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Nuremberg
Nuremberg, Nürnberg, est une ville d'Allemagne, en Bavière (Franconie moyenne), sur la Pegnitz, sous-affluent du Main et la voie navigable du Danube au Rhin; Population : 500 000 habitants (en 2012). 

La ville intérieure est partagée en deux moitiés par la Pegnitz, qui portent le nom de leurs grandes églises : Saint-Sebald, à droite et au Nord; Laurent (Lorenz), à gauche et au Sud. La rivière forme quatre îles dont la première, seule considérable, s'appelle Schütt. Elle est franchie par plusieurs ponts et passerelles; le plus intéressant est le pont de la Boucherie, arche unique de 32 m. La ville intérieure possède encore des vestiges de son enceinte formée d'une double muraille flanquée de tours et de bastions et enveloppée d'un fossé de 10 m de profondeur et 30 m de large. 
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Nuremberg : la Pegnitz.
La Pegnitz à Nuremberg.

Elle a 5 km de pourtour, 4 grandes portes garnies Le grosses tours bâties par Unger (1555-1568) et 6 petites portes. Sur plusieurs points on a percé au XIXe s. de nouvelles et plus commodes entrées. Les faubourgs, qui possèdent les deux tiers de la population, s'étendent autour de la vieille ville et renferment les industries sur lesquelles continue de se fonder la prospérité de la ville. Ses jouets, sa quincaillerie, ses objets de laiton et d'acier, ses montres, ses crayons (Maison Faber fondée en 1761), ses produits chimiques, ses couleurs (outremer), sa fameuse bière noire, n'ont peut-être pas complètement disparu, mais ont laissé largement la place aux nouvelles technologies. 

Massivement bombardée pendant la la Seconde Guerre mondiale, Nuremberg a été l'objet ensuite d'une reconstruction et de restaurations de longue haleine.

Les monuments de Nuremberg.
La ville intérieure a gardé ou retrouvé en certains endroits (par exemple autour de la maison de Dürer, au pied de la burg) un aspect archéologique avec ses maisons du XVIIe et du XVIIIe siècle, présentant à la rue leur pignon et des avancées. Elle renferme beaucoup de monuments remarquables. 

L'église Saint-Laurent.
L'église Saint-Laurent, principalement en style gothique, fut commencée en 1140 sur l'emplacement d'une chapelle du Saint-Sépulcre. Son grand portail est flanqué de deux tours carrées à 7 étages, percées d'une seule fenêtre sur chaque face à chaque étage, décorées à leur sommet d'une sorte de treillage de pierre, et achevées, par une pyramide, l'une en 1403, l'autre en 1498. Il n'y a qu'une porte, large de 8 m, haute de 13,30 m, et coupée par un pilier accolé d'une statue de la Vierge et de l'enfant Jésus; on a entassé sous la grande ogive qui la domine une foule de sculptures représentant la naissance du Christ, l'adoration des Mages, la Présentation au Temple, la Fuite en Égypte, la Passion, la Résurrection, le Jugement dernier, etc. La rose qui est au-dessus de la porte a 10 m de diamètre. 

A l'intérieur de l'édifice, les deux ailes sont moitié moins hautes et moitié moins larges que la grande nef; le choeur, construit de 1459 à 1477, sur les plans de Conrad Roritzer, est un peu plus élevé que la nef. Dans, la nef principale, comme aux arcs à plein cintre des portes latérales, on reconnaît les traces du style byzantin. L'église Saint-Laurent forme un carré oblong, qui a 105 mèt. sur 35. On remarque les deux magnifiques roses de la croisée, ouvrage da vitrier Wolkamer, les vitraux des onze fenêtres du choeur restaurées par Kellner, et surtout, adossé à un pilier du choeur, un tabernacle sculpté par Adam Kraft de 1496 à 1500 : c'est une véritable bijouterie de pierre, qui représente l'histoire de la Passion.

Le crucifix du maître-autel, en bois doré, a été exécuté, ainsi que la chaire, par Rotermundt, d'après les dessins de Heideloff. 

Au centre de la place qui précède le grand portail de l'église Saint-Laurent, se trouve la Fontaine des Vierges, construite en 1589 par Bénédict Wurzelbauer : du milieu d'un bassin en pierre s'élève une colonne, autour de laquelle sont groupées en deux séries 12 figures de fonte, dont 6 enfants nus supportant les armes de la ville, et 6 vierges qui sont des emblèmes de vertus; au sommet est la Justice, avec sa balance, et, près d'elle, une grue, symbole de la vigilance.

L'église Sainte-Marie.
L'église de Marie (ou Notre-Dame) est un monument plus élégant que grandiose, élevé de 1355 à 1361, à l'époque la plus brillante de l'architecture gothique, par les architectes Georges et Frédéric Ruprecht, et le sculpteur Sebald Schonhofer. Il a la forme carrée des premières églises que les Grecs construisirent sur le modèle des temples paiens. A la fin du XVe siècle, on y adapta l'ogive; c'est aussi à cette époque que fut élevée la gracieuse petite tour qui surmonte son portail occidental. Ce portail est précédé d'un porche où la sculpture a prodigué toutes ses richesses, et au-dessus duquel Adam Kraft a ajouté une chapelle : là se trouve une horloge mécanique, fabriquée en 1599 par Georges Heuss, mais ne fonctionnant plus aujourd'hui, et dans laquelle, quand les heures sonnaient, on voyait les électeurs d'Allemagne passer devant l'empereur. L'église Notre-Dame a été rendue au culte catholique en 1816, mais dépouillée des chefs-d'oeuvre de peinture et de sculpture qui l'ornaient autrefois : on fit alors subir à l'intérieur une restauration trop complète, ou le surchargea de nouvelles peintures et de dorures. 

Près de l'église, et comme elle sur la place du Marché, s'élève la Belle Fontaine, oeuvre des mêmes artistes. C'est une élégante construction à trois étages, qui vont en se rétrécissant, et que surmonte une pyramide couverte de boutons de fleurs et couronnée par deux lis. L'étage inférieur est de forme octogonale; ses 8 piliers sont accotés de 16 figures de 1,30 m de hauteur, qui représentent les sept princes électeurs, Godefroy de Bouillon , Clovis, Charlemagne, Machabée, Josué, David, Jules César, Alexandre et Hector. L'étage du milieu est orné des statues de Moïse et des sept Prophètes. Cette fontaine, qui était autrefois peinte et dorée, a nécessairement souffert des outrages du temps; de 1447 à 1586 on la restaura 5 fois; elle a été remise à neuf, de 1822 à 1824, sous la direction de Reindel; la grille de fer qui l'entoure, exécutée par Paul Koehn, date de 1586.

L'église Saint-Sebald.
On peut suivre sur ce monument les progrès de l'architecture allemande depuis son origine byzantine jusqu'au XIVe siècle, où elle acquit son plus grand développement. La partie antérieure, qui se trouve comprise entre les deux tours, et qu'on appelle Löffelsholz ou la chapelle de Saint-Pierre, est la plus ancienne, et date du Xe siècle. La tour méridionale fut commencée en 1300, celle du nord en 1345. La population de la ville s'étant considérablement accrue, on démolit le choeur de l'église, et, de 1361 à 1377, on en construisit un autre plus vaste, qui offre l'élégance et la délicatesse des oeuvres de la fin du XIVe siècle. Malheureusement les arcs-boutants qui soutenaient les murs de ce choeur durent être démolis comme menaçant ruine, en 1561; on les remplaça par une toiture d'un aspect lourd et disgracieux, qui a fait disparaître aussi les frontons dont les fenêtres étaient surmontées. 

C'est en 1482 et 1483 que les deux tours, d'une forme simple et élancée, reçurent leurs aiguilles, et atteignirent ainsi une hauteur de 88 m. Entre ces deux tours et de la fenêtre centrale de la chapelle de Saint-Pierre, on voit pendre un crucifix colossal en bronze, coulé en 1482 par les frères Stark. Au portail latéral du nord, dit Porte des Fiancés, on a sculpté les Vierges sages et les Vierges folles; à celui du sud, se trouve un beau Jugement dernier, sculpté en 1485 par Adam Kraft. L'intérieur de l'église présente un bel aspect : il est éclairé par 95 fenêtres, garnies pour la plupart de vitraux de couleur. La chapelle de Saint-Pierre contient trois beaux tableaux peints sur or, plusieurs bas-reliefs de Kraft, et d'admirables fonts baptismaux en cuivre. 

Mais la merveille de cette église est le tombeau de Saint-Sébald, exécuté en bronze par Pierre Vischer, de 1506 à 1519, et qui est resté au milieu du choeur, bien que l'édifice soit consacré au culte protestant. Ce tombeau a 5 m de haut, 2,85 m de long et 1,55 m de large. C'est une sorte de cage, dont les minces et brunes colonnes font valoir la châsse du saint, toute couverte de lames d'or et d'argent; sa base repose sur d'énormes escargots; les colonnes qui la joignent au faite forment trois arcades ogivales sur chacune des faces latérales, et une à chaque extrémité; des figures ornent la base de ces colonnes, et d'autres se dressent sur le sommet; les statues des Apôtres sont adossées encore aux colonnes, vers les deux tiers de leur hauteur; enfin, aux quatre angles, des sirènes soutiennent des candélabres. Le faite du tombeau est formé de constructions architectoniques et de clochetons byzantins. Ce travail de Vischer n'a pas d'égal dans la sculpture allemande : la pureté du dessin, la variété des poses, l'expression des têtes, la largeur des draperies, le mettent sur le même rang que les bronzes les plus célébres des maîtres italiens.

Les autres églises.
L'église Aegidi (1711-18), en style italien, conserve unse chapelle romane et un tableau d'autel de Van Dyck. 

L'église du Saint-Esprit (1333-1341; restaurée en 1850) abritait jadis les ornements impériaux, aujourd'hui conservés à Vienne

L'église Saint-Jacques, bâtie par l'ordre Teutonique en 1283, a été refaite en 1824-1825. 

L'église Saint-Jean, à 1 km de la ville, est entourée d'un cimetière où reposent Albrecht Dürer, Veit Stoss, Sandrart, Pirkheimer, L.-A. et A. Feuerbach , L. Spengler, Grübel, etc.

Les autres monuments.
A l'angle Nord-Ouest de la ville intérieure s'élève le château, la burg impériale, qui était la propriété commune du roi de Bavière et de l'empereur. Elle fut bâtie par l'empereur Henri II et prit sa physionomie actuelle sous Frédéric Barberousse. On y remarque la tour ronde Vestner, point culminant de Nuremberg (altitude 352 m), la tour carrée des païens avec ses deux chapelles (de Marguerite et de l'empereur) superposées, la tour pentagonale qui est le plus ancien édifice de Nuremberg, des boiseries de Veit Stoss, des tableaux de L. Cranach, Burgkmaier, Schaeufferlin, un grand tilleul dans la cour intérieure, auquel on attribue un âge de neuf cents ans. 
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Le pont du Bourreau, à Nuremberg. - Le bourreau vivait dans la tour. La maison à colombages,
sur la gauche, a été un dépôt vins (Weinstadel). C'est aujourd'hui une résidence pour étudiants.

A côté de la burg impériale s'élevait jadis le château du burgrave; il fut brûlé en 1420 et remplacé par une halle au blé (1494-1495), le Kaiserstall, qu'on aménagea ensuite pour contribuer à la défense entre la tour pentagonale et celle de Luginsland. 

En face de Saint-Sebald s'élève l'Hôtel de ville, construit de 1332 à 1340, agrandi jusqu'en 1522, et rebâti presque entièrement de 1616 à 1619 par Holzschuher, dans le style des grands palais italiens. Sa façade a 92,66 m de développement, 36 fenêtres de front, et 2 étages. La grande salle du Conseil, au premier étage, a 27 m de long sur 10 de large, et appartient au bâtiment primitif; les vitraux des fenêtres sont de Veit Hirschvogel (1521), et le plafond en bois de Vebaim (1613 ); tout le mur septentrional de cette salle est orné de peintures d'Albrecht Dürer, représentant le triomphe de l'empereur Maximilien Ier, mais endommagées par le temps et mal restaurées; en face, les fresques sont de G. Weyer, et ont également subi une restauration. Les corridors du premier étage ont un plafond où Abraham Grass a représenté en 1619, avec figures en stuc grandeur nature, un tournoi de l'an 1446. Au deuxième étage est une petite salle du Conseil, dont le plafond a été richement peint par Paul Juvenel. Sous l'Hôtel de ville sont creusés des souterrains immenses, dont quelques-uns ont servi de prisons.
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Ancienne photographie de Nuremberg.
Ancienne vue de Nuremberg et de ses maisons de bois.

Un grand nombre de maisons particulières (souvent reconstruites après la Guerre) offrent un intérêt historique et esthétique. Citons celles de Nassau, avec une statue de l'empereur Adolphe de Nassau sur le puits; de Grundherr, où fut rédigée la bulle d'or de1356; d'Albrecht Dürer, de Hans Sachs, du poète Grübel, de Kraft, de Peller (en style vénitien, 1605), de Ruprecht, etc.

Les autres monuments notables sont les fontaines : celle du Marché (Schoene Brunnen), oeuvre de maître Henri le Balier (1385-1396), colonne de pierre de 19,5 m à trois étages, finement ouvragée et décorée de jolies figurines; celle de bronze connue sous le nom de l'Enfant à l'Oie; celle de la Vertu (bronze); celle de l'Art, oeuvre moderne érigée en 1835 pour commémorer l'ouverture du premier chemin de fer d'Allemagne (de Nuremberg à Fürth), On peut enfin citer les statues d'A. Dürer par Rauch, de Hans Sachs par Krauser, le monument de Grüber par Wanderer, les sept stations, colonnes de pierre, décorées par Ad. Kraft, qui s'espacent sur le trajet entre la maison de Pilate et le cimetière Saint-Jean.
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Nuremberg : le château.
Le château de Nuremberg, au début du XXe siècle.
Les douves étaient transformées en jardins potagers.

L'histoire de Nuremberg.
Nuremberg était déjà une ville en 1062 ; elle obtint de Henri III la franchise du marché, le droit d'octroi et de monnaie. Frédéric II lui accorda l'immédiateté (1219). Le burgraviat mentionné à partir de 1105, où Henri V saccagea la ville, passa en 1491 aux comtes de Zollern ( Hohenzollern), mais n'arrêta pas le développement des libertés municipales de la ville, administrée par ses consuls dès 1236. Ce ne fut pourtant qu'au XVe siècle qu'ayant acquis les propriétés impériales, les bourgeois transformèrent en magistrats municipaux les officiers impériaux des finances et des forêts. La grande prospérité de la ville date du XIVe siècle, elle devint le grand entrepôt du négoce entre l'Italie et l'Allemagne du Nord; les découvertes maritimes, détournant la route du commerce indien, la firent décliner. Toutefois, sa population ne semble  pas avoir été considérable, variant de 20.000 à 40.000 habitants. En raison de sa position en plaine, entre le Danube, le Rhin et l'Elbe, beaucoup de diètes impériales y furent tenues depuis 1073 jusqu'à la fin du XVIe siècle ; la plus célèbre est celle ouverte le 25 novembre 1355 où fut rédigée la Bulle d'Or. De 1424 à 1806 les ornements officiels de l'empire furent conservés à Nuremberg. En 1247, la ville acheta au burgrave Frédéric VI son château et tous ses droits pour la somme de 120.000 florins. Elle eut cependant des luttes à soutenir à ce sujet avec les margraves de Brandebourg-Ansbach et Culmbaceh (1449-1450 et 1552). 

Elle profita de la guerre de succession palatine (1583-1587) pour agrandir son territoire vers l'Est. et le Sud. A l'époque de la Renaissance, Nuremberg fut un des centres les plus brillants de l'art et de la science allemands, ville de Martin Behaim, Coban Hess, Melchior Pfintzing, Joachim Sandrart, Wilibald Pirkheimer, Hans Sachs, Albrecht Dürer, Ad. Kraft, P. Vischer, Grübel, etc. Elle revendique avec, plus ou moins de raison l'invention de la montre, de la clarinette, de la pédale, des globes, de l'arquebuse, du laiton. La Réforme fut acceptée en 1524. A Nuremberg furent conclues la première paix religieuse entre protestants et catholiques (23 juillet 1532) et une ligue de Charles-Quint et des Etats catholiques (10 juin 1538). La ville resta neutre dans la guerre de Smalkalde, adhéra à l'Union protestante du 10 mai 1609, vit en 1632 les savantes manoeuvres de Gustave-Adolphe contre Wallenstein, traita avec l'empereur en même temps que l'électeur de Saxe (1635). Ruinée par les guerres de la Révolution, elle offrit, en 1796, de se donner au roi de Prusse qui refusa, conserva sa liberté en 1803, mais fut en 1806 annexée à la Bavière avec son territoire (1266 km², 80.000 habitants) ; il est vrai que la Bavière se chargeait de sa dette qui montait à 9 millions de florins.

Sous le régime hitlérien, Nuremberg a connu de grandes manifestations du parti nazi. Après la guerre, comme un symbole, elle a été le siège du tribunal qui a jugé certains des principaux criminels nazis. (A.-M. B.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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