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L'histoire de l'Alsace
Alsace, en allemand Elsass (Alesatia et Alesaciones, dans la chronique de Frédégaire, VIIe siècle; Elisacia, Alsazas, Alisazgouwe, VIIIe siècle; Elsazo, Elisazo, IXe siècle; Elsaz, XIIIe siècle; Edelsaz, XVIe siècle). Cette ancienne province française  correspond aujourd'hui à la région Alsace, constituée des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Cette page est un résumé de son histoire jusqu'à son annexion par l'Allemagne à l'issue de la guerre de 1870, époque à laquelle elle fut annexé avec une partie de la Lorraine le pays annexé à l'empire d'Allemagne (Traité de Francfort 1871, Alsace-Lorraine). L'Alsace a été restituée à la France après la Première Guerre mondiale, par le Traité de Versailles. Elle subira encore une annexion de plus courte durée par l'Allemagne hitlérienne pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'étymologie du mot Elsass, Alsace, est très incertaine; les uns le font dériver de Al, El, Ella, Alsa, anciens noms de la rivière d'Ill et du mot allemand sass, habitant. L'Alsacien serait alors l'habitant des bords de I'Ill. D'après d'autres, l'Alsace est le pays des Alisazun ou Elisazun, c.-à-d. de ceux qui sont établis (saxo, saxun) dans une terre étrangère (ali, eli). C'est ainsi que les Alémans qui, au IVe siècle, avaient passé le Rhin pour se fixer en Alsace, doivent avoir été appelés soit par les Alémans restés au-delà du fleuve, soit par les Francs, qui, vers la fin du Ve siècle, avaient conquis la vallée supérieure du Rhin. 

L'Alsace préhistorique et celtique

Préhistoire alsacienne. 
Des traces incontestables de l'existence de l'humain en Alsace se trouvent déjà dans la dernière période du Paléolithique. En 1865, on a découvert à Eguisheim, près de Colmar, deux fragments d'un crâne humain. Ce crâne, type dolichocéphale, qui, par la saillie des arcades sourcilières et le développement des sinus frontaux, rappelle les crânes de la grotte d'Engis et de Néandertal, a été trouvé, en même temps qu'une dent d'Elephas primigenius, une pointe de flèche et un couteau en silex, à une profondeur de 2,50 m dans la dépôt de limon des glaciers, d'origine alpino-rhénane, connu sous le nom de loess on de lehm. L'examen minutieux du terrain, des ossements et des pierres taillées, les investigations géologiques et les analyses chimiques ont démontré : 1° que les débris humains découverts à Eguisheim ont été déposés en cet endroit lors de la formation du loess; que par conséquent l'humain a vécu en Alsace à l'époque paléolithique qui a succédé à la période glaciaire; 2° que l'humain alsacien a été le contemporain du Mammouth (Elephas primigenius) et d'autres espèces d'animaux éteintes (Rhinoceros tichorinus, Ursus spelaeus, Felis spelaea), dont on trouve les dents et les ossements dans le même terrain alluvial.

De plus, on a trouvé, sur la territoire alsacien, des centaines d'objets en pierre éclatée ou polie et, près de la frontière suisse, on a même découvert une station de la pierre taillée, celle de la grotte d'Oberlarg, avec silex éclatés, poteries primitives et ossements d'animaux en partie émigrés.  D'après la distribution des objets en pierre trouvés en Alsace, on a conclu que les habitants primitifs de la vallée du Rhin s'étaient établis de préférence sur les collines à proximité d'étangs et surtout de cours d'eau (maisons sur pilotis). Les régions où l'on a trouvé le plus de pierres taillées ou polies sont : 1° les collines du Bas-Rhin, presque toutes recouvertes de loess, qui s'étendent entre la Bruche au Sud, les Vosges à l'Ouest et la ligne du chemin de fer de Strasbourg à Niederbronn au Nord et à l'Est; 2° les collines du Sundgau, dont les unes sont jurassiques tandis que les autres appartiennent au terrain tertiaire et sont en partie recouvertes de loess et qui, enclavant plusieurs étangs, s'étendent entre la frontière suisse au Sud, le chemin de fer de Bâle à Mulhouse à l'Est, le canal du Rhône au Rhin depuis Mulhouse jusqu'à Montreux au Nord, et la frontière française à l'Ouest. La montagne et la plaine, par contre, sont très pauvres en objets de pierre taillée ou polie. Les parties basses, aujourd'hui couvertes d'alluvions, étaient encore inondées à cette époque et par conséquent inhabitables. Plus tard, les eaux s'étant retirées, elles n'ont été habitées que lorsque l'usage du bronze et du fer était déjà répandu. Il existe aussi en Alsace des monuments mégalithiques.

Période celtique. 
Les plus anciens habitants de l'Alsace, dont l'histoire ait gardé la souvenir, furent les Celtes, arrivés à l'âge de Bronze. Jules César est le premier qui en fasse mention. Nous ne savons presque rien de l'époque antérieure à l'arrivée des Romains.  Il est probable cependant que les murs dits cyclopéens, qui couronnent plusieurs sommets de la chaîne vosgienne (Taennichel, Frankenbourg, Sainte-Odile, Guirbaden, Heiligenberg, Ochsenstein et d'autres), connus sous le nom de murs païens (Heidenmauern), datent de l'époque celtique et aient servi de fortifications contre les invasions des Germains

Du temps de César, la Haute-Alsace, habitée par les Rauraques, les Séquanes et les Tulingiens, faisait partie de la Gaule proprement dite (Gallia celtica), tandis que la Basse-Alsace, habitée par les Médiomatrices, était comprise dans le pays des Belges (Gallia belgica). Dans le cours du premier siècle avant J.-C., une tribu germanique, les Triboques, s'établit dans le pays des Médiomatrices, qui peu à peu se retirèrent devant eux jusqu'au delà des Vosges

En 72 av. J.-C., les Séquanes en guerre avec les Eduens appelèrent Arioviste à leur secours. Celui-ci, à la tête de populations germaniques, passa le Rhin et battit les Eduens. Pour prix de son assistance, il exigea des Séquanes le tiers de leur territoire. Pendant quatorze ans, la Haute-Alsace fut en proie au pillage et aux dévastations
des Germains vainqueurs, sans cesse renforcés par d'autres peuplades qui passaient le Rhin. Quand Arioviste demanda le second tiers du pays des Séquanes, ceux-ci se réconcilièrent avec les Eduens et implorèrent le secours de Jules César, qui s'empressa d'accourir pour battre Arioviste dans une bataille meurtrière, livrée près de Rougemont sur les bords de la rivière de Saint-Nicolas (58 av. J.-C.). Cette victoire anéantit la puissance des Germains dans la Haute-Alsace, qui passa sous la demination romaine. L'année suivante, le pays des Médiomatrices (Basse-Alsace) fut soumis par Labiénus. Jules César fit de l'Alsace le boulevard de la Gaule.

L'Alsace romaine (58 av. J.-C. - 407 ap. J.-C)

Sous la domination romaine, la Basse-Alsace fit partie de la Germania prima (capitale : Mayence) et la Haute-Alsace de la Maxima Sequanorum (capitale Besançon). Du temps des premiers empereurs romains, le limes, une frontière fortifiée, établie depuis le Danube le long de la chaîne du Schwarzweld jusqu'à l'Odenwald, mit un terme aux incursions incessantes des Germains, et l'Alsace eut une ère de paix et de prospérité qui dura près de trois siècles et pendant laquelle l'agriculture, l'industrie et le commerce se développèrent, même au milieu des épaisses forêts qui, à cette époque encore, recouvraient la majeure partie du pays. Pour dominer le pays et pour défendre la frontière, les Romains établirent, le long du Rhin, une série de forts, dont les principaux étaient : Augusta Rauracorum (le village d'Augst, près de Bâle) et Argentoratum ou Argentoratus (Strasbourg, fabrique d'armes très renommée et successivement ville de garnison des 2e, 4e et 8e légions). 

D'autres castella et castra romains furent : Mons Brisaci (Vieux Brisach qui, alors, se trouvait encore sur la rive gauche du Rhin), Argentovaria (Horbourg, à 2 km de Colmar); Helvetus (près de Benfeld), Brocomagus (Brumath), Saletio (Seltz) et Tres Tabernae (Saverne), au pied des Vosges, à l'entrée de la vallée de la Zorn. Toutes ces stations militaires étaient reliées entre elles par de grandes routes stratégiques. D'après la Table Théodosienne, il y en avait deux principales; la première partait d'Augusta Rauracorum, longeait le Rhin pour traverser toute l'Alsace en passant par Horbourg, Helvetus, Strasbourg, Brumath et Seltz; c'était la continuation de la route d'Italie à travers la Suisse. Dans la Haute-Alsace, elle avait un premier embranchement vers l'Ouest dans la direction de Montbéliard et un autre par la vallée de Kaysersberg et le col du Bonhomme (Petrosa via, la Poutroye). Une seconde grande route était celle de Strasbourg à Metz, passant par Saverne, Sarrebourg et Dieuze. 

Bientôt l'Alsace devint un foyer de civilisation qui, malgré les nombreuses invasions et les dévastations des barbares, étendit son action pendant de longs siècles, non seulement sur la vallée supérieure du Rhin, mais même sur toute l'Allemagne. C'est du fait de l'influence romaine que l'Alsace a eu, au commencement du Moyen âge, le rôle de transmettre à un monde nouveau les germes de la civilisation du monde méditerranéen. C'est aussi par l'entremise des Romains que le christianisme fut introduit dans les pays rhénans. Sans tenir compte des nombreuses légendes, on peut admettre que, dès la IIIe siècle, il y avait des communautés chrétiennes dans toutes les villes romaines de l'Alsace. Pendant longtemps, les légions romaines et les fortifications de la frontière suffirent pour garantir le pays contre les populations guerrières de la Germanie; mais, dès le IIIe siècle, les Romains virent surgir à l'Est un ennemi redoutable, les Alémans; c'est ainsi qu'on nommait plusieurs peuples germaniques confédérés, descendant probablement de ceux qui, du temps de César, avaient combattu sous Arioviste.

Les Alémans occupaient, à cette époque, tout le pays compris entre le lac de Constance, la Forêt-Noire et le Main. Pressés sans doute par d'antres peuples venant de l'Est, ils essayaient sans cesse de s'étendre vers l'Ouest. Repoussés à différentes reprises par Probus, Constance Chlore, Constantin et d'autres, ils convoitaient depuis longtemps la rive gauche du Rhin. L'occasion de s'emparer de la partie supérieure de la vallée rhénane leur fut offerte par Constance II qui, après la défaite de Magnence à Mursa, les chargea de faire la guerre à Décence, le frère de l'usurpateur franc. Sous les ordres de Chnodomaire, ils passèrent le Rhin, mirent en déroute l'armée de Décence, conquirent et saccagèrent quarante-cinq villes florissantes, entre autres Strasbourg, Brumath, Seltz et Saverne, et s'emparèrent de presque toute l'Alsace (353). Constance II ne réussit plus à se débarrasser de ces hordes barbares.

C'est à Julien qu'il donna, avec le titre de césar, la mission de les refouler au delà du Rhin. Dans une expédition digne de Jules César, le futur empereur sauva l'Alsace de la domination des Alamans, pour quelque temps du moins, après leur avoir infligé une déroute complète à la bataille mémorable, livrée dans les environs immédiats de Strasbourg (357). Dès que Julien eut quitté les bords du Rhin, les Alamans revinrent. Désormais, pour les empêcher de piller et de dévaster les plaines de l'Alsace, qu'ils occupaient déjà en partie, l'empire romain en pleine décadence n'eut plus d'autre expédient due de leur faire des présents; et quand, en 403, Stilicon dut retirer de ces contrées les légions romaines pour les opposer à Alaric qui, avec ses Goths, venait d'envahir l'Italie, c'en était fait de la domination romaine dans la vallée du Rhin. 

A l'époque des grandes invasions, la vallée du Rhin, « la route des Barbares », fut un des pays les plus éprouvés. Ce furent surtout les Vandales et les Alains qui, après avoir passé le Rhin en 406, commirent en Alsace toutes les atrocités de la guerre; ils saccagèrent et brêlèrent les villes et les villages, démolirent les forts et les monuments romains, ruinèrent l'agriculture, le commerce et l'industrie. Aussi quand, après un séjour d'un an, ils quittèrent le pays, les fertiles plaines de l'Alsace, étaient désertes et incultes (407).

L'Alsace des Alémans et des Francs (407-870) 

Après le départ des Vandales et des Alains, les Alémans occupèrent l'Alsace, la région de la Forêt Noire et du Jura Souabe et presque toute la Suisse orientale et septentrionale. Quand ils essayèrent de s'étendre vers le Nord, ils se heurtèrent contre les Francs qui, déjà alors, s'étaient emparés d'une grande partie de la Gaule. Ils furent battus à la bataille de Tolbiac (496) par Clovis, que les Francs Ripuaires avaient appelé à leur secours. Sans l'intervention de Théodoric, roi d'Italie, Clovis aurait soumis tout le pays des Alémans; il leur laissa leur indépendance en Alsace, dans la Suisse et sur la rive droite du Rhin. Ce ne fut que quarante ans plus tard, en 536, que les Alémans durent reconnaître la suprématie des Francs. Cependant ils gardèrent leurs possessions et conservèrent leurs lois particulières. Mais c'était plutôt une alliance forcée qu'une soumission véritable. Il semble qu'il n'y avait pas de traité formel entre les Francs et les Alémans. Cependant les derniers durent évacuer tout le territoire qu'ils occupaient au Nord de l'Eifel. Quant au pays compris sur la rive gauche du Rhin, entre l'Eifel et la forêt de Haguenau, on leur accorda un délai. Ce délai expiré, on leur permit de rester à condition de payer un impôt. Ils ne furent libres que dans la partie méridionale, c.-à-d. dans toutes les provinces qui devaient former plus tard les évêchés de Bâle, de Constance et de Strasbourg. C'est là qu'ils fondèrent un duché, l'Alemania.

Depuis le VIIe jusqu'au milieu du VIIIe siècle, l'Alsace forma même un duché à part, dépendant du royaume d'Austrasie. Ce duché était divisé en deux comtés le Nordgau (à peu près le département du Bas-Rhin) et le Sundgau (la département du Haut-Rhin; plus tard cette dénomination ne s'est plus appliquée plus qu'au tiers méridional de ce département). Des colons francs s'établirent en Alsace au milieu de la population alémane. De là deux couches de populations. Ce courant d'immigration venait du Nord, et perdait de sa force à mesure qu'il s'avançait vers le Sud. Cela nous explique que l'élément franc soit devenu prépondérant dans la Basse-Alsace tandis que l'élément aléman est resté plus majoritaire dans la Haute-Alsace, fait qu'il est facile de constater encore de nos jours : dans la Basse-Alsace on parle un dialecte francique auquel appartiennent aussi la plupart des noms de villages, tandis que le dialecte aléman prédomine dans la Haute-Alsace. 

Les plus célèbres ducs d'Alsace furent Eticho (Athic, Adalric), son fils Adalbert et son petit-fils Liutfrid, qui pendant plus d'un siècle gouvernèrent le pays. A cette époque le christianisme, éteint depuis le départ des Romains, fut réintroduit en Alsace par les moines missionnaires de l'Irlande. Le Sundgau faisait partie de l'évêché de Bâle et le Nordgau de celui de Strasbourg. De cette époque date la fondation des grands et célèbres couvents de l'Alsace : Hohenbourg, illustré par Odile, fille du duc Eticho, Marmoutier (près de Saverne), Murbach dans le Florival près de Guebwiller, l'abbaye de Wissembourg et celle de Münster, dans la vallée de Saint-Grégoire. Les rois mérovingiens et plus tard les carolingiens eurent souvent leur résidence en Alsace.

Vers le milieu du VIIIe siècle, Charles Martel, que la puissance des ducs d'Alsace inquiétait, supprima le duché et fit administrer le pays par des comtes, qui, choisis dans la noblesse du pays, de préférence parmi les descendants du duc Eticho, étaient des vassaux du roi. Leur principale attribution était l'administration de la justice. Ils veillaient à la rentrée des revenus royaux et à tout ce qui concernait les églises et les couvents. Jusqu'à la mort de Charlemagne, l'Alsace jouit d'une grande prospérité. L'agriculture et le commerce y étaient florissants. On exportait du bois de construction et du vin. Pendant cette période, toute la possession territoriale passa entre les mains des Alémans et des Francs, tandis que les habitants primitifs du pays, les Celtes romanisés, durent peu à peu se retirer devant ces conquérants germains, pour occuper les vallées écartées et les pâturages des Hautes-Vosges. C'est là que nous trouvons encore aujourd'hui leurs traces. Les habitants du Ban de la Roche et ceux de la vallée d'Orbey (urbs) de même que les pâtres des censes des Hautes-Vosges, parlent encore maintenant un dialecte roman

Le système féodal se développa de bonne heure en Alsace. Bientôt les grands vassaux s'arrogèrent des droits toujours plus grands, s'emparèrent complètement de la juridiction, battirent monnaie, établirent des péages, se firent la guerre et se pillèrent réciproquement sans le consentement du roi et toujours aux dépens du laboureur. Le clergé jouit d'une grande considération; lui seul avait la science. Souvent le roi se servit de son crédit pour contenir le peuple dans l'obéissance et pour paralyser la puissance de la haute noblesse. 

Lors du partage de l'empire de Charlemagne entre les fils de Louis le Pieux, l'Alsace échut à Lothaire (Traité de Verdun, 843). A la mort de Lothaire, elle fut détachée de l'empire des Francs, pour faire partie de l'empire d'Allemagne sous Louis le Germanique (Traité de Mersen, 870).

L'Alsace allemande (870-1648)

L'Alsace, inféodée à l'empire d'Allemagne, traversa depuis 870 jusqu'en 925 une période d'incertitude pendant laquelle l'Allemagne et la France se disputèrent à l'envi la possession de cette province. Elle commença par être administrée par des nunti camerae; mais les actes de violence dont ces agents du fisc se rendaient coupables déterminèrent le roi Conrad à les remplacer par un seigneur de la Souabe, auquel il accorda la dignité de duc d'Alsace. Cependant ce ne fut qu'en 928, sous l'empereur Henri l'Oiseleur, que l'Alsace fut décidément administrée par un duc. Cette dignité, conférée aux ducs de Souabe, devint héréditaire dans la puissante famille des Hohenstauffen. Le dernier Hohenstauffen, duc d'Alsace, fut Conradin, mort sur l'échafaud en 1268. 

La justice se rendait toujours, comme auparavant, par deux comtes, dont l'un résidait dans la Haute-Alsace et l'autre dans la Basse-Alsace. Plus tard, leur charge devint héréditaire et ils prirent la titre de landgraves. Le premier landgrave de la Basse-Alsace fut Théodoric (1138) le premier de la Haute-Alsace, Wernher de Habsbourg (1168). Les droits dont l'empereur investissait les landgraves étaient les droits souverains. Ils avaient le droit de guerre et de paix, le droit de convoquer le ban et l'arrière-ban, d'imposer de nouvelles charges, de battre monnaie. Le landgraviat n'était pas un territoire mais une dignité, potestas judiciaria, jus judicandi, qu'ils exerçaient dans un district composé de plusieurs seigneuries. Ils avaient la haute juridiction sur tous les habitants de leur district, tandis que les seigneurs territoriaux ne possédaient que la basse justice. Les landgraves n'avaient pas de résidence fixe; ils tenaient leurs plaids en différents endroits et en plein air. Plus tard, l'empereur érigea une régence à Ensisheim

Dans la Haute-Alsace, les Habsbourg, qui furent landgraves depuis 1168 jusqu'en 1648, réussirent à effacer peu à peu la différence qui existait entre les biens de la couronne et les biens de leur maison. Bientôt ils regardèrent comme leur propriété de famille la plus grande partie des terres de la Haute-Alsace, qui dans la suite devinrent une possession de la maison d'Autriche, si bien que plus tard la justice fut rendue au nom de l'archiduc d'Autriche et qu'on en appela d'Ensisheim à Innsbruck.

Dans la Basse-Alsace, le landgrave Théodoric eut comme successeurs les comtes de Woerth (1197 à 1350). En 1359, le comte d'Oettingen, gendre du dernier comte de Woerth, avec le consentement de l'empereur Charles IV, vendit le fief du landgraviat. La majeure partie fut acquise par un seigneur de Lichtenberg, une autre par le seigneur de Fleckenstein; enfin l'évêque de Strasbourg acheta Erstein et Woerth. En 1384, l'empereur Wenceslas accorda le landgraviat de la Basse-Alsace à l'évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim; désormais jusqu'en 1648, les évêques de Strasbourg eurent le titre de landgraves de la Basse-Alsace.

Dans le cours des XIe et XIIe siècles, une foule de châteaux et de petits forts (Burgen) furent élevés en Alsace, de préférence sur les premiers contreforts des Vosges. Primitivement ce furent les résidences des nombreux seigneurs du pays; plus tard, ils ne servirent pas seulement à protéger les habitants, mais aussi à les dominer. C'était le signe évident du développement excessif du pouvoir territorial, conséquence du système féodal. Le pays risquait de se morceler en un nombre plus ou moins grand de seigneuries, dans lesquelles la liberté ne trouvait plus de refuge. Vis-à-vis de ces chevaliers seigneurs fonciers, la grande masse du peuple, livrée à leur arbitraire, était sans défense, et bientôt il n'y eut plus que des nobles, des ecclésiastiques et des serfs. Plus qu'aucune autre province, l'Alsace fut le théâtre de guerres privées, si l'on peut appeler ainsi un état d'hostilité permanent, dont le pillage était l'unique but. Une foule de nobles n'étaient que des chefs de brigands qui se pillaient entre eux, rançonnaient et dévalisaient les commerçants traversant leur territoire.

Pour contrebalancer et pour neutraliser la puissance des nobles et des grands, les empereurs, surtout Frédéric Barberousse qui avait sa résidence à Haguenau, affranchirent un grand nombre de communes et leur concédèrent des privilèges. Telle est l'origine des villes libres impériales, dans lesquelles le tiers-état put se développer peu à peu. Au XIVe siècle il y en avait déjà dix (Decapolis) : Mulhouse, Munster dans le val de Saint-Grégoire, Colmar, Türckheim, Kaysersberg, Schlestadt (Sélestat), Obernai, Rosheim, Haguenau et Wissembourg. Ces villes libres, ainsi que quarante villages, étaient administrés, au nom de l'empereur, par un grand bailli (landvogt), qui avait sa résidence à Haguenau. Strasbourg n'était pas une ville libre impériale, mais une ville libre de l'Empire (freie Reichsstadt). En 1205, Philippe en avait fait une ville immédiate de l'empire (unmittelbare Reichsstadt). Elle était autonome, avait la haute et la basse juridiction, le merum imperium

Dans les premiers temps, elle dépendait de son évêque. Peu à peu elle s'affranchissait du pouvoir épiscopal. Quand l'évêque Walther de Geroldseck voulut essayer d'anéantir l'autonomie et les droits acquis de la ville de Strasbourg, celle-ci lui déclara la guerre et remporta la victoire à la bataille d'Oberhausbergen (1202). Lorsque Rodolphe de Habsbourg, qui, pendant cette guerre, était à la tête des troupes strasbourgeoises, fut devenu empereur d'Allemagne en 1273, il confirma tous les privilèges de la ville. Affranchie du pouvoir épiscopal, la ville de Strasbourg, comme d'ailleurs les autres villes libres, eut à traverser une période de luttes intestines entre les vieilles familles patriciennes d'une part, et les bourgeois et les artisans « que l'air de la ville avait rendus libres » de l'autre. Les différents métiers s'étaient constitués en corporations et avaient réussi à prendre part au gouvernement de la ville et à obtenir l'égalité de tous les citoyens devant la loi. C'est ainsi que la ville de Strasbourg, placée sous la protection immédiate de l'empire, obtint une constitution républicaine, chefd'oeuvre de modération et de sagesse, qui, après avoir été quinze fois modifiée, trouva sa forme définitive dans une charte de 1482, appelée Schwoerbrief.

La constitution de Strasbourg servit de modèle à celle des autres villes libres. Les villes alsaciennes, pour garantir leur sécurité, contractèrent entre elles une alliance défensive et offensive, et de plus sept d'entre elles entrèrent dans la grande « ligue du Rhin » à laquelle les principales villes rhénanes prenaient part.

En 1349, la grande peste éclata en Alsace; à Strasbourg seul elle enleva 1000 habitants. Les juifs, accusés d'en être les auteurs, furent persécutés et brûlés vifs; il en périt 2000 à Strasbourg.

En 1365 et en 1375, l'Alsace fut saccagée par des bandes de soldats congédiés, venant de France et qu'on appelait les Anglais, parce qu'ils avaient été au service du roi d'Angleterre. La seconde fois, ils étaient sous la conduite d'Enguerrand de Coucy qui venait revendiquer des droits d'héritage sur le landgraviat de la Haute-Alsace. 

En 1439 eut lieu l'invasion des Armagnacs (appelés vulgairement Arme Gecken, pauvres sires). Ils revinrent en 1444 sous le commandement du dauphin de France (plus tard Louis XI) ; après avoir vaincu les Suisses à Saint-Jacques, ils firent essuyer à l'Alsace d'affreux ravages, mais la résistance courageuse des habitants les contraignit à se retirer en 1445. Déjà alors le pouvoir impérial était impuissant à protéger la frontière contre de pareilles entreprises. Les villes liguées entre elles étaient réduites à elles-mêmes, pour faire face à ces invasions réitérées.

En 1469, le duc Sigismond d'Autriche, épuisé d'argent et désireux de se venger de l'échec que la ville de Mulhouse lui avait infligé, vendit le landgraviat de la Haute-Alsace, le Brisgau , le Sundgau et le comté de Ferrette à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, pour 80,000 florins, à la condition que les habitants conserveraient tous leurs droits et immunités et que les archiducs d'Autriche auraient toujours la faculté de recouvrer les pays vendus par le remboursement du prix d'achat. Charles établit grand-bailli du pays acquis un homme tyrannique et cruel, Pierre de Hagenbach, gentilhomme du Sundgau, lequel établit sa résidence à Brisach. Ses injustices et ses vexations lui valurent la haine générale. On pressa Sigismond de dégager les terres. Les villes de Bâle, Strasbourg, Colmar et Sélestat se cotisèrent pour payer les 80,000 florins d'or. Mais le duc de Bourgogne refusa de rendre ses possessions d'Alsace. Hagenbach, pour terroriser les populations, résolut de faire assassiner les notables de Brisach. Son projet fut découvert; le bailli fut fait prisonnier par le duc Sigismond qui le condamna à la décapitation. Charles, outré, envoya Etienne de Hagenbach en Alsace, pour venger la mort de son frère. Trente villages furent pillés et saccagés. Ce ne fut qu'après les batailles de Grandson et de Morat, auxquelles les Strasbourgeois prirent part et après la mort de Charles le Téméraire devant Nancy en 1477 que Sigismond put rentrer en possession de ses terres en Alsace.

 En 1493, les paysans alsaciens se révoltèrent contre leurs seigneurs et formèrent une ligue appelée le Bundschuh (soulier d'alliance). Les chefs de la rébellion furent pris et les paysans se dispersèrent. De pareils soulèvements curent lieu en 1503 et en 1513; mais l'émeute la plus générale et la plus redoutable éclata en 1525. Les paysans, surexcités par les prédications fanatiques des anabaptistes, pillèrent et dévastèrent les villes, les bourgs, les couvents et les châteaux. Antoine, duc de Lorraine, étouffa dans le sang cette insurrection, d'abord à Saverne et ensuite à la bataille de Scherwiller (1525). Des milliers d'hommes furent égorgés impitoyablement. 

La Réforme trouva, dès le début, de nombreux partisans en Alsace; elle s'étendit depuis Strasbourg, où elle fut prêchée par Matthieu Zell, Wolfgang Capiton, Martin Bucer et Hédion, sur toute l'Alsace, à l'exception des possessions autrichiennes. 

« Nulle part ailleurs, dit Erasme, la Réforme ne fut introduite avec plus de calme et moins de désordres. » 
En 1529, l'assemblée des échevins de Strasbourg, à l'unanimité moins une voix, se prononça pour l'abolition de la messe dans la ville. En même temps il se produisit une réaction catholique à l'instigation de la maison d'Autriche. Depuis la guerre des paysans, on persécutait les adhérents de la nouvelle doctrine. Dans le Sundgau le gouvernement autrichien fit brûler comme hérétiques plus de six cents personnes. La Réforme en Alsace eut été infailliblement étouffée, si le magistrat de Strasbourg n'avait pas résolu d'opposer à la réaction catholique autant d'énergie que de prudence et de modération. L'homme d'État le plus distingué de cette époque fut Jacques Sturm de Sturmeck qui malgré la politique de Charles-Quint, réussit à faire triompher la cause protestante en Alsace, grâce à son habileté diplomatique, à sa modération, à sa prudence, à sa fermeté et à son dévouement éprouvé. Quoique la ville de Strasbourg eût confessé, à la diète d'Augsbourg (1530), la doctrine réformée des Suisses, elle réussit néanmoins à entrer dans la ligue luthérienne de Smalkalde et à faire cause commune avec les princes protestants de l'Allemagne. Quand la guerre de Smalkalde éclata, Strasbourg y envoya son contingent de troupes, sous le commandement de Schaertlin. Aussi, après la défaite des protestants par Charles-Quint à la bataille de Mühlberg (1547), elle dut subir les conditions dictées par l'empereur (Interim), jusqu'à ce que la paix de religion conclue à Augsbourg en 1555 eût rendu la tranquillité à toute l'Alsace et y eut consolidé les droits et les libertés en matières religieuse et ecclésiastique.

Le protestantisme, un moment arrêté nans son développement par les conséquences de la guerre de Smalkalde, gagna de nouveau du terrain en Alsace pendant la deuxième moitié du XVIe siècle, bien que combattu ardemment par Jean IV de Manderscheid-Blankenheim, évêque de Strasbourg depuis 1568. Ce prélat sut arrêter la démoralisation de son clergé et, pour combattre le protestantisme, appela en Alsace les jésuites qui s'établirent à Saverne et à Molsheim. Les nouvelles doctrines ne laissaient pas de faire cependant des progrès, le chapitre de la cathédrale était le seul de Strasbourg demeuré catholique, encore plusieurs de ses chanoines avaient-ils embrassé la Réforme. Destitués par leurs confrères catholiques, mais soutenus par le magistrat de Strasbourg, ils maintinrent leurs droits et, à la mort de l'évêque, Jean de Manderscheid (2 mai 1592), ils nommèrent comme administrateur de l'évêché Jean Georges, margrave de Brandebourg, tandis que les chanoines catholiques, retirés à Saverne, élurent pour évêque le cardinal Charles de Lorraine, qui déjà administrait l'évêché de Metz. Il s'ensuivit une guerre d'escarmouches, connue sous le nom de Guerre des évêques (der bischöfliche Krieg), qui dura huit mois, pendant lesquels plusieurs villes et de nombreux villages subirent le pillage et l'incendie. Une première convention (27 février 1593) avait partagé entre les deux compétiteurs les revenus de l'évêché. Mais cet accord ne fit pas cesser la guerre; les troupes brandebourgeoises et lorraines continuèrent à tenir la campagne jusqu'au moment où le margrave de Brandebourg consentit à renoncer à l'évêché moyennant une indemnité et une rente viagère (Traité de Haguenau, 26 novembre 1604). Quant aux chanoines protestants, ils purent toucher les revenus de leurs prébendes pendant quinze ans encore. A cette époque seulement le chapitre de la cathédrale de Strasbourg redevint tout entier catholique.

Pendant la guerre de Trente Ans, l'Alsace fut occupée tour à tour par les troupes des différents partis. Le comte de Mansfeld parut dès 1621, frappa plusieurs villes comme Lauterbourg, Wissembourg, Haguenau, de fortes contributions de guerre, détruisit de fond en comble la petite ville de Rosheim, après avoir fait massacrer tous ses habitants. En 1632, ce fut une armée suédoise, commandée par le comte Horn, qui pénétra en Alsace. Presque toute la noblesse du pays se déclara pour le parti protestant, soutenu par la France et par la Suède. Le duc de Lorraine, maître de Saverne, tenta en vain d'entraver la marche des Suédois, qui, après avoir assiégé et pris Benfeld, s'emparèrent successivement de Sélestat, de Kaysersberg, de Türckheim, de Munster et de Colmar, et massacrèrent beaucoup de paysans dans le Sundgau. Strasbourg, qui s'était mis sous la protection du roi de Suède, fournissait des secours à ses troupes. 

Bientôt il ne resta plus aux impériaux dans la Basse-Alsace que la ville de Haguenau qui, entraînée avec toutes les autres villes, s'était d'abord mise sous la protection de la Suède, mais que les impériaux étaient parvenus à reprendre par surprise. Dans la Haute-Alsace le rhingrave Otton, général suédois, remporta une victoire sur les impériaux, à Wattwiller (1634) et la même année, Bernard, duc de Saxe-Weimar, battit, au Champ des Boeufs, Charles duc de Lorraine et s'empara de Thann. Mais après la bataille de Noerdlingen (1634), où le maréchal Horn et le duc Bernard de Saxe Weimar furent battus par les impériaux, les Suédois, trop faibles pour garder toutes les places dont ils s'étaient emparés en Alsace, les remirent aux Français, à l'exception de Benfeld qu'ils rendirent plus tard à l'évêque de Strasbourg. En 1636, les Français, sous la conduite du cardinal Lavalette, assiégèrent et prirent Saverne. 

En 1637, Bernard de Saxe-Weimar revint avec 18,000 hommes, prit la forteresse de Brisach, après un siège de 9 mois, battit en 1638 les impériaux à Wittenwihr, les Lorrains à Cernay, et s'empara de presque toute la province. C'est à ce prince que la France s'était engagée à remettre l'Alsace après la paix; mais il mourut à Huningue en 1639. Par sa mort il laissa au cardinal de Richelieu la faculté de conserver l'Alsace à la France. Malgré les négociations entamées les hostilités durèrent six ans encore, mais l'Alsace cessa alors d'en être le théâtre. Aucune guerre n'avait été aussi désastreuse, et jamais le pays n'avait présenté le théâtre d'une aussi grande désolation aucune ville n'avait été épargnée, nombre de villages avaient été rasés. La guerre des Suédois (der Schwedenkrieg) est demeurée dans le souvenir des habitants comme la désignation du plus grand fléau qui puisse frapper un pays, et « longtemps la superstition populaire a peuplé de spectres les lieux où les étrangers avaient établi leurs demeures ».

Par le traité de Westphalie, conclu à Münster le 24 octobre 1645, l'Autriche céda à la France la ville de Brisach, les landegraviats de Haute et Basse-Alsace, le Sundgau, la préfecture des dix villes impériales, c.-à-d, la province d'Alsace, à l'exception de sa capitale, anomalie qui, évidemment, ne pouvait subsister à la longue. De plus, la France fut substituée à la maison d'Autriche dans ses rapports avec les évêques de Strasbourg et de Bâle, avec les abbayes de Lure, de Murbach, d'Andlau et de Münster, avec les comtes de Hanau-Lichtenberg, de Fleckenstein, de la Petite-Pierre, avec toute la noblesse immédiate et avec la préfecture des dix villes impériales. C'était une suzeraineté limitée par les droits historiques et les coutumes. Plusieurs articles étaient rédigés en termes tellement vagues, qu'ils devenaient, par la force des choses, la source et l'occasion de nouveaux et prochains conflits. A L'égard de la religion, il fut statué (Traité d'Osnabrück, art. 5. § 1), que le traité de Passau de 1552 et la paix de religion d'Augsbourg de 1555 seraient exécutés selon toute leur teneur et que les réformés jouiraient des mêmes droits que les luthériens. Ainsi une pleine et entière liberté de conscience fut assurée aux trois partis religieux. Quant aux biens ecclésiastiques, chaque parti devait conserver ceux qu'il avait possédés avant le 1er janvier 1624. Cette même année normale (annus normalis, decretorius) devait aussi déterminer le droit public de chaque église. Telles sont les conditions auxquelles l'Alsace devint une province française.

Période française (1648-1871)

L'exécution du traité de paix de Westphalie présenta de grandes difficultés. En vertu de l'article 87, les dix villes impériales et la noblesse immédiate continuaient à reconnaître le supremum dominium de la maison d'Autriche. L'empereur Léopold ler, lors de son élection, en 1655, s'engagea formellement à rattacher à l'empire les villes et états d'Alsace « qui se trouvaient temporairement sous la protection d'un roi étranger ». Une pareille situation ne pouvait durer. Le gouverneur français devait chercher à neutratraliser cette résistance. Par l'institution, à Ensisheim, d'une Cour de justice souveraine, formant cour d'appel pour toute l'Alsace (1657), il enleva tout pouvoir judiciaire à la préfecture de Hagnenau. Les dix villes impériales qui ne voulaient pas relever de la nouvelle juridiction protestèrent, et ce ne fut que le 10 janvier 1662 que la duc Armand de Mazarin, qui avait succédé en 1661 à son oncle le cardinal dans le gouvernement de l'Alsace, réussit à leur faire prêter le serment d'obéissance et de fidélité. Bientôt après la noblesse immédiate, ainsi que le cardinal-évêque de Strasbourg, suivirent l'exemple des dix villes. L'esprit de résistance était brisé et la ville de Strasbourg seule conservait une situation anormale.

Lorsque, en 1672, l'Allemagne et l'Espagne, effrayées des conquêtes de Louis XIV, dans la guerre de Hollande; s'allièrent aux Hollandais pour arrêter les progrès de la France, les impériaux envahirent bientôt la Haute-Alsace où, malgré les efforts de Turenne, ils réussirent à prendre leurs quartiers d'hiver; mais, en 1675; Turenne pénétra en Alsace par Belfort et Thann, surprit les quartiers ennemis et força les Allemand à évacuer l'Alsace après les avoir battus à Ensisheim et à Turckheim. Après la mort de Turenne à Sasbach, en 1675, les Français, battus par Montecuculli, ne purent empêcher les impériaux de rentrer en Alsace et d'assiéger Haguenau et Saverne. Ce fut le grand Condé qui les repoussa au-delà du Rhin. Le duc de Créqui, successeur de Condé, voulut punir Strasbourg qui, malgré sa neutralité, avait plusieurs fois livré passage aux Allemands : il enleva le fort de Kehl, brûla le pont de Strasbourg et ravagea la Basse-Alsace. La paix de Nimègue (1678), qui mit fin à cette guerre, confirma à la France la souveraineté sur l'Alsace.

En 1680, Louis XIV créa, dans les parlements de Metz, de Brisach et de Besançon, des chambres dites de réunion, chargées de rechercher en Alsace, comme dans la Franche-Comté, les Trois-Evêchés et la Flandre, quels étaient les fiefs, villes ou terres uni relevaient ou avaient relevé de ces provinces, cédées à la France, avec leurs dépendances. Les chambres, malgré les réclamations des diètes de l'Empire, annexèrent une grande quantité de villes et de terres situées en Alsace. Finalement, il ne restait plus que la ville de Strasbourg qui, pendant trente-trois ans après le traité de Westphalie, avait réussi à conserver son indépendance nominale et sa neutralité entre la France et l'Allemagne. Sommée de se rendre par Louvois et pressée par une armée
de 35,000 hommes sous les ordres du général Montelar, la ville de Strasbourg capitula le 30 septembre 1681, mais se réserva son ancienne constitution municipale, sa juridiction et ses libertés politiques et religieuses. Vauban, complétant l'oeuvre des parlements et la pensée de Louis XIV, 

" fit de Lille, Metz et Strasbourg les trois centres de défense du royaume; il bâtit Huningue et Belfort pour tenir Bâle en respect et pour couvrir l'entrée du royaume, Landau pour rendre Philipsbourg inutile et défendre l'entrée de l'Alsace par le nord, Phalsbourg pour fermer les défilés des Vosges, Saarlouis pour couvrir l'intervalle entre les Vosges et la Moselle ».
L'Europe s'effraya, réclama, puis fut obligée de signer la trêve de vingt ans de Ratisbonne (1684). L'empire cédait pour vint ans Strasbourg et le fort de Kehl, plus toutes les réunions prononcées par les chambres jusqu'au 1er août 1681. La paix de Ryswick (1697) confirma l'annexion de Strasbourg à la France.

Pendant la guerre de la succession d'Espagne (1701-1714), les impériaux pénétrèrent de nouveau en Alsace, exigèrent de fortes contributions de guerre, assiégèrent et prirent Haguenau; ils furent chassés par le maréchal de Villars. 

Sous le règne de Louis XIV, grâce à l'ordre établi par l'administration française, l'Alsace réussit à se relever peu à peu des ruines occasionnées par la guerre de Trente ans. A la guerre de Hollande succéda une ère de paix et de prospérité favorable à son développement commercial et intellectuel. Strasbourg devint alors la capitale du pays; ce fut là que résidèrent les gouverneurs chargés de l'administration militaire et les intendants chargés de la justice, des finances et de la police. L'oeuvre de fusion des deux nationalités commença dans leurs salons. L'influence française s'exerça d'abord naturellement sur les familles aristocratiques et catholiques. Les protestants se tinrent un peu à l'écart; dans la moyenne bourgeoisie luthérienne, la langue, les moeurs et la culture restèrent longtemps allemandes. Il faut attribuer ce fait aux cruelles persécutions religieuses dont ils furent l'objet pendant trop longtemps. Il est vrai que, d'après une stipulation expresse, les effets de la révocation de l'édit de Nantes (1685) ne devaient pas s'étendre aux protestants de l'Alsace auxquels le traité d'Osnabrück garantissait la liberté religieuse, mais néanmoins, grâce au zèle des capucins et des jésuites, soutenus par l'intendant La Grange, une grande quantité de villages furent forcés d'abjurer. Bientôt le protestantisme, professé par la grande majorité de la population (par les deux tiers), ne l'était plus que par une minorité (par un quart). Louis XV continua à l'égard des protestants alsaciens le même système de vexations et d'injustices. 

Pendant la guerre de la succession d'Autriche, les cavaliers hongrois de Marie-Thérèse pénétrèrent en Alsace (1740) et terrorisèrent les populations (Pandurenlärm, alarme des Pandours). Le manifeste par lequel Menzel, le général des hussards, somma les Alsaciens de redevenir Allemands, ne fit aucune impression. Au contraire, Louis XV fut reçu avec d'autant plus d'enthousiasme, quand il arriva en 1744 pour diriger lui-même les opérations de la guerre. Dans le cours de l'été 1744 les troupes hongroises durent quitter l'Alsace pour s'opposer à Frédéric Il, qui venait d'entrer en Bohème

Les troupes françaises en garnison en Alsace étaient commandées par un gouverneur général, résidant à Strasbourg. Pendant la première moitié du XVIIIe siècle ce fut le maréchal de Saxe qui occupa ce poste. Il eut pour successeurs les maréchaux Contades, Broglie, Stainville et Rochambeau.

Pendant l'administration du préteur Klinglin, le commerce et l'industrie furent florissants. Accusé d'avoir détourné des fonds publics et de les avoir partagés avec le ministre d'Argenson, il fut jeté en prison, où l'on croit qu'il mourut étranglé (1752).

Dès l'avènement de Louis XVI, les protestants alsaciens furent traités avec plus
d'équité et de tolérance. L'édit de 1787 leur rendit les droits civils. La prospérité matérielle de la province ne cesse de s'accroître an cours du XVIIIe siècle.

"Au moment de la réunion, dit Spach, l'Alsace ne contenait pas plus de 250,000 habitants; les plaies des effroyables massacres et de la misère du XVIIe siècle n'étaient pas encore cicatrisées, quoiqu'on eût fait toutes sortes d'avances à des colons soit de l'intérieur, soit de l'étranger, pour venir repeupler le pays. Les impôts, sévèrement perçus et inégalement répartis, produisaient à peine 1,200,000 F. En 1789, ce produit montait à 9 millions et la population doublée payait cette somme, non sans murmurer, mais sans se sentir écrasée, comme l'était la génération de la fin du XVIIe siècle. » 
Jusqu'alors cependant la majorité des habitants de l'Alsace était restée allemande quant à la langue et quant aux moeurs. La fusion réelle avec la France n'était point encore faite. Quand les Etats généraux furent convoqués en 1789, l'Alsace eut à élire 24 députés qui, d'après le cahier de voeux du tiers état, devaient demander entre autres que l'Alsace fût " rétablie dans l'intégrité du privilège de province étrangère effective ». 

L'Alsace au temps de la Révolution.
Le 6 juillet 1789, Frédéric de Dietrich fut nommé commissaire royal. Dès qu'on eut appris la prise de la Bastille, le peuple de Strasbourg, le 21 juillet, assaillit et pilla l'hôtel de ville. La suppression des droits féodaux et ecclésiastiques, ainsi que l'abolition de la noblesse et des titres nobiliaires furent défendus à l'assemblée nationale avec une ardeur patriotique par Rewbel, député du Haut-Rhin, et accueillis avec beaucoup d'enthousiasme par les Alsaciens. Par contre, tout l'ancien gouvernement de Strasbourg donna sa démission aussitôt après les événements du 4 août. Il fut remplacé par une municipalité provisoire, organisée à la hâte, qui, pour parer aux désordres éventuels, créa la garde nationale; elle ne resta en fonctions que pendant sept mois, jusqu'à la création des municipalités (décret du 14 décembre 1789). 

Après les élections municipales qui eurent lieu à Strasbourg, au commencement de 1790, Frédéric de Dietrich fut nommé maire. Lors de la division de la France en 83 départements (décret du 15 janvier 1790), l'Alsace forma les deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin qui comprenaient également les possessions de plusieurs princes allemands, enclavées en Alsace, sans égard pour les traités de Munster, de Nimègue et de Ryswick.

Au mois de juin 1790, on célébra à Strasbourg, avec une grande pompe, la fête de la fédération du Rhin. Devant un autel, entouré de 20,000 hommes armés, les drapeaux furent bénis et toutes les autorités prêtèrent le serment de rester fidèles à la nation, à la loi et au roi, et de défendre la Constitution.

Dietrich, le maire de Strasbourg, ami de Lafayette et de Bailly, et comme eux attaché à la monarchie constitutionnelle, favorisait à Strasbourg la formation de clubs où il fit de nombreux discours. La séquestration des biens ecclésiastiques, décrétée par l'Assemblée nationale, provoqua une certaine contre-révolution qui prit des proportions plus grandes encore, quand on commença à chasser les prêtres non assermentés. Le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, qui avait refusé le serment et s'était retiré dans une de ses terres sur la rive droite du Rhin, où il favorisait le recrutement de l'armée des émigrés, fut remplacé comme évêque par l'abbé Brendel. Pour augmenter le nombre des prêtres assermentés, le nouvel évêque, d'accord avec le maire, favorisa l'immigration d'ecclésiastiques d'outre-Rhin. L'un d'entre eux fut Euloge Schneider, qui s'acquit bientôt une sinistre célébrité. 

Ce sont surtout les différentes élections qui donnent la mesure du mouvement réactionnaire. La plupart des députés alsaciens à l'Assemblée législative étaient conservateurs-constitutionnels; et plus tard, le gouvernement, craignant l'influence des nombreux constitutionnels de Strasbourg, décida que les élections pour la Convention nationale auraient lieu a Haguenau. Tandis que le peuple alsacien qui, dès le début, avait embrassé les principes de la Révolution, se réjouissait des victoires remportées sur l'aristocratie , les princes "dépossédés",, beaucoup de gentilshommes et d'officiers nobles passaient le Rhin et allaient grossir les rangs de l'armée des alliés. Le maire de Strasbourg, Dietrich, de concert avec les autorités militaires, entreprit d'organiser la défense de la frontière et forma à Strasbourg un corps de jeunes volontaires dont ses fils firent partie. On sait que ce fut lui qui, dans la nuit qui suivit l'arrivée à Strasbourg de la nouvelle de la déclaration de guerre (24-25 avril 1792, demanda à Rouget de l'Isle le chant patriotique qui fut la Marseillaise

Après avoir repris en juillet 1793 la ville de Mayence, les alliés entrèrent en Alsace. L'armée française de Rhin et Moselle, sous les ordres de Custine et de Beauharnais, obligée d'abandonner les lignes de Wissembourg devant l'armée austro-prussienne, commandée par l'Alsacien Wurmser et par le duc de Brunswick, dut se replier sous les murs de Strasbourg. Pendant que la capitale voyait à ses portes un ennemi qui avait, disait-on, des intelligences dans la place, les émigrés rentraient dans les localités occupées par les alliés; d'autre part, certains villages catholiques marchaient, drapeau blanc déployé, au-devant des ennemis qu'ils appelaient des libérateurs. De pareilles scènes devaient nécessairement réagir sur les dispositions déjà hostiles du comité de surveillance de Strasbourg où le parti des jacobins avait peu à peu gagné du terrain et où Euloge Schneider jouait alors un rôle prépondérant, comme orateur dans les clubs, pais comme rédacteur de l'Argus et enfin, depuis 1793, comme accusateur public. Il devint l'adversaire du maire Dietrich et, de concert avec le Savoyard Monet et avec Laveau, rédacteur du Courrier français, il réussit à le perdre. 

Dietrich, qui s'était mis à la tête des modérés et des constitutionels, et était membre du club des Feuillants, fut destitué immédiatement après les événements d'août 1792. Emprisonné et condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, il fut exécuté le 29 décembre 1793. Le 20 novembre 1793, la fête de la Raison fut célébrée en Alsace avec beaucoup de pompe; le culte chrétien fut interdit; beaucoup de prêtres abjurèrent. Après la proclamation de la République en France, le parti des jacobins en Alsace se scinda; L'antagonisme entre l'élément français et l'élément allemand, composé en partie d'émigrés d'outre-Rhin, s'accentua toujours davantage. Euloge Schneider lui-même devint suspect; après avoir été pendant trop longtemps l'instrument des hommes de la Terreur et après avoir, en sa qualité d'accusateur public, persécuté, banni, emprisonné et fait exécuter des centaines de citoyens, il devint lui-même une victime de la Terreur. Il fut guillotiné à Paris, le 1er avril 1794. On l'avait accusé d'avoir des gants aristocratiques et d'avoir abusé de la guillotine; c'était le prétexte; en réalité il dut mourir parce qu'il y avait en Alsace une profonde incompatibilité entre le jacobinisme allemand, représenté par Schneider, et le jacobinisme français à la tête duquel se trouvaient Monet, maire, Rühl, Denzel et Couturier, représentants du peuple, auxquels vinrent se joindre Saint-Just et Lebas, commissaires de la Convention. 

La mort de Schneider ne mit pas un terme aux exécutions. Un second tribunal révolutionnaire composé en majorité de Français fut institué. Monet devint tout-puissant. Une guerre d'extermination fut déclarée à l'élément allemand. La chute de Robespierre mit un terme à ce régime. Saint-Just et Lebas furent rappelés et remplacés par le représentant Foussedoire, qui ouvrit les prisons et rendit la liberté à beaucoup de suspects. Monet fut révoqué et remplacé comme maire de Strasbourg par Frédéric Bernard de Türckheim. Il y eut alors une réaction; lors des élections de 1795, les jacobins furent battus. Le Bas-Rhin ne nomma que des républicains modérés, et le Haut-Rhin d'anciens membres de la Convention qui avaient voté contre Robespierre. Parmi les derniers, était Rewbel de Colmar qui entra le 28 octobre 1793 dans le Directoire exécutif, où il défendit les principes de la démocratie contre Letourneur et Carnot. Après le coup d'Etat du 18 Fructidor. Rewbel, qui fit alors parti du triumvirat avec Barras et La Révellière-Lepaux, ordonna de sévir contre les prêtres et les aristocrates qui revenaient en Alsace. Sous le gouvernement du Directoire, la ville de Mulhouse, qui faisait partie de la confédération helvétique, fut réunie à la France. Les sympathies des Alsaciens pour la France devinrent générales  après le 18 Brumaire.
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Alsacienne en costume traditionnel.
Alsacienne en costume traditionnel.

L'Alsace au XIXe siècle.
Après les premières victoires de Napoléon en Italie, un véritable enthousiasme s'empara des Alsaciens. C'était pour eux un honneur d'être considérés comme des Français. Le culte catholique fut rétabli; les prêtres revinrent; l'Église protestante en Alsace fut réorganisée parla loi du 8 avril 1802 (Articles organiques des cultes protestants du 18 germinal an X). Provisoirement les ecclésiastiques protestants furent formés dans un séminaire, plus tard à la faculté de théologie protestante qui fut créée en même temps que les autres facultés de l'Académie de Strasbourg par la loi du 17 mars 1808. Napoléon introduisit beaucoup d'améliorations dans l'enseignement secondaire, tandis que l'enseignement primaire fut relevé par Lezay-Marnesia. Préfet du Bas-Rhin de 1809 à 1814, Lezay-Marnesia rendit de grands services; il fit prospérer l'agriculture et l'industrie; il enseigna de nouvelles méthodes pour la culture et le traitement du tabac, introduisit la betterave, fit planter des arbres fruitiers et construisit des grandes routes. 

Dans l'armée de Napoléon beaucoup d'Alsaciens jouèrent un rôle éminent. Les généraux Kléber, Kellermann, Rapp, Lefèvre étaient Alsaciens. Après la bataille de Leipzig (1813), les armées des alliés passèrent le Rhin; les Autrichiens occupèrent le Haut-Rhin, les Bavarois assiégèrent Huningue, héroïquement défendu par Barbanègre, et s'avancèrent vers Colmar pour s'opposer au général Victor, tandis que le corps d'armée russe de Wittgenstein occupait le Bas-Rhin et forçait l'armée française à la retraite. Après la chute de Napoléon, la Prusse revendiqua l'Alsace; mais la diplomatie de l'Angleterre et de la Russie s'opposa à l'annexion. Le second traité de Paris (1815) n'accorda aux Allemands que Landau, qui fut annexé à la Bavière.

Les premières années de la Restauration furent tristes pour l'Alsace : le pays était alors occupé par les troupes des alliés; par suite des mauvaises récoltes de 1816 et de 1817, les vivres atteignirent des prix exorbitants. Les Alsaciens, imbus pour la plupart des idées et des principes de 1789, témoignèrent peu de sympathies aux Bourbons. Le général Foy, qui visita l'Alsace en 1821, y reçut un accueil enthousiaste. L'exécution du colonel Caron, fusillé à Strasbourg le 1er octobre. 1822, comme conspirateur, fit au gouvernement un tort irréparable. A la suite de ce déplorable procès, l'Alsace devint et resta un foyer d'opposition. L'ordre n'y fut cependant pas troublé; l'industrie commença à se développer surtout dans le Haut-Rhin, dont la grande prospérité remonte à cette époque. L'avènement de Louis-Philippe fut salué avec un enthousiasme patriotique, comme le retour d'une ère de liberté, mais les déceptions ne tardèrent pas à produire une nouvelle opposition. Le 3 octobre 1836, la ville de Strasbourg apprit avec stupeur qu'à la pointe du jour, le 4e régiment d'artillerie avait tenté de proclamer empereur le prince Louis Bonaparte, que ce mouvement s'était arrêté devant l'indécision du 26e de ligne, et que les complices étaient, avec le prince, sous les verrous. 

Sous l'administration du préfet Sers, arrivé à Strasbourg, en 1837, une véritable révolution s'opéra dans l'instruction élémentaire par la création des salles d'asile dans les communes rurales; la langue française commença à devenir familière au peuple. La métamorphose qui, depuis, un siècle s'opérait lentement dans les régions supérieures et moyennes de la population, atteignit les couches inférieures et compléta l'assimilation de l'Alsace avec les moeurs et la langue de la France. Des travaux publics de la plus grande importance furent exécutés à cette époque : le canal du Rhône au Rhin, ouvert depuis 1834, fut complété par celui de l'Ill au Rhône et le canal de la Marne au Rhin; des millions furent employés à la régularisation du Rhin. Dès 1841, un chemin de fer relia Strasbourg à la Suisse et, la même année, l'administration préfectorale prit l'initiative d'un grand projet national, la construction du chemin de fer de l'Est. 

La République de 1848 fut acclamée par les Alsaciens. La même année on célébra à Strasbourg l'anniversaire deux fois séculaire de l'annexion de l'Asace à la France; les gardes nationales vinrent de toutes les parties de la France et l'enthousiasme fut très grand. Après le coup d'État, nombre de républicains furent déportés ou durent prendre le chemin de l'exil. Sauf dans les campagnes, le gouvernement impérial ne fut jamais populaire en Alsace. Le commerce, l'industrie, l'agriculture continuèrent à prospérer. L'administration travailla alors avec succès à la propagation de la langue française. Grâce aux bonnes méthodes introduites dans les écoles, au zèle des instituteurs et des autorités scolaires, plus d'un tiers de la jeune génération parlait et écrivait les deux langues quand éclata la guerre de 1870.

Après les batailles de Wissembourg (4 août), de Woerth-Froeschwiller-Reischshofen et de Spicheren, le maréchal de Mac-Mahon dut se replier sûr ChâIons et Bazaine sur Metz : l'Alsace était désormais à la merci des autorités allemandes. Strasbourg, investi le 13 août, bombardé quelques jours plus tard, capitula le 28 septembre, après une résistance héroïque. Plus tard , Neuf-Brisach et Sélestat durent également se rendre; le fort de Bitche ne fut jamais pris. 

Dès les premiers jours de l'occupation, l'Alsace fut considérée et traitée comme un pays annexé, ou, selon la façon de parler des Allemands, comme une province rétrocédée. L'étonnement des Allemands fut grand lorsqu'ils ne découvrirent pas dans la terre conquise les sentiments de sympathie que leur presse officielle et officieuse avaient annoncés; partout ils rencontrèrent une force d'inertie résignée et l'attachement le plus profond à la France.

Malgré la défense et les menaces du décret royal du 15 octobre 1870 , une foule de jeunes gens allèrent rejoindre les armées françaises pour combattre les envahisseurs. Le général Bourbaki tenta le dernier effort pour arracher l'Alsace à l'Allemagne; la nouvelle des revers de son armée causa dans le malheureux pays la plus douloureuse déception. Une dernière fois les Alsaciens remplirent leurs devoirs de citoyens français lors des élections du 1er mars 1871. Les quarante députés reçurent le mandat de protester contre tout démembrement de la patrie; Gambetta, dont le nom signifiait la résistance à outrance et la continuation de la guerre, fut élu dans les quatre départements dont l'Allemagne demandait la cession. La paix fut conclue le 10 mai 1871; le traité, signé à Francfort, fut ratifié le 16 mai par l'empereur d'Allemagne et le 18 par l'Assemblée nationale; après avoir énergiquement protesté, les députés des provinces abandonnées quittèrent la séance l'Alsace avait cessé d'être française. Par la loi du 9 juin 1871, l'annexion de la province à titre de terre d'empire (unmittelbares Reichsland) devint un fait accompli. (Pour l'histoire de 1871 à 1918, voy. l'art. Alsace-Lorraine). (GE).

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