Aperçu |
Les
grandes
structures cosmiques sont les immenses agencements de la matière,
à la fois lumineuse et sombre, qui composent l'Univers à très
grande échelle. Elles résultent de l'action de la gravitation sur des
milliards d'années. Cette organisation apparaît à partir du moment où
l'on s'éloigne suffisamment pour que les galaxies n'apparaissent plus
comme des îlots isolés. Les distance concernées vont de quelques dizaines
de mégaparsecs jusqu'au seuil où l'univers devient statistiquement homogène,
vers 100 à 200 mégaparsecs. Les relevés profonds de galaxies, comme
le Sloan Digital Sky Survey ou le 2dF Galaxy Redshift Survey, ont permis
de cartographier des millions d'objets et de faire émerger un motif récurrent
: un réseau tridimensionnel en forme d'éponge, ordinairement appelé
la toile cosmique.
-
L'amas
de l'Hydre.
La toile cosmique.
La toile cosmique est constituée de plusieurs
types d'éléments emboîtés. Les galaxies se regroupent d'abord en groupes
de quelques dizaines de membres, puis en amas pouvant contenir jusqu'Ã
plusieurs milliers de galaxies, baignant dans un gaz chaud qui émet abondamment
en rayons X. Ces amas s'alignent le long de filaments, de gigantesques
ponts de matière sombre
et de gaz qui s'étirent sur des centaines de mégaparsecs. Là où plusieurs
filaments se croisent, la densité est maximale : on trouve les superamas,
assemblages complexes de nombreux amas et groupes qui peuvent atteindre
des tailles de 50 à 150 mégaparsecs. La structure nommée Laniakea, dans
laquelle se trouve notre propre Amas de la Vierge, illustre ce niveau d'organisation
: un bassin gravitationnel défini non par ses frontières visibles, mais
par les lignes de courant du mouvement des galaxies. Entre ces régions
denses s'étendent les vides cosmiques, des zones immenses et remarquablement
pauvres en galaxies, dont le diamètre typique varie de 20 à plus de 100
mégaparsecs. Le vide du Bouvier, l'un des plus connus, s'étend sur environ
100 mégaparsecs et contient une densité de matière jusqu'à dix fois
inférieure à la moyenne cosmique. Les filaments et les amas se répartissent
à la surface de ces vides comme s'ils en constituaient les parois, d'où
l'image d'une mousse ou d'une éponge où les bulles seraient les vides
et les cloisons les surdensités.
À une échelle encore plus grande se dessinent
des structures d'une ampleur telle qu'elles flirtent avec les limites de
ce que le principe
cosmologique autorise. Le Grand Mur de Sloan, découvert en
2005, s'étire sur environ 430 mégaparsecs et constitue l'une des plus
vastes concentrations de matière connues. D'autres murs, comme le Grand
Mur CfA2 ou le Mur du Pôle Sud, montrent que la matière peut s'organiser
en feuillets cohérents sur plusieurs centaines de mégaparsecs. Malgré
leur gigantisme, ces structures restent compatibles avec un univers homogène
et isotrope quand on lisse la distribution de matière sur des échelles
supérieures au seuil d'homogénéité, situé autour de 100 mégaparsecs.
Au-delà , les fluctuations de densité deviennent très faibles et l'univers
peut être décrit comme un fluide uniforme en expansion.
Niveaux d'organisation
de la toile cosmique
| Etoiles |
regroupées en systèmes
planétaires. |
| Galaxies |
rassemblent des
milliards d'étoiles, de gaz et de poussières. |
| Amas de galaxies |
constitués de dizaines
à de milliers de galaxies liées gravitationnellement. |
| Superamas de galaxies |
regroupent plusieurs
amas sur des centaines de millions d'années-lumière. |
| Filaments cosmiques |
vastes structures
allongées contenant des galaxies et des amas reliés entre eux. |
| vides cosmiques |
immenses régions
presque dépourvues de matière. |
Les
plus grands ensembles connus s'étendentsur plusieurs milliards d'années-lumière.
L'origine des
grandes structures.
L'origine de cette hiérarchie est Ã
chercher dans les tout premiers instants du cosmos. L'inflation
cosmique a engendré des fluctuations quantiques étirées jusqu'Ã
des échelles macroscopiques, qui se sont imprimées sous forme de minuscules
variations de densité dans le plasma primordial. Le
fond diffus cosmologique, photographié par les satellites COBE,
WMAP puis Planck, montre ces rides de température avec une précision
remarquable : des écarts de l'ordre de un cent-millième de degré qui
trahissent les surdensités et sous-densités embryonnaires. Après le
découplage de la matière et du rayonnement, il y a environ 380 000 ans,
la matière sombre, insensible à la pression de radiation, a commencé
à s'effondrer gravitationnellement. Comme elle domine la masse de l'univers,
elle a formé la trame invisible de la toile cosmique, creusant des puits
de potentiel dans lesquels la matière baryonique s'est ensuite précipitée
après la recombinaison. Les baryons, en tombant dans ces puits, se sont
échauffés, ont formé des étoiles et des galaxies, épousant la structure
préalablement dessinée par la matière sombre. Ce scénario hiérarchique
fait que les petites structures se forment en premier et fusionnent pour
donner naissance à des objets de plus en plus massifs.
Les simulations numériques à N-corps,
comme la simulation Millennium ou le projet Illustris, ont reproduit avec
une fidélité remarquable l'architecture observée. Elles confirment que
la matière sombre froide (CDM, Cold dark matter) s'organise en
un réseau complexe de filaments et de halos, au sein duquel le gaz s'accumule
et forme des galaxies dont la distribution et les propriétés correspondent
aux relevés astronomiques. Dans ces simulations, les filaments de matière
sombre relient les amas comme des autoroutes cosmiques le long desquelles
les galaxies et le gaz continuent de s'écouler, alimentant la croissance
des structures. Le gaz diffus qui n'a pas encore formé d'étoiles est
partiellement détecté à travers la forêt
Lyman-alpha, une série de raies d'absorption dans le spectre des quasars
lointains, qui sonde les nuages d'hydrogène neutre situés le long de
la ligne de visée. Cette technique a permis de cartographier la distribution
du gaz intergalactique et de confirmer la présence des filaments de faible
densité que les galaxies ne suffisent pas à révéler.
-
La
toile cosmique reconstituée par une simulation numérique.
(Source
: Max-Planck-Institut für Astrophysik).
L'expansion accélérée de l'univers,
provoquée par l'énergie sombre, joue
un rôle décisif dans le destin de cette grande structure. À mesure que
l'espace s'étire, la croissance des surdensités ralentit : les amas déjÃ
formés continuent d'attirer la matière dans leur voisinage immédiat,
mais les régions éloignées voient leur expansion les séparer de plus
en plus vite. Ainsi, l'échelle à laquelle la structuration peut s'amplifier
se fige progressivement, et la toile cosmique que nous observons aujourd'hui
est en grande partie l'héritage d'une époque où l'expansion était encore
dominée par la matière. Les relevés en cours et à venir, comme ceux
du télescope spatial Euclid ou du spectrographe DESI, visent à cartographier
la position de dizaines de millions de galaxies et de quasars sur des volumes
toujours plus grands, afin de mesurer l'empreinte des oscillations acoustiques
baryoniques, ces ondes sonores primordiales dont la trace visible subsiste
sous la forme d'un excès statistique de galaxies séparées d'environ
150 mégaparsecs. Cette règle standard permet de sonder l'histoire de
l'expansion et de contraindre la nature de l'énergie sombre, tout en offrant
une vision toujours plus précise de la structuration à grande échelle
et de son évolution.
--
Amas
de galaxies dans le Centaure.
Un
univers bien rangé |
|
Mise
en ordre |
Les
superamas.
Les superamas de
galaxies ne constituent pas des objets gravitationnellement liés de manière
aussi compacte que les amas de galaxies; ce sont plutôt des ensembles
de groupes et d'amas de galaxies organisés le long de filaments de matière,
séparés par d'immenses vides cosmiques. Ils forment une partie essentielle
de la toile cosmique.
Ce qui rend difficile
l'identification de la morphologie exacte de la toile cosmique, c'est en
partie la densité variable des plus grandes structures. Là où se rencontrent
plusieurs filaments (ou plusieurs feuillets, etc.), la concentration des
galaxies est plus élevée, et fait apparaître des structures plus aisément
identifiables, et qui semblent comme alignées en chaînes. Ce sont elles
qui prennent le nom de superamas. Les superamas renferment couramment de
plusieurs milliers de galaxies.
L'étude des superamas
est aujourd'hui indissociable de celle de la matière
sombre et de l'énergie sombre. Les
simulations numériques montrent que les superamas se sont formés progressivement
à partir de faibles fluctuations de densité présentes peu après le
début de l'expansion cosmique. Sous l'effet
de la gravitation, la matière s'est concentrée en filaments et en noeuds
où sont apparus les amas de galaxies. Les observations modernes révèlent
que les superamas sont les éléments d'un immense réseau cosmique dont
certaines structures atteignent plusieurs milliards d'années-lumière.
Ils représentent ainsi l'une des manifestations les plus spectaculaires
de l'organisation de la matière dans l'Univers observable.
Quelques-uns des
principaux superamas
| •
Le
superamas de Laniakea est aujourd'hui l'un des plus célèbres superamas
car il contient notre propre environnement cosmique. Identifié en 2014
grâce à l'étude des mouvements particuliers de milliers de galaxies,
il s'étend sur environ 520 millions d'années-lumière et regroupe près
de 100 000 galaxies. Son nom, d'origine hawaïenne, signifie "horizon céleste
immense". Notre Galaxie appartient au Groupe local, lui-même intégré
au superamas local de la Vierge, lequel constitue une partie de Laniakea.
Les galaxies de cette région convergent globalement vers une zone d'attraction
gravitationnelle appelée le Grand Attracteur (ou superamas Hydra-Centaurus),
située à plusieurs centaines de millions d'années-lumière.
• Le superamas
de Shapley représente l'une des concentrations de matière les plus
massives de l'univers proche. Situé à environ 650 millions d'années-lumière
de la Terre dans la direction de la constellation du Centaure, il contient
plusieurs dizaines d'amas riches en galaxies. Sa masse totale est estimée
à plusieurs millions de milliards de masses solaires. Son influence gravitationnelle
est suffisamment importante pour contribuer aux mouvements à grande échelle
observés dans notre région cosmique. Certains chercheurs considèrent
cette concentration comme l'un des principaux pôles de matière de l'univers
local.
• Le superamas
de la Vierge a longtemps été considéré comme notre superamas principal
avant la définition plus large de Laniakea. Il s'étend sur environ 110
millions d'années-lumière et comprend plusieurs groupes de galaxies,
dont le Groupe local. Son centre est dominé par l'amas de galaxies de
la Vierge, vaste concentration contenant plusieurs milliers de galaxies.
Cet ensemble joue un rôle fondamental dans l'étude de la structure cosmique
proche, car il a servi de référence historique pour la cartographie de
l'univers extragalactique.
• Le superamas
de Persée-Poissons constitue l'un des filaments les plus impressionnants
de la toile cosmique. Il s'étire sur plus d'un milliard d'années-lumière
et apparaît comme une longue chaîne d'amas et de groupes de galaxies
reliés entre eux. Cette structure fournit un exemple remarquable de la
manière dont la matière s'organise à très grande échelle. Son étude
a permis de mieux comprendre les mécanismes de croissance des structures
sous l'effet de la gravitation. |
•
Le
complexe de Hercule est un ensemble très riche de groupes et d'amas
situé dans la région des constellations d'Hercule et de la Couronne boréale.
Il renferme plusieurs concentrations majeures de galaxies et constitue
un laboratoire important pour l'étude des interactions entre amas. Les
observations montrent que sa structure est particulièrement complexe,
avec de nombreux filaments interconnectés.
• Le superamas
de Coma est centré sur le célèbre amas de Coma, l'un des amas de
galaxies les plus étudiés en astrophysique. Situé à environ 320 millions
d'années-lumière, il contient des milliers de galaxies et une quantité
considérable de matière sombre. Les observations de cet amas ont joué
un rôle historique dans la mise en évidence de l'existence de la matière
sombre dès les travaux de l'astronome Fritz Zwicky dans les années 1930.
• Le Grand mur
de Sloan (Sloan Great Wall) est une gigantesque association
de filaments et de superamas découverte grâce au relevé astronomique
du Sloan Digital Sky Survey. Cette structure s'étend sur près de 1,4
milliard d'années-lumière, ce qui en fait l'une des plus vastes concentrations
de galaxies connues. Sa découverte a profondément influencé les réflexions
sur les limites de l'homogénéité cosmique à très grande échelle.
• Le Grand mur
de BOSS (BOSS Great Wall), identifié en 2016, dépasse encore le Sloan
Great Wall en taille apparente. Cette structure regroupe plusieurs superamas
interconnectés sur une distance proche d'un milliard d'années-lumière.
Sa masse totale est estimée à environ dix mille billions de masses solaires.
Ces dimensions extrêmes constituent un défi intéressant pour les modèles
statistiques décrivant la distribution de la matière dans l'univers.
• Le Huge-LQG
n'est pas un superamas classique mais un regroupement gigantesque de quasars
s'étendant sur plusieurs milliards d'années-lumière. Bien que sa nature
exacte fasse encore débat, cette entité illustre l'existence de structures
de très grande ampleur dans l'univers lointain. Certains cosmologistes
discutent encore de sa compatibilité avec le principe cosmologique, selon
lequel l'Univers doit apparaître globalement homogène lorsqu'on l'observe
à suffisamment grande échelle. |
-
Les amas.
Dans les superamas, les galaxies peuvent
encore se regrouper en dizaines, voire en centaines
de troupeaux plus petits : nuages et amas de galaxies, dont l'effectif
peut aller de quelques dizaines à quelques centaines de galaxies, groupées
à l'intérieur de quelques dizaines de millions d'années-lumière.
Les amas de galaxies
sont très divers. Les plus riches tendent à avoir une concentration plus
grande en leur centre, où trônent des galaxies elliptiques
géantes (les
spirales se trouvant en périphérie,
selon un principe dit de ségrégation morphologique), et peuvent rivaliser
avec les superamas, en révélant éventuellement des sous structures;
les plus pauvres sont généralement plus homogènes. Mais le Groupe Local,
auquel appartient la Voie Lactée, qui ne contient
que quelques dizaines de galaxies, possède déjà deux pôles de concentration,
qui sont aussi deux spirales, l'un autour de notre Galaxie, l'autre autour
de M 31, la galaxie d'Andromède. Certains amas,
très compacts, répertoriés par Hickson en 1982, ne comptent qu'une poignée
de galaxies qui interagissent fortement les unes sur les autres : Quintet
de Stéphan (Pégase), HCG 87 (Capricorne),
Sextet de Seyfert, NGC 6027. Les amas de galaxies pourront ainsi être
classés selon leur morphologie, leur richesse, leur concentrations, la
distribution de leurs membres les plus brillants, etc.
Quelques-uns des
amas de galaxies les mieux connus
| •
L'amas
de la Vierge, situé à environ 55 millions d'années-lumière dans
la direction de la constellation de la Vierge, est
l'amas massif le plus proche du Groupe local auquel
appartient la Voie lactée. Il contient plus de 1300 galaxies répertoriées,
et probablement davantage. Parmi ses membres les plus célèbres figurent
M87, une gigantesque galaxie elliptique abritant un trou
noir supermassif dont l'image a été obtenue par l'Event Horizon Telescope,
ainsi que M49 et M86. La proximité de l'amas de la Vierge en fait un objet
privilégié pour l'étude de la dynamique des galaxies et des interactions
gravitationnelles.
• L'amas de
Coma, localisé à environ 320 millions d'années-lumière dans la
constellation de la Chevelure de Bérénice, est
l'un des amas les plus étudiés de l'histoire de l'astronomie. Il renferme
plus d'un millier de galaxies, principalement elliptiques et lenticulaires.
Dans les années 1930, Fritz Zwicky y observa
des vitesses orbitales trop élevées pour être expliquées par la seule
matière visible, ce qui le conduisit à proposer l'existence de la matière
sombre. L'amas de Coma constitue encore aujourd'hui une référence
pour les études sur la distribution de la masse dans l'Univers.
• L'amas de
Persée, situé à environ 240 millions d'années-lumière, est dominé
par la galaxie géante NGC 1275. Il est particulièrement remarquable par
son intense émission en rayons X produite
par le gaz intra-amas porté à plusieurs dizaines de millions de degrés.
Des observations réalisées par les observatoires spatiaux Chandra et
XMM-Newton ont révélé la présence de cavités dans ce gaz, créées
par l'activité du trou noir central. Ces phénomènes permettent de mieux
comprendre les mécanismes de rétroaction entre les noyaux actifs de galaxies
et leur environnement.
• L'amas de
la Balle (Bullet Cluster), situé à environ 3,7 milliards d'années-lumière,
représente l'une des preuves observationnelles les plus convaincantes
de l'existence de la matière sombre. Il résulte de la collision de deux
amas de galaxies. Les observations montrent que le gaz chaud, visible en
rayons X, a été ralenti par l'impact, tandis que la majeure partie de
la masse détectée par lentille
gravitationnelle se trouve ailleurs. Cette séparation entre matière
ordinaire et masse dominante est difficilement explicable sans recourir
à la matière sombre.
• L'amas d'Hercule,
à environ 500 millions d'années-lumière, présente une |
structure
plus irrégulière et moins détendue gravitationnellement que les amas
plus évolués. Il contient de nombreuses galaxies spirales
en interaction et constitue un exemple de système encore en cours de formation.
Les astronomes y étudient les effets de l'environnement sur l'évolution
morphologique des galaxies.
• Abell 1689,
distant d'environ 2,3 milliards d'années-lumière, est célèbre pour
son extraordinaire pouvoir de lentille gravitationnelle. Sa masse considérable
déforme l'espace-temps et produit de nombreux
arcs lumineux correspondant à des galaxies encore plus lointaines. Ces
observations permettent de cartographier la distribution de la matière
sombre avec une grande précision et de détecter des objets situés dans
l'univers primordial.
• L'amas de
Fornax, situé à environ 62 millions d'années-lumière, est plus
compact et moins massif que celui de la Vierge. Il est dominé par la galaxie
elliptique géante NGC 1399. Grâce à sa relative proximité, il constitue
un excellent terrain d'étude pour les amas de taille intermédiaire et
pour les populations d'amas globulaires entourant
les galaxies massives.
• L'amas de
Pandora (Abell 2744), à environ 4 milliards d'années-lumière, résulte
de plusieurs collisions d'amas successives. Sa structure extrêmement complexe
lui a valu son surnom en référence à la boîte de Pandore.
Les images obtenues par le télescope spatial Hubble et par le programme
Frontier Fields ont permis de révéler des galaxies parmi les plus lointaines
connues grâce à l'amplification gravitationnelle produite par l'amas.
• L'amas de
Phoenix, découvert relativement récemment, est l'un des plus massifs
connus. Situé à environ 5,7 milliards d'années-lumière, il possède
une galaxie centrale exceptionnellement active où se produit une formation
stellaire très intense, phénomène inhabituel pour un amas mature.
Son étude aide à comprendre les relations entre refroidissement du gaz,
activité des trous noirs supermassifs et naissance des étoiles.
• El Gordo,
situé à plus de 7 milliards d'années-lumière, est l'un des amas les
plus massifs observés à grande distance. Son nom, qui signifie "le Gros"
en espagnol, reflète sa masse exceptionnelle. Il est lui aussi le résultat
d'une collision majeure entre deux sous-amas. Sa découverte a fourni des
contraintes importantes sur les modèles cosmologiques décrivant la formation
des structures dans l'univers jeune. |
-
Le
Quintet de Stéphan, dans la constellation de Pégase.
La
classification proposée par George Abell (vers 1955) est fondée sur la
richesse des amas, elle-même déterminée par le comptage de galaxies
dans un rayon donné :
|
Classe
|
nombre
de galaxies
|
Classe
|
Nombre
de galaxies
|
|
0
|
30 - 49
|
3
|
130 -199
|
|
1
|
50 - 79
|
4
|
200 - 299
|
|
2
|
80 -129
|
5
|
> 300
|
|
La
classification de Rood et Sastry (1971) prend en compte la distribution
des membres les plus brillantes de l'amas, et conduit aux catégories suivantes
:
| cD
-
Amas dominé par une galaxie géante cD, située en son centre.
Ex. : A2029, A2199. |
B - Amas
dans lequel deux galaxies dominent (binary), et sont le centre de
deux nuages de galaxies de plus petite dimension. Ex : Coma. |
L
- Amas très allongé (linéaire). Ex.: Perseus. |
F -
Amas
en forme de crêpe (flattened). Ex. : IRAS 09104+4109. |
| C
- Simple concentration de galaxies. |
I
- Amas de distribution irrégulière. Ex. : Hercules |
|
La
classification de Bautz et Morgan (1970), ne reconnaît pour sa part que
trois types d'amas, classés de I à III :
| I - Amas dominé
par une galaxie géante cD. |
II
- Amas dans lequel on peut rencontrer une galaxie cD, mais aussi d'autres
galaxies elliptiques géantes. |
III
- Amas dans lequel il n'y a pas de galaxie dominante. |
Tableau
réalisé d'après les indications recueillies sur le Site
de Wiliam Keel.
|
La distance typique
entre deux galaxies dans un amas est de 5 millions
d'années-lumière. Cela correspond grosso modo à 200 fois le diamètre
moyen d'une galaxie. Un chiffre à comparer à celui qui mesure la proximité
de deux étoiles à l'intérieur d'une galaxie : dans
ce cas, la distance vaut des dizaines de millions de fois leur diamètre.
Même dans les plus dilués des amas, les galaxies sont encore beaucoup
plus rapprochées entre elles que ne le sont, proportionnellement, les
étoiles à l'intérieur d'une galaxie. Il s'ensuit que, contrairement
à ce qui se passe avec les étoiles qui n'ont pratiquement aucune chance
de se rencontrer, les galaxies peuvent très bien entrer en collision les
unes avec les autres. Et si ce n'est pas le cas, les rapprochements sont
tels que les effets gravitationnels (effets de marées)
induits par leur proximité aura une influence non négligeable sur leur
morphologie et leur évolution. |
|
|
L'univers
local
La Voie
lactée, appartient ainsi à un modeste amas d'une trentaine de membres,
le Groupe Local. Plusieurs autres amas de galaxies
analogues se rencontrent au voisinage de ce Groupe local. Les plus proches
et les plus accessibles sont dans les constellations de la Vierge
(Amas Virgo), de la Chevelure de Bérénice (amas
Coma), de la Grande Ourse (Groupe de M 81) et du
Sculpteur
(Groupe du Sculpteur), situés à plusieurs centaines de millions d'années-lumière
de nous.
Ces amas forment
un premier ensemble d'amas, appelé le nuage des Chiens de Chasse. Lui-même,
réuni à d'autres condensations d'amas similaires, appartient au Superamas
de la Vierge ou Superamas local, dont il occupe une position périphérique.
-
Superamas
de l'univers local.
Représentation
dans un cube de 650 millions d'années-lumière de côté.
Ci-dessous
: Gros plan sur le Vide local (Local void). Notre Voie lactée
(Milky way) se situe en bordure de cette région pratiquement dépourvue
de galaxies et aussi en périphérie d'une région beaucoup plus dense,
l'amas de la Vierge (Virgo), lui-même à l'extrémité d'un superamas
de galaxies bien plus vaste, le Grand attracteur (Great attractor). Face
à ce dernier, un autre superamas de galaxies, Perseus-Pisces, borde le
Vide local. Plus loin sont les superamas Coma et Hercules. Cette représentation
tri-dimensionnelle de l'univers local (sur des distances de l'ordre de
600 millions d'années-lumière) a été publiée en 2019. Crédit: R.
Brent Tully (U. Hawaii) et al.

Le Superamas local,
pris en sandwich entre deux supervides, est relativement plat et a une
forme allongée (quelque chose de mixte entre le feuillet et fragment de
filament, en somme...). Il apparaît comme l'un des noeuds d'une chaîne
de superamas, qui, tous mis ensemble (et en n'oubliant pas d'y ajouter
la trentaine de grands vides (supervides) de plus de cent millions d'années
lumière de diamètre qui bordent ces concentrations), forment ce qu'il
est convenu d'appeler l'univers local.
L'étude des vitesses
des galaxies dans cet univers local a permis d'identifier une vaste flux,
qui a servi, en 2014, a définir une vaste structure, dont le superamas
de la Vierge fait partie, et auquel ses découvreurs (R. Brent Tully, Hélène
Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède) ont donné le nom de
Laniakea (« le ciel immense », en hawaien). Cet ensemble regroupe 100,000
galaxies réparties dans un espace de 520 millions d'années-lumière de
diamètre.
-
Les
contours de Laniakea, défini à partir des flux de galaxies dans l'univers
local.
Ci-dessous
les
"familles cinématiques" dans le superamas Laniakea. Plusieurs supermas
classiques sont notés (Hercules, Shapley, Ophiuchus, Norma, Centaurus,
Hydra,
Perseus-Pisces,
Virgo). Le superamas local est représenté en vert, le Grand Attracteur
en orange,
le
filament Pavo-Indus (Paon-Indien) en pourpre et les structures incluant
le mur Antlia (Machine pneumatique) et le nuage Fornax-Eridanus (Fourneau-Eridan)
en magenta.
(Source
: Nature, 4 septembre 2014).

|
|
Rouages |
La
face obscure de l'univers
Pendant longtemps, les astronomes ont buté
sur la manière dont avait pu se faire cette évolution. Quel mécanisme
invoquer pour parvenir à quelque chose qui ressemble à l'univers actuel?
La réponse à cette première question est assez simple : la seule force
connue capable de s'exercer à l'échelle de l'univers la gravitation.
D'où le cadre dans lequel se sont élaborées les théories : celui de
l'instabilité gravitationnelle. Les petites inhomogénéité présentes
dans le fond diffus sont devenues peu à peu des centres d'accumulation
pour la matière, et ont grandi au point de fabriquer les concentrations
actuelles. Reste que si l'on ne considère que les galaxies que l'on peut
observer, cela ne marche pas. L'univers n'est pas assez vieux pour que
les structures que l'on observe aujourd'hui aient eu le temps de s'être
formées. Il faut plus de gravitation, et donc il faut ajouter de la matière,
beaucoup de matière.
Ainsi, l'univers n'est pas seulement constitué
de matière lumineuse et visible (étoiles, planètes,
gaz,
poussières...).
Il contient aussi de très grandes quantités de matière sombre. Dans
notre seule galaxie, la quantité de matière sombre est déjà dix fois
supérieure à celle rassemblée par les étoiles et les grands nuages
de gaz et de poussière qui sillonnent l'espace interstellaire. Et c'est
à peu près la même chose ailleurs, même si c'est à quelques nuances
près selon les échelles considérées...
Comme, par définition, on ne peut pas
voir la matière sombre, son existence
est toujours déduite de ses effets gravitationnels. La matière sombre
révèle sa présence de nombreuses manières. A l'échelle des galaxies,
par exemple, elle explique la forme de la courbe de rotation des galaxies
spirales. A l'échelle des amas, ses effets sont encore plus marquants.
Certains, purement dynamique comme dans le cas des galaxies spirales, peuvent
relever dans une large mesure d'une approche classique (théorie de la
gravitation
newtonienne), d'autres font intervenir des déformations de l'espace-temps,
qui se manifestent par divers effets optiques, et qui s'abordent dans le
cadre exclusif de la relativité générale.
Effets dynamiques.
Distribution
des vitesses des galaxies dans les amas.
Fritz Zwicky
avait constaté dès 1922, que les galaxies de Coma avaient des vitesses
de déplacement trop élevées si l'on cherche à les expliquer par l'effet
gravitationnel imputable à la masse des galaxies observées. Cela peut
s'expliquer si l'on fait l'hypothèse que la dynamique de l'amas n'est
pas encore stabilisée. Et c'est en partie pour cette raison qu'il a fallu
attendre plusieurs décennies, et des progrès notables de la physique
des particules, pour que l'hypothèse de matière sombre soit favorisée.
La masse de matière sombre que l'on peut déduire de la dispersion des
vitesses des galaxies dans les amas est concordante avec les autres méthodes
de détermination.
Effets
sur la concentration de gaz très chaud dans les amas.
Les satellites munis d'instrument d'observation
dans le domaine X (Einstein, Rosat, XMM Newton, Chandra, notamment.) ont
mis en évidence la présence de grandes masses de gaz très chaud dans
lequel sont immergés les amas de galaxies. La très haute température
de ce gaz aurait conduit à une rapide dispersion si une très grande quantité
de matière sombre n'était pas également présente pour assurer le confinement
de ce gaz.
La
concentration de gaz chaud dans lequel
est
immergé l'amas de Coma, témoigne de la
présence
de grandes quantités de matière sombre...
(Source
: Nasa
/ Imagine the Universe).
Flux
cosmiques
L'isotropie du fond du ciel permet de
repérer par rapport à lui les déplacements absolus de la Terre, et même
de notre Galaxie. Il est ainsi apparu, non seulement que la Galaxie, mais
aussi les galaxies, les amas proches et même au moins superamas, se dirigeaient
tous dans la direction de la constellation
de l'Hydre, Ã la vitesse de 627 km/s. La cause de
cette ruée collective est attribuée à l'existence, très loin de nous,
d'une énorme concentration de matière, baptisée le Grand Attracteur,
et vers laquelle nous tombons purement et simplement. Mal placé, derrière
les régions les plus opaques de la Voie lactée, cette grande structure
est difficilement observable, mais on y reconnaît un superamas de plus.
Ainsi, tous l'espace est-il sillonné par de grands mouvements d'ensembles
des amas et superamas de galaxies, selon des "lignes de force", qui traduisent
une organisation de la matière sombre à grande échelle assez comparable
à celle de la matière lumineuse.
|
Le flux de
Hubble
La géographie des
flux cosmiques se déduit de l'analyse des vitesses d'un très grand nombre
de galaxies. Seule la composante radiale de ces vitesses est mesurable,
par l'effet Doppler. La configuration en 3D du
flux est ensuite l'objet d'une reconstitution dans laquelle, il convient
d'introduire diverses corrections. L'une tient par exemple à ce qu'aux
mouvements d'ensemble qui définissent les flux s'ajoutent les vitesses
individuelles des galaxies, mais la principale correction correspond Ã
l'effet de l'expansion de l'univers. Plus une galaxie est éloignée, et
plus sa lumière est décalée vers le rouge, un redshift
cosmologique de nature différente de l'effet Doppler, mais qui du pur
point de vue observationnel ne s'en distingue pas.
La composante cosmologique
du décalage spectral des galaxies correspond à ce que les astronomes
appellent le flux de Hubble. Pour en évaluer la contribution, ils doivent
connaître la distance des galaxies qu'ils étudient. Les différents indicateurs
utilisés cessent d'être fiables au-delà de quelques centaines de millions
d'années-lumière. Une échelle qui marque donc la limite de l'étude
possibles des flux cosmiques, mais qui correspond encore, estime-t-on en
général, à la manifestation de flux. "L'immobilité", autre expression
du principe cosmologique, ne devrait donc possiblement se manifester qu'Ã
des échelles supérieures. |
Effets optiques.
Mirages
gravitationnels.
On sait, dans le
contexte de la relativité générale, que la présence d'une masse modifie
autour d'elle la courbure de l'espace. La lumière qui suit toujours le
plus court chemin possible va donc infléchir son cours en fonction de
cette courbure. C'est sur ce principe que reposent les mirages gravitationnels,
ou effets de lentilles gravitationnelles,
qui de la même façon que les lentilles ordinaires utilisées en optique
sont capables de déformer de diverses façons les images des objets dont
la lumière nous parvient, ou d'en amplifier l'intensité.
A l'échelle cosmique,
les mirages gravitationnels s'observent quand une grande concentration
de matière, associée à une galaxie ou à un amas de galaxies s'interpose
sur le chemin de la lumière émise par un objet (galaxie, quasar ou amas)
plus lointain. L'analyse de l'image ainsi transformée permet de déduire
la masse et la distribution spatiale de la structure qui engendre le mirage.
On peut ainsi déceler les grosses concentrations de matière sombre, même
si on ne voit pas ou peu les galaxies qui lui sont associées. Le cas du
mirage causé par l'amas Abell 2218 (dans la constellation du Dragon)
est le plus connu. Les images de galaxies en arrière plan forment des
arcs entourant les zones les plus denses de l'amas.
Abell
2218. Crédit : Andrew
Fruchter (STScI) et al., WFPC2,
HST,
NASA.
Cisaillement
cosmique.
Le cisaillement
cosmique (cosmic shear) ou cisaillement gravitationnel est encore
un effet de mirage, mais qui concerne des effets de lentille plus faibles
(weak lensing), et qui doit être étudié à une échelle encore
plus grande, et abordé d'un point de vue statistique. L'idée sur laquelle
repose cette approche qui commence à connaître un certain succès, consiste
à supposer dans un premier temps qu'en l'absence de toute distorsion gravitationnelle,
les galaxies lointaines devraient s'orienter aléatoirement dans l'espace.
Mais l'observation de distorsions, justement, d'orientations privilégiées
çà et là (des écarts qui ne représentent qu'un pourcentage infime),
montre qu'il existe des concentrations de matière sombre en abondance
et dont la distribution peut être reconstituer.
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Les grandes
structures et le contenu de l'univers
La connaissance de
la distribution de la matière tracée dans l'espace
et dans le temps par les grandes structures cosmiques
(amas et superamas) fournit l'un des plus sûrs moyens de préciser la
géométrie globale de l'univers. Parce qu'une fraction notable de la matière
renfermée dans ces structures est sous forme de gaz
diffus à plusieurs millions de degrés, qui peut être observé grâce
à sa puissante émission dans le domaine X du spectre.
C'est ainsi que deux études d'amas de galaxies
dans le domaine X publiées au printemps 2004, ont pu fournir d'une part
la meilleure évaluation actuelle de la densité
de matière dans l'univers, et d'autre part l'absence
de variation de la densité d'énergie sombre
sur une longue portion de l'histoire cosmique.
La première étude,
menée pendant une douzaine d'années à partir des enregistrement réalisés
par le satellite X Rosat, et de mesures de redshifts
obtenus avec les grands télescopes de l'ESO, a d'abord débouché sur
la publication un vaste catalogue de plus de 400 amas intitulé Reflex
(Rosat-Eso flux limited X-ray). Il a été possible de déduire
de ce catalogue une valeur densité de matière comprise entre 27%
à 43% de la densité critique. Des chiffres conformes à ce que suggéraient
déjà d'autres moyens d'investigation et qui représentent une amélioration
de la fiabilité de cette fourchette de valeurs.
L'autre étude, qui
concernait cette fois 26 amas de galaxies scrutés à l'aide de l'observatoire
spatial X Chandra, a permis de reconstituer l'évolution de la densité
d'énergie sombre. Cette énergie, principale contribution à la densité
de l'univers et responsable de l'accélération de l'expansion,
a été mesurée sur des distances comprises
entre un et huit milliards d'années-lumière.
Cela a permis de remonter dans le temps à une époque où l'univers était
encore en phase de décélération, et de suivre ensuite les effets de
l'énergie sombre après le début de accélération. Les résultats sont
cette fois compatibles avec une constance de cette mystérieuse énergie,
ce qui la rendrait assimilable à la constante cosmologique jadis introduite
par Einstein
dans les modèles cosmologiques. |
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