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| Les langues > Indo-européen > langues indiennes |
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et la littérature sanscrite |
| Le
sanscrit
ou sanscrit ( = saṃskṛta, d'un mot composé qui signifie
achevé,
parfait
) est un antique idiome de l'Inde, qui appartient à la
branche
indienne des langues indo-européennes.
Il est désigné par les premiers Européens qui en eurent connaissance
sous les noms de hanscret et de sanscredam, où l'on reconnaît
le nom véritable, et sous ceux de nagrou et de grantham,
indiquant la langue écrite, la langue des livres. Cette langue a joué
un rôle central dans la culture, la littérature, la philosophie et les
sciences de l'Inde antique, et sert de base pour de nombreuses langues
indiennes modernes. Cette langue est caractérisée par sa richesse en
termes et concepts abstraits, ainsi que par une grammaire complexe mais
rigoureuse. Elle a influencé profondément la pensée hindoue, bouddhiste
et jaïniste.
La grammaire sanscrite.
Sur le plan phonétique et phonologique, le sanscrit se caractérise par une organisation très rigoureuse des sons. Les phonèmes sont classés selon leur point et leur mode d'articulation, ce qui a conduit à l'élaboration d'un inventaire phonétique remarquablement précis. Le système vocalique distingue des voyelles brèves et longues, auxquelles s'ajoutent des diphtongues. Les consonnes sont réparties en séries systématiques, notamment les occlusives, organisées selon une grille articulatoire allant des gutturales aux labiales, avec une distinction fondamentale entre consonnes sourdes, sonores, aspirées et non aspirées. Un trait central de la grammaire phonologique est le sandhi, ensemble de règles régissant les modifications phonétiques aux frontières des mots ou des morphèmes. Ces règles, obligatoires dans la langue standard, assurent une continuité phonique et jouent un rôle essentiel dans la morphologie et la syntaxe effectives du sanscrit. La morphologie nominale du sanscrit est fondée sur un système flexionnel riche. Les noms, adjectifs et pronoms se déclinent selon trois genres (masculin, féminin et neutre), trois nombres (singulier, duel et pluriel) et huit cas. Ces cas expriment des fonctions syntaxiques et sémantiques variées, telles que le sujet, l'objet, l'instrument, le lieu, l'origine ou l'appartenance. La flexion est réalisée par l'ajout de désinences à des thèmes nominaux, dont la forme dépend de la voyelle ou de la consonne finale du radical. Le duel, aujourd'hui disparu de la plupart des langues indo-européennes modernes, est pleinement productif en sanscrit et occupe une place fonctionnelle importante dans la langue. Le système verbal est tout aussi complexe et constitue l'un des aspects les plus caractéristiques de la grammaire sanscrite. Les verbes se conjuguent selon la personne, le nombre et la voix, et s'organisent autour de différents thèmes verbaux. On distingue traditionnellement plusieurs temps et modes, parmi lesquels le présent, l'imparfait, le parfait, l'aoriste, le futur, l'impératif et l'optatif. Ces catégories ne correspondent pas toujours exactement aux notions temporelles modernes, car elles expriment souvent des valeurs aspectuelles ou modales. Le sanscrit connaît deux voix principales, l'active et la moyenne, auxquelles s'ajoute une forme passive dérivée. Le système verbal inclut également des formes non finies très développées, comme les participes, les infinitifs et les gérondifs, qui jouent un rôle central dans la construction des phrases. Un trait distinctif de la grammaire sanscrite est l'existence de classes verbales, traditionnellement au nombre de dix, qui déterminent la formation du thème verbal du présent. Ces classes se distinguent par des procédés morphologiques tels que l'infixation, l'allongement vocalique ou la redoublement. Cette classification, déjà pleinement formulée dans la tradition grammaticale ancienne, témoigne d'une analyse fine de la structure interne du verbe. La syntaxe sanscrite repose largement sur les relations morphologiques plutôt que sur l'ordre des mots. En raison de la richesse des désinences casuelles, l'ordre des constituants est relativement libre, bien que certaines préférences discursives existent. La phrase sanscrite peut être très dense sur le plan informationnel, notamment grâce à l'usage extensif de composés nominaux. Ces composés, appelés samāsa, constituent un élément fondamental de la grammaire. Ils permettent de combiner plusieurs mots en une seule unité lexicale, parfois très longue, et obéissent à des règles précises selon les relations sémantiques entre les éléments. On distingue plusieurs types de composés, tels que les composés déterminatifs, possessifs, copulatifs ou adverbiaux. La grammaire sanscrite accorde également une importance particulière à la dérivation. À partir de racines verbales abstraites, la langue forme des noms, des adjectifs et des verbes secondaires grâce à un système étendu de suffixes. Cette dérivation est étroitement encadrée par des règles morphophonologiques, souvent conditionnées par le sandhi et par la structure syllabique. La notion de racine est centrale dans la tradition grammaticale indienne, qui conçoit le lexique comme un ensemble de formes dérivées à partir d'éléments fondamentaux porteurs de sens. Enfin, la tradition grammaticale sanscrite se distingue par son haut degré de métalangage et d'abstraction. Les grammairiens indiens ont développé un système technique extrêmement précis, incluant des règles concises, des métarègles et des conventions formelles destinées à éviter toute ambiguïté. Cette approche générative avant la lettre permet de produire l'ensemble des formes correctes de la langue à partir d'un nombre fini de principes. L'histoire de
la langue sanscrite.
Au fil des siècles, la langue des textes védiques a subi des transformations internes et une tendance à la régularisation. Cette évolution a conduit à l'émergence du sanscrit classique, une forme plus standardisée et stabilisée. Cette standardisation est indissociable de l'oeuvre du grammairien Pāṇini, qui vécut probablement au IVe siècle av. JC. Son traité, l'Aṣṭādhyāyī, constitue une description extrêmement précise et systématique de la langue, fondée sur environ quatre mille règles concises. Pāṇini n'a pas seulement décrit le sanscrit de son époque; il a fixé une norme linguistique qui allait devenir la référence pour les siècles suivants. Grâce à cette codification, le sanscrit classique est devenu une langue savante relativement immuable, comparable en cela au latin classique en Occident. À partir de cette période, le sanscrit cesse progressivement d'être une langue vernaculaire pour devenir une langue de culture, de religion et de savoir. Tandis que les langues parlées par la population évoluent vers les prakrits, puis plus tard vers les langues indo-aryennes modernes comme l'hindi, le bengali ou le marathi, le sanscrit demeure la langue des textes religieux hindous, bouddhiques et jaïns, ainsi que des traités de philosophie, de grammaire, de médecine, d'astronomie, de mathématiques et de littérature. Les grandes épopées indiennes, le Mahābhārata et le Rāmāyaṇa, ont été mises par écrit dans une forme de sanscrit épique, intermédiaire entre le védique tardif et le sanscrit classique. Du début de l'ère
chrétienne jusqu'au premier millénaire, le sanscrit connaît un âge
d'or littéraire et intellectuel. Des auteurs comme Kālidāsa illustrent
un usage hautement raffiné de la langue dans la poésie et le théâtre.
Le sanscrit devient également un vecteur majeur de diffusion culturelle
au-delà de l'Inde À partir du second millénaire, le rôle du sanscrit commence à décliner face à l'essor des langues vernaculaires, qui deviennent des langues littéraires à part entière. Toutefois, le sanscrit ne disparaît jamais complètement. Il conserve un statut symbolique et religieux central dans l'hindouisme, et continue d'être enseigné dans les centres traditionnels d'apprentissage. Sous la domination musulmane puis coloniale, il perd son rôle administratif et politique, mais demeure une référence intellectuelle majeure. À l'époque moderne
et contemporaine, le sanscrit est essentiellement une langue liturgique,
académique et patrimoniale. Il est encore enseigné dans les universités
indiennes et étudié dans le monde entier par les linguistes, les historiens
et les philologues. Son importance dépasse largement le cadre indien,
car il a joué un rôle fondamental dans la naissance de la linguistique
comparée au XIXᵉ siècle, lorsque les chercheurs européens ont mis
en évidence ses correspondances systématiques avec le grec,
le latin et les autres langues indo-européennes. Aujourd'hui, bien qu'il
ne soit plus une langue de communication quotidienne pour la majorité
de la population, le sanscrit demeure un pilier de la tradition intellectuelle
indienne et un objet d'étude central pour la compréhension de l'histoire
des langues et des civilisations.
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La littérature
sanscrite.
Après la période védique, la littérature
sanscrite entre dans une phase classique marquée par la systématisation
du langage, notamment grâce à l'oeuvre de Pāṇini au IVe
siècle av. JC. Son traité grammatical, l'Aṣṭādhyāyī, définit
les règles du sanscrit classique et établit une norme linguistique rigoureuse
qui influencera toute la production littéraire ultérieure. À cette époque
émergent également les épopées majeures de l'Inde : le Mahābhārata La période classique voit aussi l'épanouissement d'une littérature savante et esthétique d'une grande diversité. La poésie lyrique, incarnée par des figures comme Kālidāsa (IVe-Ve siècle ap. JC), atteint des sommets de raffinement et d'émotion. Son oevre majeure, le Kumārasambhava, ainsi que ses drames comme le Śakuntalā (Abhijñānaśākuntalam), sont salués pour leur beauté linguistique, leur sensibilité profonde et leur maîtrise des conventions dramaturgiques. D'autres dramaturges comme Bhavabhūti, Śūdraka ou Bhāsa contribuent aussi à faire du théâtre une forme artistique codifiée, souvent guidée par les principes esthétiques du Nāṭya Śāstra, attribué au sage Bharata Muni, qui établit les fondements de la dramaturgie, de la danse, de la musique et de la poétique en se fondant sur la théorie des rasa (saveurs émotionnelles). Parallèlement, la littérature didactique
et narrative se développe. Les Purāṇas La philosophie sanscrite s'exprime à travers six écoles orthodoxes (āstika) : Nyāya (logique), Vaiśeṣika (atomisme), Sāṃkhya (dualisme entre matière et conscience), Yoga (pratique religieuse), Mīmāṃsā (exégèse védique) et Vedānta (métaphysique basée sur les Upanishads). À cela s'ajoutent les écoles hétérodoxes (nāstika) comme le bouddhisme et le jaïnisme, qui produisent elles aussi, souvent en sanscrit ou en prākrits, d'importantes oeuvres logiques, métaphysiques et éthiques. Nagarjuna, Vasubandhu, Dignāga ou Śaṅkara sont quelques-unes des grandes figures intellectuelles qui, à travers des traités en prose ou en vers, façonnent le paysage philosophique de l'Asie. La littérature savante se déploie également
dans des domaines non religieux : la science, les mathématiques
(Aryabhata), l'astronomie, la médecine (Charaka
Samhita, Suśruta), la linguistique, la politique (Arthaśāstra
de Kauṭilya), ou l'érotique (Kāmasūtra À partir du XIIIe siècle, avec les invasions musulmanes et la montée des langues régionales, le sanscrit perd progressivement son rôle de langue vivante, mais la production littéraire continue, en particulier dans les milieux brahmaniques et royaux. De nouveaux commentaires, traités philosophiques, poèmes de dévotion (stotra) etoeuvres dramatiques sont encore composés jusqu'à l'époque coloniale. Même au XIXe et XXe siècles, des érudits comme Kālidāsa Miśra ou Satya Vācaspati continuent d'écrire en sanscrit. |
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