.
-

Les roches
Les schistes
Les schistes sont le type de roche sédimentaire le plus abondant à la surface des continents. Leur omniprésence raconte l'histoire d'un monde façonné par la lenteur, le dépôt de particules fines au fond d'environnements calmes. Le terme lui-même dérive d'une racine germanique signifiant "se fendre" ou "se séparer", et c'est précisément cette propriété physique la plus remarquable qui permet de les identifier immédiatement sur le terrain : la schistosité, ou fissilité. Contrairement à un simple litage, cette aptitude à se diviser en feuillets minces, plats et parallèles n'est pas due à une alternance de couches de composition différente, mais à l'orientation préférentielle, à l'échelle microscopique, d'innombrables minéraux argileux en forme de plaquettes, déposés comme un jeu de cartes que l'on aurait jeté au sol. Il est important de distinguer ce schiste sédimentaire, qui est une argile indurée et fissile, du schiste métamorphique (comme le micaschiste), avec lequel il ne partage que la propriété de se débiter en feuillets, mais dont la genèse, liée à la recristallisation sous haute pression et température, est radicalement différente.

La genèse d'un schiste débute avec l'altération des continents. Les minéraux primaires des roches ignées et métamorphiques, comme les feldspaths et les micas, sont attaqués par l'eau et les acides atmosphériques, se transformant en minéraux argileux secondaires, principalement des phyllosilicates comme l'illite, la kaolinite, la smectite et la chlorite. Ces particules, ordinairement de taille inférieure à 4 microns, sont mises en suspension par le vent ou les cours d'eau et transportées jusqu'à leur lieu de sédimentation ultime. Ce voyage ne peut s'achever que dans un environnement où l'énergie cinétique du fluide devient quasi nulle, une condition sine qua non pour que la gravité l'emporte enfin sur la turbulence. Ainsi, les schistes sont les archives du silence hydrique : ils tapissent les vastes plaines abyssales océaniques, les fonds de lacs profonds, les lagunes côtières abritées, ou encore les immenses plaines d'inondation fluviatile où les eaux débordantes déposent leurs limons avant de se retirer. Ce qui n'est d'abord qu'une boue visqueuse et gorgée d'eau (pouvant contenir jusqu'à 80 % d'eau interstitielle) va lentement se transformer en roche par un double processus de compaction et de cimentation, la diagenèse. L'enfouissement sous des centaines, puis des milliers de mètres de sédiments plus récents expulse inexorablement l'eau, effondre la porosité, et oriente mécaniquement les plaquettes d'argile perpendiculairement à la contrainte verticale, créant la fabrique planaire qui donne naissance à la fissilité tant recherchée.

Si la composition d'un schiste est dominée par cette trame de minéraux argileux, sa véritable richesse et son intérêt scientifique résident dans ce qu'il emprisonne. Un schiste n'est jamais argile pure. Il contient une fraction détritique silteuse, un semis de grains de quartz et de feldspaths de la taille du limon, qui sont les témoins silencieux de l'érosion. Mais il est aussi, et surtout, un piège géochimique redoutable pour la matière organique. Dans les environnements pauvres en oxygène, comme les bassins marins restreints ou les fonds de lacs stratifiés, les cadavres de plancton, de spores et de bactéries ne sont pas oxydés ni recyclés par les charognards. Ils s'accumulent et se mêlent intimement à la matrice minérale. Avec l'enfouissement et la cuisson graduelle par la chaleur terrestre, cette matière organique va se transformer, se polymérisant en une substance complexe et insoluble, le kérogène, qui donne aux schistes noirs leur couleur caractéristique. C'est ce kérogène qui, si l'histoire thermique du bassin est parfaite, c'est-à-dire ni trop froide pour rester stérile ni trop chaude pour être sur-cuite et détruite, va craquer en hydrocarbures liquides et gazeux : pétrole et gaz naturel. Le schiste n'est alors plus seulement une roche couverture imperméable piégeant le pétrole conventionnel, mais une roche mère, la source même de l'or noir. La révolution du gaz et du pétrole de schiste au début du XXIe siècle a transformé cette roche en une cible directe, où la fracturation hydraulique vient recréer artificiellement la perméabilité que la nature lui a refusée.

La gamme chromatique d'un schiste est un langage codĂ© dĂ©chiffrant les conditions de son milieu de dĂ©pĂ´t. Un schiste noir, riche en matière organique et en sulfures de fer comme la pyrite framboĂŻdale, traduit l'anoxie et l'euxinisme, un environnement toxique saturĂ© en sulfure d'hydrogène, souvent mortel pour la vie benthique. Un schiste rouge, oxydĂ©, indique au contraire un dĂ©pĂ´t en eaux peu profondes, bien oxygĂ©nĂ©es, dans un climat aride oĂą le fer est prĂ©sent sous forme d'hĂ©matite dispersĂ©e. Une teinte verte trahit la prĂ©sence de fer ferreux, dans un milieu modĂ©rĂ©ment rĂ©ducteur, frĂ©quemment liĂ© Ă  des minĂ©raux comme la glauconie ou la chlorite, formĂ©s Ă  l'interface eau-sĂ©diment. 

Parce qu'ils se déposent en couches continues et calmes, et parce que leur granulométrie ultrafine préserve des détails d'une finesse exquise, les schistes sont des conservatoires paléontologiques. Les Lagerstätten les plus célèbres, ces gisements à conservation exceptionnelle, sont très souvent des schistes : les schistes de Burgess au Canada ont fixé l'explosion cambrienne il y a 508 millions d'années, préservant les parties molles d'organismes énigmatiques comme l'Hallucigenia ou l'Anomalocaris dans un glissement de boue sous-marin quasi instantané. Les calcschistes laminés de Solnhofen en Allemagne, déposés dans une lagune tropicale hyper-saline au Jurassique, ont livré l'oiseau primordial Archaeopteryx, chaque plume fossilisée avec une délicatesse inouïe. Dans l'ambre du temps, ces schistes ont aussi fixé la mémoire des grandes crises biologiques. Les schistes noirs de la limite Cénomanien-Turonien, il y a 94 millions d'années, enregistrent un événement anoxique océanique mondial, où une déstabilisation du climat a provoqué une extinction marine massive, tout en enfouissant des quantités colossales de carbone organique, modifiant la chimie planétaire pour des millénaires.

Sur le plan économique, le rôle du schiste est d'une ambivalence géotechnique profonde. En tant que matériau, sa fissilité en a fait historiquement une source de moellons plats, de lauzes pour les toitures rurales et d'ardoises d'une certaine qualité, bien que l'ardoise véritable soit un schiste ardoisier métamorphisé. Pourtant, en tant que fondation, la présence de schistes gonflants, riches en smectites capables d'absorber l'eau et de varier drastiquement de volume, est un fléau pour le génie civil, causant des glissements de terrain et fissurant les ouvrages. Sa porosité quasi nulle en fait le sceau ultime, la barrière imperméable qui empêche la remontée des fluides, un attribut vital pour le stockage géologique du dioxyde de carbone ou des déchets radioactifs. Enfin, en dehors des hydrocarbures, il constitue une ressource minérale majeure : les schistes bitumineux, chauffés en cornue pour en extraire une huile synthétique; les schistes alumineux, altérés, qui ont fourni l'aluminium; ou encore les schistes cuprifères, comme ceux du gisement de Kupferschiefer en Europe, qui furent exploités pour le cuivre et l'argent.

On distingue une grande quantité de schistes :
-

Schistes amphiboliques. A base d'actinote (accidentels au milieu des schistes cristallins); 
A base de hornblende avec grenat, épidote et pyrite
Grunschiefer avec chlorite, épidote, amphibole, et accessoirement avec pyrite et calcaire.
Schistes argileux (silicates
d'alumine Ă  5 % d'eau). - Ce sont
des roches à contexture éminemment schisteuse, composées d'argile,
de mica et de grains de quartz. 
Les schistes carburĂ©s Ă  graptolithes du Silurien supĂ©rieur. 
Les argiles schisteuses fusibles au chalumeau et renfermant des matières charbonneuses et bitumineuses. On y rencontre de la pyrite, de la blende, de la galène, des rognons ferrugineux (terrain houiller), des empreintes de poissons remplacés par du sulfure de cuivre (schistes bitumineux noirs, cuprifère ou kupperschiefer du Permien). Le Carbonifère offre de nombreux échantillons de schistes siliceux (argilite).
Schistes bitumineux Schistes argileux(noir de poix ou bruns) très fossilifères imprĂ©gnĂ©s de bitume qui brĂ»lent avec une flamme Ă©paisse. On les trouve dans le terrain carbonifère : en France, Ă  DĂ©cize, Ă  Commentry; en Ecosse, Ă  Bathgate; dans les terrains du Permien, Ă  Muse, près Autun; dans les terrains du DĂ©vonien, aux Ă®les Orkney; dans le Lias du Wurtemberg, Ă  Boll. Leur distillation donne des huiles minĂ©rales. 
Trass inflammable gris-brun, formĂ© de cendres trachytiques, riche en matières bitumineuses et très combustible (Puy-de-DĂ´me). 
Dusodyles (papier kohle) qui sont sonores, minces comme du papier, et brĂ»lent avec une odeur insupportable. On les observe en lits jaunes ou verdâtres dans le CĂ©nozoĂŻque de la Nièvre et de l'Aude. 
Marnes inflammables de l'Isère.
Schistes chloritiques. - Ce sont des roches verdâtres à texture schisteuse, peu fissiles, formées de chlorite et de quartz avec du feldspath : éléments accidentels, le grenat, le fer magnétique, le sphène, la pyrite; ils alternent avec les talcschistes, micaschistes, schistes à actinote (Bretagne).
Les roches micacĂ©es peuvent 
offrir la structure grenue
ou la structure schisteuse. 
Les micaschistes, assemblage de mica et de quartz à texture schisteuse; le mica varie d'une quantité très faible (schistes quartzeux micacés) au tiers de la masse. Le mica s'y présente à l'état de paillettes en couches, et la schistosité de la roche augmente avec sa teneur en mica: la cassure est souvent ridée et miroitante; le mica est potassique, de couleur claire, jaunâtre, blanc ou gris, rarement ferro-magnésien. Minéraux accessoires des micaschistes; on peut citer : le graphite, le calcaire, le grenat, la tourmaline, l'andalousite, l'apatite, la pyrite de fer, le mispickel.
Schistes à paragonite (Alpes, Saint-Gothard), à structure schisteuse, à cassure écailleuse ou compacte, à poussière. onctueuse, facilement rayables; leurs éléments principaux sont : la paragonite (silicate d'alumine et de soude), le disthène, la staurotide
Schistes à séricite (Cévennes) présentant une schistosité fine : ils sont doués d'un éclat gras, talqueux, et composés de silice, de potasse et d'alumine. On les trouve au contact des schistes argileux et du granit
Schistes à dipyre noirs du département de l'Ariège.
Schistes à ostrélite des Ardennes, composés de particules de quartz et de lamelles d'ostrélite réunies par un ciment isotrope.
Schistes euritiniques. - Ils appartiennent à la série des roches feldspathiques. Ce sont des schistes très durs, peu fusibles, composés d'une pâte de quartz et de plagioclase mélangés de magnétite, de chlorite et d'oxyde de fer. Ils renferment environ 75% de silice, 12% d'alumine, 6 à 7 % de soude.
Schistes tachetés, roches noirâtres schistoïdes, formées de mica et d'un peu de feldspath; leur coloration est due à de l'ocre, ou le plus souvent à clos matières organiques qui fournissent des taches ayant la forme de gerbes et de mouchetures.

Les schistes tachetés prennent quelquefois le faciès de schistes noueux plus ou moins riches en mica; le quartz y est accompagné de staurotide, de tourmaline et d'andalousite.

Phyllades, roches qui se divisent en feuillets très minces, mais dont l'ensemble est doué d'une grande cohérence. Ils sont tantôt facilement, tantôt difficilement fusibles au chalumeau. Ils renferment 50 à 75 % de silice, 15 à 20% d'alumine; les autres éléments sont le magnésium, la potasse, l'eau (2,5 %), la chaux, la soude. Les acides chlorhydrique et sulfurique en attaquent de 12 à 50 %. Eléments accessoires : le graphite, l'amphibole, le talc, la chlorite la staurotide, le sable quartzeux (Phyllades arénifères), le quartz cristallin.
Les schistes maclifères renferment de la macle ou chiastolithe.
.


[Dictionnaire de Cosmographie][Table de Mendeleev][Terre]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2009 - 2026. - Reproduction interdite.