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La mer d'Andaman,
qui prolonge à l'Est le golfe du Bengale,
constitue une vaste mer marginale de l'océan
Indien oriental, située entre la péninsule
Indochinoise, la péninsule Malaise, les îles Andaman
et Nicobar et la partie occidentale de l'archipel
indonésien. Elle s'étend approximativement entre 6° et 20° de latitude
nord et 92° et 100° de longitude est. Sa superficie est d'environ 800
000 km² selon les limites retenues. Elle est bordée à l'ouest par les
îles Andaman et Nicobar, qui la séparent en partie du golfe du Bengale,
au nord par la Birmanie (Myanmar), Ã l'est
par la Birmanie et la Thaïlande, et au sud
par la mer d'Andaman méridionale, les îles de l'archipel de Mergui et
les espaces maritimes qui conduisent vers le détroit
de Malacca et l'Indonésie. Elle joue ainsi le rôle d'un espace maritime
de transition entre le monde sud-asiatique, l'Asie du Sud-Est continentale
et l'Asie du Sud-Est insulaire.
-Géographie de la mer d'AndamanGéographie physique.La délimitation géographique classique de la mer d'Andaman s'établit au nord par le delta de l'Irrawaddy en Birmanie, à l'est par les côtes de la Birmanie, de la Thaïlande péninsulaire et de la Malaisie, au sud par une ligne reliant la pointe nord de Sumatra (Indonésie) aux îles Nicobar, et à l'ouest par le chapelet des îles Andaman et Nicobar, qui la séparent du golfe du Bengale. La communication avec ce dernier s'effectue par des passes profondes, les chenaux de Préparis (au nord, large d'environ 200 kilomètres, profondeur maximale de 300 mètres), des Dix Degrés (au centre, profondeur de 800 mètres) et du Grand Passage (au sud, profondeur de 1800 mètres), ce dernier constituant le seuil le plus important pour les échanges d'eaux profondes. Au sud-est, le détroit de Malacca, long de 800 kilomètres et peu profond (seuil à seulement 33 mètres), constitue le lien avec la mer de Chine méridionale, caractérisé par un goulet d'étranglement hydrologique majeur. La morphologie sous-marine révèle une structure fortement contrastée, résultat d'une tectonique active de subduction oblique le long de la frontière entre la plaque indo-australienne et la plaque eurasienne (plaque de la Sonde). L'élément dominant est la fosse de subduction, dite fosse d'Andaman ou fosse de la Sonde, qui court parallèlement à l'arc insulaire occidental, à environ 150 à 200 kilomètres à l'ouest de la crête des îles. Cette fosse présente une profondeur maximale d'environ 4400 mètres dans sa partie nord et s'approfondit considérablement vers le sud pour atteindre 5270 mètres près des îles Nicobar. Le plancher océanique de la mer d'Andaman proprement dite est en grande partie constitué par un bassin profond, le bassin central des Andaman, qui se trouve à l'est de l'arc insulaire volcanique et à l'ouest du plateau continental de la Sonde. Sa profondeur moyenne dans la partie centrale est considérable, généralement comprise entre 2500 et 3500 mètres, avec un point le plus profond atteignant 4198 mètres. Ce bassin est interprété comme un bassin d'arrière-arc en expansion, initié il y a environ 4 millions d'années. Il est parcouru par une dorsale d'expansion sous-marine orientée sud-sud-ouest/nord-nord-est, active dans sa partie centrale. Cette dorsale, située au centre du bassin, est segmentée et jalonnée de phénomènes hydrothermaux et de volcans sous-marins, dont un volcan de boue actif émergeant par 650 mètres de fond. La marge orientale, qui borde la péninsule Malaise, contraste radicalement avec les profondeurs du bassin. Le plateau continental de la Sonde est ici extrêmement développé, s'étendant sur des centaines de kilomètres de large, formant un glacis à très faible pente. Ce plateau est une surface de transgression marine sur un vaste socle continental, en grande partie inférieur à 50 mètres de profondeur, et qui émergeait entièrement lors du dernier maximum glaciaire, reliant la péninsule Malaise à Sumatra. Dans le golfe de Martaban, au nord, la morphologie sous-marine est directement contrôlée par l'énorme apport sédimentaire du fleuve Salouen, qui crée une vaste plate-forme deltaïque sous-marine. Une chaîne de monts sous-marins orientée nord-sud, les monts sous marins d'Alcock et ceux de Sewell, s'élève à l'est de la dorsale active, correspondant à un arc volcanique fossile antérieur à l'expansion. L'arc insulaire actuel des Andaman et Nicobar lui-même est la partie émergée d'une ride sous-marine longue de 1 100 kilomètres, large de 50 à 100 kilomètres, au relief très accidenté, avec des pentes abruptes plongeant directement dans la fosse du côté ouest et tombant vers le bassin profond à l'est. L'île de Barren, à l'est de l'arc principal, est un stratovolcan actif émergeant, dont la base s'enracine par plus de 2 000 mètres de fond. La morphologie est ainsi structurée en bandes parallèles de l'ouest vers l'est : la fosse externe, la ride de l'arc insulaire non-volcanique (prisme d'accrétion), le bassin d'avant-arc (étroit et profond de 1000 à 2000 mètres sur la marge orientale des îles), l'arc volcanique interne, puis le vaste bassin d'arrière-arc, et enfin la marge continentale passive à sédimentation terrigène intense. La dynamique sédimentaire est dominée par des apports terrigènes colossaux en provenance des grands fleuves. Le système Irrawaddy-Salouen déverse annuellement plus de 350 à 600 millions de tonnes de sédiments en suspension, ce qui en fait l'un des plus gros contributeurs mondiaux. Cette charge solide, alimentée par l'érosion de la chaîne himalayenne, se disperse principalement vers le sud via le plateau du golfe de Martaban et génère une vaste plume turbide visible par satellite. Une fraction très fine se dépose directement dans le bassin profond, créant des séquences épaisses de turbidites. Le transport sédimentaire le long de la côte orientale est également influencé par un courant de dérive littorale orienté nord-sud. Sur la marge occidentale, la fosse reçoit des sédiments par des courants de turbidité qui empruntent les nombreux canyons sous-marins entaillant le talus abrupt, notamment le Grand Passage. La sédimentation dans le bassin d'arrière-arc central est mixte : pélagique (boues calcaires et siliceuses à globigérines et diatomées) et hémipélagique, avec une forte dilution par les apports terrigènes distaux, auxquels s'ajoutent localement des contributions d'origine volcanique et hydrothermale. Le climat de la mer d'Andaman est de type tropical soumis à la mousson. Son fonctionnement atmosphérique est dominé par l'alternance saisonnière des vents de mousson de sud-ouest et de nord-est. Pendant la mousson d'été, les vents provenant du sud-ouest apportent de l'air chaud et humide provenant de l'océan Indien et du Golfe du Bengale. Ils provoquent des précipitations très abondantes sur les côtes de la Birmanie, de la Thaïlande et sur les reliefs insulaires. Pendant la saison sèche, les vents de nord-est deviennent dominants et apportent généralement des conditions plus sèches, même si les régimes pluviométriques diffèrent considérablement entre les différentes façades de la mer. Cette alternance saisonnière exerce une influence considérable sur l'océanographie régionale. Les vents de mousson modifient la circulation superficielle, le mélange vertical des eaux et la distribution de la température et de la salinité. Les températures de surface restent généralement élevées toute l'année, ce qui contribue à l'existence d'écosystèmes tropicaux particulièrement riches. La mer d'Andaman est également affectée par les échanges hydrologiques avec le golfe du Bengale et le détroit de Malacca. Sa position intermédiaire entre l'océan Indien oriental et l'Asie du Sud-Est lui confère donc une fonction importante dans les circulations marines régionales. La structure des masses d'eau est stratifiée et fortement influencée par la mousson et les échanges limités avec les bassins adjacents. L'eau de surface, chaude toute l'année (27 à 30 °C), subit une variation saisonnière marquée de salinité. En été (mousson du sud-ouest), le courant de mousson apporte de l'eau à salinité plus élevée du golfe du Bengale, tandis qu'en hiver (mousson du nord-est), le flux inverse provenant du détroit de Malacca apporte des eaux de surface très dessalées (salinité inférieure à 30 psu) issues des pluies et du ruissellement massif du golfe du Bengale oriental et de la mer de Chine méridionale. La couche de surface est séparée des eaux profondes par une thermocline permanente et une halocline très prononcée. La masse d'eau intermédiaire, située entre environ 150 et 600 mètres, est caractérisée par un minimum de salinité provenant de l'eau de la mer de Banda (Eau intermédiaire indonésienne) qui transite depuis le Pacifique et remonte dans l'océan Indien. En dessous, les eaux profondes (jusqu'au fond) sont relativement homogènes, froides (environ 4 °C) et bien oxygénées, car elles sont renouvelées par des plongées d'eau en provenance du golfe du Bengale via les chenaux profonds, en particulier le Grand Passage. Le temps de résidence des eaux profondes du bassin des Andaman est estimé à quelques dizaines d'années, assurant une ventilation efficace. Les courants de surface sont cycloniques en hiver et anticycloniques en été, avec des tourbillons persistants. Le marnage est macrotidal dans les golfes du nord (marnage de 4 à 7 mètres dans le golfe de Martaban), ce qui engendre de très forts courants de marée, une intense remise en suspension des sédiments fins et la formation de bancs sableux sous-marins disposés parallèlement au courant. Les littoraux de la mer d'Andaman présentent une grande diversité géomorphologique. On trouve des deltas, des plaines côtières, des falaises, des plages sableuses, des vasières, des mangroves, des estuaires et des archipels coralliens. Les côtes de Thaïlande présentent notamment des formations karstiques spectaculaires, avec des reliefs calcaires fortement disséqués et des falaises plongeant directement dans la mer. La baie de Phang Nga constitue l'un des paysages les plus remarquables de cette région, avec ses nombreuses îles calcaires et ses reliefs abrupts. Les côtes des îles Andaman et Nicobar présentent quant à elles des environnements insulaires relativement préservés, même si leur exploitation touristique et économique s'est progressivement développée. Les
îles de la mer d'Andaman.
L'île Andaman du Nord, la plus vaste du groupe septentrional, est suivie par l'île Andaman du Centre, dont la capitale de l'archipel, Port Blair, est le centre administratif et logistique. L'île Andaman du Sud, très peuplée, concentre la majeure partie de l'activité humaine. Le paysage de ces trois îles principales, en réalité séparées par d'étroits chenaux peu profonds, est dominé par une forêt tropicale humide dense et luxuriante, classée comme forêt sempervirente humide des îles Andaman, une écorégion distincte caractérisée par un très fort taux d'endémisme végétal. La canopée est formée par des essences géantes comme Dipterocarpus, Hopea, et Terminalia, associées à un sous-bois riche en palmiers, lianes et épiphytes. À l'est de l'archipel principal, à moins de 100 kilomètres, se situe la chaîne volcanique active interne. L'île Barren, entièrement inhabitée, est un stratovolcan basaltique actif dont le cône émerge brutalement des eaux profondes, culminant à 354 mètres. Sa caldeira sommitale, large de 2 kilomètres, est en éruption quasi permanente, avec des épisodes majeurs de coulées de lave et d'explosions phréato-magmatiques. La dernière grande phase éruptive a débuté en 2018. L'île voisine de Narcondam, située plus au nord, est un volcan endormi de 710 mètres d'altitude, couvert d'une forêt intacte et célèbre pour abriter une population endémique de calaos de Narcondam (Rhyticeros narcondami), oiseau emblématique confiné à cette unique île. Plus au nord, à l'extrémité de la chaîne et presque à la latitude de la Birmanie, s'étend le groupe méconnu des îles Coco et Preparis, appartenant à la Birmanie. Ces petites îles basses, couvertes de végétation tropicale et de cocoteraies, sont situées sur la même ride tectonique que les Andaman et sont stratégiquement positionnées près du chenal de Préparis. Leur géologie est composée de sédiments marins récents et de plages soulevées, contrastant avec le relief plus vigoureux des Andaman plus au sud. Le long de la côte birmane s'égrène l'archipel de Mergui, ou Myeik, un ensemble spectaculaire de plus de 800 îles et îlots, pour la plupart inhabités et couverts de jungle épaisse, qui s'étend sur environ 400 kilomètres depuis la ville de Mergui au nord jusqu'à Kawthaung à la frontière thaïlandaise. Ces îles sont formées de roches sédimentaires plissées et de granites intrusifs, appartenant au batholite granitique de l'Asie du Sud-Est. Le paysage est un modèle de karst tropical noyé, où l'érosion a sculpté des pitons calcaires vertigineux, des arches naturelles, des grottes marines immenses et des falaises verticales plongeant directement dans une mer émeraude. Les fonds marins autour de ces îles sont extrêmement riches en récifs coralliens frangeants, en bancs de poissons et en grands pélagiques, faisant de cet archipel un sanctuaire de biodiversité encore largement préservé en raison de son accès longtemps restreint. Les populations locales sont des Moken, nomades de la mer, dont le mode de vie semi-itinérant est lié à la mer et à la récolte sur les estrans, et qui résident temporairement sur certaines des îles principales. La côte ouest de la péninsule thaïlandaise, face à la mer d'Andaman, est une succession de grandes îles continentales aux reliefs calcaires spectaculaires et à l'activité touristique intense. Phuket, la plus grande île de Thaïlande, longue de 50 kilomètres et large de 20, est reliée au continent par un pont. Sa géologie est mixte, avec un noyau granitique au nord et des formations sédimentaires au sud. Sa côte ouest est ourlée de longues plages rectilignes exposées à la mousson, tandis que la côte est, dans la baie de Phang Nga, est un labyrinthe de mangroves et de chenaux. La baie de Phang Nga déploie l'un des paysages karstiques les plus spectaculaires d'Asie du Sud-Est : des pitons calcaires jaillissent verticalement d'une mer couleur jade, sculptés par l'érosion en pains de sucre, arches, tunnels et grottes marines coiffés d'une végétation tenace. La majeure partie de cet archipel d'une cinquantaine d'îles est protégée par le parc national d'Ao Phang Nga, créé en 1981. Celui-ci s'étend sur environ 400 km² Au pied des falaises, mangroves et vasières abritent une riche faune marine, tandis que certaines parois rocheuses conservent des peintures rupestres léguées par de très anciens navigateurs. L'île la plus connue de de la baie est Khao Phing Kan, rebaptisée île de James Bond depuis que le film L'Homme au pistolet d'or y fut tourné en 1974. Juste au large de ses falaises inclinées se dresse Ko Tapu, une aiguille de calcaire haute d'une vingtaine de mètres, plantée dans l'eau comme un clou (c'est d'ailleurs son nom en thaï...). Autre curiosité majeure, Ko Panyi, où une village de pêcheurs musulmans d'origine bugis est entièrement bâti sur pilotis, adossé à une falaise. Fondé il y a environ 250 ans, il abrite toujours plusieurs centaines de familles vivant de la pêche et, désormais, du tourisme. Les autres îles se découvrent surtout en pirogue ou en kayak : Ko Hong, "l'île-chambre", cache un lagon intérieur cerné de falaises où l'on glisse par une passe étroite, et des tunnels rocheux comme Tham Lot se traversent allongé sous les stalactites. Certaines îles offrent des plages de sable blanc désertes reliées par des tombols, ces langues de sable qui apparaissent à marée basse. Plus au sud, les grandes îles habitées de Ko Yao Noi et Ko Yao Yai, plantées de cocotiers et d'hévéas, montrent un visage plus quotidien de la province, entre rizières, petits villages et chantiers de long-tail boats. Juste au sud-est de Phuket se trouvent les îles Phi Phi, un petit archipel de six îles calcaires dont les falaises ocre et blanches surplombent des lagons turquoise, site mondialement connu pour sa beauté naturelle, durement touché par le tsunami de 2004 puis reconstruit. Plus au sud, la province de Krabi abrite les îles de Ko Lanta et le groupe des îles Hong, caractérisées par une morphologie karstique extrême avec des lagons intérieurs fermés (les hongs), accessibles uniquement par des tunnels marins à marée basse. Au large de la province de Trang, l'archipel de Ko Muk et sa célèbre grotte d'Émeraude, un lagon intérieur accessible par une grotte marine obscure, côtoient les îles plus sauvages de Ko Rok et Ko Ngai. L'île de Ko Tarutao, proche de la frontière malaisienne, est une grande île de grès et de schiste au relief tabulaire, classée parc national marin, formant avec les petites îles calcaires d'Adang-Rawi un ensemble géologique varié et exceptionnel. La frontière maritime entre la Thaïlande et la Malaisie est marquée par l'archipel de Langkawi, un groupe de 99 îles malaisiennes à la géologie très ancienne. Contrairement aux karsts calcaires de Thaïlande, Langkawi et ses îles satellites (Pulau Dayang Bunting, les îles Beras Basah) sont constituées de grès, de quartzite et de calcaire d'âge cambrien à permien, formant des reliefs arrondis, des crêtes acérées et des dômes. L'île principale de Langkawi, la plus grande, est dominée par le Gunung Machinchang et le Gunung Raya, massifs montagneux couverts de forêt pluviale ancienne, classés géoparc mondial par l'Unesco pour leur importance géologique incluant les plus anciennes roches sédimentaires de Malaisie. Plus au sud, à l'entrée du détroit de Malacca, se trouve l'île de Penang, grand pôle urbain et technologique relié au continent par deux ponts. Penang est une île granitique dont la topographie culmine au Bukit Bendera à 833 mètres, entourée d'une plaine côtière densément urbanisée, tandis que le littoral nord-ouest conserve des plages paisibles. Tout au sud, le long de la côte indonésienne de Sumatra, un semis d'îles volcaniques et coralliennes termine cet inventaire insulaire. L'île de Weh, ou Pulau Weh, située à la pointe nord-ouest de Sumatra, est une île volcanique active associée à la même subduction. Son relief est un cône volcanique démantelé, culminant à 617 mètres, bordé de récifs frangeants plongeant sur des tombants abrupts, en faisant un site de plongée de renommée mondiale. Juste au sud de Weh, les îles Banyak sont un ensemble d'îles basses, coralliennes et sableuses, couvertes de cocotiers, entourées de vastes platiers récifaux peu profonds. Plus au large, l'île de Simeulue, allongée et de taille importante, est formée d'un socle sédimentaire surélevé par la tectonique, avec des plages soulevées et des récifs coralliens fossiles témoignant de l'activité sismique intense de la région. Cette île a été le point le plus proche de l'épicentre du séisme de 2004, mais a subi très peu de pertes humaines grâce à une connaissance traditionnelle du risque tsunami. Enfin, l'archipel isolé des îles Mentawai, bien que souvent rattaché géographiquement à la mer d'Andaman élargie, se situe à la limite sud de son influence, face à la côte centrale de Sumatra. Biogéographie
de la mer d'Andaman.
Les
récifs coralliens.
Les
récifs coralliens.
La
haute mer.
Les
fonds marins.
Les
récifs rocheux.
Les
zones intertidales.
L'écologie
des îles.
La végétation terrestre de ces îles présente un gradient biogéographique net : la flore des Andaman et Nicobar montre une affinité indo-birmane très forte, avec un endémisme insulaire élevé chez les arbres, les fougères et les orchidées, tandis que la flore des îles de la Sonde (Weh, Simeulue) partage plus d'affinités avec Sumatra et la péninsule Malaise. Les îles karsiques de la baie de Phang Nga et de l'archipel de Mergui, avec leurs sols squelettiques, abritent une végétation adaptée à la sécheresse édaphique et aux embruns, avec des bosquets de cycas, de pandanus et de banyans étrangleurs s'accrochant aux parois verticales, créant un paysage végétal unique et fragile. L'introduction d'espèces exogènes, comme les rats, les chats harets et certaines plantes envahissantes, a gravement affecté les colonies d'oiseaux marins nichant au sol sur les îlots isolés, bien que certains programmes d'éradication soient en cours. Géographie humaine.
Au coeur de cette diversité humaine se trouvent les îles Andaman-et-Nicobar, territoire de l'Union indienne, qui abritent des peuples autochtones parmi les plus isolés au monde. Les Sentinelles, qui refusent tout contact avec le monde extérieur sur l'île de North Sentinel, ainsi que les Jarawas, les Onges et les Great Andamanese, , dont les populations se comptent parfois en quelques centaines d'individus, constituent des groupes ethniques d'un immense intérêt anthropologique. Le gouvernement indien a mis en place des politiques strictes de protection et d'isolement pour préserver ces cultures vulnérables aux maladies exogènes et à l'assimilation. À l'opposé de ce conservatisme démographique, l'archipel a connu une forte immigration venue du continent indien depuis la période coloniale britannique et surtout après l'indépendance, faisant de Port Blair, la capitale, une ville cosmopolite où se côtoient hindous, musulmans, chrétiens et populations tribales du centre de l'Inde, souvent relocalisées dans le cadre de programmes de développement agricole. Plus au sud et Ã
l'est, le long des côtes de la Birmanie, de la Thaïlande, de la Malaisie
et de l'Indonésie, la démographie et l'urbanisation prennent une tout
autre ampleur. L'archipel de Mergui en Birmanie reste l'une des zones les
plus préservées et les moins peuplées. Elle de refuge aux Mokens.
Ces populations semi-nomades vivent traditionnellement sur des bateaux
et tirent leur subsistance de la pêche et de la cueillette, bien que leur
mode de vie soit aujourd'hui menacé par la sédentarisation, les frontières
maritimes strictes et l'exploitation industrielle des ressources.
Les côtes thaïlandaises et malaisiennes ont généralement connu un développement spectaculaire. L'île thaïlandaise de Phuket est devenue l'un des épicentres mondiaux du tourisme de masse, transformant radicalement le paysage humain local. Ce qui était autrefois une économie fondée sur l'extraction de l'étain et les plantations d'hévéas est aujourd'hui dominé par une infrastructure hôtelière massive, qui attire des millions de visiteurs internationaux et entraîne une forte migration de travailleurs venus de tout le pays et des nations voisines. Plus au sud, l'île malaisienne de Penang, avec sa ville principale George Town, illustre parfaitement le métissage historique de la région. Ancien comptoir commercial de l'Empire britannique, Penang est un creuset culturel où les héritages malais, chinois, indiens et européens fusionnent, tout en restant un pôle économique majeur axé sur le commerce maritime, la technologie et le tourisme patrimonial. L'économie de la mer d'Andaman repose sur un pilier maritime fondamental : la pêche. Les eaux de la mer d'Andaman sont parmi les plus productives de la région, bien que la géographie de cette activité soit profondément duale. D'un côté, des milliers de pêcheurs artisans et traditionnels opèrent à petite échelle, utilisant des méthodes transmises de génération en génération pour approvisionner les marchés locaux. De l'autre, des flottes de chalutiers industriels exploitent intensivement les stocks halieutiques pour l'exportation. Cette pression a conduit à une surexploitation de certaines espèces et à des tensions récurrentes entre les États riverains concernant les droits de pêche dans leurs Zones Économiques Exclusives respectives. L'aquaculture côtière, en particulier l'élevage de crevettes, a également remodelé les littoraux, entraînant souvent la destruction de vastes étendues de mangroves, un écosystème pourtant crucial pour la protection des côtes et la reproduction de la faune marine. Le tourisme constitue l'autre moteur majeur de la géographie humaine andamanaise. Outre Phuket, des destinations comme Krabi, les îles Phi Phi en Thaïlande, ou encore Langkawi en Malaisie, ont structuré leur aménagement territorial presque exclusivement autour de l'accueil des visiteurs. Cette économie génère des revenus considérables et a permis l'émergence d'une classe moyenne locale, mais elle s'accompagne de défis humains et environnementaux colossaux, tels que la gestion des déchets, la pénurie d'eau douce en haute saison, la hausse des prix de l'immobilier chassant les populations locales des littoraux, et la dégradation des récifs coralliens due au piétinement et à l'ancrage sauvage. Face à ces dérives, certains gouvernements ont commencé à fermer temporairement des baies célèbres pour permettre la régénération des écosystèmes, et essayer de réorienter le modèle vers un écotourisme plus durable. Sur le plan géopolitique et commercial, la mer d'Andaman est un espace stratégique de premier ordre en raison de sa position charnière avec le détroit de Malacca, l'une des voies de navigation les plus fréquentées au monde. Les ports de la région, tels que Belawan sur l'île indonésienne de Sumatra, Penang en Malaisie, Phuket et Port Blair, sont des noeuds logistiques essentiels qui connectent l'océan Indien à l'Asie de l'Est. Cette connectivité attire des investissements massifs dans les infrastructures portuaires et aéroportuaires, intégrant toujours davantage les populations riveraines aux chaînes d'approvisionnement mondiales. La gestion de cet espace maritime nécessite une coopération étroite entre les cinq États riverains pour lutter contre la piraterie, le trafic d'êtres humains, la contrebande et pour coordonner les opérations de recherche et de sauvetage en mer. -Histoire de la mer d'AndamanAvant 1500.Les premières traces d'occupation humaine sur les îles Andaman remontent à des dizaines de milliers d'années. Certaines études génétiques et archéologiques suggérent une présence dès le Paléolithique moyen, il y a environ 60 000 ans, même si les vestiges archéologiques attestés avec certitude ne dépassent pas 2200 ans; les populations andamanaises seraient restées isolées du reste de l'humanité pendant des millénaires, développant des sociétés de chasseurs-cueilleurs coupées de tout contact extérieur jusqu'à une période très tardive. Sur le continent, dès la fin du troisième millénaire avant notre ère, des communautés côtières s'installent le long de l'isthme de Kra, ce goulot d'étranglement de la péninsule malaise qui sépare la mer d'Andaman du golfe de Thaïlande sur à peine une quarantaine de kilomètres à son point le plus étroit. Ces sites, dont Khao Sek, contrôlent très tôt des routes de portage terrestre, qui permettent d'acheminer des marchandises d'un littoral à l'autre sans contourner toute la péninsule malaise, et le complexe de Khao Sam Kaeo, occupé d'environ 400 avant notre ère à 400 de notre ère, devient une véritable cité portuaire précoce de près de cent hectares, et témoigne déjà de contacts avec le monde indien à travers sa poterie et d'autres objets manufacturés. C'est par cet isthme que transite, dès le début de notre ère, une partie du commerce reliant l'Inde et la Méditerranée romaine à la Chine : les marchandises débarquées sur la côte du golfe de Thaïlande sont transportées par voie terrestre jusqu'au rivage occidental, puis chargées sur des navires qui traversent la mer d'Andaman et le golfe du Bengale en direction des ports du Coromandel et du Malabar, avant de repartir vers le golfe Persique ou la mer Rouge et, de là , vers Rome. Les géographes grecs, et notamment Ptolémée au IIe siècle, mentionnent déjà ces îles dans leurs cartes, en les qualifiant d'îles des cannibales ou d'îles de la Fortune, tandis que le texte sanscrit Ramayana évoquerait ces terres sous le nom de Handuman, un toponyme que l'on rattache traditionnellement au dieu-singe Hanuman. Au tournant du premier millénaire, le royaume du Funan, centré sur le delta du Mékong et son port d'Oc Eo, profite pleinement de ce commerce transitant par la mer d'Andaman et l'isthme de Kra; poivre, pierres précieuses et cotonnades indiennes y côtoient la soie chinoise, les résines de Sumatra et l'étain de la péninsule malaise, jusqu'à ce que, au début du VIe siècle, les marchands chinois commencent à privilégier le détroit de Malacca plutôt que le franchissement de l'isthme, ce qui affaiblit progressivement Oc Eo au profit de nouveaux centres plus méridionaux. Les voyageurs bouddhistes chinois laissent eux aussi des traces précieuses de cette période : au Ve siècle, le moine Faxian rapporte des récits sur les îles Andaman, les décrivant comme peuplées de cannibales, une réputation qui tient sans doute davantage à l'incompréhension des pratiques locales qu'à une réalité anthropophage. Au VIIe siècle, le moine Yijing (I-Ching), qui navigue entre Sumatra et l'Inde en passant par le royaume malais de Foshi, mentionne dans ses écrits un "royaume des gens nus" qu'il situe sur sa route vers l'Inde, une appellation qui renvoie sans doute aux îles Nicobar plutôt qu'aux Andaman proprement dites. À partir du VIIe-VIIIe siècle, l'essor du royaume maritime de Srivijaya, fondé sur le contrôle du détroit de Malacca depuis Sumatra, réoriente une partie du trafic commercial vers le sud de la mer d'Andaman, tandis que celle-ci continue de servir de route côtière entre l'Inde, le Sri Lanka et la Birmanie, notamment à partir du VIIIe siècle avec l'essor des royaumes birmans du bassin de l'Irrawaddy. Les voyageurs arabes, dès le IXe siècle, sillonnent également ces eaux et laissent des notes sur l'Inde et la Chine où figurent les îles Andaman, décrites comme un lieu redouté des marins en raison de la réputation belliqueuse de leurs habitants. Un épisode marquant survient au début du XIe siècle lorsque l'empereur chola Rajendra Ier, souverain d'un puissant royaume du sud de l'Inde, lance une expédition navale à travers la mer d'Andaman pour établir une base logistique dans l'archipel, avant de mener une vaste campagne contre le royaume de Srivijaya vers 1025; cette expédition témoigne de l'importance stratégique que revêt déjà la mer d'Andaman comme voie de projection de puissance entre l'Inde et l'Asie du Sud-Est. Le récit occidental le plus célèbre reste celui de Marco Polo, qui traverse ces eaux vers 1290 lors de son retour de Chine et décrit les Andamans comme une île immense peuplée d'"idolâtres" vivant, selon ses mots, comme des bêtes sauvages. Il emploie le terme Angamanain, probable duel arabe à l'origine du nom moderne de l'archipel. Quelques décennies plus tard, le franciscain Odoric de Pordenone passe à son tour par ces îles en 1322 et en rapporte un témoignage similaire, alimentant la légende noire qui entoure alors l'archipel dans l'imaginaire européen, légende que l'on retrouve aussi dans certains manuscrits enluminés du XVe siècle qui évoquent des peuples fabuleux. Vers 1440, le marchand vénitien Niccolò de' Conti, qui a beaucoup voyagé en Asie, mentionne à son tour l'archipel andamanais et l'associe à une réputation aurifère, l'appelant île de l'or, sans que l'on sache si cette appellation repose sur une réalité économique ou sur une simple rumeur de marins. Durant la première moitié du XVe siècle, les grandes expéditions chinoises de l'amiral Zheng He, qui sillonnent l'océan Indien jusqu'en Afrique orientale, empruntent également la mer d'Andaman; les cartes maritimes chinoises de l'époque, comme la carte de Mao Kun, situent précisément la "montagne d'Andeman" sur ces routes de navigation, preuve que l'archipel reste un point de repère bien identifié pour les marins d'Extrême-Orient. De 1500 à 1900.
Au cours du XVIIe siècle, la Compagnie hollandaise des Indes orientales (VOC) cherche à contrôler le commerce de l'étain malais au nord de Perak et multiplie les tentatives de monopole sur les ports de la façade andamane, tandis que les marchands anglais, présents à travers la English East India Company, s'implantent à leur tour à Mergui et Tenasserim pour accéder à l'étain de Junkceylon, l'actuel Phuket, ainsi qu'aux marchés de Ligor, qui offraient à la Compagnie l'accès à l'étain de Junkceylon et de Ligor, ainsi qu'au poivre, jugés vitaux pour maintenir les flux de métal précieux dans les échanges intra-asiatiques avec l'Inde et la Chine. Cette présence anglaise tourne court en 1687 lorsqu'éclate la brève guerre anglo-siamoise : des marchands anglais employés par un aventurier du nom de Samuel White, qui avait pris le contrôle du commerce de l'étain à Mergui, sont attaqués par les troupes siamoises et de nombreux civils anglais sont tués sur la côte de la mer d'Andaman avant que l'affaire ne se solde par un échec cuisant pour la Compagnie anglaise. Ces ports de la Tenasserim demeurent l'objet de rivalités constantes entre le royaume siamois et le royaume birman voisin : au cours des guerres birmano-siamoises du XVIIIe siècle, les armées du roi Alaungpaya s'emparent de Mergui et Tenasserim en 1760, coupant ainsi Ayutthaya de sa façade sur la mer d'Andaman, un enjeu stratégique qui restera disputé entre Birmans et Siamois jusqu'à l'arrivée des Britanniques au siècle suivant. Sur l'île de Phuket, qui domine l'entrée méridionale de la mer d'Andaman, le commerce de l'étain attire des marchands européens dès le XVIe siècle, puis une importante immigration de mineurs hokkien (hoklo) venus de Chine au XVIIIe siècle, donnant naissance à la communauté métisse dite "baba" qui façonne encore aujourd'hui l'identité de l'île. Dans les eaux mêmes de l'archipel andamanais, le XVIIe siècle voit aussi passer des flottes moins conventionnelles : l'amiral marathe Kanhoji Angre, qui mène une guerre de course contre les navires européens le long de la côte occidentale de l'Inde, aurait brièvement opéré depuis les Andaman, profitant de leur isolement pour échapper aux flottes portugaises, hollandaises et anglaises qui se disputent alors le contrôle du golfe du Bengale. C'est au milieu du XVIIIe siècle que s'ouvre la première tentative de colonisation durable des îles elles-mêmes, lorsque le Danemark, déjà implanté à Tranquebar sur la côte de Coromandel, jette son dévolu sur l'archipel des Nicobar : des colons danois y débarquent le 12 décembre 1755 et, le 1er janvier 1756, les îles sont officiellement proclamées colonie danoise sous le nom de Frederiksøerne, ou Nouveau Danemark, premier jour de l'année où les îles Nicobar deviennent colonie danoise. Mais cette entreprise coloniale se heurte très vite au paludisme, qui décime les colons à plusieurs reprises, contraignant le Danemark à d'incessants abandons et reprises de l'archipel jusqu'à ce que la couronne y renonce définitivement en 1868, en cédant ses droits à la Grande-Bretagne, laquelle intègre les Nicobar à l'Inde britannique l'année suivante. Entre-temps, l'Autriche des Habsbourg tente elle aussi sa chance : une première expédition coloniale, lancée en 1778, réussit brièvement à s'installer sur les Nicobar, rebaptisées îles Theresia en l'honneur de l'impératrice Marie-Thérèse, avant que l'entreprise ne soit finalement abandonnée. Sur l'archipel des Andaman proprement dit, la Compagnie britannique des Indes orientales attend 1789 pour intervenir : le lieutenant Archibald Blair, envoyé en reconnaissance, établit une base navale et un établissement pénitentiaire sur l'île de Chatham, dans la baie sud-est du Grand Andaman, avant que la colonie ne soit déplacée deux ans plus tard vers le nord-est de l'île, sous le nom de Port Cornwallis. Mais les maladies, en particulier le paludisme, y provoquent une mortalité si élevée que le gouvernement britannique se résout à fermer l'établissement en 1796, abandonnant l'archipel pour plus de soixante ans. Ces mêmes eaux jouent un rôle logistique croissant à mesure que la Grande-Bretagne étend son emprise sur la Birmanie : en 1824, au début de la première guerre anglo-birmane, Port Cornwallis sert de point de rassemblement à la flotte britannique chargée d'acheminer les troupes vers les côtes birmanes, servant de lieu de rendez-vous pour la flotte transportant l'armée vers la première guerre birmane. Le conflit s'achève en 1826 par la cession à la Grande-Bretagne de toute la côte de l'Arakan et de la Tenasserim, ce qui place désormais l'ensemble du littoral oriental de la mer d'Andaman, de Rangoun à l'isthme de Kra, sous contrôle britannique. Une deuxième guerre anglo-birmane, en 1852, étend encore cette emprise en annexant la Basse-Birmanie et le port de Rangoun, avant qu'une troisième guerre, en 1885, ne parachève la conquête de l'ensemble du royaume birman, intégré à l'Empire des Indes. Le retour des Britanniques dans l'archipel des Andaman lui-même intervient dans un tout autre contexte, celui de la révolte des cipayes de 1857 : cherchant un lieu d'exil pour les insurgés capturés, les autorités coloniales rouvrent l'établissement pénitentiaire, cette fois à Port Blair, où les travaux commencent dès novembre 1857 avec la main-d'oeuvre des détenus eux-mêmes, en évitant le voisinage du marécage salé qui semblait avoir été la source de nombreux problèmes rencontrés autrefois à Port Cornwallis. Les tribus andamanaises, hostiles à cette implantation qui bouleverse leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs, multiplient les attaques contre les nouveaux venus au printemps 1859, jusqu'à l'affrontement décisif du 17 mai 1859 connu sous le nom de bataille d'Aberdeen, où plusieurs centaines de guerriers grands andamanais, trahis par un convict évadé passé du côté britannique, sont défaits par les troupes coloniales, un affrontement armé opposant environ mille cinq cents guerriers grands andamanais aux autorités coloniales britanniques près du poste pénitentiaire d'Aberdeen, au sud de Port Blair. Cette défaite marque le début du déclin démographique irréversible des peuples autochtones de l'archipel. Dans les décennies suivantes, le système pénitentiaire de Port Blair, désigné localement sous le nom de Kala Pani ( = les eaux noires) en raison du tabou hindou qui frappait la traversée de l'océan, se développe et s'endurcit : une prison spécifique est construite sur l'île Viper en 1867 pour isoler les détenus jugés les plus dangereux, avant que ne soit entreprise, à l'extrême fin du siècle, la construction du grand pénitencier cellulaire de Port Blair, bâti entre 1896 et 1906 pour y enfermer dans un isolement quasi total les opposants politiques indiens les plus déterminés. Tout au long du XIXe siècle, la mer d'Andaman se trouve également transformée par la révolution des transports : l'avènement de la navigation à vapeur, puis l'ouverture du canal de Suez en 1869, raccourcissent considérablement la route maritime entre l'Europe et l'Extrême-Orient et intensifient le trafic à travers le golfe du Bengale, tandis que la pose de câbles télégraphiques sous-marins reliant l'Inde à la Birmanie et à la Malaisie fait de cette mer un maillon des nouvelles communications impériales britanniques. Georgetown, sur l'île de Penang fondée par les Britanniques en 1786, et Rangoun, devenue le grand port de la Basse-Birmanie après 1852, s'imposent alors comme les principales places marchandes de la région, cependant que Singapour, fondée en 1819 par Stamford Raffles à l'autre extrémité du détroit de Malacca, capte l'essentiel du grand commerce international transitant entre l'océan Indien et la mer de Chine. La mer d'Andaman
au XXe siècle.
La Seconde Guerre mondiale bouleverse à nouveau le destin de l'archipel : après la chute de Rangoun en mars 1942, les forces japonaises débarquent à Port Blair le 23 mars 1942 et s'emparent de l'ensemble des îles Andaman en quelques heures, sans rencontrer de résistance sérieuse de la faible garnison britannique, les Britanniques ayant retiré leurs administrateurs et leur petite garnison, ce qui permit aux troupes japonaises de débarquer sans opposition à Port Blair. L'occupation, qui dure jusqu'en octobre 1945, s'accompagne rapidement d'un régime de terreur : exécutions publiques, travaux forcés pour la construction d'une piste d'aviation, arrestations massives de personnes soupçonnées d'espionnage et internement de plusieurs centaines d'entre elles dans l'ancienne prison cellulaire, où certaines sont torturées et sept fusillées. Le massacre le plus tristement célèbre de cette période survient à Homfreyganj, le 30 janvier 1944, où quarante-quatre civils indiens sont exécutés sur simple soupçon d'espionnage, dans un climat de violence qui aurait coûté la vie à près de deux mille habitants au total durant l'occupation. Sur le plan politique, le 29 décembre 1943, les Japonais transfèrent une autorité nominale sur l'archipel au Gouvernement provisoire de l'Inde libre (Azad Hind) dirigé par Subhas Chandra Bose, qui se rend en personne à Port Blair pour hisser le drapeau tricolore indien et rebaptiser les Andaman Shahid Dweep ( = l'île des martyrs) et les Nicobar Swaraj Dweep ( = l'île de l'autonomie). Ce pouvoir demeure cependant largement symbolique, les forces armées et la police restant fermement sous contrôle japonais, comme le confirmera après-guerre le général Loganathan, nommé gouverneur par Bose mais impuissant à empêcher les exactions. La reddition japonaise, en octobre 1945, ramène l'archipel sous souveraineté britannique jusqu'à l'indépendance de l'Inde. Cette même période voit se redessiner l'ensemble des rivages de la mer d'Andaman à la faveur de la décolonisation : la Birmanie accède à l'indépendance en janvier 1948, mettant fin à près d'un siècle et demi de présence britannique sur toute la façade orientale de la mer; la fédération malaise, qui contrôle la péninsule bordant le détroit de Malacca, obtient à son tour son indépendance en 1957; l'Indonésie, après une guerre de reconquête menée par les Pays-Bas de 1945 à 1949, voit enfin sa souveraineté reconnue sur Sumatra, dont la côte nord-ouest ferme la mer d'Andaman au sud. Quant à l'archipel des Andaman et Nicobar lui-même, il est intégré à l'Union indienne dès l'indépendance de 1947 et devient officiellement, en 1956, un territoire de l'Union placé sous administration directe de New Delhi, doté d'un statut particulier en raison de son éloignement du continent et de la présence de populations tribales protégées. La seconde moitié du siècle est caractérisée par la consolidation juridique des frontières maritimes de cette mer désormais partagée entre quatre États riverains, l'Inde, la Birmanie, la Thaïlande et l'Indonésie. Une série d'accords bilatéraux et trilatéraux, rendus nécessaires par les nouvelles conventions internationales sur le droit de la mer et les perspectives d'exploration pétrolière et gazière offshore, délimite progressivement les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux : l'Inde et l'Indonésie signent un premier accord sur leur frontière maritime le 17 décembre 1974 entre l'île de Grand Nicobar et Sumatra, prolongé en 1977, cet accord étant ensuite prolongé en 1977 dans les deux directions, vers le nord-est dans la mer d'Andaman et vers le sud-ouest dans l'océan Indien. Le 22 juin 1978, l'Inde, l'Indonésie et la Thaïlande fixent conjointement le point triple de leurs frontières maritimes dans la mer d'Andaman, un accord signé le 22 juin 1978 fixant l'emplacement de leur point triple dans la mer d'Andaman. L'Inde et la Birmanie parviennent à leur tour à un accord de délimitation portant sur la mer d'Andaman, le canal des Coco et le golfe du Bengale, signé le 23 décembre 1986 après avoir dû résoudre un différend sur l'île disputée de Narcondam, un accord bilatéral conclu le 23 décembre 1986 délimitant une frontière longue de 593 milles nautiques selon une ligne d'équidistance modifiée. Le point triple septentrional entre l'Inde, la Thaïlande et la Birmanie n'est finalement fixé qu'en 1993, clôturant tout un cycle de négociations engagé depuis le milieu des années 1970. Sur le plan économique, la seconde moitié du siècle voit décliner l'ancien commerce de l'étain qui avait fait la fortune de Phuket et de la côte malaise depuis le XVIe siècle, tandis que se développe progressivement une économie touristique balnéaire le long des rivages thaïlandais et, plus tardivement, indiens de la mer d'Andaman. Les recherches d'hydrocarbures offshore, encouragées par les nouvelles délimitations maritimes, débutent également dans ces eaux à partir des années 1970 et 1980, ouvrant un nouveau chapitre économique pour une mer qui, depuis l'Antiquité, n'avait connu que le commerce des épices, de l'étain et des textiles. Le premier quart
du XXIe siècle.
Paradoxalement, cette tragédie contribue à débloquer un conflit qui déchirait depuis des décennies la province indonésienne d'Aceh : le choc humanitaire du tsunami favorise la conclusion, en août 2005 à Helsinki, d'un accord de paix entre le gouvernement indonésien et le Mouvement pour l'Aceh libre, mettant fin à une guerre civile qui avait longtemps entravé le développement économique de cette façade méridionale de la mer d'Andaman. Dans les années qui suivent, un vaste effort international de reconstruction transforme les infrastructures côtières thaïlandaises et indonésiennes, tandis qu'un nouveau système d'alerte aux tsunamis est déployé dans tout l'océan Indien pour prévenir la répétition d'une telle catastrophe. Sur le plan stratégique, la mer d'Andaman acquiert au cours de ce siècle une importance géopolitique croissante en raison de sa position à l'entrée occidentale du détroit de Malacca, par lequel transite l'essentiel du commerce maritime et énergétique entre l'océan Indien et l'Asie orientale. Dès 2001, dans la foulée du conflit de Kargil, l'Inde y crée son premier commandement interarmées unifié, le Commandement Andaman et Nicobar (ANC), basé à Port Blair, chargé de surveiller les approches du détroit de Malacca afin de sauvegarder les intérêts stratégiques de l'Inde en Asie du Sud-Est. Cette militarisation s'accentue nettement après l'arrivée au pouvoir du premier ministre Narendra Modi en 2014, à mesure que New Delhi s'inquiète de la présence croissante de la marine chinoise dans l'océan Indien et de son réseau de ports commerciaux (que les stratèges désignent sous le nom de "collier de perles" chinois). Une nouvelle base aéronavale, INS Kohassa, est ainsi inaugurée en 2016-2017 au nord de l'archipel pour renforcer la surveillance des mouvements chinois entrant dans l'océan Indien par le détroit de Malacca, par lequel transitent chaque année des dizaines de milliers de navires, environ cent vingt mille navires empruntant chaque année l'océan Indien, dont près de soixante-dix mille le détroit de Malacca. L'archipel accueille également, à intervalles réguliers, des exercices navals multinationaux associant l'Inde à ses partenaires du Quad, et sert de plateforme logistique lors d'opérations régionales, comme la recherche du vol MH370 de Malaysia Airlines disparu en mars 2014 au large de la péninsule malaise. La mer d'Andaman devient également, durant cette période, le théâtre d'une grave crise humanitaire liée à l'exode de la minorité rohingya de l'État birman du Rakhine, persécutée et privée de citoyenneté par le pouvoir de Naypyidaw, la nouvelle capitale administrative de la Birmanie. À partir du début des années 2010, des dizaines de milliers de Rohingyas fuient par bateau à travers le golfe du Bengale et la mer d'Andaman vers la Malaisie, l'Indonésie et la Thaïlande, aux mains de réseaux de passeurs. La crise atteint son paroxysme en mai 2015, lorsque, abandonnés par des passeurs en fuite, environ six mille Rohingyas et Bangladais s'étant retrouvés bloqués en mer sans nourriture ni eau, avant qu'environ trois mille d'entre eux ne soient secourus par des pêcheurs et des autorités locales indonésiennes et malaisiennes. Cette crise, qui aurait fait plusieurs centaines de morts, aboutit à une réunion d'urgence des pays de la région à Bangkok fin mai 2015, tandis que la découverte de charniers et de camps clandestins de trafiquants d'êtres humains à la frontière thaïlando-malaisienne révèle l'ampleur des réseaux de traite exploitant ces routes maritimes. Le coup d'État militaire de février 2021 en Birmanie et l'aggravation du conflit dans l'État du Rakhine relancent ensuite régulièrement ces traversées périlleuses. Des embarcations continuent d'être régulièrement signalées en détresse dans la mer d'Andaman jusque dans les années 2020, la presse rapportant encore au printemps 2026 le naufrage d'une embarcation transportant environ deux cent cinquante Rohingyas et Bangladais. Sur le plan environnemental et humain, l'archipel andamanais reste aussi le théâtre d'épisodes rappelant l'isolement persistant de certaines populations autochtones : en novembre 2018, le missionnaire américain John Chau est tué par les Sentinelles en tentant de débarquer illégalement sur l'île de North Sentinel, l'un des derniers peuples au monde à demeurer totalement coupé du reste de l'humanité, rappelant la politique indienne de non-contact qui protège ces populations depuis les années 1990. Enfin, la décennie 2020 voit l'Inde engager, sur l'île de Grand Nicobar, un vaste projet de développement incluant un terminal de transbordement international, un aéroport, une base militaire à double usage, une centrale électrique et une zone urbaine. Destiné à renforcer la présence indienne à l'entrée du détroit de Malacca face à la Chine, ce projet est vivement contesté par les défenseurs de l'environnement en raison de ses conséquences sur les forêts tropicales, les récifs coralliens et les populations autochtones shompen et nicobaraises de l'île. |
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