Aperçu |
La vision la plus
simple que l'on puisse donner du cosmos à très grande échelle,
celle qu'en donnent les modèles cosmologiques du big
bang, est celle d'un gaz composé de galaxies
qui en seraient comme les molécules. Dans ce gaz
de galaxies, il n'y a ni concentration en certains endroits, ni direction
privilégiée, chacun y vit sa vie, se déplaçant à sa vitesse dans une
direction quelconque de l'espace. Là encore, l'image de l'agitation moléculaire
d'un gaz semble pouvoir s'imposer. Une hypothèse d'homogénéité et d'isotropie
à la quelle recourent les modèles mathématiques qui décrivent l'univers
dans son ensemble, connue sous le nom de principe
cosmologique. L'image la plus lointaine que l'on ait de l'univers,
celle que dessine la distribution du
fond diffus cosmologique, témoin de la distribution de la matière
peu après le big bang, atteste de la pertinence de cette hypothèse.
Cependant, un constat
doit être fait : les observations montrent que la répartition des galaxies
n'est pas aussi homogène que cela. Elles se regroupent à l'intérieur
de longues concentrations, appelées filaments, et laissent entre ces filaments
d'immenses espaces pratiquement déserts, les grands vides. Les
filaments, qui ne représentent que 10% de l'espace, constituent ainsi
un réseau compliqué, une sorte de toile d'araignée tri-dimensionnelle,
elle-même hiérarchisée en regroupements plus petits : les régions de
rencontre de plusieurs filaments sont ainsi particulièrement riches en
galaxies, et représentent des superamas. Dans les superamas, les galaxies
peuvent encore se regrouper en troupeaux plus petits
: nuages et amas* de galaxies.
A cause de la vitesse finie de la lumière,
les objets les plus lointains sont les témoins du passé de l'univers.
Le fond diffus cosmologique, tapisserie de fond de l'univers observable,
dont il marque la limite extrême, donne l'image de l'univers quelques
centaines de milliers d'années seulement après le big bang. L'univers
local est quant à lui représentatif de l'univers d'aujourd'hui, c'est-à -dire
quelque chose comme douze à quatorze milliards d'années après le big
bang. Entre la forte homogénéité et isotropie initiale et la hiérarchisation
actuelle de la matière, il n'y a donc pas contraction, mais plutôt le
signe d'une évolution au cours du temps de la distribution de la matière.
La gravitation
est le moteur de cette évolution. Les petites fluctuations initiales dans
la distribution de la matière ont été les germes autour desquels la
matière soumise à son propre poids s'est concentrée
progressivement. Pour rendre compte de la morphologie actuelle des grandes
structures, les seules galaxies observables ne suffisent pas. Il convient
cependant d'invoquer un surplus de matière qui ne peut pas être sous
forme d'étoiles ou de gaz composé de matière ordinaire
(le big bang n'en a pas fabriqué assez). On doit recourir à une hypothèse
supplémentaire : la présence de très grandes quantités de matière,
qui ne rayonnement, mais dont la masse, ou plutôt
la densité est dix fois supérieure environ, Ã
celle de la matière ordinaire. On désigne cette composante sous le nom
de matière sombre.
Celle-ci se manifeste à l'échelle des amas par ses effets dynamiques
(distribution des vitesses des galaxies dans les amas, effets sur la concentration
de gaz très chaud dans les amas, grands mouvements d'ensemble des amas
eux-mêmes ou flux cosmiques) et par des effets optiques (mirages gravitationnels
et cisaillement cosmique).
-
Amas
de galaxies dans le Centaure.
Un
univers bien rangé |
|
Mise
en ordre |
Si l'on peut supposer
que l'univers à très très grande échelle est homogène, sa trame devient
apparente sur des échelles comprises entre 100 et 300 millions d'années-lumière.
Un premier niveau de structuration qui se présente sous une forme qui
ne se laisse pas aisément décrire, au demeurant.
Les astronomes parlent ainsi de murs, de filaments, de feuillets ou de
crêpes, etc. pour désigner la morphologie des concentrations de galaxies,
et de structure en mousse, en éponge, en toile d'araignée, etc., pour
évoquer la trame même de l'univers.
Des mots dont la signification n'est pas
neutre, et qui renvoient à des théories de formation des grandes structures
distinctes. Actuellement, même si par endroits des concentrations en feuillets
semblent bien exister, pour l'essentiel, aussi bien pour des raisons observationnelles
que théoriques, les astronomes favorisent l'idée de des concentrations
en filaments, qui forment donc un réseau en toile d'araignée tri-dimensionnel.
Quoi qu'il en soit ces concentrations
de galaxies ont pour corollaire l'existence d'immenses régions d'où elles
sont pratiquement absentes. Les diamètres de ces grands vides s'échelonnent
sur des distances de quelques dizaines de millions d'années-lumière Ã
quelques centaines de millions d'années-lumière. Les plus grandes de
ces cavités, l'image de cet abîme de 300 millions
d'années-lumière de diamètre, que les astronomes ont repéré dans la
constellation du Bouvier, prennent parfois
le nom de supervides.
L'amas
de l'Hydre.
Les superamas.
Les superamas de
galaxies ne constituent pas des objets gravitationnellement liés de manière
aussi compacte que les amas de galaxies; ce sont plutôt des ensembles
de groupes et d'amas de galaxies organisés le long de filaments de matière,
séparés par d'immenses vides cosmiques. Ils forment une partie essentielle
de ce que les cosmologistes appellent la toile
cosmique, réseau géant composé de filaments, de nœuds et de cavités
qui résulte de l'évolution de la matière depuis le Big Bang.
Ce qui rend difficile
l'identification de la morphologie exacte de la toile cosmique, c'est en
partie la densité variable des plus grandes structures. Là où se rencontrent
plusieurs filaments (ou plusieurs feuillets, etc.), la concentration des
galaxies est plus élevée, et fait apparaître des structures plus aisément
identifiables, et qui semblent comme alignées en chaînes. Ce sont elles
qui prennent le nom de superamas. Les superamas renferment couramment de
plusieurs milliers de galaxies.
L'étude des superamas
est aujourd'hui indissociable de celle de la matière
sombre et de l'énergie sombre. Les
simulations numériques montrent que les superamas se sont formés progressivement
à partir de faibles fluctuations de densité présentes peu après le
début de l'expansion cosmique. Sous l'effet
de la gravitation, la matière s'est concentrée en filaments et en noeuds
où sont apparus les amas de galaxies. Les observations modernes révèlent
que les superamas sont les éléments d'un immense réseau cosmique dont
certaines structures atteignent plusieurs milliards d'années-lumière.
Ils représentent ainsi l'une des manifestations les plus spectaculaires
de l'organisation de la matière dans l'Univers observable.
Quelques-uns des
principaux superamas
| •
Le
superamas de Laniakea est aujourd'hui l'un des plus célèbres superamas
car il contient notre propre environnement cosmique. Identifié en 2014
grâce à l'étude des mouvements particuliers de milliers de galaxies,
il s'étend sur environ 520 millions d'années-lumière et regroupe près
de 100 000 galaxies. Son nom, d'origine hawaïenne, signifie "horizon céleste
immense". Notre Galaxie appartient au Groupe local, lui-même intégré
au superamas local de la Vierge, lequel constitue une partie de Laniakea.
Les galaxies de cette région convergent globalement vers une zone d'attraction
gravitationnelle appelée le Grand Attracteur (ou superamas Hydra-Centaurus),
située à plusieurs centaines de millions d'années-lumière.
• Le superamas
de Shapley représente l'une des concentrations de matière les plus
massives de l'univers proche. Situé à environ 650 millions d'années-lumière
de la Terre dans la direction de la constellation du Centaure, il contient
plusieurs dizaines d'amas riches en galaxies. Sa masse totale est estimée
à plusieurs millions de milliards de masses solaires. Son influence gravitationnelle
est suffisamment importante pour contribuer aux mouvements à grande échelle
observés dans notre région cosmique. Certains chercheurs considèrent
cette concentration comme l'un des principaux pôles de matière de l'univers
local.
• Le superamas
de la Vierge a longtemps été considéré comme notre superamas principal
avant la définition plus large de Laniakea. Il s'étend sur environ 110
millions d'années-lumière et comprend plusieurs groupes de galaxies,
dont le Groupe local. Son centre est dominé par l'amas de galaxies de
la Vierge, vaste concentration contenant plusieurs milliers de galaxies.
Cet ensemble joue un rôle fondamental dans l'étude de la structure cosmique
proche, car il a servi de référence historique pour la cartographie de
l'univers extragalactique.
• Le superamas
de Persée-Poissons constitue l'un des filaments les plus impressionnants
de la toile cosmique. Il s'étire sur plus d'un milliard d'années-lumière
et apparaît comme une longue chaîne d'amas et de groupes de galaxies
reliés entre eux. Cette structure fournit un exemple remarquable de la
manière dont la matière s'organise à très grande échelle. Son étude
a permis de mieux comprendre les mécanismes de croissance des structures
sous l'effet de la gravitation. |
•
Le
complexe de Hercule est un ensemble très riche de groupes et d'amas
situé dans la région des constellations d'Hercule et de la Couronne boréale.
Il renferme plusieurs concentrations majeures de galaxies et constitue
un laboratoire important pour l'étude des interactions entre amas. Les
observations montrent que sa structure est particulièrement complexe,
avec de nombreux filaments interconnectés.
• Le superamas
de Coma est centré sur le célèbre amas de Coma, l'un des amas de
galaxies les plus étudiés en astrophysique. Situé à environ 320 millions
d'années-lumière, il contient des milliers de galaxies et une quantité
considérable de matière noire. Les observations de cet amas ont joué
un rôle historique dans la mise en évidence de l'existence de la matière
sombre dès les travaux de l'astronome Fritz Zwicky dans les années 1930.
• Le Grand mur
de Sloan (Sloan Great Wall) est une gigantesque association
de filaments et de superamas découverte grâce au relevé astronomique
du Sloan Digital Sky Survey. Cette structure s'étend sur près de 1,4
milliard d'années-lumière, ce qui en fait l'une des plus vastes concentrations
de galaxies connues. Sa découverte a profondément influencé les réflexions
sur les limites de l'homogénéité cosmique à très grande échelle.
• Le Grand mur
de BOSS (BOSS Great Wall), identifié en 2016, dépasse encore le Sloan
Great Wall en taille apparente. Cette structure regroupe plusieurs superamas
interconnectés sur une distance proche d'un milliard d'années-lumière.
Sa masse totale est estimée à environ dix mille billions de masses solaires.
Ces dimensions extrêmes constituent un défi intéressant pour les modèles
statistiques décrivant la distribution de la matière dans l'univers.
• Le Huge-LQG
n'est pas un superamas classique mais un regroupement gigantesque de quasars
s'étendant sur plusieurs milliards d'années-lumière. Bien que sa nature
exacte fasse encore débat, cette entité illustre l'existence de structures
de très grande ampleur dans l'univers lointain. Certains cosmologistes
discutent encore de sa compatibilité avec le principe cosmologique, selon
lequel l'Univers doit apparaître globalement homogène lorsqu'on l'observe
à suffisamment grande échelle. |
-
Les amas.
Dans les superamas, les galaxies peuvent
encore se regrouper en dizaines, voire en centaines
de troupeaux plus petits : nuages et amas de galaxies, dont l'effectif
peut aller de quelques dizaines à quelques centaines de galaxies, groupées
à l'intérieur de quelques dizaines de millions d'années-lumière.
La galactodiversité
- Les amas de galaxies sont très divers. Les plus riches tendent à avoir
une concentration plus grande en leur centre, où trônent des galaxies
elliptiques géantes (les
spirales se trouvant
en périphérie, selon un principe dit de ségrégation morphologique),
et peuvent rivaliser avec les superamas, en révélant éventuellement
des sous structures; les plus pauvres sont généralement plus homogènes.
Mais le Groupe Local, auquel appartient la Voie Lactée,
qui ne contient que quelques dizaines de galaxies, possède déjà deux
pôles de concentration, qui sont aussi deux spirales, l'un autour de notre
Galaxie, l'autre autour de M 31, la galaxie d'Andromède.
Certains amas, très compacts, répertoriés par Hickson en 1982, ne comptent
qu'une poignée de galaxies qui interagissent fortement les unes sur les
autres : Quintet de Stéphan (Pégase), HCG 87 (Capricorne),
Sextet de Seyfert, NGC 6027. Les amas de galaxies pourront ainsi être
classés selon leur morphologie, leur richesse, leur concentrations, la
distribution de leurs membres les plus brillants, etc.
Le
Quintet de Stéphan, dans la constellation de Pégase.
La
classification proposée par George Abell (vers 1955) est fondée sur la
richesse des amas, elle-même déterminée par le comptage de galaxies
dans un rayon donné :
|
Classe
|
nombre
de galaxies
|
Classe
|
Nombre
de galaxies
|
|
0
|
30 - 49
|
3
|
130 -199
|
|
1
|
50 - 79
|
4
|
200 - 299
|
|
2
|
80 -129
|
5
|
> 300
|
|
La
classification de Rood et Sastry (1971) prend en compte la distribution
des membres les plus brillantes de l'amas, et conduit aux catégories suivantes
:
| cD
-
Amas dominé par une galaxie géante cD, située en son centre.
Ex. : A2029, A2199. |
B - Amas
dans lequel deux galaxies dominent (binary), et sont le centre de
deux nuages de galaxies de plus petite dimension. Ex : Coma. |
L
- Amas très allongé (linéaire). Ex.: Perseus. |
F -
Amas
en forme de crêpe (flattened). Ex. : IRAS 09104+4109. |
| C
- Simple concentration de galaxies. |
I
- Amas de distribution irrégulière. Ex. : Hercules |
|
La
classification de Bautz et Morgan (1970), ne reconnaît pour sa part que
trois types d'amas, classés de I à III :
| I - Amas dominé
par une galaxie géante cD. |
II
- Amas dans lequel on peut rencontrer une galaxie cD, mais aussi d'autres
galaxies elliptiques géantes. |
III
- Amas dans lequel il n'y a pas de galaxie dominante. |
Tableau
réalisé d'après les indications recueillies sur le Site
de Wiliam Keel.
|
La distance typique
entre deux galaxies dans un amas est de 5 millions
d'années-lumière. Cela correspond grosso modo à 200 fois le diamètre
moyen d'une galaxie. Un chiffre à comparer à celui qui mesure la proximité
de deux étoiles à l'intérieur d'une galaxie : dans
ce cas, la distance vaut des dizaines de millions de fois leur diamètre.
Même dans les plus dilués des amas, les galaxies sont encore beaucoup
plus rapprochées entre elles que ne le sont, proportionnellement, les
étoiles à l'intérieur d'une galaxie. Il s'ensuit que, contrairement
à ce qui se passe avec les étoiles qui n'ont pratiquement aucune chance
de se rencontrer, les galaxies peuvent très bien entrer en collision les
unes avec les autres. Et si ce n'est pas le cas, les rapprochements sont
tels que les effets gravitationnels (effets de marées)
induits par leur proximité aura une influence non négligeable sur leur
morphologie et leur évolution.
Une
simulation numérique de l'univers local
(Source
: Max-Planck-Institut für Astrophysik).
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|
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L'univers
local
La Voie
lactée, appartient ainsi à un modeste amas d'une trentaine de membres,
le Groupe Local. Plusieurs autres amas de galaxies
analogues se rencontrent au voisinage de ce Groupe local. Les plus proches
et les plus accessibles sont dans les constellations de la Vierge
(Amas Virgo), de la Chevelure de Bérénice (amas
Coma), de la Grande Ourse (Groupe de M 81) et du
Sculpteur
(Groupe du Sculpteur), situés à plusieurs centaines de millions d'années-lumière
de nous.
Ces amas forment
un premier ensemble d'amas, appelé le nuage des Chiens de Chasse. Lui-même,
réuni à d'autres condensations d'amas similaires, appartient au Superamas
de la Vierge ou Superamas local, dont il occupe une position périphérique.
-
Superamas
de l'univers local.
Représentation
dans un cube de 650 millions d'années-lumière de côté.
Ci-dessous
: Gros plan sur le Vide local (Local void). Notre Voie lactée
(Milky way) se situe en bordure de cette région pratiquement dépourvue
de galaxies et aussi en périphérie d'une région beaucoup plus dense,
l'amas de la Vierge (Virgo), lui-même à l'extrémité d'un superamas
de galaxies bien plus vaste, le Grand attracteur (Great attractor). Face
à ce dernier, un autre superamas de galaxies, Perseus-Pisces, borde le
Vide local. Plus loin sont les superamas Coma et Hercules. Cette représentation
tri-dimensionnelle de l'univers local (sur des distances de l'ordre de
600 millions d'années-lumière) a été publiée en 2019. Crédit: R.
Brent Tully (U. Hawaii) et al.

Le Superamas local,
pris en sandwich entre deux supervides, est relativement plat et a une
forme allongée (quelque chose de mixte entre le feuillet et fragment de
filament, en somme...). Il apparaît comme l'un des noeuds d'une chaîne
de superamas, qui, tous mis ensemble (et en n'oubliant pas d'y ajouter
la trentaine de grands vides (supervides) de plus de cent millions d'années
lumière de diamètre qui bordent ces concentrations), forment ce qu'il
est convenu d'appeler l'univers local.
L'étude des vitesses
des galaxies dans cet univers local a permis d'identifier une vaste flux,
qui a servi, en 2014, a définir une vaste structure, dont le superamas
de la Vierge fait partie, et auquel ses découvreurs (R. Brent Tully, Hélène
Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède) ont donné le nom de
Laniakea (« le ciel immense », en hawaien). Cet ensemble regroupe 100,000
galaxies réparties dans un espace de 520 millions d'années-lumière de
diamètre.
-
Les
contours de Laniakea, défini à partir des flux de galaxies dans l'univers
local.
Ci-dessous
les
"familles cinématiques" dans le superamas Laniakea. Plusieurs supermas
classiques sont notés (Hercules, Shapley, Ophiuchus, Norma, Centaurus,
Hydra,
Perseus-Pisces,
Virgo). Le superamas local est représenté en vert, le Grand Attracteur
en orange,
le
filament Pavo-Indus (Paon-Indien) en pourpre et les structures incluant
le mur Antlia (Machine pneumatique) et le nuage Fornax-Eridanus (Fourneau-Eridan)
en magenta.
(Source
: Nature, 4 septembre 2014).

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|
Rouages |
La
face obscure de l'univers
Pendant longtemps, les astronomes ont buté
sur la manière dont avait pu se faire cette évolution. Quel mécanisme
invoquer pour parvenir à quelque chose qui ressemble à l'univers actuel?
La réponse à cette première question est assez simple : la seule force
connue capable de s'exercer à l'échelle de l'univers la gravitation.
D'où le cadre dans lequel se sont élaborées les théories : celui de
l'instabilité gravitationnelle. Les petites inhomogénéité présentes
dans le fond diffus sont devenues peu à peu des centres d'accumulation
pour la matière, et ont grandi au point de fabriquer les concentrations
actuelles. Reste que si l'on ne considère que les galaxies que l'on peut
observer, cela ne marche pas. L'univers n'est pas assez vieux pour que
les structures que l'on observe aujourd'hui aient eu le temps de s'être
formées. Il faut plus de gravitation, et donc il faut ajouter de la matière,
beaucoup de matière.
Ainsi, l'univers n'est pas seulement constitué
de matière lumineuse et visible (étoiles, planètes,
gaz,
poussières...).
Il contient aussi de très grandes quantités de matière sombre. Dans
notre seule galaxie, la quantité de matière sombre est déjà dix fois
supérieure à celle rassemblée par les étoiles et les grands nuages
de gaz et de poussière qui sillonnent l'espace interstellaire. Et c'est
à peu près la même chose ailleurs, même si c'est à quelques nuances
près selon les échelles considérées...
Comme, par définition, on ne peut pas
voir la matière sombre, son existence est toujours déduite de ses effets
gravitationnels. La matière sombre révèle sa présence de nombreuses
manières. A l'échelle des galaxies, par exemple, elle explique la forme
de la courbe de rotation des galaxies spirales. A l'échelle des amas,
ses effets sont encore plus marquants. Certains, purement dynamique comme
dans le cas des galaxies spirales, peuvent relever dans une large mesure
d'une approche classique (théorie de la gravitation
newtonienne), d'autres font intervenir des déformations de l'espace-temps,
qui se manifestent par divers effets optiques, et qui s'abordent dans le
cadre exclusif de la relativité générale.
Effets dynamiques
Distribution
des vitesses des galaxies dans les amas.
Fritz Zwicky
avait constaté dès 1922, que les galaxies de Coma avaient des vitesses
de déplacement trop élevées si l'on cherche à les expliquer par l'effet
gravitationnel imputable à la masse des galaxies observées. Cela peut
s'expliquer si l'on fait l'hypothèse que la dynamique de l'amas n'est
pas encore stabilisée. Et c'est en partie pour cette raison qu'il a fallu
attendre plusieurs décennies, et des progrès notables de la physique
des particules, pour que l'hypothèse de matière sombre soit favorisée.
La masse de matière sombre que l'on peut déduire de la dispersion des
vitesses des galaxies dans les amas est concordante avec les autres méthodes
de détermination.
Effets
sur la concentration de gaz très chaud dans les amas.
Les satellites munis d'instrument d'observation
dans le domaine X (Einstein, Rosat, XMM Newton, Chandra, notamment.) ont
mis en évidence la présence de grandes masses de gaz très chaud dans
lequel sont immergés les amas de galaxies. La très haute température
de ce gaz aurait conduit à une rapide dispersion si une très grande quantité
de matière sombre n'était pas également présente pour assurer le confinement
de ce gaz.
La
concentration de gaz chaud dans lequel
est
immergé l'amas de Coma, témoigne de la
présence
de grandes quantités de matière sombre...
(Source
: Nasa
/ Imagine the Universe).
Flux
cosmiques
L'isotropie du fond du ciel permet de
repérer par rapport à lui les déplacements absolus de la Terre, et même
de notre Galaxie. Il est ainsi apparu, non seulement que la Galaxie, mais
aussi les galaxies, les amas proches et même au moins superamas, se dirigeaient
tous dans la direction de la constellation
de l'Hydre, Ã la vitesse de 627 km/s. La cause de
cette ruée collective est attribuée à l'existence, très loin de nous,
d'une énorme concentration de matière, baptisée le Grand Attracteur,
et vers laquelle nous tombons purement et simplement. Mal placé, derrière
les régions les plus opaques de la Voie lactée, cette grande structure
est difficilement observable, mais on y reconnaît un superamas de plus.
Ainsi, tous l'espace est-il sillonné par de grands mouvements d'ensembles
des amas et superamas de galaxies, selon des "lignes de force", qui traduisent
une organisation de la matière sombre à grande échelle assez comparable
à celle de la matière lumineuse.
-
|
Le flux de
Hubble
La géographie des
flux cosmiques se déduit de l'analyse des vitesses d'un très grand nombre
de galaxies. Seule la composante radiale de ces vitesses est mesurable,
par l'effet Doppler. La configuration en 3D du
flux est ensuite l'objet d'une reconstitution dans laquelle, il convient
d'introduire diverses corrections. L'une tient par exemple à ce qu'aux
mouvements d'ensemble qui définissent les flux s'ajoutent les vitesses
individuelles des galaxies, mais la principale correction correspond Ã
l'effet de l'expansion de l'univers. Plus une galaxie est éloignée, et
plus sa lumière est décalée vers le rouge, un redshift
cosmologique de nature différente de l'effet Doppler, mais qui du pur
point de vue observationnel ne s'en distingue pas.
La composante cosmologique
du décalage spectral des galaxies correspond à ce que les astronomes
appellent le flux de Hubble. Pour en évaluer la contribution, ils doivent
connaître la distance des galaxies qu'ils étudient. Les différents indicateurs
utilisés cessent d'être fiables au-delà de quelques centaines de millions
d'années-lumière. Une échelle qui marque donc la limite de l'étude
possibles des flux cosmiques, mais qui correspond encore, estime-t-on en
général, à la manifestation de flux. "L'immobilité", autre expression
du principe cosmologique, ne devrait donc possiblement se manifester qu'Ã
des échelles supérieures. |
Effets optiques
Mirages
gravitationnels
On sait, dans le
contexte de la relativité générale, que la présence d'une masse modifie
autour d'elle la courbure de l'espace. La lumière qui suit toujours le
plus court chemin possible va donc infléchir son cours en fonction de
cette courbure. C'est sur ce principe que reposent les mirages gravitationnels,
ou effets de lentilles gravitationnelles,
qui de la même façon que les lentilles ordinaires utilisées en optique
sont capables de déformer de diverses façons les images des objets dont
la lumière nous parvient, ou d'en amplifier l'intensité.
A l'échelle cosmique,
les mirages gravitationnels s'observent quand une grande concentration
de matière, associée à une galaxie ou à un amas de galaxies s'interpose
sur le chemin de la lumière émise par un objet (galaxie, quasar ou amas)
plus lointain. L'analyse de l'image ainsi transformée permet de déduire
la masse et la distribution spatiale de la structure qui engendre le mirage.
On peut ainsi déceler les grosses concentrations de matière sombre, même
si on ne voit pas ou peu les galaxies qui lui sont associées. Le cas du
mirage causé par l'amas Abell 2218 (dans la constellation du Dragon)
est le plus connu. Les images de galaxies en arrière plan forment des
arcs entourant les zones les plus denses de l'amas.
Abell
2218. Crédit : Andrew
Fruchter (STScI) et al., WFPC2,
HST,
NASA.
Cisaillement
cosmique
Le cisaillement
cosmique (cosmic shear) ou cisaillement gravitationnel est encore
un effet de mirage, mais qui concerne des effets de lentille plus faibles
(weak lensing), et qui doit être étudié à une échelle encore
plus grande, et abordé d'un point de vue statistique. L'idée sur laquelle
repose cette approche qui commence à connaître un certain succès, consiste
à supposer dans un premier temps qu'en l'absence de toute distorsion gravitationnelle,
les galaxies lointaines devraient s'orienter aléatoirement dans l'espace.
Mais l'observation de distorsions, justement, d'orientations privilégiées
çà et là (des écarts qui ne représentent qu'un pourcentage infime),
montre qu'il existe des concentrations de matière sombre en abondance
et dont la distribution peut être reconstituer.
|
Les grandes
structures et le contenu de l'univers
La connaissance de
la distribution de la matière tracée dans l'espace
et dans le temps par les grandes structures cosmiques
(amas et superamas) fournit l'un des plus sûrs moyens de préciser la
géométrie globale de l'univers. Parce qu'une fraction notable de la matière
renfermée dans ces structures est sous forme de gaz
diffus à plusieurs millions de degrés, qui peut être observé grâce
à sa puissante émission dans le domaine X du spectre.
C'est ainsi que deux études d'amas de galaxies
dans le domaine X publiées au printemps 2004, ont pu fournir d'une part
la meilleure évaluation actuelle de la densité
de matière dans l'univers, et d'autre part l'absence
de variation de la densité d'énergie sombre
sur une longue portion de l'histoire cosmique.
La première étude,
menée pendant une douzaine d'années à partir des enregistrement réalisés
par le satellite X Rosat, et de mesures de redshifts
obtenus avec les grands télescopes de l'ESO, a d'abord débouché sur
la publication un vaste catalogue de plus de 400 amas intitulé Reflex
(Rosat-Eso flux limited X-ray). Il a été possible de déduire
de ce catalogue une valeur densité de matière comprise entre 27%
à 43% de la densité critique. Des chiffres conformes à ce que suggéraient
déjà d'autres moyens d'investigation et qui représentent une amélioration
de la fiabilité de cette fourchette de valeurs.
L'autre étude, qui
concernait cette fois 26 amas de galaxies scrutés à l'aide de l'observatoire
spatial X Chandra, a permis de reconstituer l'évolution de la densité
d'énergie sombre. Cette énergie, principale contribution à la densité
de l'univers et responsable de l'accélération de l'expansion,
a été mesurée sur des distances comprises
entre un et huit milliards d'années-lumière.
Cela a permis de remonter dans le temps à une époque où l'univers était
encore en phase de décélération, et de suivre ensuite les effets de
l'énergie sombre après le début de accélération. Les résultats sont
cette fois compatibles avec une constance de cette mystérieuse énergie,
ce qui la rendrait assimilable à la constante cosmologique jadis introduite
par Einstein
dans les modèles cosmologiques. |
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