galactique général, et la distribution de sa masse est asymétrique : on estime qu'il y a trois fois plus de masse dans ses latitudes galactiques positives que négatives. La composante la plus visible et la plus massive de la ZMC est son réseau de nuages moléculaires géants, dont les propriétés diffèrent substantiellement de ceux du disque galactique. Ces nuages, parfois désignés par leurs coordonnées galactiques ou des noms historiques comme Sgr B2, Sgr C ou le nuage des 50 km/s, ont des densités de colonne et des dispersions de vitesses internes bien supérieures à leurs homologues dans le reste de la galaxie. Sgr B2 est à cet égard exceptionnel : avec une masse de plusieurs millions de masses solaires, c'est l'un des nuages moléculaires les plus massifs de la Voie Lactée, et l'une des régions de formation stellaire les plus actives. Il contient des régions H II (régions d'hydrogène ionisé) compactes et ultra-compactes et des masers de molécules diverses. L'amas des Arches et l'amas du Quintuplet, âgés de moins de 5 millions d'années et d'une masse d'environ 10 000 masses solaires chacun. Une autre composante structurelle fondamentale est le réseau de filaments. Le gaz moléculaire froid s'écoule le long de ces filaments, alimentant des amas de matière à partir desquels des étoiles se forment. Les astronomes ont pu observer ce processus dans la région centrale, où les événements sont beaucoup plus extrêmes qu'ailleurs dans la galaxie. Une nouvelle classe de filaments a récemment été identifiée : leurs vitesses ne correspondent pas aux émissions de poussière typiques, et ils semblent naître des interactions entre des ondes de choc et des nuages moléculaires. Selon les chercheurs, ces structures, comparées à des "tornades spatiales", résultent d'un processus de choc à l'échelle du parsec, provoquant la libération de molécules comme le méthanol et le monoxyde de silicium. La chimie de la ZMC est d'ailleurs elle-même remarquable. Le principal ingrédient de cette chimie est le gaz moléculaire froid. Il se concentre dans d'immenses nuages, comme le Midpoint Cloud (ou M4.7-0.8), une structure gigantesque de 200 années-lumière de long et d'une masse équivalente à 160 000 soleils, située en périphérie de la CMZ. Ces nuages sont les pouponnières où naissent les étoiles. Grâce à des radiotélescopes, les astronomes ont pu analyser la composition de ce gaz, révélant une étonnante richesse moléculaire, des plus simples aux plus complexes. La diversité chimique y est stupéfiante. On y détecte des dizaines de molécules différentes, allant du monoxyde de silicium (SiO) et du monoxyde de carbone (CO) jusqu'à des composés organiques complexes comme le méthanol (CH3OH), l'acétone ((CH3)2CO) et l'éthanol (C2H5OH). Des molécules aux structures plus élaborées ont aussi été identifiées. Dans le nuage géant Sagittarius B2, on a découvert du cyanure d'isopropyle (i-C3H7CN), la première molécule interstellaire connue possédant une structure carbonée ramifiée, une caractéristique déterminante des acides aminés, les briques du vivant. Sa détection, en abondance notable, suggère que ce type de chimie organique complexe est la norme plutôt que l'exception dans ces régions. Cette chimie organique est également alimentée par la poussière interstellaire, composée de minuscules grains solides de carbone et de silicates. Dans l'environnement froid de la CMZ, ces grains se couvrent d'un manteau de glaces, majoritairement composées d'eau (H2O) et de monoxyde de carbone (CO). Ces glaces agissent comme des catalyseurs en surface desquels des atomes peuvent se rencontrer et s'assembler pour former des molécules de plus en plus complexes, protégées des rayonnements destructeurs. L'évolution du centre galactique est un cycle continu. Les étoiles massives qui y naissent (certaines parmi les plus massives de la Voie lactée) y mènent une vie brève et explosive. Elles synthétisent en leur coeur des éléments lourds (oxygène, magnésium, silicium, calcium, titane) et les dispersent lors de formidables explosions en supernovae ou hypernovae. Cet enrichissement constant confère au bulbe galactique une métallicité (la proportion d'éléments plus lourds que l'hélium) particulièrement élevée. Les analyses spectroscopiques des étoiles du bulbe montrent en effet une nette surabondance d'éléments α (comme le magnésium et le titane) par rapport au fer, signature d'un passé de formation stellaire intense, rapide et dominé par les supernovae de type II. Cette activité est mesurable par des traceurs chimiques. Le deutérium, un isotope de l'hydrogène formé lors de la nucléosynthèse primordiale, est détruit dans les étoiles mais pas synthétisé à nouveau. On s'attend donc à ce qu'il soit rare dans une région aussi animée que le Centre galactique. De fait, les mesures du rapport deutérium/hydrogène (D/H) y sont bien plus faibles qu'ailleurs, confirmant un recyclage intense de la matière par des générations successives d'étoiles. Le
Parsec central.
À sa périphérie immédiate se trouve le disque circumnucléaire (CND), une structure toroïdale, composée de gaz moléculaire et de poussière qui s'étend sur environ 1 à 5 parsecs du centre galactique. Ce disque représente un réservoir crucial de matière pour le centre galactique, contenant des nuages moléculaires denses où pourraient se former de nouvelles générations d'étoiles. Sa structure est perturbée par les forces de marée du trou noir central et par les vents stellaires puissants émis par les étoiles massives du parsec central, créant un environnement turbulent où la matière est continuellement brassée et chauffée. Les observations en ondes millimétriques et submillimétriques révèlent que ce disque présente des inhomogénéités importantes, avec des régions de densité variable où la formation stellaire pourrait être déclenchée lorsque les conditions deviennent favorables. Les modèles théoriques suggèrent que ce disque circumnucléaire joue un rôle essentiel dans l'alimentation du trou noir central à partir de la matière acheminée depuis la ZMC, bien que le mécanisme exact par lequel la matière perd son moment angulaire pour tomber vers Sgr A* reste un sujet de recherche actif. Certains astronomes pensent que dans environ 200 millions d'années, ce disque pourrait atteindre une densité critique déclenchant un sursaut majeur de formation stellaire, similaire à ceux observés dans d'autres galaxies. À l'intérieur du CND se déploie la région H II Sagittarius A Ouest, surnommée la minispirale en raison de son aspect caractéristique visible en infrarouge et en ondes radio. Malgré son nom et son apparence en projection, la structure tridimensionnelle de la minispirale n'est pas celle d'une spirale, et les trois bras apparents qu'elle affecte ne sont pas de véritables structures en rotation spirale. Le Bras nord et le Bras est ont des orbites très excentriques (e ≈ 0,83), tandis que l'Arc ouest suit une orbite quasi circulaire (e ≈ 0,2). Les trois flux orbitent autour de Sgr A* dans le sens antihoraire vu depuis la Terre, avec des périodes comprises entre 40 000 et 80 000 ans. L'Arc ouest s'interprète comme la surface interne ionisée du disque circumnucléaire lui-même. Ces structures sont en réalité des filaments de gaz chaud ionisé par le rayonnement ultraviolet intense des étoiles massives jeunes situées dans le parsec central, en particulier les étoiles de type Wolf-Rayet et OB. Ces filaments gazeux atteignent des températures de plusieurs milliers de degrés et présentent des vitesses de déplacement pouvant atteindre plusieurs centaines de kilomètres par seconde. La structure en spirale apparente résulte probablement de l'interaction complexe entre les vents stellaires puissants émis par les étoiles massives centrales et le gaz environnant, créant des ondes de choc et des structures filamentaires. Les observations spectroscopiques révèlent que ce gaz est enrichi en éléments lourds, produits par l'évolution stellaire et éjectés dans le milieu interstellaire central. À ces grandes structures s'ajoutent des structures plus discrètes, peut-être formées de matériaux éjectés par les étoiles au cours de leur vie, ainsi que des ondes de chocs et des trous. La plus notable de ces perturbations est la Minicavité, interprétée comme une bulle soufflée dans le Bras nord par le vent stellaire d'une étoile massive. Enfin, tout au centre,
on a Sagittarius A*, associé à un trou noir supermassif et coïncidant
exactement avec le centre gravitationnel de la Galaxie. L'accrétion de
matière autour du trou noir, probablement par le biais d'un disque d'accrétion,
serait la source d'énergie qui produit la source radio compacte. La seconde
d'arc centrale, la région la plus proche encore, semble ne contenir que
des étoiles B massives, tournant autour du trou noir central sur des orbites
excentriques. La plus célèbre, S2, a une période orbitale de seize d'années
seulement, et son observation permet la mesure la plus précise de la distance
au centre galactique et de la masse du trou noir. Ajoutons que Sgr A* n'est
peut-être pas le seul trou noir dans le Parsec central : un amas compact
d'étoiles, GCIRS 13E, découvert à seulement quelques secondes d'arc
du trou noir central, présente une dispersion des vitesses et une résistance
aux forces de marée qui indiquent une masse d'au moins mille à dix mille
masses solaires concentrée dans un volume très réduit, ce qui pourrait
indiquer la présence d'un trou noir, cette fois de masse intermédiaire.
Gros plan sur Sgr A et l'arc voisin. (Credit: NRAO/VLA; F.Zadeh et al.) L'activité
de formation stellaire dans le Parsec central.
L'émission
en rayons X diffus.
Les objets du centre galactiqueLe centre galactique, compris dans un rayon de quelques centaines de parsecs autour de Sgr A*, abrite une extraordinaire diversité d'objets astronomiques dont la coexistence dans un volume aussi restreint n'a pas d'équivalent ailleurs dans la Voie Lactée. La densité de matière y est des millions de fois supérieure à celle du voisinage solaire, et les conditions physiques (champs de rayonnement intenses, champs magnétiques puissants, turbulences gazeuses violentes) façonnent des populations d'objets aux propriétés souvent uniques.Le complexe Sgr
A.
Sgr
A*.
Les
autres composantes.
Le Centre galactique. Source : NRL, crédit : N. E. Kassim, D. S. Briggs, T. J. W. Lazio, T. N. LaRosa, J. Imamura (NRL/RSD). (Mosaïque d'images réalisées par le VLA à 90 cm de longueur d'onde.) Les nuages moléculaires
géants
Sgr
B2.
Les
autres nuages moléculaires et régions ionisées.
Les amas stellaires
du centre galactique.
L'amas
stellaire nucléaire.
L'amas
des Arches et l'amas du Quintuplet.
![]()
Ces deux amas sont entourés de nébuleuses ionisées, comme la nébuleuse de la Faucille pour le Quintuplet, créées par le rayonnement intense de leurs étoiles massives. Les
étoiles S.
• Parmi elles, S2 est la référence observationnelle absolue : son orbite entièrement caractérisée sert d'étalon pour mesurer la masse et la distance de Sgr A*. Elle complète une orbite elliptique autour de Sagittarius A* en seulement seize ans, permettant aux astronomes de tester avec précision les prédictions de la relativité générale lors de son passage au plus près du trou noir.La détection et le suivi de ces objets aux limites de la résolution angulaire des meilleurs interféromètres actuels représentent un exploit instrumental remarquable, rendu possible notamment par l'instrument GRAVITY du VLTI qui atteint une résolution de l'ordre de quelques microsecondes d'arc. Autres
amas.
Les disques stellaires.
Le
disque nucléaire stellaire.
Les rémanents
compacts et les autres objets.
Des objets plus exotiques complètent ce paysage stellaire complexe : des courants d'étoiles arrachées à des amas globulaires par les forces de marée galactiques, des étoiles hypervéloces éjectées par des interactions à trois corps avec le trou noir central. Le plasma chaud
diffus.
Les filaments
de rayonnement non thermique.
Les bulles de
Fermi.
Sagitarius A*, le trou noir supermassif centralSagittarius A*, désigné par l'abréviation Sgr A* dans la littérature scientifique, est situé à une distance d'environ 8178 parsecs du Soleil, soit approximativement 26 670 années-lumière. Cette distance a été déterminée avec une précision sans précédent par la collaboration GRAVITY, qui a combiné les mesures astrométriques des orbites stellaires avec des modèles dynamiques raffinés, aboutissant à une incertitude inférieure à 0,3 %. Sgr A* se trouve dans la direction de la constellation du Sagittaire, profondément enfoui derrière des dizaines de kiloparsecs de gaz et de poussière interstellaires qui absorbent pratiquement toute l'émission optique et ultraviolette en provenance de cette région, rendant son étude impossible dans ces longueurs d'onde et nécessitant le recours à l'infrarouge, aux ondes radio, aux rayons X et aux rayons gamma.Sa masse constitue l'une des grandeurs physiques les mieux mesurées en astrophysique. La valeur actuellement acceptée est de 4,154 millions de masses solaires, avec une incertitude de l'ordre de quelques dizaines de milliers de masses solaires, soit une précision relative meilleure que 1 %. Cette détermination repose sur deux décennies de suivi astrométrique et spectroscopique des étoiles S par les groupes de recherche de Reinhard Genzel à l'Institut Max-Planck de physique extraterrestre et d'Andrea Ghez à l'Université de Californie à Los Angeles, travaux qui ont valu en 2020 à ces deux chercheurs le prix Nobel de physique (partagé avec Roger Penrose). Le rayon de Schwarzschild correspondant à cette masse est d'environ 12,4 millions de kilomètres, soit 0,083 unité astronomique ou encore environ 18 fois le rayon du Soleil. Le rayon apparent de l'ombre du trou noir, tel qu'il serait observé depuis la Terre, est d'environ 50 microsecondes d'arc, une valeur qui en fait (avec M87*) l'un des deux seuls trous noirs pour lesquels une résolution directe de la région de l'horizon est envisageable avec les techniques interférométriques actuelles. L'image directe de Sgr A*, publiée en mai 2022 par la collaboration Event Horizon Telescope, a constitué l'un des événements scientifiques les plus marquants de la décennie. Obtenue en combinant les signaux de radiotélescopes répartis sur l'ensemble de la surface terrestre pour former un interféromètre à très longue base opérant à une longueur d'onde millimétrique de 1,3 mm, cette image montre un anneau lumineux de diamètre angulaire cohérent avec les prédictions de la relativité générale pour un trou noir de la masse mesurée, entourant une région sombre correspondant à l'ombre de l'horizon des événements. La réalisation de cette image a posé des défis considérables supplémentaires par rapport à l'image de M87* obtenue en 2019 : la variabilité rapide de l'émission de Sgr A*, qui fluctue significativement sur des échelles de temps de l'ordre de la dizaine de minutes correspondant au temps orbital à la dernière orbite circulaire stable (ISCO = innermost stable circular orbit), a nécessité le développement de techniques de reconstruction d'image spécifiques capables de gérer un signal non stationnaire sur la durée des observations. L'environnement d'accrétion de Sgr A* est caractérisé par un taux d'accrétion extrêmement faible à l'échelle cosmologique. Le flux de matière capturé par le trou noir est estimé à quelques fois 10-8 masses solaires par an à grand rayon, mais la majorité de cette matière est expulsée par des vents et des sorties avant d'atteindre l'horizon. Le taux d'accrétion effectif à proximité de l'horizon est probablement inférieur de plusieurs ordres de grandeur à la valeur à grande distance. Cette situation place Sgr A* dans un régime d'accrétion radicalement différent des noyaux galactiques actifs brillants : au lieu d'un disque d'accrétion mince, géométriquement fin et optiquement épais rayonnant efficacement, l'environnement immédiat de Sgr A* est occupé par un flot d'accrétion géométriquement épais, optiquement mince, et radiativement très inefficace. Dans ce régime RIAF, les ions du plasma sont chauffés à des températures proches de la température virielle (de l'ordre de 1012 kelvins près de l'horizon) tandis que les électrons, moins bien couplés thermiquement aux ions dans un plasma si peu dense, restent à des températures sensiblement plus faibles, de l'ordre de 1010 à 1011 kelvins. C'est l'émission de ces électrons relativistes, par rayonnement synchrotron dans le champ magnétique ambiant et par diffusion Compton inverse, qui produit l'essentiel de l'émission observée en radio et en infrarouge proche. La luminosité bolométrique de Sgr A* dans son état quiescent est de l'ordre de 1038 ergs par seconde, soit environ 103 luminosités solaires. Cette valeur représente une fraction infime (de l'ordre de 10-8 à 10-9 ) de la luminosité d'Eddington correspondant à sa masse, qui est la luminosité maximale théorique pour un objet accrétant isotropiquement. À titre de comparaison, les quasars les plus lumineux rayonnent à des fractions significatives, voire proches, de leur luminosité d'Eddington. Sgr A* est ainsi l'un des noyaux galactiques les plus sous-lumineux connus relativement à sa masse, ce qui en fait un laboratoire idéal pour l'étude des processus d'accrétion en régime de très faible taux. Les sursauts d'émission de Sgr A* sont l'une de ses manifestations les plus spectaculaires et les plus riches en informations physiques. Observés quasi-quotidiennement, ils se produisent en rayons X et dans le proche infrarouge, avec une occurrence plus faible mais une amplitude plus grande dans la bande X. Un sursaut typique en infrarouge consiste en une augmentation de flux d'un facteur 5 à 10 par rapport à l'état quiescent, sur des échelles de temps de 20 à 90 minutes, avec parfois des sous-structures temporelles de quelques minutes. Les sursauts en rayons X sont moins fréquents mais peuvent atteindre des amplifications de plusieurs dizaines à plusieurs centaines par rapport au niveau de base, et ont une durée comparable. La corrélation temporelle entre les sursauts X et infrarouges, lorsqu'elle a pu être établie par des observations simultanées, indique que les deux phénomènes ont une origine physique commune ou intimement liée. Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer ces sursauts : des événements de reconnexion magnétique dans le plasma d'accrétion proche de l'horizon, analogues aux éruptions solaires mais à une tout autre échelle énergétique; l'accrétion épisodique de blobs de gaz sur des orbites relativistes; ou des instabilités dans le flot d'accrétion proche de l'ISCO. Les observations avec GRAVITY ont révélé que certains sursauts infrarouges sont accompagnés d'un mouvement orbital du centroïde d'émission sur un rayon compatible avec quelques rayons de Schwarzschild, apportant une preuve directe de l'origine de ces sursauts dans les régions les plus internes du flot d'accrétion. Le champ magnétique dans l'environnement immédiat de Sgr A* joue un rôle physique central. Les mesures de rotation Faraday (la rotation de l'angle de polarisation d'ondes radio en traversant un plasma magnétisé) ont permis d'estimer l'intensité du champ magnétique à quelques dizaines de gauss au voisinage de l'horizon, et de quelques milligauss à l'échelle du parsec. L'image EHT de Sgr A* montre une polarisation linéaire de l'émission annulaire, témoignant d'un champ magnétique structuré à l'échelle de l'horizon. La topologie de ce champ, entre une configuration toroïdale dominante et une configuration poloïdale, conditionne les propriétés du flot d'accrétion et l'éventuelle production de jets relativistes. La question de l'existence d'un jet de Sgr A* (observé sous forme de deux lobes de plasma relativiste dans la quasi-totalité des noyaux galactiques actifs étudiés) est précisément l'un des points les plus débattus concernant cet objet. Des structures allongées ont été identifiées en radio dans le milliparsec central, mais leur nature de jet au sens strict, par opposition à un vent équatorial ou à des inhomogénéités du flot d'accrétion, n'est pas établie avec certitude. L'histoire passée de Sgr A* est inscrite dans plusieurs traceurs fossiles répartis dans la galaxie. L'écho de lumière de l'émission X passée, observable via la fluorescence de la raie du fer à 6,4 keV dans les nuages moléculaires de la zone centrale, indique que Sgr A* était entre 10⁶ et 10⁷ fois plus lumineux il y a quelques centaines d'années qu'il ne l'est aujourd'hui. Ce phénomène, mis en évidence notamment par les observations de XMM-Newton et Chandra des nuages Sgr B2 et du complexe Sgr A, permet de remonter la courbe de lumière historique de Sgr A* sur des échelles de temps de quelques siècles à quelques millénaires. À des échelles de temps plus longues, les bulles de Fermi suggèrent qu'il y a quelques millions d'années, Sgr A* a connu un épisode d'activité véritablement intense, potentiellement comparable à un noyau galactique actif de faible luminosité, qui a injecté une énergie colossale dans le halo galactique. Plus récemment, à l'échelle de quelques millions d'années, des simulations et des observations indiquent que l'accrétion d'un nuage de gaz massif ou la capture d'une étoile ont pu déclencher des épisodes de luminosité intermédiaire. La nature physique exacte de Sgr A* en tant que trou noir (plutôt que comme un objet compact exotique alternatif tel qu'une étoile à bosons, un gravastar ou une autre configuration hypothétique de la matière en régime de gravité forte) est aujourd'hui soutenue par une accumulation de preuves observationnelles convergentes. La précession relativiste de l'orbite de S2, le décalage gravitationnel vers le rouge de ses raies spectrales, la morphologie de l'image EHT concordant avec la géométrie prédite pour un trou noir de Kerr, et la cohérence de toutes les mesures de masse avec un objet ponctuel dans une région de moins de quelques dizaines d'unités astronomiques, forment un ensemble de contraintes qui écarte pratiquement toute alternative compacte réaliste. Le paramètre de spin de Sgr A*, qui caractérise sa rotation propre et peut varier de 0 pour un trou noir de Schwarzschild à 1 pour un trou noir de Kerr extrême, est moins bien contraint que sa masse, avec des estimations couvrant une gamme assez large entre 0,5 et 0,99, selon les méthodes d'analyse des sursauts et de la morphologie EHT. Contraindre ce spin avec précision est l'un des objectifs scientifiques majeurs des campagnes d'observation futures avec des réseaux EHT étendus incluant des antennes spatiales, qui permettraient d'atteindre une résolution angulaire suffisante pour sonder la géométrie de l'espace-temps à quelques rayons de Schwarzschild de l'horizon et de distinguer entre différentes valeurs du spin par la forme et la taille de l'ombre. Les bulles de FermiLes bulles de Fermi constituent l'une des découvertes les plus spectaculaires et énigmatiques de l'astrophysique galactique moderne. Il s'agit de deux gigantesques structures en forme de lobes, qui émettent un intense rayonnement gamma et s'étendent de part et d'autre du centre galactique. Ces structures colossales, dont l'existence a été révélée en 2010 par une équipe de scientifiques analysant les données publiques du télescope spatial Fermi Gamma-ray Space Telescope de la NASA, ont été nommées en l'honneur de ce même instrument qui a permis leur détection. L'équipe de découvreurs était composée de Douglas Finkbeiner, Tracy Slatyer et Meng Su, du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics.Les dimensions de ces bulles sont véritablement titanesques. Chaque lobe s'élève à environ 25 000 années-lumière du plan galactique. Autrement dit, la structure entière, d'une extrémité à l'autre, s'étend sur environ 50 000 années-lumière. Pour donner une idée de cette échelle, cela équivaut à peu près à la moitié du diamètre du disque de la Voie lactée. Vues depuis la Terre, les bulles couvrent une immense région du ciel, s'étendant de la constellation de la Vierge jusqu'à celle de la Grue. En coordonnées galactiques, elles s'étendent jusqu'à environ 50 à 55 degrés au-dessus et en dessous du centre galactique, pour une largeur d'environ 40 degrés en longitude. On estime que ces structures sont relativement jeunes à l'échelle cosmique, avec un âge d'environ 3 millions d'années, bien que certaines études suggèrent un âge légèrement plus élevé, entre 5 et 6 millions d'années. Les bulles de Fermi représentent une preuve monumentale et visible que le centre de notre propre galaxie, aujourd'hui relativement paisible, a été le théâtre d'événements d'une violence inouïe dans un passé cosmologique récent. L'étude des lobes de Fermi permet d'enquêter sur la physique de l'accrétion des trous noirs supermassifs, le mécanisme des jets galactiques, le transport et l'accélération des rayons cosmiques à des échelles incroyables, et les interactions entre les différentes composantes du milieu interstellaire. Leur existence même offre un aperçu unique des cycles d'activité (les "repas" du trou noir central) qui façonnent l'évolution des galaxies. Les rayonnements
des bulles de Fermi.
Bien que la découverte ait été faite en rayons gamma, l'étude des lobes de Fermi est profondément multi-longueurs d'onde. Avant même leur découverte officielle, des indices de leur existence avaient été perçus. Dès 2003, un excès de signaux radio avait été détecté par le satellite WMAP au même emplacement, un phénomène aujourd'hui connu sous le nom de "brume micro-onde" (WMAP Haze). Cette brume est interprétée comme le rayonnement synchrotron d'électrons de très haute énergie spiralant dans les champs magnétiques des bulles. Des observations ultérieures, notamment par le satellite Planck, ont confirmé cette émission. De la même manière, l'existence des bulles avait été pressentie dans le domaine des rayons X. Des observations antérieures menées avec le satellite ROSAT avaient déjà révélé des structures diffuses en X aux bordures de ces cavités géantes. Plus récemment, en 2019, la découverte des "cheminées galactiques" (Galactic Centre Chimneys) par le satellite XMM-Newton a fourni un chaînon manquant crucial. Ces structures, qui s'étendent sur environ 150 parsecs au-dessus et en dessous du plan galactique, semblent être des canaux de gaz chaud (à plusieurs millions de degrés) qui relient directement la région du centre galactique à la base des bulles de Fermi, suggérant un chemin par lequel l'énergie et la matière sont acheminées. Plusieurs modèles théoriques permettent d'expliquer cette émission multi-longueurs d'onde. Le modèle leptonique propose que des électrons de très haute énergie, accélérés par des ondes de choc, interagissent avec les photons ambiants de la galaxie (lumière des étoiles, fond diffus cosmologique) par un processus appelé diffusion Compton inverse (inverse Compton scattering), produisant ainsi les rayons gamma observés. Ces mêmes électrons produiraient également l'émission radio par rayonnement synchrotron. Un modèle hadronique alternatif suggère que les rayons gamma sont le produit de la désintégration de pions neutres, eux-mêmes créés par l'interaction de protons de haute énergie (les rayons cosmiques) avec le gaz du milieu interstellaire. Origine et le
mécanisme de formation des bulles de Fermi.
• L'hypothèse la plus en faveur désigne comme principal suspect Sagittarius A* (Sgr A). Bien qu'aujourd'hui étonnamment calme, Sgr A est soupçonné d'avoir connu dans un passé récent (il y a quelques millions d'années) un épisode d'intense activité d'accrétion, au cours duquel il aurait émis de puissants jets de matière et d'énergie dans des directions opposées, perpendiculairement au disque galactique. Ces jets auraient soufflé et creusé l'espace environnant, créant ces bulles.Il est également possible que ces deux mécanismes aient agi de concert. La question de l'origine des bulles est loin d'être tranchée, et certaines études récentes remettent en cause le lien direct avec Sgr A*, proposant que les bulles pourraient être alimentées par des événements de capture d'étoiles par le trou noir. Dynamiques orbitales
dans le parsec central.
Les étoiles les plus proches de Sgr A* sont également soumises à des effets de relativité générale au-delà de la précession du périapse. Le décalage gravitationnel vers le rouge de leurs raies spectrales a été mesuré : lors du passage de S2 au périapse en 2018, la collaboration GRAVITY a détecté avec précision ce décalage, constituant la première mesure directe d'un effet relativiste gravitationnel fort dans l'environnement immédiat d'un trou noir supermassif. Ce résultat ouvre la voie à des tests de plus en plus fins de la relativité générale dans le régime de champ fort, notamment à travers l'observation des étoiles encore plus proches que S2 qui pourraient être découvertes par les instruments de prochaine génération comme l'ELT. Les
orbites des étoiles S.
L'anneau
externe et l'anneau interne.
Les orbites dans ces disques ne sont pas stationnaires. Les interactions à N corps entre étoiles proches, couplées aux perturbations de marée du trou noir et aux interactions résonnantes avec la masse étendue, produisent une évolution séculaire des éléments orbitaux. Le mécanisme de Kozai-Lidov, qui décrit l'échange périodique entre excentricité et inclinaison dans un système hiérarchique à trois corps, joue un rôle significatif dans la dynamique à long terme des étoiles du disque. Par ce mécanisme, des étoiles initialement sur des orbites presque circulaires peuvent voir leur excentricité croître dramatiquement au fil des millions d'années, les projetant éventuellement sur des trajectoires plongeant très près du trou noir. Ce processus est l'un des canaux proposés pour alimenter Sgr A* en matière et pour produire des événements de disruption des marées. Le
nuage de gaz G2.
Les
orbites des rémanents compacts.
|
| . |
|
|
|
||||||||
|