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Les grandes structures
de l'univers

Aperçu
Les grandes structures cosmiques sont les immenses agencements de la matière, à la fois lumineuse et sombre,  qui composent l'Univers à très grande échelle. Elles résultent de l'action de la gravitation sur des milliards d'années. Cette organisation apparaît à partir du moment où l'on s'éloigne suffisamment pour que les galaxies n'apparaissent plus comme des îlots isolés. Les distance concernées vont de quelques dizaines de mégaparsecs jusqu'au seuil où l'univers devient statistiquement homogène, vers 100 à 200 mégaparsecs. Les relevés profonds de galaxies, comme le Sloan Digital Sky Survey ou le 2dF Galaxy Redshift Survey, ont permis de cartographier des millions d'objets et de faire émerger un motif récurrent : un réseau tridimensionnel en forme d'éponge, ordinairement appelé la toile cosmique.
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L'amas de l'Hydre.

La toile cosmique.
La toile cosmique est constituée de plusieurs types d'éléments emboîtés. Les galaxies se regroupent d'abord en groupes de quelques dizaines de membres, puis en amas pouvant contenir jusqu'à plusieurs milliers de galaxies, baignant dans un gaz chaud qui émet abondamment en rayons X. Ces amas s'alignent le long de filaments, de gigantesques ponts de matière sombre et de gaz qui s'étirent sur des centaines de mégaparsecs. Là où plusieurs filaments se croisent, la densité est maximale : on trouve les superamas, assemblages complexes de nombreux amas et groupes qui peuvent atteindre des tailles de 50 à 150 mégaparsecs. La structure nommée Laniakea, dans laquelle se trouve notre propre Amas de la Vierge, illustre ce niveau d'organisation : un bassin gravitationnel défini non par ses frontières visibles, mais par les lignes de courant du mouvement des galaxies. Entre ces régions denses s'étendent les vides cosmiques, des zones immenses et remarquablement pauvres en galaxies, dont le diamètre typique varie de 20 à plus de 100 mégaparsecs. Le vide du Bouvier, l'un des plus connus, s'étend sur environ 100 mégaparsecs et contient une densité de matière jusqu'à dix fois inférieure à la moyenne cosmique. Les filaments et les amas se répartissent à la surface de ces vides comme s'ils en constituaient les parois, d'où l'image d'une mousse ou d'une éponge où les bulles seraient les vides et les cloisons les surdensités.

À une échelle encore plus grande se dessinent des structures d'une ampleur telle qu'elles flirtent avec les limites de ce que le principe cosmologique autorise. Le Grand Mur de Sloan, découvert en 2005, s'étire sur environ 430 mégaparsecs et constitue l'une des plus vastes concentrations de matière connues. D'autres murs, comme le Grand Mur CfA2 ou le Mur du Pôle Sud, montrent que la matière peut s'organiser en feuillets cohérents sur plusieurs centaines de mégaparsecs. Malgré leur gigantisme, ces structures restent compatibles avec un univers homogène et isotrope quand on lisse la distribution de matière sur des échelles supérieures au seuil d'homogénéité, situé autour de 100 mégaparsecs. Au-delà, les fluctuations de densité deviennent très faibles et l'univers peut être décrit comme un fluide uniforme en expansion.

Niveaux d'organisation de la toile cosmique

Etoiles regroupées en systèmes planétaires.
Galaxies rassemblent des milliards d'étoiles, de gaz et de poussières.
Amas de galaxies constitués de dizaines à de milliers de galaxies liées gravitationnellement.
Superamas de galaxies regroupent plusieurs amas sur des centaines de millions d'années-lumière.
Filaments cosmiques vastes structures allongées contenant des galaxies et des amas reliés entre eux.
vides cosmiques immenses régions presque dépourvues de matière.
Les plus grands ensembles connus s'étendentsur plusieurs milliards d'années-lumière.

L'origine des grandes structures.
L'origine de cette hiérarchie est à chercher dans les tout premiers instants du cosmos. L'inflation cosmique a engendré des fluctuations quantiques étirées jusqu'à des échelles macroscopiques, qui se sont imprimées sous forme de minuscules variations de densité dans le plasma primordial. Le  fond diffus cosmologique, photographié par les satellites COBE, WMAP puis Planck, montre ces rides de température avec une précision remarquable : des écarts de l'ordre de un cent-millième de degré qui trahissent les surdensités et sous-densités embryonnaires. Après le découplage de la matière et du rayonnement, il y a environ 380 000 ans, la matière sombre, insensible à la pression de radiation, a commencé à s'effondrer gravitationnellement. Comme elle domine la masse de l'univers, elle a formé la trame invisible de la toile cosmique, creusant des puits de potentiel dans lesquels la matière baryonique s'est ensuite précipitée après la recombinaison. Les baryons, en tombant dans ces puits, se sont échauffés, ont formé des étoiles et des galaxies, épousant la structure préalablement dessinée par la matière sombre. Ce scénario hiérarchique fait que les petites structures se forment en premier et fusionnent pour donner naissance à des objets de plus en plus massifs.

Les simulations numériques à N-corps, comme la simulation Millennium ou le projet Illustris, ont reproduit avec une fidélité remarquable l'architecture observée. Elles confirment que la matière sombre froide (CDM, Cold dark matter) s'organise en un réseau complexe de filaments et de halos, au sein duquel le gaz s'accumule et forme des galaxies dont la distribution et les propriétés correspondent aux relevés astronomiques. Dans ces simulations, les filaments de matière sombre relient les amas comme des autoroutes cosmiques le long desquelles les galaxies et le gaz continuent de s'écouler, alimentant la croissance des structures. Le gaz diffus qui n'a pas encore formé d'étoiles est partiellement détecté à travers la forêt Lyman-alpha, une série de raies d'absorption dans le spectre des quasars lointains, qui sonde les nuages d'hydrogène neutre situés le long de la ligne de visée. Cette technique a permis de cartographier la distribution du gaz intergalactique et de confirmer la présence des filaments de faible densité que les galaxies ne suffisent pas à révéler.
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La toile cosmique reconstituée par une simulation numérique.
(Source : Max-Planck-Institut für Astrophysik).

L'expansion accélérée de l'univers, provoquée par l'énergie sombre, joue un rôle décisif dans le destin de cette grande structure. À mesure que l'espace s'étire, la croissance des surdensités ralentit : les amas déjà formés continuent d'attirer la matière dans leur voisinage immédiat, mais les régions éloignées voient leur expansion les séparer de plus en plus vite. Ainsi, l'échelle à laquelle la structuration peut s'amplifier se fige progressivement, et la toile cosmique que nous observons aujourd'hui est en grande partie l'héritage d'une époque où l'expansion était encore dominée par la matière. Les relevés en cours et à venir, comme ceux du télescope spatial Euclid ou du spectrographe DESI, visent à cartographier la position de dizaines de millions de galaxies et de quasars sur des volumes toujours plus grands, afin de mesurer l'empreinte des oscillations acoustiques baryoniques, ces ondes sonores primordiales dont la trace visible subsiste sous la forme d'un excès statistique de galaxies séparées d'environ 150 mégaparsecs. Cette règle standard permet de sonder l'histoire de l'expansion et de contraindre la nature de l'énergie sombre, tout en offrant une vision toujours plus précise de la structuration à grande échelle et de son évolution.
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Amas de galaxies dans le Centaure.

Un univers bien rangé


Mise en ordre
Les superamas.
Les superamas de galaxies ne constituent pas des objets gravitationnellement liés de manière aussi compacte que les amas de galaxies; ce sont plutôt des ensembles de groupes et d'amas de galaxies organisés le long de filaments de matière, séparés par d'immenses vides cosmiques. Ils forment une partie essentielle de la toile cosmique.

Ce qui rend difficile l'identification de la morphologie exacte de la toile cosmique, c'est en partie la densité variable des plus grandes structures. Là où se rencontrent plusieurs filaments (ou plusieurs feuillets, etc.), la concentration des galaxies est plus élevée, et fait apparaître des structures plus aisément identifiables, et qui semblent comme alignées en chaînes. Ce sont elles qui prennent le nom de superamas. Les superamas renferment couramment de plusieurs milliers de galaxies. 

L'étude des superamas est aujourd'hui indissociable de celle de la matière sombre et de l'énergie sombre. Les simulations numériques montrent que les superamas se sont formés progressivement à partir de faibles fluctuations de densité présentes peu après le début de l'expansion cosmique. Sous l'effet de la gravitation, la matière s'est concentrée en filaments et en noeuds où sont apparus les amas de galaxies. Les observations modernes révèlent que les superamas sont les éléments d'un immense réseau cosmique dont certaines structures atteignent plusieurs milliards d'années-lumière. Ils représentent ainsi l'une des manifestations les plus spectaculaires de l'organisation de la matière dans l'Univers observable.

Quelques-uns des principaux superamas

• Le superamas de Laniakea est aujourd'hui l'un des plus célèbres superamas car il contient notre propre environnement cosmique. Identifié en 2014 grâce à l'étude des mouvements particuliers de milliers de galaxies, il s'étend sur environ 520 millions d'années-lumière et regroupe près de 100 000 galaxies. Son nom, d'origine hawaïenne, signifie "horizon céleste immense". Notre Galaxie appartient au Groupe local, lui-même intégré au superamas local de la Vierge, lequel constitue une partie de Laniakea. Les galaxies de cette région convergent globalement vers une zone d'attraction gravitationnelle appelée le Grand Attracteur (ou superamas Hydra-Centaurus), située à plusieurs centaines de millions d'années-lumière.

• Le superamas de Shapley représente l'une des concentrations de matière les plus massives de l'univers proche. Situé à environ 650 millions d'années-lumière de la Terre dans la direction de la constellation du Centaure, il contient plusieurs dizaines d'amas riches en galaxies. Sa masse totale est estimée à plusieurs millions de milliards de masses solaires. Son influence gravitationnelle est suffisamment importante pour contribuer aux mouvements à grande échelle observés dans notre région cosmique. Certains chercheurs considèrent cette concentration comme l'un des principaux pôles de matière de l'univers local.

• Le superamas de la Vierge a longtemps été considéré comme notre superamas principal avant la définition plus large de Laniakea. Il s'étend sur environ 110 millions d'années-lumière et comprend plusieurs groupes de galaxies, dont le Groupe local. Son centre est dominé par l'amas de galaxies de la Vierge, vaste concentration contenant plusieurs milliers de galaxies. Cet ensemble joue un rôle fondamental dans l'étude de la structure cosmique proche, car il a servi de référence historique pour la cartographie de l'univers extragalactique.

• Le superamas de Persée-Poissons constitue l'un des filaments les plus impressionnants de la toile cosmique. Il s'étire sur plus d'un milliard d'années-lumière et apparaît comme une longue chaîne d'amas et de groupes de galaxies reliés entre eux. Cette structure fournit un exemple remarquable de la manière dont la matière s'organise à très grande échelle. Son étude a permis de mieux comprendre les mécanismes de croissance des structures sous l'effet de la gravitation.

• Le complexe de Hercule est un ensemble très riche de groupes et d'amas situé dans la région des constellations d'Hercule et de la Couronne boréale. Il renferme plusieurs concentrations majeures de galaxies et constitue un laboratoire important pour l'étude des interactions entre amas. Les observations montrent que sa structure est particulièrement complexe, avec de nombreux filaments interconnectés.

• Le superamas de Coma est centré sur le célèbre amas de Coma, l'un des amas de galaxies les plus étudiés en astrophysique. Situé à environ 320 millions d'années-lumière, il contient des milliers de galaxies et une quantité considérable de matière sombre. Les observations de cet amas ont joué un rôle historique dans la mise en évidence de l'existence de la matière sombre dès les travaux de l'astronome Fritz Zwicky dans les années 1930.

• Le Grand mur de Sloan (Sloan Great Wall) est une gigantesque association de filaments et de superamas découverte grâce au relevé astronomique du Sloan Digital Sky Survey. Cette structure s'étend sur près de 1,4 milliard d'années-lumière, ce qui en fait l'une des plus vastes concentrations de galaxies connues. Sa découverte a profondément influencé les réflexions sur les limites de l'homogénéité cosmique à très grande échelle.

• Le Grand mur de BOSS (BOSS Great Wall), identifié en 2016, dépasse encore le Sloan Great Wall en taille apparente. Cette structure regroupe plusieurs superamas interconnectés sur une distance proche d'un milliard d'années-lumière. Sa masse totale est estimée à environ dix mille billions de masses solaires. Ces dimensions extrêmes constituent un défi intéressant pour les modèles statistiques décrivant la distribution de la matière dans l'univers.

• Le Huge-LQG n'est pas un superamas classique mais un regroupement gigantesque de quasars s'étendant sur plusieurs milliards d'années-lumière. Bien que sa nature exacte fasse encore débat, cette entité illustre l'existence de structures de très grande ampleur dans l'univers lointain. Certains cosmologistes discutent encore de sa compatibilité avec le principe cosmologique, selon lequel l'Univers doit apparaître globalement homogène lorsqu'on l'observe à suffisamment grande échelle.

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Les amas.
Dans les superamas, les galaxies peuvent encore se regrouper en dizaines, voire en centaines de troupeaux plus petits : nuages et amas de galaxies, dont l'effectif peut aller de quelques dizaines à quelques centaines de galaxies, groupées à l'intérieur de quelques dizaines de millions d'années-lumière.

Les amas de galaxies sont très divers. Les plus riches tendent à avoir une concentration plus grande en leur centre, où trônent des galaxies elliptiques géantes (les spirales se trouvant en périphérie, selon un principe dit de ségrégation morphologique), et peuvent rivaliser avec les superamas, en révélant éventuellement des sous structures; les plus pauvres sont généralement plus homogènes. Mais le Groupe Local, auquel appartient la Voie Lactée, qui ne contient que quelques dizaines de galaxies, possède déjà deux pôles de concentration, qui sont aussi deux spirales, l'un autour de notre Galaxie, l'autre autour de M 31, la galaxie d'Andromède. Certains amas, très compacts, répertoriés par Hickson en 1982, ne comptent qu'une poignée de galaxies qui interagissent fortement les unes sur les autres : Quintet de Stéphan (Pégase), HCG 87 (Capricorne), Sextet de Seyfert, NGC 6027. Les amas de galaxies pourront ainsi être classés selon leur morphologie, leur richesse, leur concentrations, la distribution de leurs membres les plus brillants, etc.

Quelques-uns des amas de galaxies les mieux connus

• L'amas de la Vierge, situé à environ 55 millions d'années-lumière dans la direction de la constellation de la Vierge, est l'amas massif le plus proche du Groupe local auquel appartient la Voie lactée. Il contient plus de 1300 galaxies répertoriées, et probablement davantage. Parmi ses membres les plus célèbres figurent M87, une gigantesque galaxie elliptique abritant un trou noir supermassif dont l'image a été obtenue par l'Event Horizon Telescope, ainsi que M49 et M86. La proximité de l'amas de la Vierge en fait un objet privilégié pour l'étude de la dynamique des galaxies et des interactions gravitationnelles.

• L'amas de Coma, localisé à environ 320 millions d'années-lumière dans la constellation de la Chevelure de Bérénice, est l'un des amas les plus étudiés de l'histoire de l'astronomie. Il renferme plus d'un millier de galaxies, principalement elliptiques et lenticulaires. Dans les années 1930, Fritz Zwicky y observa des vitesses orbitales trop élevées pour être expliquées par la seule matière visible, ce qui le conduisit à proposer l'existence de la matière sombre. L'amas de Coma constitue encore aujourd'hui une référence pour les études sur la distribution de la masse dans l'Univers.

• L'amas de Persée, situé à environ 240 millions d'années-lumière, est dominé par la galaxie géante NGC 1275. Il est particulièrement remarquable par son intense émission en rayons X produite par le gaz intra-amas porté à plusieurs dizaines de millions de degrés. Des observations réalisées par les observatoires spatiaux Chandra et XMM-Newton ont révélé la présence de cavités dans ce gaz, créées par l'activité du trou noir central. Ces phénomènes permettent de mieux comprendre les mécanismes de rétroaction entre les noyaux actifs de galaxies et leur environnement.

• L'amas de la Balle (Bullet Cluster), situé à environ 3,7 milliards d'années-lumière, représente l'une des preuves observationnelles les plus convaincantes de l'existence de la matière sombre. Il résulte de la collision de deux amas de galaxies. Les observations montrent que le gaz chaud, visible en rayons X, a été ralenti par l'impact, tandis que la majeure partie de la masse détectée par lentille gravitationnelle se trouve ailleurs. Cette séparation entre matière ordinaire et masse dominante est difficilement explicable sans recourir à la matière sombre.

• L'amas d'Hercule, à environ 500 millions d'années-lumière, présente une

structure plus irrégulière et moins détendue gravitationnellement que les amas plus évolués. Il contient de nombreuses galaxies spirales en interaction et constitue un exemple de système encore en cours de formation. Les astronomes y étudient les effets de l'environnement sur l'évolution morphologique des galaxies.

• Abell 1689, distant d'environ 2,3 milliards d'années-lumière, est célèbre pour son extraordinaire pouvoir de lentille gravitationnelle. Sa masse considérable déforme l'espace-temps et produit de nombreux arcs lumineux correspondant à des galaxies encore plus lointaines. Ces observations permettent de cartographier la distribution de la matière sombre avec une grande précision et de détecter des objets situés dans l'univers primordial.

• L'amas de Fornax, situé à environ 62 millions d'années-lumière, est plus compact et moins massif que celui de la Vierge. Il est dominé par la galaxie elliptique géante NGC 1399. Grâce à sa relative proximité, il constitue un excellent terrain d'étude pour les amas de taille intermédiaire et pour les populations d'amas globulaires entourant les galaxies massives.

• L'amas de Pandora (Abell 2744), à environ 4 milliards d'années-lumière, résulte de plusieurs collisions d'amas successives. Sa structure extrêmement complexe lui a valu son surnom en référence à la boîte de Pandore. Les images obtenues par le télescope spatial Hubble et par le programme Frontier Fields ont permis de révéler des galaxies parmi les plus lointaines connues grâce à l'amplification gravitationnelle produite par l'amas.

• L'amas de Phoenix, découvert relativement récemment, est l'un des plus massifs connus. Situé à environ 5,7 milliards d'années-lumière, il possède une galaxie centrale exceptionnellement active où se produit une formation stellaire très intense, phénomène inhabituel pour un amas mature. Son étude aide à comprendre les relations entre refroidissement du gaz, activité des trous noirs supermassifs et naissance des étoiles.

• El Gordo, situé à plus de 7 milliards d'années-lumière, est l'un des amas les plus massifs observés à grande distance. Son nom, qui signifie "le Gros" en espagnol, reflète sa masse exceptionnelle. Il est lui aussi le résultat d'une collision majeure entre deux sous-amas. Sa découverte a fourni des contraintes importantes sur les modèles cosmologiques décrivant la formation des structures dans l'univers jeune.

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Le Quintet de Stéphan, dans la constellation de Pégase.
 
La classification proposée par George Abell (vers 1955) est fondée sur la richesse des amas, elle-même déterminée par le comptage de galaxies dans un rayon donné :
Classe
nombre de galaxies
Classe
Nombre de galaxies
0
30 - 49
3
130 -199
1
50 - 79
4
200 - 299
2
80 -129
5
> 300
La classification de Rood et Sastry (1971) prend en compte la distribution des membres les plus brillantes de l'amas, et conduit aux catégories suivantes :
cD - Amas dominé par une galaxie géante cD, située en son centre. Ex. : A2029, A2199. B - Amas dans lequel deux galaxies dominent (binary), et sont le centre de deux nuages de galaxies de plus petite dimension. Ex : Coma. L - Amas très allongé (linéaire). Ex.: Perseus. F - Amas en forme de crêpe (flattened). Ex. : IRAS 09104+4109.
C - Simple concentration de galaxies. I - Amas de distribution irrégulière. Ex. : Hercules
La classification de Bautz et Morgan (1970), ne reconnaît pour sa part que trois types d'amas, classés de I à III :
I - Amas dominé par une galaxie géante cD. II - Amas dans lequel on peut rencontrer une galaxie cD, mais aussi d'autres galaxies elliptiques géantes. III - Amas dans lequel il n'y a pas de galaxie dominante.
Tableau réalisé d'après les indications recueillies sur le Site de Wiliam Keel.
La distance typique entre deux galaxies dans un amas est de 5 millions d'années-lumière. Cela correspond grosso modo à 200 fois le diamètre moyen d'une galaxie. Un chiffre à comparer à celui qui mesure la proximité de deux étoiles à l'intérieur d'une galaxie : dans ce cas, la distance vaut des dizaines de millions de fois leur diamètre. Même dans les plus dilués des amas, les galaxies sont encore beaucoup plus rapprochées entre elles que ne le sont, proportionnellement, les étoiles à l'intérieur d'une galaxie. Il s'ensuit que, contrairement à ce qui se passe avec les étoiles qui n'ont pratiquement aucune chance de se rencontrer, les galaxies peuvent très bien entrer en collision les unes avec les autres. Et si ce n'est pas le cas, les rapprochements sont tels que les effets gravitationnels (effets de marées) induits par leur proximité aura une influence non négligeable sur leur morphologie et leur évolution.
L'univers local

La Voie lactée, appartient ainsi à un modeste amas d'une trentaine de membres, le Groupe Local. Plusieurs autres amas de galaxies analogues se rencontrent au voisinage de ce Groupe local. Les plus proches et les plus accessibles sont dans les constellations de la Vierge (Amas Virgo), de la Chevelure de Bérénice (amas Coma), de la Grande Ourse (Groupe de M 81) et du Sculpteur (Groupe du Sculpteur), situés à plusieurs centaines de millions d'années-lumière de nous. 

Ces amas forment un premier ensemble d'amas, appelé le nuage des Chiens de Chasse. Lui-même, réuni à d'autres condensations d'amas similaires, appartient au Superamas de la Vierge ou Superamas local, dont il occupe une position périphérique. 
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Superamas de l'univers local.
Superamas de l'univers local. 
Représentation dans un cube de 650 millions d'années-lumière de côté.

Ci-dessous : Gros plan sur le Vide local (Local void). Notre Voie lactée (Milky way) se situe en bordure de cette région pratiquement dépourvue de galaxies et aussi en périphérie d'une région beaucoup plus dense, l'amas de la Vierge (Virgo), lui-même à l'extrémité d'un superamas de galaxies bien plus vaste, le Grand attracteur (Great attractor). Face à ce dernier, un autre superamas de galaxies, Perseus-Pisces, borde le Vide local. Plus loin sont les superamas Coma et Hercules. Cette représentation tri-dimensionnelle de l'univers local (sur des distances de l'ordre de 600 millions d'années-lumière) a été publiée en 2019. Crédit: R. Brent Tully (U. Hawaii) et al.
Le Vide local et les superamas de galaxies voins de la Voie lactée.

Le Superamas local, pris en sandwich entre deux supervides, est relativement plat et a une forme allongée (quelque chose de mixte entre le feuillet et fragment de filament, en somme...). Il apparaît comme l'un des noeuds d'une chaîne de superamas, qui, tous mis ensemble (et en n'oubliant pas d'y ajouter la trentaine de grands vides (supervides) de plus de cent millions d'années lumière de diamètre qui bordent ces concentrations), forment ce qu'il est convenu d'appeler l'univers local.

L'étude des vitesses des galaxies dans cet univers local a permis d'identifier une vaste flux, qui  a servi, en 2014, a définir une vaste structure, dont le superamas de la Vierge fait partie, et auquel ses découvreurs (R. Brent Tully, Hélène Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède) ont donné le  nom de Laniakea (« le ciel immense », en hawaien). Cet ensemble regroupe 100,000 galaxies réparties dans un espace de 520 millions d'années-lumière de diamètre.
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Le superamas Laniakea.
Les contours de Laniakea, défini à partir des flux de galaxies dans l'univers local. 
Ci-dessous les "familles cinématiques" dans le superamas Laniakea. Plusieurs supermas classiques sont notés (Hercules, Shapley, Ophiuchus, Norma, Centaurus, Hydra,
Perseus-Pisces, Virgo). Le superamas local est représenté en vert, le Grand Attracteur en orange, 
le filament Pavo-Indus (Paon-Indien) en pourpre et les structures incluant le mur Antlia (Machine pneumatique) et le nuage Fornax-Eridanus (Fourneau-Eridan) en magenta.
(Source : Nature, 4 septembre 2014).

Le superamas Laniakea.


Rouages
La face obscure de l'univers

Pendant longtemps, les astronomes ont buté sur la manière dont avait pu se faire cette évolution. Quel mécanisme invoquer pour parvenir à quelque chose qui ressemble à l'univers actuel? La réponse à cette première question est assez simple : la seule force connue capable de s'exercer à l'échelle de l'univers la gravitation. D'où le cadre dans lequel se sont élaborées les théories : celui de l'instabilité gravitationnelle. Les petites inhomogénéité présentes dans le fond diffus sont devenues peu à peu des centres d'accumulation pour la matière, et ont grandi au point de fabriquer les concentrations actuelles. Reste que si l'on ne considère que les galaxies que l'on peut observer, cela ne marche pas. L'univers n'est pas assez vieux pour que les structures que l'on observe aujourd'hui aient eu le temps de s'être formées. Il faut plus de gravitation, et donc il faut ajouter de la matière, beaucoup de matière.

Ainsi, l'univers n'est pas seulement constitué de matière lumineuse et visible (étoiles, planètes, gaz, poussières...). Il contient aussi de très grandes quantités de matière sombre. Dans notre seule galaxie, la quantité de matière sombre est déjà dix fois supérieure à celle rassemblée par les étoiles et les grands nuages de gaz et de poussière qui sillonnent l'espace interstellaire. Et c'est à peu près la même chose ailleurs, même si c'est à quelques nuances près selon les échelles considérées...

Comme, par définition, on ne peut pas voir la matière sombre, son existence est toujours déduite de ses effets gravitationnels. La matière sombre révèle sa présence de nombreuses manières. A l'échelle des galaxies, par exemple, elle explique la forme de la courbe de rotation des galaxies spirales. A l'échelle des amas, ses effets sont encore plus marquants. Certains, purement dynamique comme dans le cas des galaxies spirales, peuvent relever dans une large mesure d'une approche classique (théorie de la gravitation newtonienne), d'autres font intervenir des déformations de l'espace-temps, qui se manifestent par divers effets optiques, et qui s'abordent dans le cadre exclusif de la relativité générale.

Effets dynamiques.
Distribution des vitesses des galaxies dans les amas.
Fritz Zwicky avait constaté dès 1922, que les galaxies de Coma avaient des vitesses de déplacement trop élevées si l'on cherche à les expliquer par l'effet gravitationnel imputable à la masse des galaxies observées. Cela peut s'expliquer si l'on fait l'hypothèse que la dynamique de l'amas n'est pas encore stabilisée. Et c'est en partie pour cette raison qu'il a fallu attendre plusieurs décennies, et des progrès notables de la physique des particules, pour que l'hypothèse de matière sombre soit favorisée. La masse de matière sombre que l'on peut déduire de la dispersion des vitesses des galaxies dans les amas est concordante avec les autres méthodes de détermination.

Effets sur la concentration de gaz très chaud dans les amas.
Les satellites munis d'instrument d'observation dans le domaine X (Einstein, Rosat, XMM Newton, Chandra, notamment.) ont mis en évidence la présence de grandes masses de gaz très chaud dans lequel sont immergés les amas de galaxies. La très haute température de ce gaz aurait conduit à une rapide dispersion si une très grande quantité de matière sombre n'était pas également présente pour assurer le confinement de ce gaz.


La concentration de gaz chaud dans lequel
est immergé l'amas de Coma, témoigne de la
présence de grandes quantités de matière sombre...
(Source : Nasa / Imagine the Universe).
Flux cosmiques
L'isotropie du fond du ciel permet de repérer par rapport à lui les déplacements absolus de la Terre, et même de notre Galaxie. Il est ainsi apparu, non seulement que la Galaxie, mais aussi les galaxies, les amas proches et même au moins superamas, se dirigeaient tous dans la direction de la constellation de l'Hydre, à la vitesse de 627 km/s. La cause de cette ruée collective est attribuée à l'existence, très loin de nous, d'une énorme concentration de matière, baptisée le Grand Attracteur, et vers laquelle nous tombons purement et simplement. Mal placé, derrière les régions les plus opaques de la Voie lactée, cette grande structure est difficilement observable, mais on y reconnaît un superamas de plus. Ainsi, tous l'espace est-il sillonné par de grands mouvements d'ensembles des amas et superamas de galaxies, selon des "lignes de force", qui traduisent une organisation de la matière sombre à grande échelle assez comparable à celle de la matière lumineuse.
 
 
Le flux de Hubble

La géographie des flux cosmiques se déduit de l'analyse des vitesses d'un très grand nombre de galaxies. Seule la composante radiale de ces vitesses est mesurable, par l'effet Doppler. La configuration en 3D du flux est ensuite l'objet d'une reconstitution dans laquelle, il convient d'introduire diverses corrections. L'une tient par exemple à ce qu'aux mouvements d'ensemble qui définissent les flux s'ajoutent les vitesses individuelles des galaxies, mais la principale correction correspond à l'effet de l'expansion de l'univers. Plus une galaxie est éloignée, et plus sa lumière est décalée vers le rouge, un redshift cosmologique de nature différente de l'effet Doppler, mais qui du pur point de vue observationnel ne s'en distingue pas.

La composante cosmologique du décalage spectral des galaxies correspond à ce que les astronomes appellent le flux de Hubble. Pour en évaluer la contribution, ils doivent connaître la distance des galaxies qu'ils étudient. Les différents indicateurs utilisés cessent d'être fiables au-delà de quelques centaines de millions d'années-lumière. Une échelle qui marque donc la limite de l'étude possibles des flux cosmiques, mais qui correspond encore, estime-t-on en général, à la manifestation de flux. "L'immobilité", autre expression du principe cosmologique, ne devrait donc possiblement se manifester qu'à des échelles supérieures.

Effets optiques.
Mirages gravitationnels.
On sait, dans le contexte de la relativité générale, que la présence d'une masse modifie autour d'elle la courbure de l'espace. La lumière qui suit toujours le plus court chemin possible va donc infléchir son cours en fonction de cette courbure. C'est sur ce principe que reposent les mirages gravitationnels, ou effets de lentilles gravitationnelles, qui de la même façon que les lentilles ordinaires utilisées en optique sont capables de déformer de diverses façons les images des objets dont la lumière nous parvient, ou d'en amplifier l'intensité.

A l'échelle cosmique, les mirages gravitationnels s'observent quand une grande concentration de matière, associée à une galaxie ou à un amas de galaxies s'interpose sur le chemin de la lumière émise par un objet (galaxie, quasar ou amas) plus lointain. L'analyse de l'image ainsi transformée permet de déduire la masse et la distribution spatiale de la structure qui engendre le mirage. On peut ainsi déceler les grosses concentrations de matière sombre, même si on ne voit pas ou peu les galaxies qui lui sont associées. Le cas du mirage causé par l'amas Abell 2218 (dans la constellation du Dragon) est le plus connu. Les images de galaxies en arrière plan forment des arcs entourant les zones les plus denses de l'amas.


Abell 2218. Crédit : Andrew Fruchter (STScI) et al., WFPC2, HST, NASA.

Cisaillement cosmique.
Le cisaillement cosmique (cosmic shear) ou cisaillement gravitationnel est encore un effet de mirage, mais qui concerne des effets de lentille plus faibles (weak lensing), et qui doit être étudié à une échelle encore plus grande, et abordé d'un point de vue statistique. L'idée sur laquelle repose cette approche qui commence à connaître un certain succès, consiste à supposer dans un premier temps qu'en l'absence de toute distorsion gravitationnelle, les galaxies lointaines devraient s'orienter aléatoirement dans l'espace. Mais l'observation de distorsions, justement, d'orientations privilégiées çà et là (des écarts qui ne représentent qu'un pourcentage infime), montre qu'il existe des concentrations de matière sombre en abondance et dont la distribution peut être reconstituer.
 
Les grandes structures et le contenu de l'univers

La connaissance de la distribution de la matière tracée dans l'espace et dans le temps par les grandes structures cosmiques (amas et superamas) fournit l'un des plus sûrs moyens de préciser la géométrie globale de l'univers. Parce qu'une fraction notable de la matière renfermée dans ces structures est sous forme de gaz diffus à plusieurs millions de degrés, qui peut être observé grâce à sa puissante émission dans le domaine X du spectre. C'est ainsi que deux études d'amas de galaxies dans le domaine X publiées au printemps 2004, ont pu fournir d'une part la meilleure évaluation actuelle de la densité de matière dans l'univers, et d'autre part l'absence de variation de la densité d'énergie sombre sur une longue portion de l'histoire cosmique.

La première étude, menée pendant une douzaine d'années à partir des enregistrement réalisés par le satellite X Rosat, et de mesures de redshifts obtenus avec les grands télescopes de l'ESO, a d'abord débouché sur la publication un vaste catalogue de plus de 400 amas intitulé Reflex (Rosat-Eso flux limited X-ray). Il a été possible de déduire de ce catalogue une valeur densité  de matière comprise entre 27% à 43% de la densité critique. Des chiffres conformes à ce que suggéraient déjà d'autres moyens d'investigation et qui représentent une amélioration de la fiabilité de cette fourchette de valeurs.

L'autre étude, qui concernait cette fois 26 amas de galaxies scrutés à l'aide de l'observatoire spatial X Chandra, a permis de reconstituer l'évolution de la densité d'énergie sombre. Cette énergie, principale contribution à la densité de l'univers et responsable de l'accélération de l'expansion, a été mesurée sur des distances comprises  entre un et huit milliards d'années-lumière. Cela a permis de remonter dans le temps à une époque où l'univers était encore en phase de décélération, et de suivre ensuite les effets de l'énergie sombre après le début de accélération. Les résultats sont cette fois compatibles avec une constance de cette mystérieuse énergie, ce qui la rendrait assimilable à la constante cosmologique jadis introduite par Einstein dans les modèles cosmologiques. 

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